3 juin 2009

Jusqu'en Enfer

Il m'a saoulé ce film. Ca fait deux fois que je paye pour le voir et deux fois qu'il me saoule. Mais comme ça au moins j'aurai vu deux Sam Raimi au cinéma. Je suis un contemporain de Sam Raimi ma parole ! Dans cent ans les gens m'envieront. Je ferai partie des chanceux qui auront vu un Sam Raimi au cinéma. Et quel Sam Raimi... Le jeune prodige a convoqué son frère Ivan Raimi pour accoucher à quatre mains du scénario le plus lamentable qu'on puisse concocter. Ce film d'horreur, comme plus ou moins tous les films d'horreur depuis Scream, ne fait jamais peur. Par contre il fait sursauter, à grand renfort de bruits stridents qui accompagnent invariablement chaque apparition supposée effrayante, qui s'avéreraient tout à fait inoffensive le son en moins. Aucune idée intéressante à l'horizon, pour ne pas dire aucune idée tout court. Aucune atmosphère n'est créée, aucun ressort dramatique ne suscite le moindre intérêt. C'est juste une histoire à peine digne d'un feuilleton minable à diffuser sur M6 entre 2 et 3h du matin, tristement incrustée dans le contexte de crise actuel comme pour donner une crédibilité au projet, qui apparaît in extenso comme l’œuvre d'un "artiste de son temps" pour les critiques les plus sérieux. Ce type de sous-texte très "de son temps" mérite à la rigueur d'être relevé quand ça se glisse sous un scénario de qualité, sans ça c'est une facilité de plus dans un film médiocre et abrutissant. Surtout quand, à la fin du film, l'héroïne regrette de n'avoir pas accordé de prêt à une femme uniquement parce que c'est une gitane et qu'elle l'a envoûtée pour lui pourrir la vie. Tu parles d'une morale... Ce film est donc littéralement consternant, et atrocement bruyant.



Que Sam Raimi soit un nullard passe encore. Comment lui reprocher d'être un gros bourricot dénué de talent ? C'est peut-être pas complètement de sa faute... En revanche on peut le condamner tout entier pour deux choses. La première c'est son manque sidérant et navrant d'ambition. Pour le comparer à un autre cinéaste de l'horreur, et à un des grands maîtres du genre tant qu'à faire, John Carpenter - que Raimi doit admirer et auquel il doit certainement s'identifier - a plus ou moins toujours aspiré à de grandes choses, qu'il les ait accomplies ou non. Carpenter a toujours affiché une certaine volonté de créer des œuvres intelligentes et cohérentes en s'inspirant des plus grands et en tâchant de se hisser à leur niveau pour créer une tension puissante, un univers cinématographique riche et singulier et échafauder des séquences toujours tendues vers une certaine excellence, et ce sans pour autant oublier la qualité du genre dont il s'était érigé en maître, voué à être estampillé "bis" et à être en porte-à-faux permanent entre une certaine rigueur et un sens assumé du grotesque. Mais encore faut-il avoir l'humour de son talent.



Quand je vois les films de Carpenter, je sens un type qui adore ce qu'il fait et qui respecte infiniment son travail et son public, qui a une très haute ambition dans ce qu'il crée, bien qu'il fasse des films fantastiques souvent condamnés à un regard condescendant de la part du public. On sent que le bonhomme est influencé par des grands types (Howard Hawks en tête), par des classiques. Mais quand on voit ceux de Raimi, on se dit quoi ? Qu'il a bouffé des téléfilms toute sa vie sans rien mater d'autre ? Que c'est un plouc ? J'espère bien que ces deux réalisateurs se détestent sans même se connaître, ou bien seulement que Carpenter soupire sous sa moustache quand on lui cause de Sam Raimi, et qu'il réclame un cinquième verre de scotch. Vous allez me dire : Raimi veut faire du divertissement, il est hyper généreux dans ce qu'il fait blabla, il a le même amour que Carpenter pour le ciné fantastique et d'horreur. Hé ben putain... On peut aimer la même chose de deux façons bien différentes, qui rendent l'une ou l'autre haïssable. J'espère que Carpenter ne va pas aller voir Drag me to Hell au cinoche, j'aimerais pas qu'il crève d'une crise cardiaque avant l'heure ce salop, et que sa mort prématurée soit simplement due aux effets sonores à la con... Pour avoir peur devant ce film, il faut simplement être un gitan, et redouter le regard des autres à la sortie de la salle.



Car c'est là l'autre excellente raison de condamner Raimi. On le savait pro-Bush mais personnellement j'ignorais que ce type était un raciste notoire et peu discret. Son film dresse un portrait infamant des étrangers de tous horizons. Les arabes, les hindous, les chinois et les espagnols sont tous des rapaces cupides, maniganceurs et détestables, quand ils ne communiquent pas directement avec les démons dans leur langue maternelle. Quant aux gitans, Sam Raimi nous les décrit comme des êtres hideux, puants, affreux, sales et méchants, de connivence avec le Diable et toujours prêts à envoûter le quidam qui leur marche sur les pieds pour le promettre aux enfers. Il va même plus loin puisqu'il les déshumanise carrément. D'après lui ces gens-là, contrairement aux autres, ne meurent jamais vraiment, âmes en peines errantes et ensorcelées, en quête d'innocents américains à faire chier. Que de tels boucs émissaires aient pu faire les choux gras de films de série B complètement débiles il y a trente ans, c'est une chose, qu'un réalisateur aussi populaire que le papa de la saga Spiderman se lâche comme ça en 2009 dans un film finalement tout public, c'est légèrement plus gênant. Tourner un film d'horreur, quand on a trois idées morbides qui tournent en rond dans son crane, enrobées de tout un tas d'idées puantes, ça donne l'un des films les plus merdiques sortis récemment. C'est une vraie honte qu'une merde pareille soit sélectionnée à Cannes seulement parce qu'elle est estampillée Sam Raimi. Pourtant, matez un peu la filmographie de ce type, et chialez un bon coup.



On peut penser qu'il n'est au fond pas nécessaire de s'énerver contre un tel film, si immensément et entièrement ridicule. Mais le film de Sam Raimi n'est pas seulement misérable, il est détestable et vraiment craignos. Au festival de Cannes, il me semble avoir entendu Frédéric Beigbeder parler du dernier Tarantino (ou bien était-ce du film de Lars Von Trier ? Je ne sais plus, aucune importance), pour en dire avec son éternel air crétin : "Il ne mérite même pas le scandale". Beigbeder est du genre très con mais après tout peut-être n'avait-il pas tort. Parfois on se dit qu'il n'est pas forcément nécessaire de s'emporter pour si peu. L'ennui c'est quand plus aucun film ne semble mériter le scandale, quand tous les films sont applaudis de la même façon, du dernier Resnais au dernier Von Trier, d'Almodovar à Gaspar Noé en passant par Haneke et Jan Kounen. Plus rien ne fait de vague ni ne suscite le mépris, l'indifférence est maîtresse de cérémonie à Cannes. S'habituer à la médiocrité ou à la bêtise est une triste affaire. S'emporter ou se révolter contre des artistes abrutis et insultants a finalement peut-être du bon.



Je crois que si l'on fait les comptes, à plus de sept reprises dans le film un personnage se fait cracher des choses à la gueule, ou bien se fait pénétrer par la bouche : une mouche hideuse (échappée des studio Pixar) entre dans la bouche de l'héroïne, la vieille gitane qui l'ensorcelle lui vomit dessus, lui bave dans la bouche, y enfonce son bras, l'héroïne elle-même pisse du sang dans la bouche de son patron avant de voir les yeux de son ensorceleuse lui gicler sur le visage et ainsi de suite et j'en oublie beaucoup. Le réalisateur a un avenir tout tracé dans le porno. Ça fait de Sam Raimi le cinéaste du cumshot, et ça lui fait une belle médaille à la con.


Jusqu'en Enfer de Sam Raimi avec Alison Lohman et Justin Long (2009)

11 commentaires:

  1. Pire film d'horreur depuis 28 semaines plus tard. Bien pire que ce dernier, qui, au moins, n'était pas raciste.
    Finalement, c'est peut-être un film d'horreur EN CELA qu'il est raciste. Il montre l'horreur des autres, il a horreur des "non blancs".

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  2. Vous etes dur les gars, moi je l'ai trouvé excellent.
    tous est bien géré construit dans ce filme, l'histoir interessante, effets tres bon, et bande son excellente.

    Pour ce qu'il est du coté "raciste" du filme, S. Raimi s'il s'est interessé aux gitans, c'est qu'il ont réellement ce genre de pratiques. D'ailleur l'histoire du filme est tiré d'une histoire vrais!

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  3. Ah bon c'est tiré d'une histoire vraie ??

    J'ignorais que les démons existaient vraiment, qu'ils hantaient les gens avant de les absorber par le sol pour les mener aux enfers. Etonnant qu'on en parle pas plus souvent aux infos. Perso j'ai eu la chance de ne jamais croiser ce genre de trucs, et j'espère que la providence m'en tiendra écarté encore longtemps.

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  4. Et dans " le temps des gitans " de Kusturica on voit que des gitans drogués et proxenètes. Quel raciste.

    Ca doit ête épuisant d'être aussi con.

    Buzz.

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  5. j'ai voté à chier!!!!

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  6. Tu as évidemment bien fait. :)

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  7. Je suis gitane et j'ai la même gueule que la vieille du film avec son sou dans la main. Et si ce film est une merde pour vous, pour moi c'est une ode à la vie dans une belle roulotte comme par chez moi !

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  8. On a retrouvé la vieillarde flippante du film de Sam Raimi :

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