30 juillet 2009

Cliente

Il est comique de se rappeler comment Josie Balasko a vendu son film sur toutes les télés françaises. Elle a longuement raconté que son scénario avait été rejeté par tous les producteurs du pays après une vaine lutte acharnée contre la censure et les esprits étriqués d'une intelligentia hexagonale toute-puissante et outrageusement pudibonde. Désespérée de ne pouvoir tourner ce film qui lui tenait tant à cœur, Josée Balasko s'était alors résolue à faire de son script un roman, qui fut couronné d'un engouement du public fnac et massif. Forte de ce succès d'estime, Josué Tabasco s'en est donc retournée montrer patte blanche aux producteurs qui tous se disputèrent le bout de gras, en vue d'un triomphe en salle aussi lucratif que celui des libraires. Ayant fait la preuve de la qualité de son récit et de l'intérêt qu'il devait susciter chez les gens, J.G. Balardsko pouvait faire la nique à tous ces financiers désormais alléchés par son histoire de gigolos. Et c'est ainsi que son film si sulfureux, prêt à briser bien des tabous, abordant un sujet tu jusque là et parlant sans ambages de la vérité sexuelle des femmes, pouvait enfin être mis en scène au cinéma, par nulle autre que Joe Balmasqué elle-même. Regarder le film à la lanterne du souvenir de ce matraquage promotionnel devient alors comique, ou tragi-comique, puisque le film est une des "choses" les plus conventionnelles, plates et convenues sorties au cinéma. De la mise en scène au récit en passant par la palette des personnages jusqu'au dénouement sans oublier le discours, tout est un immense cliché navrant. Ce qui fait de Josiane "Grotte de" Balasko la cinquième roue du carrosse d'un Cinéma Français populaire dont tous les pneus étaient déjà bien crevés. 
 
 
 
Le film raconte l'histoire d'une bourgeoise de 50 ans pleine aux as et présentatrice de télé-achat qui se paye les services d'un escort-boy (ou gigolo) pour se faire plaisir quelques fois par semaines avec ce jeune prolo qui fait ce boulot dans le dos de sa femme qui le croit charpentier et à qui il permet d'ouvrir le salon de coiffure dont elle a toujours rêvé avec l'argent de ses coups de reins... La bourgeoise ne croit pas à l'amour mais en l'argent et elle vit en se payant ses plaisirs éphémères. Sa collègue de travail, jouée par Josiane Kosovo elle-même, est une dépressive en quête d'amour qui finit par trouver son paradis sous les traits d'un vaste Indien d'Amérique (le vrai nouveau mari de Balasqaw qu'elle a tenu à foutre dans le film pour que chacun puisse témoigner de son nouveau bonheur et se dire que tout est possible). Le gigolo et sa femme sont mal coiffés et ils vivent avec la mère et la petite sœur hystérique en pleine crise d'adolescence (interprétée par l'insupportable Mariloops Berry)... Y'a un homme noir aussi dans le tas, histoire que tout le panel de la société ait un petit morceau à se tailler dans le ventre du film de Balascrocs... La femme du gigolo (Isabelle Carré) finira par découvrir qu'il est gigolo, elle voudra le quitter, puis finira par lui demander de recommencer pour ne pas foutre la clef sous la porte, sans pouvoir pour autant supporter la situation... Le gigolo (Eric Caravaca, le jour où celui-là sera payé pour se foutre à poil, il fera chaud) finit par se tirer avec sa vieille riche qu'il aime bien mais il revient avec sa femme... Ils sont tous très différents mais on ne se mélange pas trop pour autant. La bourgeoise reste seule et les prolos retournent ensemble. 
 
 
 
Ce qui est intriguant c'est qu'une fois de plus, l'imaginaire morbide du cinéma Français dominant décrit le couple comme irrémédiablement lié à l'argent. Cliente succède à Hors de prix, Le prix à payer ou encore Combien tu m'aimes. Dans les cerveaux confits des réalisateurs populaires Français, l'amour se monnaye, le couple s'achète. Tristes sires. Pauvre France.  
 
 
Cliente de Josiane Balasko avec Nathalie Baye, Eric Caravaca, Isabelle Carré et Josiane Balasko (2008)

25 juillet 2009

La Liste noire

Hier soir j'ai revu ce film. C'est ce genre de films que j'aime bien foutre le soir quand je sens que je vais m'endormir, et souvent je reste éveillé jusqu'au bout alors que je bosse le lendemain à 14h du matin... C'est un film de Irwin Winkler, sorti en 1991, avec Robert De Niro et Annette Bening entre autres, qui raconte la fameuse "chasse aux sorcières" à Hollywood au début des années 50, quand le gouvernement et les tribunaux Américains ont établi une "liste noire" sur laquelle ils inscrivaient les artistes supposés communistes, présumés coupables, soumis à la question et forcés devant le juge de collaborer en donnant des noms sous peine de perdre leurs biens et leur emploi. Le film est sobre et très efficace. Il montre bien l'ampleur du mouvement répressif américain de cette époque, fachisant, rétrograde, conservateur, totalitaire et moyen-âgeux, à travers le parcours d'un illustre metteur en scène (interprété par De Niro) qui est dénoncé par d'autres artisans d'Hollywood, accusés puis sommés de donner les noms de leurs propres amis. Le metteur en scène et personnage principal du film est jugé coupable de communisme parce qu'il a assisté à quelques réunions du parti en 1939. Il est alors écarté des studios, traqué, espionné et rejeté, pour finir devant le tribunal. Ce film est un autre exemple de cette faculté qu'on les Américains à parler de leur Histoire, même dans ses épisodes les plus honteux, sans ambages et avec une grande force critique.



Le film est assez simple, il va droit au but, il évite bien des débordements et se contente de raconter une histoire sans trop en faire, avec justesse et vérité. Et puis quelques petites pointes délicates de mise en scène, précises, fugaces et intelligentes évitent à l'ensemble d'être formellement trop plat. C'est peut-être aussi ce film qui m'a rendu De Niro tout à fait sympathique il y a quelques années. Avant ça je l'avais déjà vu dans beaucoup de bons films, où il était très bon acteur. Mais il m'agaçait parfois un peu, toujours empêtré dans le même carcan du héros nerveux et grimaçant, à l'instar de son personnage de Mean Streets, que j'appréciais mais dont il me semblait être prisonnier. Je me suis bien rendu compte de son immense talent dans The Deer Hunter et puis encore dans Il était une fois en Amérique. Ce type a quand même joué dans deux des plus grands films de l'Histoire du cinéma... Mais dans La Liste noire ("Guilty by suspicion" en VO) je l'ai redécouvert tout en nuance, brillant dans une grande retenue, à l'image du film, très discret mais d'une redoutable efficacité, voire franchement impressionnant.


La Liste noire de Irwin Winkler avec Robert De Niro et Annette Bening (1991)

27 juin 2009

Rasta Rockett

Cet article vous étonnera peut-être. En effet, à quoi bon parler encore d'un film clé des années 90 sur lequel tout a déjà été dit et redit ? Seulement voilà, ce film est terriblement d'actualité, et je vais tout de suite vous dire pourquoi. Une récente étude scientifique américaine très sérieuse menée à l'université du South Dakota, dans le Dakota du Sud, vient de prouver la chose suivante par A+B : tout le monde, dans sa vie, a vu ou verra au moins un film de Jon Turteltaub. Il s'agit donc de savoir lequel ! Et il s'agit souvent de l'inévitable Rasta Rockett. Pour ma part, j'ai fait un peu de zèle, j'ai vu 4 de ces films, rien que ça !

Rasta Rockett est, de loin, son chef d'œuvre, son film phare, celui qui nous donne la grille de lecture essentielle pour comprendre l'artiste qu'est Turteltaub. L'idée est simple : on va créer une équipe de bobsleigh en Jamaïque. Le succès : planétaire ! Je l'ai vu en CM2, en fin d'année. On nous avait dit "Bon, vous avez plus de devoirs, mais venez quand même à l'école pour pas faire chier vos parents chez eux ! Vous avez le droit d'amener chacun une k7 qu'on matera ensemble." Le lendemain, on avait tous amené notre exemplaire de Rasta Rockett. On l'a donc vu 28 fois. 28 fois en une journée, ça dépasse la journée, et ça te la pourrit sévèrement. 28 jours plus tard, on y était encore. C'est l'un de mes films cultes. Y'a un nombre de répliques mythiques à faire pâlir Jean-Marie Poiré.




Je l'ai revu en 2nde. Véridique. Notre prof principal d'hist-géo, un grand gaillard nommé Porquétébas, nous avait dit "Bon, demain, c'est le 20 juin, date fatidique pour moi autant que pour vous : plus rien à foutre des cours et rengaine habituelle ; vous remplacez vos trousses par le dvd de votre choix, un film qui vous tient à cœur en particulier. Faites-moi rêver, j'ai pas foutu les pieds au cinoche depuis que ma femme daltonienne a choppé un bus à travers la tronche et ne peut plus se déplacer toute seule. Je veux voir un film de cinéma. Car au cinéma, je ne peux plus y aller". Le lendemain, sur 12 élèves (les autres ayant pris des vacances anticipées), 11 exemplaires de Rasta Rockett "édition Prestige" et 1 documentaire sur le skate. On a maté le docu sur le skate puis Rasta Rockett qui, à côté, paraissait encore mieux ! Le prof avait des larmes de gros crocos !




Je l'ai revu en Terminale, 5 ans plus tard (la Première fut pour moi une année qui a duré 4 fois 365 jours, dont peut-être une fois 366, il faudra que je vérifie ça sur mon calendar ! Mais je suis plus à un jour près !). Ma prof principale d'SES (SiencES), une fillette de 21 ans nommée Pascale Weeks, à la veille des vacances d'été, nous avait annoncé "Pendant les révisions du bac, faites donc des pauses, videz-vous la gueule, effacez-vous la tronche ! Matez les films qui vous évadent le plus ! Vous serez encore plus efficaces lors du bachot, croyez-moi !". Résultat : mes révisions du bac ont consisté en une étude en long, en large et surtout en travers de l'œuvre Rasta Gémini Cricket. Je connais ce film sur le bout des doigts, et j'ai eu mon bachot au repêchage, grâce à une excellente note obtenue en espagnole à l'oral (coeff 3, j'avais 8 points à rattraper, j'ai eu 3.25/20, 4x3.25, le calcul est vite fait, 8 points allègrement dépassés Claude, j'ai eu mon diplôme comme ma grand-mère a paumé ses dernières dents : sans bouger les doigts !).
Je vais ptêtre me le revoir d'ici peu. On est fin juin. C'est pile la période où j'ai envie de Rasta Rockett.




Pour en revenir rapidement aux autres films de Jon Turtelteub, histoire de parler de ce que je connais le mieux : sachez donc que oui, Phenomenom est bel et bien un phénomène. Le jeu de mot est simple, alors je m'y vautre comme un clébard.

Quant à la série des Benjamin Gates, elle enterre tout simplement Indiana Jones et ses arches perdues. Nicolas Cage EST le nouvel aventurier.

Turteltaub, Turteltaub, prononcez son nom à plusieurs reprises et vous comprendrez que cet homme-là n'a pas eu la carrière qu'il méritait !


Rasta Rockett de Jon Turteltaub (1993)

23 juin 2009

American Beauty

J'étais persuadé d'avoir téléchargé American Booty, le fameux film introuvable, indisponible à la BU, emprunté depuis des lustres à MediaPorn, la médiathèque Porno de Toulouse. C'est l'affiche qui m'a trompé. C'était osé de la part de l'équipe marketing du film de coller un trou du cul (certes impeccable) à côté d'une rose sur le poster du film. Finalement c'était donc American Beauty, pour lequel Sam Mendes a obtenu l'Oscar du meilleur film. C'est d'autant plus fort que c'était le tout premier film réalisé par Sam Mendes. Cette année-là American Beauty était en concurrence avec Sixième sens pour l'ultime récompense de ce cinéma hollywoodien moribond depuis près de 15 ans. Ces deux films ont en commun d'avoir engendré, ou d'avoir ravivé des modes tout à fait détestables, insupportables aujourd'hui. Concernant Sixième sens : le film fantastique pour tout public, ambitieux et modeste, ainsi que l'usage abusif du twist final perçu comme la clé d'un succès assuré ; sans oublier le retour sur le devant de la scène des enfants portant la coupe au bol, personnages aussi fascinants que têtes à bouffes (Haley Joel Osment, aujourd'hui condamné à donner sa voix aux films Pixar, tant l'adolescence s'est avérée pour lui l'équivalent d'une guerre mondiale, rivalisait dans ce domaine avec Sean Penn).



Concernant American Beauty, de Sam Karman Mendes, qui nous intéresse aujourd'hui, il a peut-être fait pire, car plus sournois. En effet American Beauty c'est l'épanouissement d'un certain genre de films indépendants, pasteurisés, demi-écrémés, sans sucre ajouté, dénués d'apports journaliers. Si ce film était un produit de consommation ce serait de l'Actimel, un petit truc qui ne sert à rien mais qui fait le bonheur de ces messieurs dames. Ma phrase n'a aucun sens puisque American Beauty EST un pur produit de consommation. Sam "Je suis Sam" Mendosa a lancé toute une vague de films indés manufacturés, produits à la chaîne, ayant pour sujet la petite famille américaine et ses petits tracas, pleine aux as mais rarement épanouie. Toujours le même père de famille en pleine crise de la cinquantaine, déconnecté de ses gamins, plus vraiment excité par sa femme, aigri par son boulot (le sempiternel "bureau"), attiré par de nouvelles sensations de type pédophiles et désireux de rattraper sa jeunesse perdue. Toujours la même mère désintéressée de ses enfants, encore belle mais totalement asséchée par le manque d'intérêt de son époux, qui rêve d'une sorte de gros nettoyage de printemps. Toujours la même fille à la sexualité récemment épanouie, aux seins qui poussent plus vite que la musique, brillante au lycée mais peu motivée, en guerre contre ses parents et avec sur les écoutilles un discman diffusant The Shins en boucle. Elle aussi rêve d'une partie de Twister avec dix beaux garçons en quête d'exercices de motricité (même si sur sa liste de noël elle précise qu'un seul suffirait, dans une lettre adressée à un Santa Claus qui fondra sur place en lisant ses mails). Toujours le même petit-ami mal vu par les parents, car synonyme d'une virginité bientôt rencardée au rang de souvenir pour leur progéniture, un type sombre, cynique, torturé, vêtu de noir, qui fait un peu de cinéma avec sa Super 8, qu'est fan de Lynch, qui a toujours les volets tirés et qui sait révéler sa copine à elle-même en employant parfois des ustensiles de cuisine.



Sam Mendosa, avec tous ces ingrédients, a pondu le prototype de ce cinéma qui nous pourrit la vie depuis quinze longues années. Ce prototype c'est un film d'une banalité confondante qui croit dénicher l'Amérique dans ses petits secrets, filmé le plus platement et le plus scolairement possible (Dawson Creek n'est pas loin), avec un fond de chansons sympas, et parfois une touche soi-disant provocante ou "osée", tandis que Kevin Spacey se branle sous la douche de dos en nous saoulant de sa voix-off la moins inspirée. L'acteur reconnaîtra plus tard avoir davantage pris son pied en doublant Monsters Inc., le bébé de Pixar. Encore cette semaine sortait Smart People, un film directement calqué sur ce prototype affreux lancé par Sam Mendes. La seule originalité dans ce dernier film c'est le personnage du tonton qui rêve s'enfiler la vierge Marie.



La pire scène du film reste celle où le petit ami de Thora Birch lui montre un des milliards de torche-cul (qu'il appelle des "films") qu'il a capté avec sa caméra Super 8. Il lui présente celui qu'il préfère. Dans ce film il tente de capter toute la beauté du monde en filmant un sac plastique qui flotte et virevolte au gré d'un petit tourbillon du vent dans une rue de banlieue. C'est Mendes qui nous parle à travers ce personnage auquel il s'identifie sûrement. Ce même Mendes qui en 1999 a vécu une "année noire" malgré son Oscar puisqu'il s'est fait plaquer par sa femme et ses dix gosses, tragédie qui lui a inspiré le triste métrage qui aura fait son succès. Il veut nous rappeler que la vie n'est pas toujours très gaie mais qu'un sac plastique ça reste beau. Avec cette scène (littéralement) au ras du sol, Mendes donne sa définition du cinéma et résume en une séquence cette tendance actuelle qui consiste à vénérer la médiocrité et l'insignifiance.



Au final Kevin Spacey a obtenu un oscar en laissant libre cours à sa libido endiablée le temps d'un tournage. Les regards qu'il lance à Mena Suvari, c'est tout ce qu'on lui demande, mais ils n'ont rien d'artificiel. C'est l'acteur qui zieute à ce moment-là. Sam Mendes a la curieuse habitude de nettoyer ses lunettes avec son calebarre, il ne s'étonne plus d'avoir les yeux qui sentent la bite. Depuis ce film il s'est embourbé dans Les Sentiers de la perdition. Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne jamais tomber sur Jarhead Leto. Tout dernièrement il a eu la brillante idée de réunir Kate Winslet et Dicaprio, sans même être au courant que les deux acteurs s'étaient déjà noyés ensemble dans le Titanic. Un sacré coup marketing inconscient ! Ceci dit la petite histoire ne raconte pas qu'aujourd'hui Mendes est plongé dans son manuel du Droit de la Propriété Intellectuelle, et qu'il essaye de "coincer" un James Cameron plutôt intouchable sur ce coup, puisque c'est bien lui qui a eu l'idée de créer ce couple en premier, et dix années d'écart entre les deux films donnent raison à Cameron. A la barre seront appelés les dix piges et les milliards de témoins ayant fait de James Cameron le Picsou des temps modernes, le maître du monde.


American Beauty de Sam Mendes avec Kevin Spacey, Mena Suvari et Annette Bening (2000)

19 juin 2009

Barton Fink

J'ai toujours confondu - et je confonds encore - trois films : Barry Lyndon, Barton Fink et Larry Flint. Pourtant, rien à voir... Le premier cause d'un duelliste aux prises avec son mousquet qui lui pète dans les doigts, le second parle d'un débile figé sur son stylo plume, et le troisième raconte l'histoire d'un pornographe opportuniste tout entier accaparé par son appendice caudal. Barry Lyndon était interprété par Barry Pepper dans le film de Stanislav Kubrick, Larry Flint était campé par Woody Goldberg dans le film de Milos Forman, et Barton Fink, qui nous intéresse aujourd'hui, c'était John Turturro, dans le film des frères Coen. Ce que je vais vous dire là je le dis rarement parce que les gens ne me croient pas et s'imaginent que j'essaie de jouer l'ami des stars, pourtant croyez-moi, y'a pas de quoi se vanter d'être l'ami d'une telle star. Je veux parler de John Turturro, que je connais bien puisqu'il a pendant longtemps été mon voisin de palier. C'était mon voisin Turturro. Et une entente cordiale régnait entre nous. Sauf quelques soirs où ce fameux John Turtleteub, comme j'aimais à l'appeler pour me moquer, se mettait à hurler des insanités que je pouvais entendre depuis ma chambre et qui m'empêchaient de fermer l'œil. La cloison qui séparait nos deux appartements était si fine que la nuit venue, les bruits de la rue s'étant tus, je pouvais distinctement entendre chaque mot qu'il prononçait depuis chez lui.



En réalité, au bout de quelques semaines, il aurait aussi bien pu arrêter de prononcer ces mots-là... Je les aurais entendus quand même, je les avais enregistrés dans ma mémoire, ces mots, invariables, qu'il répétait de soir en soir, inlassablement. En fait il était au téléphone avec sa copine ou bien sa femme - j'ignorais les détails de sa "situation" - et ils terminaient chacune de leurs discussions par le sempiternel "Raccroche - Non toi d'abord", ce jeu qui sert d'interminables adieux téléphoniques aux couples les plus puérils. Sauf que dans le cas de mon voisin Billy Bob Turturro, ce jeu "trop mignon" typique des amours enfantines tournait systématiquement court et le ton s'emballait pour monter dans les décibels. Tous les soirs, j'entendais mon voisin John Totoro dire à sa femme "Allez bye...", puis quelques secondes de silence plus tard: "Raccroche... Non toi... Non toi d'abord... Allez quoi raccroche, ça va bien maintenant... Allez raccroche ma parole !... Ta gueule ! Raccroche. Ta gueule ! Non non TA gueule ! Raccroche, TA GUEULE !" et ainsi de suite...



Drôle de mec ce Turturro quand j'y repense. Mais c'est quand même une chance d'avoir vécu près de lui, même si j'y ai perdu des milliards d'heures de sommeil. Ma vie est devenue celle d'un gros loir à cause de John Turturro. A chaque fois que je pionce je fais le tour du cadran et j'y perds autant de temps que d'argent ; mais j'ai été le voisin, le "girl next door" de Johnny Turturro.



Concernant le film j'en ai vu qu'une petite demi heure, mon sommeil m'ayant très vite rattrapé. C'est une sorte de critique d'Hollywood, un peu onirique, un peu fantastique. Un mélange entre Lynch et Terry Gilliam. Un film cafi de rêves. Je ne verrai donc jamais l'heure manquante. Je fais suffisamment de rêves en pionçant des journées entières pour mater des films qui m'en montrent d'autres, et de forts laids. Faut que je pionce, je suis vraiment faaaaa


Barton Fink de Joel et Ethan Coen avec John Turturro (1991)

15 juin 2009

Terminator Renaissance

Terminator Renaissance est un film avec des terminators réalisé par un tocard aidé dans son travail par toute une équipe de tocards, interprété par une bande de tocards et produit par des gros tocards dépourvus de cojones. Ce film est court mais paraît long, il est propre sur lui mais si on marche dedans du pied gauche ça porte chance, il est rempli de références pour ses glorieux prédécesseurs (je ne parle pas du 3) mais c'est pour mieux les rendre ridicules.

Les deux exemples suivants se passent de commentaires :
Femme de John (un tromblon) : "Fais attention John", réponse de John "Je reviendrai".
Première rencontre entre Marcus Wright et Kyle Reese => "Viens avec moi si tu veux vivre".

Ode à la tristesse
Tristesse, tristesse, lorsqu'elle sourd, elle m'accompagne lors de mes nuits d'effroi
Tristesse, tristesse, lorsqu'elle se manifeste, je ressens une douleur jusque dans mon foie
Tristesse, tristesse, pourquoi as-tu mis sur mon chemin une telle ineptie faite de bruit et de vide ?
Tristesse, tristesse, toi et moi c'est pour la vie si tu continues à rendre ces moments si perfides


S'il existait un royaume des tocards, ce type-là aurait un duché

Les clins d'oeil aux précédents Terminator, dont le point d'orgue est l'apparition inopinée d'un T-800 doté de son revêtement charnel, sont tous plus idiots les uns que les autres. Une manière insultante et dénuée de subtilité de forcer la filiation et de faire plaisir aux fans. En tant que fan de Terminator (pas le 3 !), je n'ai ressenti aucune joie à voir Schwarzy rendre l'intrigue plus absurde par son apparition. Ok on est pas loin de la chaîne de fabrication des tous nouveaux prototypes de T-800, mais pourquoi on se retrouve avec un seul d'entre eux à poil et fini en liberté dans les coursives de la prison pour humains du building de Skynet ? Et tu l'as fait péter à la fin Skynet ou pas, hein, John ? Il est fini l'ordi ? Y a pas de T5 alors (s'il vous plaît) ? Qu'en est-il de nos amours ? T'as tout fait péter mais qu'est-ce que t'as fait péter au juste ? Et Marcus qui a un mal de chien à te charrier jusqu'à l'hélico alors qu'il vient de bousiller à mains nues un T-800, c'est plus un robot ? Il est robot quand ça lui dit ? Il fait un rôt pendant que John Connor dit "bo" ? Dis-moi John, pourquoi tu fais tout péter autour de ta base secrète au moment où tu courses Marcus, c'est pour que les machines la découvrent plus facilement ? T'en as marre de vivre ? T'en as marre de voir la tête de tromblon de Bryce Dallas Howard quand tu te lèves le matin ? Et les grands hangars dans lesquels toi et tes potes résistants vous rangez vos avions et hélicos, vous faites comment pour que Skynet qui contrôle tous les satellites autour de la Terre et possède des tas de vaisseaux espions ne les voit pas ? Vous les couvrez avec des branches d'arbres coupés à la serpe tels les chasseurs avec leur cabanes à oiseaux ? Et vos communications, vous les brouillez ? Vous les codez ? Vous n'avez que faire d'être entendus et espionnés par les robots ? Dis-moi tout John.

Entre recherche de filiation maladroite et "trahison nécessaire pour pouvoir partir sur de nouvelles bases", on obtient un film souvent incohérent, absurde, rempli de scènes d'action et de SFX rocambolesques pour masquer la peau de chagrin d'un scénario hâve réécrit à la hâte par des gens qui auraient dû pratiquer un autre activité professionnelle. Profiter d'un nom de franchise de qualité pour surfer sur la vague de sa réputation avec un résultat aussi médiocre, c'est malhonnête. Y a pas mort d'homme c'est sûr, mais mes 5,60€ iront en partie dans la poche de ces gens qui en feront usage pour pondre d'autres saloperies et salir les salles de cinéma avec leurs chaussures pleines de boue. Le jour du jugement dernier, 3 milliards d'êtres humains mourront sous le feu nucléaire provoqué par un ordinateur susceptible et rancunier. J'espère que ce jour-là, McG et ses copains auront décidé d'aller dans un square profiter du beau temps pas très loin de l'épicentre de l'explosion. Si James Cameron, cet homme si sensible, a eu l'occasion de voir ce film, il a probablement pleuré, il s'est réfugié seul dans sa salle de bain, a fait couler l'eau froide, il s'est mis tout nu au fond de la douche dans une position fœtale, il a hurlé, les voisins ont appelé les flics, il est maintenant dans un institut spécialisé, il réapprend à marcher, à manger, à communiquer avec ses semblables, il essaie d'oublier son univers trainé dans la boue, tous les écueils qu'il avait évités et dans lesquels McG et ses potes se sont vautrés dès les premières minutes de T4. De toute manière, ce McG n'est surement pas capable de faire mieux, il a probablement tout donné dans ce film, un tocard reste un tocard.

Aucune clémence quand on a à sa disposition une telle base à exploiter et qu'on en fait un tel merdier.


"Tocard appelle la base, copy that ?"

C'est toi qui a commencé George Lucas ? C'est toi avec tes nouveaux Star Wars tout pourris sans queue ni tête mais avec des tas d'effets spéciaux agissant tel un arbre cachant la forêt d'un scénario anémié, débile et abscons ? Ou bien c'est toi Michael Bay à force de balancer tes films de merde dans nos gueules qui a décomplexé tout un tas d'idiots qui ont fait pareil mais n'arriveront jamais à la cheville de tes Transformers pour ce qui est de la médiocrité ? C'est toi le père spirituel de ces types-là ? C'est toi le Pape du nouvel Hollywood ? T'en es fier ? C'est toi le savant fou qui a lobotomisé Spielberg ?

Quand on met McTiernan en prison en l'ayant dégouté pour toujours de la réalisation après le 13ème Guerrier, quand on empêche James Cameron de faire ses films et qu'on remplace en cachette les cerveaux de Spielberg et de Zemeckis par les moitiés du cerveau de Dominic Sena, qu'on ne soit pas étonné. James Gray a raison, Hollywood ne sait plus raconter d'histoire. Je sens qu'en 2009, et comme les années précédentes, on va pouvoir se brosser dru pour avoir un blockbuster SF/Fantastique/Action digne de ce nom (quelqu'un a dit "Avatar" ?) ?


Terminator Renaissance de McG avec Christian Bale et Sam Worthington (2009)

Ça se soigne ?

On pourrait douter qu'un seul acteur ou une seule actrice soit capable de faire aimer un film par ailleurs à la limite du néant. James Stewart, Marilyn Monroe, Jean Gabin, Joan Crawford, Gary Cooper, Barbara Stanwyck, Marlon Brando, Mel Gibson ou Isabelle Huppert l'ont fait, au moins une fois. Thierry Lhermitte s'ajoute définitivement à la liste grâce à ce film de Laurent Chouchan, le fils adoptif à peine caché des deux chansonniers inséparables que sont Laurent Voulzon et Alain Suchi. C'est d'ailleurs grâce à ses parents imposables sur la fortune que Laurent Chouchan a pu accomplir son rêve en donnant un rôle sur mesure à notre idole à tous : Thierry Lhermitte. Le film raconte l'histoire d'un type pour qui tout va bien et qui du jour au lendemain tombe en dépression. Autrement dit l'histoire est un gros prétexte pour que Lhermitte puisse déplier tout l'éventail de son si riche talent d'acteur, du comique au tragi-comique. Pour les fans de Lhermitte, c'est un "must have", pour les autres, c'est un "must have had" au moins. Pour les plus radins ou les plus pauvres, c'est un "must have had and sold on e-bay the day after tomorrow to the first port-de-boucain connected on the web". 
 
 
 
Quand je dis que Lhermitte suffit à faire aimer ce film, et qu'il y parvient miraculeusement malgré un entourage faiblard, ça n'est pas peu dire. Tout ce qui se trame autour de lui a l'odeur typique d'un corps malade. Les seconds rôles qui servent la soupe à Lhermitte sont tous en-dessous. Avec en tête d'affiche Julie Ferrier, celle nous a tous agressés le soir de la cérémonie des Césars en exhibant un sein et qui inspirerait sans doute une trilogie à Cronenberg intitulée "Le bourdon" (en VO: "The Bumble-bee") ; et François Xavier-Demaison, lui et son jeu d'acteur kafkaïen, avec sa tristement célèbre imitation dite de la "Marmotte", lui qui ne sait pas qu'il imite un gros phoque 24h/24, et à la perfection, ce qui lui interdit de traîner en caleçon sur les plages de la côte d'Azur sous peine d'être harponné par un pêcheur au gros à peine bigleux et un peu impulsif, comme il y en a tant dans la région PACA. 
 
 
 
Quel plaisir, quelle jouissance, de voir tous les personnages incarnés par rejetons maléfiques de la vieille maison Canal+, hantée du cellier au grenier, trainés dans la fange par un Lhermitte asocial, irrité jusqu'au bout des cheveux et bourré d'Omega 3. Car enfin il s'agit quand même de parler de lui. Lhermitte est le dernier des gars du Splendid à encore s'amuser et nous faire rire. C'est aussi le dernier de gauche, avec Balasko, qui vote à babord parce que si elle va à tribord le bateau chavire. Y'a aussi Anémone qui votait à gauche, mais depuis quelques années elle vote à droite, en fait depuis que Tiberi la croit morte, lui qui glane les voix des trépassés pour se faire réélire un peu partout. 
 
 
 
Bref dans ce film on a droit à un festoche de Thierry Lhermitte. Il a toujours été un peu taré et il l'est de plus en plus en vieillissant. Combien d'émissions de télévision a-t-il soumises à son joug en y passant deux secondes avant d'être emporté par deux vigiles morts de rire. De même, il prend chaque scène du film de Chouchan à son compte, à bras le corps, pour en faire ce qu'il veut. Et ce que veut Thierry Lhermitte c'est nous faire marrer, tout en se marrant lui-même. Si Lhermitte plaît aux gens, c'est notamment à cause de ses petites rides aux coins des yeux, celles qu'on appelle "rides d'expression". Ces rides-là naissent en riant. Merci Thierry. Tu m'as refilé tes rides et je n'ai que 12 ans ! Merci Titi ! 
 
 
Ça se soigne ? de Laurent Chouchan avec Thierry Lhermitte (2008)