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29 mars 2015

Tu veux ou tu veux pas

Le Maréchal Tonie est appelé à la barre... Accusée, levez-vous. Premier chef d'accusation : plagiat éhonté du Shame de Steve McQueen. Sophie Marceau remplace Michael Fassbender dans le rôle de la sex addict prête à sauter sur tout ce qui bronche. Tonie Marshall a dû changer de titre au dernier moment en découvrant le récent diptyque de Lars Von Trier. Quand Sophie Marceau se demandera-t-elle pourquoi on ne lui propose jamais le moindre rôle de femme intelligente ? Parce qu'en plus d'être nymphomane, son personnage est d'une débilité à tout rompre. Malgré cela, Patrick Bruel, également sex maniac, n'hésite pas une seconde à l'engager comme assistante dans son cabinet de conseiller conjugal. Il faut dire que, malgré ses 60 ans bien tassés, Sophie Marceau met toutes ses formes au service de la fiction. Elle est tirée à quatre épingles dans chaque scène du film, moulée recto verso. Tonie Marshall est le premier réalisateur à la rendre aussi désirable depuis Mel Gibson dans Braveheart. Force est de reconnaître que le sex appeal de la plus bête des comédiennes françaises est toujours au garde-à-vous. On a tout particulièrement apprécié ce pull gris moulant 100% élasthanne qui révèle son buste mieux que si elle ne portait rien. On dirait un moulage en plâtre. C'est pourtant dans la scène où elle est ainsi affublée que Patrick Bruel, qui essaie avec un mal de chien de dompter ses propres démons et ceux de sa nouvelle partenaire, lui dit : "Ah, là, là, là ta tenue est clean. Pour une fois on ne voit rien". Tonie Marshall connaît si mal les hommes, ses congénères...




Deuxième chef d'accusation : plagiat éhonté du style Tom Hooper, breveté à la sortie du Discours d'un roi. Comme dans les films du britannique, chaque cadrage de Tu veux ou tu veux pas laisse une bonne place au vide, tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt à droite et à gauche. On se demande à quel point le format panoramique de l'image, pas du tout adapté à un tel spectacle (sauf peut-être celui qu'illustre l'image ci-dessus...), est à l'origine de ce projet formel. Mais, à vrai dire, Tonie Marshall se révèle plus audacieuse qu'on ne pensait dans ce film. Ce qui nous conduit tout droit au troisième chef d'accusation : plagiat éhonté de David Lynch. On sent lentement venir le truc... Quelques raccords dans l'axe pas naturels, quelques invités mystères planqués au fond du cadre (caméo surprenant de Jean-Luc Godard), un aspect métafilmique assez fort (Sylvie Vartan, dans la BO et au casting ; Jean-Pierre Marielle qui vient jouer son propre rôle dans un bar où il semble avoir son fauteuil attitré), quelques bizarreries notoires (un pressing qui sert aussi de cercle des nymphos anonymes ; à l'intérieur de ce pressing, François Morel, qui hante les lieux dans des scènes glauques où le personnage paraît tout droit sorti de la psychée délirante de Patrick Bruel, qui semble être le seul à le voir, comme si c'était un compagnon imaginaire façon Shining), ou encore un acteur à deux doigts de fumer le film de l'intérieur (André Wilms, qui fabrique des parfums dans un appartement immense dont chaque pièce contient une trentaine de petites lampes allumées, l'acteur carbure à la gnôle et aux micro-siestes - dont une sur l'épaule de Marceau - et laisse parfois exploser sa mauvaise humeur, comme quand, après avoir préparé un lapin aigre-doux pour les deux héros du film, il s'exclame, en se levant : "Bon, après toutes ces tartines de merde, passons au dessert ! Au menu ? Un clafouti aux glaouis !").




Mais Lynch est plus clairement convoqué comme godfather du projet dans une scène totalement à part, une séquence onirique, entre rêve et cauchemar, entre Apitchatpong et Dupieux, où Marceau, après avoir trinqué avec Jean-Pierre Marielle (qui quitte quand même le plateau sans prévenir, au beau milieu d'un dialogue, avec ces mots : "Bon, c'est pas tout, mais j'me casse"), se retrouve seule au comptoir. Soudain, on voit apparaître derrière elle des lapins humains qui déambulent dans le café, clin d’œil direct à Alice au pays des merveilles de Carl Lewis, en même temps qu'à Shining, de nouveau, et à Inland Empire. Mais ça ne s'arrête pas là. Quelle joie de retrouver Patrick Braoudé après tant d'années d'absence, lui qui a régné sur la comédie française dans les années 80 et 80, et qui a su laisser sa place à une jeune génération qui n'a pas saisi la perche et qui déjà négligeait son héritage. 




Il fait ici son comeback, avec un grand K, dans le rôle d'un écureuil pilier de bar. Sous le costume, hallucinant, on découvre que l'acteur-réalisateur culte est devenu un sosie officieux de François Hollande, la myopie en moins. Mais il faut voir le bon côté des choses, il a un pied-à-terre chez Julie Gayet. A condition toutefois de la boucler, car sa voix unique, enraillée, effacée, aspirée, inspirée, coiffée, décoiffée, véritable madeleine de prout pour nous autres fans de l'artiste, qui nous rappelons encore les neuf mois passés avec lui après un divorce douloureux, se reconnaîtrait entre mille. L'homme se révèle parfaitement lynchéen, on découvre son côte Bill Pullman tandis qu'il devise avec l'autre cruche dans son costume d'écureuil à queue remuante. Un membre de la famille Marshall, stagiaire de 3ème, se chargeait de secouer la queue du comédien, dans laquelle était d'ailleurs dissimulée la perche du preneur de son, ce qui nous vaut un dialogue doublement lynchéen et de nouveaux couacs audiovisuels. Car le film en est rempli. On ne citera que ces plans en amorce où l'on peut compter et recompter les pelloches contenues dans le quart nord nord-ouest de la chevelure de Patrick Bruel, sosie quant à lui officiel de Stéphane Plaza.


Tu veux ou tu veux pas de Tonie Marshall avec Sophie Marceau, Patrick Bruel, André Wilmz, Sylvie Vartan et François Morel (2014)

26 février 2012

Le Discours d'un Roi

Speech of a Lion King en VO, King of the speech au Québec. Ce film a éclaboussé l'année 2011. Et l'année 2010 aussi, car il était à cheval sur deux années, d'où l'expression "éclaboussé", car il en a vraiment foutu de partout. Colin Firth of Legend se retrouve dans le slip d'un Roi bègue, j'ai nommé Albert Liberty, Duke of York, et futur Georges VI, dit "Le Roi Bègue" (The Beggars banquet en anglais). Geoffrey Rush Hour joue son ortophoniste, Lionel Logue dit Jospin. Le Roi Colin Firth a toutes les chances de devenir roi d'Angleterre à la vieille de la Colin Firth World War, à condition qu'il apprenne à causer dans l'ordre et que son frère aîné (Guy Pearcé, le fantôme du cinéma mondial, toujours là où on l'attend pas trop), constipé depuis l'ingestion d'un cake au munster monster munch, continue de refuser à aller sur le trône. La femme du roi, Helena Bonnasse Carter, qui n'est pas du tout bonnasse en fait, le pousse au cul devant tout le monde pour aller rendre visite à l'oto-rhino, scène qu'on a tous vue ou vécue à la sortie d'école, quand une mère indigne a décidé de foutre la honte à son gamin devant tous les camarades. Tom Hooper, qu'on avait connu plus à l'aise aux manettes de Massacre à la tronçonneuse, réalise un film de pacotille en costumes où on est censé flipper, à la veille du plus grand bain de sang qu'ait connu le monde jusqu'alors, pour un pelé qui a les j'tons de lire un speech en public. Si on ne nous avait pas dit que le film se déroule en 1939, on en aurait instinctivement situé l'histoire au Moyen-âge, au temps des cathédrales et des gargouilles, tant le film est gelé, nimbé d'une atmosphère brumeuse digne de l'âge de glace, et tant il empeste la naphtaline.



Le grand truc de Tom Hooper, c'est le décadrage, et ça dure déjà depuis deux films au moins (son premier film, The Damned United, était un film sur le foot, et aucun tir n'était cadré). Il décadre à mort, il s'auto-décadre à qui mieux mieux, chaque plan de son foutu film est décadré. C'est-à-dire que chaque image du film laisse un espace vide d'un côté ou de l'autre de l'acteur filmé, et c'est la tapisserie qui en profite. Les anglais en général, les vieillardes et leur goût de chiotte en particulier, seront ravis. Le décadrage est un outil cinématographique qui, utilisé avec parcimonie, en tout cas avec sensibilité, peut produire du sens et créer un sentiment ou un autre chez le spectateur quand le cinéaste est inspiré. Mais, à foison, jusqu'à la lie, dans les cordes, exploité jusqu'à plus soif et dans absolument chaque plan d'un film qui en contient pas mal, sans que cet outil esthétique n'ait d'autre implication qu'une stupide quête de style de la part de son auteur ou qu'une maigre signification simpliste liée à la sensation d'écrasement éprouvée par le Roi Firth, qui ne parvient pas à "cadrer" son langage, le décadrage devient un misérable tic à rapprocher des pires vols de colombes au ralenti de John Woo, du cul de bouteille vissé à l'objectif de Jeunet, des plans obliques de De Palma, de l'effet bullet-time de Guy Ritchie, des plans fumés de Malick, des ralentis sur les culs de japs de Wong Kar-Wai, de la caméra portée tremblotante de Von Trier, du travelling qui croit nous faire croire que la caméra passe à travers les anses de carafes du pauvre Fincher et ainsi de suite.



Les décadrages insupportables signés Hooper ont fait illusion dans ce film historique de grand-père calibré pour les foules, qui auront l'impression d'apprendre l'histoire à travers une anecdote croustillante sans trop se faire chier. Le grand public qui a adoré Le Discours d'un roi s'est quand même fait un petit peu chier devant le film, mais en apprenant l'histoire normal de se faire un petit peu chier, voila ce que les gens se sont dit, ça fait quasiment plaisir au gros con de base de s'être partiellement fait chier devant ce film, c'est sa bonne action de l'année, c'est son fait d'armes à la pause-café au boulot, pour pavaner devant les collègues en disant : "Ce week-end je suis allé voir au cinéma King's Speech, sur grand écran, je connaissais pas cette histoire, on en apprend beaucoup, la petite histoire dans la grande, ça fait frissonner". C'est pour ça entre autres que ce film a fait la razzia sur les Oscars. Meilleur acteur, puisqu'il bégaye, et Dieu sait que Colin Firth s'est fait des couilles en or avec ce film ; meilleur décor, puisque comme vous pouvez le voir sur l'image ci-dessus c'est le peintre Pollock qui s'y est collé ; meilleur scénario puisqu'on "en apprend beaucoup" ; meilleur réalisateur puisque Tom Hooper a une patte forcément originale avec ses décadrages merdiques ; meilleur film enfin, du coup, CQFD. Les Oscars ont encore frappé.


Le Discours d'un roi de Tom Hooper avec Colin Firth, Helena Bonham Carter, Geoffrey Rush et Guy Pearce (2011)

30 mars 2011

The Damned United

Quand un collègue enrhumé m’a appris que Tobe Hooper avait enfin remporté l’Oscar du meilleur réalisateur, je n’en croyais pas mes oreilles et j’étais aux anges. Mais sachant bien que mon cinéaste fétiche n’avait rien sorti de notable depuis quelques années, je me demandais en quel honneur on avait bien pu lui offrir la statuette tant convoitée. Le récompensait-on bien justement pour l’ensemble de sa sublime carrière ? C’était la seule raison possible ! Une carrière sans temps morts, lancée sur des chapeaux de roue par le terrible Massacre à la Tronçonneuse et achevé par le démoniaque Mortuary en passant par l’inégalé Combustion Spontanée. C'était donc à mes yeux tout à fait mérité, la méritocratie prônée par nos dirigeants fonctionnait et je me sentais enfin bien dans ma peau. Hélas ! Je suis très vite redescendu de mon petit nuage en allumant iTélé. Il ne s'agissait pas de Tobe mais de son petit cousin cockney, Tom, dont le dernier film (Le Discours d’un Roi), avait tapé dans l’œil de l’Académie des Oscars. N'ayant pas du tout envie de voir ce film, j’ai logiquement choisi de visionner son précédent long-métrage, à savoir The Damned United, pour tout de même coller à l'actu !



Fait assez rare, ce film s’intéresse au petit monde du ballon rond, puisqu’on y suit les mésaventures du célèbre entraîneur anglais Brian Clough, un personnage haut en couleurs comme en raffolent les biopics hollywoodiens. Sauf que nous n’avons pas ici affaire à un véritable biopic puisque seule une petite tranche de la vie de ce personnage nous est contée en détails. Fort de ses succès avec le modeste club de Derby County, qu’il a brillamment fait remonter en première division, Brian Clough arrive tout triomphant et sûr de lui à la tête de l’équipe rivale de Leeds United. Bien que l’équipe de Leeds soit championne en titre de première division, Brian Clough est bien décidé à rompre avec les habitudes de son prédécesseur Don Revie, son ennemi juré, qui a simplement quitté son poste pour prendre les rênes de la sélection anglaise. L’exubérant Brian Clough estime en effet que Don Revie a récolté tous ses titres en trichant et en trainant le football dans la boue, faisant de lui un sport rugueux, hideux et profondément injuste.



Brian Clough est interprété par Michael Sheen, méconnaissable dans Unthinkable, et que j’ai donc cru découvrir dans ce film. J’hésite à penser que l’acteur offre une prestation impeccable ou qu’au contraire, il n’en est rien. Car il faut dire que pour se mettre dans la peau de son modèle, le comédien en fait des caisses et il a par exemple une façon assez extraordinaire d’insister sur chacun de ses mots, chacune de ses intonations. C’est brillamment fait, il faut l'avouer, et l’acteur captive souvent, justement à la façon d'un coach habité par la hargne et la victoire, dont le but serait de motiver ses troupes. Mais n’est-ce pas parfois un peu trop ? Je me pose tout de même la question. Une chose est sûre : Michael Sheen pourra agacer autant qu’il pourra séduire et convaincre l’assemblée. Sans doute à l’image de son personnage d’ailleurs, dont Tom Hooper parvient plutôt bien à cerner les failles et les faiblesses. C’est dans cette peinture de caractère que le cinéaste récemment salué par le tout Hollywood excelle. Je pense tout particulièrement à la scène où Brian Clough est enfin opposé, sur un plateau télé, à son ennemi Don Revie auquel il expose les raisons de son animosité et de sa rancœur. Apparait alors au grand jour l’absurdité de son attitude et tous les travers de sa personnalité, lors de ce qui est donc de loin la meilleure scène du film. Un film fait de retours en arrière réguliers, afin que l’on saisisse mieux les tenants et aboutissants de cette histoire et pour que l’on comprenne progressivement où veut en venir le cinéaste britannique. Ce dernier nous dépeint donc le portrait d’un homme totalement obsédé par l’envie de vengeance, par l’adversité débordante qu’il nourrit en lui, et véritablement aveuglé par son orgueil démesuré. The Damned United est aussi assez réussi quand il nous décrit les rapports très particuliers et passionnels entre Brian Clough et son fidèle adjoint, un gros type à la tronche d'ours mal luné.



Pour le reste, on ne peut pas vraiment dire que Tom Hooper se soit mouillé. Ainsi, il a par exemple tout simplement choisi de ne quasiment jamais filmer de matchs de football. Vous me direz : vaut peut-être mieux ça que mal le faire. Certes, mais c’est tout de même un peu regrettable pour les amateurs qui se réjouissaient d’enfin découvrir un bon film sur le foot. On aura seulement droit à de timides bribes de matchs et à des extraits d’archives télés... Largement insuffisant pour être plongé dans le jeu et pour sentir l’intensité d’un match. Ce n’est vraisemblablement pas l’objectif du cinéaste, mais c’est tout de même dommage. The Damned United demeure néanmoins un film sympathique, plaisant, fait avec une réelle application, porté par un acteur intenable et que je recommanderai aux plus curieux d’entre vous, en vous prévenant que c’est tout de même assez anecdotique et qu'il ne vous laissera sûrement pas un souvenir impérissable. Je comprends sans mal qu'en se saisissant d'un sujet plus sérieux, Tom Hooper ait réussi à récolter tant d'Oscars. Il n'en faut pas beaucoup plus pour y parvenir...


The Damned United de Tom Hooper avec Michael Sheen, Timothy Spall et Colm Meaney (2009)