12 octobre 2008

Le Premier Cri

Premier film, premier cri. Gilles de Maistre a lancé son projet plein de bonnes intentions : il voulait parcourir le monde et filmer des accouchements partout, histoire de nous rappeler qu'une femme noire du Sud-Soudan accouche pareil qu'une femme blanche de la Sarthe. Démarche profondément humaniste, résultat catastrophique d'un tournage apocalyptique. Premier jour de tournage, première destination, l'Ouganda : premier mort-né. Seconde destination, la Suède : deuxième mort subite du nourrisson. Troisième destination, le Brésil : troisième fausse couche. Quatrième destination, la Corée du sud : cette fois-ci ça passe ! Pile au moment où Gilles de Maistre commençait à penser qu'il portait la méga poisse, un enfant naît vivant, presque en trop bonne santé : 22 kilos à la naissance, dont 12 kilos de genoux et trois kilos de cheveux, s'il est bien vivant, il s'agit néanmoins d'un freak, tant pis, De Maistre s'écrie : "Il vit ! La putain de sa race il vit !".



À la cinquième naissance, direction le Canada (De Maistre n'avouera jamais que pour ce 5ème accouchement il a choisi un pays plus civilisé et donc beaucoup moins touché par la mortalité infantile), tout se passe comme sur des roulettes, l'enfant est sain et sauf et normal. Mais cette fois-ci c'est dans le regard du père qu'un bouleversement s'opère. En effet, alors que Gilles de Maistre filme la sortie du nouveau-né de son giron maternel, en gros plan et en cinémascope, on entend un râle du papa qui vomit toutes ses tripes à côté du cadreur. C'est le cas classique du malaise vagal en pleine maternité. L'histoire somme toute assez banale d'un père qui s'est un peu trop impliqué dans l'accouchement de sa femme, qui n'aurait pas dû prendre trop à cœur sa fonction de reporter in vitro, et qui après avoir vu le sexe de son épouse s'ouvrir de plusieurs dizaines de centimètres en largeur comme en longueur, se prend de haine pour lui-même et de dégoût pour elle. Comment retrouver du désir, comment se rediriger vers ce gouffre béant qui, sanglant, a donné le jour à son fils Andreasen, comment accepter une gâterie de cette bouche qui embrasse ses enfants chaque jour, mais c'est un autre débat, un dommage collatéral de la triste épiphanie survenue le jour J de l'accouchement. C'est le malheur des pères. C'est ce qu'a réussi à capter la caméra sans peur et sans reproche d'un Gilles de Maistre à l'estomac bien accroché. Que l'enfant meure en naissant, qu'il naisse avec des genoux de 12 kilos ou en pleine santé, dans tous les cas, le papa en pâtit et un couple se meurt.


Le Premier Cri de Gilles de Maistre (2007)

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