14 juin 2023

Godland

Dans la lignée du Jauja de l'argentin Lisandro Alonso en 2014, qui marchait dans les pas d'un officier danois débarqué en Terre de Feu avec sa fille, obligé de quitter son poste pour retrouver cette dernière, partie avec un soldat, Godland, d'Hlynur Pálmason, réinvente le parcours d'un prêtre danois parti pour l'Islande avec un ami, à la fin du 19ème siècle, pour y bâtir une église et prendre en photo la population locale. Dans les deux films, des danois exilés sont aux prises avec les éléments d'un pays étranger et hostile qu'ils arpentent dans l'adversité, marchant vers une forme de rédemption, et les deux présentent peu ou prou le même aspect : cette image presque carrée, bords légèrement arrondis, faisant la part belle aux couleurs des paysages dans des cadres très travaillés et dans de longs plans contemplatifs. On pourrait presque ajouter à la liste La Légende du Roi Crabe, des italiens Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis, sorti en 2021, qui mettait en scène un rebelle coupable de meurtre contraint de s'exiler en Argentine et de se convertir chercheur d'or. Même type d'image (simplement moins carrée chez les italiens), même genre de film. Problème : les trois films ont le même défaut. Ah les images sont belles, les paysages sont magnifiques, la promesse d'aventure est là, mais au final, on s'emmerde pas mal.

 




Il me semble que Godland est cependant au-dessus de ses deux prédécesseurs (dont j'ai dû aller relire les résumés pour les pitcher ci-dessus, car je ne me souvenais de pratiquement rien). Mais il n'échappe pas à la malédiction de cette trilogie officieuse : le film dure 2h30, et les sublimes décors d'Islande, magnifiés par des plans souvent bien foutus, rien à dire là-dessus, ne suffisent pas à tout à fait à nous les faire encaisser sans broncher. Le principal souci de nos metteurs en scène esthètes venus d'Argentine, d'Italie et d'Islande, c'est qu'ils aiment à nous servir de beaux tableaux mais oublient de nous fournir un vrai scénario. 
 
 


 
L'auteur de Godland nous apprend, au début de son film, s'être inspiré de six photographies datant des débuts du médium exhumées quelque part en Islande pour essayer d'imaginer leur origine. Mais on se retrouve avec un prêtre déboussolé par son voyage, certes pénible, à dos de cheval dans les montagnes islandaises, bouleversé par la mort de son seul ami (venu jouer les traducteurs entre lui et les islandais — dommage, c'était le seul personnage sympathique du film, et leur amitié le seul point d'achoppement émotionnel pour nous, or le type meurt bêtement quasiment tout de suite), puis impliqué, avec plus ou moins de bonheur, dans la vie de la localité qu'il doit administrer au nom de Dieu, et où il trouve l'amour (mais il faut vraiment s'accrocher pour le déceler, et pour comprendre la fille qui s'en ressent pour lui), avant d'être rattrapé par ses démons et que son Dieu ne vienne lui tirer la queue.





Sauf qu'on se fout pas mal de ce prêtre et de tous les pauvres gens qui lui tournent autour. Ce qui n'est pas sans poser un frein quand il s'agit d'adhérer au film et de s'y plaire. C'était du reste le même ennui mêlé d'indifférence qui s'était saisi de moi devant Jauja et La Légende du Roi Crabe, malgré beaucoup de bonne volonté. On n'enlèvera pas à Hlynur Pálmason d'avoir réalisé quelques jolis plans (j'aurais pu en citer beaucoup d'autres pour décorer cet article), même s'il abuse un peu des travellings latéraux et des panoramiques à 360°. Rien de vraiment poseur non plus, contrairement à ce qu'on avait pu renifler chez Lisandro Alonso. S'il rechigne à filmer les corps et peine à filmer les choses (à part quelques tentatives au début, sur la mousse gorgée d'eau où Ragnar fait son yoga), Pálmason parvient tout de même à créer des plages de temps (faut dire qu'il le prend, son temps) qui ne sont pas là que pour se regarder passer mais qui, loin de toute élévation, posent la matière de ces paysages millénaires, prise dans sa durée (en particulier celle des saisons, des intempéries et de leurs lumières, et dans celle-ci le temps du pourrissement des corps), en opposition à toute transcendance.
 
 


 
Néanmoins, prenant pour personnage un passionné de photographie, et posant d'emblée son film comme inspiré d'images retrouvées, on aurait aimé que cet art prenne un peu plus de place, là encore, dans le scénario (même si une scène cruciale du film se déroule lors d'une prise photographique qui tourne mal). Les belles images que nous offre le cinéaste islandais relèvent plutôt de l'aquarelle, et c'est un compliment, quand les couleurs des rivières et des montagnes ruissellent, dans la première partie du film (quand ce dernier s'arrête de marcher, le prêtre étant arrivé, il perd beaucoup de son charme, comme le prêtre lui-même d'ailleurs, qui se rase la barbe à ce moment et ne ressemble plus à rien, alors que l'acteur, Elliott Crosset Hove, sur l'affiche, fait presque illusion, on croirait un petit frère de Roy Scheider là-dessus ma parole : en réalité, pas du tout), et notamment dans ce plan, juste après la mort et l'ensevelissement de l'ami du prêtre, où la pluie mouille l'objectif de la caméra (truc en général assez agaçant au cinéma) et semble diluer les couleurs, dans ce que l'on pourrait qualifier de "plan en pleurs", si l'on voulait faire l'honneur à Hlynur Pálmason d'un élan de poésie (si, si) que son film appelle mais ne mérite peut-être pas totalement.
 
 
Godland de Hlynur Pálmason avec Elliott Crosset Hove, Victoria Carmen Sonne et Ingvar Eggert Sigurðsson (2022)

11 juin 2023

Grand Prix

Friand des films de ce que l'on pourrait appeler l'âge d'or de John Frankenheimer, qui correspond quasiment à toutes les années 60, convaincu et séduit par le savoir-faire de ce cinéaste atypique, aux inspirations délicieuses et aux expérimentations osées, dont il faisait alors étalage, j'étais très curieux de découvrir enfin Grand Prix, le premier film d'une telle envergure entièrement consacré au monde de la Formule 1, sorti en 1966, soit quelques années avant Le Mans, piloté par l'as du volant Steve McQueen, et bien longtemps avant le sympathique Rush de Ron Howard et le moins prenant Ford versus Ferrari (aka Le Mans 66) de James Mangold. Réunion de quelques grandes vedettes multinationales de cette époque (Yves Montand, James Garner et Toshirō Mifune, côté mecs ; Eva Marie Saint, Jessica Walter et Françoise Hardy, côté meufs), Grand Prix dure trois bonnes heures et présentent, pour faire simple, deux profils : l'un très avantageux, l'autre beaucoup moins... Du bon, il y a toutes les scènes de course, tout simplement. Par bonheur, elles doivent tout de même bien constituer 40%, si ce n'est un peu plus, de la durée totale, ce qui fait déjà beaucoup et nous permet de tenir sans souci. Du mauvais côté, il y a... tout le reste ! Tout ce qui se déroule hors piste, loin des bolides, et se consacre principalement à la peinture psychologique rudimentaires et aux pénibles déboires sentimentaux de nos pilotes hors pair.


 
 
Dès le générique, qui nous saisit par le colbac, on sait que l'inspiration de John Frankenheimer était bel et bien au rendez-vous quand il s'agissait de mettre en boîte les courses de F1. Secondé par le génie du célèbre Saul Bass, le talent du cinéaste fait des premières minutes de Grand Prix un pur délice visuel et auditif, un vrai régal pour les sens, au pouvoir de fascination indéniable et toujours intact. Cette introduction, d'un bon quart d'heure, se déroule lors du fameux prix de Monaco, elle nous place d'emblée sur les pistes et plante efficacement les différents protagonistes par le biais d'interventions de chacun d'eux en voix off lors de petites parenthèses successives efficaces. Comme à sa bonne habitude, le cinéaste n'est pas avare en effets divers et variés, pleinement mis au service de l'action et de l'intensité. Il y va fort mais ça n'est pas gratuit ni vain car cela provoque véritablement l'effet escompté. Split screens en veux-tu en voilà, caméras embarquées dans le cockpit ou sur la carrosserie dérisoire des engins, à ras du bitume, vues aériennes bluffantes de maîtrise, aux mouvements gracieux, brefs inserts répétés et parfois boostés par des zooms, j'en passe et des meilleurs : tout est là pour nous immerger à fond dans l'ambiance de la course et, surtout, nous donner une impression de vitesse incroyable car bien réelle. John Frankenheimer n'étant pas du genre à tricher là-dessus, il n'a pas souhaité trafiquer la vitesse de l'image en post-production et cela se voit : rien n'est du chiqué. Pour renforcer cette impression si palpable, les images sont évidemment accompagnées du son des moteurs, mis à rude épreuve, rutilants, et qui, de près puis de loin, amplifiés par les ruelles de la ville ou assourdis par la côte ouverte sur la mer, composent une drôle d'harmonie. Bref, on y est, on a là ce qu'on était venu chercher. Toutes les autres courses seront du même acabit et constitueront de grands moments d'action pure. Le réalisateur s'y fait plaisir, flirtant presque avec une sorte d'abstraction en poussant si loin le bouchon du bruit et de la vitesse.



 
Les choses se gâtent donc dès que le film s'éloigne des pistes. Heureusement, le charisme des actrices et des acteurs fait à peu près passer la pilule, mais nous avons quand même droit à pas mal de scènes à l'intérêt très relatif et aux enjeux proches du triste feuilleton télé. On a du mal à se passionner pour le vague à l'âme d'Yves Montand qui, en pleine crise existentielle et bien qu'il soit déjà marié, s'éprend pour la journaliste américaine incarnée par Eva Marie Saint. On se fiche pas mal du pilote américain, très individualiste et aux méthodes parfois douteuses, campé par un bien fade James Garner, qui finit par signer chez l'écurie nippone par pur opportunisme. On éprouve presque un brin de mépris pour le pilote italien, macho notoire et caricature facile qui finit par lasser également la belle Françoise Hardy. Et l'on aimerait davantage se sentir concerné par les envies de revanches et de reconquêtes, amoureuses, fraternelles et sportives, du pilote britannique (Briand Bedford), dont la trajectoire est pourtant la plus singulière du lot. Là-dedans, les femmes sont trop souvent réduites à un rôle accessoire, de faire-valoir, et n'ont qu'une personnalité bien mince, généralement obnubilées par les héros qu'elles suivent malgré leurs vies toujours en danger. C'est sans doute Jessica Walter qui sort du lot, pour sa beauté fragile et son regard émouvant : il parviendrait presque à transmettre ce que le scénario ne véhicule pas vraiment. Par ailleurs, on peut s'étonner que le film ne développe pas vraiment de rivalité entre les pilotes mais insiste plutôt sur cette espèce de fraternité bien masculine les reliant tous. Sur ce point-là, Grand Prix paraît un peu daté, bien qu'il semble dans le même temps dépeindre sans ambage la terrible vacuité des courses (les morts sont nombreuses et parfois d'une étonnante brutalité). Là-dessus aussi, le film a la bonne idée de nous quitter sur un ultime plan réussi, nous laissant un goût amer : on repense forcément à toutes ces morts inutiles quand James Garner, songeur et abattu, se promène d'un pas lourd sur la ligne de départ d'une piste vide, les bruits des moteurs pourtant absents à l'image envahissants s'arrêtant soudainement pour laisser toute place aux pensées mitigées du personnage et du spectateur, en bout de course.
 
 
Grand Prix de John Frankenheimer avec James Garner, Yves Montand, Jessica Walter, Toshirō Mifune et Eva Marie Saint (1966)

4 juin 2023

Mourir peut attendre

Mourir peut attendre, ouais. Après avoir paumé presque trois heures devant cette merde, j'espère bien que clamser peut encore patienter un brin. Car de mon côté j'ai fait un sacré effort pour tenir jusqu'au bout des dernières aventures de Daniel Craig en James Bond. Oui, parce qu'il claque à la fin. Spoiler. Il se fait exploser, plus précisément. C'est supposé être poignant, j'imagine... Il sauve une dernière fois le monde mais ne peut quitter cette île au large de nulle part, qui renferme un virus dévastateur pour la planète, avant qu'elle ne soit bombardée à sa demande expresse. Un dernier coup de talkie walkie à Léa Seydoux, son ultime romance, et puis s'en va. Avant cela, il aura eu le temps de piger qu'il était daron en rencontrant donc la fille de Seydoux : elle a les mêmes mirettes que lui et elle est dotée du même sang froid en situation extrême (m'est avis qu'une petite séance chez un spécialiste des enfants, histoire de détecter si elle n'est pas atteinte de sévères troubles psy, ne serait pas farfelue...). 
 
 
Meilleur moment du film : quand il réalise qu'il est daron.
 
À part ça, eh bien on encaisse des scènes d'action relous et prévisibles, emballées sans imagination, dont strictement aucune ne sort du lot, malgré ces petits efforts parfois bien visibles (ce mini plan-séquence dérisoire, passage désormais obligé, quand Bond flingue des PNJ lambda en montant des escaliers... génial). Derrière la caméra, ça pourrait être Sam Mendes, Cary Fukunaga, Antoine Kombouaré ou Marc Forster, on n'y verrait que du feu, c'est du pareil au même. On ne craint jamais rien pour Bond puisqu'il semble bénéficier d'un bouclier balistique invisible. Il est d'une nonchalance absolue et d'une terrible lenteur, mais il s'en fout, ses ennemis sont de purs nullards. À leur tête, Rami Balek, dans le rôle du grand vilain, évidemment défiguré (ici, quand on est moche, on est méchant), fait tout son possible (c'est-à-dire pas grand chose), mais il n'a rien à faire, on comprend que dalle à ses motivations en dépit du sempiternel monologue ridicule où il révèle un peu sa psychologie déviante. On suit tout ça mollement, maintenu éveillé par les généreux kit kat balls mis à disposition, en comprenant à peine un scénar torché par une équipe de guignols peu motivés. Jamais secoué par des poursuites interminables où Bond a toujours un véhicule qui permet de faire voltiger ceux qui s'y frottent de trop près et, en prime, ne savent manifestement pas conduire. Pas non plus emballé par cette brève excursion à Cuba où notre agent fait équipe avec une Ana de Armas aux tétons bien scotchés à une robe très ouverte. Encore moins intéressé par une trop longue séquence finale dans un décor pitoyable et sans aucune tension. Bref, on attend que la chasse soit tirée une bonne fois pour toute et on est presque soulagé pour Daniel Craig qu'il soit libéré d'un tel fardeau (je plaisante, je m'en tape de cet acteur pourrave 😂). James Bond will tout de même return, nous apprend le générique final, comme à son habitude. Non mais sans déconner, quelle interminable saga à la con !


Mourir peut attendre de Cary Fukunaga avec Daniel Craig, Rami Malek et Léa Seydoux (2021)

27 mai 2023

Something in the Dirt

J'aime beaucoup Justin Benson et Aaron Moorhead mais je dois reconnaître que j'ai eu un peu de mal à les suivre dans leur dernier délire. Something in the Dirt est leur cinquième long métrage réalisé en duo et, contrairement aux précédents, il ne marque guère, hélas, une évolution positive en termes d'ambition et de maîtrise. Une première déception, pour moi, dans leur sympathique filmographie. En raison de son côté un peu brouillon et de l'économie de moyens très palpable pour une fois, on sent un peu trop que ce film-là a été imaginé en plein confinement. Il aurait même pu être réalisé pendant, puisque nous sommes quasi coincés entre les quatre murs d'un appartement du début à la fin, mais je ne me suis pas intéressé d'assez près aux conditions de sa fabrication pour vous l'affirmer. On y suit donc principalement deux zigotos, incarnés par Benson et Moorhead, qui sont témoins de phénomènes paranormaux dans leur appartement, se donnent pour objectif de les documenter du mieux possible en les filmant rigoureusement et cherchent, dans le même temps, des explications. Ces phénomènes se caractérisent surtout par un drôle de cendrier en verre à la forme bien particulière qui entre en lévitation alors qu'il était posé sur le rebord de la fenêtre : un effet simple, accompagné de jeu de lumières séduisants, qui aurait pu avoir quelque chose de fascinant mais qui est trop redondant pour réellement captiver. Il y a aussi cette forme géométrique que notre duo aux aguets retrouve partout en ville et s'exprime aussi également dans leur logement. 




Bref, il se passe des trucs pas nets et de plus en plus dingos chez Benson & Moorhead, mais force est de reconnaître que ça a l'air de bien plus les impressionner eux que nous autres spectateurs devant leur petit film, qui n'a rien de très vilain ni de honteux, loin de là, mais qui a échoué à me choper, une fois n'est pas coutume. Leurs œuvres ont jusqu'à présent toujours été fragiles, inégales, mais pleines de charme, d'audace et portées par la singulière personnalité de leur couple, au four et au moulin. Cette fois-ci, les failles d'un scénario trop peu engageant et l'aspect également confus de la forme, qui pioche vers le faux documentaire sans réelle conviction, ne permettent pas d'apprécier le reste et de remporter la mise. Something in the Dirt apparaît progressivement comme un catalogue sagement illustré de ces théories conspirationnistes qui pullulent sur le net, une énumération qui ne parvient que trop rarement à nous intriguer. En outre, le duo fait moins qu'à l'accoutumée l'éloge de l'amitié puisqu'ils nous mettent ici en présence de deux types régulièrement méfiants l'un de l'autre, moins aimable que d'habitude, et dont la relation ne prend pas le chemin escompté. On aime encore leur côté têtes brûlées du ciné indé de genre américain, leur ferme croyance dans le genre, toujours abordé avec quelques bouts de ficelles et la fleur au fusil, mais la forme manque trop de cohérence, aboutissant à un drôle de gloubi-boulga difficile à suivre qui m'a effectivement paumé en cours de route. Dommage donc. J'espère qu'ils se rattraperont sur leur prochain projet. Je me sens presque un peu désolé d'avoir été moins emballé par le dernier bébé de ce duo attachant que l'on suit ici depuis ses débuts...


Something in the Dirt de Justin Benson & Aaron Moorhead avec Aaron Moorhead & Justin Benson (2022)

14 mai 2023

The Quiet Girl

De mémoire défaillante de cinéphile de pacotille, les films qui parviennent à si délicatement capturer ce quelque chose d'indicible propre à l'enfance ne sont pas si nombreux que ça. Le mérite du cinéaste Colm Bairéad n'en est que plus grand et son film, son tout premier long métrage, précieux et prometteur. Venu d'Irlande, acclamé à raison dans de nombreux festivals et nominé aux Oscars, The Quiet Girl est à mes yeux un petit bijou de sensibilité et de douceur qui trouve en partie sa noblesse et son charme dans sa façon d'épouser, presque tout le temps, le point de vue de cette petite fille qui, négligée par des parents pauvres et dépassés, est envoyée chez de lointains cousins du côté maternel, un couple d'un âge un peu plus avancé, pour y passer l'été. La mise en scène du réalisateur dublinois est d'une rigueur intelligente et délicate, nous mettant donc le plus souvent à la place de sa discrète et timide protagoniste, fleur en bouton qui ne demande qu'à s'épanouir. Nous sommes ainsi au plus près d'elle lors du voyage en voiture qui la mène vers sa ferme d'accueil, très joliment filmé, et encore plus près quand elle arrive enfin sur les lieux et que sa cousine et mère de substitution lui ouvre la portière, puis se met également à sa hauteur pour mieux lui souhaiter la bienvenue et, déjà, lui donner un peu d'affection. Une des belles scènes d'un film qui en compte quelques unes.
 
 
 
 
Avec une grâce régulière, le cinéaste, qui adapte ici une nouvelle de l'écrivaine Claire Keegan, nous retranscrit l'attention et la tendresse inédites que va connaître et ressentir la jeune fille dès son arrivée à la ferme du couple, d'abord de la part de la femme immédiatement attendrie puis de l'homme a priori plus bourru. Ce dernier met en effet un peu plus de temps à s'ouvrir à son tour, et l'on comprend progressivement pourquoi : un secret, aisément éventé, placé au cœur du film, explique son attitude prudente et son affection toute retenue, qui finira bel et bien par s'exprimer par éclats timorés et inattendus puis de façon plus permanente. Le format presque carré de l'image nous invite à regarder ces trois personnages sans nous disperser, à nous concentrer sur leurs attitudes, attentif à leurs moindres faits et gestes, facilement ému par la tendresse qui se manifeste occasionnellement (côté masculin) ou plus ostensiblement (côté féminin). Sans doute très bien dirigée par le cinéaste et son équipe, Catherine Clinch, dans le rôle principal, livre une prestation captivante, qui participe pour beaucoup à rendre émouvant le portrait de cette fillette de douze ans, une présence légère qui donne envie de s'intéresser à ce que cette actrice en herbe fera par la suite. Sa carrière commençante est en tout cas placée sous les meilleurs auspices.


 
 
The Quiet Girl se déroule à un rythme très tranquille, comme si le temps de l'enfance et le rythme de ces journées d'été étaient imperceptiblement respectés (ces journées sont ponctuées par les travaux répétitifs mais plaisants de la ferme, où la fillette s'investit au fur et à mesure). Il n'y a toutefois aucune lenteur manifeste, ni une volonté contemplative trop forcée, au contraire, on remarque davantage de subtiles ellipses et on relève tout particulièrement ces très beaux passages où le montage, élégant, parfois porté par les jolis chants de cette maman d'un été, nous fait comprendre que la vie se poursuit, que les jours s'enchaînent sans accroc, dans une harmonie naturelle et désirée. Colm Bairéad évite toujours la lourdeur, peut-être de justesse diront les plus sévères observateurs, peu clients de ces ralentis adoptés à au moins deux reprises. Il opte tout le long pour la plus agréable simplicité (un mouvement de caméra tout bête vers une tapisserie dont les petits motifs représentent un personnage saluant le départ d'un train annonçant par exemple la séparation à venir), et, surtout, il laisse pleine place à la tendresse, un choix salutaire par les temps qui courent, si propices à l'austérité, à la rudesse, à la méchanceté et à la peinture amère d'un monde qui s'effondre ou d'un pays gouverné par des guignols (mais je m'égare...). Je regrette cependant ces deux moments où l'on lâche le point de vue de la fillette au profit d'un suspense assez facile dont on aurait très bien pu se passer. Enfin, ceux que le film saura atteindre seront forcément les plus touchés lors du final, où Colm Bairéad ose encore un montage cajoleur et, selon moi, trouve une certaine beauté, de nouveau caractérisée par sa sensibilité.
 
 
 
 
On pourrait presque penser à L'Esprit de la ruche, le chef d’œuvre intemporel de Victor Erice, même si je conçois que le rapprochement soit peut-être très avantageux et sans doute fragile... Oubliez ! On peut également se croire en présence d'un éloigné parent gaélique du japonais Hirokazu Kore-Eda, pour la justesse du regard porté sur l'enfance et pour ce savant équilibre, alliant donc tendresse, pudeur et distance, qui permet au film d'échapper au pathos, de ne jamais tomber dans la niaiserie, même quand il y est question d'apprentissage de la complexité des sentiments ou de la prise de conscience d'événements douloureux. Non, oubliez ça aussi, j'ai l'impression de m'enfoncer. "Douceur", "grâce", "délicatesse", "beauté", etc., je crois avoir épuisé mon maigre vocabulaire mais vous aurez au moins compris que The Quiet Girl est un film que je recommande et qui figurera à coup sûr parmi mes préférés de l'année. Je vous l'avoue, il m'est difficile de parler mieux et davantage de cette œuvre, ma foi très simple et modeste, qui a toutefois su toucher chez moi une corde sensible et même me serrer le cœur dans ses ultimes instants. 😭


The Quiet Girl de Colm Bairéad avec Catherine Clinch, Carrie Crowley et Andrew Bennett (2023)

9 mai 2023

Showing Up

Dans quelle mesure mon amour pour le cinéma de Kelly Reichardt influence-t-il mon jugement sur ce film ? Et surtout dans quelle mesure cela doit-il m'inquiéter ou au contraire me réjouir ? Certes Showing up n'est pas son meilleur film. Mais pourquoi faut-il toujours que l'on veuille comparer et classer les œuvres, à fortiori d'un même auteur ou d'une même autrice ? Je peux dire qu'il manque, selon moi, quelque chose à ce film. Mais il faut dire aussi que j'y repense beaucoup, que je m'y sentais bien, et que j'aimerais en voir encore. Je m'y sentais bien de façon presque étrange, car il y manque donc quelque chose, plusieurs choses même. Le portrait de Lizzy, cette jeune céramiste sculptrice en proie au manque de temps (elle doit bientôt exposer mais n'a pas terminé son travail de création ; est prise par son boulot de secrétariat dans l'école d'art que dirige sa mère ; doit s'occuper d'un pigeon estropié par son propre chat, recueilli par Jo, sa voisine/logeuse/amie, qui le lui confie finalement car elle doit, elle aussi, exposer très vite), au manque de moyens et de commodités (payer le loyer semble compliqué ; sa chaudière est en panne, ce qui l'oblige à aller se doucher ici et là en demandant permission), au manque de reconnaissance aussi, en particulier de la part de sa famille (frère artiste à moitié fou ; mère plus préoccupée par son fils que par sa fille ; père préoccupé principalement par lui-même), est un portrait au bout du compte riche mais qui souffre tout de même du manque d'évolution de son sujet et du jeu monolithique de Michelle Williams, cernée et renfrognée du début à la fin, malgré deux ou trois touches d'humour discrètes. 
 
 

 
Pourtant quelque chose se passe, dans quelques scènes, moins entre Lizzy et les gens qui gravitent autour d'elle, qu'entre cette jeune artiste invariablement chaussée de crocs, au corps lourd et pesant sous des fringues laides et ternes, et les figures féminines, aériennes, dynamiques, tordues, contorsionnées (aux expressions quoi qu'il en soit soucieuses sinon torturées) qu'elle modèle et qu'elle semble si heureuse de voir exister quand leur réalisation s'achève par l'apparition des couleurs vives nées des émaux employés, ces couleurs qu'elle "ose" comme on le lui fait remarquer, pastel, claires et lumineuses, toujours surprenantes au sortir du four (et Lizzy est si blessée quand la cuisson a mal tourné). Mais on aurait aimé que cette relation aux figures crées soit plus exprimée encore, que le film, qui ne raconte finalement pas grand chose (une artiste issue d'une famille dysfonctionnelle doit achever un travail pour une expo sans grand enjeu tout en s'occupant d'un pigeon blessé : fin du pitch), prenne beaucoup plus le temps que lui dégage une trame narrative minimale pour filmer les gestes, la matière, les corps, la lumière, toutes choses qui sont depuis toujours au cœur du cinéma de Kelly Reichardt et qui en font le prix, la beauté, la saveur. 
 
 

 
A la fin du film, les deux voisines marchent côte à côte dans la rue, et dans la profondeur de champ. A noter que c'est je crois le premier non-road-movie de Kelly Reichardt, ou peut-être le deuxième, après Certaines femmes, dont je me souviens moins, en tout cas le premier absolument sans déplacement, en bagnole ou à pied, dans les grands espaces américains, et la cinéaste, ironiquement, ouvre son film avec un travelling latéral caractéristique des films de ses débuts, en particulier de ses premiers, River of Grass et Old Joy, sur Jo qui fait rouler un pneu le long du trottoir, le véhicule réduit à son minimum, dont elle s'en va faire un mobile fixe : une balançoire. Mais je reviens à la fin de Showing Up : les deux amies sont réunies après une dispute générée par la question de la chaudière en panne, que Jo tarde à faire réparer au détriment du confort de Lizzy, donc par la question du temps et de l'argent. Mais on aurait aimé que l'amitié entre les deux femmes soit plus vivante, quitte à demeurer plus ambiguë, comme celle des deux camarades de Old Joy, ou plus triste, comme celle des deux pionniers de First Cow (dont la fin me marquera plus durablement, qui à mes yeux inscrit ce western minimaliste, pour le coup très attentif à la nature, aux outils, aux matières, aux lueurs, aux gestes, dans la petite confrérie de ces films d'amitié qui se terminent avec la mort lente et douloureuse d'un des deux membres du duo après une blessure qui ne semblait pas devoir être fatale, aux côtés de Macadam Cowboy, Scarecrow ou Thunderbolt and Lightfoot). Juste avant cette déambulation des deux voisines vers le fond du champ, quelques plans assez beaux, mais trop courts, descendent le long de câbles électriques ou sous le couvert de grands arbres, mimant le regard des deux jeunes femmes en quête de l'oiseau envolé. J'aurais aimé que de tels plans, mettant en scène de simples formes de ce monde vues sous un angle particulier et prises dans le mouvement d'un regard (travail de mise en scène résumant celui de toute création d'art formel) soient plus nombreux et viennent plus tôt dans Showing Up. N'empêche qu'ils y sont ? Oui. J'en voulais juste plus !
 
 

 
Pour toutes ces raisons, et parce que malgré le manque on se sent bien dans ce film, comme toujours chez Kelly Reichardt, mieux d'ailleurs que dans d'autres (comme Old Joy, Wendy and Lucy ou La Dernière piste, si beaux films dans lesquels il est somme toute plus difficile de se la couler douce), je me dis, et c'est peut-être la première fois, du moins je crois, que j'aurais préféré que Kelly Reichardt fasse de son idée de film une mini-série. Le format sériel aurait peut-être mieux correspondu à la quasi non-évenementialité du récit et aurait sans doute mieux permis, justement, de prendre le temps de filmer la création dans sa durée, le temps long de la maturation, de la quête, de la modélisation, de la correction, du doute, du recommencement, le tout pris dans la temporalité abrégée des jours, des contraintes temporelles et matérielles du quotidien, mais aussi dans un troisième temps, après la lenteur de l'observation, celui propre à chaque geste. Tout cela est déjà dans Showing Up, mais j'en voulais davantage.
 
 
Showing Up de Kelly Reichardt avec Michelle Williams, Hong Chaud, Judd Hirsch et Amanda Plummer (2023)

1 mai 2023

John Wick : Chapitre 4

Nous laissons aujourd'hui la parole à Julien F. aka MythSciences et Tristan G. aka Turlog's Production, deux jeunes fans de John Wick issus des quartiers chauds d'une ville du sud de la France qu'on ne citera pas mais que les médias nomment souvent "the French Detroit". Un lien familial assez direct nous oblige à les laisser s'exprimer tout en respectant et en acceptant leur regard sur un film que nous finirons sans doute également par regarder mais dont nous n'avions pas prévu de tant faire l'éloge...
 
Une séance riche en émotions et en frissons. Que dire ? Nous sommes définitivement sur le cul. Ce John Wick Chapitre 4 est la digne succession d'une trilogie déjà mythique.

Nous commençons dans le désert, assez dépaysé, en ne sachant pas tellement ce qu'on fait là. Cette introduction est une suite directe à John Wick : Parabellum. Mais il faut dire que quatre ans après, difficile de joindre les deux bouts. Fort heureusement, ce passage sera de très courte durée et on remarquera cependant le petit clin d'œil à la dinguerie Lawrence d'Arabie. 


John Wick dans le désert, faisant le point sur sa vie. Le personnage est encore incarné par Keanu Reeves.
 
Tout d'abord, il faut impérativement parler de la photo du film, absolument magnifique. Les couleurs sont travaillées et recherchées, avec des mélanges de lumières naturelles, néons et  lueurs de type LED judicieusement planquées et orientées. Ce John Wick 4 a une aura particulière et unique au sein de sa propre saga. Nous sommes plongés dans une ambiance cyberpunk en osmose avec des références westerns que l'on pourrait retrouver sur les étagères de Papi et Mamie. Cet opus nous offre des curiosités visuelles et de nombreux détails dans la lignée des précédents épisodes qui nous proposaient déjà un univers mettant à l'honneur des objets physiques uniques à la saga : pacte de sang, pièces du Continental, pièce du Prédicateur. Nous avons droit cette fois-ci à des armures de samouraï modernes stylisées qui vont donner du fil à retordre à notre bon vieux John lors de son séjour au Continental d'Osaka... A ce propos, ce Continental est une vraie réussite : les décors montés de toutes pièces sont sublimes et nous donnent directement envie d'y séjourner lors de notre prochain voyage au pays du soleil levant. 
 
 
Il se fait pisser dessus plus tard dans le film, ce qui nous a cloué le bec. On ne sait toujours pas qui est cet homme.
 
Le directeur de ce Continental nippon a un charisme fou, ce n'est pas compliqué : il est le Samouraï rêvé à poil sous son kimono. Hiroyuki Sanada dans son personnage de Koji Shimazu a la classe, il maîtrise parfaitement le sabre et nous sommes subjugués de la façon dont il transforme ses ennemis en sushi ou en origami selon les scènes. D'après ses dires "Une belle mort arrive après une belle vie" et on est persuadé qu'il a eu une tendre et heureuse existence lorsque l'on assiste à son dénouement. Sa fille, Akira Shimazu, nous a conquis : elle est incarnée par la délicieuse Rina Sawayama, qui apparaît ici dans son premier long métrage de fiction (hors sextapes et autres vidéos de famille). C'est une déesse de l'arc tout comme notre amie numérique Lara Croft et elle aussi rend hommage à ce matériau élastique élaboré par transformation d'un suc végétal qu'est le latex. Elle nous a particulièrement captivé lorsqu'elle grimpe avec ses lames sur un bonhomme à forte corpulence qui vit là le meilleur moment de sa vie (et hélas le dernier).    


Le daron et sa fille, ici dans leurs tenues traditionnelles, la classe à la japonaise. Pour info, nous sommes allés voir le film dans le même accoutrement.

Keanu Reeves, dans la force de l'âge, nous fait toujours autant rêver. Il nous offre une version encore plus sombre et violente du personnage qu'il incarne : Jonathan Wick. Force est de constater que son jujitsu et son judo s'améliorent, contribuant largement à nous offrir 2h50 de pur plaisir visuel. Il maîtrise de nouvelles armes tels que le nunchaku ou encore un fusil avec balles au phosphore... Les scènes de fight sont à couper le souffle, chacune résulte d'un long travail de chorégraphie qui nous procure un sentiment de jubilation. On aurait presque envie de participer à cette boucherie tellement c'est satisfaisant.


Keanu à Paris... Nous aurions bien voulu le rencontrer et lui demander de nous faire un enfant.

Nous avons droit à plusieurs antagonistes : le principal est campé par Bill Skarsgård, acteur que nous avions croisé en clown dans Ca, qui va ici vous donner l'envie de l'étriper avec son personnage imbuvable du Marquis de Gramont (un gosse pourri gâté qui sous-estime le personnage éponyme de la franchise). Le second, et pas des moindres, est le fameux Killa qu'on retrouve à Berlin. Killa va s'avérer être un ennemi de taille, et va faire virevolter notre Jonathan. Scott Adkins, 1 mètre 79, nous offre une prestation excellente dans une scène de poker très tendue. Celle-ci va aboutir à un fight des plus épiques avec des clins d'œil au chapitre numéro un dans le Red Circle Club (la boîte de nuit/bordel fréquentée par les tueurs solitaires en quête de compagnie). Durant cette scène de combat, il y a de nombreux SFX mis en avant par les 12 images par seconde, nous montrant une fois de plus la technique et le travail abattu en post prod. Des ralentis lorsque Killa met des coups à John Wick rendent la scène d'autant plus impressionnante et dur à vivre pour un supporter de Keanu Reeves. Malgré son animosité, Killa est un personnage qui nous a beaucoup amusés ; notamment en raison de sa Ventoline en or qui symbolise son immortalité : il l'utilisera jusqu'à son dernier souffle.


Le Marquis : un guignol pur jus qu'on déteste et qu'on aimerait défoncer. L'image est floue car cette scène est floue.

Notre majordome préféré paye le prix fort son professionnalisme et sa loyauté dans une scène touchante et tragique. On a eu les poils qui se sont hérissés, et notre haine envers cet impitoyable Marquis s'est terriblement envolée. Petit hommage au si regretté Lance Reddick qui nous a quittés il y a quinze jours, rendant ce passage d'autant plus riche en émotion : Lance, ta prestance n'avait d'égal que ton talent, tu as marqué au fer rouge la saga, tu es dans nos cœurs cet éternel gentleman dont l'étoile ne pâlira jamais.
 
 
RIP la légende. Lance Reddick. On reste solennels pour cette légende car nous éprouvons un immense respect pour cet acteur hors pair.
 
Il faut également que l'on parle de Donnie Yen dans le rôle de Caine. L'acteur, connu pour ses prouesses en art martiaux et ses talents de cuistot, ne vas pas y aller de main morte. En dépit de sa cécité, l'ami de John Wick est violent et méthodique. Sa rage placide et son calme intérieur transparaissent de chaque plan et nous laisse dans un état de pitié : cet homme souffre en silence et nous y croyons grâce à la prestation d'un comédien qui a trouvé rôle à son pied. 
 
 
Comme le prouvent les lunettes : cet homme est aveugle. Comme le prouve le flingue : il est armé. Comme le prouve la canne : il ne sait pas se diriger.

 Parlons maintenant de Shamier Anderson, aka the Shrimp la Crevette, dans son rôle de Mister Nobody accompagné de son malinois (Noisette ?). Il fera un pacte avec le Marquis de Gramont que celui-ci ne respectera pas (c'est décidément un SALOP). Monsieur Personne va vagabonder tout au long du film, agissant comme un "ange gardien" pour John tout en voulant toucher sa prime de 40 millions de dollars. C'est véritablement un cowboy solitaire largement inspiré de l'univers western de Papi et Mamie précédemment évoqué, il agit tel un chasseur de primes sans vergogne. Il est équipé notamment d'une carabine type Winchester ainsi que d'un sac à dos déployable en gilet pare-balles, qui est on peut le dire très ingénieux et que nous comptons aller nous dégotter à Décathlon, au rayon tentes. Un peu plus tard, on retrouvera une scène comique où le malinois urine sur la tête d'un ennemi mort, qui avait auparavant essayé de le tuer. Ce Mister Nobody aime la bière, on ne vous en dit pas plus !
 
 
Deux majestueux profils au soleil couchant : ce quatrième John Wick est un poème visuel.

Cerise sur un gâteau bien copieux : on a le bonheur de retrouver Laurence Fishburne dans son rôle du Roi de Bowery. La complicité entre les deux acteurs, qui entretiennent une relation d'amour platonique depuis Matrix, suinte littéralement de l'écran, à tel point que nous sommes parfois un peu gênés. L'apparition de Fishburne est brève mais parsemée de cet humour cher à l'acteur facétieux, si apprécié des plateaux de ciné. Il va aider notre héros dans sa quête de justice en lui fournissant un flingue de la plus grande qualité et un nouveau costume parfait pour les rendez-vous galants. Un véritable rayon de soleil.
 
 
Rencontre au sommet station Porte des Lilas : nous aurions TOUT donné pour sortir malencontreusement du métro à ce moment-là.
 
Chaque scène de fight est accompagnée d'une bande originale dynamique et parfaitement coordonnée. Pas de surprises à ce niveau-là, c'est du pur John Wick : EDM, phonk et rock épique. Cette BO nous offre également des remix des opus précédents. Vous la retrouverez facilement sur Spotify dans les playlists créées par les internautes conquis.


Scott Adkins, méconnaissable dans sa "fat suit" : on parle d'un Oscar pour cette performance saisissante.
 
La troisième partie se passe dans notre capitale bien-aimée. C'est en effet à Paris que John Wick va terminer sa course pour en finir avec le Marquis. La chasse à l'homme se poursuit dans la capitale, et plusieurs scènes impressionnantes vont s'y dérouler. Au menu des réjouissances : une scène en voiture extraordinaire sur la Place de l’Étoile. On notera ensuite un long plan-séquence avec une prise de vue zénithale, où notre John Wick va utiliser un fusil à balle incendiaire. La scène, rythmée et particulièrement bien réalisée, nous fait penser au jeu vidéo Hotline Miami (que l'on vous recommande chaleureusement).


La fameuse Mustang que nous enviions dans le premier film sert ici de bouclier pare-balles.

John Wick va finir sa course au Sacré-Cœur et là, des escaliers n'auront jamais été aussi compliqués à monter... Ces multiples cascades dans les escaliers nous montre encore une fois les risques pris par des cascadeurs surdoués qui ont encore accompli un travail exceptionnel. La scène finale nous attend au sommet des légendaires marches plus vraiment immaculées. Volontairement minimaliste, le dénouement prend la forme d'un duel de cowboys au pistolet qui ravira de nouveau Papi et Mamie… On regrettera toutefois un couché de soleil très artificiel obtenu sur fond vert : il rend la scène moins réaliste et moins poignante que ce qu'elle devrait être…


Cette scène tournée en studio dans l'Ontario est supposée se dérouler à Notre-Dame : on y croit.

Pour conclure, allez le voir tant qu'il est au cinéma car malgré une VF au ras des pâquerettes, l'expérience est à vivre sur grand écran pour une immersion des plus exquises. De nôtre côté, on compte même y retourner pour mieux vivre l'attente jusqu'à John Wick 5 avec espérons-le, de nouvelles idées qui, espérons-le, ne nous laisserons pas indifférents…
 
 
John Wick : Chapitre 4 de Chad Stahelski avec Keanu Reeves (2023)