7 janvier 2019

Summer of 84

Après Super 8, Stranger Things, It et j'en passe, voici une nouvelle production américaine qui tente de surfer sur la nostalgie des spectateurs pour les années 80. On y suit donc une petite bande de teenagers habitant une banlieue pavillonnaire à la recherche d'un serial killer qui sévit dans la région. L'un des ados est convaincu qu'il s'agit de son voisin, un type a priori clean sous tous rapports, flic de profession, mais peut-être trop clean pour être honnête, justement. Pendant plus d'une heure, on assiste donc à l'enquête des quatre ados, qui sillonnent la banlieue à vélo et examinent de près les habitudes de leur mystérieux voisin. Les jeunes personnages ne sont pas désagréables, mais ils sont encore une fois très stéréotypés avec l'intello binoclard de la bande (Cory Gruter-Andrew), le rebelle aux mèches folles et vêtu de noir (Judah Lewis), le gros moche boutonneux (Caleb Emery) et enfin le plus "normal" de tous (Graham Verchere), sans signe distinctif, qui est évidemment celui que nous collons aux basques et auquel nous sommes invités à nous identifier.





Les jeunes acteurs ne sont pas mauvais, on a rien à leur reprocher. Nous trouvons leurs personnages d'abord plutôt attachants avant de se foutre royalement de leur petite enquête à mesure que le film se désagrège sous nos yeux et perd toute sorte d'intérêt. Car Summer of 84 ne réserve aucune surprise, je dis bien AUCUNE (à moins que la surprise soit justement qu'il n'y en ait pas...). Il s'avère terriblement paresseux et échoue au bout du compte sur tous les tableaux. Le film n'est ni drôle, ni effrayant, ni particulièrement divertissant ou captivant, son principal problème étant que le suspense ne fonctionne tout bonnement jamais. Quand le scénario finit de se dérouler, on est seulement étonné par sa vacuité totale et sa pauvreté. En outre, il faut bien reconnaître que l'acteur choisi pour camper le voisin, Rich Sommer, n'est pas inquiétant pour un sou...





Summer of 84 pourrait trouver son salut dans le portrait de ces gamins minés par le divorce de leurs parents : dans la petite bande, deux sont directement concernés et, de manière générale, les rapports parentaux ne nous sont jamais montrés sous un jour très reluisant. Hélas, on ne fait qu'effleurer ce sujet, relégué à l'arrière-plan, largement insuffisant pour déboucher sur quoi que ce soit d'un peu intéressant ou émouvant. Summer of 84 est un film qui ne provoque rien. C'est presque un bel exploit en soi. On ne doute pas, on ne tremble pas, on ne rigole pas ; on s'en fout, nous n'y croyons pas. La pseudo bombasse blonde du quartier (Tiera Skovbye) se met à flirter avec le jeune héros dont elle était jadis la baby-sitter, celui-ci ressemble à un schtroumpf et se fait même griller en train de l'espionner aux jumelles depuis sa fenêtre : on n'adhère pas une seconde. Ça ne marche pas. De la même façon, le film n'agace pas vraiment. Il laisse à vrai dire totalement indifférent. A part peut-être à la fin, où il parvient à nous exaspérer.





Il faut cependant avouer que ce film n'est pas désagréable à l’œil, ils s'y sont mis à trois pour le réaliser et ils y ont apporté un certain soin. Ils ont évidemment pensé à une BO à base de synthétiseurs tout à fait dans l'air du temps. Y'a pas à dire : l'emballage est soigné. Il s'agit du deuxième long métrage d'un trio de cinéastes québécois, François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell, qui œuvrent depuis plus de 10 ans de concert sous le pseudonyme de RKSS (comme RoadKill SuperStar...), inventant des courts métrages, des fausses bandes annonces, etc. Tout leur imaginaire semble tourner autour de cette nostalgie pour les eighties et le cinéma de genre. On espère qu'ils arriveront à en faire quelque chose de plus remarquable un jour, car ils ne sont pas complètement dénués de talent, mais pour l'instant : rien à signaler, passez votre chemin. Summer of 84, c'est 100 minutes parties en fumé. Dans le même esprit, on recommandera plutôt Super Dark Times qui lui aussi sent bon les 80s, avec sa bande d'ados à vélo impliqués dans un drame sordide, pour un résultat nettement plus original et marquant. 


Summer of 84 de RKSS avec Graham Verchere, Judah Lewis et Caleb Emery (2018)

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