3 février 2019

Bilan 2018



1. Une affaire de famille de Hirozaku Kore-Eda
2. Phantom Thread de Paul Thomas Anderson
3. L’Île au trésor / Contes de juillet de Guillaume Brac
4. Burning de Lee Chang-Dong
5. La Caméra de Claire / Seule sur la plage la nuit de Hong Sang-Soo
6. Les Garçons sauvages de Betrand Mandico
7. First Reformed de Paul Schrader
8. Mademoiselle de Joncquières de Emmanuel Mouret
9. Une Pluie sans fin de Dong Yue
10. Pentagon Papers de Steven Spielberg
11. Mektoub my love : Canto Uno d'Abdellatif Kechiche
12. Coincoin et les Z'inhumains de Bruno Dumont
13. Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré
14. La Nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher
15. Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin

Pour vous, 2018, c'est une deuxième étoile sur le cœur, mais pour nous c'est une dixième étoile sur le cul. Dix années de blogging ciné. Et toujours aussi peu de respect dans les commentaires... Ces dix années de labeur à éructer dans le vide ne nous valent par une once d'admiration ou d'estime de la part de ceux qui s'égarent parfois ici. Forts de ce constat, nous allons continuer dans la même droite lignée. On s'en remet pour dix piges. Le mot d'ordre : se faire plaisir, puisqu'il semble que vous faire plaisir est peine perdue.




Comme chaque année, il nous a fallu un bon mois pour établir un classement, pour trier le bon grain de l'ivraie, séparer les films de 2017 de ceux de 2018, 1998 et 2019. Ce n'est qu'en toute fin d'année que nous avons appris l'existence fort pratique de sites tels que l'Internet Movie Database (IMDb), Allociné (ALOc) ou Wikipédia (WKPd), permettant d'abandonner les listes manuscrites, les recherches dans les archives de la bibliothèque nationale de France et les coups de fil hebdomadaires (appeler le mercredi matin) aux 2184 salles de cinéma de l'hexagone afin de recouper les infos. Ces sites merveilleux offrent la possibilité de connaître en une paire de clics les films officiellement sortis entre le 1er janvier et le 31 décembre d'une année civile. Or, ces nouvelles ressources à l'appui, nous avons constaté que rien ne nous a échappé des sorties annuelles. Nous avons vu les 267,093 titles recensés par la base de données d'IMDb. Du premier film paru sur grand écran, à savoir A Thin Life, au dernier, Migraine Documentary - People in Pain (qui tombait à point nommé).




En bon cinéphages, nous avons donc passé, en temps cumulé, 45 années (oui, "années") devant des films en 2018. Aussi avons-nous quelque mal à parler d'un top "2018" dans le sens où tous les films de 2018 mis bout à bout représentent une durée totale de visionnage d'environ quarante cinq années (et nous les avons strictement tous vus, ce qui représente grosso mierdo la bagatelle de 400 500 heures de vol). Il est ainsi bien difficile d'évoquer sereinement la possibilité d'établir un simple top de 2018, puisque la totalité des durées des métrages accumulées représente 45 années de cinéma non-stop. La seule année 2018 ne suffit pas à voir tout ce qui a été tourné ou dévoilé en 2018 et nous ne pouvions pas anticiper en 2017, ou même avant, les films qui allaient être réalisés ou révélés un an plus tard. Mais tout ça n'est peut-être pas très clair... 




Alors reprenons. Étant donné qu'on est deux, et qu'on fait tout par paire, par deux, doublement, deux fois, 2018 est une année double et bicéphale, qui n'a pas la même durée pour nous que pour le quidam habituel qui établit son top en solo oklm. Nous avons relevé le défi : on a pu voir pour 45 années de films et, au total, en volume horaire de visionnage, on enfile le mi-centenaire de cinéma. On a passé 45 ans devant des films cette année, mais on vous rappelle qu'on est deux, et cinéphages au dernier degré... Vous vous demandez si nous nous sommes partagé la tâche ou si au contraire nous avons tout vu deux fois (une fois chacun). Deuxième option camarades. Ce qui cumule 90 ans de métrage. Et si on arrondit avec les quelques reprises, ressorties et autres "rattrapages" de rigueur (il fallait que Carpenter choisisse 2018 pour sortir de sa tombe... et il y a peut-être deux ou trois films de fin 2017 ou début 2019 qui se sont glissés dans nos soirées  c'est la date de sortie en France métropolitaine qui fait foi, mais il y a quelques cas qui posent problème...), on peut facilement dire qu'on touche le siècle de cinéma. On dit qu'on "arrondit", le mot n'est pas innocent. C'est pour vous, pour ne pas vous assommer de chiffres, que l'on fait simple. Nous connaissons les vrais chiffres, précis, à la décimale près, mais comme tout bon prof d'algèbre (qui prétend tel Aronofsky que Pi fait 3,15 pour ne pas rentrer dans les détails et ne pas perdre son audience, alors qu'il connaît la centième décimale par cœur, laquelle, à moins de 0,5×10–15 près est de 3,151 592 653 589 793), on essaie de ne pas paumer la moitié du public dès l'introduction. En outre, dites-vous que l'on a bien dû vivre à côté de ça, en un temps particulièrement resserré, certes, que l'on a exclusivement consacré aux besoins vitaux (sommeil, alimentation, procédures judiciaires) et à l'écriture d'articles pour nourrir notre blog ciné. 




(Insérer un connecteur logique ici), on a aussi quelques failles, on fait ça par passion, on n'est pas non plus des robots, on a plutôt l'air de zombies à la sortie d'une telle année de cinéma. L'exercice d'un top annuel est toujours très problématique pour nous, d'où les retards systématiques, sachant qu'on passe généralement tout le mois de janvier à inventer un nouveau mode de calcul, dont nous ne sommes jamais entièrement satisfaits... Déjà : quelle date prendre en compte ? Celle du dernier coup de paraphe sur le scénario ? Celle du feu vert de tonton Weinstein ? Celle du premier clap ? Celle du premier tour de manivelle ? Celle du clap de fin ? Celle du début du montage ? De la fin de l'étalonnage ? De la première projo-test ? De la date de sortie ? Et si oui (car beaucoup de films restent sur les étagères), dans quel pays ? Et sous quel format ? Prenons pour exemple Yorgos Lanthimos, ce réalisateur si adulé par les masses populaires, et que nous avons de notre côté déjà épinglé comme il le mérite. Espiègle comme un grec, il a eu la fâcheuse idée de sortir La Favorite le 31 décembre 2018 à 23h55 aux États-Unis d'Amérique, dans un échantillon de trois salles, concourant ainsi légalement pour les plus grandes récompenses, mais le film ne débarquera sur nos écrans français qu'en décembre de l'année prochaine... Alors à quel saint se vouer ? De nombreux fanboys de Lanthimos se mordent encore les doigts de ne pas avoir pu placer ce film au sommet de leur top 2018, et on ne les comprend pas.




Il y a aussi les films qui ne sortent pas et, à plus forte raison, qui seraient formellement interdits par le code civil en vigueur, mais que nous avons vus et que nous avons beaucoup aimés. Nous pensons tout particulièrement aux deux derniers films de Tonton Scefo (il nous a fait un diptyque cette année, comme Sang-Soo et Brac). Deux films qui nous ont beaucoup impressionnés. Ceux-là, nous serions vraiment tentés de les faire figurer dans notre top, puisqu'ils font objectivement partie de ce qui s'est fait de mieux avec une caméra (en l’occurrence un téléphone filaire) et beaucoup d'armes à feu.




Que dire de tous ces petits festivals de "véritables" passionnés, où se joue l'avenir du monde et où se montrent les talents non pas de demain mais du sur-lendemain, et où nous avons vu des perles rares, d'obscures pépites, qui surpassent en qualités et en quantité de "peau" visible à l'écran tout ce qu'ont pu faire les palmés d'or de la tête aux pieds, les oscarisés de la dernière heure et autres césarisés du cœur. Mais ces films-là ne correspondent pas aux codes, ils ne rentrent pas dans les moules, oscillant entre l'art contemporain et la pure performance, de celle où le spectateur décide parfois de la fin, du début, voire du milieu. Le plus souvent, pas de date, pas de générique, pas d'auteur, pas de caméra, rien. On est là, au plus proche du réel, au plus près de la vie. Mais n'est-ce pas encore le meilleur film qui soit ? Faut-il avoir la chance d'accéder à ces petits festivals, d'avoir eu vent de leur existence, d'avoir une voiture pour se rendre dans des bleds pourris et une carte pour les trouver (là encore, nous venons tout juste de découvrir la géolocalisation sur nos smartphones respectifs : belle invention, mais quid de Big Brother...).




Que dire aussi de ces nouveaux services dits de "VOD" qui offrent des Vidéos quand On les Demande. Ils faussent tout ! Et ajoutent encore de la complexité... Comment appréhender la fameuse frontière de plus en plus friable entre fiction et documentaire, séries et films, cinéma et télévision, mini-séries et Shyamalanverse... Chaque semaine, un site comme Tënk propose une quinzaine de documentaires tournés dans la semaine par des employés sur-exploités et autres véritables "passionnés", des films tournés si vite qu'il manque souvent la fin ou le préambule et qu'ils sont parfois tournés-montés, si vite tournés qu'ils n'ont même pas besoin d'être vus pour être considérés avoir été produits. C'est aussi le fait de ce brouillage des pistes qui nous a poussés cette année à strictement tout considérer sur un pied d'égalité dans un top élargi de cent films classés (que nous révélerons peut-être pour les vingt ans du blog et dont nous nous justifierons sur notre lit de mort), un classement dingue où la mini-sérisodes de Bruno Dumont tutoie An Elephant Sits Stills, la fresque immobile de 4 plombes 40 sortie en queue de pie, fin-décembre mi-janvier.




Quand on pense à tous ces à-côtés, tous ces films oubliés, tous ces kourtrajmés, on se demande comment les autres blogueurs ciné (entre parenthèses, il n'en reste pas beaucoup qui tiennent le choc des années, alors un peu de respect svp) s'y prennent pour pondre un classement dont ils ont l'air si sûrs dès fin décembre, des dix meilleurs films d'une année qui en compte deux cent soixante sept mille quatre vingt treize (soit, pour rappel, 45 ans de temps humain, grosso modo, en oubliant toute velléité de se nourrir, de dormir ou de forniquer, et en arrondissant à 90 minutes par film, plutôt taille basse comme moyenne, un Kechiche sape la médiane). De notre côté, pas fous et plutôt prudents, nous préférons la boucler et sortir notre top provisoire "working on progress" autour généralement de la mi-février (la Chandeleur est notre dead-line).




Si vous nous lisez encore à ce stade de la démonstration (car nous ne sommes quand même pas dupes...), vous devez vous poser une question depuis quelques heures : comment voir une centaine d'années de cinéma en 365 jours ? Il faut d'abord vous dire qu'on s'est lancés là-dedans un peu feu follets. En effet, nous étions persuadés que 2018 faisait partie de ces années rares, nommées bissextiles, qui comptent 366 jours au lieu de 365. Et on a joué le jeu à fond. Ce n'est que le 3 mars que nos yeux bouffis et gonflés, rouge sang, se sont égarés sur un calendar qui nous a renseignés sur notre méprise. Mais c'était trop tard, on était trop avancés, et on a décidé d'aller au bout de l'idée quitte à avoir un jour de décalage sur le reste du monde (qui ne jouait pas le jeu). Le repas de Noël, à base de vieux restes, nous a un peu déçus et nous a valu une sacrée prise de bec avec notre belle-famille, qui ne "voyait pas" où nous voulions en venir, mais celui du 23 décembre au soir déchirait ! Sans parler des cadeaux, reçus en avance. Une bonne surprise. Mais niet à Noël. Dites-vous bien que le petit coup de pouce de 24 heures chrono de rab n'était pas anodin sur cent ans de films à voir... Mais nous y sommes parvenus quand même. Et l'astuce n'est pas très compliquée : il suffit de regarder la totalité des films d'une année en une année, ce qui est dans nos cordes, quand bien même cela nous a pris cent ans.


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