

Je déteste ce genre de film. Soyons clairs. Pour moi, et là je m'adresse tout particulièrement à nos amis zicos, c'est l'équivalent au genre "ambiant" en musique, ou plutôt ce genre musical que les connaisseurs appellent le "drone", en fait j'en sais que dalle parce que je suis une bite en musique, un béotien convaincu : je n'écoute pas de musique, je n'aime pas ça. Mais bon j'ai quand même deux trois notions et je le maintiens fermement, Kynodontas, avec son nom de dinosaure, est plus rattachable à du "drone", voire à du "krotrock", qu'à de "l'ambiant". Entre parenthèses c'est quand même étrange d'adorer l'ambiant, qu'on pourrait définir comme une musique d'ambiance, de fond, une musique qu'on n'écoute pas vraiment. C'est comme aimer les tableaux qui n'attirent pas l'œil et devant lesquels on peut passer sans en avoir rien à foutre. C'est comme aimer un film qu'on lance pendant qu'on fait le ménage à fond dans la casbah, c'est d'ailleurs ce que j'ai fait au bout d'un quart d'heure, à 5h15 du mat. J'aime que tout soit clean autour de moi et j'emmerde mes voisins, j'ai passé l'aspi de fond en comble sans jamais zieuter l'écran sauf au moment de l'astiquer avec un chiffon humide, espérant en retirer toute la saloperie, mais pour ça il suffisait d'appuyer sur la touche "stop" de la télécommande de mon lecteur DVD ! Bam ! Bref, même si j'ai attaqué ce film comme de l'ambiant, c'est du drone. Le drone me semble être une belle musique de merde, aussi ai-je envie de dire que Kynodontas c'est du "drone", d'autant plus que c'est un mot affreux. Ainsi soit-il et tant pis pour les grateux qui viendront me contredire.

Je suis allergique à ce cinéma de gros malin, qui se regarde le nombril en filmant froidement des teubs et des bras trop longs. C'est pompeux et d'une pauvreté inouïe. Le scénario se croit brillant avec son sens de l'allégorie, de la métaphore, de la parabole sur le fascisme, le totalitarisme, la propagande et la manipulation idéologique, avec ces jeunes gens qui vivent à part, qui croient que "fourchette" veut dire "avion" à cause d'une éducation pas possible doublée d'un bourrage de crane insensé, et qui s'enculent entre frères et sœurs... J'arrête là avec l'histoire car elle est beaucoup trop pénible. C'est un film à thèse comme Michael Haneke en a le secret, lui qui nous ressasse ses trois idées faiblardes et rebattues sur l'éducation. C'est une idée de film plus qu'un film et au final c'est bête et laid à en crever. D'ailleurs Canine, œuvre pédante et aux airs supérieurs, a remporté le prix "Un certain regard" à Cannes en 2009, la même année que Le Ruban blanc, une autre belle escroquerie de film. Au niveau de la mise en scène Yorgos Lanthimos est dans la même lignée que Mika Hanouke avec ses plans séquences qui n'évoquent rien d'autre que la prétention avec laquelle ils sont faits, ce hors-champ zéro degré qui n'a aucun intérêt sinon d'en ajouter à la bizarrerie volontaire du script sans le moindre iota de finesse, et ces décadrages d'une sérieuse et triste pertinence qui n'ont pas gagné tant soit peu en beauté après une heure et demi d'inlassable sollicitation. S'ajoute à cela un art de filmer les corps de la plus laide façon qui soit, des quartiers de viande dans une chambre froide, et ne parlons pas de l'acte sexuel qui tel qu'il est représenté, dans la veine d'un certain cinéma de Bruno Dumont, rendrait misanthrope le plus fiévreux des acteurs pornos ou le mieux intentionné des curés. Quoi ? Ce que j'écris ne veut rien dire ? Matez ce film qui durant une heure et demi se complaît dans le nawak et on en reparlera. On sent la volonté du metteur en scène poindre derrière chaque détail du film, une volonté de fer, une volonté de maîtrise et d'intelligence, une volonté qui rend ce film nul à souhait et iregardable.
Canine de Yorgos Lanthimos avec Christos Stergioglou (2009)
Canine de Yorgos Lanthimos avec Christos Stergioglou (2009)