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18 février 2011

L'Arnacoeur

Votre fille sort avec un sale type ? Votre sœur s'est enlisée dans une relation passionnelle destructrice avec un acteur porno ? Votre tante est mariée depuis 50 ans à votre Tonton Scefo qui est un vrai connard ? Votre mère s'est entichée d'un fan d'O.J. Simpson ? Aujourd'hui, il existe une solution radicale, elle s'appelle Alex. Son métier : briseur de couple professionnel. Sa méthode : un dentier d'Orang-outan à faire craquer tous les zlips du monde. Sa filmographie : tous les films de Cédric Klapisch et tous ceux de Tony Gatlif. En effet le séducteur en question n'est autre que Romain Duris, et Vanessa Paradis est celle que Duris doit délivrer de son époux idéal, lourdement payé pour ce faire par le père de la dame (que tous les personnages du film n'arrêtent pas d'appeler "la belle", avec parfois la variante "bonne"), grassement payé donc, le Duris, par le père de cette beauté divine qui veut se débarrasser de son futur gendre pour des raisons dont, croyez-moi, tout le monde se fout à mort.


La scène qui m'a fait rêver d'être un énorme gros coiffé d'un bonnet en plein été et pendu à son nokia.

Notre séducteur à la manque s'y refuse d'abord, son éthique lui dictant de ne briser que les couples malheureux afin de libérer les femmes de leur carcan conjugal et de maris minables. Apparemment seules les femmes souffrent de mauvais mariages, c'est bon à savoir. Or il se trouve que Vanessa Paradis a la chance hors-du-commun de vivre le grand amour avec un bellâtre bourré aux as, très appréciable puisque rasé de près et souvent absent, qui l'aime profondément. Duris finit néanmoins par accepter le gros chèque signé du père de Vanessa Paradis pour briser ce couple idyllique car il a besoin d'argent rapport à une ridicule histoire parallèle de malfrats, qui sert de macguffin ultra dispensable à cette triste comédie. Donc tout le scénario va consister à nous faire suivre les péripéties de Romain Duris, enfoncé jusqu'au cou dans sa mission visant à foutre la merde dans un couple de rêve qui n'a rien demandé. Ceci dit on sent bien, assez rapidement, que Paradis n'est pas complètement heureuse dans ce ménage. Pas d'exception à la règle, la femme est triste en couple si elle ne vit pas avec Romain Duris, c'est la leçon du film et du cinéma français depuis 10 ans. Pendant tout le "métrage" on croit deviner que le futur époux de Paradis est en réalité un bel enfoiré, un type louche, une plaie qui cache son jeu sous le fric, un sourire bright et des costars. Eh bien en fait non, c'est simplement qu'il est trop parfait, trop lisse, trop amoureux, que sais-je... Et Paradis finira par tout plaquer pour s'en aller coincer les chicots désordonnés de Duris entre ses propres dents du bonheur, même si ce dernier lui a menti à chaque instant, même s'il arbore d'un bout à l'autre du film des cheveux huileux ou dégoulinants, y compris par temps sec, et même si son personnage a tout l'air d'un vrai débile, histoire de s'éclater dans la vie avec un marsupial hystérique. Encore un film, donc, qui donne de la figure du mari une image obligatoirement désastreuse.


L'actrice préférée des français à côté de Vanessa Paradis.

N'empêche que c'est Noguerra qui donne lieu à la seule scène à peu près marrante du film. Duris engrange toutes les infos qu'il trouve sur Paradis pour tâcher de les mettre à profit histoire de la séduire : elle aime honteusement Georges Michael, elle kiffe Dirty Dancing (LE film préféré de toute femme), et elle n'a plus de sensibilité dans l'épaule gauche depuis un accident de skate (!). Du coup lors d'un repas au restaurant où il hésite sur le menu entre l'âne (Paradis) et le cochon (Noguerra), Duris fait exprès de se renverser de la soupe brûlante sur une guibole qu'il a préalablement protégée pour ensuite déblatérer qu'il n'a rien ressenti car il n'a plus de sensibilité dans cette jambe depuis une chute en rollers (?), ce à quoi Paradis s'empresse de répondre : "Ça alors coïncidence ! Il se trouve que justement j'ai moi-même l'épaule à blanc depuis que je me suis galtée avec mon skateboard". Trivias, correspondances, rapprochement, coup de foudre à Nothing Hill. Mais Noguerra, qui a décidé d'intervenir dans ce dialogue, demande alors à Duris : "Si je te plante un coutelas dans le muscle tu ne sentiras rien ?" Duris acquiesce et l'autre lui plante alors de toutes ses forces 5cm de fourchette dans la mauvaise cuisse. Duris hurle de douleur en la traitant de connasse, et c'est bien la seule fois qu'il prononce une parole à laquelle on adhère. Aussitôt Noguerra réitère l'expérience dans la bonne jambe. Normal. Quoi de plus logique que d'embrocher la première personne rencontrée qui se trouve être paraplégique et donc insensible, ou de déboîter le caisson à quelqu'un qui affirme avoir perdu sa sensibilité dans la joue à cause d'une sieste prolongée avec la tête calée contre l'angle d'une table. Forcément si quelqu'un me dit avoir perdu sa sensibilité dans le bras je vais m'empresser de le lui coincer dans un broyeur à ordures avant de lui trancher carrément la patte, pour voir si c'est vrai. Chouette scène donc. Mais le reste...


Duris qui ne peut pas s'empêcher de se faire remarquer en déféquant sur le dress code.

Pour le reste on ne se marre jamais devant cette comédie d'outre-tombe. Le plus tragique c'est qu'ils ont réuni François Damiens et Julie Ferrier, un duo "comique", pour ça... duo qui tombe à l'eau comme c'est pas permis et qui, acteurs comme personnages, se contente de servir la soupe au duo de stars en faisant un peu peine à voir. Quant à l'aspect romance du bordel... Comment ne pas avoir envie de gerber devant les facéties de Romain "Jigsaw Puzzle" Duris pour séduire cette duchesse interprétée par Vanessa "Far from heaven" Paradis ? Il faut voir Duris interpréter le type fan de musique classique qui va au concert dans un costume blanc trouvé à la Foir'Fouille du coin et qui passe une heure et demi à écouter un morceau de Chopin en mimant très sérieusement (bien que très mal) tous les gestes du pianiste dans le vide, giflant quasiment ses voisins de fauteuils quand les notes partent dans les graves ou dans les aigus. Il faut voir ça. Mais pour assister à ça, à ce génie dramatique, à cette saloperie, il faut aussi endurer le pire couple du cinéma français s'efforçant d'imiter - et ô combien mochement - la scène de danse finale de Dirty Dancing dans une comédie romantique qui s'inspire en tous points des pires films américains actuels et qui pour ce faire cite et pompe douloureusement et directement de drôles de classiques d'outre-atlantique pour un résultat purement macabre. Quel spectacle... Et les critiques et journalistes de tous horizons qui se félicitent qu'une comédie romantique française contemporaine parvienne enfin à ressembler à une comédie romantique américaine contemporaine... comme si on n'en voyait pas déjà assez, et comme si c'était un modèle à suivre.


L'Arnacoeur de Pascal Chaumeil avec Romain Duris, Vanessa Paradis, François Damiens, Helena Noguerra et Julie Ferrier (2010)

7 février 2011

Top Gun

Enfant j'étais naïf. Comme tous les enfants mais peut-être un peu plus que la moyenne. Quand on me disait "Va voir là-bas si j'y suis", en général j'y allais en courant. Bref j'étais un peu con et je crois l'être resté. Chez nous, avant l'époque des DVDs, on avait tout un tas de VHS dont une bonne partie qu'il ne fallait surtout pas toucher. Parmi ces intouchables : Les Oiseaux, Le Temps des gitans, Papa est en voyage d'affaire, Chat noir chat blanc, Underground et Arizona Dream. Pas mal de Kusturica donc. Le dicton de mon père c'est : "Connais ton ennemi pour mieux le combattre". En dehors de sa haine pour les gitans c'était un papa poule et un homme de goût. Mais un titre que je n'ai pas cité, car c'était le primus inter pares, la seule cassette condamnée car on lui avait retiré sa languette, c'était un autre film de gitans, Top Gun, de Tony Gatlif. La VHS était comme neuve, barrée par une étiquette sur laquelle s'étalait le titre du film écrit avec un soin qui ne pouvait venir d'aucun de mes parents, ni d'aucun de mes frères. J'étais naïf. Je me disais que ce Top Gun était un bon film, qu'il fallait respecter, un monument du 7ème art que j'étais sans doute trop jeune pour apprécier et que je me laissais le temps d'appréhender. C'était sans compter sur ma sœur, une adolescente notoire à l'époque, qui comme ses pairs et sa mère chopait le bambou devant le dénommé Thomas Cruise Mapother IV de son vrai nom. J'ai mis du temps à faire le lien. Mais aujourd'hui comment en vouloir à ma sœur ? Comment rester insensible à ce type qui s'est tapé Cruz et Kidman ? Respect.




Après avoir vu ce film je rêvais d'être pilote de chasse mais j'ai dû tirer un trait sur mes espoirs quand on m'a rappelé que j'étais aveugle et que ça me mettrait en danger, en plus d'abîmer un bel appareil qui coûte cher. Je reste admiratif de cet éternel teen idol, le dernier des samouraïs, et je ne suis pas étonné d'apprendre qu'il a organisé un casting planétaire pour trouver godasse à son panard. On n'a pas tous la chance d'avoir un sourire allbright qui fait tanguer tous les tangas du monde. Mini-titrologie : ce titre fait partie de cette très vaste catégorie de titres qui n'ont aucun sens mais qui sonnent comme une évidence et qui claquent tellement à l'oreille qu'on ne les interroge jamais, comme par exemple Ben-Hur, La Planète des singes, Bonnie & Clyde ou encore Bill Bill.


Top Gun de Tony Scott avec Tom Cruise (1985)

7 mai 2008

Gadjo Dilo

On a souvent décrit Tony Gatlif comme le cinéaste des romanichelles. Antoine Gatelin de son vrai nom, qu’il a très tôt changé en Tony The Tiger en référence aux céréales Frosties de Kellogs lorsqu’il entama une carrière dans la NHL, puis finalement en Tony Gatlif pour se donner l’air plus crédible quand il décida de se lancer dans le cinéma gitan ; il est vrai que ce metteur en scène français pure souche n’a pas son pareil pour filmer le petit monde des gens du voyage. Également célèbre pour sa légendaire balafre qui va de l’un de ses orteils jusqu’au beau milieu de son front, et qu’il arbore fièrement à longueur d’interviews, Tony Gatlif s’est rapidement fait un nom au sein de la grande famille du cinéma français en signant une trilogie consacrée aux caravanes, aux caddies et à la guitare sèche, et plus précisément grâce à un film dont je veux à présent vous toucher deux mots : Gadjo Dilo.




Qui aujourd’hui n’a pas vu Gadjo Dilo ? Qui reste-t-il n’ayant pas subi les 102 minutes de ce film fleuve racontant les déboires d’un Roman Duris parti à l’aventure sur les routes cabossées de sa Roumanie natale ? Qui a réussi à passer à travers ? Quel chanceux individu le cyclone Gadjo Dilo n’a pas emporté avec lui ? Je me le demande ! Unanimement reconnu par les critiques et le public, ce film fut un phénomène à sa sortie et continue à parasiter nos vies, sournoisement et discrètement, à la manière des plus terribles fléaux. Diffusé un soir par semaine sur Arte, ce film est également devenu le screensaver de cette même chaîne en ayant remplacé la non moins célèbre partie de saute moutons sans fin auparavant diffusée chaque nuit entre 4 et 6 heures du matin, et à laquelle on repense maintenant avec une amère nostalgie. Gadjo Dilo est aussi une bobine que tous nos cinémas d’arts et d’essai se plaisent à garder dans un coin, au cas où, un soir, il n’y aurait plus rien d’autre à passer. C’est bien simple : Gadjo Dilo est un film si célèbre que sa présence est toujours palpable dans la culture populaire mais aussi dans nos vies quotidiennes à travers ces petits détails qui lui donnent tout son piquant. Par exemple, dès qu’une personne, dans la rue, jette maladroitement un déchet en direction d’une poubelle et que celui-ci atterri juste à côté, elle adresse là un clin d’œil involontaire à l’œuvre de Tony Gatlif. Car à l’instar de ce mouchoir usagé, Gadjo Dilo est un déchet. L’un de ces déchets horripilants qui se trouvent là, près de la poubelle, tout proche d’elle mais pas à l’intérieur, à côté, et qui attendent, tout bêtement, qu’une âme bienfaisante vienne les ramasser pour qu’ils soient enfin remis à leur place, aux côtés des ordures. Gadjo Dilo habite dans la moindre tuile qu’il peut vous arriver jour et nuit. C’est un nid de poule sur une route déserte qui vient crever votre pneu lancé à pleine vitesse. C’est une arrête dans votre poisson pané qui vient vous rappeler que la vie n’est jamais tout à fait tranquille. C’est un caillou dans votre chaussure dont vous vous rendrez compte, seulement après vous être déchaussé une paire de fois, qu’il était en réalité logé dans votre chaussette.




Gadjo Dilo c’est le film qui aida à lancer la carrière de Romain « 1 mètre de menton » Duris. L’un de ces acteurs qui plaisent aux femmes et qui nous font dire, à nous les moins bien lotis par la nature, que tout est donc possible dans ce monde qui ne tourne décidément pas rond. Car Romain Duris est bien le seul comédien français envié par toutes les actrices hollywoodiennes, qui sont jalouses du fait qu’il possède sur son visage un surplus de peau qui pourrait leur être utile lors de leurs futures opérations chirurgicales. Gadjo Dilo c’est aussi le film qui donna son heure de gloire à Rona Hartner, une bien triste actrice qui éclata ensuite en plein vol… plus exactement lors du vol 714 pour Sidney, où l’avion qui la transportait devint le tout premier de l’Histoire à s’être crashé en ne réussissant pas à éviter le fameux Mont Uluru, vous savez, cette étrange montagne australienne si curieusement sculptée par l’érosion qui est pourtant une simple masse carré plantée au milieu d’un désert et qui culmine à tout juste 800 mètres d’altitude. La découverte de la boîte noire dans le trou de balle d’un kangourou mort a levé le doute sur les causes de cet accident, tout simplement dû au brouillard ; mais pour ma part je continue de croire qu’il s’agissait là d’une mission suicide menée par un pilote bienveillant, et désireux de nous débarrasser d’une pseudo actrice qui commençait à envahir tous les plateaux télé français, où elle était montrée comme un animal de foire, surexcité et intenable, à l’égal de son personnage insupportable dans le film de Gatlif. Depuis que cet infâme tas graisseux a finit sa vie en catastrophe sur le Mont Uluru, celui-ci culmine désormais officiellement à 810 mètres d’altitude, grâce à la chair humaine amassée en son sommet et aux débris d’avion encastrés pour toujours en son flanc qui permettent à présent de l’escalader en tong sans souci.




Gadjo Dilo n’a en réalité que deux qualités : être le dernier de la trilogie, ce qui signifie que Gatlif nous lâchera ensuite la grappe pendant un moment avec les Gipsy Kings et le romani ; et être le film qui a popularisé l’expression « Hey Gadjo Dilo ! », une nouvelle façon originale de s’interpeller entre potes, tout en riant du même coup sur le dos de Tony Gatlif.


Gadjo Dilo de Tony Gatlif avec Rona Hartner et Romain Duris (1997)