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24 mai 2021

Falling

Qui veut la peau de Viggo Mortensen ? Personne, strictement personne ! Il fait partie de ces quelques acteurs intouchables, sans que l'on sache vraiment trop expliquer pourquoi. Quoique si... Avec son charme romantique et sa gueule de viking, option trou de balle au menton incluse, il doit autant plaire aux dames qu'aux hommes, qui ont trouvé en lui le parfait Aragorn. Sur tapis rouges comme en interviews, le beau vieux Viggo a la classe, c'est indéniable. Aussi, monsieur parle couramment le français, ce qui fait toujours gagner un nombre incalculable de points par chez nous. C'est qu'il est très cultivé, il maîtrise donc plusieurs langues et se plaît à manier la nôtre de sa voix rocailleuse lorsqu'il foule nos contrées de son pas discret. Des moments durant lesquels il fait toujours preuve d'une élégante courtoisie et se montre irréprochable, avouons-le. Bref, Viggo Mortensen a l'air d'être un véritable gentleman, c'est comme ça. 


 
 
On avait envie de croire au passage derrière la caméra de ce chic type que tout le monde apprécie, de cet artiste multi-facettes qui, lorsqu'il ne joue pas la comédie, s'adonne à la peinture, à la musique et même à la poésie. Mais... bon sang, qu'a voulu faire Viggo Mortensen ?! On se le demande presque constamment devant son pénible Falling, dont il est aussi l'auteur du scénario. Avait-il des comptes personnels à régler avec son daron ? Cherchait-t-il à dépeindre un portrait au vitriol de l'Amérique divisée d'aujourd'hui en confrontant deux représentants de ses extrêmes ? Son premier film, d'une lourdeur terrible, est particulièrement chaud à encaisser. Il nous raconte les déboires d'un cinquantenaire homosexuel (lui-même), contraint d'accueillir son vieux père atteint de démence (Lance Henriksen) dans sa maison de L.A., où il vit avec son compagnon et sa fille.



 
Tout oppose le père et le fils, leur cohabitation sera chaque jour une épreuve qui ravivera toutes les blessures passées et fera remonter à la surface les souvenirs d'une relation pourrie... Un vaste programme dont Mortensen ne veut pas nous faire louper une miette. Son histoire de famille pèse des tonnes et on a un mal fou à s'y intéresser. Nous aurions pu être heureux de retrouver Lance Henriksen dans un tel film, mais on aurait souhaité que son rôle soit plus nuancé, plus subtil. Car il incarne ici la pire raclure possible. Raciste, homophobe, misogyne, colérique et vulgaire, cet homme-là a toutes les qualités et, en plus, il perd la boule, ce qui le rend totalement ingérable au quotidien. Il est à l'exact opposé de son fils, ouvert d'esprit, progressiste, sensible et délicat, qui finira toutefois par ne plus pouvoir contenir sa colère lors d'une scène de crise qui se veut peut-être poignante mais échoue à nous sortir de notre torpeur.


 
 
On ne peut pas en vouloir à Henriksen et Mortensen acteurs, ils assurent ce job-là correctement, notamment le premier qui fait tout son possible dans la peau de ce personnage impossible. On peut davantage en vouloir à Mortensen réalisateur, dont la mise en scène est d'une platitude abyssale. Elle ne fait rien pour dynamiser son laborieux scénario, régulièrement lesté par des retours en arrière au moins aussi chiants que le temps présent du récit, où l'on découvre que le père Henriksen était une crevure dès le départ. Soit dit en passant, Henriksen jeune est incarné par un acteur qui ne lui ressemble vraiment pas : cela pourrait ne poser aucun problème mais ici, la différence est telle que l'on tique forcément (difficile aussi, il faut bien l'admettre, de partager la tronche si spéciale et familière de celui qui était jadis si crédible en androïde).



 
Un cameo inutile de David Cronenberg en toubib impassible ravira les fans. Quelques plans sur des feuilles d'arbre où percent les rayons du soleil et d'autres sur des brins d'herbe pris dans la rosée du matin semblent glissés là pour nous rappeler que Viggo Mortensen est aussi un poète. Mouais... Il ne faudrait pas non plus oublier qu'il était également la vedette de l'un des films indés les plus faux jetons de ces dernières années, le crapuleux Captain Fantastic. Bien calibrée, sous son vernis rebelle, cette saloperie n'avait cependant guère entamé la formidable côte de popularité de l'acteur, bien au contraire, puisque le film fut quasi unanimement salué. Son premier long en tant que réalisateur, plutôt bien accueilli aussi par des critiques définitivement sous le charme, atteste que ce type-là a bel et bien le mojo. Falling est pourtant une expérience longue et douloureuse, dont on ne retire pratiquement rien. Ça m'a fait... une sorte de fussoir !
 
 
Falling de Viggo Mortensen avec Lance Henriksen et Viggo Mortensen (2020)

31 octobre 2020

Pumpkinhead : le démon d'Halloween

On doit aussi au regretté Stan Winston, grand maître des effets spéciaux ayant notamment travaillé pour Spielberg et Cameron, deux longs métrages en tant que réalisateur. Le premier, Pumpkinhead, sorti en 1988, jouit d'une belle réputation, c'est donc avec une certaine curiosité que je m'y suis risqué. Il s'agit de l'adaptation d'un très bref poème signé Ed Justin que l'on pourrait grosso mierdo traduire ainsi : "Si t'as des emmerdes / Fais appel à Pumpkinhead". Pumpkinhead n'est autre qu'un démon, le démon de la vengeance pure, froide et implacable. Il a une sale tronche toute déformée, en forme de potiron, comme l'indique son blaze, et mesure environ 3 mètres : vous n'avez franchement pas envie de croiser sa route, croyez-moi. Assez proche de la reine d'Aliens, Pumpkinhead a plutôt une bonne allure et entretient la nostalgie des amateurs de films d'horreur pour les effets spéciaux d'antan ; il permet à Stan Winston d'exploiter ses talents bien connus pour donner vie à des monstres en animatronique.





Anéanti par la mort accidentelle de son fils, défoncé par une bande de jeunes débiles venus tester leurs motocross dans les collines de ce bled paumé, Lance Henriksen choisit de faire appel au fameux démon pour assouvir sa terrible soif de vengeance. Il s'adresse donc à la sorcière du coin pour ranimer le démon qui sommeillait dans un vieux cimetière ultra glauque. Comme dans tout bon pacte avec des forces maléfiques, Lance Henriksen devra faire couler son propre sang pour espérer voir sa prophétie vengeresse s'accomplir. Une fois réveillé, Pumpkinhead se révélera aussi impitoyable que le veut sa réputation et quelques jeunes tocard en feront les frais... 





Pumpkinhead a effectivement du charme et m'aurait sans doute beaucoup plu si je l'avais découvert adolescent. Il y a là une bonne ambiance, sombre et bien craspec, qui fait plaisir à voir. Stan Winston aime le cinéma d'horreur et il fait ça sérieusement, cela se sent. Il situe son film dans un de ces coins reculés comme les adorent les réalisateurs spécialisés dans le genre, sans toutefois tomber dans les clichés. Une introduction efficace, où le personnage, campé ensuite par Henriksen, enfant, assiste aux exactions du Pumpkinhead, plante parfaitement le décor, donnant d'emblée un puissant parfum de conte macabre et fantastique au film. On peut donc aisément comprendre pourquoi le premier long métrage de Stan Winston jouit d'une si bonne réputation et qu'il est même culte pour certains aficionados. Vu aujourd'hui, certains passages mettant en scène ces ados idiots sont assez risibles, et je dois avouer que j'ai eu un peu de mal à me passionner pour cette histoire si linéaire et prévisible, malgré le soin réel apporté à l'ouvrage et l'évidente sincérité des humbles artisans impliqués. 


Pumpkinhead : le démon d'Halloween de Stan Winston avec Lance Henriksen, Jeff East et Cynthia Bain (1988)

8 avril 2015

Aux Frontières de l'aube

La première fois que j'ai lancé ce film je me suis endormi au bout de dix minutes. La deuxième fois j'ai pioncé à nouveau, et re-pioncé la troisième. Je l'ai retenté deux fois ensuite, les deux fois je me suis encore endormi au passage de la barre fatidique des dix minutes, précisément. Les trois tentatives suivantes (respectivement les sixième, septième et huitième essais) connurent le même sort. Je n'évoquerai même pas la neuvième fois, car elle n'a pas à proprement parler eu lieu. Les cinq fois suivantes, je n'ai pas dépassé le quart d'heure (mais je notai, pas peu fier, une amélioration de cinq minutes sur mon record jusque là maintes fois égalé, jamais dépassé). La quinzième tentative fut la bonne. Ce film m'aura servi une cure de sommeil maxi modèle sur un plateau. On n'a pas idée de tout filmer dans le noir aussi... Near dark c'est dark, très dark, trop dark. Les vampires craignent le soleil, ok, mais pas les spectateurs, alors c'était pas la peine de tourner le film dans le noir complet, parce que c'est con mais on n'y voit rien. J'ai eu beau mettre la luminosité à 100% sur mon écran Daewoo, j'y ai vu que dalle. Comment ne pas pioncer comme un loir ? Et la bande originale par Tangerine Dream (« Tango de rêve ») n'arrange rien. Le rythme mollasson et les suites de plans auxquels on ne comprend rien, non plus !


Lance Henriksen, vampire de longue date, brave l'interdit (foutre un pied dehors en plein jour) pour se faire un McDrive. Après avoir avalé la route à l'aveugle et à 2 km/h, le pare-soleil tendu sur toute la surface du pare-brise, il décide de prendre la file du Drive à l'envers pour ne pas trop s'exposer, quitte à devoir hurler pour qu'on prenne sa commande. Il finit aussi cuit et sec que les deux steaks rachitiques de son prochain Big Mac, mais il termine la scène avec un sourire, assurant que ça valait le coup « pour les corbacs » (cornichons).

Au début du film, une scène s'avère très symptomatique de l'échec de miss Kathryn Bigelow (Academy Award Robber grâce à Démineurs), celle où Mae (Jenny Wright), une vampiros pas du tout lesbos, embarque dans la mustang d'Adrian Pasdar qui l'emmène voir son cheval (un mustang, l'homme fait une fixette). Sous leurs yeux admiratifs, la bête se cabre majestueusement, dévoilant une érection hippique notoire, et la jeune femme, émoustillée, se lance dans des sous-entendus lourdingues quant à son statut de vampire, pendant vingt minutes au bas mot. Alors peut-être que c'est efficace pour ceux qui découvrent le film sans savoir du tout de quoi il s'agit, pour ceux qui ont fermé les yeux en louant le dvd, peut-être que pour eux, qui s'attendent autant à un western spaghetto avec Terence Hill et Budd Spencer jouant à s'envoyer des baffes pendant une heure et demi qu'à une comédie sociale de Philippe Lioret encore plus noire que le film de vampire tourné dans le noir auquel ils devront en réalité faire face, peut-être que pour ces gens-là c'est intriguant et appréciable tout ce passage où la fille fait comprendre à demi-mots à son nouvel étalon qu'elle en est, à coups de « Autant je serai encore là dans mille ans... », « Les chevaux ont peur de oim », « Sans gousses d'ail, ma salade Caesar, tu seras gentil, par contre fais passer le cheddar », « Peut-être que tu pourrais devenir éternel itou si d'aventure on s'encastre », « Ne m'embrasse pas je vais te bouffer la moitié de la joue » et autres « Magne-toi de renfiler ton zlip de gangourou, le jour se lève ». Mais pour nous autres qui savons de quoi il retourne, cette scène est embarrassante. Un peu plus loin, on trouve, ne soyons pas vaches, une scène moins nulle. Quand Adrian Pasdar vient juste de se faire niaquer et cavale dans les champs terreux, ses pas soulevant la poussière derrière lui, son corps fumant de pied en cap à l'approche du soleil. Avec la musique aux sonorités moins directement estampillées 80s qui accompagne le film à ce moment-là (je crois qu'il s'agit de la chanson Marakesh de Tango de rêve), j'ai trouvé cette scène assez réussie. Pas super bien filmée mais assez habile quand même. Sans bien savoir pourquoi, on aime voir ce mec fumant courir plié en deux dans un champ aride du Texas. C'est le seul truc qui fonctionne à peu près dans tout le film.


Adrian Pasdar commence à flamber. Il m'est arrivé la même chose une fois avec un froc Celio*, alors qu'il ne faisait pas spécialement beau. Il a pris feu comme ça, en pleine rue, sans prévenir.

Restent quand même des masses de péripéties pas tellement cohérentes. Je ne suis pas pro en vampires, mais s'il suffisait qu'on leur fasse une transfusion avec du sang de mortel pour qu'ils redeviennent normaux, ça se saurait. Pareil pour la scène de la fusillade dans le Kathryn Bungalow : le moindre rayon de soleil fait flamber les vampires alors qu'on les a déjà vus, allongés derrière des persiennes, sur des transats, en train de bronzer comme des gros lézards camés… Puis la fin est limite. Le méga vampire qui suce du sang depuis des lustres se fait surprendre par l'aube en pissant un dernier coup à la belle étoile dans son jardin, alors qu'il n'a que ça à penser, depuis des millénaires : fuir le soleil !


Aux Frontières de l'aube de Kathryn Bigelow avec Adrian Pasdar, Jenny Wright, Lance Henriksen, Bill Paxton et James LeGros (1987)