29 mai 2008

Ce soir, je dors chez toi

Ce soir tu viens peut-être dormir chez moi, mais en ce qui me concerne ce soir je vais pas au bout de ton film. J'ai dû mater à tout casser la moitié du film en vitesse x1, normale, et c'était déjà aller trop loin. Je me suis même senti obligé de venir fusiller sans sommation ce pied-d'œuvre atroce pour pouvoir passer à autre chose et ne pas être totalement dégoûté du 7ème art. Olivier Baroux, "acteur derrière la caméra" tel que t'a taggué Allociné, ton film ne vaut pas tripette. Avec une vanne par phrase et une phrase à la seconde t'es pas foutu de réussir ton coup une seule fois, chaque blague tombe inévitablement à l'eau et on se surprend à chialer devant ta comédie. Et puis mettre l'adagio pour cordes de Barber dans une scène de cul aquatique fallait oser, ou plutôt fallait pas ! Ré-évalue ta passion. Oh oui cette phrase est étonnante, mais j'applique les procédés de l'écriture automatique comme tu appliques les procédés du pilotage automatique, imposteur ! Ta mise en scène vaut que dalle, désolé de te le signaler, à l'instar de J-P Rouve dans ton film, infoutu de jouer à peu près juste, décidément complètement égaré depuis qu'il a abandonné sa troupe des Robin des bois. Faut dire qu'il a cessé de voler aux riches pour donner aux pauvres, maintenant il vole directement aux pauvres pour s'en foutre plein la gueule.




Et en l'occurrence les pauvres c'est moi, et il m'a chourave 45 minutes de mon précieux temps que j'aurais pu passer à me renseigner pour savoir dans quelle salle est censé se dérouler mon partiel de demain matin à 8h30. Dans ce naufrage, je ne sauve rien.


Ce soir, je dors chez toi d'Olivier Baroux avec Jean-Paul Rouve, Mélanie Doutey et Kad Mérad (2007)

28 mai 2008

Coffee and Cigarettes

Il était temps, voici venir l'article tant attendu, celui pour lequel vous avez voté en masse dans le premier sondage : "Lequel de ces films aimeriez-vous voir chroniqué dans ces pages ?" de notre blog.
 
Il faut savoir que pour Jim, Coffee and Cigarettes c'est le projet de toute une vie. Dès 1986 il tournait le sketch avec Roberto Benigni pour la télévision, puis il relançait la machine sans trop savoir où il foutait les pieds avec Steve Buscemi en 1989, et en 93 il repartait de plus belle sur l'épisode réunissant Iggy Pop et Tom Waits. Il ne savait pas encore que ces sketchs, augmentés d'une poignée d'autres, allaient un jour être réunis dans un seul et même film. On pouvait bien se douter que quelque chose se tramait doucement, qu'il se passait probablement un truc louche avec ces histoires toutes tournées en noir et blanc, Jim lui-même devait bien imaginer qu'il allait arriver quelque chose à tous ces petits sketchs totalement indépendamment les uns des autres et pourtant tous très naïvement axés littéralement sur le café et les clopes.



Que Jarmusch daigne l'avouer ou non, ce film est l'œuvre de toute une vie. C'est aussi bien une œuvre de jeunesse, un premier film en somme, qu'un film-testament, un opus posthume. Mais le résultat, sans mériter la cour d'assise, une geôle et des chaînes, n'est pas l’œuvre phare de son auteur. Jarmusch réunit des gens tous plus cool les uns que les autres dans des hangars délabrés, les filme en noir et blanc, met une table au milieu avec clopes et cafetières en vrac, trois dialogues et emballé c'est pesé. Le vétéran Bill Murray, qui joue son propre rôle grimé en serveur au milieu de trois gars du bronx qui l'ont adoré dans Groundhog Day, même sans la moindre vanne, c'est cool, vu que Bill Murray est l'incarnation vivante du cool, d'autant qu'ils évoquent un film effectivement génial qu'on a tous vu et beaucoup aimé. C'est le sempiternel écueil consistant à se satisfaire à bon compte sur le dos de références communes et autres affinités de goûts que l'on croit follement originales et qui nous donnent le sentiment de faire partie d'une communauté avisée. Tendance largement répandue au début des années 2000 dans mille et une comédies dites indépendantes et produites par la Warner, la Fox, Tristar et la Columbia réunies, pour caricaturer. Le pire demeure qu'on se surprend à préférer ces sketchs plutôt faibles réunissant des têtes d'affiches à d'autres, a priori plus audacieux, comme celui où Cate Blanchett joue deux rôles à la fois (deux sœurs, une brune et une blonde, aux caractères diamétralement opposés : performance) grâce à de subtils effets de montage.



A noter cependant que si le scénario n'est pas fantastique, les dialogues quant à eux sont une mine d'or. chaque sketch fourmille de répliques qui sont autant de références bien senties au titre du film, et on ne sait que faire face à ces dizaines de réparties étonnantes dont je vous laisse, pour finir, un petit aperçu :

- T'aurais pas une clope ?
- Non mais j'ai du café.

- Quoi de meilleur qu'un bon café ?
- Rien. Ou alors une clope.

- Ah j'ai envie de quelque chose avec mon café mais je sais pas quoi...
- Une cigarette ?

- J'adore fumer une clopinette avec mon café.
- Moi pareil mais l'inverse.

- Toi tu dis "un" clope ou "une" clope ?
- J'sais pas mais je dis "du" café, alors laisse moi boire mon café.

- T'as pas ton froc qu'a brûlé ?
- Si mon pantalon-cigarette a pris feu la dernière fois que j'ai renversé du café brûlant dessus.

- Toi tu mets du sugar dans ton café ?
- Non je trempe directement mon cigare dans mon café.

- T'as pas un âne qui s'appelle Coffee ?
- Si, Garreth.

- Y'aura qui à la réunion de l'ONU ce soir ?
- Si Garreth est là y'aura forcément Coffee Annan.

- T'es plutôt clope ou cafetard toi ?
- Je suis plutôt cametard.

- Tu vois le type là-bas avec sa clope au bec ?
- Celui qui boit son café ?

- Putain tu te rends compte que si on pouvait acheter du café au tabac-presse du coin, on appellerait ça Coffee & Cigarettes ?
- On appelle ça un bar-tabac.

- Toi je vais te passer à tabac.
- Mec laisse moi d'abord finir mon café.

- Tu connais cette chanson de Stéphane Eicher, "Petit déjeuner en paix" ?
- Celle où le parolier soutient mordicus qu'il veut petit-déjeuner tranquille à base de marlboro light et de ristretto ?

- Fume, fume, fume cette cigarette !
- Tu peux préparer l'café noir, tes nuits blanches et même ton mouchoi-a-ar.

- Hé vieux tu viens de rater la toute dernière pub Nescafé !
- Ah désolé j'étais sur le balcon, je fumais ma clope.

- T'es allé m'acheter mes cigarettes chéri ?
- Ah non je suis resté scotché devant Bagdad Café.

- Oh ! Mot compte triple : "Café" !
- Merci, tu m'enlèves une épine du pied, il ne me manquait plus que le C pour écrire "Cigarette", mot compte simple mais je te passe devant à deux longueurs.

- Hé t'as entendu causer de la nouvelle interdiction sur les cigarettes ?
- Ouais manquerait plus qu'ils interdisent le café et je serai bien dans la merde.

- Fumer tue, la caféine tient éveillé. Vu que je vais clamser tôt à force de cloper je bois à balle de café histoire de ne pas pioncer. L'un dans l'autre je perds autant de temps que j'en gagne.
- Pas con.
 
- C'est quoi ton Jarmusch préféré ?
- J'aurais tendance à dire Coffee and Cigarettes.


Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch avec Bill Murray, Tom Waits, Iggy Pop et Cate Blanchett (2004)

Les Deux Mondes

Restaurateur d’œuvres d’art parisien sans histoire, Rémy Bassano n’a décidément pas de chance : le jour où il découvre son atelier de travail complètement inondé et que son assureur lui fait comprendre que les dégâts ne seront pas couverts, sa femme lui annonce brutalement qu’elle le quitte pour un autre homme. Jusqu’alors effacé, ignoré de tous et souffrant d’un cruel manque de confiance en lui, Rémy Bassano va voir sa personnalité enfin s’épanouir lorsqu’il se retrouvera régulièrement projeté dans un monde parallèle exotique, où il sera considéré par ses habitants comme le Sauveur tant espéré ! Voici le pitch, simple et efficace, du film Les Deux Mondes de Daniel Cohen. Malgré cette idée de départ somme toute très sympathique et attirante, je ne pouvais m’empêcher de craindre une énième comédie française rarement drôle et débordante d’effets spéciaux, auquel on a trop souvent droit depuis maintenant quelques années. Contre toute attente, ce film injustement passé inaperçu à sa sortie a été une sacrée bonne surprise !




Bien heureusement, les effets spéciaux ne sont ici pas du tout envahissants, ils sont d’ailleurs très réussis, car ils ne sont jamais tape à l’œil. En outre, ils sont entièrement mis au service d’un film intelligent, qui ravira tout particulièrement les enfants, puisqu’il parvient à joliment mettre en image l’un des plus grands fantasmes humains, celui d’être doté de pouvoirs divins. Car le héros du film, sous les traits et l’allure attachante d’un Benoît Poelvoorde impeccable, aura dans ce Deuxième Monde, en retard sur le nôtre, quasiment le rôle d’un Dieu : il y apportera ses innovations, il mènera son peuple au doigt et à l’œil, lui ordonnant de mettre en application tous ses désirs de construction et il deviendra aussi un véritable maître de guerre. Un fantasme dont les jeux vidéos étaient déjà brillamment parvenus à tirer partie et auxquels Daniel Cohen adresse un bel hommage à travers ce film. Doté de ses pouvoirs tout puissants, Benoît Poelvoorde nous fait en effet souvent penser à quelqu’un prenant du plaisir à jouer à l’un de ces jeux du type Populous ou Age of Empire, notamment lors d’une scène fameuse où, face à son paysage, il montre du doigt les choses qu’il compte construire ici ou là, et que ces choses apparaissent instantanément sous nos yeux.




Tour à tour drôle, émouvant, burlesque et touchant, Benoît Poelvoorde trouve dans ce film un très joli rôle. Il parvient avec un grand talent à rendre l’évolution de son personnage subtile et crédible, celle-ci s’effectue très progressivement, au cours des allers-retours successifs entre les « deux mondes ». Le film met un certain temps à démarrer, mais une fois lancé, il se regarde avec un réel plaisir et il est ponctué par quelques scènes très drôles, qui doivent évidemment beaucoup à l’acteur principal. Les Deux Mondes apparaît donc comme une vraie réussite et, à l’instar de School of Rock, comme un de ces rares films récents de qualité qui devraient énormément plaire aux plus jeunes.


Les Deux Mondes de Daniel Cohen avec Benoît Poelvoorde, Augustin Legrand et Florence Loiret-Caille (2007)

27 mai 2008

Indiana Jones et Le Royaume du Crâne de Cristal

Que deviens-tu Steven Spielberg ? Que deviens-tu Tonton Spielby ? Que deviens-tu oncle Steven ? Que deviens-tu toi que je prenais vraiment pour le frère de ma mère ? Que deviens-tu toi que je m'étonnais de ne jamais voir aux repas familiaux et autres réunions de famille ? Toi à qui je pensais que Jacques Tati avait consacré un film : Mon oncle. Toi que je prenais pour le plus grand producteur et exportateur de riz du monde, toi que j'appelais Oncle Ben's.

J'ai ma réponse : tu deviens un vieux con. C'était déjà mal parti avec The Terminal, où j'attendais enfin une suite à Terminator, ça sentait le gaz avec La Guerre des Mondes, où j'attendais une adaptation d'Aldous Huxley, ça puait le sapin avec Munchen, où j'attendais un film historique sur le club de football Allemand Bayern Munchen Gladbach, je te réservais la place du mort dans ma bagnole après avoir maté le making of promotionnel Shooting Indiana Jones 4 sur TPS Star. Et j'avais pas tort.



Je ne m'attaque pas de façon exhaustive à ton film vu que chaque plan me coûterait dix minutes d'insultes. Ta passion pour les animaux animés par Pixar a eu raison de toi. Toi qui t'es cru épaulé par ton nouveau scénariste fétiche David Koepp, tu as signé ton arrêt de mort en réunissant essais nucléaires en Zone 51, surprise party chez des Péruviens endiablés, lignes de Nazca, temples Incas, voyages interdimensionnels et extra-terrestres extra-lucides. Tu t'es complètement foutu dans la merde. Tu t'es laissé empester par les effets spéciaux les moins chers sur le marché. Tu t'es laissé emboucaner par une Cate Blanchett en fin de course à l'apogée de sa carrière. Qui peut encore être fan d'une telle femme, en dehors de pathétiques vieillardes féministes qui enseignent l'anglais en lycée et vénèrent ce vieux mec efféminé prêt à donner ses traits ingrats à la Reine Elizabeth. Il suffirait de mettre la perruque de Blanchett sur le crane du grand soldat Russe aux épaules pare-chocs qui l'accompagne pour échanger les rôles sans choquer personne. D'ailleurs ta vision des communistes russes bêtes et méchants et des villageois Péruviens réduits à l'état de clébards monstrueux est un peu limite. Sans parler des dizaines de goofs qui polluent ton film, de la fainéantise d'un John Williams qui s'est résolument contenté de ressortir ses anciennes soundtracks pour y insérer quelques partitions "d'action" bruyantes et bas de gamme comme il en a désormais le secret, sans s'étendre sur tes scènes de dialogues insipides et soporifiques longues comme le bras et sans consacrer un chapitre à ton histoire sans queue ni tête dont on voit bien qu'elle n'est qu'un patchwork des supposées meilleures scènes tirées des mille scénarios pondus pour le film.



Quid de la disparition de ce qui faisait peut-être l'originalité majeure d'Indiana Jones dans le bain des serials du même genre (outre la qualité intrinsèque de la série due à l'époque à ton grand talent), à savoir l'humanité du héros, qui finissait chaque épreuve épuisé, minable, couvert de boue et de bleus, ruiné, et qui ici conclut ses péripéties propre comme un sou neuf, en pleine bourre, prêt à remettre le couvert sur demande alors qu'il est censé avoir pris un coup de vieux terrible. Quid des dizaines de minutes de dialogues sans le moindre intérêt qui pèsent lourd dans la balance face au silence absolu quand il s'agirait d'expliquer la résolution du film qu'une pluie d'effets spéciaux suffit à établir sans qu'on ne comprenne rien à ce qui se passe sur l'écran, résolution jamais évoquée plus largement que par deux ou trois termes lâchés à la dérobée, comme l'éloquent : "C'est l'espace entre les espaces" ou encore l'inoubliable : "Le trésor c'était la connaissance". Quid du sempiternel fils caché venu sonner l'heure de la retraite. Quid des clichés exaspérants typiques du genre, des blagues foireuses et des running gags affligeants. Rappeler la belle bien que désormais fripée Karen Allen sous les drapeaux ne te sauve pas mon vieux.



Inutile de revenir là-dessus. Inutile d'énumérer les ingrédients du massacre. Je te prenais pour mon oncle. Je t'appelais tonton. Je te pardonnais ton irrémédiable absence que j'attribuais à un légitime train de vie de star soucieuse de mener à bien et à terme sa carrière. Je ne m'étonnais plus de ne jamais recevoir le moindre cadeau de ta part pour Noël ou pour Pâques. Je me faisais une raison en constatant que tu ne répondais jamais à la moindre des millions de lettres que je t'écrivais à ton adresse postale dévoilée dans la rubrique "Écrivez-leur, ils ne répondront jamais" de TéléPoche. Je ne m'étais pas formalisé en remarquant que tu ne faisais jamais l'effort de prendre un billet d'avion pour nous rendre visite dans les circonstances les plus graves, comme l'enterrement de quatre de tes frères suite à un accident de Bobsleigh dans le Val d'Isère, ou la naissance de celui que ma famille, bienveillante et complaisante, m'avait dit être ton fiston. Je parlais sans arrêt de toi en ces termes : "Mon tonton Spielby", et voilà que tu t'avères être une tête de con. Tu files un sale coton, comme ta poularde aux œufs d'or Bob Zemeckis ou celui qui se réclame de toi et que certains considèrent comme ton chiard, j'ai nommé Manoj Nelliyattu Shyamalan.


Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal de Steven Spielberg avec Harrison Ford, Karen Allen et Cate Blanchett (2008)

16 mai 2008

School of Rock

Pour moi Jack Black c'était King Kong. Pour moi Jack Black c'était High Fidelity. Pour moi c'était Soyez sympas, rembobinez, steupl. Pour moi Jack Black c'était Kung-Fu Panda. Pour moi Jack Black c'était un gros lard hideux pas foutu de me faire marrer. Jusqu'à ce soir. J'attendais rien de ce film, j'attendais qu'il me fasse chier. Et c'est une bonne surprise, une très bonne surprise. Je ne savais rien du script et m'attendais à un genre d'Almost Famous faussement drôle réservé aux groupies "indés" en attente de blindtest "indé". Finalement c'est presque une comédie pour enfants suffisamment bien faite pour ravir tous les publics. Disons en tout cas, si ça n'est pas précisément un film pour enfants, qu'il est fait de telle sorte qu'il ne peut que leur plaire.




Jack Black joue le rôle d'un jeune type, éternel adolescent, passionné par le rock, les solos de 20 minutes et rien d'autre, incapable de travailler et d'abandonner son rêve. Il en fait tellement qu'il se retrouve viré par les membres du groupe qu'il a lui-même fondé. Et comme son meilleur ami le presse de trouver un job pour enfin aider à payer le loyer il finit par se faire passer pour cet ami et accepte un job de professeur des écoles remplaçant. Il passe d'abord ses journées à ne rien foutre et à exhorter les gosses à en faire aussi peu, puis quand il s'aperçoit durant leur cours de musique qu'ils sont tous plutôt doués, il décide de créer un groupe de rock avec eux en leur apprenant la base : Deep Purple, Black Sabbath, AC/DC, Led Zep, Pink Floyd, Motörhead, The Who et consorts (que du bon, que du vrai rock).




Il faut rendre à César ce qui lui appartient, Jack Black est pour beaucoup dans la qualité de cette comédie. Il fait des siennes tout au long du film et à un très haut niveau (qui rappelle quelques fois Jim Carrey, décidément la source principale d'inspiration de tous les bons comiques américains actuels). Il colle très bien à son personnage et parvient plus d'une fois à nous faire éclater de rire. Le film dans son ensemble est une comédie infantile assez commune et très académique, mais une comédie réussie, qui a le mérite de nous épargner les clichés habituels épuisants quand il s'agit de réunir une masse d'enfants à l'écran et qui, forte d'un acteur principal inspiré et bien servi, s'en tire avec les honneurs.




P.S. Un grand bras d'honneur aux distributeurs français de ce film qui l'ont intitulé Rock Academy, titre piteux et tout à fait inadéquat qui évoquait non seulement la Star Academy mais aussi l'idée d'un film d'adolescents plutôt que d'enfants, et donc rien de bien ragoutant pour nous autres qui préférons les.


School of Rock (Rock Academy) de Richard Linklater avec Jack Black (2004)

15 mai 2008

Peur Primale

« En France, je suis un metteur en scène, en Grande Bretagne, je suis un réalisateur, aux États-Unis, je suis un yes man, à la maison, je suis un sale con ! » C’est souvent par cette phrase explosive que Gregory Hoblit se présente lors des interviews, s’amusant ainsi de la relation tendue qu’il semble entretenir avec sa femme. Cette citation, pleine d’humour et d’aigreur, résume fidèlement l’individu qu’est Gregory Hoblit. Car Hoblit n’est pas ce genre de businessman que vous verrez bientôt monter les marches au Festival de Cannes. Vous ne le trouverez jamais sur un tapis rouge habillé en costard et portant des ray ban, en train de frimer devant une meute de photographes excités. Hoblit ne fait pas partie de ceux-là. Gregory Hoblit se décrit lui-même comme un épicurien et un simple artisan. Pour lui, une journée de travail commence à 8 heures du matin et finit à 8 heures du soir, et si tout a déjà été tourné avant le temps imparti, Hoblit en profitera pour avancer dans son prochain projet. C’est grâce à cette méthode qu’Hoblit parvient à mettre en boîte souvent plus de trois films par an.


Gregory Hoblit est un personnage qui a rapidement été apprécié dans le métier, mais il a paradoxalement bien mis du temps à gagner une certaine reconnaissance. On l’a d’abord aimé pour sa bonhomie, pour la joie de vivre qu’il dégage même lors des moments les plus difficiles. Il s’est très tôt fait remarquer sur les plateaux où il officiait en tant que simple assistant car il avait la particularité de nettoyer les gros carreaux de ses énormes lunettes à l’aide de son slibard, il prétextait que c’était là le seul tissu adéquat (sans doute le seul contenant assez d’acidité pour parvenir à dégraisser les verres embués du gaillard). Ensuite, on a apprécié sa polyvalence, du fait qu’il est capable de tout filmer de la même façon, sans jamais y mettre sa touche personnelle. Greg Hoblit représentait par conséquent une sacrée roue de secours en cas de pépin, sa mise en scène sans aucune personnalité a fait de lui la cinquième roue du carrosse la plus utilisée à Hollywood. Il était connu comme étant le seul et unique director croque-mort, puisqu’à chaque fois qu’un réalisateur crevait en plein tournage, on faisait appel à Hoblit pour non seulement se débarrasser du macchabée et organiser les funérailles en accord avec la famille du défunt, mais aussi pour reprendre en main le film et achever le tournage en bonne et due forme. Hoblit est donc un véritable guide du routard hollywoodien doublé d'un vieux briscard qui a longtemps été habitué à exécuter ses tâches sans rechigner et qui connaît par cœur tous les rouages du système. Gregory Hoblit a vu sa carrière prendre enfin son envol grâce au succès surprise de Peur Primale, un film dont il préfère le titre dans sa version française, « pour sa sonorité ».




Peur Primale est un thriller où Richard Gere campe le rôle d’un avocat têtu chargé de défendre un retard, un déficient intellectuel, joué par Edward Norton, accusé d’un crime affreux. Lors de la première scène du film, on assiste à l’arrestation virile d’Edward Norton, encore présent sur les lieux du drame, les mains toutes ensanglantées. Les analyses médicales ne font aucun doute : le sang qu’il a sur les mains est bel et bien celui du pasteur dont on a retrouvé la tête au bout d’une pique et le reste du corps trempant dans l’eau bénite de l’église. Alors qu’on prépare déjà la chaise électrique pour un détenu qui ne comprendra de toute façon pas ce qui lui arrive, un avocat décide de prendre l’affaire en main et de défendre l’indéfendable. Cet avocat a les cheveux blancs, le regard rieur, la démarche chaloupée et appelle au boycott des Jeux Olympiques de Pékin : il s’agit bien évidemment de Richard Gere, le "Silver Fox", on l’aura reconnu au premier coup d’oeil. Le reste du film s’apparente à un documentaire sur le système juridique américain, dont Hoblit pointe du doigt les nombreuses failles. Ces mêmes failles qui permettront à Edward Norton d’éviter l’incarcération à perpétuité et qu’Hoblit explorera à nouveau avec le film Fracture (intelligemment nommé La Faille en VF), où Anthony Hopkins s’en tire avec un casier judiciaire vierge après avoir pourtant donné la mort à 12 innocents. Mais même si cette critique au vitriol est brillamment menée par Hoblit, qui dans le civil est un père meurtri par la disparition de sa fille dont l’assassin court toujours, et quand bien même cette critique tombe à point nommé, là n’est pas l’intérêt de Peur Primale et là n’est pas la raison de son succès retentissant en vidéo-club. Pour comprendre pourquoi Peur Primale est devenu un classique du petit écran, régulièrement diffusé par TF1 les dimanches en première puis en deuxième partie de soirée, il faut voir vu la toute dernière scène du film, celle où on assiste tétanisé au terrible retournement de situation final.




A la toute fin du film, le spectateur a l'estomac sens dessus dessous quand il voit Edward Norton avouer à Richard Gere en lui riant littéralement au nez qu’il n’est pas du tout attardé mais qu’il est seulement très bon acteur ; il en profite aussi pour le remercier d’avoir réussi à lui faire éviter la peine capitale. Ce twist est d’une efficacité redoutable, mais ce que peu de personnes savent c’est qu’il n’était pas du tout prévu dans le scénario initial et qu’il est simplement dû à une improvisation d’Edward Norton jugée « géniale, ahurissante » par Hoblit malgré les réticences de Richard Gere qui voyait-là l’héroïsme de son personnage en prendre un sérieux coup. A la vue du résultat, on applaudit des deux mains le flair du cinéaste, mais on ne peut s’empêcher de regretter qu’Hoblit n’ait pas gardé les autres improvisations d’Edward Norton, seulement visibles sur l’édition DVD collector. On peut y voir un Ed Norton, décidément en grande forme, profitant de son rôle d’attardé mental pour rendre la vie impossible à un Richard Gere qui faillit plus d’une fois en oublier sa philosophie bouddhiste. Tour à tour roué de coups, traîné dans la boue, insulté et menacé à l’aide d’une queue de billard lors d’une scène coupée mythique dans un bar… le Dr T en voit littéralement de toutes les couleurs et c’est pendant le tournage, a-t-il reconnu plus tard en conférence de presse, qu’il déclara avoir réellement enculé toutes les étapes menant au nirvana et qu’il se félicita d’avoir su rester fidèle aux 15 préceptes de l’éthique bouddhiste.




Malgré ces scènes manquantes qui auraient fait de Peur Primale un chef d’œuvre intemporel, on a tout de même droit à un thriller bien ficelé, où j’ai oublié de préciser qu’on a aussi l’occasion d'admirer une Laura Linney alors au zénith de sa carrière, dans le rôle de l'avocate opposée à Richard Gere, le rôle de la gentille donc.




Depuis le succès de Peur Primale, Gregory Hoblit est désormais capable de choisir ses scénarios, un privilège qu’il ne pouvait pas s’accorder dans le passé, quand il était plus soucieux de remplir son frigidaire. Hoblit a ainsi décidé de se bâtir une filmographie uniquement constituée de thrillers. On l’appelle le nouveau Hitchcock. Modeste, Hoblit rectifie, et dit qu’il est simplement « le nouveau Hoblit ». Il enchaîne les thrillers, raffole des faits divers. Il a récemment réalisé Intraçable, où l’on voit Diane Lane prise au piège par un tueur qui filme ses meurtres pour les mettre ensuite sur Youtube. Une histoire sordide. Une histoire qui a immédiatement plu à Hoblit, qui trouvait là l’occasion de critiquer les dérives d’internet. Et finalement un film de plus à ajouter à la filmographie d’Hoblit. C’est à voir si on aime ce non-genre, si on apprécie la patte de ce cul-de-jatte. C’est du Hoblit.


Peur Primale de Gregory Hoblit avec Richard Gere, Edward Norton et Laura Linney (1996)

Détrompez-vous

L'affiche a tout dit. Quatre personnes, deux couples, un adultère. Roschdy Zem et Alice Taglioni sont mariés et ont une fille, c'est un couple pépère plongé dans les affres du quotidien. De leur côté François Cluzet et Mathilde Seigner sont mariés et ont un garçon, c'est un couple rangé des voitures, stagnant dans les habitudes des faux-semblants. Les enfants respectifs de ces deux couples sont camarades de classe à l'école primaire. C'est comme ça que Roshdy Zem rencontre Mathilde Seigner qui devient aussitôt sa maîtresse. Et puis François Cluzet étant le gynécologue d'Alice Taglioni, les deux amants éplorés vont vite se rendre compte que leurs conjoints les trompent l'un et l'autre, et ensemble de surcroît. Alors va commencer une longue lutte qui aura pour visée de reconquérir l'époux et l'épouse adultères.



Enfin bref, le scénario de ce film tient dans la poche de mon k-way alors qu'il a été écrit à quatre mains par un couple en effervescence se croyant touché par la grâce du spiritus, génie de l'inspiration. C'est tout au plus le script de cent milliards d'autres films, tout au moins celui d'un porno raté. Vous l'aurez compris, au fil de leur quête amoureuse les deux amants éconduits useront de divers stratagèmes (dont la remise en cause de leur hygiène de vie et de leur libido), et au final, en guise de grand renversement théâtral, en matière d'incroyable bouleversement dramatique, les deux personnages qui tâchaient jusque-là de reconquérir la considération et l'amour exclusif de leurs bienaimés vont tomber amoureux l'un de l'autre pile au moment où ils venaient d'avoir gain de cause. Inutile d'en rajouter, ce que raconte ce film est assez bas de plafond. C'est un semblant de resucée un peu désuète des comédies d'antan avec Doris Day et Rock Hudson. Et pourtant ça se laisse regarder avec un malin plaisir. Pourquoi ? Pour les acteurs, bien entendu.



Commençons par Roshdy Zem, celui que l'on surnomme dans le métier "Zemmy Awards", "Dans ma Zoum Zoum Zem", "Ferreroshdy Zem" ou encore "Salman Roshdy", "Zemedine Zidane", "Zemedine Soualem" et "Roshdy Zemeckis". Vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a des acteurs tristement condamnés à un seul rôle. Considérons le cas Paul Bettany, célèbre acteur falot au profil de footballer Ukrainien. Paul Bettany est définitivement condamné au rôle peu prisé du simili cartographe marin. Il ne pourra jamais jouer que des de passionné par les cartes, éternellement parti à la recherche d'un trésor caché et dans sa quête encadré par de gros et robustes pirates prêts à encaisser les estocades au sabre blanc pour le couvrir en cas d'agression. Paul Bettany fait du même coup partie de ces acteurs condamnés à déchiffrer des cartes à fond de cale entre deux manipulations de sextans, reluqué par un misérable chimpanzé dévoué et peu regardant sur la marchandise (vous noterez qu'il y a toujours un petit singe à bord des bateaux de pirates, embarqué entre autres choses pour servir d'exutoire aux cartographes bigleux). Mais pour revenir à Roshdy Zem (qui s'orthographie également Rosh Dyzem selon les dires de l'acteur), Roshdy ne fait justement pas partie de cette catégorie d'acteurs fadasses et étriqués, même si l'on serait tenté de le croire. On pourrait bien penser Roshdy limité aux rôles de ténébreux séducteur, viril et vigile de métier, un peu macho et cocaïnomane. Mais ça n'est pas vrai. Et il l'a prouvé plus d'une fois, par exemple en jouant dans Indigènes, encore que... là aussi il séduisait la jeune française délaissée à tout va. Bref Roshdy est un acteur multi-facettes. Il peut tout jouer. Et dans le film dont il est question ici, il s'entiche dévotement de son personnage, pas de problème là-dessus, ce mec devient ce qu'il joue, c'est pas la question, la question c'est que dans ce film précis, et une fois n'est pas coutume, il chie les dialogues. Mais tous les dialogues. Il les chie tous somptueusement. Que s'est-il passé ? On sent bien qu'il a pensé : "je ne suis pas dans un grand film, celui-là ne sera pas applaudi en standing ovation à Cannes pendant six plombes, j'aurai jamais le moindre prix d'interprétation sur ce rôle, lâchons le fauve". Et du coup il chie tout ce qu'il a à dire, mais le tandem de réalisateurs a bien dû admettre que l'acteur donnait à leurs dialogues miteux une couleur et une substance qu'ils n'auraient même jamais osé espérer à l'écriture du scénario, au point même qu'ils gardent finalement quelques improvisations de Roshdy, dont un curieux : "Je vais te retourner le cul", lâché au téléphone à Mathilde Seigner en tournant le dos à la caméra pour éviter les regards déçus des deux metteurs en scène et des spectateurs. Rien pigé à cette scène.



Passons à Alice Taglioni. Elle s'est vue confier le rôle d'une mère de famille lambda, ménagère de largement moins de 50 ans qui ne prend pas soin d'elle (physiquement). La femme qui se laisse un peu aller dans le mariage, qui a de la cellulite sur les cuisses, qui s'habille comme une étudiante attardée, qui dort en pyjama triple couche avec grosses chaussettes en laine et compagnie. Et il semblerait que pour le commun des mortels une très belle femme en pyjama avec de grosses chaussettes en laine et des lunettes constitue le portrait-robot idéal du tue-l'amour parfait. Je ne dois pas faire partie du commun des mortels. Mais alors bien sûr quand elle retire ses lunettes et qu'elle met un string qui dépasse de deux mètres au-dessus du pantalon, soudain elle est irrésistible... Face à Roshdy Zem et derrière Alice Taglioni, nous avons le privilège d'admirer le spectacle vivant François Cluzet. C'est un acteur qu'on a toujours plaisir à voir évoluer, qu'il soit au service de grands films (comme ce qui reste un de ses plus beaux rôles dans Fin août début septembre d'Olivier Assayas) ou qu'il se débatte dans d'atroces farces (comme Ne le dis à personne de Guillaume Canet). Cet homme-là (je parle toujours de François Cluzet) est souvent captivant. Ici son rôle est peut-être le moins étoffé des quatre et cependant chacune de ses apparitions est sujette à curiosité, ne serait-ce que le voir parler au téléphone, ou enlever puis remettre ses lunettes. Il interprète chaque geste, il incarne chaque idée. Durant toute une séquence il rédige une ordonnance (il joue donc je le rappelle un gynécologue), et la simple façon dont il tient son stylo, dont il écrit cette ordonnance, sa posture, le rythme de la main, tout y est, c'est de la mécanique de précision, c'est de la musique, c'est de la dentelle. Tous les dialogues qu'il prononce, aussi banals puissent-ils être, n'ont jamais été dits comme ça avant. A noter qu'il bat un record mondial d'apnée dans ce film, dans une scène de baignade avec Alice Taglioni qui avait oublié son maillot.


Détrompez-vous de Bruno Dega et Jeanne Le Guillou avec François Cluzet, Alice Taglioni, Roshdy Zem, Mathilde Seigner et Artus de Penguern (2007)