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2 février 2021

The Rental

On a permis à Dave Franco de réaliser un film. Il lui a été autorisé de porter à l'écran son propre scénario. Après un premier jet désastreux, Joe Swanberg, sombre énergumène chantre du mumblecore déjà croisé aux génériques d'autres pépites comme You're Next ou Drinking Buddies, a bien voulu l'épauler dans l'écriture du script. C'est qu'il ne pouvait pas faire ça tout seul. Depuis qu'il est tout petit, Dave Franco a besoin d'aide pour faire ses devoirs. Il lui faut quelqu'un sur le dos, pour le surveiller, le motiver, l'encourager, le soutenir. Il a connu une scolarité longue et difficile, mais il y est arrivé, "au talent", dit-il, avec son sourire de playboy et son air benêt qui feraient de lui l'acteur idéal pour un futur biopic de CR7, à condition d'apprendre à jouer au foot, ce qu'il ne fera jamais, car ça serait trop lui demander, il aime seulement pratiquer les sports individuels ou regarder les sports de combat, ceux qui lui permettent de "vider [sa] tête" et d'entretenir son "six-pack".


 
 
Une somme d'argent conséquente a été octroyée à Dave Franco pour qu'il puisse concrétiser son projet et mettre en scène cette triste histoire. Dave Franco a réuni sa compagne (Alison Brie) et quelques-uns de ses amis acteurs (Dan Stevens, Sheila Vand et Chunk) pour leur demander de bien vouloir y jouer. Ils ont accepté, par fidélité, par loyauté, par ignorance ou parce qu'ils n'avaient rien d'autre à faire. Le studio de production a gentiment mis au service de Dave Franco quelques techniciens compétents et, pendant un peu plus d'un mois, tout ce beau monde s'est affairé, s'est mis au travail, à un rythme assez tranquille, pour la réalisation de ce film. C'est ainsi qu'est né The Rental, le premier long métrage du petit frère de James Franco, un nuisible si infect qu'il est parvenu à se frayer un chemin dans nos salles de cinéma, au milieu du mois d'août d'une année maudite où le COVID a empêché tant d'autres œuvres d'être distribuées et vues dans les conditions qu'elles méritaient.



 
Dave Franco devait croire qu'il était facile de mettre en boîte un thriller horrifique efficace ; il nous démontre que c'est là l'apanage des seuls cinéastes doués et non des tocards de son espèce. Il devait penser qu'il serait aisé de se faire remarquer dès son premier fait d'arme derrière la caméra, d'être d'emblée considéré comme un réalisateur crédible, à suivre ; il se fourre le doigt dans l’œil et parvient même à ridiculiser tous ses piètres acteurs (c'est bien simple, celui qui s'en sort le mieux, le seul qui peut garder la tête haute, c'est Chunk, un adorable bulldog au temps d'apparition à l'écran hélas très frustrant). Dave Franco devait enfin s'imaginer que le succès allait être au rendez-vous grâce aux nombreuses qualités qu'il reconnaissait à son œuvre "affûtée comme une liane" (sic) ; il a vu son premier film, son bébé laid, se planter puis être téléchargé, vu à moitié et aussitôt supprimé par ces quelques curieux, amers et rancuniers, dont je fais tristement partie. 
 



The Rental accomplit la prouesse d'être au moins trois choses craignos à la fois. Une mauvaise sitcom infestée de trentenaires insupportables que l'on a rapidement envie d'étrangler et dont on se contrefout comme c'est pas permis des pénibles histoires de fesses. Un avorton de slasher tout à fait inutile, prévisible de bout en bout, qui nous réserve une seule pauvre idée de mise en scène (un effet de montage aussi brutal que l'intervention du tueur masqué, que je relève ici par simple grandeur d'âme). Et enfin, un ersatz d'émission de télé-réalité minable, avec sa bande de guignols filmée sous tous les angles, doté d’une scène de bain de minuit putride qui vient directement rendre hommage au plus grand moment de la première saison de Loft Story (indice : celle-ci implique également deux débiles, un jacuzzi et des hormones en ébullition). Vous l'aurez compris, tout ça fait de The Rental un sacré film de merde, y'a pas d'autres mots, et l'on souhaite très fort que la carrière de Dave Franco s'arrête tout net. 


The Rental de Dave Franco avec Dan Stevens, Alison Brie, Sheila Vand et Chunk (2020)

27 novembre 2018

Drinking Buddies

Toujours dans l’espoir de découvrir des pépites méconnues du cinéma indépendant américain, c’est avec une réelle et vive curiosité que je lançais Drinking Buddies, quatorzième film de l'acteur-réalisateur Joe Swanberg, que l'on avait déjà croisé sans le savoir dans You're Next et The Sacrament. Joe Swanberg est, si j'en crois sa page Wikipédia, une "figure de proue du mouvement mumblecore". Le mumblecore désigne ces "films caractérisés principalement par une production « fauchée » (souvent tournés en numérique), des sujets tournant autour des relations entre personnes de vingt à trente ans, des dialogues en partie improvisés et des acteurs non professionnels". Drinking Buddies ne paraît pas spécialement fauché, son sujet tourne effectivement autour des relations sentimentales pénibles de personnages méprisables dont l'âge est bel et bien compris entre 25 et 35 ans, et les dialogues semblent naturels tant ils sont anodins et tant les acteurs, professionnels mais très mauvais, ne font que répéter bêtement des formules gonflantes. Surtout, Drinking Buddies est un sacré film de merde, comme la plupart des longs-métrages de la veine mumblecore ; je le rangerai donc sans souci dans cette si triste catégorie, symbole de l'état de putréfaction avancé du ciné indé américain.




Olivia Wilde incarne une zonarde qui bosse dans une brasserie et entretient des rapports amicaux ambigus avec son collègue, le barbu Jack Johnson. Ils aiment se taquiner, se coller de la nourriture sur le visage, jouer aux cartes ou au billard tout en buvant, toujours, des bières. Bien que les deux individus soient déjà en couple, ils se rapprochent encore davantage quand ils partent en week-end avec leurs compagnons respectifs. Ces derniers, campés par Ron Livingston et Anna Kendrick, sont également attirés l'un vers l'autre, ce qui met donc à mal tous les couples ici présents et nous promet un chassé croisé amoureux de derrière les fagots. Finalement, le film n'opte pas pour cette voie-là. Parce que le mumblecore s'attache aussi à filmer la réalité, vous savez, la vraie. Et dans la vraie vie, tout ne se passe pas toujours comme prévu et ça, Joe Swanberg et sa tronche de cake l'ont bien compris.




Suite à leur week-end au grand air, Olivia Wilde se fait larguer par son mec. Pour avaler la pilule, elle décide d'arroser ça avec ses collègues autour de quelques verres de bières dans le bar miteux du coin. Ti West (!) profite de l'état d'ébriété avancée de la jeune femme pour passer la nuit avec elle, au grand dam de Jack Johnson, qui donne alors l'impression de mesurer enfin ses sentiments pour Olivia Wilde, d'autant plus qu'il évite constamment le sujet du mariage que sa compagne Anna Kendrick remet régulièrement sur le tapis, quand bien même celle-ci vient de lui être infidèle buccalement avec Ron Livingston. Malgré leur attirance réciproque évidente et après s'être tourné autour durant tout le film, Olivia Wilde et Jack Johnson ne finiront donc jamais ensemble (spoiler). Car la vie est ainsi faite : parfois, des personnes qui semblent faites l'une pour l'autre ne finissent pas l'une dans l'autre. La fin, ouverte, donne tout de même espoir qu'ils se déglinguent bientôt. Génial.




Vous l'aurez compris, ce film est une pure malédiction, terriblement agaçante du début à la fin. Seuls des fans hardcore d'Olivia Wilde, s'ils existent, pourraient y trouver leur compte. L'actrice née à Roswell (Nouveau-Mexique) apparaît ici très naturelle et donc un peu moins moche qu'à l'accoutumée. Elle retire le haut, puis le bas, révélant une poitrine timide mais 100% naturel et un séant en bonne forme qui repose sur deux solides poteaux. Face à elle, Jack Johnson accomplit l'exploit étonnant de passer tout le film avec les cheveux gras comme c'est pas permis. En plus d'avoir le physique désagréable d'un vieux bouc mal fagoté, c'est-à-dire de Satan himself, il a l'air de sortir la gueule d'un bain d'huile, ce qui expliquerait aussi sa si vilaine peau.




A leurs côtés, nous sommes surpris de retrouver Ron Livingston, le goéland, et nous déclarons officiellement Anna Kendrick sourire le plus ignoble de l'histoire du cinéma. Avec ses dents de quatre centimètres de longs et sa mâchoire avancée, on croirait un cheval agressif et laid. Si elle avait pu répondre présente pour le tournage des Jaws, cela aurait pu épargner bien des problèmes à Steven Spielberg et son fameux Bruce. Ce casting 2 étoiles est complété par Jason Sudeikis, Monsieur Olivia Wilde à la ville, qui était sans doute là pour surveiller sa compagne, toujours sujette aux effets de la boisson et prête à toutes les dérives. On n'aime pas cet acteur. Il n'y a rien à faire, il nous est très antipathique. Pour couronner le tout, Ti West, voisin horrifique du mumblecore, fait ici figure de guest star opportuniste, là pour profiter d'un moment de faiblesse de la vedette au visage si plat et large. Bref, que du beau monde je vous dis !




Tous ces gens éructent des dialogues iniques du début à la fin, rendant leurs personnages encore plus haïssables. Que les américains sont fatigants à s'émerveiller de tout et à remercier pour un rien ! "Oh it's so great, thank you, I love that, that's so great, oh God, thanks, it's perfect, it's just so perfect, I like it a lot, thank you" dit Ron Livingston quand Anna Kendrick sort un verre à pied en plastique pour déguster le vin dégueulasse que l'autre con a pensé à apporter pour le pique-nique. On a envie de les étrangler ! Et, en dehors de cet écart de conduite champêtre, pourquoi boiraient-ils constamment des bières ? A l'exception de la scène dite du pique-nique, les acteurs ont en permanence une pinte ou une bouteille de bière à la main ! Un viticulteur passe-t-il ses journées à vider ses fûts ? Un pharmacien lambda se gave-t-il de dolipranes à chacune de ses pauses ?




Olivia Wilde raconte qu'à force d'aligner les bières, tout le monde était torché sur le tournage. Il faut croire que l'alcool n'a pas des effets toujours positifs sur l'esprit créatif, l'inventivité, l'intelligence et l'humour. Wikipédia nous apprend aussi que Drinking Buddies figure dans le top 2013 de Quentin Tarantino. Les grands esprits se rencontrent...


Drinking Buddies (Ivresse entre amis) de Joe Swanberg avec Olivia Wilde, Jack Johnson, Anna Kendrick et Ron Livingston (2013)

22 octobre 2015

The Sacrament

Quand j'ai su que le jadis prometteur Ti West allait s'essayer au found footage j'ai eu du mal à comprendre, tant cette exaspérante ramification faisandée du cinéma d'horreur n'a jamais rien apporté de bon et me semble à mille lieues de la veine assez classique dans laquelle s'est engagée, plutôt avec talent, le réalisateur depuis ses débuts. Mais j'espérais tout de même, tout au fond de moi, que le jeune américain réussisse à signer un film de qualité et rompe ainsi avec les tristes standards du genre. J'ai hélas bien vite déchanté. Si The Sacrament se hisse, sans grande difficulté, au-dessus de la moyenne de sa catégorie (dont je situerai la note à 1,75/10 environ), il s'agit d'une nouvelle déception et peut-être du plus mauvais film de son auteur, ici produit par Eli Roth (c'était mauvais signe...).




Ça commence mal : une introduction très brouillonne et visuellement agressive nous révèle d'emblée tous les enjeux du scénario, elle est ponctuée de panneaux explicatifs lourdingues venant simplement répéter, via quelques phrases très sommaires, ce que les personnages nous apprennent déjà à l'écran. Il est donc question de retrouver la sœur d'untel partie à la recherche du bonheur dans une communauté religieuse perdue au milieu d'un pays tropical, un prétexte comme un autre pour que deux journalistes décident de suivre leur ami afin de réaliser un reportage sur ce qui s'avérera bien entendu être une secte des plus inquiétantes dominée par un pasteur tout-puissant et révéré...




L'idée de nous laisser poireauter quelque temps avant de découvrir enfin ledit pasteur n'est pas mauvaise. Celle de nous faire d'abord entendre, de façon tout à fait inopinée, son inquiétante voix donner ses consignes quotidiennes, diffusée par les hauts-parleurs du camp, est encore meilleure et contribue à nous intriguer davantage. La scène-clé du film, où le pasteur est interviewé face à ses fidèles par l'un des journalistes, est plutôt réussie, elle nous rappelle que Ti West sait créer de la tension avec trois fois rien, patiemment et habilement. Les acteurs, des gueules connues du cinéma d'horreur indé US (AJ Bowen, Joe Swanberg et Amy Seimetz, que l'on retrouve au grand complet dans You're Next), sont tous bons. Hélas, en disant tout cela, je crois avoir déjà fait le tour du rayon des satisfactions...




L'un des personnages est caméraman de formation, cela permet au film d'éviter quelques uns de ces tics hideux chers aux found footage. Mais ça ne suffit pas... Ce qu'il y a peut-être de plus agaçant dans The Sacrament est cette incohérence formelle de chaque instant. Rien ne tient debout. A quoi bon choisir la forme du found footage si c'est pour ne jamais s'y tenir ? On se le demande... Je ne veux pas passer pour un type borné, à cheval sur certains principes, mais quand l'illusion est maintenue, même très artificiellement, et quand on nous permet réellement de croire que nous sommes en train de regarder un "enregistrement retrouvé", l'immersion a plus de chance de fonctionner. Ce n'est apparemment pas dans l'idée de respecter et de justifier les codes du genre que Ti West s'est lancé dans son entreprise, bien au contraire. Rien ne tient la route, le montage n'a aucun sens, les images nous viennent d'on ne sait où, en particulier lors du final, et la musique, trop présente, n'a pas lieu d'être, elle a l'air d'avoir été mise là pour sauver les meubles. C'est assez triste à voir.




Cette histoire devrait nous saisir par les tripes, nous faire froid dans le dos, nous laisser sur le cul, ce que vous voulez... Elle parvient tout juste à nous amener à lire la page Wikipédia consacrée au suicide collectif de Jonestown dont le film s'inspire et, ce faisant, à ressentir, à éprouver davantage ce terrible abîme d'incompréhension et de mystère vers lequel Ti West a été bien incapable de nous pousser. On relit Wiki les larmes aux yeux, non pas pour les victimes, mais en pensant au film à côté duquel nous sommes passés. On se fiche pas mal de ce qui se déroule à l'écran, on n'y croit pas, c'est aussi simple que ça. Aussi gênants puissent être les nouveaux arrivants pour cette secte, nous n'arrivons pas une seconde à penser que leur présence est une raison suffisante pour faire basculer la communauté entière dans le chaos et finalement opter pour l'autodestruction. L'inéluctabilité de la conclusion connue d'avance pourrait ajouter à l'horreur ambiante, mais que nenni, cela contribue seulement à rendre le film d'autant plus plat et anecdotique. Ti West paraît s'être saisi d'un sujet trop lourd, il n'en tire finalement rien du tout. The Sacrament nous révèle cruellement toutes ses limites et nous plonge même dans le doute quant à son réel talent. 


The Sacrament de Ti West avec AJ Bowen, Joe Swanberg, Amy Seimetz et Gene Jones (2014)