5 septembre 2013

You're next

Comment commencer ? C'est toujours le plus dur. La première phrase. Toujours délicat de cracher dans la soupe. Le pied droit en premier, toujours. Le pied droit dans la merde. On vous l'avoue tout net, on a envoyé un pigiste ciné voir ce truc en salle en avant-première. Il est revenu bredouille, ne jurant que par Cochon qui s'en dédit, qu'il avait vu la veille dans le cadre d'un ciné-club dont il est le seul adhérent. Il est aussi sorti de la séance avec un rhume qui a duré 15 jours, véridique. Deux jours après l'avant-première, la boîte de distribution l'a appelé pour lui demander ce qu'il en avait pensé. Ne sachant pas répondre, notre pigiste souhaite le faire aujourd'hui dans une lettre en recommandé, postée ici même. C'est comme quand on va bouffer chez quelqu'un et qu'on n'ose pas dire de vive voix que la bouffe était merdique, on règle ses comptes par courrier :

Cher Le Public Système Cinéma,

Merci. Grâce à toi je suis allé voir le "home invasion" horrifique tant attendu sur les écrans français. D'autant plus attendu qu'il date de 2011. Malheureusement, son titre, "You're next", a longtemps joué en sa défaveur. On est bien peu de choses... Je voulais d'abord te remercier avant de m'en prendre à toi comme un sagouin.

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Corps du message : 
 Je, soussigné(e), m'interroge sur ce que c'est qu'un film d'horreur. J'ai passé la soirée devant une bonne scaloppina al limone à me poser cette question, assis entre deux blogueurs ciné docteurs ès cinéma, cinéphages et cinéphiles. Toujours pas de réponse. On en a conclu qu'il y avait autant d'écoles de pensée que de spectateurs de ciné. En tout cas je ne sais pas pourquoi You're Next, pourquoi ce titre ? Sachant que dès l'intro du film y'a une chanson en mode "repeat" : jamais la touche "next" n'est enfoncée. Toujours ce même morceau de pop indé bien comme il faut, comme on aime s'en imprégner. Métaphore ? Ce film est le "repeat" de tout le cinéma d'horreur-slasher/home-invasion. Il vient d'ailleurs après du lourd dans la catégorie du "home invasion", de Black Christmas à Straw Dogs en passant par Home Alone et Panic Room. Autant dire que le genre se cherche encore. Plus récemment, le fameux Doug Campbell a essayé de ruiner le genre en réalisant Home Invasion, le film éponyme (?).

Adam Wingard, le réalisateur du film, qui vient d'apprendre aujourd'hui qu'il a eu son BEPC (félicitations !), a un pur blaze, mais il faut aussi un physique, et s'il a bien des yeux de malade, ça ne suffit pas. Petite anecdote : il faisait partie d'une fine équipe de volley-ball féminine jusqu'à ce que, ayant atteint la puberté, on lui dise : "Arrête-toi !". Il est devenu cinéaste et est resté un pur usurpateur.

Nouveau paragraphe :
Mise en contexte. Qu'est-ce que You're Next ? Ce document est une vidéo. Cette vidéo est un film. Ce film est un film de cinéma. C'est un long métrage cinématographique. Plus communément appelé "film". Plus précisément un "ethumentaire", c'est-à-dire un documentaire animalier, puisqu'on y voit régulièrement un lapin et autres gallinacés. Ces animaux sont armés. Donc c'est un "éthumentaire" de fiction, puisqu'en réalité, vous l'aurez remarqué, ce sont des animaux assez paisibles. A partir de là, ce qui est montré à l'écran est faux et donc à la fois naïf et caduque. Réalisé en décembre 2010, plus ou moins dans le mid-west (Ohio), You're Next traite du survivalisme. Phénomène fort documenté par Capital sur M6, le survivalisme consiste à se préparer au pire, à ne pas laisser pisser, à pioncer dans un bunker, à mettre des clous sous les fenêtres, à s'acheter trois paquets de Weetos au lieu d'un à chaque fois qu'on va au supermarché et à trouver du charme aux boîtes de conserve. Le film nous apprend aussi que le survivalisme consiste également à apprendre à tuer des êtres humains en mexican stand-off et en loucedé, voire par erreur, ce qu'Emmanuel Chain, planqué sous ses gros sourcils, avait omis de nous apprendre.

Tous les personnages du film sont des salops, même si certains se sauvent en montrant une sensibilité artistique de par leur goût affirmé pour le land art. On les voit régulièrement bâtir des constructions artistiques éphémères réalisées pour être immortalisées sur film à partir de matériaux naturels (glaise, tripailles, sang coagulé, arbustes, sable, ongles arrachés, intestins déroulés et tapis de cheveux, bref, tout ce qui est autodégradable). "Greed" est le dernier mot du film et c'est aussi l'un des sept péchés capitaux, autre référence à Capital donc. Adam Wingard, avec une subtilité de bûcheron, exprime son mépris des riches et des arrivistes, des cons, des femmes, de la musique et des animaux. Cet homme souffre probablement d'un complexe thanato-érotique (référence à Thalassa).

Accompagné d'une bonne réputation et d'une bonne résolution d'image (1280x1024), remarqué dans différents festivals, You're next est-il la pelloche de pétoche annoncée ? On attendait mieux de la part de celui qui fait partie des rares auteurs de films d'horreur indépendants américains contemporains, aux côtés de Ti West, et qui finalement n'a strictement rien d'intéressant à dire ni à montrer. On ne sait sur quel pied danser devant ce film. En tout cas pas sur sa troisième jambe, car l'actrice principale n'amasse pas mousse. Là aussi on attendait mieux. C'est la base du slasher. En tout cas, c'est la première fois que je mets plus de temps à écrire la critique qu'à voir le film. Je vais donc m'arrêter ici cher Le Public Système Cinéma. Une fois de plus je te le dis : j'étais invité à cette avant-première, je n'ai pas aimé le film, j'ai profité quand même, j'ai pris froid mais je ne t'en veux pas. Sans rancune. C'est simplement la dernière fois que je home-envahis les cinémas dans lesquels tu m'invites. J'ai 89 ans et j'ai vraiment plus l'âge pour ces conneries.

Cordialement,
Veuillez agréer, Monsieur Le Public Système Cinéma, mes plus sincères.

René(e) "la canne" Durand

2 pièces jointes :

Le premier wallpaper Adam Wingard au monde. Ne nous remerciez pas. "Rotation à gauche" conseillée (en mode "mosaïque").

 Sharni Vinson fait du land art. Si vous ne pensez pas à mille films en regardant cette image, vous êtes un nouveau-né. Bienvenue sur le blog !

Voici donc la lettre de notre pigiste. Mea culpa auprès de Le Public Système Cinoche, on aurait peut-être dû envoyer un homme (invasion) plus jeune.


You're Next d'Adam Wingard avec Sharni Vinson, Nicholas Tucci, AJ Bowen (2013)

19 commentaires:

  1. Ce film, faudrait l'envoyer se faire voir ailleurs avec un sort lévitatif de l'école de Poudlard, précisément celui qui a donné son nom à l'auteur du film : WINGARDIUM LEVIOSA !

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  2. Adam W. from the anti-old faction5 septembre 2013 à 11:34

    Stop sending papis !

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  3. Je te fais confiance, René, mais je le materai quand même par curiosité, et peut-être serai-je moins sévère que toi, ou au moins comprendrai-je pourquoi le film a cette petite réputation...

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    1. En ce qui me concerne je serais plus sévère encore que notre bon René. Ce film est une remarquable saloperie. Et à la fin, quand les dénommés "Félix" et "Zee" reçoivent respectivement un mixer en marche et un couteau sur le crâne, si c'est une manière de punir symboliquement leur "cerveau malade" (injure à la mode en ce moment), je pense, au vu de sa mise en scène, de l'intelligence qui se dégage de son film et de son TumblR, qu'Adam Wingard doit vivre avec un casque de chantier sur le crâne jour et nuit, au cas où.

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    2. Moi je le serais donc un tout petit peu moins, sévère, mais c'est sans doute seulement parce que quand je regarde un tel film, j'ai trop l'habitude de comparer systématiquement avec la moyenne des productions horrifiques actuelles. Devant You're Next, on est bel et bien devant un film d'horreur indé qui, à mon sens, vaut mieux que les Evil Dead, Conjuring, Mama, Insidious et cie (imaginez donc un peu le niveau...). On voit ça à des petits détails, ça se joue à pas grand chose, comme la minuscule et très maladroite tentative "meta" (comme dit dans la critique, la chanson en mode "repeat" n'est pas là pour rien, entre autres) et l'humour, là encore bien trop rare (les meurtres dont tu parles, c'en est), et pas du tout poussé assez loin. C'est que dalle mais c'est sans doute ce qui explique sa réputation, et ça m'a permis de le mater du début à la fin, en souffrant bien moins que devant les autres films précités. MAIS sa reste donc de la de-mer ce coup-ci.
      J'espère simplement que The Sacrament, le prochain film de Ti West (qui joue un petit rôle dans You're next), sera d'un autre tonneau et, cette fois-ci, à la hauteur de ce que j'ai déjà pu lire sur le blog d'Olivier Père.

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    3. En tout cas, ça m'étonne trop que tu te le sois envoyé ! T'avais envie d'une saloperie du genre ?

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    4. Ouais, quand on a la crève on prend un peu tout ce qui passe, et je voulais voir le film qui a inspiré une si belle lettre en recommandé numérique :)

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    5. Alors que je t'ai conseillé le dernier RON HOWARD !!

      Moi j'en attends beaucoup de Bad Milo.

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    6. Ah oui ?

      Ron Howard je peux pas, je te l'avoue. Film de bagnoles de courses, avec Chris Hemsworth et Daniel Brühl. Pas possible.

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    7. Il pourrait chambouler ton top....

      Quant à Bad Milo, j'aime bien le pitch : "A man discovers that his chronic stomach problems are due to the fact that he has a demon baby living in his colon."

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    8. Je le materai peut-être !

      Pour revenir à "You're next", si la scène quasi finale, où l'héroïne survivaliste (...) tue l'un de ses ennemis à masque de phoque en l'aveuglant à intervalles réguliers avec un flash d'appareil photo, est un hommage au finale de "Fenêtre sur cour", le cervelet d'Adam Wingard est définitivement faisandé.

      Si cette scène n'est pas pensée comme un hommage, de cerveau il n'a pas.

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    9. Dans tous les cas je lui dédicace donc la dernière photo en date de mon majeur, tendu vers le zénith.

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    10. Je pense pas que ça soit un hommage à Hitch. Adam Wingard a plutôt dû repenser à tous les films d'horreur récents qui ont repris cette idée : Saw, Shutter, Mama, etc. Ça ne le grandit pas.

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    11. En fait c'est naze Bad Milo :(

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    12. "MAIS ça reste donc de la de-mer ce coup-ci. " --> je tenais à corriger cette hideuse faute !

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  4. René, on the edge of death6 septembre 2013 à 13:38

    Tu m'expliqueras, du coup !

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  5. Le tumblr perso d'Adam Wingard fout un peu les j'tons...
    http://adamwingard.tumblr.com/page/3

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