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25 septembre 2019

Deux moi

Pour la promotion de son nouveau film, Cédric Klapisch a accepté de répondre à l'une de ces interviews très courtes qui pullulent sur les réseaux sociaux. Sur un fond sonore insupportable qui se veut entrainant et rythmé, des questions toutes simples, parfois un peu décalées, apparaissent à l'écran et s'enchaînent à vitesse grand V ("le dernier film qui t'a fait pleurer ?", "la dernière scène qui t'a collé la gaule ?"). Les personnalités interrogées n'ont généralement pas le temps de développer quoi que ce soit d'intéressant mais juste assez pour sortir parfois des énormités propices à faire le buzz. Tout le monde est alors ravi. Car tandis que l'objectif du site concerné (Konbini, Sens Critique...) est d'atteindre un maximum de "vues", le souci, pour les interviewés, est d'avoir l'air cool, et donc de répondre du tac au tac, avec aisance et franchise. A ce petit numéro, Cédric Klapisch s'en sort plutôt bien, osant même se lâcher sur le sacrosaint Tarantino, dont il confie ne pas avoir aimé le dernier film. Quel toupet ! Il ajoute alors, visiblement assez sûr de lui : "C'est un peu effrayant, quand on est un réalisateur de mon âge, de voir d'autres réalisateurs dont on sent qu'ils n'ont plus rien à dire. Moi c'est un peu ce qui m'effraye, j'essaye de repousser le moment où je n'aurai plus rien à dire." Ahah.




Après avoir vu Deux moi, ces petites phrases ont comme un double effet kiss cool. Notre ami Klapisch a l'habitude de donner le bâton pour se faire battre : malgré leur insignifiance, ses films sont des collections de perches tendues pour qu'on lui tombe dessus à bras raccourcis. Alors pourquoi élargir cette attitude autodestructrice à la promotion même de ses œuvres ? Comment peut-il faire cette déclaration sans trembler du menton alors que cela fait plus de vingt ans qu'il nous bassine avec les mêmes tics, la même recette ? Cédric Klapisch n'a jamais eu grand chose à dire et cela ne va hélas pas en s'arrangeant, quand bien même on sent chez lui la volonté de coller à la société actuelle, de s'intéresser à la génération Y, de rester à jour. Deux moi n'est pas pire qu'un autre Klapisch, c'est un Klapisch de plus. C'est à un docteur ès Klapisch qu'il faudrait demander son avis, à quelqu'un capable d'examiner l'infiniment petit, maître au jeu des sept différences, apte à se prononcer sur des subtilités indécelables à l’œil nu pour le quidam lambda. A travers cette histoire de deux trentenaires vivant dans le même quartier de Paris, victimes de la solitude des grandes villes, Klapisch s'essaie au drame existentiel. Le cinéaste prétend encore une fois capter l'air du temps, en nous montrant ces deux êtres qui finissent par "aller voir quelqu'un" (comprendre : consulter un psy) pour relever la tête, et par s'inscrire sur Tinder pour rompre leur marasme quotidien. En dépit de la tendresse manifeste du regard qu'il porte sur ces jeunes gens, Klapisch a l'air un peu à côté de la plaque, à l'image de sa bande originale faisandée, et ne prend jamais aucun risque. Surtout, on a bien du mal à se passionner pour ces deux personnages trop creux pour exister vraiment.




Ana Girardot incarne une chercheuse en laboratoire peu crédible, suffisamment cruche pour demander à sa supérieure si elle doit "apprendre par cœur" sa présentation orale, et dont on se moque bien des rapports conflictuels qu'elle entretient avec sa daronne absente et de la relation, plus douce, qui l'unit à sa petite sœur. François Civil, que l'on a déjà vu plus à l'aise, plus frais, notamment dans Mon Inconnue, traverse ici, comme son homologue féminin, un petit épisode dépressif, il passe donc les 30 premières minutes inerte, incapable de terminer ses phrases, ne communiquant que par des borborygmes fatigants. Dans la peau du héros klapischien, Romain Duris, à l'époque, s'en tirait peut-être mieux. Difficile de s'intéresser à un tel énergumène, que l'on a simplement envie de secouer... Le récit de leurs rencontres Tinder, de leurs consultations chez le psy, de leurs vies professionnelles et familiales compliquées et de toutes leurs petites contrariétés n'est pas assez ceci pour émouvoir, pas assez cela pour faire marrer. On est supposé espérer durant tout le film que ces deux âmes perdues finissent enfin par se télescoper, ce qui n'arrivera pas avant les dernières secondes, évidemment. Tout cela est inoffensif et plat, mais soyons honnête : ça n'est jamais totalement désagréable (quoique, j'y reviendrai dans mon dernier paraphet), ça se laisse regarder, ça coule tout seul, c'est du Klapisch. Soulignons cependant que cela paraît tout de même plus long et laborieux qu'à l'accoutumée. On s'étonne que certaines critiques en viennent à parler d'un "bon Klapisch"... C'est ce type d'affirmation qui m'amène à penser que je ne suis pas la personne idoine pour vous parler de Deux moi, à l'évidence je n'ai pas les armes ni les connaissances suffisantes, je ne maîtrise pas assez bien mon petit Klapisch illustré. Je n'ai vu que les deux tiers de sa filmographie. A partir de quand peut-on parler d'un "bon Klapisch" ? Quand le film étudié est supérieur au plus faible tiers de sa filmo ? Alors si, avec un peu de chances, ce sont ceux que je n'ai pas vus, je ne peux pas m'exprimer en toute légitimité. C'est un "bon Klapisch", soit, ça n'en fait pas pour autant un bon film !




Alors qu'il avait situé son précédent opus à la campagne, en plein vignoble bourguignon, en quête d'un nouveau souffle, Klap' revient gonflé à bloc dans les rues de sa ville fétiche, Paris, qu'il dépeint encore comme un village-monde merveilleux, rempli d'individus sympathiques, dont on se plaît à pointer gentiment du doigt les petits travers : on pense particulièrement à cet épicier de quartier, incarné par Simon Abkarian, au sens du commerce impitoyable mais qui a bon fond et tient un rôle indispensable puisqu'il permet de faire le lien entre les uns et les autres. Devant tant de bons sentiments, on ressent parfois comme une légère envie de vomir. Dès qu'il peut, Klapisch enfile sa casquette de l'office du tourisme et nous propose quelques-uns de ces plans carte postale dont il a le secret. On se souvient qu'il avait eu la même démarche en Bourgogne, assurant la promotion de cette région comme personne ne l'avait aussi grossièrement fait avant lui sur grand écran. Il faut que le film puisse plaire à l'étranger, c'est peut-être aussi pour cela que le générique final est ici accompagné de cartes postales, littéralement, de la capitale : des vignettes de la Tour Eiffel ou du Sacrée Cœur qui viennent décorer les noms défilant à l'écran... Ce genre de conclusion n'a pas pour effet de nous laisser sur une très bonne impression. Auparavant, Cédric Klapish n'a donc fait que reprendre sa petite formule habituelle, en nous concoctant au passage quelques dialogues dont il doit être très fier alors qu'ils n'ont que pour effet de nous déprimer encore un peu plus ("Il faut que les deux moi soient soi pour que deux moi fassent nous" débite Camille Cottin). Je suis sévère, je le reconnais, mes mots dépassent peut-être ma pensée mais, à la longue, notre cher Klap' n'appelle guère à l'indulgence.




Pour finir, relevons quelques moments particulièrement douloureux, à la limite du hors jeu, qui expliquent sans doute notre humeur du jour. Lors de deux digressions oniriques pénibles et sans le moindre intérêt, Cédric Klapisch se présente comme le pendant français du regretté Lucio Fulci, le "poète du macabre" italien. Sauf qu'ici, l'effroi n'est guère provoqué par l'atmosphère sombre et lugubre savamment mise en place lors des scènes proprement dites, mais par la pulsion de mort et de destructivité qu'elles font naître insidieusement chez le spectateur qui n'était pas prêt à subir une telle épreuve. Ces deux cauchemars censés matérialiser les peurs intimes de nos tourtereaux en plein délire sont des moments ultra gênants, dénués de la moindre idée visuelle ou comique valable, des trous noirs qui nous saisissent à la gorge. Autre climax pour nos nerfs, cette non moins terrifiante parenthèse enchantée durant laquelle François Civil découvre les plaisirs d'avoir un petit chat chez lui. Il s'amuse à le surprendre en se cachant derrière la porte, lui fait des papouilles sur le lit, lui court après dans l'appartement, et ça dure, et ça dure. On le voit faire mumuse avec son chat pendant cinq minutes qui en paraissent vingt. C'est très embarrassant. Comment peut-on sérieusement filmer ça ? Le filmer, bon d'accord, admettons... Mais comment peut-on ensuite décider de garder ces scènes-là au sein d'un long métrage dont on sait qu'il sera diffusé en salles et proposé à un public constitué en écrasante majorité d'inconnus ? Qui cela peut bien amuser de payer pour assister à un si désolant spectacle ? On en vient nous-même à se sentir très seul, à se poser des questions existentielles, à s'interroger sur le sens de la vie et plus précisément sur la nature exacte du cinéma. Art ? Industrie ? Commerce ? Foutage de gueule ? Évidemment, dans un Klapisch, qui dit "chat" dit "chat perdu". L'idylle entre François Civil et son greffier ne dure pas bien longtemps. Une fenêtre restée ouverte et, hop, Nugget (c'est son p'tit nom) a disparu. On croit alors que les recherches vont être lancées dans tout le quartier par un Civil anéanti, avant que notre cinéaste fétiche ne se souvienne qu'il a déjà filmé ça il y a vingt ans. Il essaie de repousser le moment où il n'aura plus rien à dire, rappelez-vous !


Deux moi de Cédric Klapisch avec François Civil, Ana Girardot, Camille Cottin et François Berléand (2019)

29 juin 2017

Ce qui nous lie

D'entrée, petite titrologie : Ce qui nous lie est le nouveau long métrage de Cédric Klapisch, qui avait commencé sa carrière par un court métrage très remarqué en son temps (à vérifier) intitulé Ce qui me meut. Ce qui nous lie, ce qui me meut, tout Klapisch réside dans ces deux phrases. La boucle est bouclée. Parce que pour Klapisch, grand maître du "film de groupe", nous sommes tous liés et nous avançons tous vers un destin inéluctable, les mouvements de l'un dictent ceux de l'autre, tels les battements d'aile d'un papillon, dans un monde 2.0. Toute la philosophie de Klapisch est là. Il était le réalisateur tout désigné pour signer la saga symbole d'Erasmus. Solidarité, fraternité, colocation, échange, voyage, village-monde, repas partagés, frigo commun... voici le champ lexical de la Klap. Accessoirement, on parle de "lie de vin" pour qualifier une couleur verdâtre, celle des vignes, clin d’œil astucieux au métier des personnages principaux du film, tous viticulteurs.




La sortie d'un nouveau Klap est toujours un événement. Un événement auquel on ne répond pas toujours présent, parfois par lâcheté. Un rendez-vous que nous n'honorons pas systématiquement, faute de courage. Mais la sortie d'un Klap ne nous laisse jamais indifférent et cela arrive que nous la subissions de plein fouet. Ici, le cinéaste de 55 ans, arrivé à un tournant de sa vie et de sa filmographie, s'intéresse au monde viticole, à la terre, pour pondre un nouveau film de groupe, nous expliquant encore à quel point la vie est ouf mais vaut tout de même la peine d'être vécue. Que parfois on pleure, parfois on rit, mais que c'est toujours le panard, surtout quand on bosse dans le pinard et qu'une grosse zik trip hop, chère à un Klapisch coincé dans les 90s, accompagne et souligne tous ces moments.




Fâché avec Romain Duris, dont il a oublié de souhaiter le dernier anniversaire par sms, et désireux de trouver un plus jeune étendard à son cinéma, Cédric Klapisch a cette fois-ci embauché Pio Marmaï, un acteur détestable mais qui est parvenu à faire sa place, que l'on a fini par tolérer grâce à son bagout et à sa bonhomie. On a appris à faire avec. Il faut se le farcir, mais avouons-le, il n'est pas bien méchant et dispose d'un naturel à l'écran que peu d'acteurs français de sa génération réussissent à dégager. Il est entouré par Ana Girardot (nous avons apprécié ce plan fugace où, jambes nues, la jeune actrice tasse le raisin dans des fûts) et François Civil, un jeune comédien en plein boom que l'on avait déjà croisé dans Dix pour cent, l'assez triste série créée par la Klap sur le monde des agents d'acteurs. Nous devons à François Civil les meilleurs moments comiques du film. Il faut reconnaître qu'il s'en tire pas mal et réussit presque à être drôle quand il doit surmonter sa timidité et dire ses quatre vérités à son interlocuteur, sans jamais finir ses phrases. Petit coup de flip lors de ma séance ciné : un couple de vieux s'est même mis à applaudir vigoureusement après l'une de ses répliques, comme pour me rappeler qu'un Klapisch se vit au cinéma, avec un public réceptif, pour être pleinement apprécié. Mon acolyte et moi gardons un souvenir inoubliable de la fois où nous étions allés voir Paris, la fleur au fusil. 




On regrette toutefois que Klaspich soit toujours aussi mauvais, aussi lourdingue, pour croquer des moments de vie supposés poignants, touchants. Il est clairement plus doué dans le registre de la comédie pure, où sa mise en scène et sa lourdeur font moins de dégât. Les scènes de dégustation de vin sont aussi des passages difficiles à encaisser, qui nécessitent un self control à toute épreuve. Il faut voir les comédiens débiter leurs banalités et leurs phrases toutes faites après avoir enfin avalé leur gorgée et, surtout, il faut supporter d'entendre ces bruits de bouche abominables qui donnent véritablement envie de tuer, de passer à l'acte. Je reprocherai aussi à la Klap son goût trop prononcé pour la carte postale. On croirait que son film est fait pour être vendu à l'étranger et mettre en valeur, péniblement, les paysages de la Bourgogne. Cette mauvaise tendance klapischienne se ressent aussi quand nous admirons notre trio d'acteurs, toujours beaux, en pleine forme, jamais fatigués, tirés à quatre épingles, portant des vêtements bien assortis, lorsqu'ils travaillent la vigne, comme s'ils faisaient un défilé ridicule, tels des gravures de mode de la campagne. Ça n'est pas crédible pour un sou, à l'image de ces dialogues lamentablement sibyllins où les personnages débattent du moment le plus opportun pour démarrer les vendanges. Un viticulteur audois ne supporterait pas ce spectacle une seconde et irait dans la foulée faire exploser à la dynamite artisanale le domicile du cinéaste.




Le moment tant redouté des vendanges est aussi une sacrée épreuve. Klapisch en profite évidemment pour nous montrer combien le travail des vignes est merveilleux, fait en groupe, dans la bonne humeur. Tout le monde vit et dort ensemble, comme une grande famille, se couche et se lève avec le sourire et, là encore, le cinéaste parvient à titiller nos plus bas instincts, nos envies pyromanes et sociopathes. Autre constat assez dingue à la sortie du film, qui en dit sans doute long : le Klap ne m'a pas du tout filé envie de boire du vin. J'ai un bon rosé tout frais dans le frigo, je n'ai même pas envie de m'en glisser un verre. C'est assez fou, c'est encore une belle performance de la Klap. Après Super Size Me, on s'est tous tapé illico presto un bon gros McDo. Un film sur l'élevage de poulets, je suis sûr qu'à la sortie je m'en tape un ou deux. Là, rien du tout. Malgré cela, mon honnêteté de blogueur ciné m'amène à vous avouer qu'il ne s'agit pas, loin de là, de l'un des pires Klapisch puisqu'il évite certains écueils attendus et éloigne de justesse ses personnages de la caricature. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser qu'une telle histoire, sur ces frères et sœur qui se réunissent après le décès du père pour gérer son héritage et son domaine, de tels thèmes, avec l'enchaînement des saisons et le travail de la terre, abordés par un cinéaste français plus fin, comme Assayas ou Kechiche, cela aurait pu donner un bien beau film... 

Bon, je me glisse quand même un verre sous le colbac... mais Klap, tu n'y es pour rien ! J'ai juste soif.


Ce qui nous lie de Cédric Klapisch avec Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil (2017) 

8 novembre 2015

Un homme idéal

Pierre Niney est un écrivain raté qui ne rêve que d'une chose : être publié et voir son nom en vitrine chez Ombres Blanches. Essuyant les refus successifs des maisons d'édition auxquelles il envoie son premier roman ("Un Homme de dos", tu parles d'un titre accrocheur), il survit en bossant en tant que déménageur. Pierre Niney. Déménageur. Premier goof ! Bon, passons. Sachez toutefois qu'à partir de ces premières informations, vous devriez déjà être en mesure de deviner toute la suite des événements... En vidant l'appartement d'un vieillard décédé en pleine solitude, Niney tombe par hasard sur un manuscrit bien épais, négligemment emballé dans une couverture au-dessus d'une armoire : le saisissant journal de guerre du défunt. Le sang de Niney ne fait alors qu'un tour : il a trouvé sa première œuvre ! Après l'avoir soigneusement recopié sur word sans en changer le moindre mot (nous assistons à cela via une succession de plans hideux qui nous montrent Niney sur son portable essayer toutes les positions et toutes les pièces de son T1bis), ce dur labeur mènera enfin notre ambitieux romancier sur la route du succès, aussi bien auprès du public que des critiques avec, en guise de consécration, le si convoité prix Renaudot. Un bonheur n'arrivant jamais seul, Niney flashera sur le visage anguleux d'Ana Girardot, une zonarde à la fois chercheuse et critique littéraire (quel que soit son réel métier, nous n'y croyons pas), lors de la remise du prix.




Une ellipse maladroite, brutale mais bienvenue (simplement car elle donne la fausse impression que le film passe plus vite) nous amène quelques mois plus tard, sur la Côte d'Azur. Nous découvrons que Pierre Niney a été assez dégourdi pour se foutre dans une merde noire auprès de son éditeur, auquel il a promis un nouveau livre qu'il n'arrive évidemment pas à commencer, rattrapé par son réel talent, c'est à dire le néant absolu. Niney a cependant été assez agile pour se mettre en ménage avec Ana Girardot, un très bon parti, puisque sa famille pleine aux as possède une sorte de manoir gigantesque avec plage et golf privés. C'est dans ce coin ensoleillé que se déroulera d'ailleurs l'essentiel du film, énième variation autour du thème de l'usurpateur, personnage progressivement mis dos au mur qui finira bien sûr par éveiller tous les soupçons avant d'entrer malgré lui dans une spirale criminelle fatale.




Tout est terriblement prévisible dans ce thriller de bas étage, second exercice en la matière du cinéaste Yann Gozlan après le déjà pénible Captifs. Nous sommes seulement étonnés quand le personnage principal s'enfonce davantage en prenant des décisions et en adoptant un comportement encore plus débiles que ce à quoi on s'attendait, ce qui arrive de plus en plus fréquemment à mesure que l'intrigue avance. La fin du film a tout de même le mérite de nous apprendre une chose utile : en cas d'énormes emmerdes, il existe une solution pour échapper à toutes représailles. Faites confiance à votre ceinture et à votre airbag, et proposez à un naïf quidam un petit tour en bagnole sur des routes sinueuse en ayant au préalable bien pris le soin de désactiver le système de sécurité du siège passager. Dès que possible, encastrez vous à pleine vitesse contre un obstacle quelconque, ce faux accident de voiture provoquera la mort instantanée de votre invité. Inversez alors les positions en plaçant le cadavre sur le siège conducteur, attachez votre montre autour de son poignet et mettez votre portefeuille dans sa poche. Ultime effort : videz un bidon d'essence entier sur le macchabée et partout sur le véhicule, un grand brasier vous lavera de tout soupçon et vous garantira une nouvelle vie d'homme libre, quand bien même tous les flics du pays étaient à vos trousses. Tenez-vous le pour dit. Si vous êtes au fond du trou, il existe ce moyen, même s'il faudra ensuite vous créer une nouvelle identité (Yann Gozlan ne nous en dit pas beaucoup plus là-dessus, les dernières images nous apprennent simplement que Pierre Niney est redevenu déménageur à temps plein).




Drôle de coïncidence, le scénario pourri d'Un homme idéal rappelle étonnamment celui du récent The Words, piètre mais plus habile thriller américain sorti directement en vidéo où Bradley Cooper trouvait son premier bouquin dans une sublime besace en cuir achetée pour trois fois rien dans une friperie parisienne. Le bellâtre scribouillard luttait ensuite pour cacher son mensonge au monde et, surtout, à sa dulcinée, la fameuse actrice na'avi Zoé Saldana. Je crois bien que j'avais pris plus de plaisir devant The Words, je garde même un souvenir assez net de la fameuse besace... On pense aussi beaucoup au célèbre Plein Soleil, que je n'ai pas encore vu, mais dont je sais suffisamment de choses pour reconnaître une évidente filiation ; en outre, une bonne partie du film se déroule effectivement en plein soleil. La mise en abyme d'usurpation ne s'arrête pas là : rappelez-vous que Pierre Niney a remporté le César du Meilleur Acteur au moment même où le navet de Yann Gozlan sortait en salles, une nouvelle imposture qui tombait à point nommé... Et, autre effet spécial étonnant, Ana Girardot n'est pas Barbara Schulz. C'est pourtant ce que j'ai cru tout le long !


Un homme idéal de Yann Gozlan avec Pierre Niney, Ana Girardot et André Marcon (2015)