24 juin 2017

Meurtre par décret

Comptant parmi les nombreuses variations sur les aventures de Sherlock Holmes, Murder by Decree, réalisé par Bob Clark (l'auteur de Black Christmas) en 1978, est un film au scénario pour le moins accrocheur. L'idée de départ est séduisante puisque le scénariste John Hopkins et Bob Clark se proposent de faire plancher le célèbre détective d'Arthur Conan Doyle sur les exactions répugnantes du non-moins célèbre Jack l'éventreur. Le début du film est qui plus est très prometteur : les premiers plans, sur un Londres magnifiquement reconstitué, tapissé d'un fog à couper au couteau émanant de la Tamise pour envahir les ruelles sordides de Whitechapel, nous captivent tout de suite. Idem de ces plans ralentis où un fiacre sort de la brume pour s'avancer lentement mais sûrement vers la caméra, conduit par un cocher qui n'est qu'une ombre et accompagné d'une bande originale glaçante.





Malheureusement, le film, dans sa seconde moitié, perd peu à peu ses forces dans une intrigue politique (le titre annonçait la couleur me direz-vous) impliquant directement la famille royale, le gouvernement, et plus directement la Franc-maçonnerie, ce qui a pour effet de diluer le bloc de terreur que persiste à constituer la violence meurtrière incompréhensible de l'assassin mythique de Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes et Mary Jane Kelly. Les figures des victimes comme celle du mystérieux tueur, pourtant bien amenée par les très gros plans sur son œil noir dilaté, écartelé, perdent les unes et l'autre consistance, et toute une foule d'éléments qui ont contribué à rendre cette affaire si mémorable (comme le caractère chirurgical des mutilations sur les cadavres des prostituées, par exemple, qui aura fasciné jusqu'à Robert Desnos, auteur de textes remarquables sur la question) passent à la trappe, ou bien sont présentés mais presque aussitôt évincés du récit (comme la tige de grappe de raisin retrouvée sur l'un des lieux du crime).





En revanche, si les seconds rôles sont inégalement traités (le médium Robert Lees, interprété par Donald Sutherland, ne sert pratiquement à rien ; alors que l'excellente Geneviève Bujold, dans le rôle d'Annie Crook, une prostituée séparée de son enfant et enfermée sans procès, bénéficie de quelques très belles scène dans un asile de folles particulièrement inquiétant), les deux personnages principaux sont bien servis par Christopher Plummer, dans le rôle de Holmes, et surtout le vieux James Mason dans celui de Watson. Ce dernier porte évidemment la part comique du duo, qui lui sied à ravir. Plummer est plus discret — il faut dire que son Sherlock a finalement guère le loisir de bien s'illustrer, usant plus d'entregent et de connaissances en gestuelle symbolique franc-maçonne que de véritable astuce et autre esprit de déduction —, mais les scènes qui réunissent les deux personnages parviennent facilement à faire sentir leur connivence et leur amitié. Le film, très plaisant au demeurant, et finalement assez original, aurait sans doute gagné à leur opposer un véritable troisième rôle principal dans la peau de l'éventreur, et à les laisser coudoyer plus souvent encore pour déjouer l'infâme et renouer coûte que coûte avec ce sourire que Holmes (et c'est une autre réussite du film), considérant avoir échoué (mais peut-être pas là où on s'y attendait), verra en partie effacé.


Meurtre par décret de Bob Clark avec Christopher Plummer, James Mason, Donald Sutherland et Geneviève Bujold (1979)

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