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4 mai 2018

Baywatch : Alerte à Malibu

A court d'inspiration, Hollywood recycle désormais aussi les séries télé les plus improbables. C'est donc au tour d'Alerte à Malibu de faire l'objet d'une adaptation. A la manière de 21 Jump Street, mais avec infiniment moins de réussite, Alerte à Malibu passe à la moulinette de la comédie américaine actuelle héritée de la clique Apatow avec un habitué du genre à la baguette, Seth Gordon. On a donc droit à un humour outrancier qui fait parfois mouche mais qui nécessite des acteurs solides pour tenir la durée d'un long métrage. C'était le cas dans le précédemment cité 21 Jump Street, où Jonah Hill et Channing Tatum, épaulés par quelques bons seconds rôles comme Ice Cube, parvenaient à nous faire marrer assez régulièrement. Ici, l'acteur vedette n'est autre que The Rock. On sait la star bodybuildée capable de belles mais rares saillies comiques dans les Fast & Furious, nous l'avons déjà vu, à la hauteur, aux côtés de Mark Wahlberg et Will Ferrell dans The Other Guys d'Adam McKay. Son potentiel comique est réel, mais il n'est franchement pas suffisant pour porter un film à lui seul.




Il faut dire que Dwayne Johnson n'est pas spécialement bien entouré là-dedans. Zac Efron est tout simplement hideux avec son corps flippant taillé en salle de musculation. Le casting féminin a quant à lui uniquement été choisi pour son allure en maillot de bain (Alexandra DaDDario et Kelly Rohrbach) et n'apporte rien de plus. Seul l'inconnu au bataillon Jon Bass se démène pour nous dérider et son personnage s'avère être le plus débile du lot. Pour le reste, l'intention, celle de faire une comédie d'action dans la lignée des films de Schwarzy de la grande époque, n'est pas mauvaise, mais l'ensemble est trop mal écrit. Les personnages de meufs sont insipides, les mecs sont attendus et les méchants sont ultra chiants. Même les inévitables caméos (Pamela Anderson, David Hasselhoff) sont ratés et il n'y a rien de très sexy au programme. Le pire étant les CGIs, dignes d'un nanar d'RTL9, notamment lors de la séquence où l'équipe va sauver un bateau en feu. C'est tellement laid... En plus, c'est long. Baywatch dure 2 heures et on vous recommande vraiment de les passer à faire autre chose.


Baywatch : Alerte à Malibu de Seth Gordon avec Dwayne Johnson, Zac Efron, Alexandra Daddario, Priyanka Chopra et Kelly Rohrbach (2017)

1 septembre 2015

Burying the Ex

Burying the Ex est le dernier film de Joe Dante et espérons pour lui que ce ne sera pas vraiment le dernier. Le cinéaste de 68 ans a dû se lever un beau matin en croyant avoir une idée de génie puis s'en est allé la partager avec des producteurs qu’il sait débiles. "Hé les mecs, imaginez que votre copine soit un zombie ! Ce serait un truc de dingue, non ?!" Non. Eh bien c'est pourtant le pitch de ce film indé qui n'a strictement aucune sorte d'intérêt.
Ce petit paragraphe vous rappelle peut-être quelque chose. C’est peu ou prou le même que celui qu’a écrit Félix il y a quinze jours pour vous parler de Life After Beth. Je n’ai même pas vu ce film descendu par mon acolyte, et pourtant je n’ai cessé d’y penser devant le dernier lontrajmé de Joe Danté, dont le scénario est autrement dit aussi naze que convenu.


C'est un peu gratuit et pas magnifique. Mais je peux comprendre qu'on ait envie de faire tourner ça à Anton Yelchin.

Le rôle principal est tenu par Anton Yelchin, ancien athlète russo-américain qui a dû arrêter sa carrière à cause d’une carence en muscles, et qui parvient peu à peu, de film de merde en film de merde, à se frayer un chemin dans le cinéma américain. Il interprète ici Max, un jeune geek, vendeur dans une boutique dédiée à l’horreur, casé avec Evelyn (Ashley Greene), une fille plutôt pas mal par rapport à lui mais insupportable, parce que voyez-vous elle est écolo et qu’elle se fout du cinéma bis, en gros. Blasé de partager sa vie avec elle, notre bonhomme décide de la quitter, mais le jour de la rupture, sa future ex se fait bousiller par un bus et meurt sur le bitume. Après quelques jours de deuil, Max se remet sur vié grâce à Olivia (Alexandra Daddario, célèbre pour n’avoir laissé planer aucun mystère quant à ses attributs féminins dans une scène de la série True Detective qui depuis fait les choux gras de sites spécialisés). C’est une jeune gothique sympathique, fan des grands classiques du cinéma d’horreur et de junk food. Sauf que Max et Evelyn s’étaient jurés de rester ensemble pour toujours et à jamais, devant une sorte de jouet à l’effigie du diable livré sans avoir été commandé dans la boutique de Max : un équivalent de Zoltar dans Big, sauf qu’au lieu de faire d’Anton Yelchin un adulte, ce qui aurait été sympa pour lui, le diablotin en plastique va faire d’Evelyn une zombie.


Après avoir fabriqué des chaises dans Like Crazy et conduit une bagnole en relief dans Dying of the Light, Anton Yelchin confirme son goût pour les moyens de locomotion à risque dans Burying the Ex, où il sublime la trottinette.

Et le film, qui choisit très tôt un ton de comédie (et ne jouera pas vraiment d’un choc entre le « rire » et le malaise, contrairement au récent et médiocre The Voices de Marjane Satrapi, auquel on songe parfois), déroule ainsi son petit programme sans anicroches et sans saveur. Evelyn se sait revenue d’entre les morts mais ne s'en émeut guère et entend seulement brûler la vie par les deux bouts, ce qui implique notoirement de se faire ravager au pieu aussi souvent que possible. La demoiselle était d’ailleurs déjà très chaude avant de claquer, tout comme l’autre prétendante de Max, Olivia. Les deux femmes partagent ces trois caractéristiques : elles ont de gros roberts (comme leurs noms l’indiquent, Greene porte un double E, Daddario un double D), aiment s'adonner aux plaisirs de la sexualité et ont un incompréhensible béguin pour Anton Yelchin (dont le teint blanchâtre révèle un excédent alimentaire en lactose). Ce dernier ne s’étonne pas longtemps de voir sa morte revenir frapper à sa porte, mais il rechigne tout de même à s'accoupler, car elle n’est pas de la première fraîcheur. Tout son dilemme sera de ménager les attentes d’Evelyn (qui souhaiterait le manger) et d’Olivia (itou mais in a good way).


Réveil après une scène de plumard à l'arrière d'une bagnole. Anton Yelchin est allé acheter des céréales pour accompagner son lait matinal.

Joe Dante nous a certes habitués à mieux. Mais il lorgne sur son époque, notre triste époque, et son film est plein de ce second degré qui anesthésie une bonne partie du cinéma de genre américain depuis des lustres maintenant, et qui ne fait plus sourire personne depuis longtemps. Le personnage d’Evelyn est une vraie tête à baffes, disons-le, mais on la prend en sympathie le temps d’une scène, au début du film, avant sa mort, lors de la première rencontre entre elle et Max d’un côté, et Olivia de l’autre, qui tient une sorte de bar à lait (avec des bzèzes pareils, c’était une voie toute tracée, milk-shake au lait entier directement du producteur au consommateur). Dans cette séquence, Max s’étonne de ce que sa compagne ne connaisse pas le nom de tout un tas de pseudo héros populaires, comme celui de Fruit Brute*, une mascotte de boîte de céréales américaines (équivalent du tigre docker Tony de Kellogg's©‎, du lapin Quicky de Nesquik©‎, du clébard ivrogne Pico de Chocapic©‎, ou du mariachi camé Pépito, de Belin©‎), et il doit lui expliquer tout ça devant Olivia, qui quant à elle ne connaît que ça. Jusqu’à ce qu’Evelyn s’énerve et traite Olivia de pétasse qui se croit géniale parce qu’elle vend de la daube à des gens qui ont les mêmes références culturelles moisies qu’elle. Un point pour la jobarde.


Joe Dante guinche de l'oeil vers tous les films d'horreur qu'il kiffe. Il doit aimer L'Exorciste, alors il nous envoie une bourrade amusée dans les côtes. On le regarde faire, avec un sourire poli.

Le film, à l’image de la boutique de Max et de celle d’Olivia (qui ne font plus qu’une à la fin), est un conglomérat de citations clins d’œil qui ne servent qu’à faire du coude au spectateur à intervalles réguliers dans tout ce fatras de dérision. Ils sont nombreux à bénéficier d’un petit coucou : Corman, Burton, Lewton, Romero (pape du film de zombie dont le nom apparaît sur un camion au début du film, sous la mention ô combien explicite de "Romero & Sons", avant que Max et Olivia n’aillent, beaucoup plus tard, batifoler dans un cimetière où l’on projette La Nuit des morts-vivants), et tant d’autres, à commencer par Dante lui-même, puisqu'il affirme que ce film est pour ses fans (on retrouve le vieux Dick Miller, acteur fétiche du cinéaste, dans le mini-rôle d'un vieux flic grincheux). Le problème c'est que Dante convoque tous ces blazes plus ou moins illustres et toutes ces références pour torcher une petite farce insignifiante. Dommage.


J'avais pas l'air plus frais devant le film.

* j'ai appris, en me renseignant vite fait sur ce personnage, et la mort dans l'âme, que Quentin Tarantino a conservé une boîte de ces céréales après 1983, date à laquelle on a cessé de les fabriquer, pour pouvoir citer la marque dans ses films, ce qu'il a fait à trois reprises. Maintenant que j'y pense, je crois me souvenir d'un paquet de Fruit Brute sur la table du banquet donné par DiCaprio à la fin de Django Unchained.


Burying the Ex de Joe Dante avec Anton Yelchin, Ashley Greene, Alexandra Daddario, Oliver Cooper et Dick Miller (2015)

31 juillet 2013

Massacre à la tronçonneuse 3D

Si on se réfère seulement au titre original, Texas Chainsaw, on pense qu'on va avoir affaire à l'histoire d'une tronçonneuse venant du Texas. En réalité, il s'agit bien sûr d'une nouvelle déclinaison du massacre culte de Tobe Hooper, la 7ème d'une franchise revigorée par le succès du remake sorti en 2003. Cela commence ici de façon accrocheuse puisqu'on nous propose une suite directe du film de Tobe Hooper et on démarre exactement là où il s'arrêtait. On déchante très vite lorsqu'on se rend compte que cette introduction idiote et incohérente par rapport à l'original est un simple prétexte pour faire un bond de vingt ans en avant. On se retrouve donc en 1994. Une jeune fille, devenue grande et bustée, récupérée sur les lieux du massacre dans les bras de sa mère à l'agonie, apprend, sans qu'on réussisse à comprendre comment, qu'elle est la dernière héritière de la famille Sawyer (c'est-à-dire la famille de dégénérés de l'opus original). Cet héritage comprend une immense bâtisse remplie d'argenterie ainsi qu'un sous-sol dans lequel vit reclus son cousin Leatherface. Mais ça, elle ne le sait pas encore. Ni une ni deux, désirant changer d'air car étouffée par ses parents adoptifs et un métier qui ne lui plaît pas, la jeune femme décide de prendre la route avec quelques amis en direction de cette nouvelle propriété dont elle ignore le lourd secret.




Un mot sur la reconstitution historique qu'implique le scénario situé au milieu des années 90. Tourner en 2012 un film dont l'action se déroule en 1994 implique peu d'effort mais une certaine vigilance. Il faut par exemple utiliser des véhicules d'époque et bannir toute communication simplifiée entre les individus par le biais des téléphones portables. Bien entendu, devant un tel film, on ne prête pas spécialement attention aux détails. On est même prêt à faire fi de petites incohérences peu gênantes. On remarque ici avec bonheur que les acteurs sont tous vachement bien vieillis, c'en est même bluffant. Le mini-van Volkswagen de la bande de jeunes est quant à lui tout à fait raccord. Bref, tout va bien, aucune bourde à signaler, jusqu'à ce qu'un flic, profitant de la 4G, sorte son Iphone 5 pour filmer et montrer en temps réel la visite du sous-sol où vit Leatherface à ses collègues qui, de leur côté, suivent tout ça sur une tablette tactile dernier cri ! Ça craint... Texas Chainsaw 3D se situe donc en réalité à une époque hybride, dans un univers parallèle.




On passe tout le film à espérer voir une paire de boobs, et on est relativement déçu. L'actrice principale, Alexandra Daddario, ne manque pas d'arguments, notamment deux situés entre ses épaules, à la croisée diabolique du chemin menant du menton au nombril. Lorsqu'elle court, l'actrice justifie son embauche. Lorsqu'elle se met de profil, aussi. Malheureusement, les américains ont un gros problème avec l'érotisme, puisque dans ce film, on nous montre les pires horreurs (découpage en deux à la tronçonneuse d'un type suspendu à un crochet de boucher, défonçage d'une tronche à coups de marteau, déchiquetage d'un mec dans un hachoir géant, etc), par contre, pas un seul bout de téton à l'horizon. Ce genre de parti pris contribue à me rendre mélancolique.




A une époque, on avait dans ces films du faux sang et des vrais seins. Maintenant, c'est l'inverse : ce sont des faux seins et du vrai sang. En tout cas, ça en a tout l'air.  Néanmoins, je veux croire que l'actrice principale est encore 100% naturelle, même si la pudibonderie du film m'a empêché de me faire une idée précise et arrêtée sur la question. Le nom de famille d'Alexandra Daddario la destinait dès la naissance à porter un double D. Ses seins sont capables d'étouffer n'importe quel être humain par suffocation, mais cette capacité n'est malheureusement jamais utilisée dans ce film. Un film qui, contrairement au remake de 2003, semble avoir oublié que la raison principale pour laquelle on regarde de tels slashers, c'est pour voir courir des nénettes bien gaulées et espérer apercevoir leur anatomie de manière suffisamment explicite. Au lieu de ça, on essaie régulièrement de nous faire sursauter à coup de jump scares insupportables et les personnages crèvent un à un, sans qu'on en ait jamais quelque chose à faire, dans des mises à mort sans originalité, car oui, c'est bien cela qu'on est amené à juger quand on regarde un tel film : la qualité et l'originalité des meurtres.




Texas Chainsaw 3D est ponctué de rares effets 3D qui nous rappellent les effets 3D des films "3D" des années 80. On espère donc que le sort des films 3D de notre époque rejoigne à présent le sort des films 3D des années 80. Beaucoup de D donc, dans un film obsédé par le double D de son actrice mais qui n'en fait rien, et que j'ai aussitôt dégagé de mon dd externe après me l'être fadé. Horriblement bête et moche, ce nouvel opus enfonce encore davantage la franchise et la fait plus que jamais ressembler à son personnage emblématique, Leatherface.


Massacre à la tronçonneuse 3D de John Luessenhop avec Alexandra Daddario, Dan Yeager et Scott Eastwood (2013)