
Robin Williams campe donc un prof de littérature dans un lycée tranquille de banlieue. Comme tant d'autres personnages principaux de ce genre de films indé ricain, il est également un écrivain raté, en panne d'inspiration, qui n'a jamais connu le succès. Son morne quotidien est fait de désillusions systématiques et d'humiliations intériorisées. Celui-ci nous est présenté durant les vingt premières minutes de ce film, qui sont de loin les plus agréables, et où l'on assiste, assez tétanisés, aux premiers accrochages verbaux avec son fils, cet infâme adolescent à problèmes, affreusement crédible et obsédé sexuel de son état, que Robin Williams surprend dès la première scène en train de se masturber de la même façon que le regretté David Carradine, une cravate très solidement nouée autour du cou, plongé dans le noir, le regard fixé à l'écran de son ordinateur. Lors de cette introduction rondement menée, nous découvrons ensuite que Robin Williams s'envoie la MILF de son lycée (Alexie Gilmore, plutôt charmante), l'une de ses collègues, et qu'ils ont entre eux des petits jeux assez comiques. Son bonheur est toutefois loin d'être total puisque la jeune dame ne souhaite pas rendre publique leur relation pour un motif bien peu valable, ce qui, très tôt, en dit assez long sur la confiance que l'on peut accorder à ce personnage versatile dans l'entreprise qui devra nécessairement mener notre si charismatique héros vers le plein épanouissement.
Dans cette même optique, Robin Williams ne pourra donc pas compter sur son fils, incarné par un acteur prometteur (Daryl Sabara) qui trouvait peut-être là le rôle de sa vie et auquel j'attribue sans hésitation le mérite de parfaitement nous communiquer tout le plaisir qu'il prend à débiter les horreurs que le réalisateur-scénariste survolté a inventées pour son personnage. Les échanges entre lui et Robin Williams offrent des passages très savoureux, pour la plupart immortalisés par quelques fins limiers sur Youtube. Ces scènes y sont pour beaucoup dans la petite réputation appréciable que se taille progressivement le film, diffusée par les rares spectateurs qui s'y sont risqués. La meilleure est sans doute celle où Robin Williams, légèrement stone après s'être régalé d'un joint sur son balcon, va voir son fils dans sa chambre et lui demande, assis sur son lit, un sourire bienveillant collé au visage, ce qu'il aimerait faire comme sortie ou activité en sa compagnie le lendemain. Après quelques boutades amusantes, son ado de fils finit par lui répondre qu'il aimerait tout simplement passer la journée à regarder des culs et des vagins. Robin Williams réagit alors d'une superbe façon, riant à la vulgarité outrancière de son gosse, dans un instant de complicité miraculeux et d'un naturel désarmant. En tant que fan de l'acteur, on ne peut que se repasser cette scène une paire de fois, pour mieux goûter sa drôlerie et mesurer tout son talent comique, encore intact.
La seconde partie du film, consécutive à la mort accidentelle de l'adolescent, propose nettement moins de moments délectables de cet acabit. Le film prend alors une tournure bien plus laborieuse et attendue. Il se traîne un peu et tombe hélas beaucoup plus régulièrement dans les très gênants petits travers du cinéma "indie" américain actuel, alors que jusque-là, nous passions sans souci l'éponge sur quelques musiques un peu trop présentes. Nous avons ainsi droit à des interludes musicaux autrement plus lourds et dont on se serait fort bien passés, durant lesquels la mise en scène s'essaie aussi à quelques effets faciles assez lassants. Cette conclusion, forcément difficile étant donné la voie sans issue vers laquelle le film s'était engouffré à partir grosso modo de la soixantième minute, offre heureusement un sort très satisfaisant à notre acteur fétiche : nous le voyons, au ralenti, courir tout sourire dans les couloirs de son bahut, retirer chemise, pantalon et caleçon, dans un élan prodigieux, pour finir, nu comme un ver, par risquer un plongeon terrible dans la piscine couverte du gymnase. Le film se termine ainsi sur une bonne note, et malgré ses vilains défauts, d'autant plus frappants après un commencement mené tambour battant, il faut tout de même reconnaître qu'en plus de parvenir à être plusieurs fois réellement marrant, ce World's Greatest Dad sait parfois faire preuve d'une audace très surprenante et trop rarement de mise dans les comédies américaines du moment ; en cela, il s'agit d'un film que l'on peut très bien saluer.
World's Greatest Dad de Bobcat Goldthwait avec Robin Williams, Morgan Murphy, Daryl Sabara et Henry Simmons (2009)