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22 septembre 2019

Une Intime conviction

Pour son premier long métrage, le réalisateur Antoine Raimbault s'est intéressé à l'affaire Suzanne Viguier, une disparition non élucidée qui donna lieu à deux procès, en 2009 et 2010, ayant à chaque fois abouti à l'acquittement du mari de la disparue, Jacques Viguier, soupçonné sans preuve solide à l'appui. Plus particulièrement, le cinéaste dépeint l'obsession d'une femme, Nora, personnage fictif, incarnée par Marina Foïs, jurée lors du premier procès et bien déterminée à démontrer l'innocence de l'accusé. Cuisinière de son état et mère célibataire d'un garçon d'une dizaine d'années, Nora va sacrifier vie professionnelle et familiale pour s'impliquer à fond dans le deuxième procès, en réussissant d'abord à convaincre l'avocat Eric Dupond-Moretti, joué par Olivier Gourmet, de défendre Jacques Viguier, quant à lui campé par Laurent Lucas. Sur un rythme soutenu et sans temps mort, nous suivons le combat clandestin de Nora dans sa quête de justice qui vire progressivement à l'obsession pure et dure. Proposant son aide à l'avocat, celui-ci n'hésite pas à la solliciter et à s'appuyer essentiellement sur ses trouvailles, réalisées au cours de ses longues écoutes d'enregistrements téléphoniques, mais leur travail en tandem ne se fera pas sans accrocs...





Antoine Raimbault parvient rapidement à nous captiver pour cette histoire, sans jamais user des viles ficelles d'émissions de télé racoleuses consacrées à ce type d'affaires judiciaires. Nous collons aux basques de Nora, nous sommes entraînés par son énergie et sa détermination hors norme. La mise en scène est simple et sans chichi, elle se consacre à l'essentiel et a surtout le grand mérite de ne pas tomber dans cet autre piège qui tendait les bras au réalisateur : une reconstitution par flashbacks des événements antérieurs marquants de cette affaire, comme le jour de la fameuse disparition ou le verdict du premier procès, qui aurait forcément nuit au dynamisme du récit. Le cinéaste fait preuve d'une certaine intelligence en donnant tout l'espace nécessaire à la parole et à ses acteurs, tous en grande forme.





On a rarement vu Marina Foïs aussi convaincante, on oublie complètement ses autres rôles et on ne voit qu'une bonne femme résolue, totalement absorbée par son enquête, prête à se mettre en danger pour que la vérité fasse jour, quitte à basculer dans le fantasme et à finir par désigner un autre coupable trop facilement. Face à elle, Olivier Gourmet est impressionnant, notamment lors de scènes de plaidoiries très réussies où nous sommes littéralement pendus à ses lèvres. Eric Dupond-Moretti peut se sentir sacrément honoré d'avoir été ainsi représenté à l'écran. Dans un rôle diamétralement opposé puisqu'il doit avoir trois petites lignes de dialogues en tout et pour tout, Laurent Lucas est impeccable, sa présence, son attitude, son regard trouble et perdu ont quelque chose de fascinant, d'insaisissable, tout ce qu'il fallait pour interpréter un tel personnage.





On suit tout ça avec entrain et on en ressort agréablement surpris d'avoir vu un film de procès français à l'efficacité indéniable. Après coup, on s'interrogera toutefois sur certains aspects du scénario, dont la morale n'est peut-être pas tout à fait irréprochable quand il jette le doute sur le personnage de l'amant à travers les conclusions d'une Nora devenue trop excessive et qui sera d'ailleurs violemment recadrée par Dupond-Moretti. On peut également se demander quel est l'intérêt d'avoir absolument voulu fabriquer un lien entre Nora et l'accusé, par l'intermédiaire du personnage de la jeune nounou, fille de Jacques Viguier. Ça ne sert pas à grand chose, le désir de justice du personnage principal paraissant avant tout gratuit, chevillé au corps suite à son implication dans le premier procès. Ces détails un peu gênants sont évidemment liés à la difficulté inhérente à l'adaptation d'une affaire judiciaire réelle, qui plus est récente, et aux écueils d'autant plus nombreux que cela induit. Par ailleurs, Antoine Raimbault s'en sort plutôt avec les honneurs et si son premier film ne marquera peut-être pas l'année cinématographique, il offre un regard assez intéressant sur les coulisses de la justice et nous maintient en haleine de bout en bout. 


Une Intime conviction d'Antoine Raimbault avec Marina Foïs, Olivier Gourmet et Laurent Lucas (2019)

26 avril 2019

Le Grand bain

Nous accueillons un vieil habitué en la personne de Joe G. qui va nous faire part de son opinion sur le film de Lellouche :

Passons outre deux choses sans quoi on ne pourra pas commencer dignement la critique de ce film de zlop de bain (underpants flick). Premièrement, passons outre notre désamour pour les films de potes réalisés par l'un desdits potes qui sont des "stars", surtout quand Canet (le chantre français du genre) est de la partie, et que Lellouche (le chantre français de que. dalle.) est aux manettes. Oublions ça. Et puis oublions au passage que c'est un film sur la dépression et les connards parce que si on commence une critique de film en disant "encore un de ces films qui tournent autour de dépressifs qui sont des connards ou qui sont entourés de connards", on n'ira pas loin. L'époque veut, c'est-à-dire que des connards dépressifs en charge des scénarii, de la mise en scène et du financement d'une bonne partie du cinéma occidental veulent que nous bouffions à tous les rateliers de cet imaginaire moite comme un cul merdeux. Si ces gens ne cherchent sans doute pas, en nous montrant des gens qui se détestent et qui détestent les autres, à nous dire que la fin du monde est proche, quelque part ils nous poussent à l'espérer. Marre. Mais passons outre, faisons fi, laissons pisser, là n'est pas le sujet. Enfin si, le sujet du film c'est bien la dépression et les connards. Mais creusons un brin.




En mettant des lunettes noires un brin déformantes et avec beaucoup d'imagination, on pourrait penser que Le Grand Bain est un film sur le sport, et plus précisément un représentant de la sous-catégorie "partis de nulle part on va épater la gallerie", dans la lignée des Rasta Rockett, Rocky et autres The Karate Kid. C'est ainsi que l'on voit cette équipe de mecs plutôt quarante voire cinquantenaires bedonnants, dépressifs, connards, voire juste un peu cons sur les bords, menés par une entraîneuse alcoolique, finir par décrocher une médaille d'or mondiale grâce à une paraplégique et quelques male stunts bien gaulés pour sortir les panards de l'eau tout de même. Schéma classique avec des moments où rien ne va plus, mais finalement si, et à la fin on crie victoire devant le soleil couchant (levant ? je ne sais plus, peu importe). Et c'est là que je voudrais apporter une note de cynisme devant ces feel good moments si attendus. Ce qui me lourde avec ces films, et particulièrement avec celui-ci (qui est très mauvais), c'est combien ils charrient (le sachant ou ne le sachant pas) un imaginaire débectant qu'il va bien falloir qualifier de "capitaliste".




C'est toujours pareil : ces types sont des "ratés", qui cherchent à "réussir leur vie", en "accomplissant" quelque chose, qui va consister évidemment à "gagner" l'or, en battant d'autres types parce qu'ils se seront "dépassés"... Mais arrêtez un peu de nous casser les couilles enfin ! Ce dont Lellouche ne se rend même pas compte, c'est que c'est bien parce que ses personnages (= lui et ses potes) sont englués dans cet imaginaire-là qu'ils sont dépressifs... Et que leur seule échappatoire est forcément furtive, et qu'elle ne peut résider que dans la compétition en vue de la conquête éphémère d'une victoire inutile. Parce qu'une fois qu'on a gagné de l'or, on fait quoi ? On retourne à sa vie "de merde" ? Une fois qu'on a pris le temps de baiser triomphalement sa femme (pauvre Marina Foïs) ou de pérorer devant d'autres connards (pauvre Philippe Katerine), on va retourner à sa routine auto-alimentée de "gros naze". Et soit on cherchera à accumuler plus d'or, soit on finira par se tirer une balle. C'est la définition du capitalisme. Ces ignominiesques films de réussite (american way of flicks) font partie de l'arsenal avec lequel on convainc les gens de la nullité de leurs vies, avec force bons sentiments, force camaraderie (en général ce sont des buddy flicks) et force soft brainwashing. Ce qui me conduit à un doigt d'honneur final.


Le Grand bain de Gilles Lellouche avec Guillaume Canet, Philippe Katerine, Virginie Efira, Marina Foïs (2018)

4 mai 2014

100% cachemire

Tout le monde en France ou presque a toujours adoré, voire vénéré, Valérie Lemercier. En regardant son dernier film j’ai tout de même fini par me demander pourquoi. Il paraît qu’elle est formidable sur scène, mais en ce qui me concerne je ne l’y ai jamais vue (elle refuse d’ailleurs toute captation de ses spectacles). J’imagine que je ne suis pas le seul pour qui ses performances scéniques restent plus ou moins une légende. Donc l’espèce de sympathie universelle et inconditionnelle dont elle jouit tient finalement de ses frasques sur petite lucarne, quelques sketches de Palace, des apparitions mémorables chez les Nuls et une paire de moments drôles venus nous dérider lors de nos infâmes cérémonies des Césars annuelles (songeons à la parodie de Rabbi Jacob, déjà trop vue, ou à celle du Petit Nicolas, transformé en Petit Nikomouk). Au cinéma, les années 90 qui l'on vue naître lui ont plus ou moins réussi, avec L’Opération Corned-Beef et surtout Les Visiteurs. Mais depuis, et après son "grand" rôle dramatique dans Vendredi soir de Claire Denis, hormis le passable L’Invité, on ne compte plus les horreurs dans lesquelles elle a tourné (et qu'elle a parfois écrites et réalisées), de Palais Royal ! au Héros de la famille en passant par Fauteuils d’orchestre, d’Agathe Cléry à L’amour dure trois ans en ne passant surtout pas par Bienvenue à bord ou d’Astérix et Obélix : Au service de sa majesté à Main dans la main pour finir par 100% cachemire.


Un gag par scène : ici Valérie Lemercier reçoit une louche de purée sur le nez. Dans une autre scène, qui se passe dans un zoo, elle tombe dans le bassin des otaries. Et je pourrais continuer comme ça sur dix lignes au moins, ça vous donnerait le scénar officiel du film.

Pas forcément simple, pour une actrice comique de son genre, de trouver des rôles à sa mesure dans le marasme de la comédie française telle qu’elle se pratique depuis plus de quinze ans maintenant, me direz-vous. Mais quand Lemercier est aux manettes de son propre naufrage, quand elle écrit elle-même le scénario de sa déchéance, plus d’excuses. Et 100% cachemire est une pure infection, qu’on se le dise. Étalage involontaire d’un amour propre démesuré chez notre actrice-réalisatrice, film mal écrit, mal filmé, à peine joué et atrocement mal monté (qui voudrait comptabiliser les temps vides malaisants et les raccords mal foutus qui jalonnent cette horreur ?), ce navet d’envergure oublie même, c’est bien le pire, de nous faire marrer ne serait-ce qu’une fois, par hasard... Mais en fait si, il y a pire : tous les personnages (à l'exception du gamin, qui n'est qu'un triste faire-valoir) sont non seulement des clichés sur pattes mais des raclures finies, à commencer par la connasse qu’interprète Lemercier, directrice hautaine et superficielle d’une revue féminine à la con, femme adultère bourrée aux as et hystérique, elle est notamment prête à réexpédier son nouveau fils russe chèrement payé dans son pays natal pour ne plus avoir à s’en occuper, et ce sans rien dire à personne, pas même à son mari, interprété par l’increvable Gilles Lellouche, qui lui aussi la trompe à longueur de journée, quand il ne gifle pas sa petite sœur ou n'insulte pas sa mère. Sans oublier la collègue de Lemercier, mal jouée (est-il besoin de le préciser...) par Marina Foïs, arriviste et traitre, ou la mère juive de Lellouche, grande bourgeoise raciste imbuvable à deux doigts de buter le chien de la famille en faisant preuve d’une connerie à toute épreuve.


Si ce tablier ne vous fait pas pisser de rire, c'est mort.

Tous ces personnages ne sont absolument pas aimés par leur auteure, et ne sont donc jamais aimables pour le spectateur, mais, bizarrement, Lemercier semble somme toute les pardonner, en tout cas faire avec, sans trop se poser de questions. S'inspirant d'une histoire vraie (celle donc d'une mère qui, après avoir adopté un petit Russe, a décidé de le renvoyer au bercail), elle a en tout légitimité voulu écrire des personnages bien tartinés, des caricatures pures et dures, histoire de faire son beurre comique sur leur dos, mais, ayant probablement plaqué sur ces figures une part de soi (notamment un rapport disons particulier à la maternité, elle en a causé des tas de fois à la TV), Lemercier a dû finir par prendre ses victimes en compassion et par se retrouver dans une stricte impasse. L'issue de secours, qui ne peut pas en être une, a consisté à filmer toutes ces enflures, qui s’en prennent durant tout le film à d’autres enflures (la nounou libidineuse et violente, la maffia des services sociaux, le voisin versaillais ex-collabo, etc.), sans aller suffisamment loin pour faire rire, dans un film d’une bêtise et d’une laideur à tout rompre. Tout ça pour finalement nous montrer son petit cercle familial de pacotille tout-a-trac réconcilié, dansant et tournoyant au ralenti sur de la musique russe de bon aloi en plein réveillon de Noël. C'est sans doute la dernière chose qu’on pouvait attendre de Lemercier, et 100% cachemerde a de quoi faire largement relativiser toute la sympathie qu’on pouvait jadis avoir pour feu Lady Palace.


100% cachemire de Valérie Lemercier, avec Valérie Lemercier et Gilles Lellouche (2013)

12 août 2012

Detachment

Quand, à la fin de l'année, viendra l'heure des bilans et qu'il me faudra choisir parmi les pires films vus en 2012, j'hésiterai longuement, comme toujours. J'hésiterai en me demandant quel est le film dont il faut à nouveau rappeler toute la nullité et quel est le réalisateur qui mérite le plus qu'on lui tape encore dessus. Je penserai d'abord à des petits pets dans la brume comme After.Life ou L'Amour dure trois ans, mais, bien conscient que ces choix très consensuels ne choqueraient personne, je renoncerai assez vite à les citer, regrettant tout de même de ne pas saisir l'occasion de dire encore une fois tout le mal que je pense du dénommé Frédéric Beigbeder et de toute sa petite bande. Je songerai ensuite à Un Heureux évènement, puis je serai dégouté de voir qu'il est sorti fin 2011. A la recherche du vrai film de merde ultime, ma pensée s'orientera alors vers ceux que j'aurai jugés les plus dignes de tout mon mépris. Je penserai donc aux plus détestables, aux plus dangereux, aux plus affreux longs métrages subis durant l'année civile. Et là, à coup sûr, le très douloureux souvenir de Detachment m'apparaîtra comme une évidence, de la même façon que Polisse s'était imposé à moi comme la pire saloperie sortie sur grand écran au cours de l'an de grâce 2011. Mais vous verrez, ces deux films partagent plus d'un point commun... 
 
 
Réalisateur de clips musicaux, de publicités et de documentaires, Tony Kaye a cru juger bon de mêler tous ces styles dans un même film. Le résultat est une bouillie des plus infâmes que l'on regarde béatement comme fasciné par tant de laideur et de bêtise. Detachment, c'est 100 minutes tout rond, pas une de plus ni une de moins, de viol oculaire et de harcèlement cérébral. Mes mots sont brutaux, certes, mais le film l'est bien plus, croyez-moi. Tony Kaye ne nous lâche pas une seconde. Dès le générique d'ouverture, dont vous trouverez des copies un peu plus soignées sur Deviantart ou Viméo, le réalisateur nous prend dans son étau pour ne nous en libérer qu'à l'apparition tant espérée de l'écran noir final. Avant cela, Kaye consacre son temps à nous essorer, à nous presser, comme si son objectif numéro un était de nous vider de tous nos espoirs et de toute notre foi en l'être humain. Après avoir vu son film, on se dit qu'il n'y a rien à faire, que tout est perdu. Le récit dégueulasse qu'il nous offre de l'expérience de Henry Barthes (Adrien Brody), ce prof remplaçant assigné pendant trois semaines dans un lycée difficile de la banlieue new-yorkaise, agit comme un coup de massue fatal, directement porté à notre envie de vivre et à nos convictions humanistes. Je ne déteste rien de plus que ces films qui veulent dresser le portrait alarmant d'un système, d'un milieu, d'une société, sans offrir la moindre espérance, comme s'il s'agissait d'un état de fait irrévocable, et en utilisant les plus infâmes et tristement efficaces procédés, ceux-là même qui coulent notre monde et anéantissent toute envie d'agir. Un bon coup dans la fourmilière, ça a parfois du bon, mais y aller au bazooka, c'est pas super malin. Il faut penser aux dommages collatéraux. Faut-il être un dangereux malade pour consacrer au moins six mois de sa vie à la conception d'un film qui s'échine à vouloir nous dire que rien ne va plus. N'y a-t-il pas eu une seule journée de tournage où Tony Kaye s'est levé du bon pied, avec la banane et l'envie de nous offrir une petite éclaircie au milieu du nuage cafardeux et pollué d'idées noires qu'est son film ignoble ? Il faut croire que non... En ce qui me concerne, il y a bien des matins où je ne suis pas d'humeur, mais cela ne dure pas, et un petit mug de Benco me remet bien vite d'aplomb, sur les rails, dans le sens de la marche. Aux gens qui se sentent si mal dans leur peau et dans leur monde, on devrait interdire d'infliger aux autres et d'une façon si sournoise un aperçu morbide de leur dépression totale, sans rémission possible. 
 
 
Revenons à présent au rapprochement annoncé. Tony Kaye partage avec Maïwenn un même manque de pudeur et de subtilité. Que dis-je, ils ont comme particularité commune une extrême vulgarité, une lourdeur à toute épreuve et sans égale. Ce sont deux marteau-piqueurs humains, prêts à vous enfoncer n'importe quoi dans le crâne. Si j'étais le dictateur fasciste d'un pays mis à ma botte et qu'il me fallait choisir deux réalisateurs afin de mettre en image des clips de propagande efficaces pour embrigader les esprits, je choisirais sans hésitation cette paire diabolique, ces jumeaux d'épouvante que sont Maïwenn et Tony. Ils feraient un travail excellent, probant, j'en suis persuadé ! Si leurs deux films s'affrontaient aux jeux olympiques de la connerie, j'aurais bien dû mal à décerner la médaille d'or et le combat ferait rage jusqu'à la dernière seconde. Mais comme je suis un peu chauvin, je finirais forcément par l'attribuer à Polisse. Cocorico ! La française Maïwenn devance tout de même assez largement l'américain Tony Kaye en termes de vulgarité, de racolage et de bassesse. Mais qu'elle se méfie, l'autre doit prendre des produits dopants et apprendre auprès des plus grands, car sans bruit, dans son coin, il a produit une performance assez étonnante qui aurait d'ailleurs mérité une couverture médiatique au moins comparable à celle qui fut en son temps réservée à l'exploit de Maïwenn. Quoique, American History X promettait déjà de belles choses... Mais lâchons les JO et revenons à ces deux films. Dans les deux cas, on louche très fort vers le documentaire, le témoignage filmé, on s'amuse des frontières entre fiction et réalité, on en fait fi et l'on joue dangereusement avec, pour mieux captiver le spectateur, forcément tétanisé face à un tel spectacle ne proposant aucune mise à distance et toujours mené à un rythme tel qu'il ne permet même pas de reprendre son souffle entre deux scènes chocs où les larmes, les cris, les coups, bref, la violence, éclate à l'écran sans retenue. J'avais l'estomac retourné devant ces films, mais les yeux rivés sur mon écran, comme ensorcelé par un gourou employant les plus abjectes techniques d'hypnose. Dans Detachment, Adrien Brody apparaît régulièrement filmé en gros plan, éclairé comme le sont les intervenants dans ces émissions télévisées racoleuses telles que Faites entrer l'accusé, lors de brefs intermèdes où il se livre, seul face à la caméra. L'acteur, à son meilleur, témoigne alors de son expérience dans ce maudit lycée où il a assuré le remplacement d'un prof de littérature. Il fait toujours preuve d'un petit humour décalé, détaché, désespéré, tournant en dérision la situation qu'il a vécue, comme pour mieux la supporter à nouveau quand il nous en reparle. Ces petits apartés calamiteux enrobent le film de la plus abominable manière. A ce niveau-là, ce n'est même pas une faute de goût, puisque le film n'est que ça, c'est une véritable agression de l'ensemble de nos sens et de notre intellect par un homme irresponsable, à tenir éloigné des plateaux à tout jamais, j'ai nommé Tony Kaye.
 
 
Plus évident encore, Polisse et Detachment sont tristement à rapprocher pour leurs sujets ultra faciles et leur penchant à utiliser le malheur des plus jeunes, ici les adolescents en crise, comme un prétexte non pas, cette fois-ci, pour se grandir et s'auto-congratuler, bien que cela soit aussi parfois le cas, mais avant tout pour se morfondre et se complaire dans un pessimisme total, sans échappatoire possible, si écrasant qu'il perd toute espèce de crédibilité. En outre, les films de Tony et Maïwenn sont tous deux remplis de maladresses terribles qui les font atteindre des sommets de ridicule, lors de scènes grandiloquentes qui se croient pourtant tout à fait géniales et extrêmement émouvantes. Deux suicides abjects viennent clore ainsi chacun des films et en sont les meilleures illustrations. Ils sont censés serrer les gorges des spectateurs, leur rabattre le clapet et leur nouer l'intestin une bonne fois pour toutes, comme si tout ce qui précédait n'avait pas suffi. Seul un éclat de rire pourra alors sortir de la bouche des plus détachés, des plus imperméables à tant d'horreur et d'ignominie. Pour ma part, c'est un gros soupir d'exaspération qui s'est emparé de moi lors de la conclusion risible de ce climax lamentable, où une lycéenne obèse, reine de la mise en scène, s'empoisonne devant tout le monde lors du goûter de fin d'année en ingurgitant un muffin décoré d'un smiley tristounet (je n'invente rien !). Des moments qui se veulent un peu légers ponctuent également les deux films. Vous vous rappelez que la musique de L'Île aux enfants ouvrait le film de Maïwenn. Au même moment, nous avons ici droit à un générique animé tout à fait insupportable, entrant en décalage avec le ton globalement ultra plombant et austère du film. Ce n'est pas tout, un petit interlude grotesque nous montre aussi la vie rêvée d'un personnage détestable (mais que nous ne détestons pas moins que son créateur !) de professeur haï de tous : des petits vignettes colorées nous le montrent rentrer chez lui triomphant et se faire cajoler par sa femme, pleine d'amour. Là encore, on fait dans la légèreté, l'ironie habile. On est simplement atterré de voir ça. Maïwenn ne faisait pas preuve de beaucoup plus de finesse lorsqu'elle tentait de décontracter faussement l'atmosphère en tournoyant un quart d'heure autour de Joey Starr sur le dancefloor ou en faisant se trémousser les enfants d'une communauté Rom sur un air techno. 
 
 
Aussi, les deux films sont autant de prétextes pour quelques performances d'acteurs de haut vol. Nous avons évidemment droit à une scène où Adrien Brody parvient avec brio à captiver toute sa classe, pourtant constituée d'éléments très difficiles qui, lors du premier cours, n'hésitèrent pas à insulter sa maman en le regardant droit dans les yeux, se tenant debout face à lui, à quelques centimètres - plein de courage et de sang froid, l'acteur trouvait alors l'occasion d'étaler toute sa répartie. Adrien Brody donne un cours réellement passionnant sur La Chute de la Maison Usher, il réussit à intéresser tous les élèves, sans exception, à la nouvelle de Poe, en débitant les pires évidences avec le talent et l'aisance du plus efficace orateur. Tout le CV de Brody semble apparaître alors à l'écran. Les cours de théâtre qu'il suit assidument depuis le début de son adolescence sont d'un seul coup justifiés et mis en application face à nous. Le corps de l'acteur prend l'apparence d'une brochure pour l'Actor's Studio qui se déplierait maladroitement sous nos yeux, dans un bruit assourdissant de papier froissé. L'Oscar n'est pas loin. Une petite nomination aurait été la moindre des choses si le film avait eu la chic idée de sortir pendant les fêtes de Noël, seule période où s'effectue la sélection pour cette grande compétition ridicule dont on a voulu nous faire avaler l'immense prestige l'an passé, quand The Artist était sur le point de tout rafler. Il s'agit donc là d'une scène conçue pour placer l'acteur sur un piédestal, sans doute un vrai régal pour un comédien, à l'image des interludes-témoignages. Rappelons que le film de Maïwenn est également rempli de scènes d'engueulades ou de mises à nu qui doivent représenter du pain béni pour des comédiens dont on n'oublie jamais de saluer les performances. Adrien Brody, tout comme Marina Foïs et Karin Viard, a eu droit aux plus beaux compliments. Moi, devant ça, j'ai simplement envie de supplier Brody de retourner s'amuser dans des séries b minables où il peut faire le mariole en affrontant des Predators à mains nues et empocher le pactole. 
 
 
Adrien Brody n'est évidemment pas le seul à profiter de toutes ces belles opportunités. Lucy Liu, James Caan, Christina Hendricks et Marcy Gay Harden nous proposent chacun leur tour leurs petits numéros, comme des petits animaux de foire bien élevés, polis, rêvant déjà de leurs récompenses : un bon mot, un sucre ou une tape sur le flanc. A ce petit jeu pitoyable, il faut bien reconnaître que l'ancêtre James Caan s'en tire à merveille, il nous offre la scène la plus caustique du film lorsqu'il implore une lycéenne très légèrement vêtue de bien vouloir enfiler au moins un soutien-gorge. Bien sûr, on n'en voudra pas à l'acteur, lui qui nous a tant séduit à l'époque où il avait encore tous ses neurones pour choisir ses rôles. Lucy Liu est facilement la plus exaspérante, on ne croit à aucun de ses mots, bien que Marcy Gay Harden ne soit pas loin. A la différence de sa collègue aux yeux d'orientale, Marcy Gay Harden a le défaut de ne pas surprendre une seule seconde dans ce rôle de femme à bout de nerfs qu'elle a déjà endossé une demi-centaine de fois. Quant à la débutante Christina Hendricks, j'avoue qu'elle m'a d'abord assez agréablement surpris, se montrant notamment plus charmante que je ne l'avais jamais vue, elle qui est d'ordinaire si vulgaire (une vulgarité crasse dont Nicolas Winding Refn s'était d'ailleurs ouvertement moqué). Mais lors du dernier tiers du film, son personnage se met à agir de façon totalement invraisemblable et l'actrice paraît alors bien incapable de donner un peu de crédibilité aux situations lamentables dans lesquelles la pousse son réalisateur et scénariste. A sa décharge, je pense que strictement personne n'aurait pu y parvenir. 
 
 
Je finirai cette critique en vous offrant un petit aperçu de ce que nous propose ce film. Assez tôt, Adrien Brody prend pitié pour une jeune prostituée, largement mineure, qu'il croise régulièrement sur le trajet qui le mène à son appartement. Après l'avoir secouée en la traitant de tous les noms, sans succès, il finit par sympathiser avec elle et lui permet même de vivre quelques temps sous son toit. La jeune fille a l'entre-jambe constellée de cicatrices plus ou moins fraîches, des blessures bien moches. A-t-elle déjà été violée au couteau par quelque détraqué ? C'est ce que l'on peut aisément s'imaginer à la vue des gros plans inqualifiables de Tony Kaye. Le premier jour passé à l'appartement de Brody suite à son aimable invitation, la jeune catin le consacre très intelligemment à recevoir des clients. On la devine en train de tailler des pipes sur le canapé de Brody, pour se faire un peu d'argent. Naturellement, Brody n'est pas vraiment jouasse quand il rentre du boulot et la découvre à quatre pattes dans son salon. Vous imaginez un peu la scène ? Detachment n'est qu'une succession de scènes désarmantes de ce genre-là. Et je préfère ne pas vous parler de toutes celles où Brody, dont la vie n'est décidément pas rose, se rend à l'hôpital, au chevet de son père gravement malade, en phase terminale d'un cancer, dans un état de décrépitude psychologique tel qu'il lui fait affirmer des choses très blessantes au sujet de feu son épouse, la mère de Brody, disparue alors qu'il n'était qu'enfant dans d'affreuses circonstances (alcoolique, elle s'est suicidée, et nous revoyons ce moment en Super 8, peut-être pour qu'il soit plus joli, que sais-je...). 
 
 
Tony Kaye, je ne t'apprécie pas, et je n'ai pas beaucoup aimé ton film, mais j'espère sincèrement que tu es plus gâté au quotidien que ne le laisse supposer ton odieux rejeton. Si j'avais quelques euros à jeter par la fenêtre, j'adorerais t'offrir une smartbox pour te donner la possibilité de passer un beau séjour dans une contrée paisible, éloignée de ta morne vie new-yorkaise, à la seule condition que tu n'emportes pas de caméra dans tes bagages. Cela te ferait certainement du bien. 
 
 
Detachment de Tony Kaye avec Adrien Brody, Lucy Liu, Christina Hendricks, James Caan et Marcy Gay Harden (2012)

18 mars 2012

Café de Flore

Café de Flore, vainqueur du César 2012 dans la catégorie de l'affiche la plus pourrave du monde, n'est pas le biopic attendu de Sartre et Beauvoir, mais le portrait d'une femme misérable contrainte d'élever son enfant handicapé toute seule. Je n'ai pas vu ce film mais comme je suis absolument certain que je ne le verrai jamais je peux cramer une cartouche en ne le considérant qu'à l'aune de ce qu'en ont dit ceux qui l'ont fait dans une campagne de publicité acharnée. Avec un peu de malchance vous avez vous aussi assisté à l'une des mille séances de promo de ce film social, à l'occasion desquelles - car c'est manifestement la seule chose qu'il y avait à dire sur l’œuvre - réalisateur et comédienne n'ont eu de cesse de clamer haut et fort que l'enjeu du projet tenait dans cette gageure : rendre Vanessa Paradis assez laide pour incarner une femme du peuple, une femme pauvre, en difficulté. Vous les avez entendu comme moi : "Il fallait à tout prix que Vanessa puisse sembler laide !"



Quel mépris des pauvres gens, des "sans dents", qui n'auront jamais l’incomparable beauté de Vanessa Paradis, laquelle, à mon avis, a tout à fait sa place dans la file d'une caisse surchargée du vieux LIDL affreux où je fais mes courses quand je suis au pain sec, quand je suis sur la paille, à payole. Je n'en dirai pas plus, c'est triste et moche ces propos. Triste et moche.



Si quand même ! Qui sont ces gens, Vanessa Paradis et le réalisateur du film (je n'ai pas envie de citer son nom et je l’appellerai donc désormais C.R.A.Z.Y., du titre de son film précédent, vanté par l'affiche du film), qui s'enorgueillissent d'avoir su rendre "laide" une actrice si sublime pour jouer une femme pauvre, affirmant que les gens qui contrairement à eux ne pètent pas dans la soie sont forcément des gens laids ? Qui faut-il être pour déballer de telles insanités sur toutes les télés et dans tous les journaux en toute tranquillité ? (à partir de là j'arrête de vous poser des questions, promis). Après Foïs et Viard qui prenaient manifestement leur pied à jouer des ploucs vulgaires et criardes habillées chez H&M et coiffées avec leurs propre gaz de schiste dans Polisse, voici Vanessa Paradis qui se vante d'avoir osé essayer de s'enlaidir avec les plus grandes difficultés du monde, mission quasiment impossible tant elle est magnifique quoi qu'elle fasse, pour parvenir à être crédible dans la peau d'une femme qui lutte pour s'en sortir, d'une femme normale en fait. Si Dieu existe je le supplie séance tenante de virer sur le champ et à tout jamais ces gens-là, Vanessa Valparaiso, Jean-Marc C.R.A.Z.Y. et consorts de nos télés et, surtout, par pitié, de nos écrans de ciné.


Café de Flore de Jean-Marc Vallée avec Vanessa Paradis (2012)

27 janvier 2012

Polisse

Comme Valérie Donzelli, Maïwenn est sur un petit nuage, au sommet des charts du box office français et en course pour les Césars. L'une a failli perdre son fils, l'autre a eu une enfance merdique, et toutes les deux prennent leur revanche sur la vie, sauf que c'est nous qui payons les pots cassés alors qu'on a rien fait ! Comment les professionnels de la profession et les critiques de presse ont-ils pu être éblouis par Polisse ?... A moins qu'il ne nous ait directement pris à rebrousse poil et qu'on ait été agité par une haine nerveuse devant chaque scène du film - ce qui reste la réaction la plus saine face à un tel spectacle, haïssable en soi - on ressort de Polisse avec les grosses boules, certes, mais en reconnaissant timidement au film une qualité. Une fausse qualité en réalité, car on se dit, naïvement : "C'est tout de même prenant, aucune chance de s'endormir et on est parfois comme emporté malgré nous par l'énergie condensée dans les saynètes successives". Mais c'est un leurre, un piège à cons. L'énergie excessive et peut-être naturelle déployée par Maïween tourne à vide, ou disons qu'elle tourne mal. La "réalisatrice" ne donne pas un rythme rapide et intéressant à son film par une gestion intelligente et sensible du temps cinématographique, elle se contente de filmer assez maladroitement des scènes qui seraient tout aussi captivantes sur le papier, puisqu'elles sont foncièrement tétanisantes, et de couper lesdites scènes déjà courtes avec une régularité de métronome qui prévient forcément tout ennui.




On serait tout autant scotché par un épisode sulfureux et racoleur de Zone Interdite, au mieux, par un reportage de télé-réalité "choc" comme en diffusent toute la journée les W9, TMC et autres NRJ12 qui pourrissent nos antennes, au pire. Avec des faits divers répugnants et des prises de bec à grands renfort de hurlements, n'importe qui se laisse bêtement "captiver" et surtout n'importe qui peut captiver son public... La mise en scène de Maïwenn est celle de 50 minutes inside sauf que ça dure 120 minutes inside out, à base de caméra portée sur le vif et de montage saccadé, avec des plans de cinq secondes maximum et des changements de scènes quasi instantanés, qui s'occupent de satisfaire notre curiosité mal placée de voyeurs en passant du coq à l'âne pour un panel des pires histoires les plus dégueulasses, ou qui nous laissent pantelants sur certaines affaires inachevées et sans résolution (notamment le cas du pédophile joué par Louis-Do de Lencquesaing qui avoue tous ses crimes avec le sourire mais qui, étant haut placé dans la société, va apparemment s'en tirer sans souci ; idem pour le passage dans le camp des roms avec la récupération de tous les enfants, qui se termine prématurément dans un bus où se joue une sorte de comédie musicale sidérante et bien pratique quand il s'agit d'évacuer une scène sans s'encombrer d'un sujet trop pesant).




Quel que soit le type d'affaire en question, dans tous les cas les gamins sont des pions, des faire-valoirs qui permettent un double cirage de pompes : des acteurs d'abord, qui malgré leurs qualités restent et demeurent des acteurs devant la caméra de Maïwenn et n'accèdent pas au statut espéré de personnages (qui connaît sans chercher le prénom des flics du film ? Personne, c'est Joey Starr et Karin Viard qu'on observe), les acteurs donc font leur show, et ce pour mieux dresser une hagiographie en règle des policiers de la BPM, qui trouve son point culminant à la fin, dans cette dernière séquence pathétique et immonde, tant dans la forme que dans le fond. Dans un montage parallèle (décidément la figure de montage préférée des tristes cinéastes qui l'emploient de la façon la plus crasseuse qui soit, j'ai nommé Maïwenn et Donzelli, l'analogie la plus évidente et la plus bâtarde étant le graal des esprits simples) une flic se suicide et chute du troisième étage d'où elle s'est jetée dans un montage parallèle donc avec un enfant gymnaste qu'elle a sauvé de son violeur deux scènes plus tôt et qui prend son envol sur le tatami tandis qu'elle s'écrase la face sur le béton, le tout au ralenti bien sûr. Un policier tombe, un enfant violé s'élève... Les flics se sacrifient pour que les enfants s'envolent. Quelle pitié que cette métaphore visuelle d'outre-tombe qui trahit la stupidité profonde de Maïwenn et qui nous achève à un moment où on commençait à se dire qu'on avait forcément vu le pire : on pensait l'avoir vu dès le générique d'ouverture où la réalisatrice envoie à fond la musique de l'Île aux enfants, ou plus tard quand, venant d'apprendre qu'un nourrisson tombé sur le trottoir est tiré d'affaires, toute la brigade se rend dans une boîte de nuit pour fêter ça... Maïwenn profitant de l'occasion pour littéralement lécher les pieds de Joey Starr, qui danse au milieu du plan pendant cinq minutes.




La fameuse séquence de la boîte de nuit pousse définitivement à penser que Maïwenn et consorts ont 13 ans d'âge mental quand celle-ci affirme à Joey Starr qui lui demande pourquoi elle porte des lunettes aussi laides alors qu'elle a une très bonne vue : "J'avais peur qu'on me prenne pas au sérieux". Son nouveau petit copain lui lance alors, autoritaire : "Détache tes cheveux !", et Maïwenn de répondre avec une voix de gamine : "Tu veux que je les détache ?" avant de s’exécuter. Une fois ses lunettes retirées et ses cheveux détachés elle se révèle évidemment trop belle, du moins c'est ce qu'on est censés penser (et c'est vrai qu'elle a une bien belle crinière, mais pour tout le reste c'est un canasson, un gros âne bâté, du coup elle forme un ensemble cohérent mais y'a pas de quoi se réjouir). L'aspect très adolescent des protagonistes crève l'écran au moins autant que dans La Guerre est déclarée de Donzelli (les films sont tristement à rapprocher, pour leurs sujets ultra faciles, leur penchant à utiliser le malheur des gosses comme un prétexte pour se grandir et s'auto-congratuler, et leurs maladresses qui virent à la connerie, entre autres), avec des ribambelles de blagues de collégiens rarement drôles, une Marina Foïs dans le rôle de la collégienne anorexique de 35 ans qui déteste les hommes ("Les mecs c'est tous des sales races !" hurle-t-elle à qui veut l'entendre), et qui se dispute avec son ex meilleure copine Karin Viard, laquelle a eu le malheur de divorcer parce que sa copine misogyne lui avait dit de quitter son enfoiré de mari... Mais où sommes-nous ? Qui sont les chiards dont il faudrait s'occuper là-dedans ? Et nous sommes volontaires pour nous occuper de ces tarés ma parole, à grand renfort de coups de pieds au cul ! Dieu sait que c'est ce qu'on a envie de prodiguer à Maïwenn quand elle se filme elle-même en photographe bourgeoise couchant avec un flic de banlieue et découvrant le monde d'en bas au petit matin, réveillée par la prière de l'imam du quartier, s'empressant alors d'empoigner son appareil photo pour capturer la vraie vie des petites gens dans la rue : tel marchand arabe ou telle big mamma faisant les courses avec son bambin pendu au bras, qu'elle observe d'en haut, bien sûr, et à travers son objectif plein d'humanité... Elle ne "capte" que des clichés évidemment mais Maïwenn adore ça, comme quand elle oppose fièrement le mauvais musulman à la bonne musulmane dans une autre scène ridicule. On a plus que jamais le sentiment de regarder des gamins découvrant le monde et n'y comprenant rien dans la fameuse séquence où Maïwenn et Joey Starr tombent amoureux, en boîte de nuit donc, dans un remake de Dirty Dancing où la fille timide à grosses lunettes, laissée dans un coin, se fait tout d'un coup harponner par le gros costaud au grand cœur dont toutes les femmes rêvent en secret. Pouaaaaarggkkkshaaaaarr que ça pue la merde !




Dans cette même scène (l'une des plus imbitables du film) se cristallise la volonté profonde de Maïwenn : filmer son petit nombril, son tout petit monde. Sa propre tronche d'abord, mise au second plan par fausse humilité dans le rôle secondaire de la photographe infiltrée (mise en abyme du miséreux), sa famille aussi (on voit facilement qu'elle a choisi ses vrais proches pour incarner ceux de son soi-disant personnage, des trombines pareilles ça s'identifie de loin et même Joey Starr passe pour mignon au milieu du gang Le Besco, tel Mowgli au milieu des loups), puis ses amis et acteurs chéris, qui font leur boulot pour la plupart même s'ils en font souvent trop (telles Foïs et Viard dans la scène de la dispute, qui vocifèrent horriblement), mais il faut dire que de telles situations c'est du pain bénit pour un comédien en roues libres. Et enfin, surtout, le compagnon de Maïwenn, le bien-nommé Joey Starr, starifié comme jamais dans ce film où il apparaît à chaque instant comme un dieu vivant, ne supportant pas le mal fait aux enfants, révolté contre tous les salops de la Terre, ne craignant pas de s'emporter physiquement contre ses supérieurs quand ils ne se tuent pas autant que lui à la tâche pour retrouver un gamin en pleine nuit ou pour obtenir une place dans un foyer à tel autre, incapable de ne pas prendre chaque affaire à cœur, bourru mais ultrasensible, prompt à calmer les enfants les plus tristes en les serrant dans ses griffes d'ours, excellent père de famille de surcroît et amant hors-pair sans aucun doute. Qui n'aurait pas envie de se faire Joey Starr après un tel panégyrique sans retenue ? Qui n'a pas envie surtout de faire un tacle à Maïwenn après toutes ces scènes intimes entre elle et sa Starr, scènes qu'on ne veut tout simplement pas voir, encore moins quand ils se dévorent la tronche comme des fauves dans un énième reboot estampillé 2011, celui d'Alien versus Predator (faut dire qu'ils sont bien outillés pour s'entre-gober le crâne, on ne veut pas non plus voir la mâchoire de leur futur gosse, à bon entendeur salut !).



Maïwenn signe donc un film non seulement ridicule mais médiocre, un très vulgaire film à sketches morbides, une suite de tranches de vie bien répugnantes pour nous bouleverser sans effort malgré une triste absence de vision artistique, un concentré de série télé scabreuse avec une touche de tract anti-sarkoziste en toile de fond, qui nous fera voter pour la candidate norvégienne des Verts, Angelina Joly, dans quelques mois. La personne déjà nommée un tas de fois qui a réalisé Polisse (je ne parviens pas à écrire "réalisatrice" ou "cinéaste", pardonnez-moi, et répéter son blaze me hérisse les poils) a partagé pendant un certain temps le quotidien d'une brigade de la BPM pour préparer son sujet et cet argument d'autorité est censé tout excuser (comme Donzelli avec la maladie de son fils, décidément...). De ce fait elle peut faire ce qu'elle veut, y compris le film merdeux dont il est question ici, où elle ose tout, tous les pires procédés imaginables. Son côté sûre d'elle transpire du film nauséabond de Maïwenn et nous la rend franchement détestable. Elle qui tente de faire un portrait si élégiaque de ces policiers de l'enfance et qui leur dédie son film, se permet de déclarer en interview qu'ils sont des "paysans de la France profonde qui ne connaissent rien", parce qu'ils ne l'ont pas reconnue à une avant-première "en présence de l'équipe du film" qui leur était réservée et parce que Marina Foïs, Jérémie Elkaïm ou Nicolas Duvauchelle sont pour eux autant de gros péquenauds qui n'ont rien à foutre sur un écran de cinéma. On pense pareil ! Comment ne pas prendre définitivement en grippe la dénommée Maïwenn quand elle vient affirmer fièrement que la DASS l'a vraiment faite chier à demander des contrôles stricts sur les enfants employés pour le film et sur les dialogues à mettre dans leur bouche, pour après le tournage finalement reconnaître que c'était pas si con de leur part parce qu'elle n'aurait pas supporté qu'un enfant se suicide à cause du film. "Elle n'aurait pas supporté", p'tite chatte... C'est triste d'en venir à taper sur les gens, de ne pas rester sur le film, mais avec de telles personnes, qui n'ont de cesse de se mettre en avant et qui sont si insupportables et détestables, difficile de faire autrement.




Difficile aussi de ne ne pas finir cette critique en reparlant rapidement de la toute fin du film, si ignoble et indigne, où marina foïs renoue avec les Robins des Bois en jouant un nouveau sketch de Pouf le cascadeur quand elle gueule : "J'peux ouvrir la fenêtre ? Je me sens pas bien..." avant d'aller se défenestrer. Dîtes-vous qu'on ne peut en rire que cinq ou six jours après avoir vu le film, car quand on est devant l'écran, le sentiment dominant, écrasant, c'est plutôt de l'exaspération mêlée de rancœur, un dégoût maximal d'une espèce qu'on n'éprouve que rarement devant un film vu sur sa téloche. Maïwenn peut se partager avec Donzelli le prix de la pire réalisatrice de l'année, de la décennie, du siècle et du monde.


Polisse de Maïwenn Le Besco avec Maïwenn Le Besco, Joey Starr, Marina Foïs, Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Jérémie Elkaïm, Karole Rocher, Frédéric Pierrot et Emmanuelle Bercot (2011)

1 avril 2011

Happy Few

Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir une invitée exceptionnelle pour nous parler de ce fameux Happy Few, film français sorti l'an passé et qui a pas mal fait causer de lui. Notre hôte vient tout droit de Normandie, elle répond au doux nom de Nônon Cocouan, et voici ce qu'elle pense du film d'Antony Cordier :

C'est chaud patate. Pas dans le sens où ce serait très osé, même si on voit des fesses et des sexes et des seins en veux-tu en voilà, mais parce que c'est bien mauvais. On ne peut que pleurer devant ce que nous inflige Antony Cordier. C'est affligeant de voir des plans aussi mal cadrés. Ça ne doit pourtant pas être trop compliqué de faire un cadre propre, quitte à ce qu'il soit académique et conventionnel. Ben là non : les têtes sont coupées par le bord du cadre, ou bien on voit un morceau de crâne qui dépasse, ou alors un morceau de cheville, enfin c'est du grand n'importe quoi. Et quand ça a l'air pensé, c'est trop (et mal) pensé justement. Par exemple, un petit plan décadré sur un pied qui vient se poser sur une jambe, genre "matez comme ils sont complices mine de rien"... Quand Cordier se lâche et se laisse aller à des petits mouvements, on a droit à la sempiternelle caméra-portée-gerbante, avec des plans toujours cadrés n'importe comment : Cordier est constant dans sa médiocrité. C'est lourd et c'est moche.


L'Amour selon Antony Cordier

Puis les personnages... Il s'agit donc de deux couples (Marina Foïs/Roshdy Zem et Elodie Merguez/Nicolas Dechauvelle) qui se rencontrent et s'apprécient très vite, très très vite, mais ne croyez pas qu'on va avoir droit à des explications ou des réflexions sur le comment du pourquoi de ces affinités électives, ce serait trop demander. Il faudra se contenter d'un plan - hideux, ça va de soi - sur les quatre échauffés du cul assis autour d'une table, sur une terrasse, un beau soir d'été, en train de se fendre la poire sur fond de musique cool. Ils s'entendent donc super bien, si bien qu'ils finissent par s'échanger sexuellement, la femme de l'un couchant avec le mari de l'autre et réciproquement. Cependant, contre toute attente, il ne s'agit pas d'échangisme, Cordier a bien insisté sur ce point en conférence de presse, il est question "d'attirance interdite", de "liberté", de "droit au plaisir trouvé ailleurs". Voyez ?


Marina Foïs a déclaré que Duvauchelle s'était complètement laissé emporter par la scène et qu'il ne jouait plus du tout la comédie à ce moment-là, elle a même ajouté : "Il m'a ruinée mais j'ai kiffé".

Viennent alors toutes les questions métaphysiques que ces relations impliquent, c'est-à-dire : "- A-t-il un plus gros membre que moi? - Non, non, mais il bande plus longtemps"; "Tu crois qu'ils discutent beaucoup les deux autres ? - Je sais pas, défonce-moi plutôt la raie". Oui, évitons de se poser les mêmes questions qu'Antony Cordier... qui sont autant de questions primordiales, de quoi faire cogiter dans les chaumières. Et alors si on prend les scènes de cul, puisque c'est là que tout se joue... Pas une goutte de sensualité, rien que du cul, pas tellement vulgaire (quoique) mais pas artistique non plus. Du cul mal fait quoi, si mal fait qu'on se demande vraiment comment les personnages font pour y trouver leur compte. Et là le choix des actrices n'est pas très judicieux puisqu'on a peut-être les deux corps féminins les plus laids de tout le cinéma français, c'est pas très ragoutant. Non pas qu'il faille nécessairement se la jouer Closer pour éveiller un quelconque instinct animal, mais là il devient difficile de partager les élans sexuels des personnages quand on a affaire à ça, et surtout, surtout surtout, quand ils sont aussi mal filmés.


Ce que vous croyez être un canapé sous les deux acteurs n'est autre que la verge de Roshdy Zem

Puis il y a vraiment des scènes très moches, comme lorsque Zem, rentrant chez lui après une partie de jambe en l'air avec Élodie Merguez, porte ses doigts à son nez pour vérifier... Non en fait on ne veut pas savoir ce qu'il vérifie. Je suppose que ce type de "détail" se veut révélateur d'une vérité réaliste, d'une crudité... un peu comme quand un film montre une fille pissant accroupie dans la nature, comme ça, gratuitement, juste pour rappeler les vrais besoins de la vie. C'est vrai, c'est fort, c'est Saint Yorre. De la merde.


La chose devient gênante quand Duvauchelle, ayant surpris le couple et, par sa présence, interrompu leurs ébats, aide Roshdy Zem à porter sa propre queue pour la ranger dans son falzar...

Il y a en prime tout un tas de petits trucs très agaçants, censés là aussi faire "vrai", notamment dans les dialogues écrits façon "on parle comme dans la vie, on dit des banalités et autres conneries intersidérales comme dans la vie, et c'est très révélateur" (je me souviens d'un dialogue éloquent lorsque Marina Foïs, ou Elodie Bouchez, peu importe, parle à son amant d'un certain type de bonbon : "...mais si, tu sais bien, les crocodiles, les petits bonbons là !"), quand ce n'est pas directement le récit d'une histoire à crever (voir Jean-François Stevenin qui raconte pendant 10 minutes une histoire dont la morale est, je vous le donne en mille : mieux vaut faire n'importe quoi et être libre que rester sage et s'emmerder. Vous noterez la subtilité de la parabole en écoutant son histoire à coucher dehors si vous tombez par hasard sur le film à la TV). Tout ça est largement agrémenté de situations aussi convenues les unes que les autres, comme quand Zem et Merguez écoutent du Piaf avec des petits écouteurs (ils ont un Ipod, ils sont modernes, ils écoutent sur des petits écouteurs, ils sont reliés, ils écoutent du Piaf, ils sont sensibles. Wouah). Et je n'ai même pas parlé de cette scène insondable et interminable où l'un des couples (Duvauchelle et Bouchez, qui travaillent dans un gymnase) fait écouter à l'autre couple, via leurs téléphones portables et peu soucieux de leur facture de mobile, les bruits que font les gymnastes sur les agrès et en sautant sur les tapis de sol, comme pour être en symbiose avec eux, à distance. Et le deuxième couple rend la pareille au premier en leur faisant écouter par mobile interposé une course de F1 à la télé. Faut le vivre ça, faut le vivre !


Photo de la séance de casting : voila ce qui arrive quand on demande au très pragmatique Nicolas Duvauchelle d'interpréter un personnage qui a "la tête dans le cul"

Le film fait de suite penser au Peindre ou faire l'amour des Larrieux, qui montraient avec combien plus de finesse et de sensualité ce que les corps peuvent évoquer comme désir et comme complexité. Pourtant les corps en question n'étaient pas des canons de beauté, mais ils donnaient quand même bien envie d'aller faire un petit tour à la campagne. Car dans les deux films il est question d'une sorte de retour à l'état de nature, même si les aspects de ce retour ne provoquent pas du tout les mêmes sentiments. Pour conclure, on peut spoiler la fin du film et dire qu'il se sabote tout seul. Dans la dernière partie deux des quatre amants découvrent avec horreur et fracas que les deux autres avaient eu une aventure adultérine secrète bien avant les échanges mutuels et consentis du début du film, ce qui fait basculer cette histoire de soi-disant liberté épanouie vers un merdier incestuo-sentimentalo-dramatique encore plus pitoyable.


Happy Few d'Antony Cordier avec Marina Foïs, Roshdy Zem, Nicolas Duvauchelle et Elodie Bouchez (2010)

13 mars 2011

Seven

J'ai toujours fait un blocage sur ce film pourtant culte. Je sais que c'est un chef-d'œuvre. Dès le générique on sait qu'on est dans un film qui a fait date et qui en a engendré pas mal de bien puants. Je ne vais donc pas dire ce qui a déjà été dit mille fois. A part peut-être un truc, que nous avons déjà dit ici mille fois mais qu'il faut redire, concernant le titre du film dans son orthographe exacte : Se7en. Si 7 c'est un V, alors 3 est un W, pourtant en général le 3 sert plutôt à représenter un E, comme dans 3nterrements de Tommy Lee Jones. Donc je suis paumé avec ce titre... Comment faut-il le prononcer ? Si l'on veut s'emparer de ce titre de façon scrupuleuse il faudrait appeler le film : Sé-sept-en, à la française. En anglais : Se-seven-en. En espagnol : Se-siete-en. En allemand : Se-sieben-en, et ainsi de suite. Ce titre est donc un véritable mindfuck. Et sous prétexte que monsieur s'appelle Fincher, on ne lui a rien dit, alors que quand tu t'appelles Rouve, Foïs, Pef, pue-le-pipi ou Larnicol, on vient te faire chier pour un simple RRRrrrr. Et que dire du futur Scream 4, véritablement intitulé "SCRE4M". Comment avoir l'air fin en invitant une meuf à aller voir "Screu-quatre-mhh" ? On dit souvent : "Meuf qui rit à moitié dans ton lit", pour moi ça ne s'est jamais vérifié, j'ai jamais eu la bonne moitié dans mon pieu en tout cas.


"C'est putain de pas moi !" s'écrie Morgan Freeman pendant tout le film, accusé des 7 crimes par ses collègues blancs parce qu'il est noir

Mais pour parler de ce film sous un angle plus personnel et plus novateur, je vais vous parler de mon blocage perso vis-à-vis du scénario. On a fait de John Doe, le méchant de l'histoire (incarné par un Kevin Spacey alors débutant), l'une des pires figures du Mal du septième Art. Alors que dans les faits il n'est jamais coupable que de sept assassinats. Mieux que ça : il annonce, il a la politesse de prévenir, c'est pas tout le monde qui ferait ça. Du coup ce qui m'a toujours empêché d'apprécier ce film à sa juste valeur, c'est ce si petit chiffre de sept. Le film se passe à New-York, les enquêteurs, Brad Pitt et Morgan Freeman, savent que sept individus vont être tués sur disons quelques huit millions trois cent mille habitants. Donc ça fait moins d'une victime sur un million de personnes. Et ils se font chier pour ça ? Alors que le vélo, le scooter, tuent peut-être dans le même temps mille fois plus de personnes ? Pourquoi alors ne pas foutre en cage les deux roues ? A-t-on dit à Pitt et Freeman que la chute dans les escaliers est la première cause de mortalité dans le monde ? Surtout dans LEUR monde, fait de buildings et de gratte-ciels. Du coup je me demande mordicus pourquoi ils ne se disent pas : "Mettons-nous à l'abri dans nos cages de béton armé, on a une chance sur un million que ça tombe sur nous, et au bout de sept macchabées on sera sortis d'affaire. On a autant de chance de se faire avoir par ce fameux John Doe que de se faire bouffer par un alligator en plein Wall Street. Pas de quoi fouetter un chat". Et vous appelez ça un chef-d'œuvre du thriller ?


Brad Pitt termine le film avec une sale entaille sur le nez.

Expliquez-moi pourquoi on dit Seven, et pourquoi on dirait pas Twelve hommes en colère ? Pourquoi ce titre est-il passé à travers les mailles ? Croyez-moi que si le film était sorti en France sous le titre "Sept", il n'aurait pas fait une seule entrée, et le monde ne s'en porterait que mieux. Ça vaut pour tous les Fincher. Si Alien 3 s'était appelé "Etranger 3", si Panic Room s'était appelé "Chambre de panique", si Zodiac s'était appelé "Bateau", et si Social Network s'était appelé "Réseau social", ma foi on ne serait pas là pour en causer.


Seven de David Fincher avec Brad Pitt, Morgan Freeman et Gwyneth Paltrow (1996)