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15 décembre 2022

Madeleine Collins

Comme en atteste son affiche, ce film a été curieusement très bien accueilli à sa sortie. Je l'ai vu deux fois. La première fois, seul, j'ai arrêté au bout de vingt minutes, exaspéré. La deuxième fois, j'ai tenu jusqu'au bout. Faut dire que je n'étais plus seul et ça aurait pu niquer la soirée si j'avais éteint la téloche d'un seul coup, comme ça. Et l'envie de couper net était un peu moins vive de mon côté, je dois l'avouer. J'étais dans de meilleures disposition, légèrement plus dedans, j'essayais en tout cas, aidé par l'attention et toute la bonne volonté de mes compagnons d'infortune. Bon, j'ai tout de même fini par décrocher et à ne suivre les mésaventures de Virginie Efira que d'un œil... L'intouchable Virginie Efira. La plus grande actrice francophone de sa génération. Nous n'estimons pas la chance que nous avons d'être ses contemporains et d'assister, bouches bées, à sa si grande carrière. Il y a une pointe d'ironie là-dedans, certes, mais le même film avec Maïwenn ou Vanessa Paradis dans le rôle principal et on tiendrait pas cinq minutes. On peut pas lui reprocher grand chose là-dedans, elle tient le film, vraiment. Elle fait vivre un personnage aussi opaque qu'improbable et un scénario qui tient sur un fil. Antoine Barraud vise semble-t-il le thriller psychologique hitchcockien. Comme c'est une tentative assez rare dans le cinéma français, peut-être est-ce en partie pour cela que les critiques ont été si indulgentes. Elles ont voulu saluer son courage, son audace. Car c'est quand même un drôle de pari que tente ici Barraud (soit dit en passant, si j'avais ce triste blase-là et que j'entreprenais une carrière dans le cinoche, je choisirais un pseudo plus stylé d'entrée de jeu). Virginie Efira mène une double vie, partagée entre un guignol lambda en France, avec qui elle a une gamine de quatre ou cinq ans, et un tocard chef d'orchestre plus fortuné en Suisse, avec qui elle a deux ados. Au début, nous pensons que ces deux parties de sa vie sont strictement cloisonnées et qu'elle parvient miraculeusement à vivre ainsi, mais le scénar délivre ses secrets au compte-goutte et nous comprenons progressivement que ça n'est pas si simple que ça. C'est un sacré pari, dans le sens où Barraud ne délivre ses informations que très tardivement, que son film est longtemps si nébuleux qu'on est toujours pas loin de s'en lasser, de s'en agacer irrémédiablement. On a envie de comprendre, et à la fois on s'en fout, tant tout ce qui se déroule sous nos yeux est finalement peu passionnant et fastidieux. Le mystère est bien trop épais pour le talent de cinéaste d'Antoine Barraud, juste assez pour celui d'actrice de Virginie Efira. Nous ne comprenons vaguement qu'à la toute fin le petit intérêt de la toute première scène, un très laborieux plan-séquence, où nous voyons une jolie blonde essayer des robes dans un magasin de luxe avant de tomber dans les pommes. C'est également l'ultime scène qui nous permet de piger enfin le titre : cette révélation minable, anodine, insignifiante, a eu pour effet de me faire lever les yeux au ciel et de maudire encore davantage Antoine Barraud... 
 
 
 
 
Ce film-là est sorti il y a un an, le 22 décembre 2021. Je suis sûr qu'il a flingué quelques sorties au ciné en famille, comme on peut en faire en cette période de Noël quand on s'ennuie un peu, tous ensemble, que les discussions sont taries et que l'on a épuisé toutes les autres activités possibles. Madeleine Collins dure 102 minutes, ce n'est pas énorme en soi, mais nous ressentons bien chacune de ces minutes. 


Madeleine Collins d'Antoine Barraud avec Virginie Efira, Quim Gutiérrez et Bruno Salomone (2021)

16 décembre 2014

Sous les jupes des filles

La fin d’année approche et, en bon blagueur ciné, je pense à mon top annuel H24. Mais qui dit top dit aussi flop. Et du coup j’ai repensé à cette horreur de film, Sous les jupes des filles, qui date de cette année et qui mérite l’opprobre comme peu d’autres. Je ne pouvais pas avoir vu cette ignominie et rester muet. Et puis c’est bientôt Noël et ce massacre fait partie de ces soi-disant feel good movies parfaits pour les périodes des fêtes, garnis d’acteurs (ou, ici, d’actrices), comme autant de cadeaux empoisonnés, ou de boules puantes accumulées sur un arbre mort (rappelez-vous de Happy New Year). Je dis soi-disant feel good movie parce que cette comédie française, comme la plupart de ses semblables ces dernières années, donne seulement envie de se pendre au lustre, ou au sommet du sapin si vous avez opté pour un séquoia, en slibard blanc, façon little tiny Jesus. C’est une infâme succession de moments horribles mettant en scène des personnages tous plus haïssables les uns que les autres.


Un vagin ? Trivago.

Prétendant dire la vérité sur les femmes (comme l'indique un titre qui salit à tout jamais le classique d’Alain Suçon), le film d’Audrey Dana, pour qui j’avais quelque vague sympathie comme actrice avant de la voir à l’œuvre derrière une caméra, dresse un bien triste portrait d’elle-même et de ses amies, à travers lesquelles elle croit dessiner la silhouette de la femme du 21ème siècle. Le résumé Allociné du film est très clair : « Toutes représentent une facette de la femme d'aujourd'hui : Complexes, joyeuses, complexées, explosives, insolentes, surprenantes... Bref, un être paradoxal, totalement déboussolé, définitivement vivant, FEMMES tout simplement ! » Beau programme… On prend onze femmes qui vont incarner une des facettes (belle la complexité) de la soi-disant femme moderne, pour aboutir à ça : la femme contemporaine est paradoxale, contradictoire, c'est un beau bordel sur pattes. On est en plein dans la comédie française chorale générationnelle façon Klapisch, qui nous déballait la même conclusion passionnante dans son grand chef-d’œuvre sur la jeunesse erasmus composée de têtes à bouffes il y a déjà presque quinze ans.


Encore une de ces scènes, passage obligé de la comédie française putride du 21ème siècle, où les comédien(nes) s'éclatent et se tordent de rire en espérant que ce soit communicatif, faute de pouvoir pondre une situation comique, ou rien qu'une vanne, sans faire gaffe.

De quoi s’agit-il plus précisément ici ? J’avoue avoir vu ce film il y a un certain temps, je me limiterai donc aux cas les plus marquants. Par exemple Vanessa Paradis, qui incarne la working girl accomplie, la femme d’affaires impeccable, la patronne infaillible, la connasse imbuvable, hautaine et vide de tout, en tailleur chic 24 heures sur 24, et pleine aux as, qui se rend compte par hasard à 40 ans qu’elle n’a strictement aucune vie affective ni aucune amie, et qui engage sa secrétaire personnelle (Alice Belaïdi, jadis hôtesse d’accueil horripilante sur Canal+, je ne me lasse pas de le dire) pour faire semblant d'être sa meilleure copine... C’est aussi Laetitia Casta, qui joue la fille coincée dépourvue de confiance en elle, qui fond littéralement en jouissance en croisant Pascal Elbé (elle part en courant parce qu’elle est en train de perdre les eaux, juste parce qu’elle a vu Pascal Elbé, passons). Elle finit par vivre une histoire d’amour avec lui, poussée par sa meilleure amie, Audrey Dana elle-même, mais elle cumule les gaffes, comme par exemple quand elle largue une grosse caisse devant Elbé le jour de leur première étreinte. C’est aussi ça les femmes, nous dit Audrey Dana, c’est aussi ça qu’il y a sous les jupes des filles, de gros pets.


J'éprouve une profonde et inépuisable animadversion pour tout ce que contient cette seule image.

Et puis il y a Géraldine Nakache dans le rôle de bobonne, qui passe sa vie à s’occuper de tenir sa baraque, de gérer des marmots intenables et de laver les slibards de son connard de mari, un blaireau qui ne pense qu’à son boulot et que la seule idée de passer cinq minutes avec ses propres gamins rend malade. Elle finit par en avoir ras-le-bol de cette situation et tombe amoureuse d’une grande blonde pulpeuse, Alice Taglioni, qui, parce qu’elle est homosexuelle, donc « masculine », est l’archétype du séducteur qui baise à droite à gauche sans vouloir s’attacher. Déçue par cette histoire d’amour, notre femme au foyer désespérée finit, à la fin du film, par retomber dans les bras de son enflure de mari. Pourquoi ? Parce que ce dernier, pour son anniversaire, demande à toutes les copines de Géraldine Nakache, tout le casting du film (rejointes par quelques potiches sorties de nulle part), de lui faire une surprise : elles se réunissent sur une place, dans Paris, et se mettent à danser, atrocement mal (mais elles sont atrocement mal filmées donc tout cela est assez cohérent), sur une chanson à la con, tout ça pour faire la surprise à Nakache, qui trouve ce flash mob si génial qu’elle vire sa cuti pour la deuxième fois en quinze jours et retombe aussi sec dans les bras de son mari, ce pauvre type qui n’a jamais eu une attention pour elle, qui lui parlait comme à une merde pas plus tard qu'hier et qui chopait la colique à l’idée de croiser le regard de ses enfants une demi-seconde. Organiser vite fait un petit show public à la con pour en foutre plein la vue à sa femme suffit à rattraper tout ça apparemment, à bon entendeur salut !


Sous les jupes des filles d'Audrey Dana, avec Audrey Dana, Laetitia Casta, Isabelle Adjani, Vanessa Paradis, Alice Belaïdi, Julie Ferrier, Audrey Fleurot, Marina Hands, Géraldine Nakache, Alice Taglioni, Sylvie Testud et Pascal Elbé (2014)

1 octobre 2012

Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants

Quiconque a vu ce film se souvient de cette scène où le couple que forment Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg fait une bataille de bouffe à travers un immense appartement parisien à dix briques le mètre carré. La baston est rythmée par la drôle de chanson de Burt Bacharach, avec ses chœurs guillerets et ses voix haut perchées, qui accompagne une course poursuite assez comique, digne d'un dessin animé, dans Butch Cassidy and the Sundance Kid de George Roy Hill. Attal et sa femme regardent le film à la télé quand ils commencent à se tartiner de Nutella et à se balancer gaiement des giclades énormes de moutarde et de ketchup au visage, n'épargnant aucun des murs de leur gigantesque baraque dans des allers et retours répondant directement à ceux de Robert Redford et Paul Newman, les cow-boys du film de Roy Hill. Yvan Attal communique avec l'histoire du cinéma dans cette séquence, il dialogue directement avec le cinoche, il réinvente le western à la sauce mayonnaise, il se torche avec notre cinéphilie. Attal marche dans les pas du cinéma américain moderne, lui qui se veut le digne héritier du cinéma de papa de Claude Berri, qui joue le rôle de son propre paternel dans le film.



Au-delà du clin d’œil cinéphile lourdingue et de la nullité de la séquence, ce qui frappe, et là je pense que vous serez tous d'accord, c'est la façon dont les personnages fusillent à bout portant la caution de leur palace en réduisant consciencieusement en bouillie chaque parcelle de leur appartement. Je ne sais pas vous mais moi j'enrage de les voir faire, de devoir les mater en train de dégommer le moindre recoin d'un loft à cent bâtons le nanomètre carré au bas mot, de répandre des milliards de plumes d'oreiller (cf. l'affiche) sur le sol maculé de flotte, de confiture, d’œuf pourri, d'Actimel, de pinard et de purée de leur chambre avant de s'entre-dégommer au milieu de la pièce pour ajouter un peu de fluide séminal à la béchamel ambiante. Pour peu qu'on imagine la femme de ménage (parce qu'il faut en avoir une, que dis-je, il faut en avoir une armée pour se permettre de telles frasques) qui devra nettoyer ce chantier le lendemain matin, et c'est une envie de meurtre qui nous prend.



N'importe qui de normalement constitué ne supporte pas cette scène et ne peut la regarder sans se dire que les personnages sont de gigantesques cons. Qu'ils sont beaucoup trop cons même, anormalement cons, à un point qui rompt l'effet de fiction. On ne marche plus, c'est pas crédible ! A la limite on pouvait faire semblant de croire à Alain Chabat en couple avec Emmanuelle Seigner, ou à Johnny Depp craquant sur Charlotte Gainsbourg au Virgin en écoutant Creep de Radiohead. C'est difficile à avaler mais après tout si Depp a été marié pendant trente ans à Vanessa Paradis, il peut bien tomber sous le charme de Gainsbourg, autre enfant-star sortie de la cuisse de Jupiter grâce à un papa bien placé, massacrant la chanson comme la comédie, dotée d'une mâchoire non-négligeable et affichant un poids plume d'enfant de huit ans. Et puis Radiohead ça peut faire des miracles. Qui n'a pas fini une soirée trop arrosée dans le pieu d'une fan, même pas très jojo, de Karma Police ? Le film se veut d'ailleurs un clip complet et atroce de tous les hits du groupe. Attal en place au moins dix intégralement dans sa bande son pour recouvrir ses plans en caméra tremblée le représentant lui et sa bande de potes, des personnages plutôt irritants qu'il voudrait proches de ceux d'Husbands... La musique est absolument omniprésente, comme dans les pires rejetons de chez Sundance. Mais, pour revenir au sujet, si on peut à la limite gober le reste d'un script souvent ignoble, on ne peut pas, on ne peut décidément pas croire à ces gens qui détruisent leur appartement de milliardaires avec un smiley gros comme ça collé sous le nez. Faut-il être plein aux as comme Attal et Gainsbourg eux-mêmes pour tourner une telle scène sans se poser de question et sans se douter que le quidam qui matera leur film tiquera forcément au moins là-dessus...



Deux scènes plus tôt (je vous refais le film à l'envers, ça ne peut pas être pire qu'à l'endroit) Gainsbourg, qui se doute de quelque chose et soupçonne son mari de la tromper, est au bistrot, commande un café, pleure et part en payant mais sans toucher à sa tasse. Je vous le dis : j'ai mal devant cette scène. J'ai envie de crier à l'autre charlot de Gainsbarre de le boire son putain de café à 10 euros la mini-tasse en plein Montmartre, d'au moins y tremper les lèvres, au pire de le verser dans son sac si vraiment elle n'a pas soif et n'a pas la tête à boire un café. Mais on ne fait pas ça ! J'ai peut-être trop longtemps vécu - et aujourd'hui encore - en faisant attention à mes dépenses et en mettant un point d'honneur à ne pas jeter l'argent par les fenêtres, peut-être aussi qu'à force de me faire taper sur la gueule par ma femme quand j'ai le malheur de ne pas finir mes boîtes de céréales j'ai acquis une sorte de conscience aiguë de la nécessité de ne pas gâcher, je ne sais pas, mais ces scènes-là me démolissent littéralement. Apparemment Yvan Attal s'en régale quant à lui. Son film en lui-même est un semblable gaspillage, de temps et d'argent, autant le sien que celui des pauvres malheureux comme moi qui auront vu son long métrage sur écran géant à l'époque sans pouvoir se plaindre.


Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants d'Yvan Attal avec Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Emmanuelle Seigner et Claude Berri (2004)

18 mars 2012

Café de Flore

Café de Flore, vainqueur du César 2012 dans la catégorie de l'affiche la plus pourrave du monde, n'est pas le biopic attendu de Sartre et Beauvoir, mais le portrait d'une femme misérable contrainte d'élever son enfant handicapé toute seule. Je n'ai pas vu ce film mais comme je suis absolument certain que je ne le verrai jamais je peux cramer une cartouche en ne le considérant qu'à l'aune de ce qu'en ont dit ceux qui l'ont fait dans une campagne de publicité acharnée. Avec un peu de malchance vous avez vous aussi assisté à l'une des mille séances de promo de ce film social, à l'occasion desquelles - car c'est manifestement la seule chose qu'il y avait à dire sur l’œuvre - réalisateur et comédienne n'ont eu de cesse de clamer haut et fort que l'enjeu du projet tenait dans cette gageure : rendre Vanessa Paradis assez laide pour incarner une femme du peuple, une femme pauvre, en difficulté. Vous les avez entendu comme moi : "Il fallait à tout prix que Vanessa puisse sembler laide !"



Quel mépris des pauvres gens, des "sans dents", qui n'auront jamais l’incomparable beauté de Vanessa Paradis, laquelle, à mon avis, a tout à fait sa place dans la file d'une caisse surchargée du vieux LIDL affreux où je fais mes courses quand je suis au pain sec, quand je suis sur la paille, à payole. Je n'en dirai pas plus, c'est triste et moche ces propos. Triste et moche.



Si quand même ! Qui sont ces gens, Vanessa Paradis et le réalisateur du film (je n'ai pas envie de citer son nom et je l’appellerai donc désormais C.R.A.Z.Y., du titre de son film précédent, vanté par l'affiche du film), qui s'enorgueillissent d'avoir su rendre "laide" une actrice si sublime pour jouer une femme pauvre, affirmant que les gens qui contrairement à eux ne pètent pas dans la soie sont forcément des gens laids ? Qui faut-il être pour déballer de telles insanités sur toutes les télés et dans tous les journaux en toute tranquillité ? (à partir de là j'arrête de vous poser des questions, promis). Après Foïs et Viard qui prenaient manifestement leur pied à jouer des ploucs vulgaires et criardes habillées chez H&M et coiffées avec leurs propre gaz de schiste dans Polisse, voici Vanessa Paradis qui se vante d'avoir osé essayer de s'enlaidir avec les plus grandes difficultés du monde, mission quasiment impossible tant elle est magnifique quoi qu'elle fasse, pour parvenir à être crédible dans la peau d'une femme qui lutte pour s'en sortir, d'une femme normale en fait. Si Dieu existe je le supplie séance tenante de virer sur le champ et à tout jamais ces gens-là, Vanessa Valparaiso, Jean-Marc C.R.A.Z.Y. et consorts de nos télés et, surtout, par pitié, de nos écrans de ciné.


Café de Flore de Jean-Marc Vallée avec Vanessa Paradis (2012)

4 août 2011

Bon à Tirer (B.A.T.)

J'ai "regardé" ça un soir avec Poulpard, je mets entre guillemets parce qu'on n’était pas toujours dedans, mais c'est bien grâce à cela que nous avons tenu tout le film. Pour tout vous dire, nous étions occupés à répondre à un lecteur surexcité. Il s’agit donc du dernier film des frères Farrelly, avec comme souvent un pitch qui se veut plus ou moins accrocheur. Les deux personnages principaux du film sont deux meilleurs amis, Owen Wilson et Jason Sudoku, obsédés sexuels et constamment attirés par les minettes qui passent sous leurs yeux pervers. Ils sont pourtant mariés, l’un à Jenna Fischer et l’autre à Christina Applegate, mais leurs vies sexuelles ne sont plus ce qu’elles étaient. Se rendant bien compte de l’état alarmant de la libido de leurs compagnons, véritables bombes à retardement frustrées par la vie, elles prennent une décision commune : donner un "bon-à-tirer" (expression ô combien affreuse, traduction malheureuse de "hall pass") à leurs maris, pour que leur obsession du cul disparaisse, l'interdit de l’infidélité étant temporairement levé. Pendant une semaine, nous suivons donc les pérégrinations pathétiques de ce triste duo sans relief, guidé par sa seule envie d'enfin réussir à tirer un coup salvateur...


Jouer tout un film les mains dans les poches, c'est une belle performance de la part de Wilson. Mais ça en dit long sur l'implication de l'acteur dans un projet mort-né.

Au-delà du fait que les Farrelly essaient manifestement de cacher leur flagrant manque d’inspiration sous un gros tas de vulgarités et de dialogues très gras dignes du pire de Judd Apatow, l’une des choses qui frappent le plus dans ce pauvre film est la tronche et l'allure pitoyables que trimballe Owen Wilson d’un bout à l’autre. On le sait dépressif et suicidaire, je ne m’acharnerai donc pas sur lui, mais c’est tout de même un peu problématique quand cela transparaît à l’écran dans des films supposés être drôles et légers. Ici, l’acteur ressemble à un vieillard convalescent qui a évité de peu la faux et qui depuis n’arrive plus à retrouver goût à la vie. Le pauvre, il fait vraiment peine à voir. Quant à son acolyte, que dire ? Il parvient à nous faire pouffer une petite fois, lorsque la vulgarité du film est poussée à son paroxysme (la scène du pet qui repeint la baignoire) et qu’il nous offre un regard consterné, apparemment conscient de l’horreur de la situation. Ça reste assez peu en 105 minutes de film, car à l’instar de la plupart des autres œuvres des frères Farrelly, Bon à Tirer a le défaut de durer une bonne demi-heure de trop...


Jenna Fischer est souvent méconnaissable, rendue hideuse par des séances d'U.V. intensives que la blancheur anormale de ses dents met en avant. Quant à Applegate, j'ai eu du mal à la reconnaître, elle a à nouveau changé de tronche !

Habituellement dans les films des Farrelly, il y a au moins une jolie actrice qu'ils mettent plutôt bien en valeur. Dans Fous d'Irène, ils parvenaient presque à rendre Renée Zellweger charmante, ce qui relève du miracle étant donné la façade décrépie de cette comédienne biélorusse (et encore, notez bien que j'ai dit "presque"). Ils ont entre autres filmé Gwyneth Paltrow et Eva Mendes, mais aussi Vanessa Angel (celle qui a émoustillé tous les fans de la série Code Lisa, à commencer par notre bon Poulpard). Dans Bon à Tirer, ils ont Jenna Fischer sous la main, mais ils préfèrent se focaliser sur une pouffiasse australienne blonde sans intérêt apparemment nommée Nicky Whelan. Je parle des comédiens, du fait que c'est pas drôle, etc, vous pourrez penser que c'est pas très poussée comme critique, mais je ne préfère pas m'attarder sur le reste. Y'a que dalle à dire sur ce film, dont même la morale puritaine est affligeante. C'est d'autant plus attristant quand on se dit que les deux personnages principaux sont bien entendu les avatars des frères metteurs en scène. Enfin bref, les Farrelly ne ressortent pas du tout grandis de ce film très souvent abject, bien au contraire. Un film qui confirme l'état déliquescent des ciboulots du duo de Providence après le déjà ridicule Les Femmes de ses rêves... Si ces deux-là donnent enfin une suite à Dumb & Dumber, ils ont tout intérêt à confier les rênes du projet à Jim Carrey, car s'ils se loupent, ils seront numéro un ex-æquo sur ma Most Wanted List !


Bon à Tirer (B.A.T.) de Peter et Bobby Farrelly avec Owen Wilson, Jenna Fischer, Jason Sudeikis, Nicky Whelan et Christina Applegate (2011)

18 février 2011

L'Arnacoeur

Votre fille sort avec un sale type ? Votre sœur s'est enlisée dans une relation passionnelle destructrice avec un acteur porno ? Votre tante est mariée depuis 50 ans à votre Tonton Scefo qui est un vrai connard ? Votre mère s'est entichée d'un fan d'O.J. Simpson ? Aujourd'hui, il existe une solution radicale, elle s'appelle Alex. Son métier : briseur de couple professionnel. Sa méthode : un dentier d'Orang-outan à faire craquer tous les zlips du monde. Sa filmographie : tous les films de Cédric Klapisch et tous ceux de Tony Gatlif. En effet le séducteur en question n'est autre que Romain Duris, et Vanessa Paradis est celle que Duris doit délivrer de son époux idéal, lourdement payé pour ce faire par le père de la dame (que tous les personnages du film n'arrêtent pas d'appeler "la belle", avec parfois la variante "bonne"), grassement payé donc, le Duris, par le père de cette beauté divine qui veut se débarrasser de son futur gendre pour des raisons dont, croyez-moi, tout le monde se fout à mort.


La scène qui m'a fait rêver d'être un énorme gros coiffé d'un bonnet en plein été et pendu à son nokia.

Notre séducteur à la manque s'y refuse d'abord, son éthique lui dictant de ne briser que les couples malheureux afin de libérer les femmes de leur carcan conjugal et de maris minables. Apparemment seules les femmes souffrent de mauvais mariages, c'est bon à savoir. Or il se trouve que Vanessa Paradis a la chance hors-du-commun de vivre le grand amour avec un bellâtre bourré aux as, très appréciable puisque rasé de près et souvent absent, qui l'aime profondément. Duris finit néanmoins par accepter le gros chèque signé du père de Vanessa Paradis pour briser ce couple idyllique car il a besoin d'argent rapport à une ridicule histoire parallèle de malfrats, qui sert de macguffin ultra dispensable à cette triste comédie. Donc tout le scénario va consister à nous faire suivre les péripéties de Romain Duris, enfoncé jusqu'au cou dans sa mission visant à foutre la merde dans un couple de rêve qui n'a rien demandé. Ceci dit on sent bien, assez rapidement, que Paradis n'est pas complètement heureuse dans ce ménage. Pas d'exception à la règle, la femme est triste en couple si elle ne vit pas avec Romain Duris, c'est la leçon du film et du cinéma français depuis 10 ans. Pendant tout le "métrage" on croit deviner que le futur époux de Paradis est en réalité un bel enfoiré, un type louche, une plaie qui cache son jeu sous le fric, un sourire bright et des costars. Eh bien en fait non, c'est simplement qu'il est trop parfait, trop lisse, trop amoureux, que sais-je... Et Paradis finira par tout plaquer pour s'en aller coincer les chicots désordonnés de Duris entre ses propres dents du bonheur, même si ce dernier lui a menti à chaque instant, même s'il arbore d'un bout à l'autre du film des cheveux huileux ou dégoulinants, y compris par temps sec, et même si son personnage a tout l'air d'un vrai débile, histoire de s'éclater dans la vie avec un marsupial hystérique. Encore un film, donc, qui donne de la figure du mari une image obligatoirement désastreuse.


L'actrice préférée des français à côté de Vanessa Paradis.

N'empêche que c'est Noguerra qui donne lieu à la seule scène à peu près marrante du film. Duris engrange toutes les infos qu'il trouve sur Paradis pour tâcher de les mettre à profit histoire de la séduire : elle aime honteusement Georges Michael, elle kiffe Dirty Dancing (LE film préféré de toute femme), et elle n'a plus de sensibilité dans l'épaule gauche depuis un accident de skate (!). Du coup lors d'un repas au restaurant où il hésite sur le menu entre l'âne (Paradis) et le cochon (Noguerra), Duris fait exprès de se renverser de la soupe brûlante sur une guibole qu'il a préalablement protégée pour ensuite déblatérer qu'il n'a rien ressenti car il n'a plus de sensibilité dans cette jambe depuis une chute en rollers (?), ce à quoi Paradis s'empresse de répondre : "Ça alors coïncidence ! Il se trouve que justement j'ai moi-même l'épaule à blanc depuis que je me suis galtée avec mon skateboard". Trivias, correspondances, rapprochement, coup de foudre à Nothing Hill. Mais Noguerra, qui a décidé d'intervenir dans ce dialogue, demande alors à Duris : "Si je te plante un coutelas dans le muscle tu ne sentiras rien ?" Duris acquiesce et l'autre lui plante alors de toutes ses forces 5cm de fourchette dans la mauvaise cuisse. Duris hurle de douleur en la traitant de connasse, et c'est bien la seule fois qu'il prononce une parole à laquelle on adhère. Aussitôt Noguerra réitère l'expérience dans la bonne jambe. Normal. Quoi de plus logique que d'embrocher la première personne rencontrée qui se trouve être paraplégique et donc insensible, ou de déboîter le caisson à quelqu'un qui affirme avoir perdu sa sensibilité dans la joue à cause d'une sieste prolongée avec la tête calée contre l'angle d'une table. Forcément si quelqu'un me dit avoir perdu sa sensibilité dans le bras je vais m'empresser de le lui coincer dans un broyeur à ordures avant de lui trancher carrément la patte, pour voir si c'est vrai. Chouette scène donc. Mais le reste...


Duris qui ne peut pas s'empêcher de se faire remarquer en déféquant sur le dress code.

Pour le reste on ne se marre jamais devant cette comédie d'outre-tombe. Le plus tragique c'est qu'ils ont réuni François Damiens et Julie Ferrier, un duo "comique", pour ça... duo qui tombe à l'eau comme c'est pas permis et qui, acteurs comme personnages, se contente de servir la soupe au duo de stars en faisant un peu peine à voir. Quant à l'aspect romance du bordel... Comment ne pas avoir envie de gerber devant les facéties de Romain "Jigsaw Puzzle" Duris pour séduire cette duchesse interprétée par Vanessa "Far from heaven" Paradis ? Il faut voir Duris interpréter le type fan de musique classique qui va au concert dans un costume blanc trouvé à la Foir'Fouille du coin et qui passe une heure et demi à écouter un morceau de Chopin en mimant très sérieusement (bien que très mal) tous les gestes du pianiste dans le vide, giflant quasiment ses voisins de fauteuils quand les notes partent dans les graves ou dans les aigus. Il faut voir ça. Mais pour assister à ça, à ce génie dramatique, à cette saloperie, il faut aussi endurer le pire couple du cinéma français s'efforçant d'imiter - et ô combien mochement - la scène de danse finale de Dirty Dancing dans une comédie romantique qui s'inspire en tous points des pires films américains actuels et qui pour ce faire cite et pompe douloureusement et directement de drôles de classiques d'outre-atlantique pour un résultat purement macabre. Quel spectacle... Et les critiques et journalistes de tous horizons qui se félicitent qu'une comédie romantique française contemporaine parvienne enfin à ressembler à une comédie romantique américaine contemporaine... comme si on n'en voyait pas déjà assez, et comme si c'était un modèle à suivre.


L'Arnacoeur de Pascal Chaumeil avec Romain Duris, Vanessa Paradis, François Damiens, Helena Noguerra et Julie Ferrier (2010)

19 mars 2008

Julia

Dix ans après le phénomène La Vie rêvée des Anges, voici Julia, le film qui marque le come back tant attendu d'Erick Zonca sur grand écran. Son nom étant tout à fait imprononçable pour les américains, Erick Zonca a choisi de se faire désormais appeler Rick Zon-K et donc de suivre l'exemple de Jean-Marie Poiré, qui avait dû transformer son patronyme en Jean-Marie Gaubert à la sortie du remake US des Visiteurs.

Une anecdote amusante raconte que quelques mois après son arrivée à L.A., Zon-K aurait croisé Timmy Burton dans un bar et l'aurait directement inspiré pour l'écriture du scénario de Charlie et la Chocolaterie où un dénommé Willy Wonka, clin d’œil très appuyé au réalisateur franco-ricain, se retrouve en proie à une bande de gosses dégénérés dans une fabrique de boîtes de conserve. L'amitié entre les deux hommes n'a hélas pas duré, et je vais à présent vous expliquer pourquoi. Vous n'êtes pas sans savoir que le fameux couple Johnny Depp - Vanessa Paradis a fourni la modique somme de 350 millions d'euros à un hôpital anglais en guise de récompense et de remerciement pour avoir su soigner leur fille Lily Rose de ce qu'ils pensaient être la peste jaune alors qu'il s'agissait d'une simple allergie aux poils du chat mort dégueulasse que trimballe sa mère Vanessa en permanence sur la tête. Or, au même moment, la fille de Zon-k était également l'une des patientes de cet hôpital anglais. Et il se trouve que les nombreux médecins ont préféré s'attarder jour et nuit sur le cas de Lily Rose afin d'obtenir le chèque promis par Depp, délaissant clairement la fille de Rick Zon-K qui souffrait pourtant d'une maladie bien plus grave (une tumeur foudroyante qui transforma littéralement la gosse en paillasson humain). Après l'encaissement du chèque signé M. Depp Jonathan, l'hôpital s'est converti en casino de luxe, et le cadavre de la fille de Zon-k fut retrouvée lors des travaux. Tenu au courant de l'affaire par le journal Voici quelques temps après la mort de sa fille unique alors que le deuil n'était pas entièrement passé, Zon-k a pris pour cible Johnny Depp en le traitant de tous les noms d'oiseaux au journal de 20h de Claire Chazal où il était invité à l'occasion de la sortie dvd d'un documentaire sur les châteaux cathares dont il avait assuré la partie audio. Regardant justement la télé à ce moment-là car Mars Attacks! était programmé juste après, Timmy Burton fut pétrifié, prit son téléphone portable et composa le numéro de Rick Zon-k pour lui dire de ne plus jamais foutre les pieds dans son bar préféré de L.A., lieu de leur rencontre si vous avez bien suivi, car il pourrait bien en ressortir avec les ciseaux d'Edward au mains d'Argent plantés dans le front.



Voilà. Tout ça pour dire que le scénario de Julia fut écrit par Zon-k dans cette ambiance poisseuse, suite à la perte de sa gosse justement prénommée Julia. Il s'agit d'un hommage direct à sa fille qui a terminé en peau de mouton. Pendant l'écriture douloureuse de cette histoire aux mille rebondissements, Zon-k a tout simplement essayé d'imaginer ce que serait devenue sa fille 30 ans après sa mort, c'est-à-dire à l'âge de 40 balais. D'après lui, ça ne fait aucun doute, elle aurait très mal tourné. Julia est une vieille alcoolo très laide et désespérément détraquée. Elle-même considère n'avoir qu'une seule qualité : plaire aux hommes. Elle ignore que c'est uniquement parce qu'elle est une femme facile et que certains hommes n'attendent que ça pour se soulager. Après avoir perdu son job, Julia ne trouve rien de mieux à faire que kidnapper un gamin pour demander une énorme rançon à son grand-père plein aux as. Julia nous raconte donc la triste épopée d'une femme bête comme ses pieds dont chaque décision est un renoncement à la réflexion. Elle finit au Mexique, un pays dont Zon-k nous dresse un portrait alarmant, à l'instar de Kreuzpaintner dans Trade dont je vous ai parlé récemment. Un pays où un gamin ne peut pas rester seul cinq minutes car il finit forcément kidnappé par des types qui ne rêvent que de pognon facile. C'est évidemment ce qui arrive dans Julia. Des mexicains foncièrement méchants kidnappent un enfant kidnappé ! Le gosse se retrouve doublement kidnappé. Et le spectateur, qui en a tellement ras-le-cul de cette histoire qui n'en finit jamais, a à peu près la même impression. Zonca nous amène dans un état de lassitude et de découragement rarement atteint. Le générique de fin est une véritable délivrance.


Julia de Erick Zonca avec Tilda Swinton (2008)