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9 juin 2024

The Killer

En 2023, David Fincher est fatigué. Au bout du rouleau, il cherche à retrouver l'essence du cinéma après l'expérience éreintante du tournage de Mank, réalisé dans l'ombre paternelle dont il essaie de se défaire depuis sa plus tendre enfance. Libéré du joug des studios, mais auréolé, comme les plus grands (Cuaron Scorsese, les frères Coen, Gastambide), de la pleine confiance de Nietflix, Fincher se relance. C'est sans aucune vision artistique, sinon celle de réaliser un bon film, que le pape de Los Angeles se remet le pied à l'étrier. Lors de vacances parisiennes, ses pas le guident vers un bdiste de quartier où il pioche au hasard, à l'aveugle, quitte à faire tomber tous les rayonnages et à provoquer les foudres du tenancier, qui n'aura pas reconnu le faciès rasé à blanc et blanchi à la chaux du grand manitou d'Hollywood devenu le seigneur des plateformes et la caution artistique des plus vils requins de la planète. Sa main molle, répandant des effluves appuyés et obsédants d'aftershave, tombe sur la tranche de Le Tueur, dont le titre ridicule ne le dissuade pas et lui rappelle même ses premières réussites : les thrillers qui ont fait de lui un lord du 7ème art. Le génie est en confiance. 
 
 
 
 
Dès le premier soir de lecture sous la couette, il envisage un storyboard scrupuleusement basé sur les planches de la bd. En éteignant la lumière, Fincher peine à trouver le sommeil, voit le film se dérouler dans le noir telle une aurore boréale fantasmatique, et sait de quoi sa matinée sera faite. C'est sans compter, en pleine nuit, sur un réveil brutal : David a trois idées qu'il griffonne à la lumière de son smartphone (son carnet de notes appartient désormais au passé). Il pense notamment au casting : Michael Fastbender lui vient en premier, qui acceptera très vite, n'ayant rien d'autre à faire cette année-là, et n'ayant surtout pas peur du tout des scénarios très lacunaires et inachevés (comme le prouve toute sa filmographie), à condition de pouvoir porter son bob sur l'affiche, puis suit le nom de Tilda Swinton, qui dira oui aussi par erreur de retour de mail, et Christopher Lee, qui préfère décéder que jouer dans le film.
 
 
 
 
Le résultat de tous ces flashs, c'est un film qui vous endort sur place. On en ressort comme d'un cours de 2ème semestre de philo, en Terminale, dispensé par Monsieur Vigoureux-Smith, le lundi matin de 8h à 12h, après lequel on espère que la semaine est finie alors que c'est encore le milieu du lundi. Qui a vu ce film jusqu'au bout, en dormant les yeux grands ouverts, peut se qualifier de "méditant". Habitués à voir plus de matière, les critiques sont sortis déçus de ce pensum ridicule et lénifiant lorgnant vers le déjà maigre quoique culte Samouraï (Le) de Jean-Paul Melville tout en rendant un hommage appuyé au film de chevet du cinéaste Fincher, cinéaste coprophage : Fight Club. On ne citera qu'une plume, particulièrement acerbe et inspirée à la fois : "C'est le son de Fincher qui s'enfonce la tête dans son propre cul, entend les grondements de ses gaz intestinaux et décide de les partager avec le monde", assassinat en règle signé Jacques-Jean Smicard dans sa notule facebook sur le film. On ne résiste pas à la tentation d'en citer quand même une autre, issue de cet article que vous lisez en ce moment et prélevée ci-après, dont on apprécie l'absurde originalité et le flair astucieux : "J'ai tapé Fincher et génie dans google, et tous les résultats de la recherche associée barraient le mot génie".
 
 
The Killer de David Fincher avec Michael Fastbenber et Tilda Swinton (2023)

16 mars 2021

Mank

Le film dure 2h15 ou 15h2 ? Y'a un truc pas clair... En tout cas pour nous le temps ressenti c'est bien la moitié d'une journée qu'un malfrat nous aurait forcés à passer ligotés dans une cave insalubre uniformément grisâtre dont on distinguerait mal les contours architecturaux et la profondeur réelle... Où sommes-nous projetés ? Dans le sous-sol du monde ? Un lieu très net (8K) mais indiscernable à la fois, composé d'anti-matière et d'une surcharge de neutrons arrêtés dans leur course par le maître des clés et du temps en cette dimension perdue, le maniac cop David Fincher. On ne s'était pas autant fait chier depuis notre dernière leçon de Code, ou lors du mariage de ce cousin éloigné où Tonton Scefo a fini par faire basculer la longue table du vin d'honneur – non pas qu'il était fait, l'alcool pour une fois n'y était pour rien, il est simplement tombé raide de sommeil, du sommeil du juste –, la faisant basculer vers lui et transformant tous les tacos et verres de rouge en projectiles de catapulte, et bientôt en un tapis merdeux et pimenté projeté sur la robe de la mariée façon Jackson Pollock dans un remake sordide de Carrie au bal du diable. 
 
 
Nous devant Mank, à la recherche d'un peu de lumière et de chaleur

C'est difficile d'enchaîner après ça. D'autant que cette soirée de mariage est un paradoxe en soi, étant donné que l'ennui prodigieux éprouvé pendant toute la cérémonie a précisément abouti à un feu d'artifice de tacos bell qui a transformé ladite soirée en une merveille qu'un photographe méticuleux a su immortaliser dans un album de famille plus proche du Nécronomicon que d'un catalogue photobox lambda. Mais revenons au film. On a parlé de la grisaille générale, mais que dire des mentions "Extérieur jour" inscrites à l'écran au début de chaque scène, qui nous rappellent qu'on est devant un biopic sur un scénariste à la manque, ou de ces cigarette burns qui rythment les séquences avec une régularité de métronome (certains pourront se toucher l'entrejambe en calculant le perfectionnisme légendaire de notre sinistre Fincher, qui a dû s'emmerder à les caser toutes les tant de minutes, équivalant à la durée des bobines de pellicule de l'époque, alors que son film est un renoncement au cinéma sur fond vert dégueulasse pensé pour être vu sur des écrans de smartphones).
 
 
Nous après Mank, bien décidés à profiter de la vie
 
Fincher est un malade. C'est acquis. Et bizarrement c'est mis à son crédit, c'est une médaille à son revers, c'est une couronne sur son crâne lustré à mort d'addict au Head&Shoulders. Vous avez vraiment cru qu'on a réussi à envoyer un robot sur Mars ? Que dalle, le petit Persévérance à roulettes est juste allé faire un ride sur le crâne désertique et morne de David Fincher, où il y a aussi peu de vie et d'enthousiasme que sur les collines martiennes... Le visage de Mars ? Juste quelques pellicules 36mm parmi la toison clairsemée d'un cinéaste trop attaché à la propreté pour être honnête. On connaît tous des gens chez qui, dès que la porte est passée, on se fait fusiller du regard si on ne retire pas fissa ses deux pompes : chez Fincher, à peine arrivé sur le seuil de son manoir maudit, il faut retirer ses godasses, ses soquettes, rester une demi-heure dans un pédiluve blindé de Garra rufa morts de faim et modifiés génétiquement par les laboratoires Pfizer pour résister à la javel et au chlore, quand il ne demande pas tout simplement à ses hôtes de se retrousser la peau des pieds pour ne pas faire de traces sur son carrelage. 
 
 


Or, quand ce type un brin psychorigide demande à son actrice (Amanda Seyfried, à ne pas confondre avec Emma Stone ou avec un quelconque poisson-chat) de rejouer la même scène muette 200 fois, flinguant le calendrier de tournage pour toute une semaine et se torchant allègrement avec le code du travail (et pour Fincher c'est un minimum, il flingue un code civil de papier cul à chaque fois qu'il en coule un), tout le monde applaudit, trouve ça merveilleux, parle de "perfectionnisme", de "souci du détail", de "rigueur folle", de "passion de la précision", alors qu'on a affaire à un simple taré. Normalement, ça se termine aux prudhommes, les mains liées par un collier de serrage serflex tiré jusqu'au sang par un flic qui a payé son abonnement Netflix pour se vider le bulbe après une journée à briser des tibias de Gilets Jaunes, et qui n'a vu que le premier quart d'heure de Mank mais qui a passé le reste du film à essayer de taser son écran pour mettre un peu d'électricité dans tout ça et voir quelques images en technicolor. 
 
 

 
 
Au tribunal, Fincher aura bien du mal à se dédouaner, mais il mentira pendant des plombes, car c'est un menteur, il l'a prouvé en fomentant un tissu de mensonges plus gros que lui à propos de la genèse du script de Citizen Kane (œuvre dont cinq secondes prises au hasard dépassent tout ce qu'il a fait et fera dans sa vie). Un mensonge répété pendant plus de deux heures en noir et blanc, avec un sérieux de pape et des acteurs déblatérant des dialogues mortels, n'est pas une vérité. Préférez la version avec Liev <3 Schreiber.


  
 
Mank de David Fincher avec Gary Veryoldman et Amanda Seyfried (2020)

12 octobre 2014

Gone Girl

Même si j'essaierai de dévoiler le moins possible de l'intrigue particulièrement retorse du nouvel opus de David Fincher, je conseille d'emblée de passer leur chemin à ceux qui comptent le voir bientôt et désirent se réserver un maximum de surprises. Pour ma part, j'ignorais totalement où le cinéaste allait me mener et c'était très bien comme ça, cela m'a permis de passer un chouette moment. Je savais simplement que Ben Affleck allait se retrouver dans la tourmente suite à la mystérieuse disparition de sa femme, incarnée par Rosamund Pike. C'est tout. Et c'est bien tout ce que nous dépeint tranquillement la première partie du film durant laquelle Ben Affleck, mari infidèle que toutes les preuves accablent, se retrouve progressivement pris dans l'étau. Une première partie prenant son temps, un peu longue, mais nécessaire pour nous faire mordre à l'hameçon avant que la mécanique perverse ne se mette en marche...




Je diviserai en effet ce long métrage (2h25 au compteur) en deux grandes parties, légèrement déséquilibrées mais bien distinctes : le début, autrement dit la première partie, assez courte mais qui paraît longue, puis tout le reste, c'est-à-dire la deuxième partie, nettement plus longue mais qui paraît courte, dont je situe le début, le commencement, à partir du moment où la disparue refait surface. C'est là que le film prend une nouvelle tournure, une autre dimension, que sa construction s'alambique, se disjoint, tout en restant parfaitement limpide et cohérente. Il y a pourtant bien un moment charnière délicat où David Fincher joue avec le feu et où j'ai failli perdre pied. Ce passage durant lequel Rosamund Pike, en voix off, nous éclaire considérablement le script et change radicalement notre perception des événements passés. C'est bien l'un des seuls moments où notre as de la caméra tombe un peu dans la facilité, à coups de monologues et de flashbacks explicatifs, procédés assez maladroits mais bien pratiques pour se dépêtrer d'une scénario tordu au possible.




Gone Girl trouve ensuite son agréable rythme de croisière et réussit à surprendre très régulièrement, gardant toujours un léger temps d'avance sur nous. On se laisse ainsi manipuler et prendre au jeu avec un plaisir évident. Deux personnages évoluent alors en parallèle, l'un, en solitaire, lancé dans sa folie effrayante et entièrement calculée, l'autre, très entouré, guidé par sa volonté tenace et tout aussi réfléchie de se défendre coûte que coûte. Deux trajectoires qui parviennent à intéresser tout autant. On rigole même à l'occasion, surtout dans la dernière partie (car oui, on pourrait aussi scinder tout ça en trois, avec un ultime chapitre correspondant au retour au bercail de la disparue...), où le grotesque de la situation paraît totalement assumé. On nage alors en plein délire, comme lors de cette scène d'interrogatoire improvisé à l'hôpital, dominée par l'actrice fraîchement réapparue, intouchable, sur son nuage. 




David Fincher s'amuse et nous avec lui. Il délaisse les effets de style outranciers et souvent agaçants de ses précédents films pour une mise en scène élégante et fluide, ne se lâchant que le temps d'une scène de meurtre particulièrement gore et graphique, bien de son cru, qui intervient dans ce qui pourrait être considéré comme une sous-partie au sein de la deuxième partie (dans le cadre de ma théorie des deux grandes parties uniques). Le générique d'ouverture, d'une sobriété et d'une simplicité rares pour un Fincher, annonce bien le style. La bande originale signée par l'habituel duo Trent Reznor et Atticus Ross ne gâche rien à la fête, elle contribue grandement à donner au film son atmosphère détachée de la réalité, aérienne, survolant des bulles déconnectées de notre monde, habitées par des égos improbables. Le savoir-faire de David Fincher permet de nous faire avaler un scénario compliqué, écrit par un malade complet sans doute très malheureux en ménage. Gone Girl trouve également son salut dans une ironie et un cynisme sous-jacents qui permettent d'accepter le comportement et le caractère tout à fait invraisemblables de personnages empêtrés dans leurs nombreuses contradictions, leur narcissisme sans limite et leur désir souverain de sauver les apparences, car il n'y a bien que ça qui compte désormais, les apparences. 




Et quand je parle de personnages invraisemblables, je fais bien sûr surtout allusion à celui campé par la blonde Rosamund Pike qui entre directement au Panthéon des plus grandes timbrées jamais filmées. L'actrice, qui n'avait jusqu'alors pas prouvé grand chose et s'était le plus souvent contentée de promener sa beauté lisse et glacée devant la caméra, est vraiment remarquable dans ce rôle impossible qu'elle participe à teinter d'un humour mordant par ses expressions chafouines et son charme ambivalent. Un personnage qui risque de longtemps lui coller à la peau... Car s'il y a bien une image qui reste en mémoire, c'est celle de son regard indéchiffrable, à la fois doux, menaçant, fragile et supérieur. Troublant. Quant à l'inénarrable Ben Affleck, dont on pouvait légitimement se demander s'il était à même de porter un tel projet, l'inertie terrible qu'il dégage dans la première partie agace d'abord, avant de totalement faire sens avec son personnage de léger tocard, d'homme piégé, dépassé par les événements et, finalement, infantilisé, prisonnier, coincé. Flasque, nonchalant, indécis, atone, comme à son habitude, l'acteur, qui dit s'être inspiré du cas Michael Peterson, assure malgré tout, son jeu ne donne pas l'impression d'être très travaillé tant son aura naturel est parfaitement exploité. Ben Affleck apparaît idéalement choisi et trouve peut-être son plus grand rôle. Big up !




Sans rentrer dans une analyse approfondie du regard que porte notre ami Fincher sur l'amour, le mariage, les médias, ou que sais-je, sans resituer précisément le film dans sa filmographie pour mieux en souligner les nombreux liens et récurrences thématiques (je tiens tout de même à reconnaître que j'ai été sensible à la présence, en guise de clin d’œil réconciliateur, du fameux chat roux d'Alien, que le réalisateur avait injustement évincé de sa suite par pure insolence juvénile, provoquant la colère des fans), je dirai simplement que Gone Girl est un thriller haut de gamme, jubilatoire, maîtrisé et bien fichu, comme on en voit, hélas, trop rarement. Il s'agit sans doute du meilleur film de son auteur. A vrai dire, l'un des seuls qui m'ait pas foutu à cran !


Gone Girl de David Fincher avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Kim Dickens, Carrie Coon, Neil Patrick Harris, Tyler Perry et Patrick Fugit (2014)

10 octobre 2014

Alien 3

Il est toujours difficile pour nous d'aborder la sortie d'un nouveau Fincher. Pas tellement par crainte de ne pas piger le titre, ni de découvrir des goofs insensés, ou de se retrouver nez à nez avec Mr. Tissier, le dentiste de Limoux, sosie officieux de La Finche, qui voulait absolument combler mes dents du bonheur en quatrième, alors qu'elles font "mon charme" selon les meufs. Non, s'il est si difficile de se rendre dans une salle obscure pour un nouveau Fincherman friend, c'est parce que Le Mal, un ami très proche de notre mentor Le Tank, a perdu la vie lors de l'avant-première d'Alien 3, ou Alienε, à l'instant même où Sigourney Waffer se jetait dans les flammes. Le Tank se plait d'ailleurs à raconter cette anecdote selon laquelle à l'enterrement, où chacun répétait "Il est parti trop tôt", il avait trouvé bon de rétorquer "Trop tôt, trop tôt, il s'est quand même fadé 2 heures de péloche...". Il faut quand même préciser que Le Mal était aveugle et sourd, "Mais hélas pas muet !", renchérit Le Tank...


Une vue de la plage où les parents du Mal ont échoué après le Vietnam...

Le Mal ne devait ce sobriquet qu'à son état civil. En effet, ses parents vietnamiens, boat-people fraichement débarqués en Lorraine par l'intermédiaire du Tank, avaient eu le malheur de déclarer leur enfant devant l'employée de mairie de Thionville, ouvertement raciste. Ils proposèrent le prénom "Max" (qui sonnait américain, ce qui devait les protéger), mais la secrétaire crut entendre "Marc", ce à quoi les parents répondirent "Non, non, c'est entendu mal" avec un accent à couper au couteau. La chargée de l'état civil, un poil procédurière, leur annonça alors que le "Mal" était fait, et en cela devenait le prénom officiel de l'enfant, en vertu de la règle dite du photomaton "La deuxième photo sera la bonne, de toute façon pas le choix". Pas rancunier, Le Mal s'asseyait quelques 20 années plus tard au guichet de cette même mairie, vivant une existence plutôt paisible, laissant la vie de débauche au Tank, le sauveur de ses parents, qui avait pourtant pris le "petit malin", comme il aimait à l'appeler, sous son aile.


Chez Lerouge, les meilleurs rillons de porc de Lorraine !

Mais un malheureux accident de la vie allait tourner irréversiblement Le Mal vers le malin, au grand plaisir de notre mentor... Victime d'un faux pas et d'un clebs un peu trop collant lors du montage de sa véranda, Le Mal s'encastrait dans la baie vitrée, entre les deux yeux, devenant définitivement aveugle. Entré dans une rage folle après qu'on lui ait signifié qu'il ne pouvait plus officier à l'accueil des nouveaux Thionvillois, le Mal sombra définitivement : il se mit à fixer le Soleil chaque jour durant de longues heures, bien décidé à devenir sourd... "Appelez moi Alain Keller !", vociférait-il. Le Tank exauça finalement le vœu de celui qu'il avait vu naître (littéralement), en hurlant dans un mégaphone porté successivement à ses deux oreilles "Tu fais quoi p'tit malin ? Tu regardes les étoiles couillon ?". Après cette nuit, Le Mal pouvait enfin jouer au dur, prétendant devoir son infirmité à la guerre en Afghanistan, celle-ci n'ayant pourtant pas encore eu lieu...


Charles Dance n'est pas verni : après s'être fait bouffer par un Alien, son personnage de Tywin Lannister se fait assassiner à l'arbalète par son propre fils dans le dernier épisode de Game of Thrones *spoiler off*

Le Tank, voyant enfin son protégé marcher dans ses pas, devenait alors son meilleur et, à vrai dire, seul ami. Le Mal croyait correspondre avec lui en morse (code qu'il ne maitrisait pas), tandis que le Tank s'amusait seulement à le malmener en lui envoyant des coups de lattes dans les cuisses avec sa jambe de bois. Un beau soir de 1979, après une exténuante journée de roadtrip dans la campagne mosellane et alors que le Tank ruinait une nouvelle fois le jambon de son pote, le Mal déchiffra dans la souffrance le message que lui envoyait son terrible ami : "taaak... taktaktaktaktaktak... tak, tak, tak, taaaaak". Traduction : "On se fait une petite toile ?". Réponse : "J'vois que dalle et j'entends rien, tu me prends pour un con ?". Taktaktaktak ratatatatatatak. "Bon allez, banco, j'te suis !".


La derrière échographie du Tank avant son opération de l'appendicite... Pas de nouvelle du médecin...

C'est ainsi que le Tank et le Mal se retrouvèrent devant Alien, après une course d'éclopés pour choper du popcorn avant le début des pubs. Le Mal se découvrit alors une vibrante passion pour le ciné... Surtout le ciné avec du gros son, comme cette stéréo six pistes qui officiait sur l'opus de Ridley Scott. A chaque moment de tension, de vibrations, on pouvait entendre Le Mal suffoquer, s'étrangler, lâcher des "OOOOOOH PUTAIN", "Vous l'avez senti ?", "Raaaaah c'est boooohonhon", "Puissaaaaant". Invariablement, la salle sortait exaspérée, à bout, devant un Tank hilare, qui profitait du générique pour labourer le flanc droit du Mal en mode "On se casse, c'est fini le film !",  qui était systématiquement reçu par un "Attends... y'a surement un bêtisier..." plein d'espoir. En plein essor de cette merveille technologique qu'était la VHS, le Mal s'était offert une petite télé de "9 pouces/ongles, je sais plus...", uniquement pour pouvoir la raccorder à son magnétoscope, mais surtout au système de son Philips haute fidélité afin de profiter de ces trois K7 vidéo : Alien, Aliens et E.T...


Le chant du cygne de Ripley, le dernier râle du Mal...

Malheureusement tel Boris Vian, fauché dans un cinoche devant une adaptation de son œuvre, c'est devant Alien 3, ce film maudit à tous les niveaux, sur un ultime "raaaaaaaaaaaah", un saut de Sigourney dans le vide, une piste Dolby Surround réglée un peu fort que Le Mal s'est soudainement éteint. Les médecins légistes n'ont jamais su élucider les circonstances de sa mort, mais le Tank jure avoir vu Le Mal se tourner vers les chiottes vers une heure et demie de film. "Je ne sais pas ce qu'il avait, mais il était parti vomir, comme une meuf enceinte. J'ai mis ça sur le compte du dégout devant ce qui avait été fait des deux premiers films... Mais maintenant que j'y repense, je me dis que je ne crois pas aux coïncidences...".

Depuis ce jour-là, le Tank s'empresse de voir tous les Fincher, "pour se vider la tronche". Pour s'exorciser aussi, peut-être. Nous, on a toujours peur d'y entrer avec lui, on ne sait jamais ce qui pourrait sortir de son bide...

† RIP LE MAL †


Alien 3 de David Fincher avec Sigourney Weaver, Charles Dance, Lance Henriksen, Pete Postlethwaite et Charles S. Dutton (1992)

11 juillet 2014

The Game

The Game de David Fincher est un labyrhinthe, une mise en abyme, bref un film de ouf avec Michael Douglas et Sean Penn. Parler de The Game me rappelle que j'ai un ami, je dirais plutôt un Mentor, surnommé Le Tank, de son vrai nom Konrad O'Toole, vétéran du Viet-Nâm, "espion" à la solde de la CIA et "addict" à toutes les drogues légales et illégales répertoriées par la FDA (Food and Drug Administration). Le Tank a en effet la particularité d'avoir un gros faible pour Sean Penn (qu'il orthographie Shawn Penn) depuis qu'il a vu Outrages, à tel point qu'il avait nommé son premier chien Shawn Penn, qui fut suivi de Shawn Penn II, Shawn Penn III etc... Il est aussi atteint d'un certain fanatisme par rapport à l'oeuvre de David Fincher, Fight Club et Seven étant parmi ses films de chevet, le premier parce qu'il lui rappelle le Viet-Nâm, le second parce qu'il lui rappelle l'Indochine. Alors quand j'ai vu que The Game commençait à peine l'autre soir à la télé, je me suis empressé d'envoyer un sms au Tank : "TheGame frnce4 maintnt SeanPenn!". La réponse du Tank ne se fit pas attendre : "Suis devant. Terrible. DommageVF". Puis plus de nouvelles pendant quelques jours, normal car le Tank a besoin d'un moment pour "digérer" une séance signée Fincher, d'autant plus quand c'est avec Sean Penn. Puis il m'a envoyé un long mail que je vous retranscris tel quel ci-dessous.




Salut petit con,

Il m'a fallu du temps pour t'écrire ça, tu sais que je suis pas très littéraire comme gars, je préfère le face-à-face pour exprimer mes idées, surtout qu'un coup de latte est souvent plus efficace qu'un long discours. Comme le dit le proverbe, "ne fais pas confiance aux mots, fais confiance aux actions". Je voulais te raconter une de mes petites "escapades", rapport au film The Game. Tu sais, le cinéma de David Fincher et moi, c'est une histoire amour-haine, rappelle-toi quand on a maté ces merdes-la, Social Network et Zodiac. Fincher il se plante quand il veut raconter un truc compliqué, il est bon quand il raconte que dalle comme dans Fight Club, ou Seven qui m'a rendu fou à l'époque. J'ai failli devenir serial-killer après ça ! Alors quand The Game est sorti, j'étais à cran, il fallait que j'aille le voir dès sa sortie ciné, question de vie ou de mort.




Pour "en profiter pleinement", j'avais économisé, mis de côté pour pouvoir me payer la séance en VO de ce film, une séance qui m'a presque foutu sur la paille, rapport au supplément "version originale" qu'ils tarifaient le prix de deux places, les salops. Un jour, je me ferai un de ces exploitants qui nous prennent pour des vaches à lait pour "faire un exemple". Quand je pense aux exploitants, j'ai mon "membre fantôme" qui me démange, ça me rappelle le Viet-Nâm, et c'est pas un compliment ! Tu sais, il faut de la tristesse pour comprendre la joie, du bruit pour apprécier le silence et surtout l'absence d'un bras pour s'apercevoir du manque de sa présence.




Pour en revenir à mon histoire, je suis allé au ciné de la grande ville la plus proche de chez moi, le seul qui passait la VO, à Troyes, dans un multiplexe flambant neuf, le Ciné City, trop beau comme endroit : un bowling, un MacDalle et un ciné, tout ça au même endroit ! J'ai dû prendre le bus de mon village, celui qui passe une fois par semaine, ce qui tombe mal ! Le bus passait le mardi et le film était diffusé uniquement le jeudi :( Résultat, j'ai aussi pris ma tente Igloo Quechua pour aller camper en bord de Seine, pas loin du multiplexe. Le problème, c'est que mon fauteuil roulant a eu un mal de chien à rentrer dans le bus et personne n'a pu m'aider vu qu'il y a que des vieillardes qui prennent ce bus. Ça a été une galère, mais comme me le disait feu mon père (lui qui a fait le D-Day sur une jambe) au sujet de son cinéaste favori "À en perdre haleine, je foncerai toujours voir le dernier Woody Allen". C'était un putain de poète mon père, accro à Woody Allen comme je le suis de Shawn Penn. Il a trépassé devant Celebrity, c'était le film de trop pour lui. On n'a pas réussi à le sortir de son fauteuil tellement il s'était accroché aux accoudoirs. Il parait qu'on meurt comme on a vécu, c'est totalement exact pour mon père, il est mort "à cran"... On l'a enterré avec son fauteuil, ça a fait des frais supplémentaires pour ma pauvre maman. Fumiers d'exploitants...




J'en reviens à mon histoire. Durant mon petit séjour en bord de Seine, j'ai fait la connaissance de quelques personnalités troyennes, tu sais, celles que les troyens respectables préfèrent ignorer. Certaines de ces personnes sont à éviter, crois-moi, heureusement que j'avais mon flingue à portée de main ; j'ai toujours mon flingue, il me sert de bras droit de substitution. Un de ces "originaux", qui trainait autour de ma tente, s'en souviendra toute sa vie... S'il a survécu à cette balle que je lui ai envoyé droit dans son rein gauche... Dans sa fuite sanglante, il a laissé son chien. Qui est devenu mon chien, Trafalgar. Ça tombait bien car je venais de perdre Shawn Penn VI dans un bête accident de ski. Trafalgar ! Dès que je l'ai vu ce nom a tilté dans mon crâne, faut dire que j'étais "blindé" à ce moment-là. Et donc Trafalgar parce que je suis un fan de l'amiral Nelson (comme moi il a perdu de nombreux morceaux de son corps mais il n'a jamais cessé de se battre !). Enfin, quand est venu le jour et l'heure de ma séance de The Game, je m'y suis rendu avec mon désormais fidèle Trafalgar. Il a fallu un peu que je le "travaille" avant qu'il m'obéisse, ça a été court et intense, mais il s'est soumis. Je ne sais pas s'il a été heureux avec moi mais il a été soumis...




Pour continuer mon histoire, je suis arrivé au multiplexe avec une heure d'avance, de peur de ne plus avoir de place et pour profiter du meilleur emplacement handicapé de la salle (dans notre communauté d'handicapés on se connait bien et je savais qu'il y en avait deux ou trois du côté de Troyes qui avaient planifié d'aller voir le film uniquement pour me faire chier. En parlant de notre fière communauté, je connais bien Oscar Pistorius, c'est un pote, je lui ai tout appris sur le maniement des armes et sur ce qu'il faut faire en cas d'intrusion de cambrioleurs...). Et là j'apprends que le film ne passe qu'en VF ! Pas VO mais VF ! J'ai procédé à la méthode Coué pour ne pas sortir mon flingue et écrire l'Histoire... Donc, bon, pas grave, même si je me faisais un plaisir d'écouter la voix de baryton de Shawn Penn et la voix de crécelle de Michael Douglas... J'ai utilisé les sous supplémentaires pour acheter une place à Trafalgar parce qu'ils n'ont pas voulu croire que c'était un chien d'aveugle. Faut dire qu'il est borgne, mais je continue à croire que ça aurait pu passer si j'avais été dans la file de gauche, celle du caissier qui avait l'air sacrément con. J'ai préféré la file de droite, avec une puuuuure bonnasse à la caisse. Elle avait des einss, je t'en parle même pas ! Tellement gros et ronds qu'elle devait les poser sur le comptoir pour soulager son dos ! Et une tronche de puuuuuure s******, à tel point que même Trafalgar en a été ému, tant et si bien que j'ai dû faire croire qu'il avait 5 pattes. C'était un peu gênant quand même mais on s'est bien rincé les mirettes au moment de payer. J'ai fait faire le beau à Trafalgar pour qu'il puisse la voir de plus près. Ça a été une erreur presque fatale, on a failli se faire embarquer par la sécu, tout ça parce que je pensais qu'on aurait droit à une ristourne si on faisait assez pitié. Quelle femme sans coeur :(




Une fois dans la salle, à cause de toutes ces émotions et les deux nuits précédentes à veiller pour protéger mes maigres biens, je me suis assoupi et j'ai rien vu du film. Mais pendant mon sommeil je l'ai ressenti tout au fond, ça m'a fait un drôle d'effet. Je l'ai pas vu avec mes yeux mais je l'ai vu avec mon coeur, toutes les émotions étaient là, prégnantes. Et Shawn Penn m'a encore ébranlé, à tel point que Trafalgar se mettait à aboyer quand il sentait que l'émotion me submergeait devant sa performance habitée. Ce type c'est un roc, si on l'avait eu au Viet-Nâm, on s'en serait mieux sorti, je te le dis.



 
Bon je te laisse, faut que je sorte Trafalgar III sinon il va encore saloper mon tapis. Tu sais, à l'époque de The Game j'en menais pas large et j'ai eu quelques "confessions intimes" avec mon flingue. J'avais perdu mon dévoué Shawn Penn VI, j'étais seul. Et Trafalgar a croisé mon chemin comme si c'était écrit. Ce chien m'a donné une nouvelle raison de vivre, de goûter à la joie de faire des promenades, de humer l'air frais et pas uniquement celui de mes pets. Heureusement que j'ai tremblé la première fois que j'ai vu ce chien, sinon il aurait une balle entre les deux yeux et je serais encore seul... Ou j'aurais utilisé mon flingue... Tu ne peux pas faire la même erreur deux fois, car la deuxième fois c'est pas une erreur c'est un choix. Bref, tout ça c'était écrit, c'est l'émotion qui a fait son taff.

Au fait j'espère que tu ne traînes pas autour du Stadium sinon tu vas passer un sale quart d'heure, y a "Petit Caramel" qui a été remis en liberté.

A+
Ton Mentor




PS. Une petite question pour toi : tu sais comment revoir le Canal Toofball Club sur internet ? J'ai pas mal cherché mais je ne trouve rien même si je suis sans doute la personne qui correspond le moins à la définition du gogol. Je suis sûr que cela ne pose aucun problème à un pro comme toi. Passe me voir à l'occase, j'ai trouvé des vidéos "borderline" pour ton anniversaire, historik chacal.


The Game de David Fincher avec Michael Douglas et Sean Penn (1997)

15 février 2012

Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Nom de code : Poulpard. Profession : pigiste freelance deluxe. Mission : aller voir Millenium. C'est en effet à moi que l'on a donné la mission d'aller voir ce film, les deux rédacteurs principaux, Félix et Rémi, m'ayant dit d'une seule voix "Dégage voir ce film et arrête de nous faire chier avec ta post-thèse à la con". Comme Avira Free Antivirus venait de m'apprendre que mon ordi était vérolé jusqu'à la moelle, j'ai tout perdu, toutes mes données de thèse, de post-thèse et tous mes précieux movies dont Millenium dans une version "cam" hongroise de toute beauté. Ça m'apprendra à cliquer sur des liens intitulés "Horny slut backdoor" ou "Anally assaulted by huge black jackhammer". J'ai donc été obligé d'aller payer pour voir ce film... (imaginez toute la rancœur du monde dans ces trois points de suspension, surtout pour aller voir un Fincher).
 
Le Tank voue un culte malsain à cet homme... Est-ce parce qu'il a la tronche d'un mec qui a l'habitude d'aller au carwash pour son hygiène corporelle ? Ou bien le coup des lunettes sur le bonnet ?
 
De Fincher donc, j'ai vu récemment The Social Network en compagnie de mon mentor dans tout ce qui a trait à la Vie, le Tank. J'ai donc décidé d'aller voir Millenium avec lui et cette fois-ci dans une véritable salle de cinéma, pas par le biais d'un divx frelaté sur la télé littéralement tombée du camion du Tank. Le Tank est la preuve vivante que l'adage de Nietzsche "Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort" est faux. Il en est l'antithèse, la preuve que c'est une foutaise. C'était la première fois que le Tank allait au cinéma depuis Il était une fois dans l'Ouest, à l'époque où il avait encore ses deux jambes. Il a mis un point d'honneur à se "faire toute la filmographie de Fincher" comme il se plait à me le répéter, et c'est bien parce qu'il s'agissait de ce réalisateur qu'il a rassemblé tout son courage pour affronter la lumière du jour et la pénombre d'une salle de cinéma remplie de spectateurs hostiles à son égard. Le Tank, pour le jeune d'aujourd'hui, représente l'horreur de la guerre. Depuis Diên Biên Phù, il n'a pas réussi à se débarrasser de l'odeur de napalm et de celle, plus dérangeante encore, de chair viet grillée. Imaginez que même le clochard tellement ivre qu'il en est violet et semble avoir été harcelé par une meute de chiens toute une nuit, même ce clodo-là se traine vers le trottoir opposé pour éviter de croiser le Tank. Un jour un enfant a regardé le Tank dans les yeux. Cet enfant s'appelait Khaled Kelkal... 
 
Daniel Craig passe tout le film à lire la saga Millenium pour rattraper son retard. Du jamais vu !
 
La principale raison pour laquelle j'ai convié le Tank à aller voir Millenium au cinéma, en lieu et place de ma bonne et douce amie, c'est parce que grâce à lui, j'accédais aux places handicapées, ce qui me garantissait de ne pas me retrouver avec un joueur de la NBA devant moi. Grâce au Tank et à son odeur insoutenable pour le commun des mortels, j'ai pu jouir du film dans les meilleures conditions. Et je vous avoue qu'il ne m'a pas déplu. Malgré ses 2h40, qui m'ont obligé à procéder au remplacement de la vessie artificielle du Tank vers la moitié du métrage, Millenium semble être bien plus court grâce à un rythme soutenu qui permet de suivre ce thriller avec plaisir. Là où David Fincher se prenait les pieds dans le tapis avec Das Social Network et s'endormait avec Zodiac, il semblerait qu'avec Millenium, il ait compris que pour que ça marche dans la durée, il vaut mieux éviter d'être bavard et chiant. Je ne sais pas si le Tank est de mon avis. Les seules réactions que j'ai pu noter de sa part ont eu lieu lors des deux scènes les plus choquantes du film. 
 
Un homme, une vie, un rôle. Le rôle d'une vie pour Daniel Craig qui nous donne l'impression ici de lire un roman policier scandinave dans son salon au coin du feu, tout en écoutant John Coltrane sur ses baffles Elipson. Quel acteur.
 
Le Tank est mon ami. Mais je sais qu'une bête sommeille en lui. Diên Biên Phù, Saigon, Bab el Oued, Brazzaville, Léopoldville... Autant de batailles perdues, autant d'organes et de membres laissés sur le champ de bataille. Ici un bras, là-bas un testicule, ailleurs la rate, ci-contre le rein... On peut dire que le Tank a donné de sa personne, même si la plupart du temps, ce sont les vautours et autres coyotes qui en ont profité. Et pour tout cela, le Tank mérite le respect et la plus grande indulgence. Mais bon, il m'a quand même mis mal à l'aise lors de la scène-choc de Millenium, lorsque le personnage incarné par Rooney Marapace subit les coups de butoir de son tuteur "dans le mauvais garage". Le Tank m'a alors demandé précipitamment de filmer la séquence pour qu'il puisse "se la refaire en solo". Il m'a contraint à le faire avec mon téléphone portable dernier cri malgré le côté illégal de la chose et la pression due à la vigilance extrême des vigiles torves et sournois du Pathé. 
 
Une capture d'écran toute en pudeur de la fameuse scène qui a scandaleusement émoustillé le Tank. Je ne le suis pas dans cette pente glissante. Il n'est pas guéri.
 
Ma plus grosse crainte vis-à-vis du Tank était que la durée du film, 2h40, pose un problème de logistique puisque ses capacités d'abstinence à toutes formes de drogues dures restent très limitées malgré ses cures de désintox à répétition. J'avais donc apporté au cas où sa cargaison de remontants, dissimulés dans des bouteilles de Freeway-Cola pour éviter que les vigiles nous empêchent l'accès à la salle (chez Pathé, le vigile est particulièrement fourbe et vicieux). Cela s'est avéré très utile pour "tenir la bête en respect" mais je pense que ça a fortement altéré ses capacités de concentration et d'abstraction. Alors que je sortais du film et que je poussais le fauteuil du Tank, celui-ci s'est mis à fredonner "Peux-tuuuuuuuuu ressentir l'amour ce soir ? Todoudou doudou toutou". Il avait passé une bonne soirée mais je ne sais pas s'il aurait pu me résumer même sommairement l'intrigue de Millenium. Puis il a ajouté "C'est quand même un triste gars Francis Huster". C'est là que je me suis demandé autour de quelle planète il avait pu graviter durant toute la séance. Pensait-il au cul de Cristiana Réali ?


Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes de David Fincher avec Daniel Craig et Rooney Mara (2011)

13 mars 2011

Seven

J'ai toujours fait un blocage sur ce film pourtant culte. Je sais que c'est un chef-d'œuvre. Dès le générique on sait qu'on est dans un film qui a fait date et qui en a engendré pas mal de bien puants. Je ne vais donc pas dire ce qui a déjà été dit mille fois. A part peut-être un truc, que nous avons déjà dit ici mille fois mais qu'il faut redire, concernant le titre du film dans son orthographe exacte : Se7en. Si 7 c'est un V, alors 3 est un W, pourtant en général le 3 sert plutôt à représenter un E, comme dans 3nterrements de Tommy Lee Jones. Donc je suis paumé avec ce titre... Comment faut-il le prononcer ? Si l'on veut s'emparer de ce titre de façon scrupuleuse il faudrait appeler le film : Sé-sept-en, à la française. En anglais : Se-seven-en. En espagnol : Se-siete-en. En allemand : Se-sieben-en, et ainsi de suite. Ce titre est donc un véritable mindfuck. Et sous prétexte que monsieur s'appelle Fincher, on ne lui a rien dit, alors que quand tu t'appelles Rouve, Foïs, Pef, pue-le-pipi ou Larnicol, on vient te faire chier pour un simple RRRrrrr. Et que dire du futur Scream 4, véritablement intitulé "SCRE4M". Comment avoir l'air fin en invitant une meuf à aller voir "Screu-quatre-mhh" ? On dit souvent : "Meuf qui rit à moitié dans ton lit", pour moi ça ne s'est jamais vérifié, j'ai jamais eu la bonne moitié dans mon pieu en tout cas.


"C'est putain de pas moi !" s'écrie Morgan Freeman pendant tout le film, accusé des 7 crimes par ses collègues blancs parce qu'il est noir

Mais pour parler de ce film sous un angle plus personnel et plus novateur, je vais vous parler de mon blocage perso vis-à-vis du scénario. On a fait de John Doe, le méchant de l'histoire (incarné par un Kevin Spacey alors débutant), l'une des pires figures du Mal du septième Art. Alors que dans les faits il n'est jamais coupable que de sept assassinats. Mieux que ça : il annonce, il a la politesse de prévenir, c'est pas tout le monde qui ferait ça. Du coup ce qui m'a toujours empêché d'apprécier ce film à sa juste valeur, c'est ce si petit chiffre de sept. Le film se passe à New-York, les enquêteurs, Brad Pitt et Morgan Freeman, savent que sept individus vont être tués sur disons quelques huit millions trois cent mille habitants. Donc ça fait moins d'une victime sur un million de personnes. Et ils se font chier pour ça ? Alors que le vélo, le scooter, tuent peut-être dans le même temps mille fois plus de personnes ? Pourquoi alors ne pas foutre en cage les deux roues ? A-t-on dit à Pitt et Freeman que la chute dans les escaliers est la première cause de mortalité dans le monde ? Surtout dans LEUR monde, fait de buildings et de gratte-ciels. Du coup je me demande mordicus pourquoi ils ne se disent pas : "Mettons-nous à l'abri dans nos cages de béton armé, on a une chance sur un million que ça tombe sur nous, et au bout de sept macchabées on sera sortis d'affaire. On a autant de chance de se faire avoir par ce fameux John Doe que de se faire bouffer par un alligator en plein Wall Street. Pas de quoi fouetter un chat". Et vous appelez ça un chef-d'œuvre du thriller ?


Brad Pitt termine le film avec une sale entaille sur le nez.

Expliquez-moi pourquoi on dit Seven, et pourquoi on dirait pas Twelve hommes en colère ? Pourquoi ce titre est-il passé à travers les mailles ? Croyez-moi que si le film était sorti en France sous le titre "Sept", il n'aurait pas fait une seule entrée, et le monde ne s'en porterait que mieux. Ça vaut pour tous les Fincher. Si Alien 3 s'était appelé "Etranger 3", si Panic Room s'était appelé "Chambre de panique", si Zodiac s'était appelé "Bateau", et si Social Network s'était appelé "Réseau social", ma foi on ne serait pas là pour en causer.


Seven de David Fincher avec Brad Pitt, Morgan Freeman et Gwyneth Paltrow (1996)

8 mars 2011

The Social Network

Le personnage principal de The Social Network est un jeune homme très fade, légèrement antipathique, au physique peu avenant, probablement intelligent mais doté d'une élocution difficile (comme un gimmick involontaire, ses interlocuteurs lui demandent de répéter tout le long du film). L'histoire, comparée sans intelligence à une tragédie grecque par la plupart des critiques, est celle d'une trahison d'amis sur fond de création de site internet à fort potentiel par des gosses de riches (et au départ destiné aux gosses de riches). Mais quid de trahison d'amis quand on n'en a qu'un seul ? Le film s'ouvre sur un rencard entre ce jeune homme présenté comme malingre et méprisant, Mark Zuckerberg, et une jeune femme plutôt avenante qui semble clairement provoquer chez lui des afflux de sang dans son organe copulateur. Il lui parle malgré tout sans aucun tact, tout en recentrant la conversation sur sa sale gueule burinée par les coups de tatane qu'il a dû se prendre de la part de ses camarades de classe depuis son entrée en maternelle (voir ci-dessous). Suite au monumental et inévitable râteau que sa conduite provoque, ce crétin prétentieux mécontent et vexé court "faire du code" sur son PC pourri et crée un site permettant de noter les filles de son campus après avoir piraté le serveur d'Harvard pour avoir accès aux portraits de ses "victimes". De là lui viendra une idée qui ne vaut probablement pas des milliards de dollars mais plus certainement une série de coups de pieds au cul.


Le héros de The Social Network quelques secondes avant de se prendre un gros râteau, alors qu'il ne s'en doute pas encore et affiche une confiance en lui rédhibitoire

Je viens de vous "pitcher" le début du film, le tout début, le premier quart d'heure. 15 minutes durant lesquelles ça a plus parlé que dans l'intégralité de la filmographie de Jean-Claude Van Damme. Un premier calvaire pour le spectateur déjà en train de littéralement bouffer son fauteuil. Et c'est exactement l'état d'esprit dans lequel j'étais devant cette daube infâme. Ce n'est pas seulement l'antipathie d'un personnage coiffé d'un yorkshire qui est mise ici en exergue comme raison de mon courroux face à ce film, mais la platitude de l'oeuvre et son manque d'intérêt total. Une tragédie grecque ça ? Heureusement pour moi, j'ai eu la chance de voir ce déni de film en compagnie de mon ami et mentor (notamment pour certains aspects cruciaux de la Vie, en particulier ceux qui ont trait aux femmes et à la reproduction), Konrad O'Toole, que je surnomme affectueusement le Tank. Mon intérêt pour le film m'a donc rapidement fui et celui-ci s'est de suite recentré sur les conseils, anecdotes et leçons de vie du Tank.

Je vous ai déjà récemment parlé du Tank. Un homme qui a vécu mille existences tout en frôlant la mort mille fois. Le véritable "Man vs Wild", c'est lui. J'ai donc vu The Social Network en sa compagnie car ça lui tenait à cœur de "se flinguer" toute la filmographie de Fincher. Panic Room l'a laissé de marbre mais l'a empêché de dormir pendant une semaine, The Game l'a littéralement tétanisé pendant trois jours tandis que Alien 3 ne l'a pas impressionné pour deux sous, même s'il a vu son meilleur ami mourir lors de la projection. Il a refusé Benjamin Button car il se refuse à regarder tout biopic depuis Forrest Gump qui lui a rappelé ses pires souvenirs du Viet-Nam. Il a aussi renoncé à Zodiac car il est traumatisé par les films de bateaux depuis qu'il a vu Lame de fond de Ridley Scott. C'est aussi à cause de ce film qu'il a décidé de boycotter Jeff Bridges (qu'il appelle dorénavant Jean-François Ponts, apparemment pour se moquer de lui).


Voici le seul cliché connu du Tank avant la perte de quatre doigts de sa main droite consécutive à une lutte sans merci avec un anaconda géant dans les confins du Nicaragua. Sur cette photo, le Tank avait 25 ans et revenait marqué à vie du Viet-Nam.
 
On a donc lancé Social Network chez moi, moi sur mon canapé et le Tank sur son fauteuil roulant, une Amsterdammer à portée de main. Mon attention pour le film a définitivement cessé au bout de 15 minutes en raison d'une demande du Tank car il voulait que cette fois j'aille lui chercher une Pils, sa bière préférée depuis qu'il a participé au Printemps de Prague côté soviétique. Le Tank non plus n'a pas tenu, il me l'a fait comprendre en vidant sa Pils en 7 secondes, alors que d'habitude il la savoure plus que de raison. En posant sa bière avec fracas, il a alors déclaré "Plutôt que de continuer à se faire chier devant cette grosse daube, cette histoire de jeune con qui plume d'autres jeunes encore plus cons et plus riches que lui, laisse-moi te raconter des histoires que seuls moi et celui qui est tout là-haut connaissent". Le mystique, c'est pas quelque chose que le Tank traite à la légère. Au départ, il ne croyait pas à la présence d'un être supérieur capable de régenter et de surveiller nos moindres fait et gestes. Sauf que le Tank a frôlé la mort à plusieurs reprises. Il a même eu une expérience extra-corporelle, qu'il décrit de la façon la plus simple : "J'étais là à regarder mon cadavre allongé dans une rizière vietcong. Une lumière blanche aveuglante a surgi devant moi dévoilant mon grand-père tué pendant la Grande Guerre, qui me proposait de le suivre. J'ai refusé de partir. J'aurais peut-être dû". Depuis cette expérience parmi tant d'autres, le Tank considère les manifestations paranormales très au sérieux, selon le fameux adage "expérience vaut leçon, leçon vaut coup de bâton", qu'il me répète à tout bout de champ quand je fais des conneries, en particulier avec mon flingue. Bref, peut-être qu'en vous racontant l'histoire du Tank vais-je trahir le sceau de la confidence. Et peut-être plus rien ne sera pareil entre moi et le Tank. Mais j'en ai gros sur la patate là. Et cela vaut bien mieux que de vous narrer cette saloperie qu'est The Social Network.


Le régiment du Tank (cercle rouge), quelques jours avant l'embuscade fatale

Le plus grand traumatisme du Tank a été et restera le Viet-Nam. L'Indochine pour être plus précis, car il y a débarqué en novembre 1951 sous les ordres du général de Lattre de Tassigny. C'est là qu'il a acquis son surnom en raison de sa grande résistance à toute sorte de choc, notamment le choc éthylique. Par contre, c'est là aussi que sa véritable identité a disparu. Et, à part un mystérieux cliché de lui avec sa mère qu’il m’a montré rapidement une fois, il n'y a aucune preuve ni aucun élément attestant de l'existence du Tank avant cette guerre qui se terminera dans les larmes à Điện Biên Phủ. "Et je te dirai rien de plus de ma vie avant le Viet-Nam, parce que quand j'y repense ça cogite trop là" m'affirme le Tank en pointant son seul index valide vers son occiput. C'est aussi là qu'il a fait la connaissance de son meilleur ami, surnommé Bullet-Proof pour les mêmes raisons que le Tank, qui mourut malencontreusement 37 jours après leur rencontre dans une embuscade Viet à laquelle seul le Tank réchappa. Et, malheureusement, pas sans séquelles : "On a été parachuté dans une rizière près de Saigon sans aucun appui logistique. Des viets nous attendaient, habilement camouflés sous des touffes de riz. Ils n’ont pas fait dans le détail. J'ai été laissé pour mort et quand j'ai repris conscience, je me suis aperçu que j’avais perdu mon bras gauche, peut-être à cause de la grenade que j’ai tenté de dégoupiller avant de me prendre cette balle dans le foie. Mais j'en suis plus trop sûr, ma mémoire me joue des tours. J'ai peut-être perdu mon bras en Colombie, je ne me rappelle plus, tout est flou soudain...".


Le seul cliché existant de Paï...

Après ce désastreux épisode qui l'a marqué pour le restant de ses jours, le Tank a décidé de déserter l'armée française. Il a ensuite vécu clandestinement dans ce pays hostile tout en passant beaucoup trop de temps dans les bordels vietcongs à dépenser ses quelques dongs âprement gagnés. "C'est là que j'ai compris qu'une vie ne valait pas tripette" me concède t-il en me demandant d'aller lui chercher une bière "costaud" parce qu'il commençait à avoir mal aux articulations de son membre amputé. "Il va pleuvoir", c'est ce qu'il dit à chaque fois qu'il ressent des douleurs au niveau de son coude fantôme. Je ne cherche pas à le contredire parce qu'il a rarement tort dans ses prédictions. Dans les bordels vietmins, le Tank a trop souvent joué avec sa vie. Mais un jour il a eu la chance de rencontrer Paï, une jeune prostituée cambodgienne avec qui il comptait fonder une famille. Malheureusement, comme le dit si bien le dicton, le bonheur est éphémère : Paï expira son dernier souffle quelques mois seulement après leur rencontre en exerçant son métier, sous les assauts de dix blacks fraîchement échappés de taule et qui avaient pris perpète, alors que le Tank s'était mis à travailler pour pouvoir rentrer au pays et vivre son idylle avec sa bien-aimée. La vie du Tank fut littéralement mise en miettes. Mais avant de sombrer dans la déprime, il s'est enfoncé dans un délire paranoïaque de vengeance pour débusquer et faire la peau à chacun des dix blacks qui avaient attenté à la vie de Paï avec leurs énormes mastodontes. Après cette histoire, le Tank est devenu un véritable control freak, et ça n'a tenu qu'à un fil qu'il ne sombre dans la folie.

Ezekiel Ralston (ici avec sa femme), le héros qui a sorti le Tank du guet-apens vietnamien

Et alors qu'il s'enfonçait petit à petit dans l'alcool frelaté, il se mit à participer avec fureur à des jeux d'argent dangereux et illégaux tels que la roulette russe, le Go Gobang et les petits chevaux viets. Le Tank a toujours catégoriquement refusé de me dire comment il s'en est sorti. Ni comment il a perdu ses deux jambes et son oeil gauche. Mais je soupçonne Ezekiel Ralston, le plus fameux road-triper vivant, père du non moins fameux Aron Ralston, de l'avoir sorti des bas-fonds de Ho Chi-Min, quand il débarqua en tonneau au volant de sa Méhari toute neuve en septembre 1972, pendant son plus célèbre road-trip qu'il a raconté dans son best-seller "Nervous breakdown in Southeast Asia".
C'est à ce moment-là que le Tank s'est assoupi. Je lui ai mis une couverture sur ses jambes amputées, j'ai repris le cadavre de bière qu'il tenait encore fermement dans sa seule main valide, puis j'ai éteint la lumière et je suis allé me coucher en repensant au Viet-Nam. J'ai préféré repenser à cette sale guerre qui a presque eu la peau de mon ami plutôt qu'à The Social Network, film tout simplement profondément inintéressant, bavard et mis en scène comme un téléfilm de TF1 du lundi soir. Que Fincher n'ait pas reçu l'Oscar du réalisateur pour ça, ce n'est que justice, même si le type qui l'a reçu à sa place ne vaut peut-être pas plus cher.


The Social Network de David Fincher avec Jesse Eisenberg, Andrew Garfield et Justin Timberlake (2010)

2 février 2011

L'Étrange histoire de Benjamin Button

David Fincher. Fincher David. Retirez toutes les voyelles de ce blaze et vous obtenez Dvd, soit le nom de ce qu'il nous vend, ce qui prouve bien que cet homme est un produit manufacturé, un pantin à la solde d'Uncle Sam. Ce type-là il a une gueule de dentiste. Et les dentistes, je ne les fréquente pas. Moins j'en vois mieux je me porte. J'ai une dentition de merde, je suis laid comme un cageot, je collectionne les chicots, j'ai un danger de râtelier, mais tant que je peux bouffer de l'aligot, de la purée, du hachis parmentier, rira bien qui rira le dernier. On m'a dit qu'un intestin humain, étalé par terre, recouvrirait la surface d'un terrain de foot. La surface d'un terrain de foot ! Il y a en chacun de nous un carré vert de boyaux, 90x90 de tripailles avec les cages (nos deux poumons) et le rond central (nombril, ou trou duc, c'est selon si vous êtes un homme ou une femme, mettons que je n'ai rien dit), un gazon maudit de viscères et autres abats. Ce petit rigolo de David Fincher, passionné par ces effets spéciaux miteux qui consistent à nous faire croire que sa caméra passe à travers les murs, les serrures, les anses de carafes d'eau, et autres tissus serrés de slims celio*, ce grand comique au sommet de sa gloire, j'attends avec impatience de le voir entrer dans le trou du cul de son prochain héros pour faire des voltiges numériques dans un intestin grêle. J'aurais aimé que ce fut Brid Patt dans Benji Button, car j'ai toujours bandé pour ce blondinet, pour ce Bob Redford du miséricordieux, même si miséricordieux ne veut rien dire dans ce contexte. Mais faut avouer que d'un bout à l'autre du trou de balle jusqu'au gosier, y'a de quoi gâcher 1h30 de pelloche dans un véritable tunnel cafardeux de merde, l'équivalent de la surface d'un terrain de foot.


Dave Fincher, pour avoir une tronche pareille il sort d'un carwash, pas d'une douche normale.

Un mot sur l'affiche du film que j'ai choisi de vous faire partager, et à propos de laquelle je voulais simplement signaler qu'on y trouve le fœtus d'une idée, chose absente durant les trois heures que dure ce film. L'afficheur a écrit le titre à l'envers pour correspondre à un film à rebours, backward, dont le personnage principal rajeunit à vue d'œil. Robert Redford devenant successivement la comète Haley Joel Osment, Max Von Sydow et Eddie Murphy dans un morphing de tous les diables. Une femme accouche un jour sans lune d'un quadra grabataire sosie de Bernard Pivot à la grande époque de Bouillon de culture pour le lendemain découvrir dans le même berceau un playboy toujours puceau. Ce film s'impose donc comme le jumeau maléfique du Jack de Coppola, biopic un peu guimauve du célèbre éventreur londonien.


De Bernard Pivot à la comète Haley en passant par un Bob Redford aveugle.

Un dernier paraphet pour finir d'épingler le film-somme de Dvd Fincher. Un film qui a coûté la bagatelle de 150 millions de dollars pour autant de jours de tournage. Un million de dollar par jour, rien que ça. Du coup c'est pas si étrange que ça d'arriver à faire vieillir un quidam. Donnez-moi 10,50$ et je prends un coup de vieux terrible, la tronche à même l'une de mes plaques chauffantes poussée à fond pour me cerner un bon coup. La nouvelle de Francis Scott Fitzgerald qui est à la base du film était réputée inadaptable. Beaucoup de réalisateurs se sont cassés les dents dessus. Mais il fallait dire à Fincher que c'était pas faute d'effets spéciaux, c'était juste parce que cette histoire pue la mort.


 Robert Redford prête ses traits à Benjamin Button jeune. Enfin, vieux.

Une scène de ce film m'a particulièrement dérangé, celle où un flash-back vient nous illustrer lourdement toutes les coïncidences malheureuses qui ont mené à l'accident de voiture de Cate Blanchett. Je profite d'avoir un blog et de payer 10€ par jour pour ça pour rappeler ici qu'il n'y a pas forcément besoin d'un grand concours de circonstances pour subir ce genre de drame. J'ai moi-même été victime d'un grave accident de bagnole, un terrible crashtest grandeur nature, or j'avais juste oublié d'allumer mes phares, et sur une autoroute à contre-sens en général ça pardonne pas. Pas besoin de mille hasards ou d'un destin tout tracé, il suffit juste d'être complètement con. On dit souvent qu'un battement d'aile de papillon à Dubaï provoque un tsunami à Taïpeï, chez moi ça se limite à une grosse tourista.


L'Étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher avec Brad Pitt et Cate Blanchett (2009)