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26 avril 2019

Le Grand bain

Nous accueillons un vieil habitué en la personne de Joe G. qui va nous faire part de son opinion sur le film de Lellouche :

Passons outre deux choses sans quoi on ne pourra pas commencer dignement la critique de ce film de zlop de bain (underpants flick). Premièrement, passons outre notre désamour pour les films de potes réalisés par l'un desdits potes qui sont des "stars", surtout quand Canet (le chantre français du genre) est de la partie, et que Lellouche (le chantre français de que. dalle.) est aux manettes. Oublions ça. Et puis oublions au passage que c'est un film sur la dépression et les connards parce que si on commence une critique de film en disant "encore un de ces films qui tournent autour de dépressifs qui sont des connards ou qui sont entourés de connards", on n'ira pas loin. L'époque veut, c'est-à-dire que des connards dépressifs en charge des scénarii, de la mise en scène et du financement d'une bonne partie du cinéma occidental veulent que nous bouffions à tous les rateliers de cet imaginaire moite comme un cul merdeux. Si ces gens ne cherchent sans doute pas, en nous montrant des gens qui se détestent et qui détestent les autres, à nous dire que la fin du monde est proche, quelque part ils nous poussent à l'espérer. Marre. Mais passons outre, faisons fi, laissons pisser, là n'est pas le sujet. Enfin si, le sujet du film c'est bien la dépression et les connards. Mais creusons un brin.




En mettant des lunettes noires un brin déformantes et avec beaucoup d'imagination, on pourrait penser que Le Grand Bain est un film sur le sport, et plus précisément un représentant de la sous-catégorie "partis de nulle part on va épater la gallerie", dans la lignée des Rasta Rockett, Rocky et autres The Karate Kid. C'est ainsi que l'on voit cette équipe de mecs plutôt quarante voire cinquantenaires bedonnants, dépressifs, connards, voire juste un peu cons sur les bords, menés par une entraîneuse alcoolique, finir par décrocher une médaille d'or mondiale grâce à une paraplégique et quelques male stunts bien gaulés pour sortir les panards de l'eau tout de même. Schéma classique avec des moments où rien ne va plus, mais finalement si, et à la fin on crie victoire devant le soleil couchant (levant ? je ne sais plus, peu importe). Et c'est là que je voudrais apporter une note de cynisme devant ces feel good moments si attendus. Ce qui me lourde avec ces films, et particulièrement avec celui-ci (qui est très mauvais), c'est combien ils charrient (le sachant ou ne le sachant pas) un imaginaire débectant qu'il va bien falloir qualifier de "capitaliste".




C'est toujours pareil : ces types sont des "ratés", qui cherchent à "réussir leur vie", en "accomplissant" quelque chose, qui va consister évidemment à "gagner" l'or, en battant d'autres types parce qu'ils se seront "dépassés"... Mais arrêtez un peu de nous casser les couilles enfin ! Ce dont Lellouche ne se rend même pas compte, c'est que c'est bien parce que ses personnages (= lui et ses potes) sont englués dans cet imaginaire-là qu'ils sont dépressifs... Et que leur seule échappatoire est forcément furtive, et qu'elle ne peut résider que dans la compétition en vue de la conquête éphémère d'une victoire inutile. Parce qu'une fois qu'on a gagné de l'or, on fait quoi ? On retourne à sa vie "de merde" ? Une fois qu'on a pris le temps de baiser triomphalement sa femme (pauvre Marina Foïs) ou de pérorer devant d'autres connards (pauvre Philippe Katerine), on va retourner à sa routine auto-alimentée de "gros naze". Et soit on cherchera à accumuler plus d'or, soit on finira par se tirer une balle. C'est la définition du capitalisme. Ces ignominiesques films de réussite (american way of flicks) font partie de l'arsenal avec lequel on convainc les gens de la nullité de leurs vies, avec force bons sentiments, force camaraderie (en général ce sont des buddy flicks) et force soft brainwashing. Ce qui me conduit à un doigt d'honneur final.


Le Grand bain de Gilles Lellouche avec Guillaume Canet, Philippe Katerine, Virginie Efira, Marina Foïs (2018)

23 février 2011

Gainsbourg (vie héroïque)

Ce matin je me lève, j'ouvre mon placard, dis-donc mon pote sur qui que je tombe ? L'amant de ma femme ! Je lui dis : "Dis-donc mon pote qu'est-ce que tu fous là ?". Il me répond : "Je fais comme toi, je baise ta femme". Non blague à part ce matin je me lève, et je me mets à chanter : "Rien ne t'arrête, quand tu commenceeeeeees, si tu savais comme j'ai ennnnnvieeee d'un peuuuu de sileeeeeeence". Je chantais ces paroles d'une chanson que je ne connais même pas, je chantais ça en louchant, et cette saloperie de virus qui s'emparait de moi venait peut-être du film que j'avais maté la veille au soir, le Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar. Joann Sfar, parlons-en. Ce type est un dessinateur de bédé qui a un melon gros comme ça. Il gribouille dans un style hideux qui se veut unique et il n'en peut plus de trouver ça génial. Rien ne lui fait peur. Même pas l'idée de réaliser un long métrage venu de nulle part, un film de deux heures et dix minutes, car sa mégalomanie n'a pas de limite, le biopic d'une icône nationale, rien que ça. Dans ce film on apprend ce qu'on savait déjà, à savoir que Serge Gainsbourg a voulu être peintre avant de se lancer dans la variétoche. Aussi Sfar lui prête son propre coup de crayon, s'alléguant ainsi le génie incommensurable qu'il attribue au chanteur à la tronche de choux. Sfar le considère à ce point comme un surdoué absolument génial qu'il le filme enfant déblatérant comme un adulte cynique et prodigieusement éclairé. Or ce modèle d'intelligence et de génie artistique voit son imaginaire confondu à celui de Joann Sfar dans une (auto)biographie exécrable. Car la chose ne s'arrête pas là, d'un bout à l'autre du film Gainsbourg est visité par son double, Gainsbarre, dessiné à la palette graphique, représenté à l'image par les croquis minables de Sfar tout en dessins animés. Et c'est d'un crispant... 
 
 
C'est entre autres pour ça que j'aimerais truffer Joann Sfar de pruneaux
 
Ce film ridicule, qui s'ouvre sur la mention ô combien ronflante : "Un conte de Joann Sfar", est donc une suite de sketches bruyants et désolants, mal filmés, qui nous racontent bêtement le parcours de Gainsbourg et qui parviennent à nous rendre l'artiste inintéressant au possible, voire détestable. Pour couronner chaque étape de cette fable biographique de mes deux, autant d'exercices pathétiques d'imitation. Eric Elmosnino est sûrement remarquable dans sa façon d'imiter le monstre sacré, n'empêche que les imitateurs m'ont toujours flingué... Partant d'une vague ressemblance avec Gainsbourg, ce triste perroquet paré de fausses grandes oreilles grotesques imite la diction du chanteur, ses gestes... Passionnant. Laetitia Casta s'en tire plutôt pas mal en Brigitte Bardot, faut dire qu'elle partage naturellement ses gros nichons, mais ça n'est jamais qu'une autre actrice qui joue à la célébrité, et ce que nous regardons comme des cons c'est Casta qui s'amuse, voilà ce qu'on mate, on mate une paire de nichons qui joue à en être une autre, on mate pas un personnage. Il n'y a aucun personnage dans ce navet. 
 
 
Casta semble prendre autant de plaisir que Bardot à se trimballer les nibards en vrac
 
Je m'en prends un peu violemment à Casta alors que c'est sans doute celle qui le mérite le moins. Que dire de cette potiche d'Anna Mouglalis qui pose en robe Chanel et qui clope comme un putois pour aggraver sa voix de baryton, et qui fait du Anna Mouglalis pour interpréter Juliette Gréco ; que dire de feue Lucie Gordon qui reprend scolairement l'accent de Jane Birkin et qu'on a pourtant du mal à identifier comme telle vu qu'elle est à peu près aussi lisse et jolie que Birkin était ingrate et singulière ; que dire surtout du triste Philippe Katerine dans la peau de Boris Vian... Et c'est sans parler de celle que j'appellerais la cerise sur le gâteau, Sara Forestier, qui nous fait un numéro de catafalque humain lorsqu'elle tente vainement d'imiter France Gall en chantant insupportablement mal et en hurlant comme une trépanée avec son immense gueule grande ouverte et vue sur ses amygdales démoniaques... C'est le numéro d'actrice le plus lamentable que j'ai jamais vu. Jouer ça au premier degré et trouver ça chouette, ça me bute. 
 
 
France Gall avait de la classe, non ?
 
J'ai failli crever devant les élucubrations de Sfar sur la vie de Gainsbourg et devant ce spectacle horrible d'acteurs poisseux et d'actrices nues, tous et toutes plongés avec conviction et passion dans leurs risibles exercices d'imitation. Le pire c'est que le film nous aguiche et joue sur notre côté vicelard en accumulant platement les multiples histoires de cul impliquant Gainsbourg et toutes les célébrités de l'époque (Bardot, Gréco, Brassens, Birkin, etc.). On a le sentiment de lire un Oops animé et on attend niaisement de voir la prochaine victime du grand Gainsbourg et d'avoir un aperçu de ses parties fines avec telle ou telle star en décolleté. J'ai fini le film en vitesse accélérée puis j'ai regardé Tamara Drewe. Je cherchais une idée pour conclure cette critique en chantant dans ma tête "Who let the dogs out, wouf wouf wouf", et ça me faisait penser à Frank, dans MIIB, dans la scène où il chante cette chanson. Idem, je repensais à la scène où il chante "I will Survive". Pour moi ce sont ces scènes mythiques qui font de M2IB un meilleur film que M1IB.
 
 
Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar avec Eric Elmosnino, Laetitia Casta, Anna Mouglalis, Sara Forestier et Philippe Katerine (2010)

16 septembre 2009

Les Regrets

La grande question posée par Cédric Kahn est la suivante : peut-on être heureux au présent sans faire table rase du passée. Et le cinéaste répond : "non". Chacun aura sa réponse. Le film m'a beaucoup déçu. J'attendais mieux de Cédric Kahn après Feux rouges, qui n'était certes pas un grand chef-d'œuvre mais qui réservait son lot de bonnes surprises et faisait preuve de pas mal d'originalité et de finesse. Jusqu'au premier quart des Regrets, j'étais emporté plus ou moins par la même envie de voir plus loin. Je retrouvais un peu du talent de Kahn pour donner une sacrée envie par de petits riens (l'intelligence du cadre, la création d'un temps singulier, telle direction d'acteur ou tel mouvement de caméra), pour susciter le désir de voir le plan suivant et celui d'après. Mais arrive le personnage interprété par Philippe Katerine qui vient perturber les relations des deux personnages principaux et le spectateur en même temps, lequel faisait alors presque partie du couple formé par les protagonistes. Le film n'en finira pas de s'égarer dans des méandres narratifs ennuyeux et dans un immobilisme (va-viens-va-viens) soporifique, avec répétition des scènes de passion sexuelle, de culpabilité, de retrouvailles et de séparations de quais de gare en stations services et d'hôtels en hôtels.



De quoi largement décrocher. Et personnellement j'ai été aidé dans ce décrochage malheureux par des personnages auxquels je ne croyais pas, ou dont je me foutais éperdument. Leur amour passé, éternel et évident, l'est peut-être pour eux (et ça n'est pas un mal que le cinéaste nous évite un laborieux retour en arrière psychologique), mais cet amour-là n'était pas si évident que ça pour moi. Sans parler d'Yvan Attal qui passe le film à remettre sa mèche folle en arrière, et Valéria Bruni-Tedeschi, à tout jamais coincée dans le même rôle, qu'une petite armée de coiffeurs et maquilleurs fantômes ont aidée à entrer dans celui-ci comme dans les autres : blafarde, hagarde et mal coiffée, pour qu'on y croie, et on n'y croit que trop. Le seul personnage auquel on serait tenté de s'intéresser, avec lequel on serait même prêt à compatir s'il n'était pas là pour servir la soupe aux deux principaux, c'est bien celui de la femme d'Yvan Attal, quittée pour une tarée mal attifée, et qui fera tous les sacrifices pour tâcher d'attirer les derniers regards de son mari.



L'idée était intéressante mais à force de nous égarer, de nous détacher de ces pauvres personnages et de s'enliser dans une mise en scène gauche et cliché, contre quoi Kahn semblait sobrement se battre dans son précédent film et dans le premier quart d'heure de celui-ci, Les Regrets, beaucoup trop longs, finissent par beaucoup, beaucoup ennuyer. Reste que le film est parfois intéressant ou touchant, et que c'est déjà pas si mal dans le cinéma français populaire actuel. Mais il l'est beaucoup trop peu pour compter en-dehors de ce type de considération.


Les Regrets de Cédric Kahn avec Yvan Attal, Valéria Bruni-Tedeschi et Arly Jover (2009)