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3 décembre 2021

Those Who Wish Me Dead

On avait cru viteuf en Taylor Sheridan après Comancheria et surtout Wind River. Eh bien c'est mort, tout est à refaire. Those Who Wish Me Dead, son dernier bébé, a la tronche d'un grand brûlé et nous fait tout remettre en question. C'est un film raté, ostensiblement foiré, fini au pipi, un gouffre dans le parcours jusque-là plutôt honorable du scénariste et réalisateur. Et on sent dès le début que ça va pas. Grosse gueule burinée, natif du Texas, Taylor Sheridan poursuit dans la veine du neo-western, en enfilant cette fois-ci ses plus lourdes santiags de cowboy. Il filme une Angelina Jolie totalement hors-jeu, pas crédible pour un sou dans la peau d'un personnage inintéressant au possible : elle incarne une pompière ravagée par la culpabilité depuis qu'elle a mal jaugé la direction du vent lors d'un terrible incendie de forêt (résultat : plusieurs morts qui hantent encore ses nuits). Elle sera amenée à devoir surmonter ses peurs et ses tendances autodestructrices pour sauver un gosse pris en chasse par deux tueurs à gages au professionnalisme douteux. C'est que le gamin, via le MacGuffin le plus désespérant du moment, détiendrait des informations très compromettantes, susceptibles de faire sauter des personnes haut placées et fournies par son père déjà liquidé...


 
 
Le scénario, qui hésite entre, d'un côté, une sècheresse propice à l'action pure et linéaire et, d'un autre, une psychologie de comptoir, se plante à tous les niveaux. On se fout d'à peu près tout ce qui se passe à l'écran, très vite tenu à l'écart et exaspéré par la lourdeur et la grossièreté du trait. On pourrait quand même passer un moment pas si mauvais devant cet actioner old school qui semble échappé des années 80 ou 90, aussi bourrin que la plupart de ses personnages, si seulement le reste tenait à peu près la route. Hélas... Le film a été monté à l'aveugle, par le chien de Taylor Sheridan. Il y a quelques plans qui laissent pantois, dont on ne comprend pas l'enchaînement, où l'on se dit qu'il y a eu un gros couac, que l'auteur ne s'est pas revu, que rien n'a été contrôle au combo sur le plateau car tout le monde s'en foutait. Vraiment. C'est tellement torché avec les pieds qu'il y a des aberrations de mise en scène que l'on n'accepte pas. Par conséquent, les scènes d'action sont souvent illisibles et totalement débiles. On confine même à l'absurde quand Angelina Jolie entraîne le pauvre garçon dans la traversée à haut risque d'un champ à découvert alors que vient d'éclater un orage de montagne à la violence surréaliste. Au passage, on tient peut-être là les éclairs les plus laids jamais observés au cinéma. Et à ce propos, les effets spéciaux sont très embarrassants, ils viennent régulièrement envahir l'écran de toute leur mocheté. 


 
 
Le feu, ce phénomène si fascinant à observer, n'inspire rien de particulier à Taylor Sheridan. Le réalisateur atteste de l'inventivité d'un homme qui n'en a strictement rien à cirer. Les incendies de forêt donnent que dalle, ne sont jamais impressionnants, spectaculaires ou saisissants. Le film est d'une pauvreté visuelle effarante, souvent très laid, gênant, à l'image donc de ces CGI pourris. A un moment donné, deux personnages commentent la beauté des paysages qui s'offrent à eux, et cela contraste très cruellement avec la médiocrité des plans de Sheridan, cela rend encore plus criante son incapacité à se saisir du potentiel cinégénique de son script en bois (incendies de forêt, grands espaces, etc), lui qui, par le passé, avait pourtant réussi à nous proposer des films honnêtes, assez limpides, respectueux du spectateur. Si j'avais du temps à perdre, je m'intéresserais aux secrets de la production de ce film, car on a ici le sentiment tenace d'être face à un accident industriel. Le souci, c'est que Those Who Wish Me Dead est si mauvais que notre curiosité pour lui s'arrête là, ne va pas plus loin. On a plutôt envie de passer à autre chose, de laisser Taylor Sheridan se refaire la cerise dans son Texas chéri, de l'oublier un temps, pour qu'il nous revienne dans quoi, 10-15 ans, avec peut-être un nouveau film correct, qui sait ?, l'espoir fait vivre. 


Those Who Wish Me Dead (Ceux qui veulent ma mort) de Taylor Sheridan avec Angelina Jolie (2021)

11 mai 2019

Tomb Raider

Le nouveau Tomb Raider n'est pas la purge annoncée ! Entendons-nous bien : c'est une sacrée merde, mais c'est une petite merde, inoffensive, presque sympathique, beaucoup moins malodorante que les premières apparitions de Lara Croft au cinéma, quand celle-ci était incarnée par une pitoyable Angelina Jolie. Entre elle et Alicia Vikander, nous avons choisi notre camp, sans même l'ombre d'une hésitation. Alors qu'Angelina Jolie faisait passer l'aventurière pour un garçon manqué aux seins lessivant le parquet, Alicia Vikander rend le personnage un poil plus sympathique, humain et vivant. L'actrice danoise est le point fort de ce reboot, et à vrai dire peut-être le seul. Elle a tout simplement du charme, on la suit sans souci dans cette aventure assez minable, quand bien même elle est ici très sous-employée et qu'elle a fait un très mauvais choix en acceptant de reprendre ce rôle qui pourrait la condamner à faire des acrobaties dans une franchise de seconde zone. Heureusement pour elle, le succès très relatif de ce nouvel essai a mis un gros point d'interrogation sur la suite des aventures de Lara Croft au cinéma, et nous n'allons pas nous en plaindre !




Ce "reboot" de Tomb Raider est donc ce qu'ils appellent une "origin story" : un premier opus qui se consacre notamment à revenir sur les débuts d'un héros que l'on sera appelé à retrouver dans toute une série de films, en cas de succès, et à lui inventer une première aventure formatrice. On efface tout et on reprend à zéro. La mise en place du personnage de Lara Croft n'est pas si dégueulasse puisqu'elle nous présente une jeune londonienne aux traits charmeurs et au sourire irrésistible (il faut la voir se rendre à la banque pour réclamer son héritage) qui se lance sur les traces de son papa hideux, porté disparu. Alicia Vikander paraît endosser avec enthousiasme le rôle de Lara Croft. Elle est bien la seule qui a l'air heureuse d'être là. Les autres ont fait leur taff comme on va à l'usine. Le scénario n'a aucune sorte d'intérêt, on s'en fout royal. Une fois que l'aventure commence, on est simplement curieux de voir l'actrice suédoise grimée pour de bon en Lara Croft. Vikander n'est pas connue pour son tour de poitrine mais les artisans embauchés là-dedans ont tout de même réussi à faire de cette partie-là de son anatomie un centre d'intérêt non négligeable. C'est d'abord l'éclairage, savamment dosé, qui met son débardeur en évidence, c'est aussi les push-up surpuissants portés par la vedette qui jouent un rôle certain, et c'est bien sûr la caméra qui parfois s'y attarde quelques secondes de plus. On va dire que c'est pour coller à l'esprit du jeu, pour le "fan service"...




Il y a une scène d'action qui n'est pas trop trop mal et rappelle effectivement le gameplay du jeu vidéo où l'apprentie aventurière, emportée dans un torrent, doit s'accrocher tour à tour aux branches d'arbres puis à l'épave d'un avion. Pour le reste, c'est très mauvais, et il faut surtout faire abstraction de ces flashbacks proprement ignobles, disséminés ici ou là, couleur gris sépia, mettant en scène une jeune actrice ne ressemblant pas du tout à Alicia Vikander qui apprend à tirer à l'arc auprès de son papounet. La fin du film, un cliffhanger lamentable annonçant un deuxième épisode, est tout bonnement ridicule. Lara Croft, soudainement passionnée par l'archéologie, trouve une autre piste dans les affaires poussiéreuses de son daron. Elle se rend illico chez son marchand de flingues attitré pour choisir un paire de pistolets qu'elle se met à porter comme dans les jeux dans une pose qui n'a rien de naturel : les deux flingues en l'air, la tresse sautillante et l'air décidé. Pendant tout le film, Mrs Croft n'avait pourtant montré qu'un intérêt très limité pour les armes à feu, préférant l'arc et les flèches, la voici donc devenue une femme d'action "badass" tout à fait quelconque. Bravo.




Bref, ne perdez pas votre temps devant ça, ça pue. C'est quasi du niveau d'un Benjamin Gates, sans les facéties de Nick Cage mais avec les fossettes de Vikander. Entre les mains d'un autre réalisateur, avec un scénar complètement retoqué, peut-être que cela aurait pu donner un meilleur résultat. Je dis bien peut-être. Car le projet sent des pieds dès le départ, soyons honnête. En tant que tel, ce truc s'adresse aux curieux les plus intrépides ou aux fans hardcore d'Alicia Vikander, qui est ici assez irréprochable. Il faut dire qu'elle passe derrière Angelina Jolie. C'est la voie royale ! Même moi j'aurais fait une meilleure Lara Croft ! 


Tomb Raider de Roar Uthaug avec Alicia Vikander et Dominic West (2018)

25 avril 2014

Lara Croft - Tomb Raider : Le Berceau de la vie

Il est rare qu'une affiche pose autant de problèmes. Au-delà de la laideur graphique à l’œuvre, le titre n'est tout simplement pas lisible. Le sous-titre encore moins. "Le blaireau de la vie ?", "Le bureau de la vie ?", "Le bahut de la vie ?", "Le barbu de la vie ?". Autant de questions sans réponse. Après les échecs successifs de Speed 2 puis de Hantise, Jan de Bont, d'ordinaire si affable et si heureux, n'est plus que l'ombre de lui-même. Pensant à une reconversion dans le fromage, la peinture, les putes ou la drogue, soit dans l'une des spécialités de son cher pays hollandais, De Bont n'y croit plus quand on lui tend le scénario du second opus de Tomb Raider, scénario aux tranches salies par toutes les mains (et quelques pieds) desquelles il est tombé avant d'arriver sur le bureau immaculé de notre maître du cinéma d'action en flagrante perte de vitesse.




Lara Croft, après avoir affronté Daniel Craig, le bad guy de Tomb Raider 1, et après lui avoir pété au nez en guise de conclusion à une première adaptation un peu olé-olé, se retrouve en tenue de plongée sur les bords de la mer Caspienne. Sur son lit de mort, son père à la vie comme à l'écran, Jon Voigt, lui a indiqué dans un dernier éclat de rire l'emplacement d'un trésor secret, en pointant son doigt vers l'un des murs de sa chambre d'hôpital. Un trésor ou plutôt une statue. Une statue d'Alexandre le Grand contenant dans son crâne la clé de la sulfureuse Boîte de Pandore. Cette boîte, Lara Croft veut mettre la main dessus pour mieux la foutre à l'abri de son ennemi juré, Chen Lo, le frère chinois de Daniel Craig. Ce dernier aimerait littéralement ouvrir la Boîte de Pandore afin de nettoyer la Terre de ses péchés et repartir, selon ses propres mots, "comme en 40". Aidée dans ses pérégrinations par Gerard Butler, acteur tout en bas de l'échelle sociale en 2003, Angelina Jolie s'apprête à nouveau à combattre les forces du mal en sautant de caillasse en caillasse et en arborant les différentes tenues vestimentaires dessinées par quelques malades dans le jeu éponyme, propres à mettre en avant une poitrine peut-être pas assez démesurée pour correspondre aux attentes du gamer et subvenir à ses besoins péniens.




Pourquoi Angelina Jolie ? Le casting, vrai serpent de mer, a duré des lustres. C'était d'abord Vanessa Demouy, qui a elle-même lancé la rumeur de son embauche en diffusant des photos où, certes, son corps faisait l'affaire, malgré une tronche de dix pieds de long. C'était ensuite Rhona Mitra, victime peu pudique d'un autre détraqué hollandais nommé Verhoeven dans Hollow Man. Puis Catherine Zeta-Jones, pote de De Bont depuis Hantise et déjà rodée aux tractions du train arrière sous le regard tout suant de Sean Connery depuis Haute Voltige. On ne vous cite que les trois plus connues mais à l'époque c'était à chaque jour un nom nouveau, une roue de la fortune qui a fini par tomber sur le blaze d'Angelina Jolie, au plus grand désarroi de nombreux haters (parmi lesquels nous nous comptons) qui reprochaient à l'actrice son visage. De Bont a fait durer le casting pour faire tourner, et pour multiplier les tentatives de conquêtes, lui qui avait instauré une règle selon laquelle chaque bout d'essai devait se terminer par la mesure des mensurations de ces dames ad hominem. Il se considérait alors comme l'homme le plus chanceux de Hollywood, lui qui se dirigeait pourtant droit contre un mur sous la forme d'un scénario fatal, sans doute les pires mots jamais assemblés sur du papier (à l'image du titre, non-sensique, qui se fait un plaisir de mêler des mots-clés au pifomètre).




La pire idée du film est peut-être d'avoir fait de Lara Croft un mec (Angelina Jolie a été nominée aux Oscars pour le meilleur rôle masculin), un garçon manqué avec de gros nibards, alors que tout le jeu consistait à manipuler une pure femme simplement douée pour l'acro-gym. Jan de Bont n'a jamais plus rien tourné après ça. Il considère que le projet lui a échappé au moment même où il a dit "moteur !" pour la première fois. Lui qui comme toujours partait plein de bonnes intentions, des idées plein la tronche, et le sourire collé aux nuages, on ne l'a plus jamais revu sourire depuis, et il nous manque fort, le hollandais imprévisible à la filmographie en forme de flèche sur-aiguisée tirée à pleine force dans son propre pied. Il nous manque fort.


Lara Croft - Tomb Raider : Le Berceau de la vie de Jan de Bont avec Angelina Jolie et Gerard Butler (2003)

8 mai 2012

Un bonheur n'arrive jamais seul

C'est la 600ème critique du blog. Comptez pas, on l'a fait pour vous. Faîtes confiance. Pour fêter cet anniversaire nous avons décidé de vous présenter notre programme pour un nouveau quinquennat de critiques ciné. Voici donc la liste de nos 600 engagements pour la suite :

Moi blogueur ciné, je ferai toujours preuve d'une objectivité à toute épreuve et d'une intégrité indiscutable. Moi blogueur ciné, je ne critiquerai jamais un film qui n'est pas encore sorti et que je n'ai pas vu. Moi blogueur ciné, je ne m'abaisserai jamais à insulter nommément un cinéaste ou un acteur pour la médiocrité de son travail. Moi blogueur ciné, je n'inventerai pas une enfance difficile à un acteur qui me déplaît. Moi blogueur ciné, je ne commenterai jamais mes propres articles sous un autre nom pour m'auto-congratuler ou pour poster des saloperies que je n'assume pas. Moi blogueur ciné, je n'adresserai jamais de menace de mort à une personnalité quelconque. Moi blogueur ciné, je ne ferai jamais de digression à partir d'un film dont je ne dirai pas un mot dans l'article qui le critique. Moi blogueur ciné, je ne modifierai jamais le pitch d'un film pour le ridiculiser. Moi blogueur ciné, je ne dévoilerai jamais le twist final d'un film à twist. Moi blogueur ciné, je ne consacrerai jamais un dossier entier à un cinéaste de seconde zone ou à un thème improbable fabriqué de toutes pièces. Moi blogueur ciné, je n'illustrerai jamais mes articles avec des photos d'actrices nues pour gonfler les statistiques de fréquentation.


Que fout ce con de Devendra Banane en background visuel ?

Moi blogueur ciné, je respecterai la loi HADOP-EE et ne téléchargerai jamais un film même merdique pour le descendre sur la toile. Moi blogueur ciné, je ne dévoilerai pas mes opinions politiques et ne les laisserai pas influencer mon point de vue. Moi blogueur ciné, je n'inventerai pas les conditions difficiles de mon visionnage du film pour expliquer mon dégoût. Moi blogueur ciné, je ne mettrai pas tout sur le dos de mon père pour expliquer pourquoi j'ai détesté regarder Roselyne et les lions ou pourquoi je méprise Tony Gatlift. Moi blogueur ciné, je n'avouerai pas mes pulsions honteuses et animales à l'égard d'une actrice dont le physique ne laisse pas indifférent mon cobra perso. Moi blogueur ciné, je n'utiliserai pas facebook comme une machine de guerre pour faire du chiffre coûte que coûte. Moi blogueur ciné, je ne démarcherai pas tous les tocards qui créent des sites du genre "comment ramasser le pactole pour pas un rond avec ton site en bois". Moi blogueur ciné, je n'irai pas revendre sur e-bay les dvds gracieusement envoyés par DvdTraffic dans le cadre de l'opération "Un dvd = un papier". Moi blogueur ciné, je ne ferai pas passer pour une avant-première projo-presse un screener fraîchement dl maté sur mon canapé. Moi blogueur ciné, je ne serai pas le dernier des hypocrites avec un certain nombre de blogueurs ciné afin qu'ils m'ajoutent en amis sur leur site moisi pour améliorer ma visibilité. Moi blogueur ciné, je n'abuserai jamais des hashtags twitter pour multiplier les visites. Moi blogueur ciné, je n'aurai pas comme bannière le décolleté abyssal d'une pin-up mondiale pour attirer le chaland et me satisfaire la vue personnellement. Moi blogueur ciné, quand je vais à la fnac je n'utiliserai plus tous les ordis modèles d'exposition pour aller sur mon blog et grossir le chiffre des visites. Moi blogueur ciné, je n'irai pas dans la salle informatique et la BU de mon bahut pour faire de même. Moi blogueur ciné, je ne serai pas accro aux stats ! Moi blogueur ciné, je ne mettrai pas mon blog en favori sur tous les ordis auxquels j'ai accès. Moi blogueur ciné, je n'inventerai pas un Top de fin d'année à Quentin Tarantino pour ameuter les foules et faire le buzz. Moi blogueur ciné, je ne copie-collerai pas une critique sur un skyblog d'attardé mental ou d'enflure XXL pour la tourner en dérision et en faire un papelard. Moi blogueur ciné, je ne m'exclamerai pas "ça peut faire un papelard !" dès que j'ai une vieille idée de merde sur un film ou juste une phrase drôle qui me passe par la tête avant d'aller au pieux. Moi blogueur ciné, je mettrai un point d'honneur à évoquer au moins une fois le nom du réalisateur dans la critique de son film. Moi blogueur ciné, je n'inventerai pas de néologismes comme "titrologie" ou "affichographie". Moi blogueur ciné, je ne modifierai pas les noms d'acteurs ou de réalisateurs que je n'aime pas pour faire passer de subtils messages subliminaux sur eux (exemple : Woody Alien, Mélamoi Laurent, Mathieu Aboulelefric, Brian De Palmas, Cate Blanchet et les sept mains, Emir Grossetourista, Greg Skinhead, Clive Owen Wilson Oruma, Dominique 1/2 Moll, Angelina Pas Jolie, etc.). Moi blogueur ciné, je ne me complairai pas à faire des bilans de fin d'année. Moi blogueur ciné, je n'écrirai pas des articles dans un état second. Moi blogueur ciné, je me limiterai à trois paraphets de cinq lignes dans mes critiques, car ras-le-bol des grosses tartines de texte. Moi blogueur ciné, je ne me féliciterai pas d'avoir écrit 600 articles pour mon blog pourri.


Un bonheur n'arrive jamais seul de James Huth avec Gad Elmaleh et Sophie Marceau (2012)

1 mars 2012

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne

Il y a un vrai plaisir à regarder ce film et à retrouver quelque chose du Spielberg d'autrefois, celui qui nous amusait tant, armé de son savoir-faire légendaire, de sa sincérité et de sa science du divertissement. Tintin est très plaisant à regarder, le film captive énormément, rappelant à quel point Spielby est décidément doué quand il veut bien, capable même de scotcher quelqu'un comme moi qui suis tout sauf un tintinophile et qui n'ai strictement rien à faire des aventures dessinées de Tintin (j'ai essayé de lire les bandes dessinées plusieurs fois et ce personnage qui décrit tout ce qu'il fait pendant qu'il le fait dans des bulles de six pieds de long pour des cases de deux centimètres sur trois m'a toujours gonflé un maximum). Le film parvient donc à donner du goût pour les personnages d'Hergé, notamment dans l'introduction assez magistrale, avec en vrac la création du héros par Hergé lui-même, puis une sorte d'avatar de Spielberg qui vend la maquette du bateau de la Licorne à Tintin pour lancer le mouvement de l'histoire, et enfin des jeux de miroir et de reflets très ingénieux pour nous dévoiler peu à peu le personnage. Et cela continue avec les allers-retours de Tintin (idéalement "dessiné", à la fois enfant et adulte) entre son appartement et la bibliothèque, qui nous laissent le temps de nous familiariser avec lui, même si Tintin en particulier et les autres protagonistes en général auraient pu être plus étoffés, notamment en ce qui concerne le statut de reporter de Tintin, et même si Spielberg aurait pu nous les rendre plus attachants par davantage de scènes posées, mais le rythme hallucinant de l'ensemble en aurait pâtit. Le film avance à toute allure, à l'image de son très joli générique d'ouverture digne de celui de Catch me if you can, c'en est même impressionnant, et pourtant il parvient à ne jamais nous perdre, nous essouffler ou nous lasser.
  



Spielberg réussit le même genre de gageure en termes d'effets spéciaux : le film ne repose que sur eux et pourtant il ne se résume pas à cela. C'est pourtant très bien fait visuellement (jamais surchargé, à l'image de l'appartement de Tintin justement, d'une sobriété tout-à-fait bienvenue) et d'autant mieux fait que Spielberg a eu la géniale idée de conserver un côté bande-dessiné dans les traits de ses personnages, un léger aspect cartoon, notamment sur la partie la plus casse-gueule : les visages. Tous les personnages ou presque ont une tête légèrement trop grosse et même s'ils sont par ailleurs très finement animés et réalisés leurs attributs faciaux sont assez "faux", tel l'énorme pif de Haddock, impliquant qu'on reste dans la légèreté et qu'on ne cherche jamais à traquer l'expression ratée, comme devant les tristes derniers films du fils spirituel de Spielberg, Robert Zemeckis, que son maître vient d'enterrer six pieds sous terre. Après une tentative plus ou moins semblable à Tintin avec le très moyen Polar Express, Zemeckis nous a malmenés avec ses essais de captation numérique dans le piteux La Légende de Beowulf. 




Contrairement à son ex-poulain, Spielberg n'est pas dans une quête aussi vaine que stupide de réalisme absolu consistant à recréer numériquement un faux Anthony Hopkins plus vilain que le vrai ou une fausse Angelina Jolie pire actrice que l'originale pour un résultat absolument hideux, qui nous donnait envie de conseiller à Bob Zemeckis de filmer les vraies stars au lieu de s'échiner à très mal les reproduire. A contrario Spielberg réalise un film réellement magnifique, sidérant parfois, que son équilibre entre réalisme numérique et grossièreté cartoonesque préserve de tous ces reproches. Il nous évite aussi de passer le film à nous esbaudir devant la qualité des reproductions, comme devant Avatar par exemple, qui nous en foutait plein la vue afin qu'on oublie de s'attarder sur un scénario faiblard voire médiocre. Spielberg ne semble pas vraiment chercher l'épate à tout prix, en tout cas pas au point d'oublier de faire un vrai film, et néanmoins tout cela est superbement fait, aussi nous arrêtons-nous ponctuellement sur tel ou tel détail bluffant (les vagues à la surface de l'océan, la robe de la Castafiore, les grains de beauté sur les tronches des sbires de Sakharine) sans focaliser là-dessus au détriment du récit, et nous voilà repartis aussi sec et sans avoir décroché dans la fiction excessive et enthousiasmante du film.




La dimension cartoon du film nous fait tout avaler, y compris certaines scènes d'action où les gags sont parfois complètement invraisemblables, improbables, dignes du coyote de Bib-bip s'écrasant dans le canyon pour se relever aussitôt, ce qui permet des péripéties souvent drôles et légères à la fois et aboutit à une sorte d'euphorie du jeu. A noter que malgré cet engouement presque puéril à créer des gags dignes des toons de Qui veut la peau de Roger Rabbit, Spielberg (qui a exprimé quelques regrets concernant ses retouches d'E.T., dont il avait gommé toutes les armes à feu pour les remplacer par des talkie-walkie) filme des fusillades et des morts, dans l'esprit de la bande-dessinée qu'il respecte à la ligne. Que le film aille vers le cartoon enfantin ou qu'il revienne vers la bande-dessinée adulte d'Hergé, tout y est très bien filmé, calmement dans les scènes calmes, avec une grande maîtrise du cadre et des déplacements où l'on retrouve ce bon vieux savoir-faire du cinéaste, et avec folie quand Spielberg se dit qu'il a un truc dans les mains qui lui permet de réaliser quelque chose qu'il ne pourrait pas faire avec un vrai décor et décide de faire un plan séquence de cinq minutes où ça n'arrête pas une seconde, avec à nouveau une grandiloquence de dessin animé très exaltante, le cinéaste semblant s'amuser davantage à tourner dans tous les sens que dans l'affreuse grande scène de course poursuite d'Indiana Jones 4 (autre égarement que Spielberg a regretté publiquement), et faisant preuve d'une joie de s'amuser extrêmement communicative.




Et puis on retrouve quelque chose qui avait quitté Spielberg depuis un certain temps, une sorte d'instinct du cinéma, un sens inné du cadrage, du rythme, de la cadence des dialogues et de l'action, une "musicalité" qui m'a toujours fasciné dans ses films (de Rencontre du troisième type à Jurassic Park en passant par Duel, E.T. et Indiana Jones, mais c'est vrai pour une vingtaine de ses films). Oncle Spielby retrouve enfin ce quelque chose dans l'agencement des mouvements de caméra, des dialogues, des voix (même si en l'occurrence j'ai vu Tintin en VF, très bonne VF soit dit en passant), des sons (et de la musique normalement, dommage que John Williams ne soit plus capable de pondre un thème musical qui reste en mémoire toute une vie, je me demande si c'est une demande de Spielberg ou pas, toujours est-il que sa partition s'accorde quand même bien aux soubresauts permanents du film), une efficacité fascinante qui fait que c'est réussi, assez inoubliable souvent, et que les films possèdent quelque chose de "parfait", même si le mot paraîtra extravagant à certains pour parler de Spielberg. Disons que ce dernier atteint à nouveau une certaine perfection de SON art et que c'est très réjouissant. Est-ce qu'on repensera à ce film plus tard ? Est-ce qu'on le reverra ? Je pense que la réponse est oui, en tout cas en ce qui me concerne. Ce qui est sûr c'est qu'en le découvrant j'ai pris un vrai plaisir, un plaisir très simple devant un film de divertissement efficace, agréable et très bien réalisé, d'un genre de plus en plus rare.


Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne de Steven Spielberg avec Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig et Simon Pegg (2011)

13 février 2012

Carancho

Si j'ai lancé ce film avec beaucoup d'envie, c'est surtout parce qu'il met en vedette Ricardo Darin, un acteur argentin que j'apprécie tout particulièrement. Nous l'avions découvert dans un rôle de petit arnaqueur au verbe facile dans Les Neuf Reines, où sa présence gouailleuse et ironique faisait des étincelles ; il avait su explorer une autre facette de son talent en campant un taxidermiste épileptique et torturé dans El Aura, second et malheureusement dernier film de son ami, le regretté cinéaste argentin Fabian Bielinsky. L'acteur nous avait fait verser quelques larmes de crocodiles quand il incarnait le papa dépassé d'un adolescent atteint du syndrome de Klinefelter dans le si bien nommé XXY ; et enfin, il avait fini de nous séduire dans le remarquable Dans ses yeux, où il incarnait un avocat au grand cœur rattrapé par une sale affaire passée. Cet acteur, au profil d'aigle fatigué, donne l'impression d'être le héros de quasiment tous les films argentins à succès qui parviennent jusqu'à nos écrans !



Ricardo Darin vous fera certainement "penser à quelqu'un". Pour ma part, je trouve qu'il ressemble à une sorte de croisement savant entre Youri "The Snake" Djorkaeff et George "What da' ?" Clooney. 90% Djorkaeff, 10% Clooney, 100% humain ! Avec son physique à la fois très passe-partout et singulier, ses cernes terribles et son regard azuréen charmeur, Ricardo Darin semble capable de tout jouer. Dans Carancho, il incarne à nouveau une sorte d'avocat, cette fois-ci assez ambigu et misérable, spécialisé dans les accidents de la circulation à Buenos Aires. Son gagne-pain est en effet constitué des sommes versées par les assurances aux victimes, dont les accidents sont parfois mis en scène par ses soins afin de les sortir temporairement de la pauvreté. Le film se concentre dans sa plus grande partie à nous dépeindre le quotidien de ce personnage atypique et celui, très animé aussi, d'une jeune infirmière droguée, solidement interprété par Martina Gusman (la compagne du réalisateur). Une jeune femme dont le "carancho" (c'est ainsi que l'on surnomme les avocats de ce genre) finit par croiser la route et tomber amoureux.



Mis en scène avec âpreté et énergie par Pablo Trapero, souvent caméra à l'épaule, le film colle toujours au plus près des évènements parfois très violents qu'il nous dépeint. Malgré cela, Carancho n'est selon moi jamais choquant. L'action se passe régulièrement dans un hôpital en effervescence, puisque la jeune infirmière s'occupe des urgences, mais on ne voit pas d'images désagréables, de barbaque ou de gens mal en point filmés en gros plans. Il y a aussi quelques passages où des personnages, à commencer par le héros, se font casser la gueule en beauté, mais c'est filmé de telle façon qu'on ne voit pas vraiment les coups, qui se déroulent même parfois hors champ. Bref, cet aspect-là, que certaines critiques ont apparemment pointé du doigt et qui a pu déranger certains spectateurs, ne m'a donc personnellement pas gêné du tout. La mise en scène très sèche et physique de Pablo Trapero participe clairement à l'efficacité de son film, très haletant, qui a su me captiver sans aucune difficulté. Il y a même certains passages très maîtrisés qui m'ont fait assez forte impression et qui m'invitent à m'intéresser aux précédents films de ce cinéaste.



Pendant sa plus grande partie, j'étais donc plutôt conquis par ce long métrage habile, mêlant avec brio romance, thriller et drame social ; car le réalisateur parvient, en toile de fond, à nous dresser le portrait tétanisant d'une société argentine gangrenée par la corruption et la violence, une société qui ne sort plus de la crise, où misère et inégalités règnent en maître. Hélas, force est de reconnaître que la fin du film m'a pas mal dégoûté, et c'est bien dommage... Je recommande à ceux qui auraient envie de voir le film de zapper les lignes qui vont suivre. La scène finale se conclut par un accident de voiture très soudain, qui doit quant à lui être assez choquant sur grand écran, car il est vécu depuis l'intérieur du véhicule. Cette conclusion ironique et brutale est d'une cruauté assez rare envers le couple de personnages principaux, et elle ne m'a pas plu du tout, d'autant plus qu'après l'ultime accident de bagnole, qui conclut une scène tournée en plan séquence, le générique final déboule sur une musique rock tapageuse qui veut donc nous en mettre plein les oreilles après en avoir eu plein la vue. Je trouve cela du plus mauvais effet et même déplacé, car cela donne la nette impression que le réalisateur est tout fier de son coup, alors qu'il n'y a vraiment pas de quoi... Cette conclusion, en plus de laisser un goût très amer, dote en outre son film d'une morale balourde et assez malvenue. Le film m'a donc définitivement perdu à cet ultime instant.



La fin n'est toutefois pas suffisamment affreuse pour effacer le bien que j'ai pu penser du film pendant sa majeure partie. Si Carancho était un film américain, avec Brad Pitt et Angelina Jolie dans les rôles principaux, il aurait sûrement fait un sacré boucan, et son dénouement m'aurait alors véritablement en-chan-té ! Mais cessons sur-le-champ ces digressions absurdes puisque le film traite d'un phénomène précis qui concerne l'Argentine (ces fraudes aux assurances suite à de vrais/faux accidents de la route) et s'attache à nous montrer la corruption et la pauvreté qui frappent ce pays. Reconnaissons simplement que Pablo Trapero fait preuve d'un tel savoir-faire que l'on en vient inévitablement à penser qu'Hollywood doit lui faire les yeux doux et, malgré ses gênants défauts, son film est une nouvelle preuve de la vivacité du cinéma argentin.


Carancho de Pablo Trapero avec Ricardo Darin et Martina Gusman (2011)

27 janvier 2012

Polisse

Comme Valérie Donzelli, Maïwenn est sur un petit nuage, au sommet des charts du box office français et en course pour les Césars. L'une a failli perdre son fils, l'autre a eu une enfance merdique, et toutes les deux prennent leur revanche sur la vie, sauf que c'est nous qui payons les pots cassés alors qu'on a rien fait ! Comment les professionnels de la profession et les critiques de presse ont-ils pu être éblouis par Polisse ?... A moins qu'il ne nous ait directement pris à rebrousse poil et qu'on ait été agité par une haine nerveuse devant chaque scène du film - ce qui reste la réaction la plus saine face à un tel spectacle, haïssable en soi - on ressort de Polisse avec les grosses boules, certes, mais en reconnaissant timidement au film une qualité. Une fausse qualité en réalité, car on se dit, naïvement : "C'est tout de même prenant, aucune chance de s'endormir et on est parfois comme emporté malgré nous par l'énergie condensée dans les saynètes successives". Mais c'est un leurre, un piège à cons. L'énergie excessive et peut-être naturelle déployée par Maïween tourne à vide, ou disons qu'elle tourne mal. La "réalisatrice" ne donne pas un rythme rapide et intéressant à son film par une gestion intelligente et sensible du temps cinématographique, elle se contente de filmer assez maladroitement des scènes qui seraient tout aussi captivantes sur le papier, puisqu'elles sont foncièrement tétanisantes, et de couper lesdites scènes déjà courtes avec une régularité de métronome qui prévient forcément tout ennui.




On serait tout autant scotché par un épisode sulfureux et racoleur de Zone Interdite, au mieux, par un reportage de télé-réalité "choc" comme en diffusent toute la journée les W9, TMC et autres NRJ12 qui pourrissent nos antennes, au pire. Avec des faits divers répugnants et des prises de bec à grands renfort de hurlements, n'importe qui se laisse bêtement "captiver" et surtout n'importe qui peut captiver son public... La mise en scène de Maïwenn est celle de 50 minutes inside sauf que ça dure 120 minutes inside out, à base de caméra portée sur le vif et de montage saccadé, avec des plans de cinq secondes maximum et des changements de scènes quasi instantanés, qui s'occupent de satisfaire notre curiosité mal placée de voyeurs en passant du coq à l'âne pour un panel des pires histoires les plus dégueulasses, ou qui nous laissent pantelants sur certaines affaires inachevées et sans résolution (notamment le cas du pédophile joué par Louis-Do de Lencquesaing qui avoue tous ses crimes avec le sourire mais qui, étant haut placé dans la société, va apparemment s'en tirer sans souci ; idem pour le passage dans le camp des roms avec la récupération de tous les enfants, qui se termine prématurément dans un bus où se joue une sorte de comédie musicale sidérante et bien pratique quand il s'agit d'évacuer une scène sans s'encombrer d'un sujet trop pesant).




Quel que soit le type d'affaire en question, dans tous les cas les gamins sont des pions, des faire-valoirs qui permettent un double cirage de pompes : des acteurs d'abord, qui malgré leurs qualités restent et demeurent des acteurs devant la caméra de Maïwenn et n'accèdent pas au statut espéré de personnages (qui connaît sans chercher le prénom des flics du film ? Personne, c'est Joey Starr et Karin Viard qu'on observe), les acteurs donc font leur show, et ce pour mieux dresser une hagiographie en règle des policiers de la BPM, qui trouve son point culminant à la fin, dans cette dernière séquence pathétique et immonde, tant dans la forme que dans le fond. Dans un montage parallèle (décidément la figure de montage préférée des tristes cinéastes qui l'emploient de la façon la plus crasseuse qui soit, j'ai nommé Maïwenn et Donzelli, l'analogie la plus évidente et la plus bâtarde étant le graal des esprits simples) une flic se suicide et chute du troisième étage d'où elle s'est jetée dans un montage parallèle donc avec un enfant gymnaste qu'elle a sauvé de son violeur deux scènes plus tôt et qui prend son envol sur le tatami tandis qu'elle s'écrase la face sur le béton, le tout au ralenti bien sûr. Un policier tombe, un enfant violé s'élève... Les flics se sacrifient pour que les enfants s'envolent. Quelle pitié que cette métaphore visuelle d'outre-tombe qui trahit la stupidité profonde de Maïwenn et qui nous achève à un moment où on commençait à se dire qu'on avait forcément vu le pire : on pensait l'avoir vu dès le générique d'ouverture où la réalisatrice envoie à fond la musique de l'Île aux enfants, ou plus tard quand, venant d'apprendre qu'un nourrisson tombé sur le trottoir est tiré d'affaires, toute la brigade se rend dans une boîte de nuit pour fêter ça... Maïwenn profitant de l'occasion pour littéralement lécher les pieds de Joey Starr, qui danse au milieu du plan pendant cinq minutes.




La fameuse séquence de la boîte de nuit pousse définitivement à penser que Maïwenn et consorts ont 13 ans d'âge mental quand celle-ci affirme à Joey Starr qui lui demande pourquoi elle porte des lunettes aussi laides alors qu'elle a une très bonne vue : "J'avais peur qu'on me prenne pas au sérieux". Son nouveau petit copain lui lance alors, autoritaire : "Détache tes cheveux !", et Maïwenn de répondre avec une voix de gamine : "Tu veux que je les détache ?" avant de s’exécuter. Une fois ses lunettes retirées et ses cheveux détachés elle se révèle évidemment trop belle, du moins c'est ce qu'on est censés penser (et c'est vrai qu'elle a une bien belle crinière, mais pour tout le reste c'est un canasson, un gros âne bâté, du coup elle forme un ensemble cohérent mais y'a pas de quoi se réjouir). L'aspect très adolescent des protagonistes crève l'écran au moins autant que dans La Guerre est déclarée de Donzelli (les films sont tristement à rapprocher, pour leurs sujets ultra faciles, leur penchant à utiliser le malheur des gosses comme un prétexte pour se grandir et s'auto-congratuler, et leurs maladresses qui virent à la connerie, entre autres), avec des ribambelles de blagues de collégiens rarement drôles, une Marina Foïs dans le rôle de la collégienne anorexique de 35 ans qui déteste les hommes ("Les mecs c'est tous des sales races !" hurle-t-elle à qui veut l'entendre), et qui se dispute avec son ex meilleure copine Karin Viard, laquelle a eu le malheur de divorcer parce que sa copine misogyne lui avait dit de quitter son enfoiré de mari... Mais où sommes-nous ? Qui sont les chiards dont il faudrait s'occuper là-dedans ? Et nous sommes volontaires pour nous occuper de ces tarés ma parole, à grand renfort de coups de pieds au cul ! Dieu sait que c'est ce qu'on a envie de prodiguer à Maïwenn quand elle se filme elle-même en photographe bourgeoise couchant avec un flic de banlieue et découvrant le monde d'en bas au petit matin, réveillée par la prière de l'imam du quartier, s'empressant alors d'empoigner son appareil photo pour capturer la vraie vie des petites gens dans la rue : tel marchand arabe ou telle big mamma faisant les courses avec son bambin pendu au bras, qu'elle observe d'en haut, bien sûr, et à travers son objectif plein d'humanité... Elle ne "capte" que des clichés évidemment mais Maïwenn adore ça, comme quand elle oppose fièrement le mauvais musulman à la bonne musulmane dans une autre scène ridicule. On a plus que jamais le sentiment de regarder des gamins découvrant le monde et n'y comprenant rien dans la fameuse séquence où Maïwenn et Joey Starr tombent amoureux, en boîte de nuit donc, dans un remake de Dirty Dancing où la fille timide à grosses lunettes, laissée dans un coin, se fait tout d'un coup harponner par le gros costaud au grand cœur dont toutes les femmes rêvent en secret. Pouaaaaarggkkkshaaaaarr que ça pue la merde !




Dans cette même scène (l'une des plus imbitables du film) se cristallise la volonté profonde de Maïwenn : filmer son petit nombril, son tout petit monde. Sa propre tronche d'abord, mise au second plan par fausse humilité dans le rôle secondaire de la photographe infiltrée (mise en abyme du miséreux), sa famille aussi (on voit facilement qu'elle a choisi ses vrais proches pour incarner ceux de son soi-disant personnage, des trombines pareilles ça s'identifie de loin et même Joey Starr passe pour mignon au milieu du gang Le Besco, tel Mowgli au milieu des loups), puis ses amis et acteurs chéris, qui font leur boulot pour la plupart même s'ils en font souvent trop (telles Foïs et Viard dans la scène de la dispute, qui vocifèrent horriblement), mais il faut dire que de telles situations c'est du pain bénit pour un comédien en roues libres. Et enfin, surtout, le compagnon de Maïwenn, le bien-nommé Joey Starr, starifié comme jamais dans ce film où il apparaît à chaque instant comme un dieu vivant, ne supportant pas le mal fait aux enfants, révolté contre tous les salops de la Terre, ne craignant pas de s'emporter physiquement contre ses supérieurs quand ils ne se tuent pas autant que lui à la tâche pour retrouver un gamin en pleine nuit ou pour obtenir une place dans un foyer à tel autre, incapable de ne pas prendre chaque affaire à cœur, bourru mais ultrasensible, prompt à calmer les enfants les plus tristes en les serrant dans ses griffes d'ours, excellent père de famille de surcroît et amant hors-pair sans aucun doute. Qui n'aurait pas envie de se faire Joey Starr après un tel panégyrique sans retenue ? Qui n'a pas envie surtout de faire un tacle à Maïwenn après toutes ces scènes intimes entre elle et sa Starr, scènes qu'on ne veut tout simplement pas voir, encore moins quand ils se dévorent la tronche comme des fauves dans un énième reboot estampillé 2011, celui d'Alien versus Predator (faut dire qu'ils sont bien outillés pour s'entre-gober le crâne, on ne veut pas non plus voir la mâchoire de leur futur gosse, à bon entendeur salut !).



Maïwenn signe donc un film non seulement ridicule mais médiocre, un très vulgaire film à sketches morbides, une suite de tranches de vie bien répugnantes pour nous bouleverser sans effort malgré une triste absence de vision artistique, un concentré de série télé scabreuse avec une touche de tract anti-sarkoziste en toile de fond, qui nous fera voter pour la candidate norvégienne des Verts, Angelina Joly, dans quelques mois. La personne déjà nommée un tas de fois qui a réalisé Polisse (je ne parviens pas à écrire "réalisatrice" ou "cinéaste", pardonnez-moi, et répéter son blaze me hérisse les poils) a partagé pendant un certain temps le quotidien d'une brigade de la BPM pour préparer son sujet et cet argument d'autorité est censé tout excuser (comme Donzelli avec la maladie de son fils, décidément...). De ce fait elle peut faire ce qu'elle veut, y compris le film merdeux dont il est question ici, où elle ose tout, tous les pires procédés imaginables. Son côté sûre d'elle transpire du film nauséabond de Maïwenn et nous la rend franchement détestable. Elle qui tente de faire un portrait si élégiaque de ces policiers de l'enfance et qui leur dédie son film, se permet de déclarer en interview qu'ils sont des "paysans de la France profonde qui ne connaissent rien", parce qu'ils ne l'ont pas reconnue à une avant-première "en présence de l'équipe du film" qui leur était réservée et parce que Marina Foïs, Jérémie Elkaïm ou Nicolas Duvauchelle sont pour eux autant de gros péquenauds qui n'ont rien à foutre sur un écran de cinéma. On pense pareil ! Comment ne pas prendre définitivement en grippe la dénommée Maïwenn quand elle vient affirmer fièrement que la DASS l'a vraiment faite chier à demander des contrôles stricts sur les enfants employés pour le film et sur les dialogues à mettre dans leur bouche, pour après le tournage finalement reconnaître que c'était pas si con de leur part parce qu'elle n'aurait pas supporté qu'un enfant se suicide à cause du film. "Elle n'aurait pas supporté", p'tite chatte... C'est triste d'en venir à taper sur les gens, de ne pas rester sur le film, mais avec de telles personnes, qui n'ont de cesse de se mettre en avant et qui sont si insupportables et détestables, difficile de faire autrement.




Difficile aussi de ne ne pas finir cette critique en reparlant rapidement de la toute fin du film, si ignoble et indigne, où marina foïs renoue avec les Robins des Bois en jouant un nouveau sketch de Pouf le cascadeur quand elle gueule : "J'peux ouvrir la fenêtre ? Je me sens pas bien..." avant d'aller se défenestrer. Dîtes-vous qu'on ne peut en rire que cinq ou six jours après avoir vu le film, car quand on est devant l'écran, le sentiment dominant, écrasant, c'est plutôt de l'exaspération mêlée de rancœur, un dégoût maximal d'une espèce qu'on n'éprouve que rarement devant un film vu sur sa téloche. Maïwenn peut se partager avec Donzelli le prix de la pire réalisatrice de l'année, de la décennie, du siècle et du monde.


Polisse de Maïwenn Le Besco avec Maïwenn Le Besco, Joey Starr, Marina Foïs, Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Jérémie Elkaïm, Karole Rocher, Frédéric Pierrot et Emmanuelle Bercot (2011)

23 novembre 2011

Lord of War

Andrew Niccol a deux prénoms dont un très mal orthographié et ça n'est pas la seule raison que nous avons de le conchier. Petit point sur l'actu : pourquoi parlons-nous de lui ? Parce qu'il sort un nouveau film ! Depuis 1997 et Bienvenue à Gattacca des tas de gens n'arrêtent pas de répéter : "Putain si ça se peut le prochain Niccol il va être aussi bien que Bienvenue à Gaccacca ! On attend qu'il remette ça !". Et depuis 1997 Andrew Niccol enchaîne les déceptions. Il déçoit. Et il décevra encore avec Time Out. Justin Timberlake aura beau danser sur tous les plateaux télé du PAF, ça ne fera pas oublier son film. Niccol décevra comme il avait déçu avec Lord of War, ce film qui dès le générique annonçait la couleur en présentant l'existence entière d'une cartouche de fusil, depuis sa fabrication en manufacture jusqu'à son atterrissage dans la tronche d'un gosse africain. On aurait préféré que la balle finisse son parcours dans le flan d'un coyote famélique, comme dans Red Dead Redemption, notre nouveau jeu préféré sur Playstation 3. Ce plan en vue subjective d'une balle, dans une séquence en accéléré qui nous raconte toute sa vie, est digne d'un de ces spots publicitaires du gouvernement voués à refroidir l'envie de faire un ride sans permis avec trois grammes dans le sang : il veut choquer avec les armes qu'il dénonce.



C'est le principe des images dégueulasses sur les paquets de clopes censées nous vacciner contre l'envie irrépressible de fumer. Eh bien le résultat est identique. Quand on découvre une telle image gerbante de poumon éclaté, de dents à la Jaws (on finirait avec une mâchoire de requin à force de fumer des cigarettes ?), d'yeux morts à la Steve Buscemi et ainsi de suite, on s'empresse de détourner le regard du papelard pour vite se saisir de son cendar et s'enfumer la gueule à la Gainsbarre. Devant l'intro de Lord of War, c'est idem, on éteint vite son téléviseur et on va dans l'armoire de papa (qui porte bien son nom puisque c'est une vraie armurerie) chercher le 22 long rifle poussiéreux de pépé qui va bien, avec l'envie d'aller se payer un ou deux clébards fatigués dans la rue, commencer par dégommer des pigeons et finir par des vieillardes.



Que dire de plus sur ce film sinon que cette introduction digne d'un jeu vidéo pourri n'aurait pas dû avoir de suite, ça aurait dû s'arrêter là et on aurait tout pigé de la toute petite idée politique d'Andrew Niccol. En jouant là-dedans Nicolas Cage s'est doté du bagage humanitaire nécessaire à tout artiste engagé de pacotille et d'Hollywood qui veut pouvoir se regarder dans la glace quand il dépense ses milliards en 60 secondes chrono dans des bagnoles à la con. C'est tout bénéf pour Cage : il se montre engagé sans débourser un kopeck, au contraire même, puisqu'il a été grassement payé pour le rôle, à hauteur de 20 millions de dollars minimum par scène. Cage n'a pas besoin d'adopter 300 malgaches comme Angelina Pas Jolie et Brid Patt pour prouver qu'il aime les blacks. La prochaine fois, Cage, ne te fais pas chier à tourner dans une saloperie, inscris-toi directement à la National Rifle Association, aux côtés de tes potes morts Charlton Heston, John Wayne et Clint Eastwood.


Lord of War d'Andrew Niccol avec Nicolas Cage (2006)

31 juillet 2011

Open Water

Le premier film que j'ai vu en screener. C'était y'a 7 ans. C'était les débuts du dvd.rip, j'avais aucune expérience dans le téléchargement mais j'avais quand même jugé l'image un peu floue et trouvé bizarre que des ombres passent devant l'objectif à plusieurs moments vers le début et la fin du film. Malgré tout cette image crado et ces interférences correspondaient bien à ce film que pour rien au monde je n'aurais vu en bonne qualité. Le pitch, on va vous le faire vite fait bien fait : un couple d'américains moyens s'en va en vacances aux îles Galapagos, armé d'une caméra waterproof et d'un programme alléchant : rando à dos d'éléphants, rencontre avec les féroces crocodiles du Nil, ride en sidecar dans les souks amérindiens, spéléo dans des grottes jugées insalubres par les autorités locales, pique-niques sur la plage, quelques promenades dans les marchés galapagiens entrecoupées de bonnes parties de baise en chambre Sofitel pour souder un couple qui a besoin de se retrouver, et surtout la plongée sous-marine. Autant vous dire que cette dernière activité est une activité-clé pour le scénario du film. En effet notre couple vedette s'embarque avec toute une équipe de plongeurs sous-mariniers pour une exploration des récifs coralliens au large des Galapagos, mais ils sont malheureusement oubliés par les organisateurs de la sortie, partis sans recompter leurs recrues, et se retrouvent donc paumés au milieu de l'océan avec une bouée pour seule amie.



Avant la journée fatidique, Dan, le mec du couple, a tenté d'embringuer sa copine dans une session doggy-style, mu par cette excitation raisonnée qu'on connaît tous, qui repose sur un mince espoir et qu'on a nous même un peu maintenue sous cage pour pas brusquer l'être aimée et pour ressortir de l'échec attendu pas trop dégoûté, voire grandi aux yeux de l'autre qui se dit : "C'est quand même pas un connard, il n'est pas sur le point de me violer". Le personnage fait le fameux coup à sa femme : j'hésite pendant une demi heure puis je me tourne lentement pour poser mon livre par terre, demi-tour vers ton cul qui me tend les bras, j'envoie lentement les pattes avec des caresses qui peuvent être prises au choix pour une marque d'affection sans arrière pensée ou pour un début d'acte potentiel sous forme d'attaque vicelarde (le choix n'étant permis que si la compagne n'a pas senti votre boner contre l'arrière de son genou). Hélas pour le héros du film, ça casse. Faut dire qu'il a mal choisi le moment vu que sa meuf lit Biba la tronche farcie de tranches de melon et de concombre. Ce refus aura un goût amer, pour elle comme pour lui, mais la scène aura permis au spectateur d'entrer dans l'intimité des personnages et surtout de voir des nibards dès le générique d'ouverture pour mieux rester concentré.



Du coup, réveil mitigé et frustré pour Dan, dont le zguègue colle un peu au drap. Idem pour sa femme qui a oublié de retirer les fruits et légumes qui recouvraient sa face avant de s'endormir et qu'une petite colonie de fourmis rouges galapagiennes du genre gloutonnes a pris pour cible durant la nuit. Si le couple ne s'était pas foutu dans la merde en se paumant au milieu des requins, on aurait quand même été curieux de suivre un film de deux heures sur le reste de leurs vacances qui s'annonçaient comme un festival de gaffes et de frustrations. Mais le film ne dure qu'une heure et quinze minutes, et l'heure restante on va la passer à choper le mal de mer abandonnés au milieu de l'océan. Du haut de son pitch minimaliste, ce film est un petit guide de survie en eau trouble. Un guide pas très recommandable vu qu'à la fin du film un pêcheur à la ligne retrouve dans la gueule d'un Grand Blanc une caméra waterproof, un zob rabougri et des tranches de concombre. A noter que ce film prend le contrepied du classique de Spielberg, Les Dents de la mer, film à double tranchant pour nos amis à 36 rangées de dents puisque le maître d'Hollywood avait fait de la bête un monstre à part entière, aussi redoutable que fantasmé. Chris Kentis nous remet face à la triste réalité et nous dépeint des requins très loin du strass et des paillettes d'Hollywood, réduits à leur statut de purs charognards des temps modernes, sortes d'équivalents aquatiques et waterproof du corbeau ou de la hyène. Les bestioles qui ont raison de notre couple de touristes ce sont les méduses, les coups de soleil et la maladresse légendaire des femmes. A un moment, toujours seuls au milieu du pacifique, ils décident de manger des chips, la seule denrée conservée dans la combi waterproof de Dan, mais sa meuf les fait tomber à l'eau. Et dans ce film si pauvre en dialogues, l'héroïne lâche un tragique : "Va-t-en manger des chips à la moutarde qui ont pris la flotte toi". Cette même héroïne, qui n'est pas à une connerie près, libère malencontreusement une trainée de sang car elle a oublié de mettre un tampax, et, tel le Petit Poucet, elle laisse de petits globules rouges derrière elle qui ont de quoi ravir une maman squale et ses petits, tout un gang de requins doublés par Will Smith et Angelina Jolie dans la version originale.

Budget du film : 130 000$. Recettes : 55 000 000$. Non je ne me suis pas gouré dans les zéros. Laissez-moi vous dire que Chris Kentis, s'il lit notre critique, doit tendre ses deux majeurs vers son écran en se marrant, les poches bourrées de thunes !


Open Water de Chris Kentis avec Blanchard Ryan et Daniel Travis (2004)

10 février 2011

Runaway Train

Deux hommes fraichement échappés d’une prison haute sécurité perdue au fin fond de l’Alaska se retrouvent coincés dans un train fou, lancé à pleine vitesse, sans personne au volant. Voici le pitch assez minimaliste de Runaway Train, sorti en 1985, qui se présente d’abord comme un film aux trivias (aka "anecdotes de tournage") particulièrement savoureuses. Il devait en effet s’agir du premier long-métrage américain du cinéaste japonais Akira Kurosawa, qui en a signé le scénario initial et qui, pour des raisons financières, ne réussit point à le tourner. Quelques années après, le projet tomba finalement entre les mains d’Andreï Konchalovsky, un cinéaste russe à la carrière étrange, fidèle collaborateur d'Andreï Tarkovski à ses débuts et auteur de nombreux films historiques sur sa terre natale, qui s’est également exilé un temps aux États-Unis où il s’est essayé à des genres variés avec parfois beaucoup de talent (comme nous le verrons ici). En outre, Runaway Train prétend au statut forcément très convoitée de « film contenant le plus de fois le mot fuck dans ses dialogues », des dialogues qui, dans leurs versions françaises, sont d’un comique involontaire parait-il irrésistible mais rendant peu hommage à la qualité réelle d'un film qui ne mérite vraiment pas d'être pris de haut.


Si Angelina Jolie portait le bouc, elle ressemblerait à ça

Fait rare pour un long-métrage de ce genre, Runaway Train reçut trois nominations aux Oscars, et non des moindres, puisque deux d’entre elles étaient destinées à ses deux acteurs principaux : Eric Roberts et Jon Voight. Ce dernier s’est d’ailleurs tellement investi dans son rôle qu’il aurait passé deux ans emprisonné, dans les conditions réelles d’une détention lambda, ceci afin de mieux se plonger dans son personnage et parfaire ses talents de comédien, fort d'un véritable vécu auprès de taulards de la pire espèce. L’expérience n’a pas été vaine puisque l’acteur est littéralement habité par son rôle et livre une performance incroyable, en nous offrant même quelques moments d’anthologie. Son personnage nous est présenté comme venant de passer trois ans enchaîné, et nous n’en doutons pas une seule seconde grâce à sa prestation impressionnante. L’acteur apparaît ici dans un rôle également intéressant dans le sens où il doit être l'exact opposé de celui qu'il campe dans Délivrance où il est, au commencement du film en tout cas, l'homme civilisé par excellence, doté d’un charme et une allure presque féminines. Jon Voight incarne ici une véritable bête sauvage, assez éloignée de l’humain, d'une laideur rappelant celle de sa fille transsexuelle Angelina Jolie. Eric Roberts s’en tire très bien aussi, dans le rôle assez difficile d’un benêt aussi costaud que naïf, mais brave et courageux, un rôle qui semble avoir été écrit pour lui et sa vieille gueule cassée, d'une laideur rappelant celle de sa sœur Julia Roberts.




L’autre vedette du film est bien entendu le train fou, véritable personnage à part entière, autrement plus impressionnant et cinégénique que celui pourtant plus long et plus gros (bref, plus américain) du triste film de Tony Scott. Andrei Konchalovsky sait brillamment filmer son engin et le rendre spectaculaire, notamment lors de sa première véritable apparition, accompagnée d’une musique grandiloquente, mais aussi dès le générique, qui rappelle étrangement celui de Das Boot, sauf que la forme sombre d'un sous-marin envahissant progressivement une immensité verdâtre est ici remplacée par un train rouge écarlate fendant la nuit en deux avec fracas. Le train est aussi métamorphosé suite au premier accident qu’il provoque, qui lui donne une apparence encore plus monstrueuse, comme si des tentacules s’échappaient de sa locomotive, un aspect que le cinéaste exploite également à merveille. De plus, le train de ce film est réellement « unstoppable » contrairement à l’autre tas de ferraille du film de Tony Scott au titre mensonger (ça c'était simplement histoire de vous spoiler Unstoppable et son happy end pourri). En réalité, Konchalovsky réussit partout là où Tony Scott échoue lamentablement, et fait infiniment plus encore. Il nous gratifie d’images superbes, profitant de son histoire minimaliste et limpide pour l’illustrer de quelques très belles idées de cinéma. Je pense tout particulièrement à ces nombreuses séquences presque abstraites, où nous pouvons admirer ce trait noir traverser des toiles blanches à toute vitesse, d’une beauté quasi surréaliste. Ce train inarrêtable qui parcourt les paysages enneigés, avec des obstacles qui se présentent à lui tour à tour, est peut-être une belle métaphore de ce cinéma-là, dont l'objectif est de nous tenir en haleine coûte que coûte, en nous menant de surprise en surprise, épreuve après épreuve.


L'avant du train, lancé à grande vitesse, après une première rencontre avec un obstacle

Runaway Train apparaît comme le film d’action par excellence, renfermant en lui des archétypes du genre comme le récit d’évasion, mais je pense surtout à la superbe première demi-heure du film, qui est une vigoureuse chronique de prison, très sombre et brutale, où le cinéaste prend son temps pour nous présenter ses personnages, un temps que l’on ne prend plus aujourd’hui. Mais Runaway Train est plus qu’un simple film d’action terriblement efficace, il s’agit aussi d’un véritable film d’auteur, accompagné d’une méditation romantique et assez profonde sur l’homme et la machine (rien à voir avec l’héroïsme à la mord-moi-le-nœud d’Unstoppable). Cette méditation est d’ailleurs joliment illustrée par la citation de Shakespeare, tirée de Richard III, qui vient clore le film : « No beast so fierce but knows some touch of pity. But I know none, and therefore am no beast ». L’ultime plan du film (ALERTE : arrêtez-vous là si vous comptez le voir) est d’ailleurs très marquant : on y voit le plus dangereux des taulards foncer droit vers sa mort, enfin libre comme l'air, tandis que le chef de la prison, celui-là même qui l’a déshumanisé et qui réduit ses prisonniers à l'état d'animal, s'apprête à crever enchaîné, plongé dans l'obscurité d'une prison à grande vitesse.




Comment ne pas être scotché devant ce film ? Dès les premières images de son générique aussi simple que géniale, jusqu’à sa conclusion terrible, magnifiée par la musique grandiose de Vivaldi, on est littéralement cramponné à notre fauteuil face à cette œuvre d’une intensité rarement égalée. Runaway Train est à mon sens l’un des plus grands films d’action jamais faits, une œuvre plutôt méconnue et certainement sous-estimée des années 80 que je vous invite donc chaudement à redécouvrir. Il est finalement très idiot de ma part d'avoir comparé ce film souvent proche de l'absurde à la dernière daube signée Tony Scott, puisqu'il serait plus significatif de rapprocher Runaway Train d'œuvres comme Vanishing Point ou Macadam à Deux Voies. Et je suis tout à fait sérieux lorsque j'écris ça, soyez en sûrs.


Runaway Train d'Andreï Konchalovsky avec Jon Voight, Eric Roberts et Rebecca DeMornay (1985)