8 novembre 2013

L'Amour dure trois ans

Frédéric Beigbeder, salopard de première auto-proclamé, est un être digne du plus profond mépris. Après s'en être pris à la chose littéraire, en la pratiquant tout simplement, l'homme s'en prend à la cause des femmes avec son ignoble Manifeste des 343 salauds. Et entretemps, bien décidé à salir tout ce que ce monde a de beau, cette sangsue médiatique n'a pas hésité non plus à s'en prendre au cinéma. D'abord en animant l'infâme émission du Cercle sur Canal+, seule émission du PAF entièrement consacrée au cinéma et qui donne légitimement envie de se passionner pour tout ce qui n'en est pas ; ensuite en tournant lui-même un film. Aussi modeste que talentueux, l'auteur de ce parfait immondice filmique qu'est L'Amour dure trois ans s'est estimé tout à fait légitime en cinéaste et crut bon de justifier sa morgue ainsi : "Dix ans de pub, quinze ans de télé, je suis le romancier français qui a le plus d'expérience avec l'image", notre imbuvable guignol national ignorant sans doute que toute image n'est pas de cinéma, et que publicité comme télévision, médias du formatage, de l'abrutissement et du commerce, ne font guère bon ménage avec l'art cinématographique (les publicitaires passés cinéastes sont d'ailleurs parmi les pires criminels cinématographiques, sauf exceptions : combien de Jeunet pour un Jerry Schatzberg ?).




Rappelons surtout à cet infiniment triste et médiocre commercial, crâneur parmi les vaniteux, qu'en matière de rapports non pas à la vague "image" mais au cinéma, quelques noms de romanciers français viennent à l'esprit avant le sien, et de vrais romanciers, pas les misérables David Foenkinos (La Délicatesse, lol), Yann Moix (le brillant Prix Renaudot 2013, prolongateur du génie célinien, a réalisé Podium et Cinéman !), Nicolas Bedos (émule de Beigbeder, acteur chez lui et dans Amour & Turbulences, qu'il a co-écrit) et Frédéric Beigbeder lui-même, donc, qui pourrissent les écrits et les écrans français. On ne citera qu'Emmanuel Carrère et Jean-Philippe Toussaint, cela suffit amplement.




Répondons enfin à l'outrecuidance de cet empaffé par les mots d'un autre écrivain et romancier français, Eric Chevillard, qui ne s'est pas fait prier, à la sortie de cette comédie romantique merdique, pour crucifier le vulgaire publicitaire mondain putanier et phallocrate reconverti grand fossoyeur de la littérature et du cinéma :

"Après Alexandre Jardin ou David Foenkinos, c’est donc Frédéric Beigbeder qui s’apprête à sortir son film. La littérature laissée pour morte derrière eux, sus au cinéma ! On s’étonnera un instant que ce soit justement les écrivains les plus calamiteux qui disposent des moyens de réaliser des films (ces sommes colossales englouties consciemment par les producteurs dans des abîmes de niaiserie), avant d’admettre qu’ils ont obtenu ces moyens grâce à ce même entregent, ces mêmes stratégies de séduction et de conquête qui leur avaient permis déjà de publier des livres malgré l’absence de toute espèce de talent à l’exception précisément de celui-ci, séduire, conquérir, noyauter le système, faire tourner cette industrie de bandits cyniquement vouée à détrousser les pauvres d’esprit". Tout est dit.


L'Amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder avec Louise Bourgoin, Gaspard Proust, Nicolas Bedos et Joey Starr (2012)

31 commentaires:

  1. Torpedo de Moscou8 novembre 2013 à 10:44

    Texte salvateur ! J'applaudis des deux pieds avant de les lancer dans la direction du nez de Beigbeder.

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  2. En tout cas moi j'aime bien Gaspard Prout, je le mate souvent le samedi soir chez Ardisson. Piètre acteur mais bon salopard :)

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    1. Je ne peux pas le blairer ! :)

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    2. Elle est pas belle la vie ?

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  3. Autre écrivain passé au cinéma avec succès (pas toujours mais au moins une fois) : Alain Robbe-Grillet.
    Encore un : Eric Rohmer.
    Encore un : Paul Auster.
    Va chier Beigbeder.

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    1. Je pense qu'il ne parlait que des romanciers français contemporains, sinon c'est encore plus grave. Parmi les écrivains du Nouveau Roman ayant une "expérience de l'image" (rien que la tournure en dit long), il y aurait non seulement Robbe-Grillet mais Marguerite Duras et Claude Simon...

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  4. Tu l'avais tenté, ce film, Rémi ? Moi oui, et putain.....

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    1. Je pense l'avoir croisé, en avoir subi quelques minutes, qui m'ont amplement suffi. De toute façon c'est le genre de film qu'on a tous déjà vu des tonnes de fois.

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  5. Juliette Boniche8 novembre 2013 à 13:33

    Y'a Joey Starr là-dedans, on ne le rappelle jamais assez... Il a une sacré filmo' ce gars mine de rien !

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  6. Vous reprochez quoi à l'émission Le Cercle?

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    1. Tout. Mais surtout son casting.

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    2. Je te trouve un poil sévère. C'est vrai que le casting est inégal (pour ne pas dire totalement pourri, à l'exception notable de Frédéric Bonnaud, voire parfois de Philippe Rouyer, Jean-Marc Lalanne ou Jacky Goldberg qui ont des fulgurances), et que ça tourne trop souvent à la foire d'empoigne où celui qui parle le plus fort a gagné (et c'est trop souvent Leherpeur ou Neuhoff ou Sauvion qui parlent le plus fort), mais ça reste la dernière émission du paf qui essaye de parler (un peu) cinéma sans servir la soupe de la promo.

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  7. Rien à voir, mais vous avez prévu quelque chose sur Gravity ? Toute la presse se masturbe dessus, je serais curieux d'avoir votre avis...

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  8. Y a des relents pas très agréables qui se dégagent de votre texte ou c'est moi??

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    1. De quels "relents" s'agirait-il ?

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    2. Sans doute de gros prouts, une réaction physique bien excusable quand on inflige à ses sens la vue du faciès de Beigbeder !

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  9. Dans ce contexte et vu de qui vous parlez, votre vocabulaire très très haineux, les mots de "parasite" etc, me rappelle quelque chose ... voilà tout ...
    Je lis ensuite que vous n'avez même pas vu ce film ... Ça me suffit, je ne remettrais plus les pieds ici.
    À bon entendeur

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    1. Ah ce serait si pratique et si jouissif de pouvoir crier à l'antisémitisme pour clore le débat... Parce que je suppose que c'est de cela dont il s'agit, n'est-ce pas ? C'est amusant de voir que vous y pensez immédiatement et avec délectation, alors que rien n'y appelle dans le texte, mais que vous n'osez pas dire le mot.

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    2. Bien joué Anonyme, tu as atteint le point Godwin en deux temps trois mouvements. Je ne félicite ni ta rapidité ni ta finesse d'esprit qui sont pour moi absconses.

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  10. Bedos et Beigbeder : les deux cons ne sont plus amis !

    http://www.lepoint.fr/ces-gens-la/le-torchon-brule-entre-nicolas-bedos-et-frederic-beigbeder-11-11-2013-1754261_264.php

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    1. Bedos, Beigbeder, double B ! Boulets, Branleurs, Branques, Beaufs.

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    2. Nicolas Bedos, dans sa grande sagesse débarrassée de toute espèce de puérilité, a expliqué récemment à la télé qu'il n'aime plus son copain Beigbeder parce que ce dernier lui aurait dit beaucoup de bien de son film ("Amour & Turbulences") lors d'une soirée en famille, pour ensuite ricaner des vacheries balancées contre le film par ses chroniqueurs de merde du Cercle. Dur.

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    3. Ouais, c'est ce qui est rapporté par le lien que j'ai posté ci-dessus.
      Quelle triste bande de zonards...

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  11. Ce blog est un raffraichissement dans les concerts de louanges encadrant "l'oeuvre" de cet autoproclamé salopard ! merci...

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  12. J'ai assez bien aimé ce film, disons que j'ai bien aimé l'humour de Gaspard Proust dans ce film. Mais je me souviens aussi d'un certain nombre de gags bien moisis (la révélation de l'homosexualité de Joey Starr par exemple)

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  13. « les publicitaires passés cinéastes sont d'ailleurs parmi les pires criminels cinématographiques, sauf exceptions : combien de Jeunet pour un Jerry Schatzberg »
    —> Ce n'est pas une contradiction, plutôt une pièce apportée au débat : Hitchcock et Cimino ont tous les deux commencé par travailler dans la pub. Mais ce fut pour eux une activité temporaire, plutôt qu'une vocation. Toutefois, du côté de la manipulation des signes dans les films de Hitchcock, et du goût (parfois au bord de l'excès) de la « belle image » dans ceux de Cimino, cette origine publicitaire reste décelable.

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    1. Très intéressant ton commentaire Gerbille Joviale.

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    2. Bon... La pub au temps du jeune Alfred ne devait, en outre, pas fonctionner de la même façon que celle du vieux Jeunet... Hum ?
      Mais je suis bien d'accord, Hamster.
      Toutefois, il y a encore pire : les super criminels, les clipeurs des années 80 devenus long-métrageurs (Besson en serait le fleuron le plus représentatif).
      Déjà, Lelouch, en Scopitonnant, avait montré la voie....

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    3. Gerbille Joviale ? Ça sonne bien, j'en ferai peut-être le pseudonyme de mon pseudonyme !

      « La pub au temps du jeune Alfred ne devait, en outre, pas fonctionner de la même façon que celle du vieux Jeunet » : oui, j'y pensais en l'écrivant, mais j'ai eu la flemme de nuancer...

      Par ailleurs, ce qui compte chez un cinéaste c'est moins son passé que ce qu'il fait (ou pas) de ce passé : pour en rester à Hitchcock, il a dépeint, à partir de son expérience de manipulateur de signes (je désignerais ainsi l'activité publicitaire), l'inquiétude d'un monde où le signe d'une chose l'emporte sur la réalité de celle-ci, où le vraisemblable l'emporte sur la vérité. Le film où il a poussé cette inquiétude le plus loin, c'est évidemment 'La Mort aux trousses', dont le personnage principal, Roger Thornhill, exerce la profession de publicitaire, et qui s'inscrit dans une sorte de « trilogie du doute » qui comprend également 'Vertigo' et 'Psychose'. Dans ces trois films, un leurre plus ou moins incarné, dont on ne connaît que des apparences extérieures, en vient à remplacer ou à détourner un corps réel. Ce qui est beau, c'est qu'à partir de cette donnée commune, les trois films soient si foncièrement différents : romantisme noir, comédie d'aventure, horreur sèche.

      L'idée d'un « empire du simulacre » est devenue un lieu commun à partir des années 1980 — celles du triomphe de la pub —, mais il y a quelque chose de fascinant, encore aujourd'hui, à en déceler les signes avant-coureurs (entre autres) dans les films d'Hitchcock. Et ce n'est sans doute pas un hasard si l'œuvre de ce dernier a connu une nouvelle jeunesse auprès du grand public à partir des années 1980, précisément.

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