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12 août 2012

Detachment

Quand, à la fin de l'année, viendra l'heure des bilans et qu'il me faudra choisir parmi les pires films vus en 2012, j'hésiterai longuement, comme toujours. J'hésiterai en me demandant quel est le film dont il faut à nouveau rappeler toute la nullité et quel est le réalisateur qui mérite le plus qu'on lui tape encore dessus. Je penserai d'abord à des petits pets dans la brume comme After.Life ou L'Amour dure trois ans, mais, bien conscient que ces choix très consensuels ne choqueraient personne, je renoncerai assez vite à les citer, regrettant tout de même de ne pas saisir l'occasion de dire encore une fois tout le mal que je pense du dénommé Frédéric Beigbeder et de toute sa petite bande. Je songerai ensuite à Un Heureux évènement, puis je serai dégouté de voir qu'il est sorti fin 2011. A la recherche du vrai film de merde ultime, ma pensée s'orientera alors vers ceux que j'aurai jugés les plus dignes de tout mon mépris. Je penserai donc aux plus détestables, aux plus dangereux, aux plus affreux longs métrages subis durant l'année civile. Et là, à coup sûr, le très douloureux souvenir de Detachment m'apparaîtra comme une évidence, de la même façon que Polisse s'était imposé à moi comme la pire saloperie sortie sur grand écran au cours de l'an de grâce 2011. Mais vous verrez, ces deux films partagent plus d'un point commun... 
 
 
Réalisateur de clips musicaux, de publicités et de documentaires, Tony Kaye a cru juger bon de mêler tous ces styles dans un même film. Le résultat est une bouillie des plus infâmes que l'on regarde béatement comme fasciné par tant de laideur et de bêtise. Detachment, c'est 100 minutes tout rond, pas une de plus ni une de moins, de viol oculaire et de harcèlement cérébral. Mes mots sont brutaux, certes, mais le film l'est bien plus, croyez-moi. Tony Kaye ne nous lâche pas une seconde. Dès le générique d'ouverture, dont vous trouverez des copies un peu plus soignées sur Deviantart ou Viméo, le réalisateur nous prend dans son étau pour ne nous en libérer qu'à l'apparition tant espérée de l'écran noir final. Avant cela, Kaye consacre son temps à nous essorer, à nous presser, comme si son objectif numéro un était de nous vider de tous nos espoirs et de toute notre foi en l'être humain. Après avoir vu son film, on se dit qu'il n'y a rien à faire, que tout est perdu. Le récit dégueulasse qu'il nous offre de l'expérience de Henry Barthes (Adrien Brody), ce prof remplaçant assigné pendant trois semaines dans un lycée difficile de la banlieue new-yorkaise, agit comme un coup de massue fatal, directement porté à notre envie de vivre et à nos convictions humanistes. Je ne déteste rien de plus que ces films qui veulent dresser le portrait alarmant d'un système, d'un milieu, d'une société, sans offrir la moindre espérance, comme s'il s'agissait d'un état de fait irrévocable, et en utilisant les plus infâmes et tristement efficaces procédés, ceux-là même qui coulent notre monde et anéantissent toute envie d'agir. Un bon coup dans la fourmilière, ça a parfois du bon, mais y aller au bazooka, c'est pas super malin. Il faut penser aux dommages collatéraux. Faut-il être un dangereux malade pour consacrer au moins six mois de sa vie à la conception d'un film qui s'échine à vouloir nous dire que rien ne va plus. N'y a-t-il pas eu une seule journée de tournage où Tony Kaye s'est levé du bon pied, avec la banane et l'envie de nous offrir une petite éclaircie au milieu du nuage cafardeux et pollué d'idées noires qu'est son film ignoble ? Il faut croire que non... En ce qui me concerne, il y a bien des matins où je ne suis pas d'humeur, mais cela ne dure pas, et un petit mug de Benco me remet bien vite d'aplomb, sur les rails, dans le sens de la marche. Aux gens qui se sentent si mal dans leur peau et dans leur monde, on devrait interdire d'infliger aux autres et d'une façon si sournoise un aperçu morbide de leur dépression totale, sans rémission possible. 
 
 
Revenons à présent au rapprochement annoncé. Tony Kaye partage avec Maïwenn un même manque de pudeur et de subtilité. Que dis-je, ils ont comme particularité commune une extrême vulgarité, une lourdeur à toute épreuve et sans égale. Ce sont deux marteau-piqueurs humains, prêts à vous enfoncer n'importe quoi dans le crâne. Si j'étais le dictateur fasciste d'un pays mis à ma botte et qu'il me fallait choisir deux réalisateurs afin de mettre en image des clips de propagande efficaces pour embrigader les esprits, je choisirais sans hésitation cette paire diabolique, ces jumeaux d'épouvante que sont Maïwenn et Tony. Ils feraient un travail excellent, probant, j'en suis persuadé ! Si leurs deux films s'affrontaient aux jeux olympiques de la connerie, j'aurais bien dû mal à décerner la médaille d'or et le combat ferait rage jusqu'à la dernière seconde. Mais comme je suis un peu chauvin, je finirais forcément par l'attribuer à Polisse. Cocorico ! La française Maïwenn devance tout de même assez largement l'américain Tony Kaye en termes de vulgarité, de racolage et de bassesse. Mais qu'elle se méfie, l'autre doit prendre des produits dopants et apprendre auprès des plus grands, car sans bruit, dans son coin, il a produit une performance assez étonnante qui aurait d'ailleurs mérité une couverture médiatique au moins comparable à celle qui fut en son temps réservée à l'exploit de Maïwenn. Quoique, American History X promettait déjà de belles choses... Mais lâchons les JO et revenons à ces deux films. Dans les deux cas, on louche très fort vers le documentaire, le témoignage filmé, on s'amuse des frontières entre fiction et réalité, on en fait fi et l'on joue dangereusement avec, pour mieux captiver le spectateur, forcément tétanisé face à un tel spectacle ne proposant aucune mise à distance et toujours mené à un rythme tel qu'il ne permet même pas de reprendre son souffle entre deux scènes chocs où les larmes, les cris, les coups, bref, la violence, éclate à l'écran sans retenue. J'avais l'estomac retourné devant ces films, mais les yeux rivés sur mon écran, comme ensorcelé par un gourou employant les plus abjectes techniques d'hypnose. Dans Detachment, Adrien Brody apparaît régulièrement filmé en gros plan, éclairé comme le sont les intervenants dans ces émissions télévisées racoleuses telles que Faites entrer l'accusé, lors de brefs intermèdes où il se livre, seul face à la caméra. L'acteur, à son meilleur, témoigne alors de son expérience dans ce maudit lycée où il a assuré le remplacement d'un prof de littérature. Il fait toujours preuve d'un petit humour décalé, détaché, désespéré, tournant en dérision la situation qu'il a vécue, comme pour mieux la supporter à nouveau quand il nous en reparle. Ces petits apartés calamiteux enrobent le film de la plus abominable manière. A ce niveau-là, ce n'est même pas une faute de goût, puisque le film n'est que ça, c'est une véritable agression de l'ensemble de nos sens et de notre intellect par un homme irresponsable, à tenir éloigné des plateaux à tout jamais, j'ai nommé Tony Kaye.
 
 
Plus évident encore, Polisse et Detachment sont tristement à rapprocher pour leurs sujets ultra faciles et leur penchant à utiliser le malheur des plus jeunes, ici les adolescents en crise, comme un prétexte non pas, cette fois-ci, pour se grandir et s'auto-congratuler, bien que cela soit aussi parfois le cas, mais avant tout pour se morfondre et se complaire dans un pessimisme total, sans échappatoire possible, si écrasant qu'il perd toute espèce de crédibilité. En outre, les films de Tony et Maïwenn sont tous deux remplis de maladresses terribles qui les font atteindre des sommets de ridicule, lors de scènes grandiloquentes qui se croient pourtant tout à fait géniales et extrêmement émouvantes. Deux suicides abjects viennent clore ainsi chacun des films et en sont les meilleures illustrations. Ils sont censés serrer les gorges des spectateurs, leur rabattre le clapet et leur nouer l'intestin une bonne fois pour toutes, comme si tout ce qui précédait n'avait pas suffi. Seul un éclat de rire pourra alors sortir de la bouche des plus détachés, des plus imperméables à tant d'horreur et d'ignominie. Pour ma part, c'est un gros soupir d'exaspération qui s'est emparé de moi lors de la conclusion risible de ce climax lamentable, où une lycéenne obèse, reine de la mise en scène, s'empoisonne devant tout le monde lors du goûter de fin d'année en ingurgitant un muffin décoré d'un smiley tristounet (je n'invente rien !). Des moments qui se veulent un peu légers ponctuent également les deux films. Vous vous rappelez que la musique de L'Île aux enfants ouvrait le film de Maïwenn. Au même moment, nous avons ici droit à un générique animé tout à fait insupportable, entrant en décalage avec le ton globalement ultra plombant et austère du film. Ce n'est pas tout, un petit interlude grotesque nous montre aussi la vie rêvée d'un personnage détestable (mais que nous ne détestons pas moins que son créateur !) de professeur haï de tous : des petits vignettes colorées nous le montrent rentrer chez lui triomphant et se faire cajoler par sa femme, pleine d'amour. Là encore, on fait dans la légèreté, l'ironie habile. On est simplement atterré de voir ça. Maïwenn ne faisait pas preuve de beaucoup plus de finesse lorsqu'elle tentait de décontracter faussement l'atmosphère en tournoyant un quart d'heure autour de Joey Starr sur le dancefloor ou en faisant se trémousser les enfants d'une communauté Rom sur un air techno. 
 
 
Aussi, les deux films sont autant de prétextes pour quelques performances d'acteurs de haut vol. Nous avons évidemment droit à une scène où Adrien Brody parvient avec brio à captiver toute sa classe, pourtant constituée d'éléments très difficiles qui, lors du premier cours, n'hésitèrent pas à insulter sa maman en le regardant droit dans les yeux, se tenant debout face à lui, à quelques centimètres - plein de courage et de sang froid, l'acteur trouvait alors l'occasion d'étaler toute sa répartie. Adrien Brody donne un cours réellement passionnant sur La Chute de la Maison Usher, il réussit à intéresser tous les élèves, sans exception, à la nouvelle de Poe, en débitant les pires évidences avec le talent et l'aisance du plus efficace orateur. Tout le CV de Brody semble apparaître alors à l'écran. Les cours de théâtre qu'il suit assidument depuis le début de son adolescence sont d'un seul coup justifiés et mis en application face à nous. Le corps de l'acteur prend l'apparence d'une brochure pour l'Actor's Studio qui se déplierait maladroitement sous nos yeux, dans un bruit assourdissant de papier froissé. L'Oscar n'est pas loin. Une petite nomination aurait été la moindre des choses si le film avait eu la chic idée de sortir pendant les fêtes de Noël, seule période où s'effectue la sélection pour cette grande compétition ridicule dont on a voulu nous faire avaler l'immense prestige l'an passé, quand The Artist était sur le point de tout rafler. Il s'agit donc là d'une scène conçue pour placer l'acteur sur un piédestal, sans doute un vrai régal pour un comédien, à l'image des interludes-témoignages. Rappelons que le film de Maïwenn est également rempli de scènes d'engueulades ou de mises à nu qui doivent représenter du pain béni pour des comédiens dont on n'oublie jamais de saluer les performances. Adrien Brody, tout comme Marina Foïs et Karin Viard, a eu droit aux plus beaux compliments. Moi, devant ça, j'ai simplement envie de supplier Brody de retourner s'amuser dans des séries b minables où il peut faire le mariole en affrontant des Predators à mains nues et empocher le pactole. 
 
 
Adrien Brody n'est évidemment pas le seul à profiter de toutes ces belles opportunités. Lucy Liu, James Caan, Christina Hendricks et Marcy Gay Harden nous proposent chacun leur tour leurs petits numéros, comme des petits animaux de foire bien élevés, polis, rêvant déjà de leurs récompenses : un bon mot, un sucre ou une tape sur le flanc. A ce petit jeu pitoyable, il faut bien reconnaître que l'ancêtre James Caan s'en tire à merveille, il nous offre la scène la plus caustique du film lorsqu'il implore une lycéenne très légèrement vêtue de bien vouloir enfiler au moins un soutien-gorge. Bien sûr, on n'en voudra pas à l'acteur, lui qui nous a tant séduit à l'époque où il avait encore tous ses neurones pour choisir ses rôles. Lucy Liu est facilement la plus exaspérante, on ne croit à aucun de ses mots, bien que Marcy Gay Harden ne soit pas loin. A la différence de sa collègue aux yeux d'orientale, Marcy Gay Harden a le défaut de ne pas surprendre une seule seconde dans ce rôle de femme à bout de nerfs qu'elle a déjà endossé une demi-centaine de fois. Quant à la débutante Christina Hendricks, j'avoue qu'elle m'a d'abord assez agréablement surpris, se montrant notamment plus charmante que je ne l'avais jamais vue, elle qui est d'ordinaire si vulgaire (une vulgarité crasse dont Nicolas Winding Refn s'était d'ailleurs ouvertement moqué). Mais lors du dernier tiers du film, son personnage se met à agir de façon totalement invraisemblable et l'actrice paraît alors bien incapable de donner un peu de crédibilité aux situations lamentables dans lesquelles la pousse son réalisateur et scénariste. A sa décharge, je pense que strictement personne n'aurait pu y parvenir. 
 
 
Je finirai cette critique en vous offrant un petit aperçu de ce que nous propose ce film. Assez tôt, Adrien Brody prend pitié pour une jeune prostituée, largement mineure, qu'il croise régulièrement sur le trajet qui le mène à son appartement. Après l'avoir secouée en la traitant de tous les noms, sans succès, il finit par sympathiser avec elle et lui permet même de vivre quelques temps sous son toit. La jeune fille a l'entre-jambe constellée de cicatrices plus ou moins fraîches, des blessures bien moches. A-t-elle déjà été violée au couteau par quelque détraqué ? C'est ce que l'on peut aisément s'imaginer à la vue des gros plans inqualifiables de Tony Kaye. Le premier jour passé à l'appartement de Brody suite à son aimable invitation, la jeune catin le consacre très intelligemment à recevoir des clients. On la devine en train de tailler des pipes sur le canapé de Brody, pour se faire un peu d'argent. Naturellement, Brody n'est pas vraiment jouasse quand il rentre du boulot et la découvre à quatre pattes dans son salon. Vous imaginez un peu la scène ? Detachment n'est qu'une succession de scènes désarmantes de ce genre-là. Et je préfère ne pas vous parler de toutes celles où Brody, dont la vie n'est décidément pas rose, se rend à l'hôpital, au chevet de son père gravement malade, en phase terminale d'un cancer, dans un état de décrépitude psychologique tel qu'il lui fait affirmer des choses très blessantes au sujet de feu son épouse, la mère de Brody, disparue alors qu'il n'était qu'enfant dans d'affreuses circonstances (alcoolique, elle s'est suicidée, et nous revoyons ce moment en Super 8, peut-être pour qu'il soit plus joli, que sais-je...). 
 
 
Tony Kaye, je ne t'apprécie pas, et je n'ai pas beaucoup aimé ton film, mais j'espère sincèrement que tu es plus gâté au quotidien que ne le laisse supposer ton odieux rejeton. Si j'avais quelques euros à jeter par la fenêtre, j'adorerais t'offrir une smartbox pour te donner la possibilité de passer un beau séjour dans une contrée paisible, éloignée de ta morne vie new-yorkaise, à la seule condition que tu n'emportes pas de caméra dans tes bagages. Cela te ferait certainement du bien. 
 
 
Detachment de Tony Kaye avec Adrien Brody, Lucy Liu, Christina Hendricks, James Caan et Marcy Gay Harden (2012)

27 janvier 2012

Polisse

Comme Valérie Donzelli, Maïwenn est sur un petit nuage, au sommet des charts du box office français et en course pour les Césars. L'une a failli perdre son fils, l'autre a eu une enfance merdique, et toutes les deux prennent leur revanche sur la vie, sauf que c'est nous qui payons les pots cassés alors qu'on a rien fait ! Comment les professionnels de la profession et les critiques de presse ont-ils pu être éblouis par Polisse ?... A moins qu'il ne nous ait directement pris à rebrousse poil et qu'on ait été agité par une haine nerveuse devant chaque scène du film - ce qui reste la réaction la plus saine face à un tel spectacle, haïssable en soi - on ressort de Polisse avec les grosses boules, certes, mais en reconnaissant timidement au film une qualité. Une fausse qualité en réalité, car on se dit, naïvement : "C'est tout de même prenant, aucune chance de s'endormir et on est parfois comme emporté malgré nous par l'énergie condensée dans les saynètes successives". Mais c'est un leurre, un piège à cons. L'énergie excessive et peut-être naturelle déployée par Maïween tourne à vide, ou disons qu'elle tourne mal. La "réalisatrice" ne donne pas un rythme rapide et intéressant à son film par une gestion intelligente et sensible du temps cinématographique, elle se contente de filmer assez maladroitement des scènes qui seraient tout aussi captivantes sur le papier, puisqu'elles sont foncièrement tétanisantes, et de couper lesdites scènes déjà courtes avec une régularité de métronome qui prévient forcément tout ennui.




On serait tout autant scotché par un épisode sulfureux et racoleur de Zone Interdite, au mieux, par un reportage de télé-réalité "choc" comme en diffusent toute la journée les W9, TMC et autres NRJ12 qui pourrissent nos antennes, au pire. Avec des faits divers répugnants et des prises de bec à grands renfort de hurlements, n'importe qui se laisse bêtement "captiver" et surtout n'importe qui peut captiver son public... La mise en scène de Maïwenn est celle de 50 minutes inside sauf que ça dure 120 minutes inside out, à base de caméra portée sur le vif et de montage saccadé, avec des plans de cinq secondes maximum et des changements de scènes quasi instantanés, qui s'occupent de satisfaire notre curiosité mal placée de voyeurs en passant du coq à l'âne pour un panel des pires histoires les plus dégueulasses, ou qui nous laissent pantelants sur certaines affaires inachevées et sans résolution (notamment le cas du pédophile joué par Louis-Do de Lencquesaing qui avoue tous ses crimes avec le sourire mais qui, étant haut placé dans la société, va apparemment s'en tirer sans souci ; idem pour le passage dans le camp des roms avec la récupération de tous les enfants, qui se termine prématurément dans un bus où se joue une sorte de comédie musicale sidérante et bien pratique quand il s'agit d'évacuer une scène sans s'encombrer d'un sujet trop pesant).




Quel que soit le type d'affaire en question, dans tous les cas les gamins sont des pions, des faire-valoirs qui permettent un double cirage de pompes : des acteurs d'abord, qui malgré leurs qualités restent et demeurent des acteurs devant la caméra de Maïwenn et n'accèdent pas au statut espéré de personnages (qui connaît sans chercher le prénom des flics du film ? Personne, c'est Joey Starr et Karin Viard qu'on observe), les acteurs donc font leur show, et ce pour mieux dresser une hagiographie en règle des policiers de la BPM, qui trouve son point culminant à la fin, dans cette dernière séquence pathétique et immonde, tant dans la forme que dans le fond. Dans un montage parallèle (décidément la figure de montage préférée des tristes cinéastes qui l'emploient de la façon la plus crasseuse qui soit, j'ai nommé Maïwenn et Donzelli, l'analogie la plus évidente et la plus bâtarde étant le graal des esprits simples) une flic se suicide et chute du troisième étage d'où elle s'est jetée dans un montage parallèle donc avec un enfant gymnaste qu'elle a sauvé de son violeur deux scènes plus tôt et qui prend son envol sur le tatami tandis qu'elle s'écrase la face sur le béton, le tout au ralenti bien sûr. Un policier tombe, un enfant violé s'élève... Les flics se sacrifient pour que les enfants s'envolent. Quelle pitié que cette métaphore visuelle d'outre-tombe qui trahit la stupidité profonde de Maïwenn et qui nous achève à un moment où on commençait à se dire qu'on avait forcément vu le pire : on pensait l'avoir vu dès le générique d'ouverture où la réalisatrice envoie à fond la musique de l'Île aux enfants, ou plus tard quand, venant d'apprendre qu'un nourrisson tombé sur le trottoir est tiré d'affaires, toute la brigade se rend dans une boîte de nuit pour fêter ça... Maïwenn profitant de l'occasion pour littéralement lécher les pieds de Joey Starr, qui danse au milieu du plan pendant cinq minutes.




La fameuse séquence de la boîte de nuit pousse définitivement à penser que Maïwenn et consorts ont 13 ans d'âge mental quand celle-ci affirme à Joey Starr qui lui demande pourquoi elle porte des lunettes aussi laides alors qu'elle a une très bonne vue : "J'avais peur qu'on me prenne pas au sérieux". Son nouveau petit copain lui lance alors, autoritaire : "Détache tes cheveux !", et Maïwenn de répondre avec une voix de gamine : "Tu veux que je les détache ?" avant de s’exécuter. Une fois ses lunettes retirées et ses cheveux détachés elle se révèle évidemment trop belle, du moins c'est ce qu'on est censés penser (et c'est vrai qu'elle a une bien belle crinière, mais pour tout le reste c'est un canasson, un gros âne bâté, du coup elle forme un ensemble cohérent mais y'a pas de quoi se réjouir). L'aspect très adolescent des protagonistes crève l'écran au moins autant que dans La Guerre est déclarée de Donzelli (les films sont tristement à rapprocher, pour leurs sujets ultra faciles, leur penchant à utiliser le malheur des gosses comme un prétexte pour se grandir et s'auto-congratuler, et leurs maladresses qui virent à la connerie, entre autres), avec des ribambelles de blagues de collégiens rarement drôles, une Marina Foïs dans le rôle de la collégienne anorexique de 35 ans qui déteste les hommes ("Les mecs c'est tous des sales races !" hurle-t-elle à qui veut l'entendre), et qui se dispute avec son ex meilleure copine Karin Viard, laquelle a eu le malheur de divorcer parce que sa copine misogyne lui avait dit de quitter son enfoiré de mari... Mais où sommes-nous ? Qui sont les chiards dont il faudrait s'occuper là-dedans ? Et nous sommes volontaires pour nous occuper de ces tarés ma parole, à grand renfort de coups de pieds au cul ! Dieu sait que c'est ce qu'on a envie de prodiguer à Maïwenn quand elle se filme elle-même en photographe bourgeoise couchant avec un flic de banlieue et découvrant le monde d'en bas au petit matin, réveillée par la prière de l'imam du quartier, s'empressant alors d'empoigner son appareil photo pour capturer la vraie vie des petites gens dans la rue : tel marchand arabe ou telle big mamma faisant les courses avec son bambin pendu au bras, qu'elle observe d'en haut, bien sûr, et à travers son objectif plein d'humanité... Elle ne "capte" que des clichés évidemment mais Maïwenn adore ça, comme quand elle oppose fièrement le mauvais musulman à la bonne musulmane dans une autre scène ridicule. On a plus que jamais le sentiment de regarder des gamins découvrant le monde et n'y comprenant rien dans la fameuse séquence où Maïwenn et Joey Starr tombent amoureux, en boîte de nuit donc, dans un remake de Dirty Dancing où la fille timide à grosses lunettes, laissée dans un coin, se fait tout d'un coup harponner par le gros costaud au grand cœur dont toutes les femmes rêvent en secret. Pouaaaaarggkkkshaaaaarr que ça pue la merde !




Dans cette même scène (l'une des plus imbitables du film) se cristallise la volonté profonde de Maïwenn : filmer son petit nombril, son tout petit monde. Sa propre tronche d'abord, mise au second plan par fausse humilité dans le rôle secondaire de la photographe infiltrée (mise en abyme du miséreux), sa famille aussi (on voit facilement qu'elle a choisi ses vrais proches pour incarner ceux de son soi-disant personnage, des trombines pareilles ça s'identifie de loin et même Joey Starr passe pour mignon au milieu du gang Le Besco, tel Mowgli au milieu des loups), puis ses amis et acteurs chéris, qui font leur boulot pour la plupart même s'ils en font souvent trop (telles Foïs et Viard dans la scène de la dispute, qui vocifèrent horriblement), mais il faut dire que de telles situations c'est du pain bénit pour un comédien en roues libres. Et enfin, surtout, le compagnon de Maïwenn, le bien-nommé Joey Starr, starifié comme jamais dans ce film où il apparaît à chaque instant comme un dieu vivant, ne supportant pas le mal fait aux enfants, révolté contre tous les salops de la Terre, ne craignant pas de s'emporter physiquement contre ses supérieurs quand ils ne se tuent pas autant que lui à la tâche pour retrouver un gamin en pleine nuit ou pour obtenir une place dans un foyer à tel autre, incapable de ne pas prendre chaque affaire à cœur, bourru mais ultrasensible, prompt à calmer les enfants les plus tristes en les serrant dans ses griffes d'ours, excellent père de famille de surcroît et amant hors-pair sans aucun doute. Qui n'aurait pas envie de se faire Joey Starr après un tel panégyrique sans retenue ? Qui n'a pas envie surtout de faire un tacle à Maïwenn après toutes ces scènes intimes entre elle et sa Starr, scènes qu'on ne veut tout simplement pas voir, encore moins quand ils se dévorent la tronche comme des fauves dans un énième reboot estampillé 2011, celui d'Alien versus Predator (faut dire qu'ils sont bien outillés pour s'entre-gober le crâne, on ne veut pas non plus voir la mâchoire de leur futur gosse, à bon entendeur salut !).



Maïwenn signe donc un film non seulement ridicule mais médiocre, un très vulgaire film à sketches morbides, une suite de tranches de vie bien répugnantes pour nous bouleverser sans effort malgré une triste absence de vision artistique, un concentré de série télé scabreuse avec une touche de tract anti-sarkoziste en toile de fond, qui nous fera voter pour la candidate norvégienne des Verts, Angelina Joly, dans quelques mois. La personne déjà nommée un tas de fois qui a réalisé Polisse (je ne parviens pas à écrire "réalisatrice" ou "cinéaste", pardonnez-moi, et répéter son blaze me hérisse les poils) a partagé pendant un certain temps le quotidien d'une brigade de la BPM pour préparer son sujet et cet argument d'autorité est censé tout excuser (comme Donzelli avec la maladie de son fils, décidément...). De ce fait elle peut faire ce qu'elle veut, y compris le film merdeux dont il est question ici, où elle ose tout, tous les pires procédés imaginables. Son côté sûre d'elle transpire du film nauséabond de Maïwenn et nous la rend franchement détestable. Elle qui tente de faire un portrait si élégiaque de ces policiers de l'enfance et qui leur dédie son film, se permet de déclarer en interview qu'ils sont des "paysans de la France profonde qui ne connaissent rien", parce qu'ils ne l'ont pas reconnue à une avant-première "en présence de l'équipe du film" qui leur était réservée et parce que Marina Foïs, Jérémie Elkaïm ou Nicolas Duvauchelle sont pour eux autant de gros péquenauds qui n'ont rien à foutre sur un écran de cinéma. On pense pareil ! Comment ne pas prendre définitivement en grippe la dénommée Maïwenn quand elle vient affirmer fièrement que la DASS l'a vraiment faite chier à demander des contrôles stricts sur les enfants employés pour le film et sur les dialogues à mettre dans leur bouche, pour après le tournage finalement reconnaître que c'était pas si con de leur part parce qu'elle n'aurait pas supporté qu'un enfant se suicide à cause du film. "Elle n'aurait pas supporté", p'tite chatte... C'est triste d'en venir à taper sur les gens, de ne pas rester sur le film, mais avec de telles personnes, qui n'ont de cesse de se mettre en avant et qui sont si insupportables et détestables, difficile de faire autrement.




Difficile aussi de ne ne pas finir cette critique en reparlant rapidement de la toute fin du film, si ignoble et indigne, où marina foïs renoue avec les Robins des Bois en jouant un nouveau sketch de Pouf le cascadeur quand elle gueule : "J'peux ouvrir la fenêtre ? Je me sens pas bien..." avant d'aller se défenestrer. Dîtes-vous qu'on ne peut en rire que cinq ou six jours après avoir vu le film, car quand on est devant l'écran, le sentiment dominant, écrasant, c'est plutôt de l'exaspération mêlée de rancœur, un dégoût maximal d'une espèce qu'on n'éprouve que rarement devant un film vu sur sa téloche. Maïwenn peut se partager avec Donzelli le prix de la pire réalisatrice de l'année, de la décennie, du siècle et du monde.


Polisse de Maïwenn Le Besco avec Maïwenn Le Besco, Joey Starr, Marina Foïs, Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Jérémie Elkaïm, Karole Rocher, Frédéric Pierrot et Emmanuelle Bercot (2011)

27 février 2009

Le Bal des actrices

J'écris ces lignes alors que je suis cuit. J'ai peu dormi et là j'en subis les conséquences : je suis rétamé. Je veille parce que j'ai l'habitude de veiller, j'ai jamais rien à foutre de toute façon, chaque soir je me dis : "Je veille, je veille, je veille, ce soir je veille, ce soir, je veille, demain je ferai ma nuit". Et tous les soirs c'est la même chose. La dernière fois que j'en ai parlé à mon médecin, il m'a dit que j'avais grand intérêt à mettre un terme à ce rythme de vie morbide sous peine d'y laisser mon humanité. Il a ajouté : "Et vous savez pas la meilleure ? Le vrai sommeil c'est celui d'avant minuit...". Ce à quoi j'ai répondu : "Je connais déjà le pire vu que je m'endors pile avant midi". J'ai cette habitude de veiller chaque soir. C'est bien pour ça que je suis mort de fatigue là, lessivé. Chaque jour je me dis : "Hier soir j'ai dormi quoi ? Quatre heures ? Quatre heures de sommeil ? Mais grâce à ça, aujourd'hui je vais pouvoir tenir quoi ? Allez, seize heures éveillé ? Seize heures ? Peut-être dix sept ? Dix sept heures éveillé ?". Du coup je m'enfile un gros paquet de films toute l'année, j'ai vraiment que ça à branler. Je fais rien d'autre dans la vie et j'ai ça pour m'occuper, c'est ma passion, j'aimerais faire du cinéma quand j'oserai sortir mon gros cul de chez moi. 
 
 
 
Ce soir c'était soirée Cinéma Frenchy, parce que j'étais trop cuit pour lire les sous-titres. J'avais beau plisser les yeux et mettre ma main à l'horizontale au-dessus de mes sourcils, j'y voyais pas mieux. J'ai abandonné à l'heure de film de Hannah et ses sistas, trop de dialogues dans ce truc-là. J'y ai laissé mes globes. Merci Woody Allen, toi qui as déjà des triple foyers collés à tes triple glocomes. Trouve-toi un autre chien d'aveugle, moi je suis con et myope. 
 
 
 
Du coup j'ai maté Le bal des actrices. Je paniquais un peu sur le menu du dvd car j'y voyais pas un con malgré le cachet de vitamice C Lidl que je venais de gober (n'en prenez jamais, ça fait deux jours que je dors pas et que j'y vois tout vert la nuit), et j'ai lancé le making-of au lieu de lancer le film. Mais je ne regrette pas parce que c'était néanmoins très inspirant. Dans le making-of on voit Maiwenn, réalisatrice et actrice du film, qui passe le tournage à jouer à Worms Armageddon (plus précisément la séance d'entraînement intitulée "Course au mouton", mini-jeu aux vertus addictives). Le tournage a lieu dans son dos, et elle ne décolle pas du jeu, assise en tailleur sur un fauteuil, en pyjama, pieds nus. Elle y passe quatre jours. Et le point d'orgue du documentaire c'est ce moment où Joey Starr est assis à côté d'elle, bras croisés, et l'observe, l'air désolé et contrarié. A ce moment-là elle s'est déjà entouré les pieds avec des foulards pour palier à ce qu'elle appelle en grimaçant "une odeur de merde". Et Joey Starr lui dit avec sa voix de crécelle : "L'odeur de tes pieds, c'est vraiment ce qui se fait de pire. T'as vraiment pas de race toi ! Tu me fais penser au propriétaire d'un chien mort qui aurait décidé de le foutre dans un sac et de le laisser pourrir sur la table de son salon plutôt que d'aller le foutre à la poubelle. L'odeur est moindre, mais ça empeste l'appartement néanmoins, ça chlingue tout ce que ça peut. T'as pas de figure !". Ayant très peu dormi, j'ai peut-être confondu le making-of avec une scène vécue et partagée avec mon coloc Félix la veille au soir. 
 
PS. J'ai fini par voir le film. C'est un copié-collé du making-of. On y voit des tas de gens puants qui se reniflent avec passion, un défilé d'actrices brillantes qui font leur numéro fatiguant, avec en prime une idylle morbide entre Maïwenn et Joey Starr. Ces gens-là n'ont effectivement pas de figure, même s'ils ont de sacrées façades bien étalées sur les écrans et les affiches de nos villes.
 
 
Le Bal des actrices de Maiwenn Le Besco avec Karin Viard, Joey Starr, Mélanie Doutey, Marina Foïs, Jeanne Balibar, Muriel Robin, Romane Bohringer, Charlotte Rampling, Julie Depardieu et Yvan Attal (2009)