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18 février 2014

Dallas Buyers Club

On a récemment loué le come-back en force de Matthew McConaughey, grand retour qui sera sans doute couronné par un Oscar du meilleur acteur grâce à ce film, et qui trouvera son acmé très bientôt dans le Interstellar de Nolan. Et quand on a fini de lire cette première phrase on se dit que le monde est putain de mal fait. Certes Matthew McConaughey a fait un retour fulgurant sur le devant de la scène, lui qui était le bellâtre au pois chiche dans le crâne des années 90, mais il pourrait bien s'inscrire dans la longue liste de ces acteurs et actrices sacré.es pour un rôle marqué par une performance physique au sein d'un biopic anecdotique. Alors qu'on aurait aimé le voir unanimement salué et officiellement récompensé pour son rôle dans le Mud de Jeff Nichols, il va sans doute repartir vainqueur face à Leonardo Discarpaccio de bœuf pour Dallas Buyers Club.


Dix piges en moins.

Est-ce que manger une feuille de laitue et deux tranches de jambon par jour, en tout et pour tout, dans le seul but de ressembler à un estocafiche et d'impressionner la galerie, valait vraiment le coup ? Tout ça pour être immortalisé par un Jean-Marc Vallée certes en nette progression depuis son film breakthrough C.R.A.Z.Y., avec l'abominable Jean-Marc Grondin, mais malgré tout dépourvu de toute patte (quelqu'un a dû les lui couper depuis un fameux bail). On imagine Matthew McConaughey penché sur sa feuille de salade, parfois pendant des heures, à la grignoter millimètre par millimètre et à en apprécier chaque nervure, même très discrète. Franchement ça fait de la peine, et ça devrait rappeler à chacun que le très paradoxal métier d'acteur n'est pas qu'un rêve. Notre homme, au fond du gouffre quand il tournait Sahara en 2005, passa pourtant un été entier près de Pénélopé Cruz. Désormais en haut des charts, la star n'a même plus la force de lever les yeux, seule une belle frisée du marché peut encore le faire se lever de sa chaise roulante. Notre homme, et ça c'est quand même terrible quand on y pense, ne se permettait que trois feuilles de mâche tous les dimanche pour pas crever et tenir jusqu'au clapet endiablé de Jean-Marc Lavée sur le plateau du lundi matin... Inutile de préciser qu'un tel régime, et un tel yoyo d'IMC (Indice Masse Corporelle), même encadrés par les plus grands nutritionnistes du monde, écourtent inévitablement la vie d'un homme d'une bonne décade au moins. Finalement c'est presque la moindre des choses que de refiler une statuette à, sauf notre respect, un futur mort prématuré.


Jared L’Étau.

Retour sur le film, non encore abordé. Comme tout biopic, Dallas Buyers Club nous a appris deux ou trois sous-éléments de l'histoire de la sous-culture gay sud-américaine. Il se vendait donc en contrebande du M&M's dans les années 80, seul médicament capable alors de soulager les malades du SIDA. Toute une industrie parallèle destinée à faire commerce de ce remède relatif était entretenue par des clubs florissants, répartis aux quatre coins des favelas, qui, grâce à leur implication et leur engagement, ont su faire évoluer la prise en charge des malades du VIH, réduits au statut de simples cobayes par des hôpitaux en cheville avec de grands groupes pharmaceutiques tout-puissants. A la fin du film on se dit : "N'aurais-je pas plutôt dû lire la page wiki consacrée à ces fameux clubs qui donnent son titre au film ?" On ne s'était pas dit ça après Hiroshima mon amour, Danse avec les loups ou Shakespeare in Love. C'est le signe que côté ciné la proposition de Vallée est un poil maigre.


Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée avec Matthew McConaughey, Jared Letho et Jennifer Garner (2014)

18 mars 2012

Café de Flore

Café de Flore, vainqueur du César 2012 dans la catégorie de l'affiche la plus pourrave du monde, n'est pas le biopic attendu de Sartre et Beauvoir, mais le portrait d'une femme misérable contrainte d'élever son enfant handicapé toute seule. Je n'ai pas vu ce film mais comme je suis absolument certain que je ne le verrai jamais je peux cramer une cartouche en ne le considérant qu'à l'aune de ce qu'en ont dit ceux qui l'ont fait dans une campagne de publicité acharnée. Avec un peu de malchance vous avez vous aussi assisté à l'une des mille séances de promo de ce film social, à l'occasion desquelles - car c'est manifestement la seule chose qu'il y avait à dire sur l’œuvre - réalisateur et comédienne n'ont eu de cesse de clamer haut et fort que l'enjeu du projet tenait dans cette gageure : rendre Vanessa Paradis assez laide pour incarner une femme du peuple, une femme pauvre, en difficulté. Vous les avez entendu comme moi : "Il fallait à tout prix que Vanessa puisse sembler laide !"



Quel mépris des pauvres gens, des "sans dents", qui n'auront jamais l’incomparable beauté de Vanessa Paradis, laquelle, à mon avis, a tout à fait sa place dans la file d'une caisse surchargée du vieux LIDL affreux où je fais mes courses quand je suis au pain sec, quand je suis sur la paille, à payole. Je n'en dirai pas plus, c'est triste et moche ces propos. Triste et moche.



Si quand même ! Qui sont ces gens, Vanessa Paradis et le réalisateur du film (je n'ai pas envie de citer son nom et je l’appellerai donc désormais C.R.A.Z.Y., du titre de son film précédent, vanté par l'affiche du film), qui s'enorgueillissent d'avoir su rendre "laide" une actrice si sublime pour jouer une femme pauvre, affirmant que les gens qui contrairement à eux ne pètent pas dans la soie sont forcément des gens laids ? Qui faut-il être pour déballer de telles insanités sur toutes les télés et dans tous les journaux en toute tranquillité ? (à partir de là j'arrête de vous poser des questions, promis). Après Foïs et Viard qui prenaient manifestement leur pied à jouer des ploucs vulgaires et criardes habillées chez H&M et coiffées avec leurs propre gaz de schiste dans Polisse, voici Vanessa Paradis qui se vante d'avoir osé essayer de s'enlaidir avec les plus grandes difficultés du monde, mission quasiment impossible tant elle est magnifique quoi qu'elle fasse, pour parvenir à être crédible dans la peau d'une femme qui lutte pour s'en sortir, d'une femme normale en fait. Si Dieu existe je le supplie séance tenante de virer sur le champ et à tout jamais ces gens-là, Vanessa Valparaiso, Jean-Marc C.R.A.Z.Y. et consorts de nos télés et, surtout, par pitié, de nos écrans de ciné.


Café de Flore de Jean-Marc Vallée avec Vanessa Paradis (2012)