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21 mai 2015

Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre

En 1985, George Miller, épaulé par le mystérieux George Ogilvie, donne un troisième volet à la saga qui l’a rendu célèbre. Contre toute attente, il décide de prendre à contrepied les fans de bagnole et de vitesse qu’il avait su se mettre dans la poche avec le premier volet de sa série, public que le second opus pouvait déjà choper à rebrousse poil avec son gros poids-lourd et son hélicoptère à pédales. Pas de véhicule-star dans le numéro 3, ou presque pas. La tire de Mad Max, sauf erreur (il s’agit d’une scène presque entièrement tournée dans le noir complet), explose assez tôt dans le film, quand Max travaille, le temps d’une journée, dans une fosse à porcs. On lui a piqué sa carriole au début du film (un coup de son vieil ami Gyro Captain, qui n'a pas reconnu ce cher Max enveloppé dans sa djellaba, quinze ans après leurs aventures du deuxième film), et pour la récupérer, notre héros accepte de se mettre au service de l’Entité (Tina Turner, qui pousse d’un cran l’habitude de mal jouer quand on joue dans un Mad Max, a fortiori quand on interprète un(e) méchant(e)), ce qui implique, croyez-le ou non, de ramasser de la fiente de cochon. Mairesse de Trocopolis, petite ville du désert, l’Entité demande à Max d’aller tripoter de la merde de porc (combustible de demain) dans les bas-fonds de sa ville, et d’y tuer pour elle Master/Blaster, le maître des sous-sols pestilentiels de la cité, qui lui en dispute la main-mise. L’ennemi en question est un de ces fameux méchants à deux têtes comme on en a croisé ailleurs : un gros tas de muscle décérébré servant de jambes à un nain (soi-disant) très brillant, juché sur son dos.


Match de touffes.

Mais, ne renonçant pas à tous ses fétichismes, Miller, dans la première partie du film, assouvit tout de même son vieux fantasme de filmer du catch. Les méchants de Mad Max 2 avaient de vrais airs de catcheurs en cuir et à crêtes ; ici, on aura droit à notre combat de mecs. Mad Max (un Mel Gibson plus proche que jamais du look de William Wallace et toujours pas mad pour un sou), et Blaster, la fameuse montagne de muscles qui sert de gambas à Master (le « cerveau » du sous-terrain merdeux de Trocopolis), se retrouvent suspendus en l’air par des sangles, sous le dôme qui donne son triste titre au film, tels des nourrissons dans un parc, et ils se filent des coups jusqu’à ce que le héros gagne. Quand deux types entrent dans l'arène, un seul doit en ressortir vivant, c'est la règle, répétée environ trois cent fois. Mais Max est humain et quand il découvre que Blaster, sous son casque intégral, est un trisomique bodybuildé, il refuse de l'achever. Il comprendra d'ailleurs bientôt que Master n'est pas vilain non plus. Comme vous le voyez, tout cela est profondément intéressant.

Et puis on change brutalement de film. Quand Max, exilé dans le désert, est recueilli par une troupe d’enfants ébouriffés et un peu perchés, on passe tout d’un coup dans une sorte de manège Lucasfilm, une production Spielberg-Lucas, ou Disney (George Miller, auteur, producteur et réalisateur, avant Mad Max Fury Road, de Babe 2, le cochon dans la ville - on ne le rappelle jamais assez - lorgne sans détour vers Peter Pan). Le film prend les airs inquiétants d’un mélange (en partie anticipé) de Hook (les enfants perdus attifés comme des clodos bigarrés, qui rêvent d’un tomorrow-morrow-land et prennent Mad Max pour le messie), de Willow (avec le nain du duo de gérants de la porcherie et leurs cochons !), et de Star Wars (le gag où Mad Max poursuit un type dans un couloir et, après avoir disparu deux secondes au tournant, revient vers nous en courant encore plus vite, poursuivi à son tour par une meute d’ennemis, tel Harrison Ford dans La Guerre des étoiles). Le combat final, sur un train rappelant Indiana Jones et la dernière croisade, est un combat à coups de poêle à frire dans la face, qui nous signale, au cas où on ne l’aurait pas remarqué, qu’on est loin des dégénérés de Mad Max 1 ou de la décharge de violence de Mad Max 2, et que bientôt George Miller se consacrera aux films pour gosses, avec, outre la suite des aventures du cochon devenu berger, la réalisation de Happy Feet 1 et 2. Autant dire que le basculement sans transition entre un combat de catcheurs dans une fosse à purin et un conte pour enfants avec cascade d'eau claire et cerf-volant en papier a de quoi déconcerter, voire laisser sur le carreau n'importe quel fan de Mad Max. Le film est bien une sorte de double entité, à l'image de Master/Blaster, mais là où on pouvait espérer une première partie blaster-musclée et une autre master-intelligente, en réalité la seconde est simplement destinée aux tout petits...


Belle tentative, mais ça ne suffira pas à réinventer le cinéma (ni à sauver le film).

Reste une idée pas inintéressante, dans la scène où les enfants paumés racontent à Max les épisodes successifs de leur mythologie de l’apocalypse, et usent pour ce faire d’un grand cadre rectangulaire fait de branchages qu’ils dirigent, du bout d’une perche, vers des images peintes dans le fond de leur grotte et sur lesquelles dansent les lueurs d’un feu, réinventant le cinéma sans le savoir, avant de scander le mot "vidéo" comme s'il s'agissait d'un Dieu inconnu. C’est la seule belle idée à sauver dans ce film de sinistre mémoire qui aura su plonger la saga dans l’oubli pendant trente ans.


Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre de George Miller et George Ogilvie, avec Mel Gibson, Tina Turner et Bruce Spence (1985)

25 février 2015

Willow

Comment ne pas se laisser embarquer dans les aventures de Willow Ufgood, bon père de famille et apprenti magicien Nelwyn (nain), placé à la tête d’une petite communauté chargée non pas de cramer un anneau mais de confier à une personne responsable la petite Elora Danan, bébé daïkini (humain), trouvée au bord d’un fleuve par les enfants de Willow, et qui, selon la légende, est censée mettre fin au règne de la despotique Reine Bavmorda (Jean Marsh). Comment surtout ne pas tomber sous le sortilège de Joanne Whalley (voir paragraphe ci-dessous) dans le rôle de Sorsha, fille de Bavmorda, ou ne pas craquer face au charme ravageur de Val Kilmer, dans la peau de Madmartigan, chevalier déchu qui deviendra l’ami de Willow. Ces deux-là ont d’ailleurs fini en couple, à la vie comme à l’écran. Comment ne pas souhaiter, enfin, vivre dans le village des Nelwyn, parmi toutes ces personnes de petite taille si bonhommes et affables ? Bon, à toutes ces questions, on peut certes répondre qu'il suffit d'être allergique à l'empire Lucasfilm, à l'héroïc-fantasy, aux films pour enfants ou à Ron Howard. Mais, je l'avoue, difficile pour moi de résister à la sympathie sans limites de Willow Ufgood et de son ami Meegosh, aux facéties du grand Aldwin, sans oublier, parmi les compagnons qu'ils croiseront au cours de leurs aventures, les cabotins Rool et Franjean, deux brownies (lilliputiens) hauts comme une pomme et timbrés.




Mais qui dit film de nains dit aussi acteurs nains, et nos amis de petite taille sont souvent traités par-dessous la jambe au cinéma. On est habitué à ce que les bébés se relaient à l’écran dans les films impliquant des nouveaux nés, pour des raisons tout à fait évidente de planning, de couches pleines de fientes et de biberons, mais aussi parce qu’ils ont tous plus ou moins la même tronche. C’est d’ailleurs le cas dans Willow, avec la petite Elora Danan, à laquelle deux gamines, les sœurs Greenfield, Ruth et Kate, ont prêté leurs traits poupins. Plusieurs acteurs pour incarner un même personnage dans un film, ça passe quand il s’agit de bébés (les personnages adultes qui changent de façade d’un film à l’autre au sein d’une même saga, parce que le comédien d’origine avait un semi-marathon ce jour-là ou juste parce qu’il avait flairé la suite merdique, c’est déjà moins évident). Mais on admet. Par contre un seul acteur recyclé dans plusieurs scènes, au sein d’un seul et même film, là, perso, ça coince ! Et c’est trop souvent le cas pour les acteurs nains, à qui l’on demande de jouer plusieurs rôles en croyant que personne ne le remarquera. Passe encore quand ils sont grimés, planqués sous un costume et donc méconnaissables. Exemple : Kenny Baker, le seul et l’unique R2-D2, qui, dans Le Retour du Jedi, s’est aussi glissé sans prévenir dans la fourrure d’un Ewok nommé Paploo (l’acteur était ravi de pouvoir, une fois dans sa vie, bouger ses bras et ses jambes sous l’objectif d’une caméra, quitte à le faire devant un AT-ST, engin de transport bipède de l’empire, sur le point de lui cramer la touffe).




Mais que dire de ce brave Warwick Davis, l’éternel Willow ? Saviez-vous qu’il a joué Pinocchio et Gepeto dans Pinocchio et Gepeto ? L’acteur a aussi prêté sa petite taille à six Leprechauns différents (dont le personnage éponyme, Lepre Chaun) dans la saga des Leprechauns. Six ! A quoi ça rime ? Plus difficile encore à avaler, ses multiples interventions dans la saga Star Wars, encore elle… Il était bien sûr et avant tout Wicket, le plus mignon de tous les Ewoks, à deux doigts de se serrer la princesse Leïa entre deux séquoias, sur la planète forestière Endor, dans le Retour du Jedi. Mais dans Star Wars : épisode 1 - La menace Fantôme, il devient subitement un dénommé Wald, ami d’Anakin Skywalker doté d’une gueule pas possible, ainsi qu’un spectateur lambda de la course de pods, amateur de vitesse et de sensations fortes, les mains plongées dans un pot de pop-corn plus grand que lui, mais aussi un citoyen sans histoires de Mos Espa, habillé comme un clodo… Qui incarnera-t-il dans Star Wars : épisode VII - Le Réveil de la force ? L’animal de compagnie de ce vieux con de Mark Hamill ? Le cul de Chewbacca ? Un jawa numérique sur Tatouïne ? Un 7ème Leprechaun ? Idem dans la série de films Harry Potter, où Warwick est à la fois Craspec le gobelin, le professeur Filius Fistfuck et un type tristement nommé Griphook, sans oublier Magicien (c’est le prénom du personnage, pas sa fonction, vérifiez sur l’encyclopédie en ligne du cinématographe si vous ne me croyez pas) dans le meilleur épisode de la saga, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban.




Warwick n’est pas le seul à cumuler les rôles dans un même film, c’est aussi le cas, par exemple, toujours dans l’épisode I de Star Wars, de Silas Carson, qui interprète Nute Gunray, Ki-Adi-Mundi, Idi Amin Dada et Lott Dodd, rien que ça... sauf qu’un seul de ces personnages ne porte pas (ou pas totalement) de masque. Alors que Warwick, quand il suit la course de pods  sur Tatouïne ou quand il fait la manche dans Mos Espa, le fait à visage découvert ! Sans véritables postiches et surtout sans être l'acteur principal du film, volontairement décliné dans plusieurs rôles, tel Peter Sellers dans Docteur Folamour. Comme si, de toute façon, personne n’allait le reconnaître. N'est-ce pas un brin insultant ? Car il ne s’agit pas d’un de ces films dont c’est le parti pris que de faire jouer plusieurs rôles à un même acteur, parce qu'il s'agit d'interpréter des jumeaux ou des clones (Van Damme s’en est fait une spécialité), parce que c’est la famille (Jerry Lewis dans Les Tontons farceurs, Eddie Murphy dans Professeur Foldingue, ou Alec Guinness, non pas dans Star Wars cette fois mais dans Noblesse oblige), parce qu'une descendance consanguine en a décidé ainsi (Michael J. Fox dans Retour vers le futur, ou les villageois de La Malédiction d’Arkham, affaire d’héritage et plus encore), parce que le héros se dédouble (Michael Keaton dans Mes doubles, ma femme qui n’en demandait pas tant et oim), parce qu'il est question d'un acteur qui devient tout un tas de personnages (Holy Motors), parce que c’est brillant (Smoking, No Smoking) ou parce que c’est nawak (Cloud Atlas).




Je concède, ceci étant, que c’est un bon moyen pour ces comédiens de cumuler les contrats et les paychecks. Il n’y a bien que Peter Dinklage pour rouler des mécaniques (sa jambe gauche plus courte que l’autre l’aide bien) à la tête de Games of Thrones, même s’il galère un maximum pour grimper sur lesdits thrones, perdant régulièrement aux fameux "jeux des trônes" rythmant chaque épisode, simple jeu de chaises musicales avec des trônes musicaux à la place des chaises, qui a donné son nom à la série et qui en a assuré le succès auprès des gosses. Mais il peut dire merci à Warwick Davis, qui méritait amplement ce rôle, pour faits d’armes. J’ai personnellement une molaire contre Peter Jackson qui n'a pas filé à Willow Davis le moindre nain à jouer dans sa trilogie de l'anneau et autres films de Hobbits, qui en sont remplis à ras-la-gueule, préférant sans doute engager des mecs de 2m10 pour ensuite les miniaturiser grâce à Paint ou autre logiciel de retouche d’image à la pointe, comme il l’a fait pour Froton et ses potes. Triste monde.




Mais revenons à nos moutons (pas d'offense). Vous me direz qu’il n’est pas rare, dans des films à petits budgets, voire dans des séries B, que des figurants jouent plein de rôles différents. Mais Star Wars, la deuxième saga, petit budget ? Soyons sérieux. Pire encore : Warwick Davis, un figurant... On aura tout vu. Vous me direz aussi que dans le cas de Warwick Davis il s'agit plus d'un caméo, d'un clin d’œil, qu'autre chose. Mais aurait-on imaginé Harrison Ford interprétant deux ou trois clochards anonymes au détour d'une paire de faux-raccords dans Star Wars : la menace I - l'épisode fantôme, pour faire coucou ? Caméo, mon cul... Alors quoi ? Ca veut dire que les nains sont interchangeables, comme les nourrissons, ou comme les chiens dans tous les films de chiens ? On s’était assez plaint, rappelez-vous, de l’utilisation de toute une portée de clébards pour incarner Sébastien dans Belle et Sébastien, mais ce maudit film n’était que l’arbre qui cache la forêt, car c’est le cas dans pratiquement tous les films du genre ! Un seul saint-bernard de Clairvaux dans Beethoven ? Croyez-le... Un seul Willy dans Sauvez Willy ? Tu parles ! L'équipe de tournage en bouffait un exemplaire entre chaque scène ! Un seul rat dans Ratatouille ? Mon œil... Un seul ours dans L'Ours ? Un seul frère dans Deux frères ? Non, il y en avait au moins deux. Quoique, ce fourbe de Jean-Jacques Annaud est capable de n'en avoir utilisé qu'un, avec tout un système de miroirs à l'appui, dans le seul film où il en fallait bien deux au casting ! Jean-Jacques Annaud parlons-en. Il sort aujourd’hui Le Dernier loup, mais je déteste déjà son film qui prétend nous faire admirer le dernier leup alors que le cinéaste, coupable du même subterfuge sur de nombreux films par le passé (on a longtemps cherché à se convaincre du contraire, mais il faut regarder la vérité en face), se vante encore en interview d’avoir utilisé 150 loups d’élevage différents au bas mot pour incarner son soi-disant héros, prétendue ultime bestiasse de sa race. Mais que dire quand il s’agit d’un nain ? Et pas de n’importe quel nain… Remarquez, Hollywood a fait pareil avec les indiens, qui (quand ils n'étaient pas tout simplement remplacés par de purs playboys comme Rock Hudson ou Burt Lancaster), devaient passer et repasser dans le champ, à l’arrière-plan, cinquante mètres au moins (distance de sécurité) derrière telle illustre star déguisée en cowboy, et changer de chapeau à plumes, de mocassins et de démarche chaloupée pour avoir l’air, à chaque passage, d’un autre indien. On sait gré à Michael Mann de voler un poil au-dessus de J.J. Annaud, puisqu'il a refusé de faire tourner 50 indiens différents pour incarner Chingachgook, le dernier des Mohicans, dans Le Dernier des Mohicans. C’était le dernier ou c’était pas le dernier ? Bon ben si c’est le dernier y’en a pas une chiée plus mille qui attendent leur tour derrière le combo, merde !…




Méditez là-dessus… Est-ce que tout le monde trouverait ça parfaitement banal si le fringuant Val Kilmer incarnait Madmartigan dans une scène, la sorcière Fin Raziel dans la suivante, la fée Cherlindrea dans la troisième et un poivrot sans répliques, assis dans le fond d’un plan de coupe, au milieu de la séquence de la taverne, celle où il est d’ailleurs déguisé en femme (mais toujours dans la peau de Madmartigan), et où l’un des deux brownies, celui joué par Kevin Pollack, est à deux doigts de se noyer dans une pinte de bière (un conseil : c'est bien meilleur trempé dans du lait) ? Permettez-moi d’en douter. C'est donc limite… Remarquez, pas plus que de les foutre dans tout un tas d’appareils ménagers (R2D2) et autres peluches (les fameux Ewoks), et que d’embaucher six ou sept nains à tout casser par mesure d'économies puis de les jeter dans quinze costumes différents pour tromper le spectateur (aujourd'hui, on n'hésiterait pas à les démultiplier numériquement...). Mon affection pour Willow n’en est pas altérée, parce que ce problème ne se pose pas dans ce film, tout connement. Au contraire, il n’en sort que grandi, d’abord parce que Ron Howard, cet homme d'exception, l'un des rares cinéastes rouquins de l’histoire d'Hollywood (le seul ?), qui en sait donc long sur les minorités visibles, a, quant à lui, fait tourner une foule de nains pour composer la population du village Nelwyn (parmi lesquels Tony Cox, le célèbre nain de Fous d’Irène), et a donné au cinéma (avant de lui prendre beaucoup...) l’un de ses rares héros nains, sans costume poilu pour le recouvrir de la tête aux pieds. Ensuite parce que Warwick Davis sera à jamais pour moi un caméléon, et l’un des meilleurs acteurs nains de l’histoire du cinéma.


Willow de Ron Howard avec Warwick Davis, Val Kilmer, Joanne Whalley, Jean Marsh, Patricia Hayes, Kevin Pollack, Billy Barty, Phil Fondacaro, Tony Cox et David Steinberg (1988)

5 février 2015

Fury

Que sait-on de David Ayer ? Nous lui avons récemment consacré tout un article-bilan, doté d’un large corpus (toute sa filmographie, rien de moins), mais, il faut l'avouer, nos recherches bibliographiques sur l'individu Ayer furent assez courtes, puisqu’elles n’ont jamais eu lieu. En Master 1 d'études cinématographiques notre mémorandum, pourtant assez fin en analyses, aurait reçu la généreuse note de 0.25/20 (sachant qu'il faut 14 pour passer en Master 2), avec, dans la marge, la mention de notre directeur de recherche précisant à toutes fins utiles : "Et encore, chuis large". J’ai donc décidé de réparer cette faute à l’occasion de cette critique du dernier opus de notre cher cinéaste skinhead, en allant lire la page wikipédia française qui lui est consacrée, et j’y ai appris (je vous le livre gratos, ne me remerciez surtout pas de mâcher le travail aux futurs exégètes du cinéaste) que ses parents l’ont foutu dehors à l’adolescence, et qu’il est alors parti vivre avec son cousin Toussaint (auquel il rendra un bel hommage dans son premier film) à Los Angeles. C’est apparemment tout ce que l’on sait de David Ayer, et c’est peut-être d’ailleurs tout ce que l'individu sait lui-même. Par conséquent, ergotons plutôt sur ce qu’aurait pu être sa vie. S’il était né, non pas en 17 à Leidenstadt, comme Jean-Jacques Goldman, mais disons en 17 à Pétrograd, Давид Ayerovitch serait probablement devenu komsomolet. C’est vrai qu’il a l’air d’un garde du corps russe avec son crâne luisant, son bouc d’un autre temps, ses yeux chassieux et ses épaules de bûcheron. Mais il est né en Amérique et s’est retrouvé à errer dans des quartiers malfamés de la cité des anges, qui lui ont inspiré ses premiers films bourrés à craquer de coke, d’armes à feu et de morts violentes sans mobile apparent.


Il y a bien longtemps, dans une prairie lointaine, très lointaine...

Dans notre article-bilan (un backlink supplémentaire) consacré à la carrière de David Ayer, cinéaste de jour et portier de nuit, nous constations, de film en film, une fracassante chute libre. Le dernier né de la filmographie Ayer, Fury, sorti sur les écrans l’an passé, confirme malheureusement la règle et fait de notre homme une sorte de komsomolet américain, fier de quitter un moment les action flicks sur les no-go zones du South Central de Los Angeles pour nous livrer un film historique de pure propagande. Comment peut-on encore, en 2014, faire un tel tam-tam pour l'armée américaine, et le faire qui plus est en repassant par la case archi-rebattue de la seconde guerre mondiale ? David Ayer n’a peur de rien, et à l’heure où Eastwood s’excite sur un tireur d’élite au tableau de chasse impressionnant, jouasse d'avoir dégommé des dizaines de personnes en Irak, lui nous raconte comment l’équipage d’un banal char Sherman, entre 1942 et 1945, aurait nettoyé le continent européen d’environ la moitié de l’armée allemande à lui tout seul…


La scène-choc du film, celle qui veut déranger. Pour que son trouffion apprenne à tuer, Brad Pitt le force à abattre un prisonnier sous le regard bovin des copains.

Ayer glisse bien un soldat ennemi « humain » à la fin de son film, mais c’est pour mieux faire passer tout ce qui précède, un film idiot à la gloire des surpuissants soldats américains venus éradiquer la peste nazie jusque dans les tréfonds de l’Allemagne. Il renoue même avec le manichéisme bienheureux de la saga Star Wars : à filmer la seconde guerre mondiale en 2014 pour mieux s'enflammer sur la force militaire américaine, il fallait bien moderniser ce vieux conflit ringard, aussi Ayer mise-t-il tout sur les balles traçantes des mitrailleuses alliées et ennemies, qui se transforment pour les besoins du dépoussiérage en authentiques lasers, verts et rouges, pour bien distinguer les deux camps. Ici, contrairement au code couleur des sabres-lasers en vigueur dans la galaxie lointaine de George Lucas, les gentils tirent à boulets rouges (c’est plus violent, plus fort, plus mortel ! du reste leurs armes sont apparemment les seules à faire mouche), tandis que les méchants tirent en vert (tarlouzes…).



Brad Pitt, à mi-chemin entre le chasseur de nazis vengeur et prognathe d'Inglourious Basterds...

Brad Pitt, producteur, s’offre un rôle sur mesure : coiffé comme le dernier des footballers professionnels trépanés du XXIème siècle, il incarne le chef de brigade respecté, indestructible et cultivé (parlant couramment l’allemand). Il est endurci mais humain. On le voit multi-gifler Percy Jackson, sa nouvelle recrue (Logan Lerman), puis forcer ce dernier à tuer un prisonnier de guerre sans autre forme de procès, quand il ne massacre pas ses ennemis à coups de couteau dans les yeux (dans la scène d'intro du film, où il se montre moins méticuleux coutelas en main que dans l'ultime séquence du film de guerre de Tarantino). Sauf qu’après chaque geste minable, il s’éloigne pour chialer, ou au moins trembler du menton, à l’abri des regards. C’est un subtil mélange entre le lieutenant Aldo Raine, le gros bâtard peu glorieux que Pitt interprétait dans le Inglourious Basterds de Tarantino, et le lieutenant Miller, Tom Hanks, l'intouchable prof de lettres d'Il faut sauver le soldat Ryan. Le beurre et l’argent du beurre. L’enflure badass et le bon samaritain humain. Trop humain.



...et le fin lettré sensible et pudique interprété par un double-academy-award-winner, Tom Hanks, dans Il faut sauver le soldat Ryan.

Dans une longue scène spécialement pénible*, David Ayer nous laisse longuement croire (du moins l’espère-t-il) que ce meneur d'hommes téméraire, ce salopard en chef, va violer deux allemandes en culottes courtes. Mais Brad Pitt se contente de se laver le torse - il fallait bien qu’il l’exhibe ! - et de manger une omelette aux gravats en écoutant un morceau de clavecin. Puis, quand ses gaillards menacent les deux innocentes petites aryennes de passer au plat de résistance, Brid Patt les retient d’une poigne de fer, en pur défenseur du droit des femmes. Sublime à tous les étages. Quitte à vous gâcher le plaisir, disons-le, le beau Brad mourra en héros, dans un finale proche de celui du film de Spielberg (une poignée d’hommes contre trois bataillons de boches), mais avec 2 de QI devant et derrière la caméra (en les additionnant). Brad se sacrifie et sacrifie ses hommes pour sauver des centaines d’autres amerloques, et finit par tomber après avoir reçu environ douze balles, tirées une à une par un sniper allemand attifé comme Dark Vador, le tout sur fond de chorale élégiaque. Mieux, après que les allemands ont fait sauter deux grenades dans le char où Brad, déjà transformé en passoire et à moitié mort, venait de se replier, on retrouve ce dernier certes cané, quand même, enfin !, mais pas du tout abîmé. Deux stielhandgranates viennent de lui sauter à la gueule à bout portant mais il semble s’être éteint dans son sommeil, la mèche d’Olivier Giroud toujours impeccablement plaquée sur le crâne. Dur à cuire...


Brad prépare ses ablutions. Il n'a rien perdu de sa superbe depuis Fight Club. Le tankiste est tanqué.

Qui dit joyeuse propagande américaine dit bondieuseries, et elles sont sans fin dans Fury. Shia LaBeouf, dont le personnage est surnommé « The Bible » par ses camarades, est plus ou moins seul, au début du film, à prier Dieu, quitte à affronter les railleries de ses petits copains. Mais peu à peu les autres passagers du char doivent bien se rendre à l’évidence : ces types ont le cul béni, ils sont protégés par le ciel, seuls aimés de Dieu, et ils en sont ravis. Le plan final nous montre le char éponyme arrêté à un carrefour, au cœur d'une gigantesque croix, prise en plongée, lentement recardée par un mouvement d’appareil ascensionnel qui veut peut-être mimer la montée aux cieux des hérauts de la liberté… Et, tout autour, s'étendent les cadavres des 300 soldats allemands (au bas mot), vraiment pas doués faut-il croire, que nos quatre valeureux martyrs ont dégommés sans trop d'efforts, planqués dans leur bastion à chenilles en panne. Cette image, piteuse, nous laisse avec un goût amer en bouche, et la conviction d’avoir consacré un article-bilan à un vrai débile.


Pour David Ayer, Dieu n'est pas un fumeur de havanes, c'est un char Sherman.

* Dotée d’un passage présumé poignant mais particulièrement douteux, où nous apprenons que l’horreur absolue de la guerre, telle que décrite par les mercenaires de Brad Pitt, aurait consisté à achever des centaines de chevaux sur une côte de Normandie après le débarquement (et après avoir massacré des centaines d’allemands qui se repliaient, mais c’est un détail à côté des canassons). Probable d’ailleurs que ces tankistes qui, en 1945, traversent l’Allemagne direction Berlin, auront croisé quelques camps sur leur route, mais il n’est rien dit de tout cela. Rien n'y obligeait, certes, mais il est déroutant de voir des hommes bouleversés à ce point par des chevaux achevés d'une balle dans la nuque quand, pratiquement à la même période et non loin de là, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants étaient assassinés selon le même mode opératoire (ou d'ailleurs un autre). Pour notre brigade héroïque, le traumatisme des chevaux était apparemment indépassable. Ne soyons tout de même pas malhonnêtes, nos héros hurlent à d’innombrables reprises « salauds de nazis ! » en les canardant, ce qui veut tout dire et suffit bien.


Fury de David Ayer avec Brad Pitt, Shia LaBeouf, Logan Lerman et Jason Isaacs (2014)

5 octobre 2014

Star Wars Episode II : L'Attaque des Clones

Lettre ouverte à Lucas George à propos de L'Attaque des Clones :

Il y a quelques années, nous avons vu un film, intitulé L'Empire contre-attaque, à Port-de-Bouc, sous la recommandation de nos cousins port-de-boucains.

Dans la salle, nous avons été informés que le jeune homme qui avait fait le film était présent, mais quand nous avons dit que nous voulions le rencontrer parce qu'on était tellement impressionnés par la qualité du film, il a fui par le couloir sans un mot. Nous étions décontenancés par son comportement, et un de nos cousins port-de-boucains nous a dit qu'il était timide.




Nous avons su ensuite que le superbe talent que nous avions vu dans L'Empire contre-attaque serait diffusé un jour dans toute l'industrie cinématographique mondiale, et nous avons attendu d'en entendre parler. Nous avons été mystifiés de ne pas nous souvenir en avoir jamais entendu parler de nouveau. Jusqu'à aujourd'hui.

Nous avions tout faux. C'était juste parce que nous vivions dans le Gouffre de Cabrespine que nous n'avions jamais réentendu parler de lui. Nous ne savions donc pas que les talents de Mr. Lucas avaient été hautement reconnus aux USA depuis un moment. C'était pour ça...

Quand nous avons su que L'Attaque des Clones avait été fait par l'homme qui avait fait L'Empire contre-attaque, nous étions si contents et excités que nous nous sommes retrouvés à taper dans nos mains. Nous n'étions pas seulement ravis parce que notre jugement sur lui s'était avéré juste, mais aussi parce que nous nous rendions compte que notre vieille conviction - que les vraiment grands talents ne restent pas enterrés - était validée.

Ce jeune homme que nous avions vu dans la salle de projection du Méliès à Port-de-Bouc doit maintenant avoir plus de 50 ans. Cependant, la jeunesse et la fraîcheur de la mise en scène que nous avions trouvée dans L'Empire contre-attaque sont toujours là dans L'Attaque des Clones.




Nous pensons que la beauté avec laquelle les séquences sont exécutées et la façon dont elles sont mises ensemble sont une chose naturelle - que l'homme en question est né avec ça.

Nous avons vu beaucoup de bons films et nous avons été impressionnés et émus beaucoup de fois auparavant. Mais l'excitation que nous avons ressentie dans la salle de projection du Colisée de Carcassonne, où nous avons vu L'Attaque des Clones, était quelque chose de spécial. Peut-être était-ce parce que nous avions ressenti la même sorte d'excitation plus de vingt ans plus tôt dans la salle de projection du Méliès, parce que nous pouvions ressentir la même sorte d'excitation après un si long intervalle.

Félix & Rémi

Vous trouvez notre lettre à chier ? Ask Kurosawa, dont la missive envoyée à Cassavetes, enfin émergée des archives personnelles du cinéaste nippon après 16 ans de silence radio, vient de faire le tour du web, suscitant une vague d'admiration béate sur tous les réseaux sociaux, y compris Feedly. Certes c'est sympathique d'apprendre que Kurosawa aimait le cinéma de Cassavetes (ça nous fait les belles gambas de Cyd Charisse...), mais ça ne fait pas de son courrier - ici scrupuleusement traduit, style au beau fixe - un modèle du genre devant lequel se pâmer...




Star Wars Episode II : L'Attaque des Clones de George Lucas avec Ewan McGreggor, Liam Neeson, Hayden Christensen, Natalie Portman et Samuel L. Jackson (2002)

13 décembre 2012

Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi

Voici enfin l'épisode final de la trilogie, un épisode sans début mais avec une putain de fin, à la hauteur du mot "fin", une fin qui dure près de deux heures (dans la version longue, une heure et demi dans la version normale, car il faut rappeler que chaque opus de la trilogie possède une version longue qui rajoute trois quart d'heures à des films déjà longs de quatre fois une heure chacun). On peut donc comprendre la longueur de cette fin, qui n'est pas juste la fin du troisième film mais la fin des trois épisodes, soit la fin de près de 12 heures de supplice pour les non-fans de la saga, c'est-à-dire pour environ 99,999% des gens de cette planète. Durant ces deux heures de fin, on voit les hobbits et leurs potes se lécher les couilles à qui mieux mieux et au ralenti, dans la tradition des purs Joe d'Amato, le fameux réalisateur italien de pornos et inventeur du gangbang. On assiste tétanisé à deux heures montre en main d'embrassades, d’œillades complices et équivoques, de tripotage en règle, de sauts sur des lits, de bataille de polochons, de sourires narquois, de larmes aux yeux, de merde au cul, de Gandalf qui abuse de son autorité avec sa baguette magique, d'Aragorn qui lance sa langue sur Liv Tyler (l'actrice avouera avoir "pris son pied" tandis que l'acteur avouera avoir "pris son cul") au milieu d'une foule numérique qui assiste à leurs ébats non simulés sur le toit d'une tour ovale remplie à craquer et ne pouvant accepter un invité de plus sous peine de le voir se tenir dans le vide.




Cette fin, aussi imbuvable soit-elle, colle à merveille à l'ambiance qui se dégage des bonus du film, lesquels durent 50 heures en tout, 50 heures au bas mot d'entre-branlage, à l'issue desquelles chaque intervenant à le gland violacé ou littéralement décollé. Certains fans malades se sont envoyé ces journées entières de bonus d'une traite, acceptant avec le sourire cette chaîne sans fin d'anecdotes de tournage putrides. Quid d'Orlande Bloom qui raconte avec délice cette fameuse soirée où John Rhys-Davies, aka Gimli le nain (sachant que l'acteur est l'équivalent physique du colosse de Rhodes mais passons), avait piqué son costume d'elfe pour faire une blague potache à un Peter Jackson écroulé de rire en devinant la flèche de Gimli bandant l'arc de Legola. C'est aussi l'occasion de voir Sean Bean, littéralement Jean Haricot, raconter la tournure que prit son haricot magique en voyant Arwen enjamber son cheval avec un "prout" digne du pet bucal, ce fameux "pff", de Gandalf au moment de sa chute avec le Balrog dans un puits sans fond à la fin du premier film. On peut aussi s'extasier d'entendre Peter Jackson lui-même raconter comment il a perdu ses lunettes dans le Rohan. Ou écouter Cate Blanchett, qui tourne en tout et pour tout trois scènes sur la totalité des 12 heures du film mais qui s’enorgueillit d'être restée présente sur toute la durée du tournage pour tenir la perche, étant le seul individu de plus d'1m70 à des kilomètres à la ronde. Et enfin, qui ne lâchera pas sa larme en regardant Peter Jackson nous expliquer qu'il a demandé à ses acteurs de re-tourner les derniers plans d'enculage amical des centaines de fois pour que le tournage ne finisse jamais, ce qui nous a valu l'insatiable fin tournant en boucles du troisième film, conclusion que Peter Jackson aurait découpée en deux "chapitres" pour faire plus de blé si cette mode chère aux producteurs des Twilight et autres Harry Potter avait eu cours en 2003.




Ce qu'on se demande "à l'heure d'aujourd'hui", comme disent les trépanés, en revoyant cette abominable fin, c'est "que sont-ils devenus ?". Quid (on ne se lasse pas de cette formule) de Cate Blanchett qui depuis s'est contentée de se prendre un taxi en pleine poire dans L'Affreuse histoire de Benjamin Button et de jouer un transgenre russe dans l'odieux Indiana Jones 4, et pourtant c'est peut-être celle qui s'en tire le moins mal parmi ceux qui composent le casting de la trilogie (Mortensen mis à part, qui s'est taillé un nom en traçant La Route chez Cronenberg avec History of Violence, Les Promesses de l'ombre et Dangerous Method, et qui reste un putain d'artiste peintre). Orlando Bloom quant à lui, à défaut de se tailler une véritable place dans l'actorat hollywoodien, a su tailler quelques pipes et s'est ainsi retrouvé dans un nouveau rôle féminin au sein d'une autre saga d'enfer, Pirates des Caraïbes. Pour les autres, qu'il s'agisse d'Elijah Wood, de Sean Astin, de Sean Bean, de Dominique Monaghan, Hugo Weaving ou Billy Boyd, la suite de leur carrière s'apparente à un encéphalogramme plat. Les vieux ne s'en sortent pas beaucoup mieux (Ian McKellen, Ian Holm ou Christopher Lee), mais ils ont le tout petit avantage sur leurs camarades d'être vieux, précisément, et d'avoir fait une carrière avant le désastre. Peter Jackson de son côté n'est pas beaucoup mieux loti puisqu'après avoir réalisé des saloperies telles que King Kong ou Lovely Bones, il en est réduit, comme George Lucas en son temps, à tourner le prequel de son grand succès, comme un aveu d'échec. Mais peut-être qu'en renouant avec la trilogie il parviendra à accoucher d'un film au moins regardable, ce que ses derniers films ne sont pas.


Le Seigneur des anneaux : Le retour du roi de Peter Jackson toujours avec la même bande de bras cassés (2003)

21 août 2012

Stand By Me

Rob Reiner, né Robert Reiner le 6 mars 1947 dans le Bronx à New York aux États-Unis, est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain dont la carrière se divise littéralement en deux avec une cassure nette pile en son milieu. Lancé avec un mocku-fiction encore culte aujourd'hui, This is Spinal Tap, il a ensuite réalisé coup sur coup Stand By Me, Princess Bride et Quand Harry rencontre Sally, enchaînant littéralement les succès (même si le deuxième de la liste est une pure infection) pour poser son empreinte sur les années 80, dont il reste l'un des symboles, au même titre que le groupe Dépêche Mode. Stand By Me signe sa rencontre avec Stephen King, auteur qu'il retrouvera au début des années 90 avec Misery, l'avant-dernier film appréciable du cinéaste, qui ensuite réalisa Des Souris et des hommes d'honneur, l'adaptation du roman de John Steinbeck dans laquelle Gary Sinise flinguait John Malkovitch pour avoir violé une chienne (l'animal). Après cet ultime coup d'éclat, Reiner a tourné le dos aux grands auteurs et nous a enfouis sous une flopée de purges aux relents réactionnaires, dont le dernier exemple en date, Flipped, est peut-être le pire.



Mais revenons sur ce qui est, à n'en pas douter, le chef-d’œuvre de Rob Reiner, derrière Quand Harry rencontre Sally et quelques autres. Armé du livre de poche du King, qu'il ne lâcha pas durant toute la préparation du tournage, Reiner organisa un casting de quarante jours et quarante nuits pour trouver les quatre garçons magiques qui allaient incarner les héros de la bande de son film d'aventure : le premier, Wil Wheaton (Gordie), n'a pas fait une grande carrière, il a notamment joué le flubber dans Flubber ; le second, River Phoenix (Chris), n'est plus à présenter ; le troisième, Corey Feldman (Teddy), a joué dans tous les films pour gosses des années 80 (Les Goonies, Gremlins, etc.) avant que l'âge adulte et une tronche pas possible ne mettent fin à ses rêves de gloire ; quant à la quatrième roue du carrosse, Jerry O'Connell (Vern), il resta longtemps coincé dans les mondes parallèles de Sliders avant de mourir, à la vie comme à l'écran, dans Scream 2. Une véritable harmonie se dégage de cette petite troupe d'adolescents, qui restèrent d'ailleurs longtemps amis, au moins durant le tournage.



L'histoire, racontée en voix-off par Richard Dreyfuss, qui prête ses traits au début et à la fin du film au personnage principal devenu adulte, est celle de ces quatre gamins partis un été à la recherche du cadavre d'un gosse censé avoir été percuté par un train. Traversant le pays en suivant les rails dans ce qui se veut un pur railroad movie, Gordie, Chris, Teddy et Vern rencontrent évidemment tout un tas d'embûches sur leur parcours, dont la présence désagréable (y compris à l’œil du spectateur) de Kiefer Sutherland. Les fans de la série 24 heures chrono devraient se pencher sur le quasi premier film de la vedette du petit écran (avant même The Lost Boys de Joel Schumacher), qui interprétait ici un loubard aussi menaçant que ridicule et était loin de s'imaginer qu'il deviendrait plus tard l'idole des jeunes en prêtant ses traits à un personnage culminant à 24 de QI dans une série dont chaque seconde se déroulerait sur 24 épisodes de 24 heures chacun.



Au gré de leurs aventures (l'attaque d'un chien méchant, la fuite face à un train lancé à toute allure sur un pont, les confrontations régulières avec la bande de Sutherland et ainsi de suite), peu à peu les quatre personnages principaux se dessinent : Gordie a perdu son grand frère (John Cusack) à la guerre et passe ses repas du soir en les quat'z'yeux de ses parents à écouter les lamentations de son paternel qui regrette qu'il ne soit pas mort à la place de son aîné ; Chris a quant à lui un grand frère délinquant et se voit condamné à en suivre le chemin ; Teddy a un père rendu complètement schizo par son expérience de la guerre qui s'amuse régulièrement à lui brûler la moitié du visage sur une plaque chauffante ; quant à Vern, il est principalement obèse. Ces quatre portraits portent la griffe reconnaissable entre mille du King par leur finesse, leur richesse et leur faculté à forcer l'identification.



A revoir le film aujourd'hui, et quitte à verser dans l'uchronie, on peut se demander ce qu'il aurait donné si le script était tombé dans les mains de Gus Van Sant. La nouvelle de Stephen King semblait faite pour lui, du moins dans les grands lignes. Après tout, Stand By Me est un lent road movie situé à Portland et racontant l'histoire d'une bande de jeunes adolescents formant une communauté fraternelle pour fuir des cellules familiales éclatées par l'empreinte de la guerre (pour Gordie et Teddy) ou par le spectre de la marginalité (pour Chris et son grand frère - sans parler du gang de punks errants menés par Kiefer Sutherland) dans la quête insensée du cadavre d'un semblable, mort littéralement fauché en pleine jeunesse par un train... Une bonne partie du cinéma de Van Sant est là dans les termes et on peut se demander ce que le "cinéaste de Portland" aurait tiré de cette histoire. L'aurait-il adaptée dans le cadre hollywoodien comme Rob Reiner ou en aurait-il fait un film indépendant plus audacieux, voire un film expérimental ? Vous me répondrez que si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle et vous aurez raison.



Rob Reiner, qui transforma la nouvelle en un film mainstream dans la lignée des productions Amblin avec peut-être un zeste de noirceur en plus, parvint en tout cas à capter des instants d'enfance, et River Phoenix, qui joua quatre ans plus tard dans My Own Private Idaho de Van Sant, nous gratifiait déjà de quelques scènes poignantes, un peu surjouées mais poignantes, qui nous feront dire et répéter qu'il serait devenu un immense acteur si... Stand By Me fait partie des très bons films pour enfants des années 80. Quand on se rappelle que George Lucas ciblait avec Star Wars le public des moins de 10 ans et avait prévu dès le départ de tout miser sur le merchandising (les jouets) pour gagner du blé, et quand on voit l'âge moyen des fanatiques de ses films à l'époque et aujourd'hui, on se dit que si le film de Rob Reiner sortait en 2012 des tas de freaks de 30/40 ans en seraient malades, arboreraient des t-shirts Stand By Me et se baladeraient en bagnole avec la chanson éponyme de Ben E. King à fond la caisse en lieu et place de la bande originale complète et composée d'une seule chanson de Drive, et ça foutrait sacrément les jetons ! Ce scénario, là encore légèrement fantaisiste, est assez peu plausible, mais après tout on fait ce qu'on veut. A l'époque en tout cas nous étions jeunes et nous avions aimé le film de Rob Reiner, qui s'adressait directement à nous en nous identifiant à ce quatuor d'enfants partis sur les routes pour un voyage initiatique vers l'âge adulte. On aime encore aujourd'hui ce Stand by me et on peut se demander jusqu'à demain si ce n'est que pure nostalgie ou si c'est plus que ça. Au pire on serait raccord avec le film, qui se montrait lui-même nostalgique de la fin des années 50 et du début des années 60 avec son panel de standards du rockabilly et son portrait sinon enchanté disons joliment ouaté de l'Oregon en particulier et de l'Amérique rurale en général comme vaste terrain de jeu naturel. Une chose est sûre, le film convoque forcément la nostalgie du spectateur quant à sa propre enfance, et dieu sait que Rob Reiner a su filmer cette œuvre "à hauteur d'enfant". Le secret pour y parvenir ? Placer sa caméra à hauteur d'1m50 environ en rehaussant un peu la fameuse caméra-tabouret qui a fait le succès des meilleurs films d'Ozu.


Stand By Me de Rob Reiner avec Wil Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman, Jerry O'Connell, Richard Dreyfuss, John Cusack et Kiefer Sutherland (1987)

30 juillet 2011

Les Randonneurs à Saint-Tropez

A sa sortie, ce film s'est fait lyncher par une critique étonnement unanime, ravie de lapider le pourtant bonhomme Philippe Harel pour cette suite de mauvais augure, tant attendue et tant repoussée, qui a connu un "development hell" de presque douze ans. Pour la petite histoire Philippe Harel a justement nommé son propre fils, son fiston, Development Hell Harel, qui a vu le jour suite au succès du premier volume des Randonneurs. On avait dit à Philippe Harel, lui qui avait eu l'idée d'un diptyque dès l'écriture du premier film, d'attendre, d'attendre, de laisser monter la sauce, comme George Lucas avec Star Wars. Mais ces choses-là, la décantation d'un succès, l'impatience d'un public, sont dures à jauger. Faut croire qu'Harel a attendu trop longtemps et quand Les Randonneurs 2 est sorti, le premier avait atteint le statut de film culte intouchable, à ne surtout pas affubler d'une suite, quand bien même elle fût dirigée par le même réalisateur avec sous sa coupe les mêmes acteurs.



Y'a bien que MCinéma.com pour avoir osé accueillir à bras ouverts ce sequel non-désiré et pour le couvrir de louanges. Le reste de la critique a préféré l'enduire de fanges avant même sa sortie. Pourtant on a vu bien pire. En mettant de côté son jugement critique on peut même passer un relatif bon moment devant ce film plus ou moins honnête, pas souvent marrant et parfois franchement chiant mais ô combien plus respectable que bien d'autres suites indignes surfant sur la vague du succès en quête de pognon, à la manière d'un Saw, qui en est déjà à son septième épisode (et on attend d'autres suites, dont Saw Show Montbéliard, et Moussa Saw, le biopic du footballer pichichi de Ligue 1 2010-2011, sacré avec le LOSC), ou comme Les Bronzés 3, même si le deuxième exemple est plus directement rapprochable des Randonneurs. En effet l'histoire est un peu la même : pour le dire vite, un des anciens de la bande a fait fortune et les autres viennent ramasser les miettes pour des retrouvailles un poil amères. Ici c'est Poelvoorde qui, comme dans la vraie vie, a touché le pactole, alors que les autres triment encore et sont rassemblés dans un hôtel un peu miteux. L'histoire, qui met une plombe à se lancer et dont plusieurs éléments sont ébauchés avant d'être abandonnés, n'est pas franchement le fruit d'un travail de dix ans mais elle est le prétexte à une poignée de bons moments, surtout grâce à Poelvoorde. L'acteur était en pleine dépression carabinée au moment du tournage, traînant son ombre sur les plateaux télé et peinant à faire marrer, aussi passe-t-il le film à prendre la mouche et à alterner moments d'euphorie et d'abattement, avec pour transition entre les deux tempos de grands coups de sang à l'encontre de Miguel, son homme à tout faire.



Poelvoorde sauve presque le film, c'est pas peu dire. Hormis Philippe Harel lui-même, qui campe un type ultra chiant et qui est à deux doigts de plomber son propre métrage, les autres ne font pas pitié, contrairement à tous les acteurs des Bronzés 3, excepté peut-être Lhermitte qui sait qu'il n'a rien à foutre dans ce merdier. Contrairement à l'horreur de Lecon(te), Les Randonneurs 2 peut se targuer d'avoir un casting constitué d'autant de grandes actrices doublées de belles pépés qu'en annonce le chiffre (deux) qui classe le film dans la saga Quetchua d'Harel. Géraldine Pailhas d'une part, et Karin Viard d'autre part. Toute la France dans ce qu'elle a de plus subtil, et surtout la France profonde du fromage qui fond, une belle tartine bien faite avec du fromage étalé dessus à déguster avec du rouge. Du fromage qui déborde et qui attire toutes les mouches de la région. J'ai l'air négatif dans ma comparaison, mais mon cœur, je ne le suis pas du tout. Je dîne régulièrement à base de Chaussée-au-moine (quelle idée d'appeler un tel fromage "godasse du Pape"... Ok ça pue sûrement la mort dans les sandales du Pape mais c'est pas une raison) et de vinasse. Pour moi c'est le sommet du repas culinaire. Pailhas, on ne la présente plus, à la fois personne ne la connaît. Elle m'en a fait mater des films... Je la considère comme underated. Comme Viard, elle a ce petit truc en plus des actrices typiquement françaises qui nous renvoient à monitrices de centres aérés, des anciennes profs de géo. Pailhas était l'argument féminin majeur du premier volet, avec son petit débardeur bleu ciel moulant, et il faut bien dire (d'ailleurs Poelvoorde passe un quart d'heure à le dire dans sa première apparition) qu'elle est ici outrepassée par une Karin Viard que l'âge a sublimée. Je me suis souvent senti seul sur le cas Viard, président et uniquement membre du fan club à l'exception de Félix, le trésorier, mais petit à petit j'en ai parlé autour de moi et j'ai été heureux de constater qu'on est à peu près 65 millions de français à en avoir après elle. J'attends le troisième épisode. Je serai au premier rang à côté de Félix. Car quand on ne se met pas au premier rang on voit que Félix a son pantalon défait. Hâtez-vous Monsieur Harel.


Les Randonneurs à Saint-Tropez de Philippe Harel avec Benoît Poelvoorde, Karin Viard, Géraldine Pailhas et Vincent Elbaz (2008)

15 juin 2009

Terminator Renaissance

Terminator Renaissance est un film avec des terminators réalisé par un tocard aidé dans son travail par toute une équipe de tocards, interprété par une bande de tocards et produit par des gros tocards dépourvus de cojones. Ce film est court mais paraît long, il est propre sur lui mais si on marche dedans du pied gauche ça porte chance, il est rempli de références pour ses glorieux prédécesseurs (je ne parle pas du 3) mais c'est pour mieux les rendre ridicules.

Les deux exemples suivants se passent de commentaires :
Femme de John (un tromblon) : "Fais attention John", réponse de John "Je reviendrai".
Première rencontre entre Marcus Wright et Kyle Reese => "Viens avec moi si tu veux vivre".

Ode à la tristesse
Tristesse, tristesse, lorsqu'elle sourd, elle m'accompagne lors de mes nuits d'effroi
Tristesse, tristesse, lorsqu'elle se manifeste, je ressens une douleur jusque dans mon foie
Tristesse, tristesse, pourquoi as-tu mis sur mon chemin une telle ineptie faite de bruit et de vide ?
Tristesse, tristesse, toi et moi c'est pour la vie si tu continues à rendre ces moments si perfides


S'il existait un royaume des tocards, ce type-là aurait un duché

Les clins d'oeil aux précédents Terminator, dont le point d'orgue est l'apparition inopinée d'un T-800 doté de son revêtement charnel, sont tous plus idiots les uns que les autres. Une manière insultante et dénuée de subtilité de forcer la filiation et de faire plaisir aux fans. En tant que fan de Terminator (pas le 3 !), je n'ai ressenti aucune joie à voir Schwarzy rendre l'intrigue plus absurde par son apparition. Ok on est pas loin de la chaîne de fabrication des tous nouveaux prototypes de T-800, mais pourquoi on se retrouve avec un seul d'entre eux à poil et fini en liberté dans les coursives de la prison pour humains du building de Skynet ? Et tu l'as fait péter à la fin Skynet ou pas, hein, John ? Il est fini l'ordi ? Y a pas de T5 alors (s'il vous plaît) ? Qu'en est-il de nos amours ? T'as tout fait péter mais qu'est-ce que t'as fait péter au juste ? Et Marcus qui a un mal de chien à te charrier jusqu'à l'hélico alors qu'il vient de bousiller à mains nues un T-800, c'est plus un robot ? Il est robot quand ça lui dit ? Il fait un rôt pendant que John Connor dit "bo" ? Dis-moi John, pourquoi tu fais tout péter autour de ta base secrète au moment où tu courses Marcus, c'est pour que les machines la découvrent plus facilement ? T'en as marre de vivre ? T'en as marre de voir la tête de tromblon de Bryce Dallas Howard quand tu te lèves le matin ? Et les grands hangars dans lesquels toi et tes potes résistants vous rangez vos avions et hélicos, vous faites comment pour que Skynet qui contrôle tous les satellites autour de la Terre et possède des tas de vaisseaux espions ne les voit pas ? Vous les couvrez avec des branches d'arbres coupés à la serpe tels les chasseurs avec leur cabanes à oiseaux ? Et vos communications, vous les brouillez ? Vous les codez ? Vous n'avez que faire d'être entendus et espionnés par les robots ? Dis-moi tout John.

Entre recherche de filiation maladroite et "trahison nécessaire pour pouvoir partir sur de nouvelles bases", on obtient un film souvent incohérent, absurde, rempli de scènes d'action et de SFX rocambolesques pour masquer la peau de chagrin d'un scénario hâve réécrit à la hâte par des gens qui auraient dû pratiquer un autre activité professionnelle. Profiter d'un nom de franchise de qualité pour surfer sur la vague de sa réputation avec un résultat aussi médiocre, c'est malhonnête. Y a pas mort d'homme c'est sûr, mais mes 5,60€ iront en partie dans la poche de ces gens qui en feront usage pour pondre d'autres saloperies et salir les salles de cinéma avec leurs chaussures pleines de boue. Le jour du jugement dernier, 3 milliards d'êtres humains mourront sous le feu nucléaire provoqué par un ordinateur susceptible et rancunier. J'espère que ce jour-là, McG et ses copains auront décidé d'aller dans un square profiter du beau temps pas très loin de l'épicentre de l'explosion. Si James Cameron, cet homme si sensible, a eu l'occasion de voir ce film, il a probablement pleuré, il s'est réfugié seul dans sa salle de bain, a fait couler l'eau froide, il s'est mis tout nu au fond de la douche dans une position fœtale, il a hurlé, les voisins ont appelé les flics, il est maintenant dans un institut spécialisé, il réapprend à marcher, à manger, à communiquer avec ses semblables, il essaie d'oublier son univers trainé dans la boue, tous les écueils qu'il avait évités et dans lesquels McG et ses potes se sont vautrés dès les premières minutes de T4. De toute manière, ce McG n'est surement pas capable de faire mieux, il a probablement tout donné dans ce film, un tocard reste un tocard.

Aucune clémence quand on a à sa disposition une telle base à exploiter et qu'on en fait un tel merdier.


"Tocard appelle la base, copy that ?"

C'est toi qui a commencé George Lucas ? C'est toi avec tes nouveaux Star Wars tout pourris sans queue ni tête mais avec des tas d'effets spéciaux agissant tel un arbre cachant la forêt d'un scénario anémié, débile et abscons ? Ou bien c'est toi Michael Bay à force de balancer tes films de merde dans nos gueules qui a décomplexé tout un tas d'idiots qui ont fait pareil mais n'arriveront jamais à la cheville de tes Transformers pour ce qui est de la médiocrité ? C'est toi le père spirituel de ces types-là ? C'est toi le Pape du nouvel Hollywood ? T'en es fier ? C'est toi le savant fou qui a lobotomisé Spielberg ?

Quand on met McTiernan en prison en l'ayant dégouté pour toujours de la réalisation après le 13ème Guerrier, quand on empêche James Cameron de faire ses films et qu'on remplace en cachette les cerveaux de Spielberg et de Zemeckis par les moitiés du cerveau de Dominic Sena, qu'on ne soit pas étonné. James Gray a raison, Hollywood ne sait plus raconter d'histoire. Je sens qu'en 2009, et comme les années précédentes, on va pouvoir se brosser dru pour avoir un blockbuster SF/Fantastique/Action digne de ce nom (quelqu'un a dit "Avatar" ?) ?


Terminator Renaissance de McG avec Christian Bale et Sam Worthington (2009)

18 mai 2009

Contact

Je crois n'avoir écrit qu'une seule fois sur un film de Robert Zemeckis. Pourtant Bob Zemecuisse a bercé mon enfance. Au point d'avoir choisi ma première adresse mail en hommage à ce bigleux de première: "Remeckis@tiscàvie.com". Je m'appelle Rémi, il s'appelle Zemeckis Bob, il m'a dorloté toute mon enfance avec Retour vers le futur et Roger Rabbit, ça m'avait suffit pour cramer ma crédibilité dans mon adresse web. Au fond Zemeckis a complètement suivi le parcours de Spielberg, son maître à penser et mécène. Il a commencé par faire de chouettes films, souvent pour gosses mais pas toujours, et depuis quelques années c'est devenu le pire des vieux tandis que sa filmographie s'englue d'œuvre en œuvre pour achever une carrière sous un monceau d'ordures. Et cette chute a commencé avec Contact, il y a déjà 12 ans. La dégringolade de Zemeckis n'était encore que bénigne, mais elle s'est avérée de type exponentielle quand après avoir réalisé une poignée de films douteux, Bobby Zemekiss s'est amouraché des nouvelles images, dont il a fait son grand cheval de bataille avec The Polar Express, où Tom Hanks incarnait le Père Noël, puis Beowulf, et bientôt Le drôle de Noël de Scrooge (pauvre Jim Carrey...) et Roger Rabbit 2. Le réalisateur à triple foyers est complètement piqué et son idée fixe consiste à faire des films d'animation en numérisant de vraies images. La catastrophe est totale. L'échec cuisant. J'écris cette critique en m'épilant les sourcils alors je suis pas sûr d'avoir l'esprit très clair mais les faits sont là.



On sait tous que les gros pontes ventripotents de l'entertainment qui composèrent la "Nouvelle génération Hollywoodienne" (et je ne parle pas du so called Nouvel Hollywood), sont tombés en pâmoison, et à juste titre, devant 2001 L'Odyssée de l'espace. Ces types-là (Lucas, Spielberg, et leurs cousins) ont vu le chef-d'œuvre de Kubrick quand ils étaient jeunes et ont rêvé de refaire pareil. Ça a par exemple donné Star Wars ou Rencontre du 3ème type. Après le succès mondial du second film de Sergio Leone (Et pour quelques dollars de plus), des dizaines d'italiens se sont mis à tourner ce qui allait être appelé des "westerns spaghettis" par les Américains. Bien sûr ces films étaient souvent minables (avec en tête le tristement culte Django de Corbucci) et n'avaient strictement rien à voir avec les films sublimes de Leone, bien qu'ils tentassent de l'imiter. Leone devait en dire à la fin de sa carrière et rétrospectivement: "On m'avait désigné comme le père du genre ! Je n'avais eu que des enfants tarés. Aucun ne pouvait être légitime. De quoi être écœuré...". Autant dire que Kubrick aurait pu en dire autant de ses descendants s'il n'était pas mort d'une crise cardiaque pendant l'avant-première de La Menace Fantôme de George Fuca en 1999. Parce qu'entre nous soit dit, entre quat'zieux, Star Wars c'est quand même queutchi. Et le reste vaut pas beaucoup mieux. Personnellement j'aime vraiment beaucoup Rencontre du 3ème type de Spielberg, mais son gosse à lui, en somme la troisième génération, à savoir notre cher Zemeckis et son Contact de mes deux, lui il donne vraiment de quoi se plaindre.



Parce que c'est bien de cela dont il s'agit : Contact c'est le 2001 de Zemeckis. C'est à la fin du film que ça saute aux yeux. Avant ça Jodie Foster passe la totalité de sa vie avec un casque sur les oreilles à attendre que des aliens lui parlent. Beaucoup sont morts comme ça. Mais Jodie Foster ne se fait pas chier par hasard. Un flash-back psychologique nous l'annonce, où nous découvrons la mort traumatique du père de Jodie. Quand elle était gosse, un soir qu'elle venait de passer trois plombes à reluquer les étoiles, elle avait oublié d'apporter ses médocs à son vieux papa malade. En rentrant elle le retrouva mort sur le canapé devant L'empire contre-attaque, entouré de grains de maïs éclatés, du pop corn, étalé sur le sol, rappelant le cosmos et ses milliards d'étoiles avec qui Jodie adulte voudra à tout prix entrer en contact. Ceci explique cela, comme on dit dans ces cas-là.

En somme ce film est une réflexion sur une fille qui ignore consciencieusement tout ce qui se passe autour d'elle (dont Matthew McConaughey, l'acteur brun aux cheveux blonds bouclés, qui fait des pieds et des mains pour se la tirer), préférant se focaliser sur des aliens qui n'existent pas, en souvenir de feu son vieux père. C'est aussi une réflexion sur la religion puisque Matthew McCoffey est un chrétien pure sauce. Pendant tout le film il n'arrête pas de demander à Jodie si elle croit en Dieu. Alors elle lui répète inlassablement que non, mais Matthew McConaugay a manifestement une mémoire vive de cinq minutes, frappé par Alzheimer à trente ans et toujours en service dans un poste à grandes responsabilités au sein de la Nasa. Et à chaque fois qu'elle lui répond "non", il lui dit et lui répète qu'elle a tort, et s'interroge quant à au scepticisme de sa camarade. Elle lui explique encore et encore qu'elle a besoin de preuves pour croire, qu'elle est une putain de Cartésienne née à Carthage et utilisatrice chevronnée de l'encyclopédie Encarta et qu'elle ne croit que ce qu'elle voit. Alors Matthew McCon lui rétorque : "Tu aimais ton père ? Prouve-le". Et ainsi, plusieurs fois dans le film, à chaque fois que son courtisan lui lance cet argument à la face, Jodie commence à lui répondre qu'elle ne doute pas de son amour pour Dieu mais de son existence, alors que son père a indéniablement existé. Mais elle s'interrompt elle-même, tantôt découragée par le regard végétatif de son interlocuteur, tantôt déçue de constater qu'il est parti pendant qu'elle lui causait droit dans les yeux.



Et puis à la fin du film, après 2 heures de conversations religieuses interrompues et autres écoutes au casque sans résultats probants, vient le contact tant attendu. Les petits hommes verts se mettent à causer à l'héroïne dans son disc-man. Comme leurs voix ressemblent aux bruits d'une machine à laver, Jodie Foster se demande d'abord si elle n'est pas en train de capter la femme de ménage de sa voisine. Mais non ce sont bel et bien des extra-terrestres à l'autre bout du fil. La grande question qui se pose alors c'est de savoir si les ETs sont croyants et si une agnostique peut aller à leur rencontre. A l'humanisme sidéral et au génie visionnaire de Kubrick se substituent un scénario complètement tordu, des considérations bigotes à trente balles et une combinaison spatiale façon Magicien D'Oz. De quoi faire rougir Stanley Kubrick au fond de son trou.

C'est là qu'arrive 2001. Jodie Foster s'embarque pour un voyage de quatre ans dans l'espace, totalement seule et sans le moindre strapon, à la rencontre des aliens. Elle va alors être ballotée dans tous les sens suite aux déflagrations d'un champ magnétique qui la propulse dans un vortex. On a droit à 2h33 de Jodie Foster remuée dans tous les sens dans une capsule spatiale qui ressemble largement au tambour d'une machine à laver. A cet instant l'héroïne se demande si elle ne s'est pas plantée sur toute la ligne et si ce qu'elle a pris pour des aliens n'était pas bel et bien son propre lave-linge dans lequel elle se serait retrouvée enfermée avec ses slips et ses chaussettes. Mais non, il s'agit d'un vortex spatio-temporel, et pendant deux heures et trente trois minutes Jodie Foster va s'y dédoubler en tournant en rond dans la position primaire du fœtus, éclairée par des néons rouges et bleus. De quoi me foutre la nausée pour un bail. C'est le 2001 de Zemeckis et c'est drôlement à chier.



Au finish de ce voyage intra-utérin en position du foetus, Jodie Foster débarque sur une plage ensoleillée où elle retrouve son père, interprété par un Tom Hanks efflanqué et barbu qui répétait déjà son rôle de Cast Away. La quête d'ouverture et de découverte du personnage n'est en fait qu'un retour sur soi, un retour au passé puisque tout ce qu'elle veut, et tout ce qu'elle trouve au final, c'est son père mort. Il s'avère qu'en réalité ce sont les extra-terrestres qui se sont servis de ses souvenirs pour communiquer avec elle, et leur morale en patafix c'est que la seule chose qui rende la vie supportable, c'est l'autre, autrui. Et aussitôt ils la renvoient chez elle. Après deux heures et trente trois minutes passées dans 10 000 vortex ils la débarquent dans son salon avec cette morale communiste sous le bras. Elle aurait pu prendre un ticket d'avion jusqu'à chez moi et je le lui aurais montré que c'est "l'autre" qui rend la vie supportable, et l'autre c'est moi comme disait Gad Elmaleh, moi et mon gros vié.

Quand elle revient, tout le monde lui tombe dessus à bras raccourcis. Eux n'ont rien vu, comment peut-elle prouver ce qu'elle raconte ? Selon eux elle n'a fait que voyager dans la capsule, ils n'ont rien vu de son voyage spirituel sur la plage de Tom Hanks. Eux, les autres, n'ont rien vu et lui dressent un procès au terme duquel ils foutent le feu à la jeune femme. Zemeckis fait de Jodie Foster une Jeanne D'Arc des temps modernes. La pucelle de la Nouvelle-Orléans. Sauf que la vraie Jeanne D'Arc, elle, était totalement pucelle, carrément vierge de tout rapport. Foster est seulement gouine. C'est là que Zemeckis a essayé de nous baiser.

En guise de conclusion à ce très long métrage, on voit Jodie Foster dans son fauteuil en osier qui lit "Huis-Clos" de Sartre, et sa fameuse phrase: "L'enfer c'est les autres". Et son cerveau saute, il explose en mille boulettes de sang. Chelou.

Moi je crois que ce film c'était juste un gros alibi pour Zemeckis histoire d'ajouter Jodie Foster à ses "contacts" Msn Live Messenger.


Contact de Robert Zemeckis avec Jodie Foster et Matthew McConaughey (1997)