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24 mai 2021

Falling

Qui veut la peau de Viggo Mortensen ? Personne, strictement personne ! Il fait partie de ces quelques acteurs intouchables, sans que l'on sache vraiment trop expliquer pourquoi. Quoique si... Avec son charme romantique et sa gueule de viking, option trou de balle au menton incluse, il doit autant plaire aux dames qu'aux hommes, qui ont trouvé en lui le parfait Aragorn. Sur tapis rouges comme en interviews, le beau vieux Viggo a la classe, c'est indéniable. Aussi, monsieur parle couramment le français, ce qui fait toujours gagner un nombre incalculable de points par chez nous. C'est qu'il est très cultivé, il maîtrise donc plusieurs langues et se plaît à manier la nôtre de sa voix rocailleuse lorsqu'il foule nos contrées de son pas discret. Des moments durant lesquels il fait toujours preuve d'une élégante courtoisie et se montre irréprochable, avouons-le. Bref, Viggo Mortensen a l'air d'être un véritable gentleman, c'est comme ça. 


 
 
On avait envie de croire au passage derrière la caméra de ce chic type que tout le monde apprécie, de cet artiste multi-facettes qui, lorsqu'il ne joue pas la comédie, s'adonne à la peinture, à la musique et même à la poésie. Mais... bon sang, qu'a voulu faire Viggo Mortensen ?! On se le demande presque constamment devant son pénible Falling, dont il est aussi l'auteur du scénario. Avait-il des comptes personnels à régler avec son daron ? Cherchait-t-il à dépeindre un portrait au vitriol de l'Amérique divisée d'aujourd'hui en confrontant deux représentants de ses extrêmes ? Son premier film, d'une lourdeur terrible, est particulièrement chaud à encaisser. Il nous raconte les déboires d'un cinquantenaire homosexuel (lui-même), contraint d'accueillir son vieux père atteint de démence (Lance Henriksen) dans sa maison de L.A., où il vit avec son compagnon et sa fille.



 
Tout oppose le père et le fils, leur cohabitation sera chaque jour une épreuve qui ravivera toutes les blessures passées et fera remonter à la surface les souvenirs d'une relation pourrie... Un vaste programme dont Mortensen ne veut pas nous faire louper une miette. Son histoire de famille pèse des tonnes et on a un mal fou à s'y intéresser. Nous aurions pu être heureux de retrouver Lance Henriksen dans un tel film, mais on aurait souhaité que son rôle soit plus nuancé, plus subtil. Car il incarne ici la pire raclure possible. Raciste, homophobe, misogyne, colérique et vulgaire, cet homme-là a toutes les qualités et, en plus, il perd la boule, ce qui le rend totalement ingérable au quotidien. Il est à l'exact opposé de son fils, ouvert d'esprit, progressiste, sensible et délicat, qui finira toutefois par ne plus pouvoir contenir sa colère lors d'une scène de crise qui se veut peut-être poignante mais échoue à nous sortir de notre torpeur.


 
 
On ne peut pas en vouloir à Henriksen et Mortensen acteurs, ils assurent ce job-là correctement, notamment le premier qui fait tout son possible dans la peau de ce personnage impossible. On peut davantage en vouloir à Mortensen réalisateur, dont la mise en scène est d'une platitude abyssale. Elle ne fait rien pour dynamiser son laborieux scénario, régulièrement lesté par des retours en arrière au moins aussi chiants que le temps présent du récit, où l'on découvre que le père Henriksen était une crevure dès le départ. Soit dit en passant, Henriksen jeune est incarné par un acteur qui ne lui ressemble vraiment pas : cela pourrait ne poser aucun problème mais ici, la différence est telle que l'on tique forcément (difficile aussi, il faut bien l'admettre, de partager la tronche si spéciale et familière de celui qui était jadis si crédible en androïde).



 
Un cameo inutile de David Cronenberg en toubib impassible ravira les fans. Quelques plans sur des feuilles d'arbre où percent les rayons du soleil et d'autres sur des brins d'herbe pris dans la rosée du matin semblent glissés là pour nous rappeler que Viggo Mortensen est aussi un poète. Mouais... Il ne faudrait pas non plus oublier qu'il était également la vedette de l'un des films indés les plus faux jetons de ces dernières années, le crapuleux Captain Fantastic. Bien calibrée, sous son vernis rebelle, cette saloperie n'avait cependant guère entamé la formidable côte de popularité de l'acteur, bien au contraire, puisque le film fut quasi unanimement salué. Son premier long en tant que réalisateur, plutôt bien accueilli aussi par des critiques définitivement sous le charme, atteste que ce type-là a bel et bien le mojo. Falling est pourtant une expérience longue et douloureuse, dont on ne retire pratiquement rien. Ça m'a fait... une sorte de fussoir !
 
 
Falling de Viggo Mortensen avec Lance Henriksen et Viggo Mortensen (2020)

22 janvier 2015

Dracula Untold

SALAMANCA (De notre envoyé spécial) -- Ayant raté la diffusion du film, trop vite retiré de l'affiche dans l'Hexagone et les DOM-TOM, je me suis déplacé à Salamanque, berceau du castillan, pour voir Drácula, la leyenda jamás contada, profitant d'un bon plan Eurolines, et contribuant ainsi (très modestement) à hauteur de 75€ au remboursement des frais engagés par Legendary Pictures. Après les films "à voir avec", cette énième digression autour de la légende transylvanienne, vue en VE (versión española), inaugure la catégorie des films "à voir dans une autre langue qu'on ne maitrise pas totalement". En conséquence, mon petit résumé pourrait s'avérer inexact, tant ma compréhension de la langue de Cervantès est encore limitée...


Avant de voir le film, j'ai fait la connaissance de Carolina, jolie hôtesse qui m'a vendu ce billet et ces pop-corns. Des Palomitas, tout ce que j'avais envie d'envoyer à la tronche du réalisateur pendant les 90 minutes du film, temps additionnel, 3 minutes minimum.

En gros c'est l'histoire de Drácula (Luke Evans, le frère de McGrégoire, un Viggo Mortensen payé au RSA), un prince roumain qui doit allégeance au sultan turc (Dominique Cooper, un cousin de Lee, un espèce de Robert Downey Jr. du pauvre). Ce dernier a besoin de renouveler ses troupes et lui demande 1000 gamins (niños), dont Drácula Junior (hijodepu), pour taper les manouches du coin. Notre héros déclarera "Avec des amis comme ça, pas la peine d'avoir d'ennemi !" (¡Joder, con amigos así, no necesitamos enemigo!), en espagnol dans le texte. Pour protéger son royaume et son fils, Drácula décide d'aller voir un vieux type, Charles Dance (le médecin malheureux d'Alien 3), qui lui fait boire son sang dans une caverne. Cette boisson peu rafraîchissante lui donne le pouvoir de 1/ zieuter en Technicolor comme le Predator, 2/ être très lié aux chauves-souris, au moins autant que le Batman, 3/ courir super vite comme le Flash, 4/ être très très fort. Par contre, après une soirée bien arrosée en sangria de ses victimes, il se rend compte qu'il devient vulnérable à la lumière (la luz). Cela le différencie de ses super-égos alter-héros, à l'exception de The Shadow et peut-être aussi du Bruce Wayne hamster de Nolan, dont on peut douter qu'il soit tout à fait à l'aise en plein jour.


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Drácula est ainsi devenu un pur loup-garou et fort de ses nouveaux pouvoirs, il s'en va récupérer son fils des mains du sultan au terme d'un duel joué à pile ou face, mais non sans avoir perdu sa femme, connement tombée d'une falaise (acantilado) en début de matinée. On retrouve finalement Drácula, ou Sylvain le Trans à notre époque, en Roumanie post-Ceaușescu, en réalité dans la banlieue de Cincinnati, où il réussit à séduire et à inviter une jeune femme, réincarnation de son ancienne épouse et par là même de l'adaptation de Coppola. Il est suivi de près par son maître vampire, Charles Dance (prisonnier malheureux d'Alien 3), qui clôt le long métrage en déclarant "El juego empieza", rendant ainsi hommage à la série Game of Thrones (dont il est l'un des héros malheureux) et ouvrant hélas la porte à une suite qu'on suppose aussi vilaine.


Charles Dance a ici plus de chance que dans Juego de Tronos, car il est encore vivant à la fin du film. Ou mort, car je n'ai toujours pas bien compris si les vampires sont des vivants, des morts, ou des morts-vivants.

Comme souvent ces derniers temps dans les films d'action, on regrette énormément que Drácula Untold se prenne tant au sérieux, et si on rigole parfois, c'est surtout par le ridicule de certains plans, notamment celui où Drácula empale un soldat turc devenu vampire et le maintient dans les airs au bout de sa lance. C'est très mal filmé (effets ralentis, accélérés, combats en gros plans donc on voit rien). Mais ça passe très vite (1h30, mais avec générique, donc en 1h20 c'est plié). N'espérez pas y voir un téton mais vous aurez de très beaux plans sur l'artère carotide de Sarah Gadon.


Artère carotide de Sarah Gardon. Alors qu'ils sont sur le point de faire l'amour après une victoire éclatante - de nuit - contre les Austro-Hongrois, Drácula a une soudaine envie de cou saignant. Perso, je demande toujours bien cuit.

Un conseil, si vous souhaitez voir un film sur le comte Dracula, préférez le Nosferatu de Werner Herzog... Quitte à se déplacer jusqu'à Baden-Baden et le voir dans une langue que vous pigez encore moins que l'espingouin...


Dracula Untold de Gary Shore avec Luke Evans, Dominic Cooper, Sarah Gadon et Charles Dance (2014)

6 janvier 2014

Prisoners

Ces dernières années, il fallait plutôt regarder du côté de la Corée du Sud pour dénicher des thrillers tendus, aux ambiances pesantes et malsaines, les Américains s'avérant bien incapables de rivaliser avec leurs concurrents asiatiques sur ce terrain-là. Ce manque évident explique peut-être en partie l'accueil dithyrambique réservé à Prisoners, largement présenté comme la plus grande réussite américaine en ce domaine depuis Seven, voire Le Silence des Agneaux. Zodiac et Mystic River sont les autres titres les plus souvent cités pour situer le film de Denis Villeneuve. Si cette filiation est plus ou moins justifiée et si Prisoners s'impose effectivement comme l'un des thrillers américains les plus efficaces sortis dernièrement, il ne s'agit pas pour autant d'une réussite entière et le film peut décevoir quand on attend un peu plus que 153 minutes de divertissement.




Alors il pleut beaucoup, certes, tout le temps même, comme dans Se7en. Emportés par leur malheur, les personnages agissent bêtement, guidés par leur ressentiment et leur amertume, comme dans Mystic River. On a bien du mal à dénicher le tueur, et on finit même par penser qu'on ne parviendra jamais à mettre la main dessus, comme dans Zodiac. Il y a une battue dans la forêt pour dénicher les gamines disparues, ce qui rappelle inévitablement La Règle du jeu. Et enfin, l'Amérique dépeinte par Denis Villeneuve semble surpeuplée de monstres, de détraqués, un peu comme dans Le Silence des Agneaux, dont la filiation est tout de même bien plus floue à nos yeux. On a d'ailleurs eu un mal de chien à en inventer une. Et on va arrêter là ce petit jeu des références parce que nous en avons nous-mêmes très très peu et ça commence à se pifer. Finalement la vraie bible de Denis Villeneuve c'est KidA, qui défile en intégralité dans Prisoners comme dans Incendies (film dont on a vu l'affiche !), son précédent film. Le réalisateur québécois ne jure en effet que par Radiohead, le groupe anglosaxon incontournable, celui qui réunit des gens aussi différents qu'Yvan Attal, David Fincher, Brad Pitt, Guillaume Canet, Alfonso Cuaron, Richard Linklater, Cédric Klapisch, Cameron Crowe et Smaïn. Au point qu'on se demande finalement si ces gens sont si différents... Quelle est la frontière entre Fincher et Smaïn ? Elle est maigre, ça c'est sûr, et Johnny Greenwood est assis dessus, avec une guibole osseuse qui pend de chaque côté. Pour la petite histoire, on aurait aperçu David Fincher, Smaïn, Ed Norton et Brad Pitt échanger quelques verres dans le carré VIP du dernier show privé de Radiohead à Milan (Italie). Aurons-nous droit à un biopic de Smaïn par le grand duc d'Hollywood, l'auteur de Fight Club ? La rumeur cavale depuis maintenant !




Puisque le paragraphe précédent sur les influences de Villeneuve est un semi-échec, concentrons-nous sur l’œuvre en tant que telle, pour dire d'emblée qu'en 2h33, on est en droit d'attendre des personnages plus étoffés, plus mémorables. Si les acteurs font tout leur possible pour leur donner de l'épaisseur, à commencer par un honnête Jake Gyllenhall, les personnages ont bien du mal à exister en dehors de leur fonction. Jake Gyllenhall est enquêteur, alors il enquête. Hugh Jackman est un papa brisé par la disparition de sa fille, alors il se met en colère et perd la raison. Ne parlons pas des mamans, Maria Bello est condamnée à rester au plummard en s'enfilant des cachetons. A propos de Maria Bello, saviez-vous qu'elle a récemment fait son caméo ? On pouvait deviner qu'elle était au moins des deux bords, bi-sexuée, en regardant attentivement les scènes trash dont regorge sa filmographie, à commencer par A History of Violence, dans la version longue recommandée par David Cronenberg, le cinéaste de la chair, des muqueuses et de tout ce qui chlingue. Qui a vu cette version uncensored, le devil's cut du film, n'a pas pu oublier ces scènes supplémentaires, ces bonus bonnards où Maria Bello, après s'être grimée en pom-pom girl de pacotille pour satisfaire les bas besoins de son macho de mari, plie ce dernier à ses propres désidératas en le déguisant en écolière et en le labourant dans les escaliers avec un ustensile qui a perdu son nom lors de ce tournage et qui n'en a pas retrouvé depuis. D'ailleurs, même pour les miséreux qui n'ont vu que le fameux 69, transformé en 96 dans la version x-rated, il suffisait de décoller le regard de ce putain d'artiste qu'est Aragorn pour mater le regard haineux, rêveur, ailleurs, de Mario Bella, pour le moins "not interested".




Comment revenir au film après ça ? Peut-être en disant que la fin retombe comme un soufflet. On aurait carrément préféré que le personnage tourne en rond encore longtemps, cherche le criminel toute sa vie, que le film dure, dure, dure, des heures, des jours, des semaines qui sait ? Mais qu'il ne s'arrête pas comme ça... Pas là-dessus. Le film semble chercher son souffle à la fin. C'est pas tous les jours qu'on mate un film qui ventile, qui cherche de l'air, qui tire des taffs dans le vide pour pas clamser sous nos yeux faute d'oxygène, tout bleu. On conseillera quand même peut-être ce film asphyxié à tous les jobastres qui se ruinent la vie devant les documentaires glauques de la TNT à base de criminels malades et de serial killers en folie, et qui ne zappent que pour atterrir sur les séries TV policières de TF1 ou de Canal+, Cold Case, Cold Squat, Portés disparus, l'instit, Les Experts, C'est pas Sorcier, Mentalist, Nip Tuck, True Blood, Médium, Lie to me, Profiler, 36 chiens des quais des orfèvres, La Planque, Narco, Trafico, La Garde-à-vue, Le Prisonnier, Crimes, Missions pas possibles, Affaires congelées, Dexter, JAG, La Crim', Central Nuit, Les Cordier Juges et keufs, Braquo, Esprits criminels, Body of bullet proof et consorts. Prisoners vous permettra de conjuguer votre passion pour le meurtre et ce grand écran que vous délaissez tant, même si c'est le genre de film dont on ressort en disant "Ouesh...", ou, pour les plus bavards : "Ouesh, ouesh, qu'est-ce qu'y se passe ?".


Prisoners de Denis Villeneuve avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal et Paul Dano (2013)

10 janvier 2013

The Pact

Dans la situation actuelle du cinéma d'horreur et la triste sensation de désœuvrement que connaît l'amateur en manque de frissons, un petit film totalement inattendu comme The Pact fait un bien fou. Mais que ce fut difficile de mettre la main dessus ! Bien entendu, un tel titre ne sort pas en salles, ne sera jamais diffusé à la télévision et ne vous sera jamais conseillé par vos revues de cinéma, à part peut-être les plus spécialisées, et encore... Pourtant remarqué à différents festivals, ce film réalisé par un dénommé Nicholas McCarthy est seulement sorti en VOD et dans un nombre extrêmement limité de salles aux États-Unis. Il faut que des fins limiers, des amateurs aux goûts sûrs, altruistes et bien intentionnés, décident d'en faire les sous-titres eux-mêmes et de partager le résultat sur la toile pour espérer dénicher le film, un jour où, désespérément en quête d'une bonne pelloche horrifique, on tenterait un pari a priori bien risqué. Internet, ses blogs et ses forums de cinéphiles exigeants, s'occupent ensuite de donner une nouvelle vie à ce genre de pépites obscures qui, sans ça, seraient totalement éclipsées par ces mastodontes hideux dont les affiches inondent les frontons des multiplexes et gâchent les murs de nos rues, comme Sinister, Resident Evil 5 ou Possédée, offerts sur un plateau et à grands renforts publicitaires aux spectateurs les moins aventureux. 




Il ne faut cependant pas faire confiance à des sites comme IMDb et aux votes massifs de ses utilisateurs pour éventuellement mettre en lumière un film comme celui-ci qui, étant donné ce que l'on a désormais l'habitude de proposer au public, très juvénile, de ce cinéma-là, surprendra, décevra et ne pourra vraiment plaire qu'à une minorité. Car le réalisateur de The Pact fait partie de ces rares têtes neuves, parmi lesquelles Ti West ou Ben Wheatley, qui ont compris que, pour être réussie et marquante, pour avoir une chance d'être un peu terrifiante, l'ambiance d'un film d'horreur est primordiale et doit être construite avec patience et minutie. Le non-dit, aussi, est essentiel, ces zones d'ombres, qui sont ici laissées à l'imagination du spectateur, pour alimenter sa peur, et non pour cacher un scénario brinquebalant : ça aussi, Nicholas McCarthy, également scénariste, l'a tout à fait compris. La peur s'installe dès les premières minutes de ce qui est son premier long-métrage. Une jeune femme seule, retournée dans la demeure de sa mère décédée, se dispute au téléphone avec sa sœur. Après avoir raccroché, elle lance une conversation vidéo sur son ordinateur portable avec sa petite fille. Pour mieux capter le signal wifi, elle se déplace, MacBook au bras, dans les pièces et les couloirs d'une maison qui nous apparaît de plus en plus glauque, jusqu'à ce que sa gamine lui demande, l'air de rien, "Maman, qui est la personne derrière toi ?". C'est très simple et même attendu, mais c'est fait de telle façon que cela fonctionne parfaitement : l'effet est garanti. Cette maison de banlieue très ordinaire aux papiers peints particulièrement austères sera le principal et quasi unique décor de cette histoire de fantôme fort bien menée, dont on prendra bien du plaisir à découvrir progressivement tous les secrets. La sœur (Caity Lotz, une actrice blonde au visage assez particulier, dont le charme agit à retardement), absente de la première scène, devient l'héroïne du film : nous la suivons mener son enquête sur les disparitions mystérieuses survenues dans la maison de sa défunte mère, avec la seule aide d'un flic à l'âme charitable, incarné par le revenant Casper Van Dien (l'éternel troufion de Starship Troopers, devenu un vrai bellâtre en vieillissant, avec ses longues mèches, sa barbe grisonnantes et son regard azuréen qui lui donnent des faux airs de Viggo Mortensen).




La simplicité ou, devrait-on dire, la limpidité du scénario apparaît elle aussi comme un véritable bol d'air frais à l'heure où la règle qui semble dominer le cinéma de genre pourrait se résumer par l'idiote formule "Plus c'est compliqué et tordu, mieux c'est". The Pact nous raconte une histoire bien glauque, certes, mais remplie de motifs simples que l'on peut décliner, déplacer, généraliser, comme sont faites ces histoires fantastiques conçues pour nourrir et faire bouillir notre imaginaire macabre. Nicholas McCarthy choisit les lieux les plus familiers pour y faire surgir l'horreur, filmant cette banale maison comme s'il s'agissait d'un vieux château gothique à la personnalité écrasante. Surtout, ce cinéaste d'origine inconnue a la très chic idée d'incorporer son histoire dans notre quotidien le plus actuel à travers un savant usage des NTIC (Nouvelles Technologies d'Information et de Communication), à l'image de la scène d'ouverture donc, où le téléphone portable, utilisé avec le haut-parleur, nous incite à imaginer la présence de l'interlocutrice, avant que la webcam s'avère révélatrice d'une menace inattendue, possiblement un fantôme quant à lui réellement invisible mais bel et bien présent. Pas dénué d'imagination et disposant de plus d'un tour dans son sac malgré un budget que l'on imagine rachitique, Nicholas McCarthy va même jusqu'à utiliser Google Map pour provoquer l'effroi en tirant partie des formes étranges que l'on peut parfois croiser sur ce site, au détour d'une rue ou d'un paysage, avec ces images instantanées, fondues les unes dans les autres, enchevêtrées, déformées, sans contour, où chaque pixel peut cacher une forme anormale, floue, inconnue, à condition d'être invité à la voir ainsi. Évidemment, les appareils photos numériques sont aussi utilisés pour capturer d'inquiétantes présences absentes, révéler des formes bizarres et nous faire frémir, The Pact rappelle alors le très efficace Shutter (littéralement "obturateur"), ce film de trouille thaïlandais de 2004, déjà l'objet d'un sordide remake hollywoodien, qui utilisait également cette idée et les autres possibilités offertes par les APN jusqu'à la corde, pour nous offrir quelques scènes véritablement terrifiantes.




Nicholas McCarthy parsème son film d'idées de mise en scène toutes simples mais diablement efficaces. Il ne tombe jamais dans la facilité et n'abuse pas, par exemple, de ces agaçants "jump scares", ces moments stridents hélas à la mode qui feraient sursauter n'importe qui n'importe quand, à l'exception d'un panoramique a priori fameux qui s'achève sur l'apparition inquiétante d'une silhouette à moitié dissimulée dans l'ombre, image malheureusement accompagnée d'un effet sonore très soudain, forcément terrorisant. Son récit mène le cinéaste vers des scènes à haut risque car déjà vues cent fois ailleurs (comme cette scène où une jeune medium s'aventure dans la maison hantée pour être réceptive aux signes paranormaux et finit par piquer une crise, puis ce moment où l'héroïne improvise une séance de spiritisme pour communiquer avec les esprits à l'aide d'un ouija), mais il s'en tire toujours avec les honneurs et parfois même à merveille, sans jamais faire de redite ni altérer l'identité propre de son œuvre. Il met d'abord en place un rythme assez lent, incertain, pour mieux préparer le terrain vers un final redoutable où le film prend alors une tournure assez inattendue, car plus rationnelle et terre-à-terre, mais qui permet cependant au scénario de se boucler proprement et à la tension de culminer vers des sommets très rarement atteints ces dernières années sur pellicule. Et ce n'est que lors de cette conclusion terrible que le cinéaste débutant se permet une citation très nette d'un classique de l'horreur, le Halloween de Carpenter, quand son héroïne sexy adopte la même posture que Jamie Lee Curtis, se servant d'un cintre aux mêmes fins, puis par ces ultimes plans fixes rythmés par le son d'une respiration de plus en plus forte. Il y a évidemment bien pire comme source d'inspiration et Nicholas McCarthy comble moins une lacune créative qu'il n'adresse là un très bel hommage à l’œuvre de John Carpenter, dont on sent par ailleurs qu'elle constitue une influence de taille. Par ailleurs, son attitude modeste, respectueuse du genre, consciente de ses influences et sachant s'affranchir de ses maigres moyens, n'est donc pas sans rappeler la démarche salutaire de Ti West, notamment sur le très réussi The House of the Devil autre film d'horreur américain « super-indépendant » sorti en DTV. The Pact déborde tellement de bonnes intentions et nous fait passer un moment de trouille d'une telle qualité qu'on lui pardonne aisément ses quelques petites maladresses, à l'image d'un plan final inutile et digne d'une piètre série b. Ces bémols seraient de toute façon largement insuffisants pour refroidir notre vif enthousiasme à l'égard de ce film d'horreur humble, intelligent et, surtout, réellement terrifiant, comme il est trop rare d'en voir actuellement, et qu'il me semble donc nécessaire de saluer. Inutile de préciser que nous suivrons de très près la suite de la carrière de ce cinéaste.


The Pact de Nicholas McCarthy avec Caity Lotz, Casper Van Dien, Agnes Bruckner, Mark Stegger et Haley Hudson (2012)

13 décembre 2012

Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi

Voici enfin l'épisode final de la trilogie, un épisode sans début mais avec une putain de fin, à la hauteur du mot "fin", une fin qui dure près de deux heures (dans la version longue, une heure et demi dans la version normale, car il faut rappeler que chaque opus de la trilogie possède une version longue qui rajoute trois quart d'heures à des films déjà longs de quatre fois une heure chacun). On peut donc comprendre la longueur de cette fin, qui n'est pas juste la fin du troisième film mais la fin des trois épisodes, soit la fin de près de 12 heures de supplice pour les non-fans de la saga, c'est-à-dire pour environ 99,999% des gens de cette planète. Durant ces deux heures de fin, on voit les hobbits et leurs potes se lécher les couilles à qui mieux mieux et au ralenti, dans la tradition des purs Joe d'Amato, le fameux réalisateur italien de pornos et inventeur du gangbang. On assiste tétanisé à deux heures montre en main d'embrassades, d’œillades complices et équivoques, de tripotage en règle, de sauts sur des lits, de bataille de polochons, de sourires narquois, de larmes aux yeux, de merde au cul, de Gandalf qui abuse de son autorité avec sa baguette magique, d'Aragorn qui lance sa langue sur Liv Tyler (l'actrice avouera avoir "pris son pied" tandis que l'acteur avouera avoir "pris son cul") au milieu d'une foule numérique qui assiste à leurs ébats non simulés sur le toit d'une tour ovale remplie à craquer et ne pouvant accepter un invité de plus sous peine de le voir se tenir dans le vide.




Cette fin, aussi imbuvable soit-elle, colle à merveille à l'ambiance qui se dégage des bonus du film, lesquels durent 50 heures en tout, 50 heures au bas mot d'entre-branlage, à l'issue desquelles chaque intervenant à le gland violacé ou littéralement décollé. Certains fans malades se sont envoyé ces journées entières de bonus d'une traite, acceptant avec le sourire cette chaîne sans fin d'anecdotes de tournage putrides. Quid d'Orlande Bloom qui raconte avec délice cette fameuse soirée où John Rhys-Davies, aka Gimli le nain (sachant que l'acteur est l'équivalent physique du colosse de Rhodes mais passons), avait piqué son costume d'elfe pour faire une blague potache à un Peter Jackson écroulé de rire en devinant la flèche de Gimli bandant l'arc de Legola. C'est aussi l'occasion de voir Sean Bean, littéralement Jean Haricot, raconter la tournure que prit son haricot magique en voyant Arwen enjamber son cheval avec un "prout" digne du pet bucal, ce fameux "pff", de Gandalf au moment de sa chute avec le Balrog dans un puits sans fond à la fin du premier film. On peut aussi s'extasier d'entendre Peter Jackson lui-même raconter comment il a perdu ses lunettes dans le Rohan. Ou écouter Cate Blanchett, qui tourne en tout et pour tout trois scènes sur la totalité des 12 heures du film mais qui s’enorgueillit d'être restée présente sur toute la durée du tournage pour tenir la perche, étant le seul individu de plus d'1m70 à des kilomètres à la ronde. Et enfin, qui ne lâchera pas sa larme en regardant Peter Jackson nous expliquer qu'il a demandé à ses acteurs de re-tourner les derniers plans d'enculage amical des centaines de fois pour que le tournage ne finisse jamais, ce qui nous a valu l'insatiable fin tournant en boucles du troisième film, conclusion que Peter Jackson aurait découpée en deux "chapitres" pour faire plus de blé si cette mode chère aux producteurs des Twilight et autres Harry Potter avait eu cours en 2003.




Ce qu'on se demande "à l'heure d'aujourd'hui", comme disent les trépanés, en revoyant cette abominable fin, c'est "que sont-ils devenus ?". Quid (on ne se lasse pas de cette formule) de Cate Blanchett qui depuis s'est contentée de se prendre un taxi en pleine poire dans L'Affreuse histoire de Benjamin Button et de jouer un transgenre russe dans l'odieux Indiana Jones 4, et pourtant c'est peut-être celle qui s'en tire le moins mal parmi ceux qui composent le casting de la trilogie (Mortensen mis à part, qui s'est taillé un nom en traçant La Route chez Cronenberg avec History of Violence, Les Promesses de l'ombre et Dangerous Method, et qui reste un putain d'artiste peintre). Orlando Bloom quant à lui, à défaut de se tailler une véritable place dans l'actorat hollywoodien, a su tailler quelques pipes et s'est ainsi retrouvé dans un nouveau rôle féminin au sein d'une autre saga d'enfer, Pirates des Caraïbes. Pour les autres, qu'il s'agisse d'Elijah Wood, de Sean Astin, de Sean Bean, de Dominique Monaghan, Hugo Weaving ou Billy Boyd, la suite de leur carrière s'apparente à un encéphalogramme plat. Les vieux ne s'en sortent pas beaucoup mieux (Ian McKellen, Ian Holm ou Christopher Lee), mais ils ont le tout petit avantage sur leurs camarades d'être vieux, précisément, et d'avoir fait une carrière avant le désastre. Peter Jackson de son côté n'est pas beaucoup mieux loti puisqu'après avoir réalisé des saloperies telles que King Kong ou Lovely Bones, il en est réduit, comme George Lucas en son temps, à tourner le prequel de son grand succès, comme un aveu d'échec. Mais peut-être qu'en renouant avec la trilogie il parviendra à accoucher d'un film au moins regardable, ce que ses derniers films ne sont pas.


Le Seigneur des anneaux : Le retour du roi de Peter Jackson toujours avec la même bande de bras cassés (2003)

9 décembre 2012

Le Seigneur des anneaux : La Communauté de l'anneau

A l'occasion de la sortie prochaine de Bilbo le Hobbit, on a décidé de vous faire un petit rappel des épisodes suivants, à commencer par le premier de la trilogie de l'anneau : La Communauté de l'anneau, aussi appelé "La confrérie de l'anneau", aka "Le Compagnonnage de l'anneau", aka "La bande de potes de l'anneau". Au départ c'est Lawrence Kasdan qui devait le réaliser, mais Laurent s'est cassé les dents sur ce projet puisqu'il n'avait tout simplement pas les droits. Les droits étaient détenus par le triste Harvey Weinstein, l'homme au blair pas possible, le connard au nez le plus creux de la Terre, qui a acheté les droits, misé 10 millions de dollars sur la pré-production et s'est retrouvé producteur de cette future gigantesque machine à blé. A la réalisation, Peter Jackson, un gros campagnard néo-zélandais hirsute sorti de nulle part qui s'amusait à faire exploser des moutons et à filmer ses petites expériences de détraqué, choisi par Weinstein après leur collaboration sur Forgotten Silver pour mettre en scène la plus grosse super-production des années 2000.


Froton Seigué !

Pour mémoire Le Seigneur des anneaux est à la base un livre écrit par un obscur linguiste anglais, et c'est l'ouvrage le plus acheté derrière La Bible de Guthenberg. L'ouvrage est écrit dans une langue ampoulée, dans un style quasiment illisible, mais il contient une histoire de dingue, ce que Peter Jackson a su détecter immédiatement, comme 50 milliards de lecteurs. Le film a plu aux fans du roman pour sa capacité à retranscrire fidèlement l'univers créé par Tolkien à une ou deux exceptions près. Par exemple le personnage de Tom Bombadil, qui a été à l'origine de ce qu'on appelle désormais "L'Affaire Tom Bombadil" dans le petit milieu des malades passionnés par le roman. Personnage préféré de tout bon amateur de Tolkien qui se respecte, Tom Bombadil habite au milieu de la forêt du Milieu avec une femme nommée Boucle d'Or et des animaux en guise d'enfants et il rencontre Jean-Michel Frodon et ses trois cousins homos, Pépin le bref, Mairie "Hôtel de ville" Port-de-bouc et Sam je suis Sam Gamegie dès le début du premier livre. On apprend alors qu'il est l'homme le plus puissant de la Terre du Milieu, qu'il pourrait réduire Sauron, le prince des ténèbres, en miettes d'un seul coup de cuillère à pot, étant insensible à l'anneau et doté de pouvoirs hallucinants dont il ne se sert jamais. Mais notre homme préfère passer à côté de l'aventure tel Johan Cruyff en 78 qui, après avoir qualifié tout seul son équipe pour la Coupe du Monde en Argentine, a décidé de ne pas jouer la compétition sous le prétexte qu'il n'aimait pas des masses ses coéquipiers, à ceci près que Bombadil ne qualifie même pas les nains du FC Comté pour la finale dans le Stade du Mordor et les laisse immédiatement se démerder pour aller plutôt baiser sa femme.


 Gang-Bang !

Petit rappel de l'histoire pour ceux qui vivaient sur Mars durant les XXème et XXIème siècles : dans le film qui sortira ces prochains jours vous verrez le valeureux Bilbo le Hobbit récupérer par mégarde une jolie bague qui le rend invisible et lui donne une gaule d'enfer s'il la met autour de sa bite. Longtemps après, dans La Communauté de l'anneau, Bilbo fête son 111ème anniversaire et décide de se barrer rendre visite aux Elfes (dont le chef s'appelle Rondelle) car c'est, dit-il, l'endroit le plus cool de la Terre, the place to be, un lieu carrelé du sol au plafond, nickel chrome, plein de médiathèques et de cascades de flotte, rempli d'hommes glabres et de femmes en pyjamas transparents, avec une musique ambiant éthérée en fond sonore et un arc-en-ciel à chaque coin de rue. Bilbo cède donc tous ses biens à son neveu adoptif, Frodon, et dans ses avoirs se trouve la belle bague. Ayant eu vent de ce legs généreux, Gandalf, encore appelé GangBang par la plupart des hobbits qui ont subi les assauts répétés de ce qu'il surnomme son "feu d'artifice magique", se donne pour mission de jeter un oeil sur Frodon, ou plutôt les deux, "autant que faire se peut" (traduction Francis Ledoux, n'oubliez pas de signer la pétition pour enfin bénéficier d'une traduction fidèle au texte original et dépourvue d'erreurs ignobles, consistant par exemple à traduire "Cheval" par "Girafe", "Roi" par "Prince" ou "Fils de Roi" par "Fils de pute"). Après une longue enquête, trente ans dans le roman, trois heures dans le film, Gandalf se rend compte que cette bague magique que possède Frodon est bel et bien DAS bague, celle du professeur Sauron, "one ring to rule them all", le maître-anneau forgé par le seigneur des ténèbres dans les flammes de la Montagne du Destin (clin d'oeil à une célèbre chanson de ABBA).


Rondelle !

Le maître-anneau a la particularité de ne faire qu'un avec Sauron, que Gandalf surnomme affectueusement Crouton, lequel aura tôt fait de mettre la main dessus. Ne sachant pas quoi faire, le vieux magicien envoie Frodon seul dans la nature avec un gros hobbit trépané qui éprouve des sentiments plus qu'amicaux pour notre héros et pour la nourriture. Sauron envoie quant à lui ses sbires les plus performants, neuf cavaliers noirs et aveugles, à la recherche de son précieux bijou. Ce n'est qu'une fois arrivés à la BU du dénommé Rondelle, à Rivendale, dans la maison des Elfes où Bilbo a chopé mille cancers à la fois et un AVC carabiné, la vieillesse l'ayant rattrapé depuis qu'il s'est délesté de l'anneau magique, que Frodon et ses nouveaux amis fondent la communauté du titre. Parmi ses nouveaux amis, il y aura Legola, surnommé "La blonde" par ses potes de la communauté, Gimli le rastaquouère, le chevalier Bar-à-mine, ainsi nommé du fait de la qualité perforatrice de son sexe, et enfin Aragorn, surnommé "grandes pattes", ou "rouflaquettes", le boloss de la bande avec ses cheveux poivre et sel, son mulet sur la nuque et sa barbe de trois jours de chaque jour pour le côté étudiant du Mirail en paréo affublé de sa sacoche kaki sur laquelle il a voulu dessiné le logo "Peace and Love" transformé en celui de la firme "Mercedes" à un petit trait près, sacoche remplie de paninis achetés 3 centimes "chez Papy", ceux-là même qui font loucher les autres hobbits.


Sur votre gauche Pépin le bref, sur votre droite Mairie "Hôtel de ville" Port-de-bouc.

Mais ce film-là on le connait tous par coeur. Alors revenons plutôt sur ces scènes qui nous ont tous tapé sur le système. Quid de Legola, l'as du moonwalk, qui a la particularité de ne pas s'enfoncer dans la neige et dont on se demande par conséquent comment il peut s'enfoncer dans ses chaussettes puis dans ses souliers. Quid de Gandalf, magicien de folie, capable de transformer un papillon en aigle royal, qui se retrouve dans une merde noire dès que Saroumane l'enferme sur le toit de sa tour. Le même Glandalf, plus loin dans le film, a réussi à foutre dans la merde un démon de feu et décide de se laisser entraîner dans le vide en lâchant un petit "pfff" affreux sur la dernière syllabe de son ultime réplique ("Fuyez, bande de oufs !") pour dégager ses cheveux gras de sa vue (ce détail-là a eu notre peau). Quid aussi de ce subterfuge des anciens amis nabots de Bilbo qui ont créé une porte magique pour entrer dans leur mine de La Moria, réclamant un mot de passe pour s'ouvrir, qui n'est autre autre que le mot "mer-deux", prononcé d'une voix rauque par Gandalf. Dans la même scène, voyant un truc remuer dans un marécage affreux, un hobbit jette une bouteille de Coca vide dans l'eau pour s'entendre dire "Mais qu'est-ce tu fais, mais qu'est-ce tu fais ??" par un Gandalf à bout. Il y a aussi toutes ces scènes où les hobbits préviennent leur vieux prof de philo qu'un truc bizarre les suit, qui n'est autre que Gollum, et le vieillard de répondre à chaque fois : "Laisse pisser, quand t'auras vu les 6 heures de film tu seras bien content qu'il nous ait suivis depuis le début". Gandalf est décidément au coeur des pires scènes puisque c'est aussi lui qui, au moment où la communauté longe une montagne sous la neige et sur un parapet large comme deux doigts, s'écrie en voyant un éclair dans le ciel : " C'est Saroumane ma parole !" d'une voix si haut perchée qu'elle déclenche une avalanche sur ses petits camarades.


Sam JesuisSam qui scanne l'arrière train de Froton avec une insistance qui n'est pas dans le script et qui fera dire à Elijah Wood (a.k.a. Froton) : "Mon sphincter est comme la gare de l'Est en 40".

Pas mal de fans ont été déçus par la fin du film, jugée un peu hâtive. Certains spectateurs se demandaient s'il y aurait une suite. D'autres ont rêvé d'un spin-off opposant Gandalf à Harry Potter en espérant voir le vieux barbu foutre la race à l'enfant à lunettes en difficulté scolaire. Le succès phénoménal du film, conjugué à celui de la série adaptée des mille livres pour enfants de J.K. Rowling, provoqua le grand retour des sagas interminables d'héroïc fantasy à l'écran, avec Les Chroniques de Narnia, le Golden Compass et j'en passe. Pour la grande majorité des fans, le meilleur épisode de la trilogie de l'anneau reste le premier, pour nous, il est encore à faire.


Le Seigneur des anneaux : La Communauté de l'anneau de Peter Jackson avec Elijah Wood, Sean Bean, Viggo Mortensen, Liv Tyler, Sean Astin, Ian McKellen, Orlando Bloom, Christopher Lee, Andy Serkis, Ian Holm (2001)

2 janvier 2012

A Dangerous Method

Dernier film de cette année que nous aurons vu au cinéma sans doute, Nônon Cocouan et moi-même nous sommes lancés vers le nouveau long métrage de Cronenberg, pour lequel nous avions une curiosité commune...

L'année finit sur une déception. le dernier film de David Cronenberg présentait pourtant quelques éléments alléchants : un duo d'acteurs mâles intéressant et surtout un sujet en or, la relation conflictuelle entre Jung et Freud, et celle, "dangereuse", unissant Jung à une de ses patientes. Sujet d'autant plus prometteur que traité par un cinéaste de la chair. Cronenberg allait-il mêler ses obsessions matérielles et charnelles à des concepts psychanalytiques ? C'était toute la question. Inutile de tourner autour du pot : il ne fait rien de tout cela.



Le duo d'acteurs d'abord : même s'ils proposent quelque chose de correct et si Viggo Mortensen lâche le registre du héros taciturne et violent que lui avait jusqu'ici octroyé Cronenberg, on est déçu par la platitude des interactions entre les deux grands personnages. Interprété par un Michael Fassbender tout en moustaches, Carl Jung, bien qu'opposant résistance à Freud, apparaît comme un disciple un peu falot et hébété. Quant à Freud, c'est une caricature du célèbre psychanalyste, le cigare toujours vissé au bec, les sourcils broussailleux, la voix grave et l'air du parrain à qui on ne la fait pas. Pourtant Dieu sait qu'entre l'aura et la densité des caractères originaux et la potentielle présence des deux comédiens, il y avait de quoi remplir les plans d'une tension électrique palpable lors de chaque rencontre et de chaque conflit. Concernant Keira Knigthley, elle nous fait un festival de ganaches insupportable et assez hallucinant. Il faut la voir dans la première scène, où elle incarne certes une malade mentale, mais où elle distord son visage au-delà de l'imaginable, allongeant son menton déjà complètement pas normal et tendant ses dents du bas un mètre en avant, faisant passer la reine alien du film de James Cameron pour Miss Monde. L'actrice, ici plus maigre que jamais (si, c'est possible) et plus zarb que toute autre, confine de plus en plus au freak de cirque sans pareil. Quant à son (sur)jeu, passons...



L'intrigue se résume à une évocation vulgarisée des principaux concepts psychanalytiques et des points d'achoppement entre Jung et Freud, dont les théories sont balayées en surface par les dialogues mais ne participent d'aucun enjeu ni narratif, ni figuratif, ni cinématographique. Cronenberg se contente de nous titiller avec trois scènes récitées d'interprétations de rêves où les deux chantres de la psychanalyse se livrent à des analyses de comptoir. Il se permet aussi de jouer vite fait bien fait avec des symboles vieux comme Freud et sans impact aucun qui réduisent la profondeur des sujets abordés par les protagonistes à du menu fretin : quand les deux adversaires, anciens maître et disciple, évoquent le fait de tuer le père, Jung lance quelques pointes à Freud qui aussitôt défaille et fait une attaque... Dans une des nombreuses séquences où Jung donne la fessée à sa maîtresse pour la faire jouir, scènes éminemment physiques où on attendait Cronenberg au tournant, le cinéaste se contente de filmer la patiente, apprentie psychanalyste qui prône la destruction du Moi dans la quête du plaisir sexuel, se regardant dans le miroir... Sans parler des très nombreuses scènes sans intérêt qui rallongent ce film déjà bavard, qu'il s'agisse des lectures en voix off des lettres que s'écrivent les personnages ou des nombreuses promenades en bateau, entrecoupées des rares transes psychotiques de Knightley, sans relief ou simplement agaçantes à cause de la tronche impossible de l'actrice.



Si la relation entre Jung et Freud est platement racontée, il en est de même pour celle qui unit Jung à sa patiente, Sabina Spilrein, et qui donne son titre au film. Pourtant, là encore, c'était l'occasion d'embrayer sur les enjeux mêmes du traitement psychanalytique, notamment avec la question de la relation médecin-patient et du transfert, mais la théorie est à peine survolée et ne prend pas corps dans l'histoire. On se retrouve avec une espèce de romance dont l'enjeu principal se résume au cas de conscience du mari qui trompe sa femme avec une autre. Le sujet de la déontologie est à peine abordé, les méthodes de la psychanalyse sont vaguement questionnées voire vite évacuées, comme quand, après seulement deux minutes et trois déboîtements de façade, la patiente Spilrein déballe les moindres détails inavouables de sa névrose, bref, tout en reste à un niveau très superficiel. Pour peu qu'on s'intéresse tant soit peu à la psychanalyse le film se regarde parce qu'on est dans l'attente qu'il nous en dise un peu plus et qu'il se charge en intensité au fur et à mesure de sa progression, mais rien ne prend et on s'endort en regrettant que Cronenberg n'ait pas pris son sujet à bras-le-corps, quitte à faire un film plus compliqué et au risque de réaliser une œuvre difficile en traitant profondément et sérieusement ses questions. A l'image, on a quelque chose de propret mais on ne peut que se rendre à l'évidence : le cinéaste n'a jamais su travailler la chair de son film, il n'y a rien là-dedans, l'histoire se suit sans irriter mais dans une triste indifférence.


A Dangerous Method de David Cronenberg avec Viggo Mortensen, Michael Fassbender et Keira Knightley (2011)

30 mars 2010

The Road

On l'attendait depuis si longtemps, depuis toujours en fait. Je ne me souviens pas d'un moment de ma vie où je ne l'ai pas attendu. Et plus le temps passait, plus je l'attendais, et plus je désespérais de le voir un jour. Ce film, c'était un rêve de gosse pour moi. Une utopie. Je me disais prêt à embrasser les pieds de celui qui daignerait le réaliser. Et enfin ça y est, nous y voilà, il y a quelques semaines j'entends dire que quelqu'un l'a fait, que quelqu'un l'a finalement réalisé, il existerait... Le biopic filmé officiel de The Toad, le champignon de Mario Kart. Eh bien non. Détrompez-moi, détrompez-vous. Il n'en est rien. À une lettre près, c'est un tout autre film que nous avons sous les yeux. Faut dire que c'est un collègue à moi qui avait mal lu l'annonce avant de me prévenir de la surprenante sortie au cinéma d'une adaptation ciné de la vie de l'étonnant champignon de Paris roi des circuits. Un triste collègue qui se fait surnommer "Papa", comme Ernest Hemingway, et Dieu sait qu'il faut se méfier des hommes qui se font surnommer "Papa".



À quand ? À quand le film premier et définitif sur Toad (prononcez "To-had"), le noble personnage du plus mémorable jeu de kart indémodable au monde ? On a eu droit aux tristes biopics de Mario et Luigi, plombiers Siciliens à moustaches et sans saveur. Notamment dans pléiade de films pornos dits "classiques" de la période faste de Marc Dorcel, le producteur trash surnommé "Médusa" du fait de ses mille yeux et de son chibre supposé ressembler à un serpent de mer, le magna du porno franchouillard que ces deux nains vivant chaque jour la queue dans la main, anti-héros idéaux, fascineront et hanteront jusque dans sa tombe. Tombe dont il soulèvera peut-être le couvercle avec son nœud, comme le célèbre Bali Balo. On a aussi subi la biographie filmée de l'odieux Yoshi, le dernier dinosaure, certainement passé "au travers" de l'extinction de sa race par les grâces d'une petitesse notoire et d'une ressemblance troublante avec Orson Welles. Mais rien sur Toad, l'amant illégitime de la Princesse Daisy, le protagoniste le plus sombre et le plus torturé de Mario Kart à égalité, à la limite, avec Koopas Troopas. Rien, rien, rien sur Toad, le champion des champignons, le plus vermoulu des myco-nimbus frais émoulus, le cèpe humain, le gland du volant, mycosique comme pas deux. Je n'ai appris la supercherie qu'une fois devant le film, que je brûlais d'impatience de découvrir au point de tout de suite le télécharger en dvd.rip quelques semaines après sa sortie en BlueDiscRay.



Quelle ne fut pas ma déception en découvrant l'ouverture insipide du film de John Hillcoat, accablé devant mon poste de télé où je m'étais préparé à voir le chef-d'œuvre de l'année, entouré d'une entrée, d'un plat et d'un dessert unanimement concoctés à base de chanterelles, avec l'idée derrière la tête de fumer les champignons qui fleurissent entre mes doigts et dans la raie de mon énorme cul. Au final je n'ai pas touché aux superbes mets que je m'étais préparés mais j'ai tout de même humé mes propres corps étrangers, minutieusement râpés au préalable, pour supporter l'un des films les plus déprimants de l'année qui a cru m'apprendre qu'un cataclysme plane au-dessus de nos têtes et que dans l'apocalypse l'homme serait un loup pour l'homme, et auquel j'ai répondu par une pluie de pets-de-nonnes farcis et extraordinairement fumeux. Avec tout de même une pointe de regret à l'égard de l'acteur Viggo Mortensen, qui n'a jamais aussi bien porté son nom : Viggo Mort-en-scène. Admirez le jeu de mot. On a de la peine et presque du respect pour lui, pour une seule raison: c'est le seul comédien qui a accepté de paumer 10 kilos et de s'émacier sa propre tronche d'ange avec un marteau et un burin pour un triste rôle sans en sortir avec l'Oscar du meilleur acteur sur sa cheminée. Il m'a fait d'autant plus de chagrin qu'il m'a rappelé mon propre frère, Joséba, qui a récemment subi le même traitement morbide pour ressembler aujourd'hui à un cadavéreux, mais lui c'est juste parce qu'en ce moment ça va pas.
 
 
Quoiqu'il en soit et pour en revenir à La Route (véritable chemin de traverse, ou bourbier, me concernant), la mise en scène du film s'est avérée aussi plate que mon esprit s'est révélé créatif et putride, enfumé par les champignons hallucinogènes que j'ai dénichés entre mes orteils des pieds. En revanche j'ai largement pu m'identifier à un personnage principal au moins aussi con que moi et parce qu'en dépit d'une aprèm passée au macdo du coin j'avais presque plus les crocs que le héros et son idiot de fils réunis. En définitive le seul effet que le film aura eu sur moi aura été de me filer l'envie de faire des croques-en-pattes à ma femme dès qu'elle est rentrée d'une soirée pyjus passée toute seule enfermée par mes soins dans notre chambre à coucher, pourtant je suis un gentleman, sage comme une image, doux comme un charme, un vrai clebs de garde, mais j'étais légèrement à fleur de peau après avoir subi l'influence d'un film qui érige la mère de famille en chienne urbaine et après la déception terrible de n'avoir pas encore vu le long métrage de mes rêves, le spin-off tant attendu de Mario Kart qui fera la part belle à Toad le champ'.


The Road de John Hillcoat avec Viggo Mortensen et Robert Duvall (2009)

11 février 2008

Les Promesses de l'ombre

Ce film me pousserait presque à mépriser David Cronenberg. J'avais détesté A History Of Violence mais je me formalisais pas. Je haïssais le film, je me foutais du type. Avec ce nouvel opus ça évolue. Mon mépris est grandissant. Ce film est une chiure, il est nul et irritant. Sa façon de filmer les gorges tranchées, les doigts coupés, les yeux percés et de s'éterniser sur ces choses assez joliment faites... La salle presque entière se fendait la poire quand Mortensen enfonce une lame dans l’œil d'un Tchétchenne dans les bains publics. Quelle scène... Watts pourrait être remplacée par n'importe quelle autre actrice, Mortensen est tragique malgré lui, y'a que Vincent Cassel qui s'en sort tant bien que mal. Sans parler des acteurs le film est naze à n'en plus pouvoir. Et son espèce d'intrigue, genre "ah mais en fait il est flic". J'ai entendu 20 personnes parler de ça en sortant de la salle : "Moi j'avais deviné au tout début fatche !", "moi ça m'a trop surprise..." Assez... Ce film est une pauvre histoire chiante signée de quelques scènes de violence pour qu'on reconnaisse la griffe, le moignon de Cronenberg : c'est bien de lui, il a fait des films d'horreur avant et y'a des restes... Cronenberg est devenu un gros nul.




Cependant j'ai bien aimé la jupe à ras du boulard de Naomi Watts au début. Ce tight jeans de merde.


Les Promesses de l'ombre de David Cronenberg avec Vincent Cassel et Naomi Watts (2007)

A History of Violence

Trois ans après Spider David Cronenberg récidive. Ralph Fienes n'est plus de la partie. Viggo Mortensen, auréolé du succès des Seigneur des Anneaux 1, 2 et 3, accepte le rôle de Tom Stall, personnage à double facette, afin de se donner une crédibilité en tant que comédien. Dans ce film-ci il ne se contente plus de trimballer une grosse épée, désormais il a un gros calibre et il s'en sert. Pour interpréter le rôle de Jack Stall (le fils de Tom), Cronenberg engage Ashton Holmes, c'est assez audacieux quand on sait que le personnage est tout au plus âgé de 17 ans et qu'Ashton Holmes soufflait sa 28ème bougie sur le tournage du film. Les maquilleurs auront bien essayé de dissimuler son énorme glotte, rien n'y fait, on n'est pas dupes. Deux acteurs relèvent un peu le niveau : William Hurt et Ed Harris. Deux interprètes de talent qui, eux, ont lu le scénario et en ont bien compris l'aspect comique.



David Cronenberg installe la tension dès l'introduction pour accrocher l'attention de son spectateur. Un plan-séquence démonstratif ouvre le film sur deux tueurs qui se regardent tuer tandis que Cronenberg se regarde filmer. Les deux assassins sont dans la routine, ils font leur boulot lentement, mécaniquement, et la caméra les suit sur la même ligne. Cronenberg dresse ensuite le portrait de la famille idéale Nord-Américaine. Quand la petite dernière se réveille en sueur après un cauchemar, c'est toute la sainte famille qui se plie en quatre pour la réconforter en souriant. Au petit-déjeuner, c'est la grande entente et la bonne humeur autour de quatre gamelles bien tassées de Quaker Oats. Edie Stall accompagne Tom Stall au travail où il rejoint ses employés modèles dans un bar impeccable. Le jeune et sympathique Jack Stall fait gagner son équipe au base-ball avant de s'incliner face au gros dur du lycée, car il est gentil. Et le soir venu, les enfants n'étant pas là, Madame Stall se déguise en pom-pom girl pour offrir à son mari sa millième première fois d'adolescent, un festival son et lumière de sexe brut. La libido du couple bat son plein tandis que les deux amants entament leurs ébats par un 69 d'outre-tombe. Cronenberg semble là vouloir alimenter sa réputation de metteur en scène sulfureux, en d'autres termes il cherche à signer ce film en montrant ce qui d'ordinaire n'est même pas suggéré dans le ciné grand public ricain, et qui pourtant est si banal.



Avec ces deux séquences, Cronenberg établit une sorte de dichotomie entre deux mondes diamétralement opposés. Il y a deux catégories de gens, les tueurs laids et méchants absolument dépourvus d'humanité qui abattent une petite fille innocente, "inutile", de sang froid, et la bonne famille idéale pleine de bons sentiments et de gaieté à revendre. Pour passer d'un monde à l'autre, Cronenberg s'inspire d'un raccord d'Il était une fois dans l'ouest, et passe du coup de feu plein cadre sur une gamine inconnue au cri strident de la fille Stall qui s'éveille d'un cauchemar, comme Leone passait du coup de revolver d'Henry Fonda au sifflet aigu d'une locomotive au début de son chef-d’œuvre. La menace plane sur le monde apparemment calme et sans faille de Tom Stall... Après les présentations consécutives de ces deux sphères hermétiques et contraires, on admire le fils Stall qui, du haut de ses dix ans d'avance sur ses camarades et de retard sur la vie professionnelle, s'emballe facilement la fille la plus laide de son établissement scolaire sur un trottoir quand, soudain, le gros dur qui lui cherchait des noises au début du film arrive au volant de sa voiture et s'apprête à lui tomber dessus. C'était sans compter sur le gros 4x4 des deux tueurs de l'introduction qui vient bloquer sa route. D'un simple regard les deux tueurs font oublier les mauvaises intentions du petit caïd à l'égard du fils Stall. Les gros poissons mangent les petits, c'est la chaîne alimentaire, plus le bolide est gros plus son conducteur est dangereux. C'est brillant. Aussitôt après, les deux tueurs s'arrêtent dans le bar de Tom Stall. Le gros dur du lycée a joué l'intermédiaire, le passeur, le pont entre le monde des méchants et celui des honnêtes gens.



Les deux tueurs braquent alors le bar de Tom Stall, qu'ils prennent pour un dénommé Joey Cusack, mais notre papa poule et barman idéal les désarme et les tue avec une facilité déconcertante. Le personnage principal du film devient alors à proprement parler son "héros". Mais ce n'est que le début de ses déboires. Suite à cet acte de bravoure, Stall devient une héros national en même temps que la proie des médias, et c'est ainsi que ses vieux démons reviennent le hanter en la personne de Carl Fogarty (Ed Harris au top dans un rôle de borgne). La scène où Fogarty rend visite à Tom Stall dans son bar va plonger l'entourage du héros (contrairement au spectateur) dans une longue période de doute quant à sa réelle identité. Cronenberg perd son temps et aiguille laborieusement le spectateur vers la solution que nous avons tous devinée de longue date : Tom Stall EST Joey Cusack. Aucun spectateur ne doutait plus de la réponse depuis l'entrée d'Ed Harris dans le bar, aidés en prime par le jeu d'acteur tout en finesse de Mortensen... A noter, peu après, une scène ô combien pénible où Viggo court en traînant la patte derrière la voiture de Fogarty dont il croit qu'elle se dirige vers la maison familiale. Il aura alerté sa femme pour rien, Fogarty voulait seulement l'effrayer. Le plus ennuyeux n'est pas le faux suspense installé par Cronenberg mais la façon peu crédible et agaçante qu'a Tom Stall de se justifier de cette alerte auprès des siens. Cronenberg répète ses scènes et ses effets dans le magasin de chaussures où Edie Stall (Maria Bello) croira avoir perdu sa fille et la retrouve près d'un Fogarty apparemment amical. Scène sauvée de peu par un Ed Harris de haute volée qui conclut la scène par un inoubliable et mélodieux : "Mrs Stall, don't forget your shOOooes". Le film prend alors des allures comiques déjà entretenues, peu ou prou intentionnellement, par le caractère risible de certaines scènes (dont celles consacrées au rapport père-fils qui sont d'une simplicité et d'un cliché aberrants) et de certains personnages (les deux tueurs du début).



Le point de vue apparemment manichéen de Cronenberg pourrait sembler renversé par le personnage de Tom Stall qui semble tant bien que mal faire le lien entre les deux catégories de personnes présentées au début du film, lui qui réunit le papa modèle et le tueur sans scrupule. Quand Edie Stall découvre la vérité sur le sombre passé de son époux, elle vomit littéralement ses mensonges mais ne condamne pas le tueur qu'il a été, allant jusuqu'à l'innocenter auprès du shérif : c'est alors que survient le second rapport sexuel du couple. À ce moment précis de l'histoire du couple Stall, on ne peut plus décemment parler de "faire l'amour". Edie frappe Tom au visage, lequel riposte fermement, se transformant aussitôt en Joey Cusack, qui semble exciter Edie suffisamment tandis que la tendresse du premier rapport est remplacée par la brutalité d'une levrette à même l'escalier en bois d'ébène de la baraque.



Tom Stall n'est pourtant pas vraiment Joey Cusack, dont il devra se laver à la fin du film dans une scène pseudo christico-mystique avant de retrouver sa famille. De facto, le manichéisme échafaudé au début du film et que l'on croyait dissout par ce personnage complexe se voit renforcé par sa dualité même puisqu'il y a deux personnages en un que tout oppose, qui ne peuvent cohabiter. Tom Stall tue son frère, son alter ego maléfique, et redevient cool.



Cronenberg prétend vouloir filmer la violence dans son plus simple appareil, le plus banalement qui soit. Or s'il parvient à restituer la rapidité de tout affrontement et son aspect définitif, il se veut très maniéré et franchement esthétisant. Après chaque combat il nous gratifie en prime d'un gros plan agressif, hyperréaliste et inutile sur les visages défoncés des victimes de Stall. Là encore, par ces effets gratuits, Cronenberg semble vouloir renouer avec ses antécédents de réalisateur de séries B et poser sa marque sur un film pourtant destiné au plus large public possible. N'est-ce pas là une façon pour Cronenberg, à l'image de son personnage principal, d'être rattrapé par un passé qu'il s'efforce de noyer au profit d'un statut plus enviable d'auteur qui ratisse large ?


A history of violence de David Cronenberg avec Viggo Mortensen, Maria Bello et Ed Harris (2005)