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14 mai 2022

Bull

C'est par respect pour la chronologie des médias que je vous parle seulement aujourd'hui de ce film que j'ai découvert bien avant vous. Non distribué dans nos salles mais projeté lors de quelques festivals plus ou moins confidentiels consacrés au cinéma de genre, Bull est désormais visible en VOD. Une destinée hélas prévisible pour ce revenge flick british hyper violent qui a la modeste prétention de nous faire passer 88 petites minutes de haute intensité en très très mauvaise compagnie. Le pitch pourrait être le fruit de l'imagination débridée d'un ado d'une dizaine d'années amateur de légendes urbaines et d'anecdotes sordides, et c'est aussi ce qui fait tout son charme. Bull nous raconte une histoire de vengeance d'une terrible simplicité que seul le montage malin et non linéaire du récit rend surprenante et intéressante. Impitoyable homme de main d'une petite bande de gangsters de la campagne anglaise dirigée par son beau-père, le (très à propos) surnommé Bull revient au bercail après dix ans d'absence, bien décidé à en découdre avec ceux qui l'ont éloigné de force du seul être qui suscitait chez lui un peu de douceur et d'humanité, son fils. Dans les faits, cela se traduit par l'élimination méthodique et sanglante, perpétrée à l'aide de scotch américain et d'une machette bien aiguisée, de toutes les personnes que Bull estime impliquées dans cette séparation forcée, à commencer par celui dont il était jadis le gendre pas si idéal que ça... 




Paul Andrew Williams a donc l'heureuse idée de développer deux trames temporelles que son montage malin et sans affèterie agence de la façon la plus simple qui soit : le présent de la froide vengeance du personnage principal, animé par une rage implacable, nous est ainsi progressivement éclairé par des scènes de son passé. Passé comme présent se jouent sur un temps très resserré, une paire de jours tout au plus, ce qui participe grandement à l'agréable concision du film et à la clarté de son intrigue qui convoque une galerie d'énergumènes fort peu recommandables (le vieux chef de meute, campé par David Hayman, sortant du lot grâce à la répugnance feutrée que l'acteur écossais parvient à susciter avec ses petits yeux vicieux sous son petit crâne ridé et tâché). Pour couronner le tout, et je vous invite ici à ne plus me lire si vous avez la moindre chance de regarder ce film un jour, Bull s'achève par un twist assez osé et dingue puisqu'il nous fait d'un coup basculer sans ambages dans le surnaturel, ni plus ni moins. Cette pirouette finale nous conforte dans la charmante impression que ce thriller quasi horrifique, à l'humour noir discret mais salvateur, aurait pu être la concrétisation en images de quelques sombres fantasmes d'un jeune et enthousiaste esprit avide d'histoires glauques. Ce twist diabolique renforce aussi ce sentiment fugace : celui de voir en ce protagoniste craint de tous, friand d'arme blanche, à la gestuelle et aux expressions plutôt minimalistes, à la démarche résolue et toujours égale, laissant désolation et cadavres saignants dans son sillage, un lointain cousin anglais de l'impassible et immortel Michael Myers. Une parenté d'autant plus inattendue et presque amusante quand on sait que notre personnage éponyme est puissamment incarné par Neil Maskell (déjà vu et apprécié dans Kill List, du regretté Ben Wheatley – paix à son âme), tout en rage mal retenue et éclats de folie et d'ultra violence coupante. Or, le sympathique Neil Maskell est un sosie bedonnant de Will Forte, cet acteur comique américain que l'on imagine difficilement faire du mal à une mouche... Autant de rapprochements plaisants, à l'image de cet ultime retournement audacieux, qui font de Bull un film de genre concocté avec malice qui remplit dignement son office.


Bull de Paul Andrew Williams avec Neil Maskell, David Hayman et Lois Brabin-Platt (2021)

23 avril 2021

The Empty Man

David Prior a commencé sa carrière à Hollywood du mauvais pied. Attiré depuis son plus jeune âge par le domaine de l'imaginaire et de l'étrange, lecteur précoce de Lovecraft et fan invétéré de la saga Alien, David Prior a connu sa première expérience sur un plateau de cinéma en 1997, devant la caméra hésitante de Jean-Pierre Jeunet. C'est en effet nul autre que David Prior qui, sous une impressionnante couche de maquillage et de latex, incarnait le monstre mi-alien mi-humain qui faisait un gros câlin à Sigourney Weaver dans la scène la plus embarrassante du film de Jeunet (avant de se faire sanibroyer et aspirer vers le vide intersidéral). De David Prior, nous ne devinions en réalité que les yeux, deux billes de jais pathétiques qui, dans leur reflet humide, exprimaient la plus profonde des tristesses et un mal-être terriblement communicatif. Le regard de David Prior, personne ne l'a oublié, bien que tout le monde se soit efforcé de l'effacer de sa mémoire de cinéphage. Ses yeux caves, emplis de désespoir, offraient une image saisissante rendue possible par une détresse bien réelle, non feinte, chez celui à qui on avait annoncé qu'il allait incarner le fils de Ripley. Prior, certes un peu naïf, avait endossé ce "rôle" de façon bénévole, s'imaginant qu'il était voué à reprendre le flambeau du personnage iconique inventé par Dan O'Bannon et Ronald Shusett dans d'éventuelles suites. Durant ses quelques jours de participation à Alien la Résurrection, il s'est donc montré particulièrement serviable en coulisse, un amour d'homme, se donnant à fond, croyant vivre un rêve éveillé. En réalité, personne d'autre n'avait accepté de passer une semaine gratis dans la loge exiguë et surchauffée de maquilleurs rustres et peu appliqués pour les besoins de l'une des pires scènes de l'histoire du cinéma. Tuyauté par un vieil ami surnommé le Tank, qui s'est également avéré être l'amant de sa femme, David Prior avait quant à lui accepté du tac o tac, emporté par son enthousiasme débordant pour la saga et sans lire une seule ligne d'un scénario de malheur dont aucune copie ne lui avait été fournie. Le retour à la réalité a été douloureux, vous imaginez bien...


David Prior, circa 2005
 
Mais tout n'est pas si noir en ce bas-monde et, comme il est d'usage de le dire, David Prior a tout de même eu un peu de chance dans son malheur. Son ineffaçable regard, si poignant et hideux, d'ersatz d'homme et d'alien avait tapé dans l’œil, et le bon, d'un autre grand fan de la fameuse saga de science-fiction. Un fan, lui aussi, remonté à bloc et contrarié à jamais par son expérience particulièrement douloureuse vécue durant la réalisation d'Alien 3. Cet homme-là, c'est évidemment David Fincher. Très secoué par la fin cruelle du film de Jeunet, qu'il déteste copieusement, Fincher a remué ciel et terre pour retrouver l'acteur, l'être humain, caché derrière le monstre. A qui appartenait donc cette paire d'yeux chargée d'une telle tristesse mais allumée de cette flamme de vie si ardente ? A l'évidence, à quelqu'un qui avait conscience de la mascarade dans laquelle il était mêlé malgré lui. Après des années de recherches, menées en parallèle à des tournages assurés par-dessus la jambe, vite fait mal fait (notamment pour Panic Room, où le cinéaste était plus occupé par son enquête personnelle que par son travail de metteur en scène), David Fincher a entendu, tout à fait par hasard, dans les couloirs d'un studio, un machiniste qui avait participé au tournage du quatrième Alien et évoquait, avec une nostalgie sincère et une once de pitié, les "si bons cafés préparés par cet assistant, aux yeux aussi noirs que ce café délicieux qu'il nous servait amoureusement". Cet assistant qui, lui a-t-on précisé ensuite, "avait fini humilié dans la peau de l'hybride final ignoble". Bingo ! David Fincher avait enfin retrouvé la trace de David Prior. Il ne lui restait plus qu'à mettre sur le coup toutes ses relations au FBI, tissées lors de la préparation de Se7en, pour dénicher ses précieuses coordonnées, un 06, un mail, une adresse postale, quelque chose.


David Fincher, seul dans l'Enfer des studios, sur le tournage d'Alien 3.
 
Cela n'a pas été si simple de remonter jusqu'au bon David Prior puisqu'il en existe 3862 rien qu'à Los Angeles. Et le FBI se montrait d'une aide particulièrement nonchalante pour celui qui les avait tant saoulé par son perfectionnisme et sa maniaquerie déplacés. Les recherches traînaient. C'est dans ce laps de temps, avec peut-être l'espoir de forcer ainsi le destin, pour réparer une anomalie, rendre un peu justice à celui qui était encore pour lui un estimable inconnu, que David Fincher est allé lui-même compléter la fiche IMDb du film de Jean-Pierre Jeunet, afin d'y mentionner le nom de David Prior dans le rôle de l'alien final. Une petite anecdote méconnue qui en dit toutefois très long sur la relation à venir entre Fincher et Prior. Et c'est encore le pur hasard qui devait leur permettre de se rencontrer enfin pour de bon. Durant les repérages effectués pour les besoins de Zodiac, David Fincher a simplement eu envie de tester ce troquet dont on lui avait maintes fois parlé, comme quoi on pouvait y boire le meilleur café d'Arlington Heights. L'air abattu du serveur, son dos voûté et, surtout, son regard reconnaissable entre mille sont alors apparus comme une révélation immense pour Fincher. Les deux hommes munis du même prénom et animés d'une même passion étaient enfin réunis ! C'était un beau matin de janvier 2005, au coin d'une rue de L.A., autour d'un café bien chaud, succulent, mais loin d'être aussi bon que tous ceux que Prior allait être amené à préparer sur les tournages des projets suivants de son nouvel ami et mentor.


David Prior (tourné) et David Fincher (pointilleux), sur le tournage de Gone Girl.

David Fincher avait fait la connaissance d'une âme sensible, fragile, blessée, en grande difficulté ; un vrai paumé, hébergé en établissement médico-social, sans attache ni famille, qui parvenait à susciter encore plus d'empathie que son maudit regard aperçu auparavant ne le laissait envisager. Touché en plein cœur, décelant chez cette personne qu'il avait tant recherchée une passion sans borne pour le septième art qui pourrait peut-être lui être utile, David Fincher a alors choisi de prendre sous son aile David Prior. C'est donc autant par charité que par calcul et opportunisme que Prior est devenu le protégé d'un Fincher pour une fois compatissant, très humain. Fincher a d'abord permis à Prior de réaliser ses propres courts métrages, en lui prêtant du vieux matériel qu'il n'utilisait plus, lui laissant libre accès à ses studios personnels. Le matériel était, selon les termes de Fincher, totalement dépassé, "fucking useless", mais il ne faut pas oublier que le papa de Benjamin Button a toujours eu un temps d'avance sur la technologie audiovisuelle. Prior était donc ravi, car il pouvait en réalité profiter d'un matos encore à la pointe, que beaucoup lui auraient envié. Il bénéficiait en outre des conseils avisés de son mentor, qui ne lui fermait jamais la porte, toujours désireux d'étaler sa science. Dans le même temps, Fincher invitait son padawan à réaliser des making of sur les tournages de ses propres films. Des expériences très enrichissantes. C'est ainsi que le nom de David Prior apparaît inévitablement dans les featurettes présents sur les dvds des films de Fincher depuis 2007. En plus d'une loyauté et d'une fidélité infaillibles, Fincher pouvait compter sur sa disponibilité, son professionnalisme et son souci permanent de bien faire. En outre, Prior répondait toujours présent quand il fallait brosser le réalisateur de Social Network dans le sens du poil, lui rappeler qu'il était le meilleur et n'avait pas d'équivalent sur cette terre, ce qui s'avérait parfois très utile face à des techniciens dubitatifs et éreintés qui ne comprenaient pas pourquoi la caméra devait forcément passer par l'anse de la tasse de café tenue par Brad Pitt. Pendant ce temps, d'ailleurs, le café incroyable de David Prior continuait de faire des émules et de voir sa réputation grandir. C'est sur le tournage de Millenium que David Prior a confectionné sa propre machine à café semi-automatique, une merveille d'ingénierie produisant le meilleur café du continent nord-américain. L'adaptation ratée du best-seller de Stieg Larsson aura au moins servi à ça !


David Fincher et David Prior sur le tournage du making of de Gone Girl sur le tournage de Gone Girl.

Parallèlement à ces tâches que l'on pourrait qualifier d'ingrates mais néanmoins fructueuses et instructives, David Prior continuait à travailler dans son coin, pour ses propres projets. Souvent des trucs complètement barrés que lui seul comprenait. C'est après des nuits et des nuits de dur labeur qu'en juillet 2008, Prior s'est présenté au domicile de Fincher en portant triomphalement une clé USB qui contenait la première œuvre dont il était assez satisfait pour oser la montrer à son guide. Il s'agissait d'un moyen métrage de 39 minutes sobrement intitulé AM1200, un thriller aussi mystérieux que minimaliste qui attestait d'un véritable talent de cinéaste. Le film ne menait nulle part, mais on s'y laissait prendre, on n'y comprenait strictement rien, mais on le suivait malgré tout, happé par la beauté des images, la qualité de la photographie et une atmosphère inquiétante à souhait. Fincher était sur le cul, Prior avait réussi son coup ! Plus tard, en aparté d'un interview pour la promotion de son pire film (sans doute Benjamin Button), Fincher a déclaré, pour mettre enfin en lumière le travail de son disciple : "En 40 petites minutes, David Prior montre pourquoi il est l'un des cinéastes les plus prometteurs que j'ai jamais vus. Les gens me demandent toujours comment faire pour obtenir une carte de visite à Hollywood. Eh bien, faites quelque chose comme ça, et essayez de faire à moitié aussi bien." Une bien jolie pub de la part de l'un des cinéastes les plus respectés (à tort) d'Hollywood ; trois phrases qui ont changé la vie du réalisateur en devenir, dont le statut passait immédiatement à "under the radar" sur le site de référence Metacritic. D'abord visible sur le compte Viméo de David Prior puis mis en ligne sur YouTube par un fan pirate, AM1200 allait finir par devenir le moyen métrage le plus populaire du début du siècle, rien de moins (il a même connu les honneurs d'une édition dvd spéciale).


AM1200 ou la revanche de David Prior, sélectionné et primé dans les festivals du monde entier.

Les années ont passé et les rapports entre Fincher et Prior n'ont guère changé, à quelques menus détails administratifs près : le premier est désormais le curateur renforcé du second dont il était auparavant le tuteur. Un allègement de la mesure de protection qui devait permettre plus d'autonomie à Prior dans la gestion de ses propres biens et de ses droits de propriété intellectuelle. Malgré quelques déboires sentimentaux, David Prior a continué de nourrir d'ambitieux projets. Et, fin 2016, à la veille de l'achat de la Fox par Disney, Prior s'est pointé dans des locaux pratiquement vides pour demander le financement de son dernier scénario, un pavé illisible de 666 pages inspiré d'un comic book qui l'avait longtemps empêché de dormir, au titre énigmatique : The Empty Man. S'aventurant à pousser la porte d'une pièce plongée dans l'obscurité, Prior est alors tombé sur un homme seul et ravagé, un producteur jadis omnipotent qui venait tout juste de ranger son revolver dans le tiroir de son bureau. Après avoir baratiné son pauvre auditeur pendant un long moment, lui racontant qu'il tenait-là une histoire terrible qui s'inscrivait de plein pied dans l'horreur cosmique chère à H.P. Lovecraft, mêlant allègrement et audacieusement les genres du fantastique et du polar, David Prior a réussi à obtenir un feu vert complet, le final cut et un budget tout à fait satisfaisant. Sans le savoir, il avait aussi rappelé à ce producteur de la Fox, au bord du gouffre et à quelques secondes de commettre l'irréparable, que l'air était sans doute plus respirable ailleurs, qu'une échappatoire était encore possible, que la vie valait peut-être le coup d'être vécue. Paradoxalement, The Empty Man venait de remplir un être à la dérive d'un nouveau souffle de vie... Le film devait être le dernier projet produit par la Fox, un film de genre bizarre et débordant d'une ambition mal maîtrisée, comme il ne s'en fait quasiment plus de ce côté-ci de l'Atlantique. Une anomalie, à laquelle je vais désormais m'intéresser (il était temps).

 

 
Bouthan, 1995. Deux couples d'amis font une randonnée en haute montagne quand l'un d'eux est attiré par un étrange bruit de flûte à l'origine inconnue. Comme envoûté par ce son curieux qu'il est le seul à entendre, le randonneur fonce droit devant lui et chute dans une crevasse au bout de quelques pas. En panique, les autres vont aussitôt le secourir et le retrouvent indemne, assis en tailleur au centre d'une grotte, silencieux, imperturbable, comme médusé par un immense squelette, qui semble humain et rappelle certains croquis de H. R. Giger, gisant devant lui. Ses amis l'ignorent, les spectateurs commencent déjà à s'en douter : le pauvre gars vient de voir son esprit vidé puis possédé par une entité millénaire et innommable. Il est devenu l'homme vide du titre, le réceptacle et transmetteur d'un esprit maléfique sans âge capable de commander son monde, de dicter à n'importe quel quidam de commettre les pires atrocités, gratuitement, sans raison, comme pour rappeler à l'homme son inimportance et le confronter aux mystères insondables qui l'entourent... Ce prologue d'un quart d'heure situé dans les contreforts de l'Himalaya suscite à la fois méfiance et curiosité. Il est très ambitieux mais déjà trop long, esthétiquement soigné mais infesté de personnages inintéressants au possible, l'histoire entamée surprend mais paraît d'emblée très absurde. En fin de compte, cette introduction annonce totalement la couleur de ce qui nous attend. Le titre apparaît, avec une lettre manquante (le "P", ourquoi ?), uis nous nous retrouvons rojetés quelques années lus tard, aux States, où un ancien olicier, travaillant désormais dans un magasin de matériel de surveillance et d'autodéfense, mène une enquête suite à la dis arition inex liquée d'une jeune fille qui lui était roche. Avant de s'envoler dans la nature, celle-ci a eu le temps d'écrire, au sang, sur les murs de la salle de bains "The empty man made me do it". Une phrase que l'on retrouvera sur d'autres lieux, théâtres de disparitions inquiétantes et irrésolues, avec toutefois quelques variantes selon le niveau grammatical des victimes présumées : "Emptyman did dat", "Da empty man just wanna have fun", ou encore le plus interrogateur "Is the glass full or half empty, man ?" qui s'avèrera non lié aux autres cas.

 

 
Menace indicible et immémoriale, humanité dépassée, sans défense, remise à sa place insignifiante dans l'univers... C'est assez réducteur mais les éléments de base sont vaguement là : on peut donc effectivement parler d'horreur cosmique, comme l'avait promis Prior à la Fox, et ce, dès l'introduction, très lointainement apparentée à celle d'Alien, qui tente à l'évidence de convoquer ce grand frisson, ce vertige quasi addictif produit par Lovecraft dans la plupart de ses écrits. Précisons cependant que cette association n'est pas vraiment un très bel hommage fait à l'écrivain de Providence tant plusieurs mondes séparent les œuvres en question... Après son ouverture à moitié prometteuse, le premier long métrage de David Prior prend des allures de thriller surnaturel bouffant un peu à tous les râteliers. Cela pourrait ne pas être une mauvaise chose du tout si le mix fonctionnait mieux que ça. Sont ainsi notamment convoqués les codes habituels du slasher puisque l'on décline ici le mythe, surtout véhiculé par des memes internet, du Slender Man, cette espèce de croque-mitaine mystérieux qui prend l'allure d'une ombre filiforme et menaçante en arrière-plan de photographies de toutes les époques et de tous les coins du monde. Le film flirte aussi plus d'une fois avec la j-horror, invitant ses fantômes urbains, chevelus, mal fringués, et ses adolescents errants, destinés à être les premières victimes d'une malédiction ancestrale. On dérive également peu à peu vers l'horreur sectaire, le scénar empruntant grosso modo la même trajectoire que le Kill List de Ben Wheatley (paix à son âme) avec, au programme : organisation secrète, gourou illuminé, sombre sermon, rites païens et... arroseur arrosé. Enfin, on tient là un film policier, où l'on suit de près la procédure et l'investigation d'un ex-flic, personnage principal des plus bateau campé par un James Badge Dale plutôt convaincant qui a bien la tronche de l'emploi. Des recherches menées à grands coups de plans de coupe répétés sur des écrans d'ordinateur surfant sur Wikipédia, de vieilles brochures de journaux, et autres documents du même genre qui, c'est assez rare pour être signalé, sont pour une fois assez joliment filmés. 


 
 
Sans surprise, on pense très facilement au cinéma de Fincher, puisque Prior filme un peu de la même façon, mais plus sobrement, et cherche visiblement à insuffler une ambiance similaire aux titres les plus connus de son modèle. La parenté est toutefois suffisamment superficielle pour ne pas agacer. Le résultat à l'écran n'est jamais désagréable à l’œil, David Prior priorise la forme au fond, c'est un esthète, c'est évident. Dommage qu'il n'ait pas encore toute sa tête... Son premier long est beaucoup trop lent, inconsistant et nébuleux pour réellement accrocher. Notons également que le cinéaste tente peut-être d'apporter une dimension philosophique à son œuvre en nous montrant ostensiblement le fronton d'un lycée du nom de Jacques Derrida, ce qui ne suffit pas : ce plan n'a pas d'autre intérêt que de nous montrer que son auteur a de saines lectures. En fin de compte, toutes ces références, ces sous-genres, ces influences, mélangés pendant près de 2h30, font de The Empty Man un gloubi-boulga audacieux, oui, qui a son petit charme, certes, (ce qui suffit, si l'on en croit Wikipédia, à ce que le film jouisse d'un cult following – déjà !), mais qui est très très loin d'être réellement réussi. Trop pris par le développement pénible du très pénible Mank, David Fincher n'était guère là pour prodiguer ses conseils, et personne d'autre n'était dispo pour contrecarrer les petits plans d'un David Prior trop isolé et sûr de ses effets. The Empty Man est l’œuvre d'un homme sans doute sympathique et plein de bonnes intentions, mais livré à lui-même. Un film trop ambitieux, un peu fou, vraisemblablement issu d'un esprit pas encore très en ordre, en roues libres, qu'un ultime twist finit par rendre complètement incohérent et absurde. Une jolie promesse non tenue. Espérons que David Prior fera mieux, je continuerai à garder un œil sur sa carrière. En tout cas, si David Fincher a vu The Empty Man et qu'il continue de défendre son cher poulain dans les médias, il est bien plus qu'un mandataire judiciaire de renom, c'est un véritable ami ! 
 
 
The Empty Man de David Prior avec James Badge Dale (2020)

8 juillet 2017

Free Fire

Ben Wheatley, cinéaste anglais jadis très prometteur, continue hélas de filer du mauvais coton. Après son adaptation ratée mais risquée de J. G. Ballard, High Rise, il se fourvoie cette fois-ci dans un exercice a priori beaucoup plus facile : un film de gangsters en huis clos à la Tarantino. Sous ce prétexte, Ben Wheatley démontre qu'il est encore une fois obnubilé par le fétichisme des années 70 et son film de 90 petites minutes paraît en durer le double puisqu'il consiste en une longue et fatigante fusillade dont on se contrefiche des tenants et aboutissants ainsi que de strictement tous les personnages qui y sont mêlés. Que s'imagine Ben Wheatley ? Croit-il vraiment que quelques "fuck" judicieusement placés transforment forcément des dialogues anodins en répliques inoubliables ? En panne d'imagination, il réussit seulement à nous rappeler la pauvreté de la langue anglaise quand elle est utilisée ainsi. Et pense-t-il qu'il suffit de grimer une dizaine d'acteurs en gravure de mode des années 70 pour leur donner du charisme, de l'allure, de la classe ? Nous ne voyons que des costumes, des mannequins, des pantins, faits pour prendre des balles ou en envoyer, et nous imaginons les maquilleurs, costumiers et coiffeurs fonçant sur eux entre chaque prise pour leur refaire une beauté.




Pourtant, les beaux noms, les grosses gueules et les accents en tout genre sont bien de sortie : Cillian Murphy, d'une fadeur exceptionnelle, Armie Hammer, difficilement supportable à rouler des mécaniques dans son costard ridicule, Sharlto Copley, particulièrement nocif avec son accent d'outre-tombe, Sam Riley, qui a décidément bien mal géré sa carrière après avoir incarné Ian Curtis dans Control, Noah Taylor, que l'on a jamais beaucoup vu au premier plan mais que l'on a tout de même bien assez vu, et bien sûr, l'acteur fétiche de Wheatley, Michael Smiley, trimbalant comme toujours son gros nez tordu et sa mauvaise humeur habituelle, condamné à l'ironie patronymique. Au milieu de tous ces hommes, on a de la peine pour l'oscarisée Brie Larson qui, malgré une chemise parfaitement assortie à ses jolies bouclettes, ne devient guère l'icône que son réalisateur aurait tant aimé faire d'elle en lui attribuant le beau rôle. Tous ces acteurs essaient lamentablement de cultiver la diversité de leurs filmographies, continuellement à la recherche du film culte instantané et de l'apparition remarquée chez un cinéaste clivant aux fans véhéments. Hélas, plus Ben Wheatley filme, plus il s'éloigne de ce rang et nous fait même douter de ses premières réussites. Il confirme ici son plus mauvais penchant, pour la pose, pour un cinéma de petit malin empli de références mais incapable de créer quoi que ce soit de marquant et de personnel. C'est dommage, car on avait connu le duo qu'il forme avec sa femme, Amy Jump, bien plus inspiré que ça à l'écriture comme à la réalisation. Kill List et A Field in England restent deux films intéressants, originaux, osés, qui laissaient effectivement croire en une vraie personnalité chez leurs auteurs. Il faudra désormais un sacré revirement pour que nous puissions de nouveau y croire.


Free Fire de Ben Wheatley avec Brie Larson, Cillian Murphy, Armie Hammer, Sam Riley et Sharlto Copley (2017)

19 janvier 2014

Bilan 2013



Chaque année, le même débat. Pourquoi ? Comment ? Où ? Quand ? La société actuelle a-t-elle vraiment besoin d'un classement supplémentaire ? On est chaque jour abreuvés de tops en tous genres, de tous poils, partout, qui nous disent tout sur tout et surtout rien. La télévision se repaît de ces classements vite consommables, avec l'imbuvable Yann Barthès en tête de file, qui nous dégueule continuellement des Top 4 de ceci, des Top 3 de cela, en arborant son air satisfait de crétin absolu. Et la toile, le web, répond à cela par une avalanche d'autres classements sans intérêt et plus ou moins drolatiques qui nous épuisent quotidiennement et nous écœurent même carrément : les dix animaux les plus cons, les dix connards les mieux payés du PAF, ou encore les dix lieux abandonnés les plus glauques, et ça commence à être vexant que la cuisine de notre ancien appartement commun ne soit jamais citée en prems, alors que, croyez-nous, y'a pas photo. On croule sous les best-of, la hiérarchisation permanente, les côtes de popularité et les listes de tout et n'importe quoi dont on nous saoule à ras-la-gueule. On est donc à deux doigts de passer notre chemin cette année, mais, pourtant, et parce que ce n'est qu'une fois par an, parce que la chose reste amusante et bon enfant, parce qu'elle nous permet aussi de remettre en avant des films qui nous tiennent à cœur et qui n'ont peut-être pas suffisamment été exposés (genre La Vie d'Adèle), nous n'y couperons pas. Voici donc, sans plus tarder, nos classements personnels, suivis, comme chaque année, du Top et du Flop des lecteurs/blogueurs, autrement dit de vos classements pour 2013.


LE TOP DE RÉMI


1. Michael Kohlhaas d'Arnaud Des Pallières
2. L'Inconnu du lac d'Alain Guiraudie
3. La Fille de nulle part de Jean-Claude Brisseau
4. La Vénus à la fourrure de Roman Polanski
5. Mud de Jeff Nichols
6. L'Image manquante de Rithy Panh
7. Gimme the Loot d'Adam Leon
8. A Touch of Sin de Jia Zhang-ke
9. La Fille du 14 juillet d'Antonin Peretjatko
10. The Immigrant de James Gray / La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche

La première place de mon classement annuel revient sans conteste à Michael Kohlhaas, pour mille raisons. Parce que c'est un film sublime, d'une maîtrise et d'une beauté sans équivalents pour moi cette année. Parce que c'est l'adaptation brillante et pourtant ô combien risquée d'un chef-d’œuvre de la littérature allemande. Parce qu'en conséquence un immense écrivain, Heinrich Von Kleist, qui mérite plus que jamais d'être relu à notre époque, est exhumé et honoré par l'un des plus grands cinéastes français vivants, de même qu'un héros mythique est soudain superbement incarné par un acteur hors du commun, Mads Mikkelsen, qui livre sans doute l'une des prestations d'acteurs les plus frappantes de ces derniers temps. Enfin, et pour ne pas trop m'étendre, ce film me semble important en ce qu'il est porteur d'une véritable intelligence morale. Nous avons me semble-t-il grand besoin, à l'heure actuelle, de films intelligents et moraux. Michael Kohlhaas est aujourd'hui le précieux antidote, esthétique et éthique, aux derniers films, entre autres, de Quentin Tarantino, qui aime, et ils sont nombreux dans son cas, à diffuser, dans des œuvres de plus en plus ratées, des idées nauséabondes et simplistes sur des questions aussi fondamentales que celles du droit et de la justice, notamment. Arnaud Des Pallières apporte un contrepoint salvateur à cette domination insolente de la bêtise crasse, de la jouissance primaire et de l'amoralité consommée, et rien que pour ça, Michael Kohlhaas est à mes yeux le film le plus important de 2013, en plus d'être une réussite sur tous les plans.

Je ne vais pas parler de tous les films de ce classement, qui sont pratiquement tous critiqués sur le blog. Je dirai juste que L'Inconnu du lac, autre film de genre français (un film d'horreur pour Guiraudie, un western pour Des Pallières), vient logiquement en second, qui quant à lui adapte les théories d'un autre grand écrivain, Georges Bataille, et questionne le désir et l'érotisme dans leur dimension mortifère, (auto)destructrice. Le film s'achève également sur un regard humain esseulé : Kohlhaas finit planté face à ses actes et ses convictions, comme Franck l'est face à ses élans et ses pulsions. Des Pallières et Guiraudie, dans des objets cinématographiques complexes et envoûtants, nous montrent des hommes ébranlés dans leurs certitudes, en proie au vide vertigineux des conséquences de leurs choix. Ce faisant, qu'ils en soient remerciés, ils nous ébranlent à notre tour et nous posent de gigantesques questions.

Pour finir, je constate la prédominance du cinéma français dans mes goûts, et j'ignore si le sus-nommé se porte bien, comme l'affirme le titre d'un documentaire sur le point de sortir, mais je suis convaincu qu'il est d'assez loin le plus passionnant depuis quelques années. Pour talonner les deux plutôt jeunes cinéastes français qui dominent mon Top, deux cinéastes plus vieux : Jean-Claude Brisseau et le désormais très français Roman Polanski, capables, comme en attestent leurs derniers films, de grandes choses avec pas grand chose, sinon de la sagacité et de l'envie.


LE TOP DE FÉLIX


1. La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche
4. Mud de Jeff Nichols
-. A Touch of Sin de Jia Zhang-Ke
5. L'Inconnu du Lac d'Alain Gui raidi
6. Tel père, tel fils de Hirokazu Kore-Eda
7. Michael Kohlhaas d'Arnaud Des Pallières
8. Resolution de Justin Benson et Aaron Moorhead
-. Gimme the Loot d'Adam Leon
9. A Field in England de Ben Wheatley
10. Ma Vie avec Liberace de Steven Soderbergh

Mon top 2012 fut un véritable calvaire de cinéphage, un pur cauchemar de blogueur ciné. Quand j'essaie de me souvenir du mois de décembre 2012, les images qui me viennent en tête sont sous-titrées, accompagnées d'un insupportable charabia franco-allemand et barrées par deux envahissantes lignes noires horizontales. Pris de vitesse, j'avais pour ainsi dire accouché de mon top dans la douleur. A côté de ça, 2013 fut une véritable partie de plaisir ! Je suis facilement arrivé à 10, seuil minimal pour gagner une crédibilité, malgré, comme vous le voyez, de nombreux ex-aequo et un film qui occupe une place à part et sur lequel je ne reviendrai pas. A la 4ème place, pour signifier l'écart entre le film d'Abdellatif Kechiche et les autres, échoue Mud, vous savez aussi bien lire que moi. Autant vous dire tout de suite que je ne suis pas convaincu par mon classement. Il y a un film que j'ai préféré aux autres, je l'ai donc logiquement positionné tout en haut. Je précise en effet que cette liste est supposée se lire de haut en bas, les films étant classés par ordre décroissant de préférence (contrairement à celle de mon acolyte qui se lit, il me semble, de bas en haut). Mais exception faite du number one, on pourrait changer l'ordre, je ne m'en rendrais pas compte, je n'y verrais que du feu ! En vérité, seuls le premier et le dernier sont à leurs places. Steven Soderbergh m'a fait beaucoup de mal par le passé, réussissant parfois à remettre en question mon amour pour le medium cinéma. Je n'oublie pas (je ne l'oublie pas Steven). Son dernier film m'a très agréablement surpris et je voulais vous démontrer toute ma capacité à pardonner (ce que je considère personnellement comme une qualité) en le faisant apparaître dans mon top. Étant tout de même assez rancunier, je ne pouvais pas accorder une meilleure place à Soderbergh, qui est donc bon dernier, le cancre de mon top.

Le reste, c'est un véritable bric à brac où, comme toujours, j'ai cherché à me différencier très superficiellement en plaçant des films plutôt marginaux, que très peu auront pu voir. Je fais surtout allusion à Resolution et A Field in England (ce dernier a même chipé la place à YellowBrickRoad, petit film d'horreur encore plus obscur, fauché mais génial, datant de 2011 et sorti en dvd cette année - je vous en parlerai bientôt). Deux films inclassables et très originaux, deux bols d'air frais pour un amateur comme moi de cinéma de genre, deux œuvres prometteuses et atypiques qui sont tout simplement les plus surprenantes et étranges découvertes faites l'an passé.

L'ordre alphabétique n'est pas respecté, le top reflète mes préférences pour l'année cinématographique qui vient de s'écouler et pour laquelle je précise qu'il me reste encore des films à découvrir. Je n'ai pas pu tout voir.


LE TOP DES LECTEURS/BLOGUEURS 
(par ordre de préférence)

http://ilaose.blogspot.com/2013/05/mud.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/09/linconnu-du-lac.html


http://ilaose.blogspot.com/2013/07/la-rochelle-2013-1ere-partie.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/08/michael-kohlhaas.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/11/inside-llewyn-davis.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/11/gravity.html





LE FLOP DES LECTEURS/BLOGUEURS
(par ordre de répugnance)

http://ilaose.blogspot.com/2013/01/django-unchained.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/06/die-hard-5-belle-journee-pour-mourir.html



http://ilaose.blogspot.com/2013/08/elysium.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/04/stoker.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/11/gravity.html


http://ilaose.blogspot.com/2013/04/oblivion.html

http://ilaose.blogspot.com/2013/07/evil-dead.html


Nous souscrivons globalement à ces très beaux classements. Le premier, votre Top, sacre pour la deuxième année consécutive le jeune Jeff Nichols, déjà bien installé semble-t-il dans le cœur des cinéphiles, et nous en sommes ravis. Le second, votre Flop, à 100% ricain (disons 99% pour Park Chan-Wook, expatrié) atteste plus que jamais de l'éjection de Quentin Tarantino de son panthéon, enterrant celui qui n'était jamais tombé si bas et dont on a bien peur qu'il ne cesse de creuser.

On tient enfin à saluer et à remercier tous ceux qui nous ont soutenu pendant l'année. Parce que oui, nous avons parfois besoin de soutien, notre passion ne suffit pas toujours. Quand on écrit la critique d'un film tel qu'Elysium, que nous n'avons même pas vu (au moment de la rédaction, s'entend, nous l'avons regardé après, pour faire les choses sérieusement et dans l'ordre), il nous en faut, du courage, pour programmer un tweet par heure pendant trois jours afin de promouvoir l'article avec les maigres moyens à notre portée. Cela nous prend du temps et 140 caractères, c'est soit insuffisant, soit beaucoup trop, rarement pile poil. Plusieurs fois, dans l'année, nous avons mangé froid. Dans ces moments-là, votre soutien nous réconforte et nous réchauffe, si ce n'est notre assiette, au moins à l'intérieur. On vous remercie également d'avoir participé à ce modeste bilan annuel. Vous avez été nombreux. Pour vous donner une idée, sachez que vous étiez assez nombreux pour faire une belle partie de foot improvisée avec un banc particulièrement bien fourni, d'un côté comme de l'autre, collègues blogueurs et amis lecteurs. Parmi vous : Nicolas de Cinergie (un belge récupéré gratos au mercato) ; Gendar (une valeur sûre, toujours droit comme un piquet, fidèle au poste, un pilier, la colonne vertébrale de l'équipe, qui a véritablement la forme inquiétante d'un pylône inamovible) ; Olivier Père (entraîneur-joueur de prestige à l'accent teuton) ; Fredastair (décolle un peu les yeux de l'image qui illustre le top de Félix, veux-tu...) ; Nightswimming (qui a récemment changé d'équipementier et affiche désormais une fière allure sur la pelouse après avoir fait grise mine toute la saison - quel caractère de cochon !) ; Le Cinéphobe (que nous avons perdu de vue, hélas, sans doute a-t-il tracé en Arabie Saoudite pour le pognon) ; Ca flim (qui nous a quittés sur un bras d'honneur sans élégance, on retient...) ; Une fameuse gorgée de poison (toujours pas avalé son article sur le film d'Abdel !) ; Nolan (jamais sur la feuille de match, uniquement à cause de son blaze, d'ailleurs son maillot n'est même pas floqué) ; C'est entendu (ça c'est simplement un vieux link qu'on place de temps en temps) ; Thibault (l'artiste aux cheveux d'or venu d'Ukraine) ; Christoblog (le Llacer de la blogosphère) ; TeddyDevisme (ce gars est une crème, il a participé et nous suit toujours malgré notre article sur Evil Dead, une crème !) ; Pausanias (loin des yeux, près du cœur) ; FredMJG (une incompatibilité manifeste entre son service de messagerie mèl et le nôtre nous a encore une fois privé de son top) ; Josette K. (notre plus fidèle allié !) ; Hamsterjovial (débarqué à l'intersaison mais déjà sur tous les ballons) ; Dr Orlof (le médecin de l'équipe) ; Pierre Morin (toujours la bonne humeur, toujours le sourire, comprend-il tout ce dont on parle ?...) ; Sylvain Métafiot (quel nom de star du ballon rond, ça claque, bon sang !) ; Guillaume A. (droite, à droite, sur ta droite, merde ! et toi tu pars à gauche, les yeux rivés sur tes propres godasses !) ; Balloonatic (gonflé à bloc, qui devrait parfois laisser pisser... conseil amical, la gastrite annonce généralement un mauvais ulcère, mec) ; Gols (opérant bien que privé de sa doublette magique) et tous les autres !

Merci encore à tous et à très bientôt pour de nouvelles aventures cinéphiliques !

17 septembre 2013

Entretien avec Justin Benson et Aaron Moorhead



Ayant particulièrement apprécié Resolution (accédez à la critique en cliquant sur le lien), film fantastique original et bien pensé signé Justin Benson et Aaron Moorhead, nous avons proposé à ces jeunes cinéastes américains de nous accorder un entretien. Nos hôtes se sont pliés à l'exercice avec un tel enthousiasme et une telle générosité que nous sommes ravis d'inaugurer une nouvelle rubrique du blog consacrée aux interviews par celle de ce joyeux et ambitieux duo d'auteurs de films de genre plein de promesses. Mais laissons-leur plutôt la parole :


-    Que diriez-vous pour vous présenter au public français ?  

A : [en français] Bonjour, je suis Aaron. Nous avons fait un film qui est tout aussi effrayant, drôle et dramatique. C'est le film parfait qui vous aidera à avoir des relations sexuelles. Aussi, je suis seul.

J : [en français]  Bonjour, je suis Justin et je voudrais être un citoyen de l'Union européenne. 
  

Justin Benson / Aaron Moorhead

-    Quel a été votre parcours avant la réalisation de ce film ?  

A : J’ai commencé à faire des films quand j’avais environ 14 ans. Je suis allé à la Florida State University pour étudier le cinéma, puis j’ai immédiatement déménagé à Los Angeles où j’ai rencontré Justin après seulement quelques jours. J’ai été chef opérateur et créateur d’effets spéciaux pendant un moment, mais je continuais à réaliser à côté de ça, aussi souvent que possible. Pas aussi souvent que j’aurais dû ceci dit. Dieu merci pour ce film, maintenant je ne suis plus que réalisateur. 

J : J’ai grandi à San Diego, je suis allé à UCLA, puis j’ai fait tout un tas de petits boulots qui payaient pour mettre de l’argent de côté afin d’écrire/réaliser/monter/etc.  

-    Quels sont vos modèles, vos réalisateurs favoris ?  

A : Alfonso Cuaron, George Clooney, Ben Affleck, Steven Spielberg, Ciaran Foy, Nicolas Winding Refn. 

J : Richard Linklater, Peter Jackson, Guy Ritchie, Christopher Nolan, Park Chan-Wook.  

-    Le film n'est pas distribué dans les salles en France. Comment l'expliquez-vous ? Qu'en est-il dans les autres pays ? Comment est-il reçu ?  

A : D’après la rumeur la France devrait voir Resolution bientôt, c’est juste très long pour que tous les pays reçoivent le film et montent un plan de distribution. Resolution est montré dans presque tous les pays d’Europe, dans tout un tas de festivals de cinéma, et nous sommes humblement surpris de découvrir que pratiquement tout le monde semble vraiment l’apprécier, malgré les différences de langue et de culture. C’est un immense soulagement pour un film d’horreur plutôt bavard.  

-    Votre film a fait le tour des festivals, notamment américains, quel rôle les festivals jouent-ils dans la mise en lumière d’un film tel que le vôtre ?  

A : En fait, le film est beaucoup plus montré à l’international qu’aux USA ! C’est pas un hasard si on a proposé le film aux festivals européens de cinéma de genre international : la Fondation Melies, réseau gigantesque qui regroupe tous ces festivals, est très prestigieuse et touche énormément de publics. On n’a pas pu concourir pour la Fondation Melies (n’étant pas européens), mais on a finalement passé près de la moitié de l’année dernière en Europe. C’est la belle vie ! Quant au rôle que jouent les festivals, notez bien ça : les festivals sont TOUT. Nous n’aurions aucun buzz et pas de carrière si ce film n’était sorti qu’en VOD. Les programmateurs des festivals et le public, autant que la presse, sont absolument essentiels pour que des films comme le notre aient une chance de rencontrer le succès. C’est la meilleure forme de publicité, parce que sans ça il n’y a aucun moyen de se faire connaître. Il s’agit juste d’essayer d’apporter du bon cinéma aux gens qui aiment le bon cinéma.  

-    Comment s'organise le travail de mise en scène pour un binôme ? Allez-vous continuer à travailler ainsi ou vos chemins vont-ils désormais se séparer ?  

A : On se considère à vrai dire comme co-cinéastes plutôt que comme co-réalisateurs. On se salit les mains tous les deux dans chaque aspect de la production. Justin est plutôt au stylo, je suis plutôt à la caméra, mais l’un n’existe pas vraiment sans l’autre. Nous sommes bien plus que la somme de nous deux en tant que simples co-réalisateurs. Depuis l’avant-première de Resolution à Tribeca on a travaillé presque exclusivement en équipe, et on envisage de continuer ainsi dans un futur proche. 

J : Nous sommes une sorte de gros monstre tentaculaire qui écrit/réalise/produit/monte/mixe/crée des effets spéciaux et sort des profondeurs avec une troupe de collaborateurs grandissante et tout aussi dangereuse. Y compris, entre autres, notre producteur David Lawson et notre ingénieur du son Yahel Dooley.  

-    Qualifieriez-vous Resolution de film d'horreur ?  

A : Oui. Mais d’un autre côté on se moque pas mal des définitions génériques. Le genre dans lequel le film s’inscrit, honnêtement, c’est bon pour les équipes marketing. Notre seul boulot c’est de faire un bon film, et on ne pense pas au genre en le faisant. Mais nous sommes fiers de qualifier Resolution de film d’horreur, tout comme nous le qualifions de drame psychologique, ou de buddy-movie détendu. 

J : On n’y a jamais pensé en ces termes avant que les gens ne commencent à poser la question, mais c’est marrant d’être des sortes de punks marginaux sous une étiquette marketing, donc oui, appelez ça un film d’horreur. C’est sans nul doute un film qui fait peur. 


Vinny Curran / Peter Cilella

-    Dans notre critique, nous avons souligné la qualité et la finesse de votre film en le comparant notamment à La Cabane dans les bois, autre film de genre métadiscursif récent. Que pensez-vous de ce film ? Resolution est-il d’une manière ou d’une autre pensé comme une réponse à celui de Drew Goddard ?   

A : On adore La Cabane dans les bois. Quand il est sorti – c’était une semaine avant la première de Resolution à Tribeca – on a réalisé toutes les comparaisons qui pouvaient être faites. Les deux films ont à peu près le même point de départ, et tous les deux ont un aspect « méta », mais en dehors de ça on ne peut pas faire plus différent. Nous sommes fiers d’être comparés à un film aussi cool, même si je suis certain que personne ne regarderait les deux films en pensant que l’un a pompé sur l’autre. Ils sont très différents dans l’approche. On pense qu’ils pourraient faire un formidable double-programme. 

J : La Cabane dans les bois est l’une de mes meilleures expériences de spectateur de ces dernières années. Les mecs derrière ce film assurent.  




-    Par un drôle de hasard, votre film et le nouvel Evil Dead ont le même point de départ (des jeunes gens coincés dans une cabane isolée pour sauver l’un d’entre eux d’une addiction à la drogue). Que pensez-vous de la vague de remakes actuelle et, plus largement, de l'état du cinéma de genre US ? La fracture semble de plus en plus grande entre des films invisibles mais dignes d'intérêt comme le vôtre et des films à budgets plus conséquents qui ne prennent aucun risque (remakes, reboots, prequels, etc.), avec à la clé des résultats souvent médiocres. Partagez-vous ce constat ?  

A : Les remakes et les reboots peuvent être bons et même très bons (voyez Batman), mais globalement, ils sont horribles. Nous vivons une époque dangereuse où ceux qui possèdent l’argent sont obligés de limiter les risques financiers dus aux difficultés économiques du moment – ce qui se comprend parfaitement –, mais vu que les gens continuent de retourner dans les salles pour voir les films issus des franchises qu’ils adorent et qui sont dénués de toute imagination, nous ne quitterons jamais le sillon créatif qui est le nôtre. Je pense qu’il appartient aux cinéastes indépendants sans le sou, qui ont tout à gagner et pas grand chose à perdre, d’innover, et au public qui les suit de voter pour eux avec leur porte-monnaie.  

J : D’un point de vue général ce serait vraiment cool que les investisseurs et surtout les cinéastes prennent plus de risques. Il y a cette idée qui veut que tous les films doivent obligatoirement rendre un hommage…  

-    Nous avons l’impression que le système empêche des auteurs de films de genre de se faire connaître, de travailler avec plus de moyens et de s’installer durablement afin d’élever le genre et de lui rendre ses lettres de noblesse, comme ont pu le faire John Carpenter ou Dario Argento par le passé. Qu’en pensez-vous ?  

A : Nous en faisons encore l’expérience. Même après le succès de Resolution, accoucher de notre second film est plus qu’un travail à plein temps. On y travaille en permanence et on est deux à ne pas dormir. J’ignore à quel point il était difficile il y a quelques temps de passer de petits films de genre à de plus gros. Je pense que c’est probablement plus facile de faire des films de nos jours, honnêtement, parce qu’il y a plus de réalisateurs que jamais depuis qu’on est allés vers des productions abordables et une certaine technologie facile de post-production. Et les films de genre sont toujours appréciés au box office. On a récemment observé pas mal de gros succès pour des films d’horreur à petits budgets comme The Conjuring, American Nightmare et You’re Next, donc je pense qu’il n’est pas tout à fait juste de dire que le système essaie de nous tuer.  

J : Le cinéma de genre se porte mieux que jamais. Certains cinéastes actuellement en activité sont capables d’aller même plus loin que ce que des gars comme Argento ou Carpenter ont fait. Et quand vous regardez le box office, pour des titres comme ceux cités par Aaron, nous vivons une époque FORMIDABLE. Il y a des trucs vraiment cool, rafraichissants et excitants qui vont venir d’ici peu.  

-    Nous sommes un blog français, vous êtes américains, quel est votre regard sur le cinéma d’horreur actuel français ?  

A : J’aimerais pouvoir me prononcer si j’en avais une meilleure connaissance. Mais malheureusement tout ce que je connais c’est le cinéma de genre français très populaire, donc mon opinion est sûrement un peu biaisée par la comparaison. J’ai vu Enter the Void récemment, qui n’est pas vraiment un film d’horreur, mais c’est clairement l’un des films les plus singuliers et innovants que j’aie vus. Ca bosse de l’autre côté de l’Atlantique ! 

J : J’ai pas mal d’estime pour Frontière(s) de Xavier Gens, et sa participation dans ABC’s of Death est la meilleure avec D for Dog Fight de Marcel Sarmiento. Et Insensibles de Juan Carlos Medina est un film MERVEILLEUX réalisé par un grand réalisateur. Je sais qu’il est d’origine espagnole mais il a vécu à Paris pendant longtemps donc disons qu’il est français.  

-    Justement, il est question dans le film de chercheurs français. Pourquoi français ?

A : (Justin, je te laisse répondre) 

J : Nous voulions faire comprendre que notre créature invisible a été détectée en dehors de cette zone de la Californie du Sud. Que c’est un monstre dont la menace est internationale, universelle. L’idée d’un parisien qui habite dans une caravane au milieu des campagnards white trash du fin fond de l’Amérique a quelque chose de fascinant. De plus, le scénario de Resolution est en partie inspiré de films d’horreur européens tels que La Maison aux fenêtres qui rient ou L’Echine du diable. Et l’une des mes scènes favorites dans Apocalypse Now Redux est celle dans la plantation française. C’est comme une sorte d’histoire bizarre et flippante de fantômes en plein milieu d’un film de guerre !  

-    On sent un intérêt pour les « histoires extraordinaires » dans votre film, aviez-vous des références littéraires en vous lançant dans l’écriture du script ?  

A : (Justin, encore à toi) 

J : Pas vraiment. Tout ce qui dans l’histoire concerne les bouquins, les diapositives, les peintures rupestres, la plaque sensible photographique et ainsi de suite, était là pour montrer que notre monstre a évolué avec la technologie des supports narratifs pendant des dizaines de milliers d’années. Quant à la bizarrerie de ces épisodes, Aaron et moi sommes morts de trouille à l’idée de faire un truc que quelqu’un a déjà fait. Le plus grand des crimes cinématographiques à notre avis c’est de ne pas être original. Donc, oui, on débarque avec des trucs bizarres. 





-    L’aspect métadiscursif est crucial dans Resolution, quels sont les films de ce genre que vous appréciez le plus ? Et au fait, pourquoi ce titre, "Résolution" ?  

A : "Résolution" a un triple sens. "Résolution" peut faire référence à la qualité de la définition d’une image, comme celle de toutes les vidéos que trouve Michael. Cela fait également référence à la force mentale que l’on a quand on est décidé à faire quelque chose, comme Michael quand il se résout à enchaîner Chris. Et enfin, la résolution de l’histoire, dans le sens de conclusion, et c’est toute la question du film. 

J : En fait je ne savais même pas ce que signifiait « méta » jusqu’à ce que je lise des critiques du film. Nous avons juste essayé d’embrouiller le spectateur et de lui foutre une bonne trouille.     

- On assiste ces temps-ci à l’émergence discrète d’une jeune génération de cinéastes portés sur le genre horrifique, tels que Ti West, Adam Wingard, Simon Barrett, etc. Avez-vous l’impression de faire partie de ce mouvement d’une manière ou d’une autre ? 

A : Absolument. Nous sommes très honorés que des gens nous mettent dans ce lot. Ce sont des artistes qui tentent enfin d’innover dans le genre. 

J : Je suis d’accord. De grands cinéastes. Cependant il faut aussi préciser que Aaron et moi n’avions rencontré aucun d’entre eux jusqu’à très récemment. C’est assez fascinant d’ailleurs comme nous avons pratiquement tous germé de notre côté, indépendamment les uns des autres, avant que le public ne trouve des similitudes dans nos travaux.  


Aaron Moorhead

-    Comment envisagez-vous de vous inscrire dans l’histoire du genre ? Ou plutôt, comptez-vous poursuivre dans le fantastique ou bien êtes-vous attirés par d’autres genres cinématographiques ?  

A : On va tout simplement faire le film qui nous semblera bon. Que cela s’avère être un film de genre ou non nous importe peu, même si je pense que Justin et moi sommes naturellement attirés vers le fantastique, et qu’il est donc plus que probable que des éléments de films de genre se glissent dans notre travail. On espère que Resolution deviendra un film culte quand il se sera mieux répandu dans le monde de la distribution. 

J : Nous ne tournerons sans doute jamais un hommage aux slashers, ou rien de ce genre, mais nous repousserons les limites de l’innovation dans l’art de raconter et dans le domaine de la technologie cinématographique aussi loin que nous le pourrons. Nous tâcherons de vous rendre curieux du sort de chaque personnage pour que l’aspect fantastique fonctionne le mieux possible.  

-    Quand on regarde votre film, on est constamment surpris par les tournures que prend le scénario. Etait-ce un désir de votre part de vous éloigner des canons du genre et de surprendre le spectateur à chaque instant, ou bien était-ce plus inconscient ?  

A : Ce n’était pas vraiment conscient ni inconscient. C’est juste notre façon de faire des films, elle nous plaît et ça fait sens pour nous. Par exemple, s’il y a un moment drôle, même s’il se trouve au milieu de ce qui s’appelle une « scène de peur », on le garde et ça fonctionne pour nous. La vie ressemble à ça. 

J : Nous voulons juste faire en sorte que les moments drôles soient drôles, les moments flippants carrément effrayants, et l’histoire efficace. Ignorer les règles des « jump scares » et compagnie, et rester intéressant par-dessus tout.  

-    Est-ce que c’était une règle de tourner le film de genre que vous aviez envie de voir en tant que spectateurs ?  

A : Oui. Nous ne voulons faire que les films que nous aimons nous-mêmes. Sinon pourquoi les faire ?   

-    La scène de dialogue dans la caravane nous a particulièrement séduits, et l’acteur qui fait face à Peter Cilella, Bill Oberst Jr., n’y est pas pour rien. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cet acteur, qui dans le film ressemble vaguement à Roger Waters des Pink Floyd ?  

A : Vous êtes les premiers à mettre le doigt là-dessus, mais c’est VRAI qu’il ressemble à Roger Waters ! Nous ne savions pas du tout qu’il était un peu une sorte d’icône du film d’horreur quand nous l’avons engagé, mais quand il est venu à l’audition en connaissant par cœur les six pages de son monologue, et quand on a réalisé qu’on avait tous les deux et par pure coïncidence un rapport lointain avec lui, le rôle lui était réservé à coup sûr. Sa gravité et son intensité sont incroyables. 


 Bill Oberst Jr.

-    Il y a une vraie alchimie entre vos deux acteurs principaux. Pourriez-vous les présenter rapidement ?  

A : On avait tourné une pub pas chère pour de la bière avec ces deux-là et une amitié fusionnelle en est ressortie. Justin a écrit le scénario en pensant à eux – ça ne pouvait être personne d’autre. Peter Cilella (Michael) est un acteur de Los Angeles qui a fait beaucoup de publicité, des courts métrages et du théâtre. Vinny Curran est un acteur de San Diego qui est peut-être le type le plus drôle et le plus gentil de la planète. 

J : Ces gars-là sont des génies. Nous avons une sacrée veine d’avoir ni plus ni moins engagé les meilleurs acteurs pour ces rôles. C’est une chance unique. Et nous les apprécions infiniment.  

-    Les dialogues du film étaient-ils très écrits ou avez-vous laissé vos comédiens improviser, notamment dans ces séquences plus apaisées du film où on les voit se remémorer quelques anecdotes ?  

A : Nous devons ça à la fois au talent d’écriture de Justin et au talent des acteurs. La majorité du scénario a été écrit plus ou moins tel qu’il est dit dans le film, et les deux bonshommes à l’écran lui ont donné vie. On y croit quand ils le disent. Mais nous avons aussi piqué pas mal de choses, pendant les répétitions et sur le plateau, à Pete et Vinny, des choses trop bonnes pour ne pas les inclure dans le film. 

J : Ouais. Le problème avec les très bons comédiens qui offrent des performances brillantes c’est qu’après personne ne vous croit quand vous dites que c’est vous qui avez écrit. Tout ce temps passé seul dans mon appartement dégueulasse, aux oubliettes…  

-    Il y a un humour très appréciable qui parcourt votre film, notamment dans les répliques du personnage incarné par l’excellent Vinny Curran. Quels sont les comiques qui vous font rire ?   

A : J’aime juste regarder mes amis qui sont drôles. J’ai cette terrible habitude de me mettre à parler comme mes amis quand je suis avec eux trop longtemps. Je préfère regarder Justin, Pete et Vinny que n’importe quel spectacle de stand-up au UCB [café-théâtres à New-York et Los Angeles, ndlr].  

-    Avez-vous des recommandations de films de genre méconnus qui valent le détour ?  

A : Avez-vous entendu parler de Kill List ? Merde, j’adore ce film ! Ben Wheatley est brillant. 

J : KILL LIST, American Mary, Citadel, The Battery… Il y en a pas mal pour être honnête. Encore une fois, nous vivons une belle époque.  

-    Quels sont vos projets pour l’avenir ?  

A : Hier nous avons finalisé la production d’un court métrage qui devrait faire partie d’un plus vaste projet, et dans quelques mois nous partons pour l’Italie tourner notre prochain film, Spring. Cette fois-ci c’est un genre de drame comique romantique d’horreur et de science-fiction. Comme Resolution, mais avec de l’amour et des vrais monstres. 

J : Nous n’arrêtons pas de travailler. On est TRÈS chanceux. 



Entretien réalisé par mails le 9 août 2013.
Merci à P-E Geoffroy pour son aide à la traduction.




Et pour les anglophones, voici la version originale de l'entretien :

- How would you introduce yourselves to the french audience ? 

A : Bonjour, je suis Aaron. Nous avons fait un film qui est tout aussi effrayant, drôle et dramatique. C'est le film parfait qui vous aidera à avoir des relations sexuelles. Aussi, je suis seul. 

J : Bonjour, je suis Justin et je voudrais être un citoyen de l'Union européenne. 
  

Justin Benson / Aaron Moorhead

- What experience did you have prior to your making movies ? 

A : I started making movies when I was about 14, went to Florida State University to study film, immediately moved out to Los Angeles and met Justin on one of my first days out here. I was a cinematographer and visual effects artist for a while, but always directed on the side as often as I could. But not nearly as often as I should have. Thank god for this movie, now all I do is direct. 

J : I grew up in San Diego, went to UCLA, and then just worked any job that paid to save money to write/direct/edit/etc. films. 

- Who are your favourite directors ? 

A : Alfonso Cuaron, George Clooney, Ben Affleck, Spielberg, Ciaran Foy, Wendig Refn. 

J : Richard Linklater, Peter Jackson, Guy Ritchie, Christopher Nolan, Chan-wook Park 

- What do you think are the reasons why Resolution is not distributed in France ? Has it been shown in other countries and if so how has it been received ? 

A : Rumor has it France will be seeing Resolution quite soon, it just takes a long time for all of the territories to receive each film and set up a distribution plan. It's shown in almost every country in Europe at a bunch of film festivals, and we're humbly surprised to find that pretty much everybody seems to really love it, despite the language/cultural differences. A huge sigh of relief for a pretty chatty horror film. 

- Your movie has been shown in a number of film festivals, especially in the US : what role do festivals play in the process of bringing light to a movie such as yours ? 

A : Actually, it's shown much more internationally than in the USA! It's no coincidence we submitted the film to European international genre film festivals, because the Melies Federation, a gigantic network of those festivals, is very prestigious and has incredible built-in audiences. Although we couldn't compete for Melies competitions (being non-European) we still ended up spending about half of last year in Europe. Not a bad life. As for the role they play, mark my words: festivals are EVERYTHING. We would have no buzz and no careers had this film just snuck out on VOD. Festival programmers and audiences, as well as the press, are absolutely essential to being able to succeed with films like ours. They're the best form of advertising, because there's no angle to it at all. It's just about trying to bring good cinema to people that like good cinema. 

- How do you direct a movie as a duet ? Do you plan on working together again or will you go different ways ? 

A : We truly consider ourselves more just co-filmmakers than co-directors. We both get our hands very dirty in every aspect of production. Whereas Justin is more of the writer, I am more the cinematographer, but one of us doesn't really exist properly without the other. We are much more than the sum of our parts as a co-directing team. Ever since Resolution's premiere at Tribeca we've worked pretty much exclusively as a team, and plan to do so for the foreseeable future. 

J : We're like a writing, directing, producing, editing, sound designing, vfx'ing multi-tentacled massive monster rising from the deep with an increasingly equally dangerous group of collaborators. Including but not limited to our producer David Lawson and our sound mixer Yahel Dooley. 

- Would you call Resolution a horror movie ? 

A : Yes. But we also don't really give much of a damn about genre definitions. What genre it fits into, honestly, is for the marketing team. Our only job is to make a good movie, and we don't think about genre while we make them. But we proudly call Resolution a horror movie, as well as a character drama, as well as a light-hearted buddy movie. 

J : Never thought about until people started asking, but it's fun being the punk outcasts of film marketing terms, so sure, call it a horror film. It is without a doubt a scary film. 




- In our review, we underlined the quality and subtlety of Resolution by comparing it to other films and in particular The Cabin in the Woods, another recent metadiscursive film de genre. What do you think of this other film ? Has Resolution been thought of as a response to Drew Goddard's movie ? 

A : We absolutely love The Cabin in the Woods. When it came out, it was a week before Resolution's premiere at Tribeca, and we realized how many comparisons that would be. Both films take roughly the same starting point, and both have a meta-aspect, but otherwise couldn't be more different. We are proud to be compared to such a fine film, although I'm sure that nobody would watch both and think that one ripped off the other. They're just very different in execution. We think they would make an incredible double feature someday. 

J : The Cabin in the Woods is one of my favorite movie going experiences of the last few years. Those guys killed it. 

- Strangely enough, your film and the new Evil Dead share the same starting point (young people stuck in an isolated cabin in order to save one of them from a drug addiction). What do you think of the current remake "wave", and in a larger sense, what do you make of the state in which lies the US genre film cinema ? There seems to be a wider and wider gap between invisible-but-worthy movies such as yours and budgeted-and-unrisky ones (remakes, reboots, prequels, etc) which often end up being mediocre at best. Do you share this appreciation ? 

A : Remakes and reboots can be good or even great (see Batman), but by and large, they are awful. We're in a very dangerous time where the people with the money are obligated to mitigate financial risk due to such a bad economy, which is completely understandable, but because everyone keeps on going back to the theaters for the franchises they love with unimaginative execution, we are never going to get out of the creative slump that we are in. I think it's up to low-budget indie filmmakers with a lot to gain and little to lose to innovate, and the audiences that want that to vote with their wallets. 

J : In general it would be really cool if investors and especially filmmakers took more risks. Seems like there's this assumption that everything must be an homage. 

- We're under the impression that the system prevents genre films authors to get known, work with larger budgets and find their place in order to bring the genre up and give it back its nobility, like John Carpenter or Dario Argento could, a few decades ago. What do you think of this ? 

A : We are still finding out. Even with the success of Resolution, getting our second film off the ground is more than a full-time job, working at it all the time even with two of us that never sleep. I don't know how hard it was a while ago to make the jump from small genre films to large ones. I do think it is probably easier to make films nowadays, honestly, because there are more people making films than ever with the advent of affordable production and postproduction technology. And genre films are always appreciated in the box office. We've recently seen some incredible successes in low budget horror with The Conjuring, The Purge, and You're Next, so I think it's not really true that the system is out to get us. 

J : Genre filmmaking is better than it has ever been. There are filmmakers working now who are capable of progressing even further what guys like Argento and Carpenter did. And when you look at the box office recently with the movies Aaron said, this is a VERY exciting time. There is some really cool, fresh, thrilling shit coming very soon. 

- We're french bloggers, you're american : do you have an opinion on french horror cinema, as it is today? 

A : I wish I could weigh in if I had more of a scope of it. But unfortunately all I know is the very popular French genre cinema, so my opinion is probably a bit misguided by comparison. I saw Enter the Void recently, which isn't exactly horror, but it was definitely one of the most unique and innovative films I've ever seen. They're doing something right across the Atlantic! 

J : Really respected Frontier(s) by Xavier Gens, and his segment in ABC's of Death was the best one next to Marcel Sarmiento's D for Dog Fight. And Juan Carlos Medina's Insensibles is a WONDERFUL film by a great director. We know he's originally Spanish but he's been in living in Paris for a very long time so let's call him French. 

- French scientists are mentioned in your film : why french ? 

A : (Justin, answer this one) 

J : We wanted to reveal that our unseen antagonist has been detected outside this one area in Southern California. That it is a monster with a international, universal threat. The idea of a Parisian living in a trailer in the white trash boonies of America is fascinating. Also, the Resolution script is slightly inspired by European horror such as The House with the Laughing Windows and The Devil's Backbone. And one of my favorite scenes in Apocalypse Now Redux is the French plantation seen. It's like this odd, creepy ghost story in the middle of a war movie. 
 
- There seems to be an interest for weird fictions in your film. Did you have any literary references when you started writing the script ? 

A : (Justin, you again) 

J : Not really. All of the story stuff from the books, to the slides, to the cave paintings, to the wet plate photography, and so forth, was just to show that our monster has been evolving with the technology of storytelling mediums for tens of thousands of years. As for how weird those fictions are, Aaron and I are deathly afraid of doing something someone has already done. The biggest filmmaking crime to us is failing to be unique. So, yeah, we come up with some weird shit.

- Resolution is crucially centered on metadiscourse : what metadiscursive films do you like the most ? By the way, why did you choose "Resolution" as the title ? 

A : Resolution is a triple entendre. Resolution can refer to the quality or definition of an image, like all of the footage that Michael finds. It also means the mental strength you have when you decide to do something, like what Michael has when he resolves to chain up Chris. Thirdly, the resolution of the story is another word for its ending, which is what the movie is all about. 

J : I actually didn't know what "Meta" was until I started reading the reviews. We were just trying to mind-fuck people and really scare them. 

- These days, a young generation of american filmmakers digging the horror genre has discreetly emerged. People like Ti West, Adam Wingard, Simon Barrett, etc. Do you feel like you belong to this movement ? 

A : Absolutely. We are honored when people consider us among them. They are artists that are finally making an attempt to innovate in genre. 

J : Second that. Great filmmakers. It should also be noted though, Aaron and I didn't meet any of those dudes until very recently. It's pretty fascinating though how we all for the most part sprouted up independently and then audiences found similarities in the work. 

- How do you envision your contribution to the history of genre ? Do you plan on keeping on with fantastic aspects or do you feel attracted by other cinematographic genres ? 

A : We'll just make any movie that we think is good. Whether or not it ends up being a genre film is unimportant, although I think Justin and I both are inherently attracted to things that are fantastic, so more than likely we will always have some genre element weaved into what we're making. We are hoping that Resolution becomes a cult hit after it sinks into the distribution world a little more. 

J : We'll probably never make an homage to slasher movies or anything like that, but we will push the boundaries of innovation in storytelling and film technology as far as we possibly can. We'll make you care about every character so the fantastic aspects work that much better. 

- When watching your movie, one feels constantly surprised by the turns of the story. Was it intentional on your part to move away from standards and confuse the spectator, or was it an unconscious process ? 

A : It wasn't exactly conscious or unconscious. We just kind of have a way that we like to make movies, and it makes sense to us. For example, if a moment is funny even if it's in the middle of what is typically called a "scary" scene, we just do it and it works for us. Life's like that. 

J : We just want to make the funny parts funny, the scary parts actually frightening, and the drama effective. Ignore rules about having jump scares or whatever and remain interesting above all else. 

- Did you make it a rule to film what you wanted to watch ? 

A : Yes. We only want to make movies that we like ourselves. Otherwise, why do it? 

- We particularly enjoyed the dialogue scene in the trailer which relies on Bill Oberst Jr. Can you tell us a few words about this actor ? We think he looks a bit like Roger Waters, from the Pink Floyd. 

A : You're the first person to point that out, but he DOES look like Waters! We had no idea that he was a bit of a horror icon when we cast him, but when he came into the audition with all six pages of his monologue memorized and we realized that we each individually had a previous connection to him by coincidence, he was a shoo-in for the role. His gravitas and intensity is incredible. 

- There is a real alchemy between your two leading actors. Could you introduce them briefly ? 

A : We did a low-budget beer commercial with those two and their lived-in-friendship thing emerged from that. Justin wrote the script with them in mind -- it never was going to be anyone but them. Peter Cilella (Michael) is an actor in LA who has been doing a lot of commercials, shorts, and stage shows. Vinny Curran is an actor in San Diego who might be the funniest and nicest dude on the planet. 

J : Those guys are geniuses. We were lucky enough to get to simply cast the best actors for these rules. It's a rare opportunity and we appreciate them to no end. 

- Were the dialogues entirely (pre-)written or did the actors improvise ? Especially in these more quiet sequences where we see them remember a few anecdotes. 

A : This is a testament to both Justin's writing skill and the actors' talents. The majority of the script was written roughly as it was said, and those two guys onscreen gave it real life. You just believe them when they talk. But we also found a lot in rehearsal and on set from Pete and Vinny that was too good not to include or change. 

J : Yeah. The problem with really good actors giving brilliant performances is that then people don't believe you wrote it. All that time by myself in my crappy apartment right down the drain. 

- There's a very appreciated touch of humour all throughout the movie, especially in the lines of Vinny Curran's character. Are there any particular comics or stand-up comedians that make you laugh ? 

A : I just like watching my funny friends. I have that terrible habit of starting to talk like my friends when I'm around them for too long. Justin, Pete, and Vinny are the guys I'd rather watch than a stand-up special at UCB. 

- Would you have any recommandation of some unknown or underground genre film which we should know about ? 

A : Have you heard of Kill List ? Damn, I love me some Kill List. Ben Wheatley is brilliant. 

J : KILL LIST, American Mary, Citadel, The Battery... There' s a lot right now to be honest. Again, an exciting time. 

- What are your future plans ? 

A : Yesterday we wrapped production on a short film that should be part of a larger project, and in a couple months we head to Italy to shoot our next feature, Spring. This time it's a romance-horror-scifi-drama-comedy thing. Like Resolution, but with love and real monsters. 

J : We never stop working. We are VERY lucky.



August 9th 2013.