22 juillet 2013

Evil Dead

Contrairement à John Carpenter, Wes Craven, Tobe Hooper et tous ces autres "maîtres de l'horreur" dont les classiques ont été revus et corrigés récemment, Sam Raimi s'est pleinement impliqué dans le remake de son Evil Dead et en revendique ouvertement la paternité. Il est donc en plein dans ma ligne de mire, au tout premier rang à la barre des accusés. Car disons-le tout net : cet Evil Dead version 2013 est un des trucs les plus moches et cons qu'il m'ait été donné de voir depuis un bail. On est typiquement en présence de ce que le cinéma d'horreur peut proposer de plus minable et de plus laid. C'est une insulte adressée à tous les amoureux du genre. C'est le genre de films qui pousse mon amour pour le cinéma d'horreur dans ses derniers retranchements, qui me fait me dire "Putain, mais pourquoi tu mates ces trucs-là ?". Evil Dead est une véritable abjection, un film d'une inqualifiable stupidité et d'une laideur de chaque instant. Je me répète déjà...




Bon, que nous raconte-t-on exactement cette fois-ci ? Grosso modo la même chose qu'il y a 30 ans, à quelques menus détails près. Ça valait donc bien le coup de s'y mettre à plusieurs pour écrire tout ça. Trois ou quatre scénaristes, dont Sam Raimi, sont en effet crédités au générique. Après une rapide recherche sur le web, on apprend que la savante Diablo Cody a également été mêlée au projet, sans doute pour apporter sa science pour tout ce qui concerne l'écriture de personnages d'adolescents américains crédibles et vivants. On sait la scénariste experte en ce domaine, depuis Juno, Young Adult, Jennifer's Body et toutes ces merdes révoltantes qui nous proposaient autant de portraits sans aucune épaisseur d'une jeunesse américaine qu'on avait simplement envie d'étouffer sous nos pets. Les personnages, incarnés par des acteurs tous lamentables dénués du moindre charme, sont ici autant de clichés insupportables qui n'existent à aucun instant, de la chair juteuse purement et simplement livrée à l'abattoir. On remercie encore Diablo Cody, la scénariste 2.0, pour son apport, on sent clairement sa patte personnelle...




Une bande de jeunes décident donc de nouveau de passer quelques jours dans une cabane perdue dans la forêt, à l'architecture plutôt inquiétante. On comprend qu'ils sont là pour tenter de faire décrocher l'une des leurs de son addiction à la drogue, en l'empêchant de décamper au premier bad trip. Des tensions naissent aussitôt dans le groupe, certains jugeant cette méthode un peu trop radicale. Un livre maudit est découvert dans le sous-sol (le "Necronomicon" de l'original, qui a ici perdu son nom car la grosse référence à Lovecraft a peut-être été jugée de trop haute volée pour la crétinerie du public cette fois-ci ciblé - l'écrivain de Providence ne s'en porte que mieux). Un personnage, le plus con du lot, lit quelques phrases à voix haute malgré le fil barbelés qui renferme solidement le bouquin et les contre-indications menaçantes griffonnées sur chaque pages. Il réveille ainsi une force surnaturelle malfaisante. Le carnage peut alors commencer pour de bon. Je raconte presque trop bien...




N'étant pas un amoureux de l'original, j'étais tout de même curieux de découvrir ce film dont le maketing avait tout osé. "Vivez l'expérience cinématographique la plus terrifiante" assène la gigantesque tagline sur l'affiche, tandis que les multiples bandes-annonces nous promettaient l'Enfer, un traumatisme assuré, une date déjà inscrite dans l'Histoire du cinéma d'horreur. En vérité, nous avons affaire à un pur produit dont la prétention de l'emballage n'a d'égal que le cynisme glaçant de ses fabricants. On jurerait que ce remake est le fruit d'une paresseuse analyse de marché. "Ils veulent de l'horreur qui tache, ils veulent du gore ?" se sont-ils dit dans les couloirs des studios, "Hé bien, ils en auront !". Assurez-vous de bien avoir débranché vos cerveaux, on vise simplement à vous retourner le bide, pas plus. On imagine aisément une douzaine de gars commandés par Sam Raimi, soucieux de redorer sa statue (lui qui s'était déjà adonné à l'auto-citation couillonne avec l'infâme Jusqu'en Enfer), réunis autour d'une table ronde pour l'opération de rajeunissement de son vieux bébé. A chaque fois que le moins débile de la bande levait la main pour dire "Ah ! J'ai une idée !", les autres l'écoutaient mollement, avant que le plus imbécile du lot ne prenne la parole pour dire "Ok, ok, mais on va essayer de faire encore pire !", et ainsi de suite. Bon, je me fais peut-être des idées, mais le film ressemble vraiment à un collage lamentable de scènes gores sans inventivité, à un déluge de sang et de cris animé par la seule incapacité totale et l'affligeant manque de talent de toute l'équipe aux commandes de ce si triste projet. Et le pire c'est que ça marche ! Le film a rapporté près de 100 millions de dollars pour un budget 10 fois moindre. On annonce désormais pour bientôt la suite du remake dont on ne sait pas s'il s'agira d'une suite à part entière ou du remake de la suite de l'original qui, rappelons-le, était elle-même un remake de l'original par son propre auteur, qui laissait dès son second film ses dernières idées de cinéaste.




On tient là un film dont l'énergie insupportable et le rythme trépidant paraissent totalement fabriqués, calculés, à des années lumières de la spontanéité réelle et rafraîchissante qui faisait le charme juvénile de l'original. C'est un obscène rouleau-compresseur de cruauté crasse et de violence sotte. On y voit entre autres une jeune femme se faire tronçonner la tête depuis l'intérieur, la lame de l'appareil enfoncée dans la bouche, dans un feu d'artifice barbare où éclate joyeusement dans le plan plus de sang que cent corps humains ne doivent en contenir. Une autre jeune femme se découpe le bras à l'aide d'une scie électrique curieusement retrouvée dans la cuisine de la vieille cabane abandonnée, pendant qu'une autre se taillade le visage avec la lame mal affutée d'un couteau rouillé avant que son petit-ami ne décide de lui fracasser compulsivement le crâne à l'aide d'un morceau de lavabo, en pleine hystérie. On regarde ça les sourcils légèrement relevés, profondément consternés et animés d'un mépris grandissant pour toutes les personnes impliquées là-dedans, à commencer par qui-vous-savez. Ces moments de violence sauvage sont filmés avec une complaisance qui fait se poser pas mal de questions. La mise en scène sans aucune personnalité est signée Fede Alvarez, un chicanos choisi par Sam Raimi himself, probablement pour le remercier d'un coup de main rendu pour régler une sombre affaire personnelle dont on ne veut rien savoir.




Le pire, c'est que la surenchère n'est jamais poussée assez loin. Ce n'est strictement jamais drôle, jamais effrayant, jamais dérangeant. Evil Dead 2013 est un sous-Destination Finale écarlate et condensé, auquel on aurait retiré toute espèce de second degré, toute esquisse de drôlerie et d'ironie. Autant dire qu'il ne reste plus rien, sachant que la franchise lancée par James Wong n'est déjà pas connue pour sa qualité... Le film de Fede Alvarez n'a aucun ton identifiable, et c'est peut-être la seule chose qui lui donne un semblant de mystère. On n'est ni dans la parodie ou dans l'humour, ni dans l'horreur véritablement sérieuse et premier degré, mais dans un entre-deux indéfinissable et inconfortable au possible. Bref, on ne sait pas trop où on est, si ce n'est face à une daube d'une envergure assez inédite pour la vague de remakes horrifiques qui n'en finit pas de déferler depuis des années et qui nous avait pourtant habitué à une moyenne terriblement basse.




Inutile de dire qu'on se demande un peu pourquoi un tel film n'a pas soulevé de débat du côté de la censure, quand la violence bien plus mesurée d'un autre, sorti au même moment, Only God Forgives, réalisé quant à lui par un cinéaste, un vrai, était pointée du doigt par nos ministres. Peut-être parce que l'étiquette de "film d'horreur" permet de tout faire passer, tandis que la vision d'un artiste, dont on connaît la radicalité, ne vaut plus grand chose et mérite qu'on s'y attaque. N'y voyez pas là les remarques réactionnaires d'un spectateur trop sensible, je me fiche un peu de tout ça et Evil Dead est un film si raté qu'il n'a strictement rien provoqué chez moi, malgré les litres d'hémoglobines à l'écran et l'enchaînement sans fin de scènes de massacres ridicules. En réalité, je me demande seulement qui peut prendre du plaisir à regarder un spectacle si déprimant et abrutissant. On est au niveau zéro de l'horreur filmée, face à un abîme de nullité aussi misérable qu'incompréhensible.




Par pur hasard, un autre film d'horreur produit récemment nous propose de suivre les mésaventures de personnages qui choisissent, eux aussi, de se cloîtrer dans une cabane perdue dans les bois pour les besoins d'une cure de désintoxication radicale. C'est diablement plus intelligent et original, ça a été fait avec trois euros en poche mais un véritable amour pour le genre, ça s'appelle Resolution et ça ne sortira pas au cinéma. En attendant de le découvrir par d'autres voies et d'en lire la critique par ici, ne perdez pas votre temps devant cet Evil Dead, ce film sans âme dont même les auteurs sont dépourvus car ils l'ont depuis longtemps revendue chez Prix Bas.


Evil Dead de Fede Alvarez avec une bande de cons (2013)

21 commentaires:

  1. Les images foutent déjà la gerbe de laideur, j'ose même pas imaginer le film...

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    1. J'ai sélectionné un petit éventail qui me semblait représentatif. :)

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    2. D'accord avec Simon. Comment as-tu fait pour trouver l'image du vomi ?

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    3. En recherchant bien sur Google Images, notamment sur les sites de tests blu-ray/dvd. J'étais sûr d'en trouver, les personnages se dégueulent régulièrement les uns sur les autres...

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    4. Comme dans "Drag me to hell"... Sam Raimi est l'homme de tous les cumshots, c'est sa signature, et si ce film signé par un autre en est rempli, c'est bien la preuve qu'en fait il est de ce très triste Sam.

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    5. Et ça lui fait une belle médaille à la con...
      En fait, Fede Alvarez est un énorme fan de Sam Raimi et tout particulièrement d'Evil Dead, c'est pour cela qu'il a été choisi. Ça laisse songeur.

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    6. C'est récurrent ces temps-ci. C'est comme John Moore, le gars qui a fait Die Hard 5, dont le seul argument pour concourir au poste de metteur en scène de cette chienlit était : "je suis fana de Bruce Willis et de Piège de cristal", et apparemment ça suffisait.

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  2. Tu m'aurais limite presque filé envie de voir à quoi ça ressemble, j'ai dit presque putain ! On sort de ton papier avec une envie malsaine, pulsionnelle, morbide, de s'envoyer les morts dégueulasses de quelques connards et on se souvient ensuite de l'état dans lequel on serait ensuite, de malaise, de honte, d'envie de gerber, d'envie de tuer... Que putain je le materai pas macash !

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  3. Philippe Baptiste22 juillet 2013 à 21:48

    L'accroche du film est juste. C'est véritablement une expérience terrifiante. J'étais pétrifié par cette daube jusqu'à la fin :p

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  4. Qui est ce Diabolo Cody ?

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    1. C'est un cocktail à base de soda et de sirop, un truc pour les gosses.

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    2. C'est cette chose :
      http://static1.purepeople.com/articles/9/54/19/@/18470-les-stars-tatouees-diablo-cody-637x0-1.jpg

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  5. Article très intéressant sur ce film, signé Dany Colin :
    http://kusanaki.fr/notules/mai-2013/

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  6. Très bon article. Je vous rejoins complètement. C'est nul que ça en peut plus. De la jouissance pour les demeurés.

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    1. C'est vrai que le terme "jouissif" revient régulièrement chez ceux qui ont aimé...

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  7. Excellente critique! :)
    Seulement 2 points me chifonnent : 1 pour la forme et 1 pour le fond!

    - la "scie" electrique n'est autre qu'un couteau à viande électrique si je ne m'abuse, et à moins que ma grand mère ne soit une barbare, il a donc tout à fait sa place dans une cuisine.

    - la comparaison avec Only God Forgives (que j'avoue ne pas avoir vu) n'a pour moi pas lieu d'être pour la raison que tu cites : l'univers est absolument différent!
    Déjà OGF est déconseillé au - de 12ans contre 16 pour Evil Dead.
    Ensuite, pour comparer à Drive du même "artiste"; je suis allé le voir en me fiant aux critiques presses élogieuses, et bande annonces. Et si le film était bien déconseillé au - de 12 ans, la violence relativement brutale et limite gratuite (car visuellement elle ne servait pas l'intrigue) m'a plus que "légèrement" gêné dans la mesure ou elle était passée sous silence par tout le monde.
    Qu'on se comprenne : la violence, le gore, la barbarie, ça ne me gêne absolument pas, mais appelons un chat un chat, et faire la splendide éloge d'un film "profond et réfléchi", tout en passant sous silence une scène de défonçage de crâne au marteau, et une tête pulvérisé au fusil a pompe (pour ne citer que cela) je ne cautionne pas.
    Et je suppose, peut être a tord, que OGF a peut être marché dans les mêmes traces.
    Ce n'est pas parce que "l'on connait la radicalité du réalisateur" que celle ci doit être induite. Avant Drive je ne le connaissait pas (je n'avait pas fait le lien avec Valhalla Rising) et autant dire que sur le coup ça choque. C'est un peu comme si j'était allez voir James Bond et que ce dernier se mettait a dezinguer à la tronçonneuse...
    Evil dead, aussi médiocre soit-il, a assumé sa violence, et est interdit au - de 16 ans. A partir de la, le censurer d'avantage aurait été incompréhensible, le film restant avant tout la vision du réal.

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    1. Merci à toi woodstickboy et bienvenue par ici !

      En ce qui concerne ton 1er point, ce qui me chiffonne, en réalité, c'est que ce couteau à viande électrique dernier cri se retrouve là par hasard dans une cabane abandonnée au fond des bois depuis des lustres. Autrement, l'ustensile en tant que tel a l'air tout à fait utile dans une cuisine, c'est sûr, son efficacité nous est même démontrée. :D

      Pour ton 2d point : tes remarques sont très justes. Ce qui m'avait choqué à l'époque, c'est que OGF provoque des débats sur la censure et Evil Dead aucun (je n'avais même pas vérifié si l'un était interdit aux -12 et l'autre -16). Mais cette remarque était simplement là pour m'amener à cette interrogation sur le public pouvant trouver du plaisir à regarder un tel film. Quant à la place de la violence et son traitement dans la filmographie de Refn, c'est un autre débat, mais il me semble assez inévitable quand on aborde ses derniers films.

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  8. Ceci étant dit, le pire film d'horreur du moment est le suivant :

    http://m.slate.fr/story/93921/politique-culturelle-pellerin

    Donne des envies de suicide.

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    1. Ça fout les j'tons, oui...

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    2. Ouaip, comment se flinguer l'humeur de bon matin.

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