21 août 2013

Michael Kohlhaas

Il est toujours difficile, quand on découvre l'adaptation cinématographique d'un roman que l'on aime, et quand il s'agit de laisser décanter ses impressions, de démêler le vrai du faux, de dégager la part de conditionnement préalable. Comment savoir, dans le cas où tout s'est bien passé, à quel point l’œuvre nous était acquise d'emblée, ou, dans le cas contraire, si nos attentes étaient trop grandes pour apprécier le film à sa juste valeur. Tout bien considéré, le Michael Kohlhaas d'Arnaud des Pallières est une admirable adaptation du court et célébrissime roman de Heinrich Von Kleist (décidément gâté par la postérité, l'écrivain allemand a également été transposé à l'écran par Eric Rohmer dans le sublime La Marquise d'O). Pourtant la gageure était de taille. Projet risqué s'il en est que celui de s'attaquer à un tel travail littéraire et de faire honneur au récit - bref sur le papier mais incroyablement riche en événements et d'une progression dramatique constante - des aventures d'un riche marchand de chevaux parti en guerre pour obtenir justice suite au préjudice causé par un jeune baron contre deux de ses chevaux et l'un de ses valets.




Cette histoire fut écrite par Von Kleist au début du XIXème siècle dans un style très détaché et assez fulgurant de pur rapport juridique objectif, avec syntaxe minimale et narration factuelle (et parfois comique, une fois mise en contraste avec la spirale de violence rapportée), mêlé d'une vague forme de parabole morale digne d'un conte médiéval chevaleresque et grandiloquent à forte portée symbolique, qui n'est pas sans évoquer l'écriture d'un Chrétien de Troyes. Certains critiques se sont plaints que le film ne bascule jamais dans la folie et ne daigne pas se décharger d'une rage démentielle en sommeil, mais l’œuvre de Kleist ne raconte pas l'histoire d'une vengeance irraisonnée, elle fait le portrait d'un homme procédurier, intègre et obstiné, un homme de "principes", tel qu'il se définit lui-même, obsédé par une seule idée fixe et emporté dans un engrenage néfaste pour ne pas la trahir : obtenir réparation et mettre fin au litige avec restitution des biens endommagés, ni plus, ni moins. Et Arnaud Des Pallières parvient, chose qu'on aurait pu croire impossible, à respecter en grande partie l'écriture originelle pour accoucher d'un film sec, tendu, porteur d'un regard aussi distant que puissant. Une forme d'équilibre constant l'écarte certes d'un roman bâti dans sa structure même comme une figure du déséquilibre, où chaque chapitre dévale une marche supplémentaire dans la démesure. Mais Arnaud des Pallières trouve un pendant à cette forme en cascade par laquelle Von Kleist, d'étape en étape, narre les conséquences dramatiques de chaque nouvel événement avec un souci d'exhaustivité et d'exagération notoire, dans des ellipses conséquentes qui surprennent presque tout autant et créent un sentiment similaire de précipitation, de détermination et d'irréparable. Si bien que le film conserve l'essence du roman tout en le transformant nécessairement, et allège son modèle narratif d'un certain nombre d'épisodes pour lui conférer un surplus d'intensité dramatique et émotionnelle en quittant le surplomb analytique et synthétique de Kleist, ainsi que son regard d'ensemble, pour nous placer au cœur des choses, au plus près des moindres frémissements.




La performance de Mads Mikkelsen n'est pas pour rien dans cette puissance souterraine du film. Les traits de l'acteur danois portent en eux seuls toute l'inflexible droiture de Michael Kohlhaas, ce héros qui ne semble frayer avec la passion que par souci de rétablir l'ordre. Le charisme rentré de Mikkelsen, sa beauté fascinante, presque effrayante, disent "l'excès de vertu" (pour reprendre les mots de l'écrivain allemand) du personnage imaginé par Kleist, ce marchand de chevaux et père de famille probe que cette probité même conduit au meurtre. Le regard perçant de Mikkelsen attise le nôtre, et l'homme, sa prestance, son corps, son allure, justifient entièrement que des foules de paysans puissent le suivre dans la dérive les yeux fermés, ou qu'une princesse veuille s'y mesurer. L'acteur est sidérant, et Arnaud des Pallières lui donne l'occasion de l'être, de toutes les façons possibles. Dans une séquence de dialogue et d'émotion brute, quand Kohlhaas parle pour la dernière fois à sa fille, on saisit en quelques secondes et par la seule force du jeu de l'acteur (qui parle à peine français !) l'absurdité, voire l'horreur de la pourtant légitime entreprise d'autojustice du personnage, avec peut-être plus d'acuité encore que dans le monologue de Martin Luther (Denis Lavant), qui explicite pourtant plus directement ce grand sujet du roman, par lequel le film se confronte à quelques préoccupations majeures de notre temps : le manque de justice sociale impacté par une classe dominante rompue aux abus de pouvoir, au népotisme et à la corruption ; ou la question des concepts mêmes de résistance et de terrorisme, parfois plus frontaliers qu'on ne le voudrait.




Dans le film comme dans le livre, cette scène de la rencontre avec Luther, aussi importante soit-elle en termes d'idées, rompt le rythme instauré jusque là et crée une rupture dans l'économie narrative de l’œuvre. Peut-être plus encore dans l'adaptation d'Arnaud des Pallières, car le cinéaste semble s'efforcer, après des films plus directement cérébraux et à lourds dispositifs (Adieu, Parc), de fuir le théorique au profit non seulement du romanesque mais du sensible, du pur figuratif. C'est peut-être pourquoi le cinéaste, qui fait le pari de ne pas représenter les exactions barbares de l'armée de Kohlhaas (avec massacre de populations civiles et destructions de villes entières), immédiatement significatives de sa culpabilité, fait passer cette dernière dans les seuls visages de ses comédiens, celui de Mads Mikkelsen s'adressant à sa fille (Mélusine Mayance) dans la séquence citée plus haut, mais aussi ceux de son entourage, ces visages qui le fixent, qui l'admirent et le détestent tout à la fois (les portraits que le cinéaste dresse de Denis Lavant, David Bennent, Bruno Ganz, Jacques Nolot, David Kross, Roxane Duran ou les frères Capelle sont pour le moins parlants). Dans une autre séquence justement, de pur portrait cette fois-ci, juste avant la fin, le cinéaste filme son acteur muet et inactif en gros plan de longues minutes durant, composition idéale pour, comme on dit, "voir ce qu'il y a dans le bonhomme". Et Dieu sait qu'il y en a là-dedans : filmé plein cadre, de face, sans broncher, Mikkelsen parvient, par les seules inflexions de son visage, sans un mot, de façon absolument étonnante, à nous laisser pénétrer l'esprit d'un condamné à mort sur l'échafaud, conscient de penser pour la dernière fois, de voir pour la dernière fois, de respirer pour la dernière fois. On se contente de regarder le visage de l'acteur et soudain nous traverse la conviction de penser et de ressentir tout ce que doit éprouver un homme sur le point de mourir.




Dans une troisième séquence, l'une des plus belles du film, bien antérieure dans le récit, c'est le corps entier de l'acteur, bouillonnant, écumant de cette colère compacte et dirigée que le cinéaste a la superbe idée de ne jamais faire éclater, qui, plus que jamais, devient le nœud de la guerre du film d'Arnaud des Pallières. Au terme du premier assaut de sa troupe contre le château du baron (filmé avec génie), Kohlhaas erre seul parmi les cadavres qu'il retourne un à un pour en vérifier l'identité, à la recherche de celui qui a outrepassé ses droits et lui a causé du tort. Filmé dans une suite de plans serrés, dans l'obscurité du donjon, quelques mèches de cheveux dans les yeux, le visage, taillé à la serpe et aux formes si saillantes, noirci et ruisselant d'une sueur épaisse qui trace des sillons sur sa peau tannée, piétinant dans un espace étroit, inspirant et expirant lourdement et régulièrement au milieu du bourdonnement des mouches dans un souffle qui donne sa pulsation à toute la mise en scène, Mikkelsen se transforme littéralement en cheval fiévreux sous la caméra prodigieuse du cinéaste. Arnaud des Pallières, au-delà du respect remarquable à une œuvre pour ainsi dire inadaptable, d'une littérarité totale, transforme le roman en événements cinématographiques à part entière, et pour tout dire sublimes. Faisant preuve d'une maîtrise rare de son art quand il filme le visage si unique de son héros reflété dans les paysages de western français qu'il habite et arpente, Arnaud des Pallières brille aussi par son travail sur le son (des scènes entières reposent sur le souffle du vent, celui d'un personnage, la voix de Mads Mikkelsen ou celle de Denis Lavant, le cahot des sabots ou celui d'un charriot), sur l'image (les mouvements des chevaux redoublés par ceux des nuages sur la lande sont hypnotiques) et sur le montage (tous les plans sans exception sont coupés au cordeau, et les ellipses dans la structure du récit font montre d'une grande précision et d'une infinie justesse). Chaque scène du film bénéficie à vrai dire d'un travail remarquable sur chaque élément qui la compose, à l'instar, pour ne prendre qu'un exemple supplémentaire, de la scène où la petite Lisbeth s'élance vers le domaine de Kohlhaas, où sa mère est mourante. Mais ce n'est qu'un exemple, et il suffirait de revoir le film pour en vouloir citer cent. Arnaud des Pallières confirme qu'il est un très grand cinéaste, et Michael Kohlhaas s'impose comme l'un des très grands films de cette année.


Michael Kohlhaas d'Arnaud des Pallières avec Mads Mikkelsen, Mélusine Mayance, David Bennent, Delphine Chuillot, Denis Lavant, Bruno Ganz, Jacques Nolot, David Kross et Roxane Duran (2013)

46 commentaires:

  1. Ça donne fichtrement envie de le voir !
    Ton bel éloge de Mads Mikkelsen, acteur décidément à part, me ravit !

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  2. Ouep, superbe film, et ta critique lui rend un bel hommage.

    Ca fait plaisir de voir qu'on a une bonne pelleté de cinéastes français qui nous offrent régulièrement de très grands films, de Resnais à Guiraudie en passant par Hansen-Love, Kechiche, Bonello, Desplechin, Carax, Ameur-Zaïmeche et bien d'autres, le cinoche béret-baguette, toutes générations confondues, se porte putain de bien !

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    1. Vincent Mauvaisodorat25 août 2013 à 13:24

      Et pendant ce temps, les Cahiers font leurs couv' sur Star Trek...

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  3. Je suis allée voir ce film lundi. Je n'avais pas lu le livre (et je n'ai pas l'intention de le lire, le film me suffit). L'acteur principal est effectivement impressionnant. Tout le film repose sur lui. Les images sont belles et personnellement j'ai apprécié d'entendre le bruit du vent, le souffle des chevaux... Comme je ne connaissais pas l'histoire, en regardant seulement le film, je n'ai pas compris le passage de conversation avec le religieux (j'ai pensé mais qui c'est celui là ?) Je n'ai appris qu'après en cherchant sur le net que c'était Luther (!). Je suis contente d'avoir vu ce film parce que cela a poussé ma réflexion sur les notions de justice, de pouvoir et de Pouvoir....

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  4. Tu m'as filé un coup de pied au fion en direction du cinoche le plus proche. A te lire et à songer, on s'imagine un brin les Chants de Mandrin et celui-ci, avec Faust et quelques autres, représenter une nouvelle modernité de l'adaptation littéraire des siècles pré-modernes. Et puis on pense à Tarantino, surtout quand tu dis que certains critiques auraient aimé voir la rage déferler. Kohlhass, l'anti Django d'une certaine manière ?

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    1. Kohlhaas fait parfois penser aux Chants de Mandrin d'ailleurs, de loin, et le petit rôle tenu par l'excellent Jacques Nolot aide à y penser.

      Kohlhaas anti-"film de vengeance débile" en tout cas, ça c'est sûr.

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  5. Superbe film et définitivement un de mes préférés de cette année. Par contre je l'ai trouvé parfois un peu bordélique au niveau de sa narration avec des ellipses brutales et un montage que je trouve parfois tranché à la serpe(comme le visage de MM donc). Par contre tu fais bien de noter la puissance de Mikkelsen. C'est finalement rudement difficile à trouver, un acteur qui sait passer autant d'émotions par un regard (il faut vraiment voir les quinze/vingts dernières minutes qui sont fabuleuses). Comme tu le dis le film arrive judicieusement à éviter d'être le film de vengeance débile et crétin que l'on pourrait s'attendre à voir car toute la violence (ou la majeure partie du moins) se fait hors champs.
    En fait, par moments je me suis presque ennuyé dans certaines scènes (perso l'attaque du chateau a été un peu rude à digérer pour ma part) mais j'en suis ressorti purgé des merdes vues au cinéma ces derniers temps (blockbusters). J'ai presque envie de retourner le voir en fait car ta critique m'y pousse.

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    1. C'est typiquement sur les questions de montage et de narration que s'immiscent les questions évoquées au début de l'article (le film paraît-il plus clair aux lecteurs du roman qu'aux autres ? etc.).

      Étonnant ce que tu dis sur la scène de l'attaque du château, que je trouve particulièrement brillante et surtout, prélevée sur l'ensemble du film, particulièrement haletante.

      J'ai presque envie de retourner le voir moi aussi !

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  6. La même histoire, version western:
    http://tepepa.blogspot.fr/2010/04/la-traque-sauvage.html?m=0


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  7. Que dire sinon que je n'ai pas du tout été accroché par ce film que je trouve par ailleurs légèrement pompeux, mal monté, par moments incompréhensible avec une caméra coincée la plupart du temps entre le visage et l'abdomen...Ce fut pour moi un véritable calvaire. Comme je n'ai pas pour habitude de sortir d'une salle (même si ça m'est arrivé il y a longtemps avec "Sans toit ni loi" de Varda et "Police" de Pialat), j'ai rongé mon frein, ne souhaitant qu'une chose, c'est qu'on en finisse une fois pour toutes...Mais que ça fait du bien quand ça s'arrête...

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  8. Jon Dahl Tomasson27 août 2013 à 22:47

    Je pensais que c'était la version danoise de Cold Case... Déçu !

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  9. Quel saint homme, ce Mads :
    http://www.echo-regional.fr/2013/09/04/mads-mikkelsen-en-surprise-au-cinema-les-toiles/
    Faut dire qu'il devait avoir envie de causer cinoche après être passé au Grand Journal...

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  10. Absolument d'accord même si j'ai raté plein de films cette année Michael Kohlhass est une grande réussite, Des pallières explore le montage et la forme ce qu'on n'a pas vu depuis longtemps dans le cinéma. Si vous voulez vous pouvez jeter un oeil à ma critique. http://silverparticules.blogspot.fr/2013/09/michael-kohlhass-arnaud-des-pallieres.html
    cheers
    V.

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  11. Ce film est passionnant de bout en bout.Ce n'est pas seulement une histoire peu commune (un peu embrouillée, je le reconnais) mais surtout l'atmosphère rude et sauvage à laquelle Mads Mikkelsen rend hommage par son jeu subtil. La camerawoman, Jeanne Lapoirie, quand à elle, n'a pas manqué de souligner les moindres jeux de lumière et de vent qui font de ce film un "tableau" extraordinaire.

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  12. Beau film et cette critique lui rend un hommage terrible.
    J'aurais aimé avoir lu le bouquin avant de le voir. J'aimerais, à présent, découvrir le bouquin, et revoir le film, car j'ai l'impression d'avoir manqué des trucs du coup, de ne pas avoir su suffisamment bien combler des espaces laissés libres par Des Pallières, en quelque sorte et, une chose est sûre, de ne pas avoir pu l'apprécier à ta façon. Car le film est parfois assez décontenançant, à cause des ellipses dont tu parles notamment, quand on ignore vers où va le récit. Mais bien sûr ça ne m'a pas empêché de l'aimer.
    La scène de la rencontre avec Luther est particulièrement réussie.
    La fin est très belle.
    Comme tu l'as souligné aussi, le travail sur le son est impressionnant. J'ai beaucoup aimé la scène juste avant l'assaut du château, où chacun s'arme et se prépare, rythmé par le halètement des chevaux.
    Par contre, ça fait deux films que je mate à la suite où mon idole Mads Mikkelsen finit décapitée. Ça me mine un peu... Dans le prochain, je veux le voir vivre heureux et avoir de nombreux enfants...
    En tout cas, ce rôle-là, ainsi que celui qu'il interprète avec beaucoup de talent dans le beau Royal Affair, ça situe l'acteur et l'intelligence de ses choix. Quel gars !

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    1. Je pense que l'aspect décontenançant dont tu parles s'estompe forcément à la seconde vision et que le film gagne alors en ampleur (si c'est seulement possible !). Et je te recommande effectivement la lecture du livre : une merveille.

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    2. Putain de TANK, le spoiler sur la décapitation !

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  13. Enfin vu, et je vous rejoins en tous points. Superbe film, dont je ne m'explique pas l'absence quasi-générale des palmarès de fin d'année.
    "On pourrait citer cent exemples", mais les 3 scènes que tu cites Rémi (la mort de la femme, le dernier dialogue avec la petite fille, la scène finale) m'ont particulièrement frappé aussi. Sûrement les plus belles du film.
    Et pour moi qui ne l'avait vu que dans l'immonde "La Chiasse", Mads Mikkelsen est une sacrée découverte !

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    1. TANK is Mad about Mads10 janvier 2014 à 23:54

      Je viens de calculer : je l'ai déjà vu dans 12 films, dont 4 fois chez votre cinéaste danois préféré, qui est celui qui l'a lancé et qui lui a offert l'un de ses plus mémorables rôles. :)

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    2. Simon > L'absence de ce film dans la quasi-totalité des classements de fin d'année (dignes d'intérêt s'entend) est une chose que je ne m'explique pas non plus.

      L'an passé "La Folie Almayer" a subi le même sort injuste. Quant aux "Chants de Mandrin", un peu plus cités, ils n'ont pas vraiment eu les honneurs qu'ils méritaient. Le cinéma français est selon moi nettement au-dessus de la mêlée depuis quelques années, mais il peine tristement à se faire remarquer.

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  14. J'ai bien aimé le film, mais pas autant que je ne l'aurais souhaité. Chipotons donc. Je trouve dommage que, lorsque un cinéaste s'engage sur un terrain a priori délaissé voire méprisé par le « cinéma d'auteur » français, à savoir, pour le dire vite, celui de l'action physique et de l'aventure épique, il érige trop souvent un rempart d'austérité d'inspiration vaguement dreyero-bressonnienne, certes infiniment plus aimable que le fétichisme melvillo-michaelmanno-scorsesiano-johnwooesque dans lequel s'engluent régulièrement les tentatives de thrillers à la française, mais dont le masque de dignité n'en reste pas moins un peu facile à mes yeux. Par ailleurs, je suis comme tout le monde séduit par le visage taillé à la serpe de Mads Mikkelsen, mais il me semble que le film se laisse trop fasciner par celui-ci (on pourrait appeler cela le « syndrome Passion de Jeanne d'Arc »). Dans mon souvenir (j'ai vu le film la semaine de sa sortie), une scène m'avait vraiment convaincu : celle de la naissance du poulain.

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    1. Filmer un poulain qui nait vraiment, je ne vois pas où est l'exploit.
      Tu mets bien le doigt où ce film fait mal: son incapacité à filmer les moments d'action avec talent. C'est sûr que ce n'est pas le propos du film, c'est plus un film d'auteur qui se passe au moyen-âge, mais tant qu'à faire quand il y a des scènes d'attaque avec coup d'épée, arbalètes dans le flanc et j'en passe, c'est tellement dommage de NE PAS SAVOIR les filmer et d'en faire des passages où le montage est d'une laideur à pleurer. J'en ai vu qu'une grosse demi-heure, j'espère avoir le courage d'en voir la suite mais la prise de son spectaculairement catastrophique ne me donne pas envie de passer le reste du film à tendre l'oreille pour essayer de comprendre les borborygmes dano-français de Mads entourés d'un vent d'ouest digne de la tempête de 1999.

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    2. Bonjour,
      Je n'ai pas parlé d'exploit à propos de la scène de la naissance du poulain. Et il est tout aussi possible de louper une telle scène qu'une scène de bataille. Dans mon souvenir, Des Pallières parvenait à quelque chose d'assez beau du point dans la progression rythmique de cette scène, qui n'était pas la simple mise en boîte d'un phénomène naturel. Enfin, « tendre l'oreille pour essayer de comprendre les borborygmes dano-français de Mads entourés d'un vent d'ouest digne de la tempête de 1999 », cela me semble quand même très exagéré... (Même si j'ai bien compris qu'il s'agissait d'humour.)

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    3. Je suis presque sérieux en disant ça, c'est incompréhensible.
      Par contre je déconnais sur la scène du poulain, elle est chouette.

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  15. Hamsterjovial > On pourrait se plaindre du systématisme de cette tendance "dreyero-bressonienne" si les "films d'auteurs épiques" (pas si nombreux) qui en portent la marque étaient ratés, se limitaient à cette influence et n'en tiraient rien d'autre qu'un style préfabriqué. Or, pour prendre les deux films récents les plus importants qui correspondent à ces critères, soit "Les Chants de Mandrin" et "Michael Kohlhaas", on a affaire non seulement à deux immenses films mais à deux films qui sont loin de se limiter à l'emprunt d'un style référencé sous influence bressonnienne. Et quand bien même on le penserait du dernier film de Rabah Ameur-Zaïmeche, s'approprier ainsi Bresson et le pousser à ce point ailleurs, c'est ni plus ni moins admirable.

    Et pour parler plus précisément de "Michael Kohlhaas" (à noter qu'Arnaud des Pallières se revendique davantage d'Anthony Mann que de Bresson, même si les intentions d'auteur ne font pas tout), le "rempart d'austérité" et le "masque de dignité" dont tu parles sont immédiatement appelés par le texte adapté, et plus globalement par l’œuvre elle-même, par le propos du film, par la figure même qui en porte le nom, ce personnage fascinant de Kohlhaas, qui est un être tout sauf passionné, contrairement à ce que suggèrent ses actes. Il s'agit de filmer un homme austère et digne, très précisément, un homme de principes, un simple marchand qui exige réparation de ses biens et qui est prêt à tous les débordements pour que justice soit rendue.

    Et si filmer le visage d'un acteur ici aussi prodigieux que Mads Mikkelsen en parvenant à transmettre mille idées et deux mille sentiments, si parvenir à donner au personnage mythique de Kohlhaas un visage qui désormais en est indétachable, si donner du corps et des traits à cet homme austère, à cet "excès de vertu" qui remet à lui seul en question la notion de justice, c'est de la "facilité", alors j'aimerais que tous les films usent et abusent de cette facilité qui me paraît au contraire le comble du difficile.

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    1. Comme on dit (affreusement), « j'entends bien » tes arguments, Rémi, et pourtant je ne parviens pas complètement à les faire miens. Par exemple, je ne saisis pas vraiment l'intérêt qu'il y a à ce que, pour le dire trop vite et au risque de caricaturer ton propos, un film dont le protagoniste est austère doive lui-même l'être, et de façon plutôt ostensible. J'admets plus volontiers que cette austérité tienne au style de Des Pallières en général, quel que soit le sujet abordé, et je confesse n'y avoir jamais complètement souscrit (même dans 'Diane Wellington', par exemple, qui est pourtant lui aussi un beau film).
      Mais j'y reviens toujours en dernière instance : je m'en voudrais de chercher à gâcher l'enthousiasme cinéphile quand il est là, aussi je préfère ton bel enthousiasme face à ce film à mes petites chipoteries (chipotages ? chipolatas ?)...
      (Ah si quand même, au passage : j'ai un peu de mal à voir où qu'il est vraiment, l'Anthony Mann, dans l'affaire.)

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    2. Certes, c'est bien pour ça que ce n'était qu'une parenthèse où je précisais que les intentions d'auteur ont leurs limites.

      Par ailleurs je précise que je n'ai pas dit qu'un film basé sur un personnage austère devait l'être lui-même, je dis simplement que, pour le coup, Des Pallières, qui est un cinéaste plutôt sérieux, on est d'accord, sait ce qu'il adapte, en l'occurrence un roman célébrissime au ton détaché, froid, distant, sévère.

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  16. Sezyx > Je trouve au contraire que la scène de bataille du film (je suppose qu'on parle de l'attaque du château où les chevaux et le valet de Kohlhaas ont été maltraités), est un modèle de montage. Quant au travail sur le son, c'est l'un des tours de force de ce film (une constante chez Des Pallières), y compris quand le vent souffle : on aurait presque le sentiment qu'ils nous enveloppe depuis l'écran (mais je peux comprendre qu'une victime traumatisée de la tempête de 1999 ait du mal à le supporter).

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    1. J'ajouterais que ce traitement peu conventionnel du son (la mise en avant du vent, le mixage de la musique, les accents parfois difficiles des comédiens...) est précisément une des qualités principales du film. Je ne me souviens plus exactement de la façon dont il l'avait formulé, mais Godard disait être très dérangé par ces films contemporains "surmixés", où tout est fait pour que tout s'entende "bien", où on gomme les bruits de bouche des comédiens, où tout est lissé, sur le même plan... Rares sont les films, de nos jours, qui osent se démarquer sur ce point. Michael Kohlhass en fait partie et il en résulte des moments inoubliables.

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    2. Je comprends tes arguments, mais je pense sincèrement que tu as tort, surement aveuglé par ton besoin d'adorer à tout prix un bon film ayant des défauts certains, notamment celui de filmer les scènes d'action et de faire entendre lisiblement des dialogues qui peuvent permettre de mieux comprendre la trame de ce film. C'est pas parce que "tu trouves que c'est infiniment bien filmé" et que les bruit du vent est "infiniment bien rendu" que c'est vrai pour tout le monde. Tant mieux pour toi si ça ne t'as pas gêné.

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    3. Certes, je te rejoins sur cet argument de godard, tout à fait, c'est horrible ces bandes son artificielles, mais y a des limites! Et là, la limite est dépassé pour mes tendres oreilles. Vous pouvez le comprendre ça oui ou merde???

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    4. J'ai compris que dalle à la scène de l'attaque du château, qui reprend tous les mauvais cotés des scènes d'actions hollywoodiennes avec plein de gros plans et surtout presque aucun repère géographique, ni même de temps. Ces scènes m'agacent profondément, y'a au moins 10 minutes de grosse confusion, et c'est même pas une confusion "poétique" qui nous transporte malgré nous, c'est juste 10 minutes que je passe en me disant "putain ca m'énerve". Du coup j'ai du mal à piger le "filmé avec génie". Ils font tous ça, et c'est nul.
      C'est le gros point noir du film, que j'ai bien aimé par ailleurs... Les moments de contemplation du personnage, la bataille vue "de loin", c'est cool. Le discours du théologien, très bon aussi, et le message en général est celui qui me tourmente chaque jour.

      Par contre quand on sait que Des Pallières voulait montrer la décapitation, ça la fout mal.

      Dans mon top 2013, il serait un poil au dessus de tel père tel fils mais à des kilomètres de la Vie d'Adèle.

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    5. Oui, Des Pallières explique même qu'il imaginait vaguement un plan assez cliché sur la tête de Kohlhaas roulant sur le sol, mais il n'a pas pu le tourner et a donc cherché une issue à son film pendant un moment, avant que son assistante monteuse ne lui dise de bien regarder les rushs du plan sur Mikkelsen dans son intégralité. Il a alors senti qu'exploiter ce plan dans toute sa durée, et qu'utiliser métaphoriquement la "coupe" du montage (le noir avant le générique) pour suggérer la décapitation, était beaucoup plus fort que ce qu'il avait pu imaginer au départ. Mais tout ce qui compte c'est le film tel qu'il est maintenant, fini. La fin est absolument brillante, on se fout de savoir ce que le réalisateur avait imaginé au départ du départ. On regarde un film pour ce qu'il est, pas pour les intentions premières de son auteur. C'est une autre chose que dit volontiers Des Pallières d'ailleurs, qu'il a du mal avec les critiques qui parlent du film qu'ils auraient pu/failli/voulu voir. Donc non, ça ne la fout absolument pas mal. C'est très surprenant, quand on sait la beauté de cette fin, de savoir que le cinéaste a bien failli ne pas la réaliser telle quelle, mais ça ne la fout pas mal.

      Je ne reviens pas sur la scène de bataille, qu'il me faut revoir, mais permets-moi d'exprimer mes doutes les plus sincères sur ce point : "Ils font tous ça, et c'est nul."

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    6. Je critique pas en soi, comme tu dis le film est comme ça, et personne ne jugera Des Pallières sur ce qu'il voulait faire, mais sur ce qu'il a fait.
      C'est juste que ça m'a un peu attristé, lui qui montre - ou cache - si intelligemment la mort ou la mise à mort, qu'il puisse penser à ça!

      Quant à la scène de la bataille, quand je dis "ils font tous ça", je parle de ces plans serrés, où on a aucun repère géographique. Très franchement, on ne sait pas ce qu'il fait dans cette maison, on ne sait pas qui est ce mec qu'un autre mec laisse partir, on ne sait où sont les deux mecs qui semblent garder une entrée... Et enfin la descente des escaliers... RIEN PIGÉ. Le seul repère géographique qu'on, c'est peut-être le bruit des mouches. C'est quand même filmé et surtout monté à la manière de n'importe quel épisode de 24. Peut-être quand on a lu le bouquin, on sait ce qu'il vient faire, et chez qui, mais sans ce repère, on est bien embêté.

      Par contre plus tard dans le film, il filme de manière magnifique une attaque de convoi, du point de vue de Kohlass, au loin, du haut de la colline. C'est pour moi l'un des plus beaux plans du film.

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  17. Mads Mikkelsen peut porter un pull comme aç : http://adsmikkelsen.tumblr.com/post/77382003052/mads-mikkelsen-looking-hella-nice-in-his-on-set sans être ridicule.

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  18. Bel hommage à un film et surtout à un acteur qui méritaient mieux.

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  19. Ce film c'est un épisode de Game of Thrones. Et loin d'être le meilleur.
    The Hound

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    1. Aures habet, et non audiet18 septembre 2014 à 12:55

      La lobotomie opérée par toutes ces séries merdiques est donc totale et bloque jusqu'au plus élémentaire discernement. Permettez-moi de vous rebaptiser séance tenante "The Schpountz".

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    2. The Schpountz, si vous le désirez18 septembre 2014 à 13:12

      Pourtant, tous les détails qui ont tant plu à l'auteur dans ce film, se retrouvent dans la série.
      L'histoire elle-même aurait tout sa place dans le jeu. La narration, le parti-pris régulièrement de ne pas montrer les scènes de bataille et leur horreur - même si les effluves de sang sont aussi bien présentes, la distance prise par le réalisateur sur les évènements, tout en amplifiant pas une "escalade", les petites affaires politiques, la grandeur des personnages et le poids qu'ils portent rien que sur leurs visages...

      N'est-ce pas la lobotomie opérée par un anti-séries "populaire" ?

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    3. On peut comparer beaucoup de choses sur la base de quelques éléments, sans que ce soit toujours pertinent. "Michael Kohlhaas", par certains aspects, évoque, et à plusieurs reprises, "Braveheart". J'ai été client du film de Mel Gibson dans mon jeune âge, aussi loin de moi l'idée de le conchier aujourd'hui sans vergogne, mais plus loin encore l'idée de le considérer comme je considère le film d'Arnaud des Pallières. Pire, sur la base des éléments/détails communs aux deux films, la comparaison, évidemment permise, enterre le film de vengeance médiéval de Gibson sans ménagement.

      Ca me rappelle Serge Daney à propos de ces petits malins, dans les années 80, qui mettaient sur un même niveau des séries comme Dallas et l’œuvre d'Homère, quand ils ne plaçaient pas carrément les premières au-dessus du second. Daney concluait en rappelant cette vérité que, depuis toujours, il n'existe, en grossissant le trait, que quatre ou cinq histoires qui tournent en boucle, mais si nous ne sommes plus capables de voir la différence entre Dallas et L'Odyssée, comme entre Game of Thrones et Michael Kohlhaas, on est mal barrés.

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    4. La corneille à trois yeux18 septembre 2014 à 13:36

      Exactement! La pédenterie est prégnante!

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    5. The Schpountz, si vous le désirez18 septembre 2014 à 13:57

      On peut ainsi refuser toute comparaison en citant Daney, qui cite deux œuvres fondamentalement différentes. On contourne facilement la discussion. Avez-vous d'autres arguments qui empêchent réellement cette comparaison, ou alors Daney est votre bouée? Parce que j'ai donné des arguments, et je pense que la comparaison de certains plans (le dernier du film notamment, mais aussi les batailles, les gros plans sur les personnages) entre les deux œuvres n'est pas stupide.
      Ici je fais référence à une série pour comparer un film, alors certes il y a de quoi différencier les deux exercices de style, mais je ne pense pas qu'on puisse éloigner ces deux œuvres autant que Dallas et l'Iliade.
      Mon premier message était volontairement provocateur, j'ai bien aimé le film, me retrouvant dans l'article mais également dans les réserves émises en commentaires.

      Au fait j'ajouterai simplement, que ceux qui ont aimé Michael Kohlhass pourraient aimer Game of Thrones, pas seulement pour la comparaison, car Game of Thrones contient bien plus d'éléments que MK (et ça, je ne peux pas savoir si vous l'apprécierez ou non, car elle aussi a ses défauts).

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    6. Je viens de finir GoT, et je ne trouve pas la comparaison si honteuse, dans l'atmosphère, dans la mise en scène... A ceci près que l'histoire de Kolkass ferait au contraire une excellente histoire dans la série !

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    7. Je n'empêche pas la comparaison, au contraire, je l'encourage, et j'en fais même une autre. Ce n'est pas la comparaison que je vous reproche (pas plus que Daney du reste), c'est précisément le ton provocateur (c'est ainsi que vous le nommez) de votre premier commentaire, qui donne envie de vous répondre comme Daney répondait aux provocateurs (l'étaient-ils seulement ou était-ce pure bêtise ? c'est un autre débat) qui prétendaient que Dallas était un équivalent moderne, télévisé et sérialisé des textes d'Homère, justifiant par la seule mise en relation d'éléments soi-disant communs aux deux objets leur qualité égale. Sans cette provocation j'aurais pu faire un tout autre accueil à votre comparaison, qui aurait même pu me donner envie de découvrir plus avant la série Game of Thrones (dont je n'ai croisé que quelques épisodes qui, je dois l'avouer, ne m'ont pas le moins du monde intéressé).

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    8. Pour avoir maté et apprécié les deux, y'a un tout, tout petit truc oui, tout petit.

      @ "The Hound" (autrement dit "le teckel") :
      "le parti-pris régulièrement de ne pas montrer les scènes de bataille et leur horreur" : Dans GoT ??? L'économie de tout réservoir potentiel à scènes trash dans GoT m'a un peu échappé... Peut-être regardez-vous la version diffusée sur Gulli ?

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    9. « Le parti-pris régulièrement de ne pas montrer les scènes de bataille et leur horreur - même si les effluves de sang sont aussi bien présentes, la distance prise par le réalisateur sur les évènements, tout en amplifiant pas une "escalade", les petites affaires politiques, la grandeur des personnages et le poids qu'ils portent rien que sur leurs visages »

      —> J'y suis, c'est de 'Cléopâtre', de Mankiewicz, dont vous parlez !

      Je vous taquine, Cersei / The Hound / The Schpountz (gare aux troubles de la personnalité multiple), mais c'est juste pour souligner qu'un ensemble d'arguments à longue vue (le fait de considérer un film ou une série à trop larges traits) peut équivaloir, en fin de compte, à une argumentation à courte vue. Ceci étant dit, vous aviez peut-être des éléments de comparaison plus précis et probants, et puis je n'ai pas vu 'Game of Thrones'. Sans en être client outre mesure, je n'ai rien contre les séries télé, mais tout ce que j'ai entendu de celle-ci m'a fait penser, à tort ou à raison, à un jeu de rôle médiéval. Et comme j'ai toujours détesté cela...

      J'avais lu quelque chose sur un type fou furieux de 'Game of Thrones' qui aurait complètement changé de vie sociale et professionnelle et organisé l'intégralité de celle-ci (en particulier en ramenant ses relations et communications au strict minimum) à seule fin de ne pas se faire « spoiler » sa série chérie. À ce point d'idolâtrie, il y a de quoi s'poiler, en effet...

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