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22 mai 2021

Oxygène

Voilà déjà quelques jours que les abonnés Netflix ont la chance de pouvoir découvrir Oxygène, le nouveau film d'Alexandre Aja. Quelques jours, c'est peu, mais à l'ère des réseaux sociaux et des sites de notations à tout-va, c'est aujourd'hui suffisant pour évaluer l'accueil réservé à une telle sortie. Nul doute que plus personne ne se souviendra d'Oxygène dans quelques années, que dis-je, quelques mois ; mais, à J+10, force est de constater que, malgré la nullité quasi totale du film en question, les retours ne sont pas si négatifs, ils sont même globalement positifs. Oxygène a été reçu avec un certain enthousiasme, mesuré, certes, mais bien réel. Longtemps après l'accueil, déjà beaucoup trop chaleureux, accordé au précédent opus du cinéaste français, et juste après avoir vu la petite merde dont il s'agit ici, j'en viens au constat suivant : on est drôlement bienveillant avec Alexandre Aja. Et je me demande encore pourquoi, d'où ça vient, comment est-ce possible... Cela me plonge dans une incompréhension dont nous parlions déjà dans notre article sur Crawl.



 
Alexandre Aja semble encore bénéficier d'une indulgence étonnante en raison de la réputation démesurée de ses premiers faits d'arme, Haute Tension et son remake de La Colline a des yeux, deux films d'horreur brutaux qui avaient fait de lui l'un des parangons de ce que certains ont nommé la "french touch" du cinéma de genre. Peut-être jouit-il aussi de cette espèce de vague sympathie qu'inspire sa tronche amicale et son allure désinvolte de vieux pote du lycée qui a réussi mais qui n'a pas changé. Allez savoir... Avec les films bêtes et laids qu'il commet à un rythme de métronome, Aja occupe pourtant désormais une place de choix parmi ceux qui participent, aux yeux des spectateurs qui y sont les moins réceptifs, à maintenir le genre dans le caniveau du septième art, tout au bout de l'éventail, voué au mépris ou à l'indifférence. Oxygène est bel et bien digne de cela : sitôt vu, sitôt envie de l'oublier très fort en se disant qu'on a déjà perdu assez de temps avec ça (et c'est bien là le seul effort intellectuel auquel il invite).


 
 
J'ai déjà qualifié le film de "petite merde". C'est naze, je sais. Vous nous avez connus plus imaginatifs, originaux, inspirés. Mais quand je repense à Oxygène, ce sont vraiment les premiers mots qui me viennent à l'esprit, très naturellement, très spontanément, j'en suis désolé. "Petite" de par la taille du caisson dans lequel est enfermée Mélanie Laurent pendant 90 minutes ; petite de par le minimalisme affiché du pitch et la débilité d'un scénario très faible, incohérent à mesure qu'il se révèle, échouant à nous maintenir alertes et tendus comme nous devrions l'être devant un tel survival, et ne parvenant certainement pas à provoquer le vertige ou la fascination propre à la SF à concept fort qu'il convoque dans sa dernière partie. Et enfin, "merde", terme allié au précédent pour rappeler les talents de metteur en scène très limités d'Alexandre Aja et souligner l'insignifiance extrême de la chose. C'est qu'il n'y a rien à voir là-dedans. Il n'y a qu'à subir. Subir un film qui bat de l'aile d'entrée de jeu, qui s'essouffle et manque d'air, comme son héroïne, dès les premières minutes, et qui ne parvient à installer qu'une tension très superficielle, bête, vaine, la même que nous pourrions ressentir en contemplant un compte à rebours s'écouler sous nos yeux.


 
 
Sans idée, fuyant systématiquement son huis ultra clos par des flashbacks miteux, Aja se réfugie dans des trucs faciles, typiquement ceux d'un réalisateur de films d'horreur aux abois, en panne sèche : jump scares gratis et images gores hideuses en numérique, les deux allant souvent de paire. Il achève de nous exaspérer quand il tente un plan-séquence ridicule où la caméra tournoie dans le caisson, encore et encore, dans un mouvement pénible et laborieux qui ne semble jamais finir. Pendant ce temps, son actrice Mélanie Laurent se démène et pose également question : on ne sait pas si elle joue tout simplement mal ou si elle expérimente, si elle innove, aux frontières de l'avant-gardisme de l'acting. "Je suis un putain de clone !" est-elle amenée à hurler, en gesticulant toute seule dans sa boîte. Avouons qu'elle ne pouvait pas transformer cela en or... On jurerait entendre "clown" et non "clone". L'actrice a des intonations surprenantes, à côté, qui sonnent faux. Paradoxalement, c'est aussi l'une des curiosités du film... Et pour finir sur une note positive, en faisant preuve de la même grandeur d'âme que la majorité des malheureux qui ont maté ça, je peux relever la seule chose que j'ai trouvée pas si mal là-dedans : ce bras mécanique ayant des airs de serpent insaisissable, qui sort régulièrement de son enclos métallique, menaçant l'héroïne de piqûres fatales. On touche là à une peur universelle, celle de voir une saloperie s'immiscer de force en nous par l'un de nos orifices. Une sensation peut-être bien familière à ces abonnés Netflix, curieux de découvrir les dernières sorties ciné de la plateforme. A présent, L'Armée des Morts de Zack Snyder les attend. Veinards !
 
 
Oxygène d'Alexandre Aja avec Mélanie Laurent et la voix de Mathieu Amalric (2021)

13 décembre 2018

Mon Garçon

Le gamin de Guillaume Canet et Mélanie Laurent se fait enlever dans une réserve indienne alors qu'il était en colonie de vacances. A bout, Guillaume Canet décide de mener l'enquête lui-même et part, désespéré, à la recherche de son fils dans les beaux paysages enneigés du Vercors. Voici le pitch de Mon Garçon, le cinquième long métrage de Christian Carion à qui l'on doit également Une Hirondelle a fait le printemps, Joyeux Noël et En Mai, fais ce qu'il te plaît (du coup, moi, j'ai pas maté son film !). Bien qu'il ne sache pas monter à cheval, Christian Carion est Chevalier de la Légion d'honneur. Il fait partie de ces grands mystères du cinéma français, ces réalisateurs médiocres tout de même capables d'attirer dans leurs projets des "vedettes" (notez les guillemets). Guillaume Canet, Michel Serrault, Mathilde Seigner, Mélanie Laurent, Diane Krüger, Dany Boon, Emir Kusturica, Willem Dafoe, Alexandra Maria Lara, Niels Arestrup, Olivier Gourmet... tous ces gens ont défilé devant la caméra de Christian Carion, se mettant au service de ses scénarios minables, parfois même à plusieurs reprises. Comment est-ce possible ? Je laisse la question en suspend...





Mon Garçon nous propose donc d'assister à la détresse de Guillaume Canet. Bien décidé à gagner des oinps auprès de son ex-femme, sa rage lui ordonne de se faire justice lui-même. Nous le suivons donc dans son entreprise, très américaine, de vengeance. Après avoir repéré une voiture présente dans deux vidéos amateurs prises lors du départ en colonie du gamin, il retrouve immédiatement la piste des kidnappeurs à partir de la plaque d'immatriculation. Facile. Une fois arrivé au domicile du kidnappeur, nous avons droit à une scène mémorable de torture au chalumeau administrée par un Guillaume Canet enragé sur un pauv' type qui tient à garder le silence et ne livre aucune info, lui qui n'est qu'un maillon sans importance d'un vaste système de trafic de gosses. Cette scène-là vaut le coup car elle nous offre le spectacle d'un acteur poussé dans ses derniers retranchements. C'est la troisième collaboration entre Canet et Carion. Le réalisateur a demandé à son acteur d'improviser chacun de ses dialogues, chacune de ses réactions, selon le contexte et la situation. Quand Canet a vu ce poste de soudage équipé Oxyflam, son sang n'a donc fait qu'un tour : il s'est mis à menacer sa victime de lui cramer le ièp après lui avoir retiré, difficilement, sa godasse. Avant cela, l'acteur avait bien essayé de le faire causer par la menace verbale dans des interjections riches en insultes mais sans effet notable. "Enculé de ta race tu vas me dire où est mon garçon !" On remarque alors que Guillaume Canet insulte volontiers les races de ses semblables et qu'il est alors particulièrement ridicule.





Autre scène, plus tôt dans le film, autre performance de choix : celle de Mélanie Laurent qui, anéantie par la disparition de son fils et navrée par les agissements de son ex-mari, se met à hurler contre lui, après que celui-ci s'en soit pris à son nouveau compagnon (résultat des courses : deux côtes cassées et un séjour à l'hosto) qu'il accusait d'être dans le coup. Mélanie Laurent perd alors sa voix et se met à crier des dialogues infâmes en flirtant avec les ultrasons. Quiconque matera ce film avec son animal de compagnie au pied du canapé le verra fuir la pièce en toute hâte devant un spectacle aussi pénible pour leurs sensibles oreilles. Recherchant visiblement le réalisme à tout prix, Mélanie Laurent en oublie notre bien-être et prouve de nouveau toute sa bêtise. La dernière partie du film nous propose de voir Canet dégonfler un pneu de 4x4 (c'est long...) puis s'en prendre à chaque ravisseur à coups de club de golf. Quand il retrouve enfin son gosse, on se dit putain... tout ça pour ça ? Pour une telle erreur de la nature ? Pour cet avorton à peine humain ?





Alors que l'on croit avoir assisté au pire, Mon Garçon se conclut sur une scène surréaliste dans laquelle toute la petite famille est réunie au grand complet et joue ensemble au frisbee, dans un très joli décor immaculé et ensoleillé que Chris Carion croit embellir encore en filmant à contre-jour, le soleil inondant le cadre. Plus ridicule encore : Mélanie Laurent et Guillaume Canet commentent chacun de leurs lancers via des dialogues improbables ! "Oh, de la main gauche, joliiiii !", dit un Canet débordant d'un enthousiasme très forcé à son fils si problématique, heureux qu'il soit atteint de la même pathologie que lui. "Magnifique échange... C'est ce qu'on appelle un magnifique échange" ajoute Laurent, hilare sans motif valable, et Canet de répondre un incompréhensible "Elle va écrire des bouquins ta mère maintenant...". Ça laisse vraiment sans voix ! "J'ai eu un peu peur quand même..." précise ensuite Canet après avoir manqué de recevoir le frisbee en travers la gueule. C'est surréaliste !





Cette scène finale échappe aux mots. La légende raconte que la petite troupe devait initialement jouer au cerf-volant mais, face à l'absence total du moindre courant d'air le jour du tournage, le gamin a proposé le frisbee ! Quand on voit le résultat à l'écran, nous ne pouvons que nous réjouir que les éléments se soient mobilisés contre ce film. L'arrivée des flics vient conclure ce douloureux épilogue comme pour nous rappeler que nous sommes devant un film français et non américain : ils embarquent Guillaume Canet, qui a tout de même laissé trois ou quatre cadavres dans son sillage pour récupérer son morbac... Dans la catégorie "film français avec un acteur constamment à cran et en roue libre cherchant à se faire justice lui-même", Mon Garçon se pose là mais n'arrive tout de même pas à la cheville de Blanc Comme Neige, ce sommet d'humour involontaire porté par la frénésie d'un François Cluzet au top de sa forme.


Mon Garçon de Christian Carion avec Guillaume Canet et Mélanie Laurent (2017)

5 août 2018

The Mountain Between Us

Il y a deux catégories de films. Ceux dont le titre est, à un moment donné, prononcé, dans le film, par un personnage, et ceux dont ce n'est pas le cas. Sur la première catégorie il y a beaucoup à dire. Car c'est un choix périlleux de la part d'un scénariste que de faire dire le titre qu'il a choisi pour son œuvre à l'un des acteurs au casting, comme pour le justifier dans le récit, par un dialogue providentiel. Parfois, tout se passe bien. On peut penser à Sauvez Willy ou Il faut sauver le soldat Ryan, dans lesquels le titre devait absolument être prononcé in extenso pour lancer l'action. Pensez aussi à ces films comme Ben-Hur, Forrest Gump, Alien 3 ou Habemus Papam dont le titre, étant le patronyme du personnage, est obligatoirement répété à plusieurs reprises sans que le spectateur s'en offusque vraiment. Mais dans la plupart des cas, citer le titre du film dans une réplique est une calamité, et un réalisateur qui se laisse aller à ça peut retourner ses fans contre lui-même. Exemple canonique du titre cité dans un dialogue foireux, le fameux Je vais bien ne t'en fais pas. Dans ce film de Philippe Lioret, le spectateur comprend enfin de quoi il retourne quand le père de famille Kad Merad dit à sa propre fille éplorée, interprétée par Mélanie Laurent, qui s'inquiète de ce que devient son frère disparu, cette phrase fatidique, sous-entendant que de son côté ça roule. Là, typiquement, le spectateur a la subite envie de tout annihiler autour de lui.





Et puis il y a la règle qui veut qu'un film dont le titre est prononcé dans une scène qui se veut le climax est, le plus souvent, un film inique, surtout quand ce moment survient dans les dernières minutes du métrage, comme pour justifier tout ce qui vient de précéder. Cas critique : le titre franglais Tout va bien ! The Kids are all right de Lisa Cholodenko, qui donne lieu en prime à une réplique hideuse... Pire, ces scénaristes qui essaient de refiler un peu de profondeur à leur étron de mots et de papier par un titre hallucinant déballé dans la dernière seconde pré-générique par un acteur qui bafouille faute d'y comprendre quoi que ce soit. C'est le cas notamment de Quantum of Solace, réplique-titre dont Daniel Craig bouffe la moitié des syllabes, impatient que le générique de fin daigne l'interrompre, ne sachant pas de quoi il s'agit, et qui ne vient que jeter un voile d'ombre et de confusion sur l'ensemble du récit, jusqu'alors limpide et clair comme de l'eau de roche car très con. Il y a des exceptions à la règle. Songez à Call Me By Your Name, dont le scénario est une resucée mot pour mot de celui de Philippe Lioret. Plus parlant encore, John Hammond clamant : "Bienvenue à Jurassik Parc !", fier comme Artaban de son parc d'attraction et niant en bloc le fiasco qui vient de coûter la vie à pas mal de monde, juste avant que ne retentissent les accords majeurs de sieur John Williams sur le générique final...





Il y a aussi cette catégorie intermédiaire des films dont le titre est presque prononcé, à un synonyme prêt, par exemple Rester vertical qui se termine sur les mots "Il faut rester debout, droit comme un putain de i, raide mort", ou encore Les Petits mouchoirs, quand Benoît Magimel, ému par l'accident atroce qui vient de couper Jean Dujardin en deux, demande à François Cluzet : "T'aurais pas un petit choirmou ?" Sans oublier Welcome de Philippe Lioret (toujours lui...) dans lequel on entend à un moment Vincent Lindon dire aux flics qui viennent arrêter le jeune réfugié qu'il avait pris sous son aile : "Bienvenue". Et puis il y a l'autre grande catégorie, celle des films dont le titre n'est jamais dit à l'écran, en général parce qu'il ne peut pas l'être. Exemples terribles : X-Men : l'affrontement final ou encore Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal. Mais sur cette deuxième catégorie, il n'y a pratiquement rien à dire. Et malheureusement pour cet article, The Mountain Between Us en fait partie.





En effet on s'imagine mal Idris Elba hurlant à Kate Winslet qu'ils vont avoir du mal à copuler à cause de cette mountain between them. Oui car le film ne parle pas du tout des Rocheuses, qui sont pourtant bien des mountains between US(of A). Titre non prononcé à l'écran, et Dieu merci, mais trompeur, donc tout de même coupable. Rappel des faits : les deux individus sus-nommés montent à bord d'un vieux coucou pour échapper à la grève de la SNCF et se rendre depuis leur Colorado natal jusqu'à Saint-Brevin-Les-Pins. Le pilote est un vieux briscard incarné par Beau Bridges, qui se vante d'avoir fait le Vietnam et de connaître les hélicos comme sa poche. Pas de bol, il est aux commandes d'un avion, qui part tout droit se crasher dans les Landes. Et là trêve de plaisanteries, car l'AVC que subit le pilote derrière le manche de son cercueil volant, ultra bien joué par l'acteur Beau Bridges, n'est pas seulement joué. Le comédien est resté sur le carreau. La star était tellement dans le rôle que la crise qu'il simulait, lâchant le manche pour se broyer le bras gauche, la bave aux lèvres, s'est transformée en véritable attaque foudroyante. Paix à son âme.





Ne restent donc, paumés de part et d'autre d'une montagne, que les deux cons de passagers. Mais ce n'est pas between them que l'essentiel va se tramer, puisque les deux personnages centraux de la deuxième partie du film ne seront autres qu'un chien et un cougar (pas Kate Winslet). Seul legs de feu le pilote du biplan, un chien surnommé "Dog" va tirer ces deux humains sans reliefs de toutes les embûches qui accompagnent la descente en rappel des volcans d'Auvergne par mauvais temps. C'est ce chien qui va dénicher la cabane où Idris Elba et Kate Winslet pourront se défoncer peinards. C'est aussi lui qui enjambe d'un petit bond facile ce piège à ours dans lequel Idris Elba, qui le suivait avec une confiance aveugle, saute à pieds joints. Et finalement c'est grâce à lui que les deux humanoïdes en présence pourront échapper à un félin de 800kg pour retrouver la civilisation et finir leurs jours ensemble.





Car l'épisode peut-être le plus fameux reste celui où "Dog", sagement couché aux pieds d'une Winslet éclopée dans la carcasse du petit planeur, entendant au loin le rugissement suspect d'un cougar affamé, a la présence d'esprit d'indiquer à son nouveau pote animal le lieu où se caler l'estomac en aboyant trois fois avant de tailler la route à travers bois dans la direction opposée, la queue battant ses flancs, sans omettre de laisser à Kate Winslet un angle de vue imprenable sur son pourtour anal impeccable pour ultime souvenir de sa personne. Dans cette scène-là, le chien, une fois de plus, sauve la mise, bien aidé il faut le dire par le lance-roquette que dégaine Winslet pour dégommer le cougar à bout portant.


The Mountain Between Us de Hany Abu-Assad avec Kate Winslet, Idris Elba et "Dog" (2017)

7 octobre 2017

Enemy

Alors que Blade Runner 2049 vient de sortir en fanfare sur nos écrans, accueilli sous les vivats unanimes du public et des critiques, il est intéressant de se replonger dans la carrière de son auteur, le canadien Denis Villeneuve et, plus précisément, de se pencher sur son film le plus singulier, j'ai nommé Enemy, avec Jake Gyllenhaal et Jake Gyllenhaal. Cette sorte de thriller psychologique a en effet l'originalité de nous proposer deux Jake Gyllenhaal pour le prix d'un : celui-ci interprète son propre rôle, celui d'Adam Bell, un physicien et prof de fac de pacotille, ainsi que son parfait sosie, dont on sait bien peu de chose. Enemy nous propose de passer 90 minutes en compagnie de Jake Gyllenhaal et de son double, l'un à la recherche de l'autre, le premier épiant le second, et vice versa. C'est très difficile à suivre mais l'on s'y fait, on essaye de tenir, mordicus, on se dit que tout ça n'est pas bien long, on a immédiatement mis notre lecteur en mode compte à rebours, on sait qu'1h30, c'est supposé passer en un claquement de doigts. Alors on mate ça, le courage en bandoulière, en serrant les dents tout du long et en priant pour le pardon de toutes les personnes impliquées dans la production. Pour une fois, saluons l'affiche du film, qui a le mérite de nous prévenir qu'il s'agit d'un piège à éviter.


J'ai gribouillé ce dessin pour vous montrer dans quelle position j'ai vu ce film.

C'est le film le plus court de Denis Villeneuve, qui n'avait décidément rien à nous raconter, lui qui parvient d'ordinaire à étendre sur 3 heures des scénars qui auraient pu être efficacement torchés en une demi plombe. Le cinéaste originaire de Bécancour (Québec) avait vraisemblablement envie de peaufiner sa filmographie, il lui fallait réaliser son "film malade", son "grand film incompris". Il a donc choisi de nous livrer ce petit film de merde, entre deux succès. Quelle audace. Ses plus ardents défenseurs ne l'ont hélas pas suivi. Enemy est tout simplement imbitable. Même les fans hardcore de Denis Villeneuve, apparus en nombre après l'arnaque Premier Contact, ne viennent pas nous raconter qu'il s'agit d'un film à reconsidérer de toute urgence. Même eux ! Les plus farouches groupies de Jake Gyllenhaal n'ont pas tenu un quart d'heure devant cette horreur où leur idole apparaît en deux exemplaires, orné d'une belle barbe et vêtu d'un blouson de cuir du meilleur effet. Pour ne rien gâcher à ce cauchemar total, sachez qu'on croise là-dedans le fantôme de Mélanie Laurent, baragouinant des dialogues abscons dans un anglais terrible.


Une fois le film terminé, voici comment mon acolyte Rémi m'a récupéré.

Ce film est sorti le 13ème jour de la 13ème semaine du 13ème mois de l'année, en 2013, année maudite. Déambulations sans queue ni tête dans les méandres du cerveau torturé d'un acteur à la dérive, Enemy se veut intello, psychologique, philosophique, cérébral, méta-discursif. Il n'est au final qu'une soirée brisée en mille morceaux. Enemy porte bien son titre et m'a littéralement mis en PLS (cf. les deux schémas qui illustrent mon article). J'ai voulu sauver ma peau. La dernière scène du film, qui nous montre une espèce d'araignée géante marchant sur la ville, finit de nous achever. Cette image que Villeneuve doit espérer très marquante et qu'il laisse là en guise de "food for thoughts" ridicule, comme si nous allions nous arracher les cheveux à comprendre son sens, achève simplement de nous exaspérer. Quand, en 2049, nous vivrons dans un monde encore plus dégénéré qu'aujourd'hui, les Cinémathèques encore existantes oublieront volontairement de programmer Enemy lors des rétrospectives consacrées à l'oeuvre de Denis Villeneuve. On les en remerciera. Un monde où les films de Denis Villeneuve font systématiquement le buzz est à mon avis un bien triste monde.


Enemy de Denis Villeneuve avec Jake Gyllenhaal et Mélanie Laurent (2013)

30 août 2012

Embrassez qui vous voudrez

Ce film est adapté du roman Vacances anglaises de Joseph Connolly. Michel Blanc a lu ce livre, il l'a aimé, et quand Michel Blanc aime il fait croquer. Au resto il est insupportable, il passe tout le repas à porter sa fourchette vers la bouche de ses invités quitte à en foutre partout. L'ambition de Blanc avec ce film c'est de réaliser LE film choral français pour entrer dans le guiness book des films comptant le plus grand nombre de personnages et de chassés-croisés. Ce film franco-italo-britannique raconte l'histoire d'une chiée de personnages qui se croisent, en vacances entre le Touquet et le Fouquet's. Une vieille bourgeoise (Charlotte Rampling) dont le couple s'enlise car son mari est un putanier fumeur de Havanes (Dutronc), une femme (Karin Viard) qui parvient à grand peine à cacher sa déchéance financière et matérielle et qui dégueule toute sa haine sur son mari (Denis Podalydès) car elle n'a pas les moyens de faire comme ses copines, une séductrice (Carole Bouquet) persécutée par un mari jaloux (Blanc himself), une mère célibataire en mal d'amour (Gaspard Ulliel), une adolescente déboussolée (Mélanie Laurent), une altesse royale princesse de Savoie, de PACA et de Piémont (Clotilde Courau), un indigène (Sami Bouajila), un acteur dont ma mère est fan (Vincent Elbaz), et maints autres personnages... bref tout un réseau de parasites qui se matent le nombril, enfermés dans leurs petits tracas de morpions pleins aux as ! Le film réunit dix générations de comédiens (on a compté), en faisant le grand écart de Macaulay Culkin à Michel Bouquet.


On a essayé de représenter à l'aide de flèches rouges tous les jeux de regards travaillés par l'affiche, qui annonce la multitude de tromperies et de coups de putes prévus par le scénario (on notera que Lou Doillon est au cœur de la tourmente et que Jacques Dutronc n'en a rien à foutre !)

C'est le Short Cuts français ! Quand un acteur devient réalisateur, c'est souvent pour faire un film choral afin de donner un rôle à tous ses potes en mal de caméras, parce qu'il connaît les vicissitudes de la vie d'acteur au plus près et qu'il veut donc leur filer la plus grosse part du gâteau. C'est pour ça que Mitchum Blanc a voulu adapter le roman réputé inadaptable de Jennifer Connoly, inadaptable car bourré à craquer de personnages secondaires et de sous-intrigues. Il aurait au moins fallu un triptyque et six heures de métrage par opus pour torcher ce scénario. Mais Blanc a préféré faire un film choral à mille voix. C'est l'apanage des acteurs qui passent derrière la caméra, à commencer par Emilio Estevez dans Bobby. Le vrai souci, quand un acteur passe de l'autre côté tout en jouant dans son propre film, c'est qu'il a généralement du mal à tenir discrètement la caméra tout en se plaçant devant pour jouer la comédie. Les seuls cas de figure où ça "passe", c'est quand il s'agit d'un acteur porno qui tourne son premier gonzo, là bizarrement, ça "passe" et on appelle ça un POV.


La volonté de mettre en valeur ses petits camarades est légèrement contredite par ce genre de plans où Michel Blanc cinéaste est vraiment au plus bas.

A la fin de ce que l'on appellera donc son propre POV, Michel Blanc, rendu fou furieux par sa paranoïa démesurée et incontrôlable quant aux supposées infidélités de sa femme (le personnage interprété par Carole Bouquet, assailli de toutes part), bouscule cette dernière dans un geste rageur et l'envoie valser sur le plumard de l'hôtel. C'est là que survient l'upskirt. Blanc, voulant se la jouer Verhoeven, a demandé à Madame Bouquet, "loin d'être fanée" selon l'un des mille personnages masculins qui font des pieds et des mains pour la séduire, de faire un culbuto sur le sommier, histoire de refroidir l'ambiance du film. Cette vision fut accompagnée d'un bruit, "pschuit" (décollez votre joue en la pinçant avec deux doigts), qui fit même lâcher sa perche au perchman stagiaire du film, depuis converti moine reclus et qui, tous les matins, sonne les matines avec ses frères témoins de Jéovah. On retombe dans nos pires travers là ! C'est trop laid ce qu'on écrit. Mais putain à chaque fois qu'on décide d'écrire sur un de ces gros navets français qui comptent dans leurs rangs certaines de nos stars hexagonales, on replonge. Une conclusion peut-être ?


Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc avec Michel Blanc, Carole Bouquet, Karin Viard, Vincent Elbaz, Denis Podalydès, Charlotte Rampling, Mélanie Laurent, Gaspard Ulliel, Lou Doillon, Sami Bouajila, Clotilde Courau et Jacques Dutronc (2002)

2 juillet 2012

Beginners

Pourquoi je regarde ça, moi ? C'est typiquement le genre de film qui me donne envie d'arrêter le ciné. Très franchement. Quand je vois Ewan McGregor broyer du noir dans son pull à rayures trop "cute" en singeant Jim Carrey dans Eternal Sunshine et l'affreuse Mélanie Laurent débiter les dialogues les plus creux du monde avec un accent anglais insupportable, j'ai réellement des envies radicales qui s'imposent à moi comme autant d'échappatoires salvateurs. J'ai en outre déjà pensé à une reconversion dans la blogosphère... Je compte devenir chasseur de petites culottes. Je prendrai des photos en douce avec mon portable. J'en ai déjà un petit stock de côté, de quoi facilement alimenter un tumblr pour les prochains mois, à raison d'une dizaine de photos volées par jour. Mon terrain de chasse favori, ce sont les escalators, à la sortie des stations de métro. Je profite du retour des beaux jours pour mitrailler sous tous les angles, principalement en contre-plongée, les jeunes demoiselles légèrement vêtues. Un soleil rasant m'aide parfois à découvrir de bien jolies choses, que j'aimerais vraiment partager avec vous, par pur altruisme, puisque l'adresse de mon tumblr devra bien entendu rester secrète, ne serait-ce que pour préserver mon couple de ma "dark side". En me renseignant un peu auprès de mon frère avocat (non pas parce qu'il est avocat, mais parce qu'il s'est déjà fait prendre pour le même genre de pratiques), j'ai appris qu'il est purement et simplement interdit de photographier des culs à leur insu. Quelque chose que l'on nomme le "droit à l'image" est supposée protéger toutes ces jeunes filles. Des sites absents de mes marque-pages, mais parmi les plus fréquentés de ces 36 derniers mois si j'en crois mon historique web Google, me font toutefois réaliser qu'il s'agit apparemment d'une protection bien peu efficace. Cette règle de pacotille ne va donc pas suffire à me faire oublier ce beau projet que le film de Mike Mills a ravivé dans mon esprit. Je reste tout de même sur mes gardes, car je ne veux pas finir en taule. Je veux continuer à pouvoir librement télécharger des films et photographier des culs.


Beginners de Mike Mills avec Ewan McGregor, Mélanie Laurent et Christopher Plummer (2011)

11 juin 2012

Et soudain, tout le monde me manque

A l'heure où l’équipe de France de football s'apprête à entrer dans l'Euro 2012 avec le moral dans les chaussettes et un statut d'outsider trop grand pour elle, il nous semble important de vous signaler que le sélectionneur Lolo Blanc a déjà pensé à une reconversion : l'actorat. Il a même déjà fait ses premiers pas devant les caméras dans ce film sobrement intitulé "Et soudain tout le monde me manque". Le pauvre a débuté sa carrière d'acteur aux côtés de l'infâme Mélanie Laurent... Mais malgré cette présence de marque au casting, le film de Jennifer Devoldère est plutôt passé incognito. Sans doute parce que celui que l'on surnomme "Le Président" a choisi d'apparaître sous son nom complet, inscrit en gros sur une affiche où il est physiquement absent. Aussi, c'est peut-être pour ça que personne n'a remarqué qu'il s'agissait bien du premier film avec Laurent Blanc. Explications : en vrai, le Président a pour premier prénom "Mélanie", son père Noiré, originaire des Antilles, désirant une fille plus que tout après avoir eu cinq garçons, les grands frères de Laurent Blanc (Loup, Requin, Reçant, Faussant et Chékan). Ses trois prénoms ont donc été dans l'ordre Mélanie Laurent Michel. Laurent en hommage à son grand-père maternel Laurent Outang mort dans les tranchées de la Somme, Michel en hommage à Michel Drucker, et Mélanie parce que c'était le prénom préféré de son père suite à son ablation d'une tumeur de la peau... Voilà un secret qu'il était temps de vous révéler enfin, et dont nous ne sommes pas spécialement fiers...
Et soudain, tout le monde me manque de Jennifer Devoldère avec Laurent Blanc et Mélanie Laurent (2011)

8 mai 2012

Un bonheur n'arrive jamais seul

C'est la 600ème critique du blog. Comptez pas, on l'a fait pour vous. Faîtes confiance. Pour fêter cet anniversaire nous avons décidé de vous présenter notre programme pour un nouveau quinquennat de critiques ciné. Voici donc la liste de nos 600 engagements pour la suite :

Moi blogueur ciné, je ferai toujours preuve d'une objectivité à toute épreuve et d'une intégrité indiscutable. Moi blogueur ciné, je ne critiquerai jamais un film qui n'est pas encore sorti et que je n'ai pas vu. Moi blogueur ciné, je ne m'abaisserai jamais à insulter nommément un cinéaste ou un acteur pour la médiocrité de son travail. Moi blogueur ciné, je n'inventerai pas une enfance difficile à un acteur qui me déplaît. Moi blogueur ciné, je ne commenterai jamais mes propres articles sous un autre nom pour m'auto-congratuler ou pour poster des saloperies que je n'assume pas. Moi blogueur ciné, je n'adresserai jamais de menace de mort à une personnalité quelconque. Moi blogueur ciné, je ne ferai jamais de digression à partir d'un film dont je ne dirai pas un mot dans l'article qui le critique. Moi blogueur ciné, je ne modifierai jamais le pitch d'un film pour le ridiculiser. Moi blogueur ciné, je ne dévoilerai jamais le twist final d'un film à twist. Moi blogueur ciné, je ne consacrerai jamais un dossier entier à un cinéaste de seconde zone ou à un thème improbable fabriqué de toutes pièces. Moi blogueur ciné, je n'illustrerai jamais mes articles avec des photos d'actrices nues pour gonfler les statistiques de fréquentation.


Que fout ce con de Devendra Banane en background visuel ?

Moi blogueur ciné, je respecterai la loi HADOP-EE et ne téléchargerai jamais un film même merdique pour le descendre sur la toile. Moi blogueur ciné, je ne dévoilerai pas mes opinions politiques et ne les laisserai pas influencer mon point de vue. Moi blogueur ciné, je n'inventerai pas les conditions difficiles de mon visionnage du film pour expliquer mon dégoût. Moi blogueur ciné, je ne mettrai pas tout sur le dos de mon père pour expliquer pourquoi j'ai détesté regarder Roselyne et les lions ou pourquoi je méprise Tony Gatlift. Moi blogueur ciné, je n'avouerai pas mes pulsions honteuses et animales à l'égard d'une actrice dont le physique ne laisse pas indifférent mon cobra perso. Moi blogueur ciné, je n'utiliserai pas facebook comme une machine de guerre pour faire du chiffre coûte que coûte. Moi blogueur ciné, je ne démarcherai pas tous les tocards qui créent des sites du genre "comment ramasser le pactole pour pas un rond avec ton site en bois". Moi blogueur ciné, je n'irai pas revendre sur e-bay les dvds gracieusement envoyés par DvdTraffic dans le cadre de l'opération "Un dvd = un papier". Moi blogueur ciné, je ne ferai pas passer pour une avant-première projo-presse un screener fraîchement dl maté sur mon canapé. Moi blogueur ciné, je ne serai pas le dernier des hypocrites avec un certain nombre de blogueurs ciné afin qu'ils m'ajoutent en amis sur leur site moisi pour améliorer ma visibilité. Moi blogueur ciné, je n'abuserai jamais des hashtags twitter pour multiplier les visites. Moi blogueur ciné, je n'aurai pas comme bannière le décolleté abyssal d'une pin-up mondiale pour attirer le chaland et me satisfaire la vue personnellement. Moi blogueur ciné, quand je vais à la fnac je n'utiliserai plus tous les ordis modèles d'exposition pour aller sur mon blog et grossir le chiffre des visites. Moi blogueur ciné, je n'irai pas dans la salle informatique et la BU de mon bahut pour faire de même. Moi blogueur ciné, je ne serai pas accro aux stats ! Moi blogueur ciné, je ne mettrai pas mon blog en favori sur tous les ordis auxquels j'ai accès. Moi blogueur ciné, je n'inventerai pas un Top de fin d'année à Quentin Tarantino pour ameuter les foules et faire le buzz. Moi blogueur ciné, je ne copie-collerai pas une critique sur un skyblog d'attardé mental ou d'enflure XXL pour la tourner en dérision et en faire un papelard. Moi blogueur ciné, je ne m'exclamerai pas "ça peut faire un papelard !" dès que j'ai une vieille idée de merde sur un film ou juste une phrase drôle qui me passe par la tête avant d'aller au pieux. Moi blogueur ciné, je mettrai un point d'honneur à évoquer au moins une fois le nom du réalisateur dans la critique de son film. Moi blogueur ciné, je n'inventerai pas de néologismes comme "titrologie" ou "affichographie". Moi blogueur ciné, je ne modifierai pas les noms d'acteurs ou de réalisateurs que je n'aime pas pour faire passer de subtils messages subliminaux sur eux (exemple : Woody Alien, Mélamoi Laurent, Mathieu Aboulelefric, Brian De Palmas, Cate Blanchet et les sept mains, Emir Grossetourista, Greg Skinhead, Clive Owen Wilson Oruma, Dominique 1/2 Moll, Angelina Pas Jolie, etc.). Moi blogueur ciné, je ne me complairai pas à faire des bilans de fin d'année. Moi blogueur ciné, je n'écrirai pas des articles dans un état second. Moi blogueur ciné, je me limiterai à trois paraphets de cinq lignes dans mes critiques, car ras-le-bol des grosses tartines de texte. Moi blogueur ciné, je ne me féliciterai pas d'avoir écrit 600 articles pour mon blog pourri.


Un bonheur n'arrive jamais seul de James Huth avec Gad Elmaleh et Sophie Marceau (2012)

31 mars 2012

Les Adoptés

On accueille à nouveau Thomazinette, désormais habitué du blog, pour fusiller à bout portant le dernier film de Mélanie Laurent dans un article à lire "avec une pince à linge sur le nez", selon ses propres mots. Vos deux serviteurs n'ont pas eu le courage de s'infliger le bébé de Mélanie Laurent et sont heureux de laisser la place à leur acolyte, qui s'en charge avec brio :

Dans l'élan masochiste du dernier article du blog sur Mélanie Laurent (Je Vais bien ne t'en fais pas), j’ai maté Les Inadaptés, de la seule façon dont on peut mater ce film, c'est-à-dire de loin et en avance rapide. J'ai passé la durée du film le nez plongé dans le manche d'une guitare, à gratouiller trois accords pour couvrir le bruit, relevant de temps à autre la tête pour mieux la détourner à nouveau.


Lorsqu'on lui demande la définition de l'égoïsme, M.L. répond : "Un égoïste, c'est quelqu'un qui ne pense pas à moi !"

Premièrement, et pour laisser tout de suite derrière soi les questions épineuses de propriété intellectuelle, je tiens à faire remarquer que ce film est un cas sans précédent de « plagiat de plagiat », et cela à deux reprises. Je laisse les juristes s’arracher les cheveux là-dessus, je leur laisse le soin de rabibocher la loi face à ce cas complètement hors-norme, et me cantonnerai au rôle de « whistleblower », du troufion qui indique la faille puis se barre en se tapant les mains. D’une part, une des protagonistes est libraire et se fait draguer éhontément par un illettré réfugié dans sa tanière de papier pour soi-disant éviter la pluie. Cette scène est un plagiat de Mes amis mes amours, film qui a lui-même plagié Coup de foudre à Notting Hill. D’autre part, cinq minutes après cette première rencontre, les deux protagonistes ont bien évidemment déjà fait l’amour pendant toute une nuit. On pourrait penser à un plagiat de Les Bien-aimés, puisque ce dernier film est une partouze géante où les amorces d’occasions de pratiquer le sexe sont réduites au « string minimum ». Mais le plagiat est ailleurs, au réveil, où la libraire se croit délaissée et découvre en fait un jeu de pistes, concocté à l’aide de slips et de capotes, qui l’emmène depuis son plumard jusqu’à une table basse où il y a une lettre. Vous aurez reconnu le plagiat, c’est bel et bien Amélie Poulain qui nous est douloureusement donné à revivre, Amélie Poulain qui est lui-même un plagiat d’Alien 4, un « film-jeu-de-piste » où les pancartes sont remplacées par de la bave d’alien. Plagiats au carré donc pour Mélanome Laurent, doublés d’un auto-plagiat de Jean-Pierre Jeunet, qui s’était attaqué lui-même en justice il y a quelques années, et avait réussi l’exploit de perdre à la défense comme à l’accusation. Mais je m’égare et il y aurait légitimement lieu de se paumer dans la généalogie de toutes les « inspirations » de Les Adoptés, tant il est perméable à tout ce qui se fait de pire en cinéma – et quand ce n’est pas ce qui se fait de pire, Mélenchon Laurent s’occupe avec aisance de bousiller l’idée, comme avec ce découpage artificiel en « chapitres » qui chacun s’attardent sur un des trois attardés peuplant le film.


Je ne m’attarderai pas non plus sur la nullité des rôles et des acteurs, qui vient contredire l’idée mathématique universelle selon laquelle « moins par moins donne plus ».

Disons qu’avec cette cueillette aux petits effets clipesques, Les Avortés s’inscrit dans une sale lignée de « films à gadgets », qui remplissent leurs nonante minutes en petites séquences de jouets dans le bain, de maquillage à la mousse au chocolat et autres cache-cache sous le bureau. Quand la première protagoniste se fait choper par une bagnole en sortant de sa librairie, l’effet est le même : oh, non, encore un de ces gadgets… range donc tes jouets Thierry Roland… Mais ce dernier gadget va durer les deux-tiers du film, le temps qu’il faut à cette libraire pour passer l’arme à gauche, et aux autres pour exposer leur égoïsme hystérique face à la situation. Si j'ai bien pigé c'est l'effet Donzelli, effet qui consiste à faire clamser un personnage duquel tous les autres tirent leur gloire en étant trop forts car trop soudés dans la mort du sacrifié – alors qu’ils passent exclusivement leur temps à soit 1) se plaindre, soit 2) avoir la classe parce qu’ils ont arrêté de se plaindre. Passons outre le fait que ce type de comportements inscrit quant à lui Les Trépanés dans la lignée des films hystériques comme Et soudain tout le monde me manque, où la moindre attention donnée à quelqu’un, même à ton plus proche parent, est perçue comme un acte de bravoure infini pour dépasser ta petite personne, engendrant une dette irréparable pour son bénéficiaire, et donc une dispute. Maladie Laurent nous avait habitués à cela depuis belle lurette, et on encaisse la reprise tant bien que mal.


Ce gamin "trop mignon trop con" est un peu le spectateur fantasmé par M.L., qui voudrait qu'on accepte qu'elle nous tartine de merde en en redemandant !

Plus révoltant, il y a l’usage récurrent de ces personnages morts ou malades dans le cinéma des trentenaires français. Ça en dit long sur ce à quoi sont prêts ces cinéastes, appelés "nouvelle nouvelle vague", pour donner une bonne image d'eux-mêmes. Ils sont prêts à buter leurs plus proches amis, à faire sauter par dessus-bord leur propre mère s'il le fallait, pour ensuite jouer les endeuillés à toute épreuve qui ont tout vu tout connu et que ça a rendus sages. C’est la kénose à l’envers, c’est-à-dire que plus les gens meurent autour de vous, plus vous êtes entourés de défaillants dénués et de comateux irrécupérables, plus vous bénéficiez de leur sacrifice comme d’un regain d’aura personnelle. Ça fait un peu penser à Sarkozy l'endeuillé vis-à-vis des tueries de Montauban & Toulouse, c'est tout aussi gerbant, sauf que dans ces films, les ficelles sont en outre indubitablement tirées par ceux qui en retirent de la "gloire". Les Petits mouchoirs : Jean Dujardin crève et tout le monde en est glorifié (sauf François Cluzet) ; La Guerre est déclarée : le gamin survit mais il a beau en avoir chié, ce sont ses parents les héros ; Les Adoptés : la sœur crève après une agonie qui dure les deux-tiers du film, et la plus forte c'est Mélanie Grosland, actrice de son propre film, personnage irréprochable de connerie, petite fille de trente ans qui rétrécit sur elle-même au lieu de penser à ce qu'elle est en train de faire, et qui reproduit spontanément, disons même innocemment, les horreurs qui sont véhiculées autour d’elles.


Les Adoptés de Mélanie Laurent avec Mélanie Laurent (2011)

5 mai 2011

Je vais bien ne t'en fais pas

On a tous vu le "coup de gueule" de Mélanie Laurent contre la soi-disant virulence de la critique à son égard, consécutivement à la sortie de son album. Skeud dont la promo est assurée par tout le PAF à grand renforts de léchage de cul. Mélanie Laurent s'en prenait donc non seulement à "internet" mais aussi aux journalistes professionnels, qui sont tous acquis à sa cause. La plus belle séance de cirage de pompes médiatique a eu lieu, comme toujours, sur le plateau du Grand Journal avec un Robert Denisot plus mielleux que jamais, un Ali Badou moins philosophe que de coutume et une Mariane Massenet aussi bête que d'hab. La jeune starlette est actuellement sous le feu des projecteurs et se plaint malgré tout de ne pas être reconnue à sa juste valeur en tant que chanteuse. Pour ce qui est de sa carrière d'actrice, Mélanie Laurent doit penser que sa légitimité n'est plus à faire depuis qu'elle a incarné l'héroïne du dernier film de Tarantino et qu'elle s'est affichée comme une intime du cinéaste en dansant avec lui sur le tapis rouge de Cannes. En outre l'actrice n'a pas de souci à se faire puisqu'elle tourne dans une dizaine de films par mois. Sa philosophie c'est : "Sur dix saloperies de tournées, y'aura peut-être un succès, alors tourne ! tourne ! tourne ! Dans tous les cas je suis à l'affiche de Inglourious Basterds. RAB. Rien à battre". C'est cette starification qui lui a servi son album solo sur un plateau mais elle trouve le moyen de râler en parlant d'un "appel à la haine" qui se répand sur le web depuis, selon elle, l'avènement de la télé-réalité.


Godard disait : "Quand on regarde le visage d'une femme, on voit son âme".

Y'a beaucoup à dire. Trop à dire, quasi, sur le cas Laurent Mélanie. "On est jugé de tout" nous dit Mélanie "2 de QI" Laurent, elle qui a pour métier et pour passion le fait même de soumettre des objets à la critique, elle qui n'a jamais vécu en Russie sous le régime autoritaire de Joseph Stalone et qui ne sait pas ce que c'est qu'un vrai "jugement" aboutissant à un voyage sans retour sur ce qu'on appelait "L'île des cannibales", un endroit où les gens étaient tellement livrés à eux-mêmes, sans rien pour se sustenter, qu'ils finissaient par se manger. Combien de jours tiendrais-tu sur cette île, Mélanie Laurent ? Je ne mise pas un rouble sur toi. "On ne peut jamais répondre, vraiment", rajoute-t-elle en giflant l'air de ses revers de mains et en balançant ses faux ongles aux quatre coins de la pièce. Elle regrette de ne pas avoir suffisamment d'espace d'expression, elle qui s'aplatit sur tous les écrans de cinéma et de télévision du monde. N'y a bien eu que Fred Taddéi pour ne pas l'inviter. C'est le dernier à résister. Tous les autres l'ont accueillie sur un tapis roulant, les David Poujadiste, les Franz Olivier Gisberg, celui qu'on appelle Phileas FOG, Bolt your doors, lock your windows, there's something in the FOG. "Mais qui tu es pour me juger ? Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?", nous sort-elle dans un dédale de questions rhétoriques qui foutent le tourni, la ritournelle habituelle de qui n'a jamais réfléchi une seconde à son propos. Devant Manchester - Schalke, ces mêmes gens disent : "Moi je ne fais pas trois jongles donc je peux pas juger, moi je suis qui pour dire ça ? Pour critiquer Dwayne Rooney ?" Non. Moi-même qui suis Schalkeux, originaire de la ville de Schalke 04, je n'ai aucun complexe à dire que Raul a été une merde sur les demi-finales. Je pourrais donner mille exemples. Quid du gars qui va au resto pour bouffer un bon kefta couscous, qui se retrouve avec dans son assiette l'ersatz d'une purée de mousseline parsemée des mokos du cuisto, matez-moi dans les yeux, ce type-là se tait-il ? Prétextant : "Je ne suis pas cuisto, je suis mal placé pour critiquer, j'avoue que ça n'a pas le goût ni la texture habituels, mais c'est peut-être une autre recette à base de fientes" ? Non, j'en doute. Ce que je vous raconte là je l'ai vécu hier et je vous déconseille "Le Sherpa" à Toulouse.


Mélanie Laurent dans un film.

On peut en vouloir à Philippe Lioret car c'est lui qui a lancé la carrière de Mél L. avec le fameux Je vais bien ne t'en fais pas (pas de titrologie pour cette fois, pourtant y'a de quoi), où elle incarnait une disparue, une fugueuse, recherchée par ses parents et son frère, dans un remake déguisé de Fievel et le Nouveau Monde, à la différence près que dans l'original les personnages étaient des souris. Ah non ! Non non. C'est son frère qui disparaît et c'est elle qui le cherche ! Je m'en souviens trop mal... Du coup c'est une réécriture de Fievel mais du point de vue de la famille de souriceaux cette fois. Normalement, si le compte est bon, le frère de Mélanie Laurent a rencontré un gros chat pédé, Tiger, avec qui il est devenu méga pote et ensemble ils ont dégagé tous les chats de New-York à l'aide d'une souris géante fabriquée de toutes pièces. Voilà pour l'histoire du film de Lioret, dans lequel Mélanie Laurent jouait extrêmement mal. A la bande originale de ce film, signée aAron (?), préférez l'originale et surtout son tube : "Très loin là-bas". Il y a quelques années, j'ai essayé de choper l'attention de Mélanie Laurent (dont je suis secrètement fou amoureux) sur Facebook avec le leak youtube de cette chanson Disney, ça n'a pas marché. Par contre quand je lui ai envoyé "Lili" par Aaron, elle m'a ajouté en ami et j'ai déposé un cierge à Notre-Dame.


Je suis le seul à voir une grosse bite et deux énormes couilles dans sa main gauche ? Les Disney et les Pixar sont remplis d'images subliminales que les enfants ne comprendront que plus tard quand ils seront en taule !

J'accuse Lioret alors que le vrai coupable c'est Gérard Depardieu, le grand manitou du cinoche français qui l'avait repérée en premier sur le tournage du film Un con entre deux rives. Mélanie Laurent raconte la scène à longueur d'interview : le gros doigt boudiné de Depardieu lui faisant signe de s'approcher dans l'ombre d'un énorme monticule de choucroute, et elle, terrorisée en le prenant pour le fameux tueur en série pédophile de son village que les médias avaient surnommé "L'Anorak". L'actrice n'a jamais conscience d'égratigner l'image de celui qui l'a pistonnée puis portée aux nues en racontant cette anecdote sordide.


J'ai un doute, elle l'a eu le César ou pas ? J'imagine que oui, on fait pas ce genre de photo quand on l'a pas eu...

Mélanie Laurent, l'actrice sur des charbons ardents, la moving target de la critique, assaillie de toutes parts, attaquée par les charognards de la blogosphère, dépecée dans les papiers glacés, sera la maîtresse de cérémonie à Cannes dans une semaine. Elle a aussi reçu le César du Meilleur Espoir Féminin en 2007 pour le film que nous avons résumé plus haut, et quand elle l'a reçu, elle a tenu un discours très proche de celui de Sara Forestier, qui l'a remporté cette année avec Le Nom des gens, mais il fut coupé au montage par un Philippe Dana qui n'en avait rien à battre. Elle y disait ceci : "Philippe Lioret, quand j'ai fait ton film, je jouais une fugueuse alors que je suis la dernière des casanières et j'interprétais la sœur de mon frère fugueur alors que dans la vie je suis fille unique, truc de ouf". Je pense du coup qu'elle peut dire merci au zélé Philippe Dana, le précog de Canal+.


Je vais bien ne t'en fais pas de Philippe Lioret avec Mélanie Laurent et Kad Merad (2006)

25 août 2009

Inglourious Basterds

Le film s'annonçait plus ou moins comme un hommage à Sergio Leone... Quentin Tarantino croit emprunter à Leone l'art de faire monter la tension avant un duel ou avant une quelconque décharge brève et brutale de violence en les faisant précéder d'une longue attente calme en surface et tendue en profondeur. La tension est peut-être là dans d'interminables scènes, comme celle du dialogue dans le bar, mais elle est futile et éphémère, vaine en un mot, Tarantino n'en fait rien. Ce qui l'intéresse c'est l'aboutissement, les gerbes de sang, le gore gratuit et, partant, tout ce qui précède est un prétexte pour arriver à cette épiphanie sanglante, telle une laborieuse masturbation pour atteindre in fine le graal de l'éjaculation. Chez Leone le coup de feu a terriblement moins d'importance que l'attente qui le précède, la violence n'est qu'un prétexte pour les minutes qui nous y conduisent. Dans ces instants cruciaux qui précèdent les coups de feu, aux silences de Leone s'oppose un verbiage permanent et insipide, une hémorragie de mots sans but ni saveur, et à la mise en scène virtuose de Leone, à ses cadrages savants sur des regards échangés avec une fascinante science du montage comme autant de coups de feu, s'oppose une morne série de mauvais plans - insignifiants au mieux, laids sinon - en champ-contrechamp. Si l'omniprésent dialogue a pour but de prendre le contrepied du silence de Leone, autant dire que le contrepied est total puisque Tarantino perd tout de l'éloquence du cinéaste italien et de sa puissance d'expression en réduisant au minimum l'importance des corps (tout juste reste-t-il des regards, celui de Fassbender par exemple, mais la caméra n'en fait rien) et en substituant au pur langage cinématographique des conversations scénaristiques épuisantes qui nous rappellent à chaque seconde qu'il est loin le temps de Reservoir Dogs et de Pulp Fiction. Tarantino ne pouvait rien avoir en commun avec Sergio Leone, il est volontairement pornographique ("jouissif" est le mot qui revient inlassablement pour parler de lui depuis le départ, et plus que jamais avec ce nouveau film), là où Leone était peut-être le plus grand des cinéastes érotiques. Rien de vraiment léonien à l'horizon donc, à part peut-être la fameuse vengeance finale, annoncée en titre de chapitre comme "la vengeance en gros plan", où il n'y a qu'un gros plan, celui de Mélanie Laurent projeté sur l'écran de cinéma, qui est peut-être (et l'actrice, ignoble à chaque apparition, participe au massacre) le gros plan le plus laid de l'Histoire du cinéma.



L'ouverture du film en dit long sur Quentin Tarantino, qui est devenu une sorte de DJ. Il fait tourner les citations au point de tourner lui-même en rond et pioche sans cesse dans tout ce qu'il aime, y compris dans ses propres films, et les auto-références sont légion, qu'il s'agisse du zoom avant sur le regard d'un basterd avec une musique répétitive et galopante annonçant un flashback où il revoit les tortures infligées par son vis-à-vis, à la manière de la mariée dans Kill Bill, ou du petit soldat allemand, dernier survivant de la fusillade dans le bar, qui accepte de dialoguer avec Brad Pitt et de déposer son arme comme le faisait la compagne de Tim Roth avec Samuel L. Jackson à la fin de Pulp Fiction. On savait que Tarantino s'adorait comme un fou mais quand il en vient à refaire systématiquement la même chose en moins bien, ça commence à faire de la peine. Tel un vieux DJ fatigué, il fait des mixages, des pots pourris, mais alors bien pourris. Certes il a toujours plus ou moins fait ça et même ses meilleurs films valent peut-être moins en DVD qu'en bande originale MP3. C'est avant tout un type qui fait des collages, des assemblages, qui réunit ce qu'il aime le plus, du très bon au très mauvais, et si possible un maximum de trucs nazes et oubliés pour susciter l'engouement de ceux qui ont les mêmes références que lui et pour charmer les autres avec un univers cinématographique de collectionneur publicitaire geek ultra cool. On dit souvent qu'un cinéaste est tout entier contenu dans son premier film. Alors disons que Tarantino était tout entier contenu dans l'ouverture de son second film. La première chose dite dans Pulp Fiction, c'était précisément la définition du titre : une mauvaise histoire imprimée sur du papier de mauvaise qualité, littéralement "littérature de gare". Ça passait plutôt bien au début, c'était même pas mal dans le genre, parce que Tarantino parvenait à inventer une forme singulière avec son héritage bigarré, mêlé d'autant de chefs-d’œuvre du cinéma que de purs navets bis admirés précisément pour leur médiocrité et leur mauvais goût, mais très vite ça s'essouffle ces choses-là, et depuis disons Kill Bill (qui n'était que son 4ème film, rappelons-le) le cinéaste est en bout de course. En fait Tarantino ressemble au personnage de Samuel Jackson dans Pulp Fiction, il a appris quelque chose par cœur, non pas un verset de la bible mais une quantité incomputable de films ingurgités en bon cinéphage, et il ressasse sans arrêt, sans forcément tout piger ni sans que ça n'ait d'intérêt particulier, mais parce que c'est la classe. Le film cite à tout rompre, il porte le titre d'un autre gros navet des 70s et il se rapproche vaguement des 12 Salopards de Robert Aldrich, entre (beaucoup d') autres choses, de Jacques Tourneur aux pires westerns spaghettis. Certains fans parlent aussi d'une influence "wooienne" dans le ralenti sur Mélanie Laurent quand elle se maquille, et on pourrait même penser à Matrix dans la pathétique séquence où les bâtards vont délivrer un nazi reconverti en tueur de nazis... Bref, on va pas faire la liste, d'abord parce qu'elle serait forcément incomplète, car nous ne possédons certainement pas l'immense culture de Tarantino, surtout en termes de navets de série B, ensuite parce que c'est sans intérêt. C'est de la citation qui tourne à vide. C'est comme quand Tarantino cite Leone (qui quant à lui était maître dans l'art de transformer le western classique) : ça n'a aucun sens. Tarantino a vu les films, il les a bien aimés, alors il les cite sans savoir pourquoi et sans en tirer quoi que ce soit. Je ne nie pas un certain potentiel au départ, mais il faut bien se rendre à l'évidence, plus aucun espoir n'est permis. Tarantino, depuis le départ ça puait l'esbroufe, mais maintenant c'est une horreur.



Et en prime, quand on essaie de faire l'honneur au réalisateur de ne pas juste regarder la forme de son film, ce qu'il appelle pourtant à faire en bon maniériste, et ce que tant de fans font en croyant lui rendre service, on a comme une envie de chialer. A la fin d'Inglourious Basterds Quentin fait une métaphore désastreuse pour résumer ce que fait son film : détruire l'Histoire par le cinéma (l'établissement de Mélanie Laurent, un cinéma de Paris, explose et le nazisme avec puisque Hitler himself et ses sbires sont enfermés à l'intérieur). Il y a de quoi rester pantois. De là à dire que Tarantino détruit le cinéma par le cinéma il n'y a qu'un pas. D'ailleurs la mise en scène dans ce film qu'est-ce que c'est, concrètement, sinon un doublon de J.P. Jeunet quand QT tente vainement d'installer ses lamentables personnages (interprétés par des acteurs pour la plupart d'une nullité sans point de comparaison, Mélanie Laurent en tête donc) avec foule de flashbacks d'une seconde résumant les personnages à trois caractéristiques ridicules et qui touchent au simple "toc". On croise d'ailleurs un autre moyen bien pratique et déjà utilisé mille fois, y compris par Tarantino lui-même, pour introduire les protagonistes : l'arrêt sur image avec colorisation du plan à la palette graphique et inscription sur la gueule du type de son blaze façon comic-book... A part ça ? Sur quoi s'extasier ? Une caméra tournant longuement autour de la table et inscrivant ses personnages dans un lieu clos ? Bravo. Certains fanatiques ont relevé avec passion des contre-plongées sur Brad Pitt et des plans s'attardant sur des pieds féminins... Toutes choses prodigieusement inédites et bouleversantes. Niveau mise en scène on a pratiquement fait le tour et autant dire que c'est indigent. Côté scénario, certaines critiques élogieuses (on ne s'attardera pas sur celles qui pointent des "dialogues délicieux", ce sont les mêmes, qui ont la mémoire bien courte et une exigence inexistante, qui s'extasiaient sur les répliques misérables de Death Proof) ont parlé du mérite qu'avait Tarantino de refaire l'Histoire grâce au cinéma. Quand il s'agit de refaire l'Histoire du nazisme, on évite normalement de suivre ses pulsions les plus connes et de faire absolument n'importe quoi pour déballer un "pur délire jouissif" abruti en public. Réécrire l'histoire n'est pas un problème, on est tous d'accord là-dessus. C'est juste une question de comment et de pourquoi. Puisqu'on parle partout de l'amour de Tarantino pour le cinéma et de son penchant pour la citation, il est évident qu'il cite entre autres To be or not to be de Lubitsch. Or Lubitsch détruisait le nazisme dans son film en faisant jouer la fameuse scène du Marchand de Venise : "Si vous nous tuez, ne mourrons-nous pas ?", à deux juifs, devant Hitler. C'était autrement plus beau, plus fort, plus intelligent, plus percutant, plus précis, plus raffiné, plus puissant, plus tout ce que vous voudrez que ce que fait Tarantino quand il réécrit à son tour l'Histoire pour tuer Hitler en le faisant recevoir 125 balles dans le visage et en le faisant brûler dans un cinéma avec une juive sur l'écran qui, dans un affreux gros plan, hurle : "C'est la vengeance juive !" en oubliant de préciser "C'est la vengeance juive un peu nazie sur les bords". Quand Tarantino filme tous ces nazis morts de rire devant un film de propagande dans lequel un soldat Allemand abat 300 soldats américains à la chaîne en grand héros du IIIème Reich, comme en réponse à L'Enfer des hommes avec Audie Murphy, ça rappelle Tarantino lui-même quand il s'esclaffe en bavant devant des navetons absolus ou devant ses propres films et notamment, bien sûr, devant les scènes les plus violentes. Se complaire dans le gore et la violence gratuite, ricaner avec entrain à la cruauté manipulatrice et machiavélique du méchant nazi (on pourra m'objecter que l'Allemand "chasseur de juif" du film est particulièrement classieux et plaisant, et on aura raison...), s'extasier devant la pornographie du meurtre, se réjouir de s'abaisser, même à travers la fiction et en bon démiurge, à l'inhumanité des bourreaux dont on se venge, tout cela est tellement crétin et surtout tellement laid...



Filmer une jeune juive qui incendie (gaze) sa propre salle de cinéma et à l'intérieur tout le gratin du grand parti Nazi avec Hitler en tête, en criant sur l'écran : "C'est la vengeance JUIVE !", avec un ricanement diabolique, tandis que ce même écran tombe en cendres, c'est assez abject. Filmer avec jouissance le massacre sans procès des nazis en tirant un trait sur Nuremberg pour se faire un petit plaisir perso, c'est profondément idiot. Ce que filme Tarantino (via ses "bâtards") et ce qu'il fait lui-même (dans la scène finale), revient à réclamer le droit de jouir à l'idée de massacrer atrocement et sans autre forme de procès des êtres marqués et assassinés pour ce qu'ils sont, pour ce qu'ils représentent, en se réduisant pour cela à leur animalité reprochée. Se laisser aller à des délires réducteurs, systématiques, arbitraires, meurtriers et jouissifs, c'est un peu écrire Mein Kampf à l'envers, en tout cas c'est pas loin d'être la même démarche. Je ne dis pas que Tarantino est un nazi et que son film est un manifeste politique, économique et xénophobe. Car contrairement à celui qu'on appelle joliment "QT", il me reste une once de discernement. Je dis que j'ai rarement vu un film plus moche et plus abruti que celui-ci. Jouir - car quand on voit Eli Roth (ami de Tarantino au visage respirant l'intelligence, et auteur des deux Hostel...) frapper sur un crane avec un sourire jusqu'aux oreilles attendant que ledit crane explose tout à fait, quand on le voit les yeux révulsés et la bave aux lèvres vidant trois chargeurs de mitraillette dans un visage, quand on voit la jeune juive rire à gorge déployée de son meutre "de masse", quand on voit Brad Pitt enfoncer son doigt dans le "trou de balle" de Kruger pendant qu'Eli Roth, au second plan, lui fourre le canon de son fusil dans le cul, il convient de parler de la jouissance d'un porno pourri plutôt que d'une anodine jubilation humoristique ou spirituelle - jouir donc de faire bêtement aux nazis ce qu'ils ont fait aux juifs, jouir de s'abaisser à leur cruauté et à leur ignominie, jouir médiocrement sur ce qui touche de près ou de loin au nazisme et à la shoah, c'est en général l'apanage des tristes sires...



Passée l'hypothèse interprétative de cette première et si mince idée qu'on peut déceler dans la scène finale et que Tarantino filme sans la moindre subtilité à grand renfort d'un symbolisme lourdaud qui confine à connerie, cette idée que le cinéma seul (les films utilisés comme une arme incendiaire) peut lutter contre le nazisme, on peut aussi penser que Tarantino a voulu faire brûler les nazis par les flammes des pellicules nitrate sur lesquelles sont imprimés des films de propagande comme celui qu'ils regardaient avant l'incendie : ainsi les nazis seraient vaincus par leurs propres armes. Et c'est là que le bât blesse, car cette interprétation-là ne se limite pas à cette séquence. Elle est aussi là quand un juif explose dans de grandes gerbes de sang le crane d'un nazi avec jouissance, à coups de batte de base-ball. Tarantino présuppose que les nazis ont joui en commettant leurs crimes (le personnage de Christoph Waltz est un jouisseur, ses babines écument quand il parle, quand il mange, etc., produisant souvent des bruits de succion bien gras) et il veut jouir à son tour en leur rendant la pareille. La jouissance est là en somme tout au long du film. Y compris au-delà de l'écran dans la séquence finale, quand Eli Roth tire pendant cinq minutes à bout portant sur le visage d'Hitler, Eli Roth qui, rappelons-le, déclarait après la sortie du film et dans un de ses éclats d'intelligence et de finesse avoir joui en massacrant ces nazis avec bestialité, nous rappelant par-delà la brillance de son propos la part cathartique qu'il y a dans l'art et qui, n'en déplaise à certains, lui suppose un impact et donc peut-être une forme sinon de responsabilité en tout cas de part morale. Jusque dans la mise en scène de Tarantino, on ne peut nier cette jouissance qu'il a à rendre la monnaie de leur pièce aux nazis par leurs propres armes : extrême violence, arbitraire, assassinat, humiliation, exultation du massacre, flammes et fumée. La vengeance en soi est ce qu'elle est, pas glorieuse, mais dans les films dont Tarantino revendique ou non l'influence comme Il était une fois dans l'ouest (la vengeance de l'Harmonica) ou La mariée était en noir de Truffaut (dont on croit entendre quelque vague écho dans Kill Bill bien que Tarantino affirme qu'il n'a pas vu le film et Dieu sait que c'est con pour lui...), elle est un plat qui se mange froid et que l'on exécute proprement, avec la noblesse qu'il manquait aux bourreaux dont on se venge, et en leur accordant le dernier soupçon de dignité qu'ils avaient retiré à leur victime. La mise en scène elle-même de ces revanches était empreinte de cette noblesse et de cette sobriété qui les caractérisait et par lesquelles les vengeurs s’élevaient au-dessus de la condition de leurs bourreaux. Dans un contexte nécessairement moins fictif puisque éminemment Historique, quoi qu'on en dise (l'étendard dressé en ouverture, "Il était une fois...", ne suffisant pas à faire de ce contexte marqué, et très pesant de surcroît, une pure fable dégagée de toute réalité connotée), faire présider la jouissance meurtrière et cruelle dans un nivellement par le bas qui consiste à rejoindre le niveau animal de son bourreau est décidément pathétique. C'est une idée si basse que celle de vouloir faire périr l'autre par son propre mal... On tuerait la propagande par la propagande ? On tue les nazis en les enfermant à la place des juifs dans les chambres à gaz (ce que fait littéralement la séquence finale). Avouez que c'est confondant. Et Tarantino filme ce fantasme de la vengeance soi-disant juive, cette jouissance de la loi du Talion, avec une bêtise sans bornes. Il filme cette jouissance avec jouissance. C'est profondément minable. Mais le plus détestable c'est de prendre en otage le spectateur pour le forcer à partager cette jouissance du pauvre d'esprit.



Tarantino a fait un film minable - cet homme, qui présentait des capacités au départ, un certain sens du cinéma, est manifestement et de plus en plus mégalomane et débile - dans lequel il tend à se rendre aussi détestable que ceux contre qui il pousse son cri trépané de jouisseur pornographique primaire. Évidemment c'est difficile de parler d'autre chose que du rejet qu'inspire le film. Pour ne pas faire long disons qu'avant d'être méprisable il est surtout très nul, car ce n'est pas la mise en scène de QT qui saurait le sauver de ses abîmes de débilité. Et pour lâcher un peu de trivia, sachez que Brad Pitt s'appelait en réalité Pat Bridd, Patrick Bridd. Il a inter-changé les voyelles de son nom et sa carrière était lancée dans Thelma et Louise, souvent rediffusé par les Thelma d'Arte. A la fin du film, Brad Pitt regarde la caméra et dit avec ironie : "Je crois bien que c'est mon chef-d'œuvre", en gravant une croix gammée sur le front du méchant nazi. Espérons que Tarantino, dans sa grande mégalo, croie vraiment avoir réalisé le sien, aussi simpliste et hideux en effet qu'une croix gammée, et qu'il pense ainsi être allé au bout de lui-même, puis qu'il décide en conséquence d'arrêter sa carrière au sommet de sa forme...


Inglourious Basterds de Quentin Tarantino avec Brad Pitt, Christoph Waltz, Diane Kruger, Eli Roth, Michael Fassbender et Mélanie Laurent (2009)