11 mars 2009

Mes amis, mes amours

Un inconnu nous a envoyé ce courrier :

Chers Rélix,

On dit toujours qu'il faut dissocier l'homme de l'œuvre. Qu'il faut à tout prix considérer l'un sans l'autre, et l'autre sans l'un. Mais quand l'œuvre est une telle horreur et que l'homme derrière l'œuvre est une femme, les dés sont pipés. Et puis surtout quand la femme en question fait partie de votre famille, quand cette femme est votre tante, et qu'elle a passé des années à vous taper sur la gueule quand vous étiez enfant, la distinction vie privée/vie publique est déjà plus difficile à faire. Lorraine Lévy est ma tante, et quand j'étais petit elle me foutait rouste sur branlée. Alors pardonnez-moi de mal distinguer sa personne de son art. Excusez mon manque d'objectivité pour celle qui m'a fait traverser un terrain de foot traîné par le colebaque parce que j'avais eu le malheur de tacler mon cousin un peu haut, pour celle qui m'a plongé le visage dans mon assiette de soupe bouillante parce que je disais préférer un "gros steak", pour celle qui a transformé la vie de mon oncle en grand match de boxe, pour celle qui m'a rasé le crane dans mon sommeil parce qu'elle ne supportait plus mes bouclettes, pour celle qui a fait de mon baptême une version pour adultes de Règlements de compte à OK Corral, pour celle qui à la mort de ma grand-mère s'est emparée de toute l'argenterie familiale pour mieux réussir dans le milieu. Certains auraient tiré un trait sur ce passé si douloureux pour essayer d'entrer dans le "milieu" grâce aux faveurs d'une tata bien placée. Pas moi, je n'oublie pas. Je préfère manger de la terre jusqu'à la fin de mes jours plutôt que me rabibocher avec celle que j'ai surnommée Leather Face. Avant de voir ce film j'avais un poster 3x6 de Vincent Lindon au-dessus de mon lit. Si cette affiche a été maraboutée et qu'elle a les vertus d'une poupée Vaudou, je ne serai pas étonné de découvrir à la une de Voici le visage lacéré de Lindon, comme tranché par la tronçonneuse que ma tante démarrait chaque matin au pied de mon lit pour me prévenir que le petit-déjeuner était servi. Si néanmoins j'essaie de considérer ce film sans me rappeler ma tata, dans tous les cas je meurs, et j'en viens à la haïr de toutes les façons, et de toutes mes forces. Interdisons le cinéma aux bonnes femmes, une bonne fois pour toutes.




PS. Je ne suis pas vraiment le fils de Lorraine Lévy, que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, et qui est sans doute une très bonne tata dans la vie, mais je suis schizophrène et durant tout le film je me suis vécu comme son neveu martyrisé, ce qui en dit quand même long sur le long métrage. Je vous écris ce post-scriptum au calme, à tronche reposée, depuis mon autre personnalité, beaucoup plus cool, nettement moins perchée, moins à fleur de peau et ultra féministe.


Mes amis, mes amours de Lorraine Lévy avec Vincent Lindon, Pascal Elbé, Virginie Ledoyen et Florence Foresti (2009)

5 commentaires:

  1. Quel honneur de commenter un post du fils caché de Marc Lévy !

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  2. trivia :
    Lorraine Lévy est la sœur cadette de l'écrivain Marc Lévy, dont elle a réalisé l'adaptation du roman Mes amis mes amours.

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  3. La fin de cet article est la chose la plus violente, mais la plus vraie de toute l'histoire de IAO

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  4. Ce film est un doigt d'honneur dressé à Georges Méliès, John Ford, Howard Hawks, Jean Renoir, Hitchcock, Godard, Truffaut, Resnais, Max Ophuls, Rainer Fassbinder, Henri-Georges Clouzot, Sergio Leone et tant d'autres :(

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