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13 décembre 2018

Mon Garçon

Le gamin de Guillaume Canet et Mélanie Laurent se fait enlever dans une réserve indienne alors qu'il était en colonie de vacances. A bout, Guillaume Canet décide de mener l'enquête lui-même et part, désespéré, à la recherche de son fils dans les beaux paysages enneigés du Vercors. Voici le pitch de Mon Garçon, le cinquième long métrage de Christian Carion à qui l'on doit également Une Hirondelle a fait le printemps, Joyeux Noël et En Mai, fais ce qu'il te plaît (du coup, moi, j'ai pas maté son film !). Bien qu'il ne sache pas monter à cheval, Christian Carion est Chevalier de la Légion d'honneur. Il fait partie de ces grands mystères du cinéma français, ces réalisateurs médiocres tout de même capables d'attirer dans leurs projets des "vedettes" (notez les guillemets). Guillaume Canet, Michel Serrault, Mathilde Seigner, Mélanie Laurent, Diane Krüger, Dany Boon, Emir Kusturica, Willem Dafoe, Alexandra Maria Lara, Niels Arestrup, Olivier Gourmet... tous ces gens ont défilé devant la caméra de Christian Carion, se mettant au service de ses scénarios minables, parfois même à plusieurs reprises. Comment est-ce possible ? Je laisse la question en suspend...





Mon Garçon nous propose donc d'assister à la détresse de Guillaume Canet. Bien décidé à gagner des oinps auprès de son ex-femme, sa rage lui ordonne de se faire justice lui-même. Nous le suivons donc dans son entreprise, très américaine, de vengeance. Après avoir repéré une voiture présente dans deux vidéos amateurs prises lors du départ en colonie du gamin, il retrouve immédiatement la piste des kidnappeurs à partir de la plaque d'immatriculation. Facile. Une fois arrivé au domicile du kidnappeur, nous avons droit à une scène mémorable de torture au chalumeau administrée par un Guillaume Canet enragé sur un pauv' type qui tient à garder le silence et ne livre aucune info, lui qui n'est qu'un maillon sans importance d'un vaste système de trafic de gosses. Cette scène-là vaut le coup car elle nous offre le spectacle d'un acteur poussé dans ses derniers retranchements. C'est la troisième collaboration entre Canet et Carion. Le réalisateur a demandé à son acteur d'improviser chacun de ses dialogues, chacune de ses réactions, selon le contexte et la situation. Quand Canet a vu ce poste de soudage équipé Oxyflam, son sang n'a donc fait qu'un tour : il s'est mis à menacer sa victime de lui cramer le ièp après lui avoir retiré, difficilement, sa godasse. Avant cela, l'acteur avait bien essayé de le faire causer par la menace verbale dans des interjections riches en insultes mais sans effet notable. "Enculé de ta race tu vas me dire où est mon garçon !" On remarque alors que Guillaume Canet insulte volontiers les races de ses semblables et qu'il est alors particulièrement ridicule.





Autre scène, plus tôt dans le film, autre performance de choix : celle de Mélanie Laurent qui, anéantie par la disparition de son fils et navrée par les agissements de son ex-mari, se met à hurler contre lui, après que celui-ci s'en soit pris à son nouveau compagnon (résultat des courses : deux côtes cassées et un séjour à l'hosto) qu'il accusait d'être dans le coup. Mélanie Laurent perd alors sa voix et se met à crier des dialogues infâmes en flirtant avec les ultrasons. Quiconque matera ce film avec son animal de compagnie au pied du canapé le verra fuir la pièce en toute hâte devant un spectacle aussi pénible pour leurs sensibles oreilles. Recherchant visiblement le réalisme à tout prix, Mélanie Laurent en oublie notre bien-être et prouve de nouveau toute sa bêtise. La dernière partie du film nous propose de voir Canet dégonfler un pneu de 4x4 (c'est long...) puis s'en prendre à chaque ravisseur à coups de club de golf. Quand il retrouve enfin son gosse, on se dit putain... tout ça pour ça ? Pour une telle erreur de la nature ? Pour cet avorton à peine humain ?





Alors que l'on croit avoir assisté au pire, Mon Garçon se conclut sur une scène surréaliste dans laquelle toute la petite famille est réunie au grand complet et joue ensemble au frisbee, dans un très joli décor immaculé et ensoleillé que Chris Carion croit embellir encore en filmant à contre-jour, le soleil inondant le cadre. Plus ridicule encore : Mélanie Laurent et Guillaume Canet commentent chacun de leurs lancers via des dialogues improbables ! "Oh, de la main gauche, joliiiii !", dit un Canet débordant d'un enthousiasme très forcé à son fils si problématique, heureux qu'il soit atteint de la même pathologie que lui. "Magnifique échange... C'est ce qu'on appelle un magnifique échange" ajoute Laurent, hilare sans motif valable, et Canet de répondre un incompréhensible "Elle va écrire des bouquins ta mère maintenant...". Ça laisse vraiment sans voix ! "J'ai eu un peu peur quand même..." précise ensuite Canet après avoir manqué de recevoir le frisbee en travers la gueule. C'est surréaliste !





Cette scène finale échappe aux mots. La légende raconte que la petite troupe devait initialement jouer au cerf-volant mais, face à l'absence total du moindre courant d'air le jour du tournage, le gamin a proposé le frisbee ! Quand on voit le résultat à l'écran, nous ne pouvons que nous réjouir que les éléments se soient mobilisés contre ce film. L'arrivée des flics vient conclure ce douloureux épilogue comme pour nous rappeler que nous sommes devant un film français et non américain : ils embarquent Guillaume Canet, qui a tout de même laissé trois ou quatre cadavres dans son sillage pour récupérer son morbac... Dans la catégorie "film français avec un acteur constamment à cran et en roue libre cherchant à se faire justice lui-même", Mon Garçon se pose là mais n'arrive tout de même pas à la cheville de Blanc Comme Neige, ce sommet d'humour involontaire porté par la frénésie d'un François Cluzet au top de sa forme.


Mon Garçon de Christian Carion avec Guillaume Canet et Mélanie Laurent (2017)

16 mars 2008

Joyeux Noël

Très tôt j'ai repéré que je n'avais pas téléchargé le film animé de Tim Burton sur la fête de Noël que je comptais voir pour pouvoir discuter avec mes amis dont c'est unanimement le film préféré...

Non ça c'est un film de guerre où on en prend plein la vue. Les scènes de bataille sont filmées caméra au genou, l'objectif n'est jamais à moins de cinq centimètres des sacs à dos des soldats quand les plans ne sont pas carrément réalisés depuis l'intérieur de leur besace (je pense que la caméra est restée allumée dans le sac-à-dos du réalisateur et qu'il a ajouté les images au montage final pour obtenir plus d'intensité), du même coup on ne voit strictement rien mais on est plongé au cœur de l'action. Et au vu d'un certain logo immédiatement reconnaissable et récurrent à l'image, j'oserai émettre un doute quant à l'existence, à l'époque, de la marque Quetchua. Mais avec les milliers de spécialistes de la guerre de 14 qui se sont cotisés pour accoucher de ce script j'imagine que rien n'a été laissé au hasard au niveau de la vraisemblance. Et puis l'affiche le dit bien : "Une histoire vraie que l'Histoire a oubliée". Nul doute que l'histoire en question c'est celle de l'entreprise Quetchua. Ils auraient dû écrire: "Une histoire vraie que l'Histoire a oubliée et que même les historiens n'en sont pas sûrs".



C'est l'histoire d'une fraternisation qui a eu lieu en décembre 14 (il n'y avait alors pas encore assez de tués dans les deux camps pour qu'ils aient encore envie de faire la fête ensemble), le soir de Noël, où soldats allemands, écossais et français sont sortis de leurs tranchées pour jouer au foot ensemble avec des cranes en guise de ballons, au milieu des cadavres. Et dans le film ça n'est pas bien compliqué de sortir des tranchées puisqu'elles ne font jamais plus de 10cm de profondeur. Le producteur s'en est justifié en évoquant les délais draconiens imposés par lui-même à l'équipe de tournage et en expliquant qu'il avait eu la fière idée de demander à son chef décorateur d'utiliser les rigoles d'évacuation des eaux usées de la ville de Lens en guise de tranchées afin de sortir le film à Noël (le tournage ayant débuté le 24 décembre au matin).



Alors bien sûr au nom du cinéma cette fraternisation est un brin romancée, à peine enjolivée. À l'image du couple de chanteurs d'opéra allemands, de passage sur le front de la Somme, qui pousse la chansonnette pour les soldats. Sans doute est-ce une anecdote vraie mais c'est si grossièrement mis en scène qu'on n'y croit pas une seconde. "Une histoire vraie, que l'Histoire a oubliée et que ce film tâchera de faire passer pour fausse". C'est si joliment arrangé que la cantatrice est interprétée par la sublime Diane Kruger. Or le réalisateur de ce bourbier nous épargne le gigantesque gang-bang que la présence d'une telle femme dans les tranchées aurait forcément provoqué en réalité, et avec le consentement de son époux encore ! Tout est édulcoré au possible, par exemple il y a de la boue partout sauf dans les tranchées, où la vie en plein hiver semblait assez peinarde. Et tandis qu'on se fait chier comme jamais Dany Boon est en repérages pour son film Bienvenue chez les ch'tis. On assiste au making-of du film qui fait salle comble aujourd'hui. Le comique aux oreilles décollées et à l'accent incompréhensible écrit son scénario en douce et l'essaie devant nous dans un film qui ne s'y prête pas, aux côtés d'un Guillaume Canet de guingois, qui quant à lui faisait ses essais en douce sur la belle Diane Kruger sans nous faire croquer. Si vous avez aimé Bienvenue chez les Ch'tis, matez ce film, c'est le préquel. Au même titre que les 26 spectacles de Dany Boon sur scène. La vie de cette homme a été une longue répétition générale pour un film qui bat tous les records du box office français en ce moment même, ça se passe à côté de chez vous et vous en faîtes partie, vous faîtes partie de ce monde. Demain c'est la fête du cinéma, aidez Dany Boon a franchir la barre des 20 millions d'entrées en 10 jours et puis tirez vous une balle dans la tronche.


Joyeux Noël de Christian Carion avec Diane Kruger et Dany Boon (2005)