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25 février 2020

L'Homme qui voulut être roi

L'Homme qui voulut être roi, adaptation de la nouvelle de Rudyard Kipling par John Huston, est un film sur l'amitié. Les deux personnages principaux, Daniel Dravot (Sean Connery) et Peachy Carnehan (Michael Caine), sont deux britanniques, anciens militaires et francs-maçons, décidés à conquérir un pays à eux seuls, le Kafiristan (province imaginaire de l'Afghanistan), où nul européen n'a mis le pied depuis Alexandre le Grand. Les deux hurluberlus partagent les mêmes facéties, la même légèreté, la même insolente cupidité et surtout le même panache. Ils voient les choses en grand et ne prennent rien très au sérieux. Sinon leur amitié, qui les pousse au début du film à se rendre dans le bureau de Kipling lui-même (interprété par Christopher Plummer), journaliste au Northern Star, afin de compulser cartes et encyclopédies au sujet de leur future destination, mais surtout pour le prendre à témoin (contrat et signatures à l'appui) de leur serment d'amitié : pacte de loyauté et promesse devant l'autre de ne céder aux tentations de la chair et de la boisson qu'une fois leur mission accomplie.




Bien entendu, le serment sera finalement rompu, l'un des deux bougres, Dravot, pris pour un Dieu par le peuple soumis (une flèche tirée en plein cœur finit par chance sa course dans sa médaille franc-maçonne et fait croire à son immortalité), refuse de mettre un terme à l'aventure et de rentrer au pays riche comme Crésus aux côtés de son compagnon, préférant régner pour toujours sur le Kafiristan et prendre femme, ce qui vaudra aux deux compères de strictement tout perdre et de se retrouver gros-jean comme devant, leur seule amitié retrouvée pour toute richesse. Mais en revoyant ce film récemment, outre le plaisir de suivre les aventures de Caine et Connery (dont les personnages, à l'origine, devaient être interprétés par Bogart et Gable, puis par Kirk Douglas et Burt Lancaster, Peter O'Toole et Richard Burton, Paul Newman et Bob Redford et enfin Omar et Fred — John Huston ayant préparé ce film pendant 25 ans avant de l'accoucher), deux choses m'ont profondément touché. La première, c'est la magnifique introduction, où un Michael Caine méconnaissable, défait, borgne, à moitié fou et en guenilles, débarque chez Kipling tel un fantôme pour lui raconter l'aventure de sa vie — et c'est comme si l'un des personnages inventés par l'écrivain, mystérieusement incarné, venait en personne dicter son histoire à son propre créateur. Ou Kipling en Robert E. Howard, l'auteur des aventures de Conan le barbare, qui prétendait écrire lesdites aventures sous la dictée de Conan le Cimmérien en personne, venu les lui raconter depuis un monde parallèle et le pousser à les coucher sur le papier sous la menace d'une rafale de bouffes dans la gueule. 




L'autre, c'est cette scène, qui survient relativement tôt dans le film, durant le périple des deux aventuriers vers le Kafiristan. Lors de leur traversée des régions montagneuses de l'Inde, et après bien des difficultés, les deux hommes se retrouvent soudain confrontés à un gigantesque canyon qui met un terme définitif à leur avancée. Résolus à cet échec et convaincus de leur mort prochaine, Dravot et Carnehan décident d'aller s'asseoir à l'abri d'un rocher pour tailler un dernier bout de gras et se remémorer leurs multiples aventures passées, souvenirs qui ne manquent pas de déclencher chez eux quelques rires, puis beaucoup, de plus en plus nombreux et de plus en plus généreux, jusqu'à ce que ces éclats de rire, amplifiés, répercutés et démultipliés par l'écho des montagnes, déclenchent une formidable avalanche ayant pour effet de combler la faille qui séparait nos deux larrons de leur destination. 




Sauf erreur de ma part, cette scène est absente de la nouvelle de Kipling, dans laquelle Carnehan, racontant son périple à Kipling, ne mentionne l'avalanche que comme un risque potentiel lorsque Dravot chantait à tue-tête dans la montagne, après la mort de leurs dromadaires puis des mules qu'ils avaient volées à des voleurs — Dravot répondant à sa remarque que si un roi ne peut plus chanter, que lui vaut d'être roi ? C'est donc une scène propre au film de Huston que celle où, riant une dernière fois de leurs faillites avant de mourir, les deux amis déclenchent une catastrophe qui résout leur problème et leur sauve la vie. J'ai déjà souvent parlé d'amitié au cinéma, et de rire, à propos de La Horde sauvage ou plus récemment de Zorba le grec, et peut-être me direz-vous que je fais une fixette, mais tout de même, quelle idée, et quelle scène ! 


L'Homme qui voulut être roi de John Huston avec Michael Caine, Sean Connery et Christopher Plummer (1975)

22 mai 2017

Bon rétablissement !

Enfermer dans une chambre d'hôpital un Gérard Lanvin amoindri mais plus irascible que jamais, remonté comme une pendule, chauffé à blanc, et donc prêt à sauter à la gorge du moindre visiteur : l'idée me plaît beaucoup ! Et c'est bien ce que nous propose essentiellement (en tout cas ce que je préfère retenir) ce nouveau film de Jean Becker, promis par son affreuse affiche comme une "comédie". On pouvait donc espérer quelque chose de léger, loin des derniers films minables du cinéaste moustachu qui se terminaient tous par la mort d'un personnage principal dont on apprenait à mi-parcours qu'il était atteint d'une maladie incurable (triste ficelle scénaristique bien pratique pour boucler des films n'allant nulle part et espérer émouvoir le quidam).




Rien de tel ici, même si l'on craint bien longtemps qu'une intrigue bidon ne se développe pour nous expliquer pourquoi et comment Lanvin a été retrouvé dans la Seine avant d'atterrir dans un lit d'hôpital, grièvement blessé. Les quelques venues de Fred Testot, qui campe un flic enquêtant sur l'affaire et trouve ici son meilleur rôle au cinéma (un constat d'une tristesse inouïe mais qu'il faut bien établir !), sont autant de moments où l'on redoute d'apprendre que Lanvin est impliqué dans une sombre histoire policière ou autre affaire de règlements de compte entre truands... Heureusement, rien de tout ça n'arrive, et la découverte du fin mot de l'histoire, lors des ultimes minutes de ce film qui a comme autre avantage d'être très court, nous vaut un twist digne des heures de gloire de Shyamalan et nous offre une belle scène de course-poursuite dans les rues de Paris : Gérard Lanvin, en robe de chambre, essayant tout simplement de rattraper son chat en fuite ! [/spoiler off]




Si Jean Becker est au cinéma ce que la marque Tribord est au monde de la mode vestimentaire, reconnaissons-lui tout de même une qualité non négligeable : il n'a pas son pareil pour mettre ses acteurs à cran et immortaliser leurs coups de sang sur pellicule. On se souvient des dérapages de Patrick Chesnais dans Bienvenue parmi nous et des accès de colère d'Albert Dupontel dans Deux jours à crever. Ici, on se régale de voir Lanvin enrager pour une porte malencontreusement laissée entrouverte, pester contre un plateau repas jugé trop fade, s'énerver sur une gamine qui lui subtilise son ordi portable, prendre pour cible le personnel de l'hôpital, etc. Très peu échappent au courroux de Lanvin, pour notre plus grand plaisir ! A un bon rythme, ses coups d'éclat s'enchaînent et nous permettent de tenir bon.




Hélas, vers la moitié du film, Jean Becker croit tout de même judicieux d'étoffer son si maigre scénario en levant le voile sur la triste vie du personnage principal. Veuf, sans enfant ni vraie famille, vivant seul, son unique espoir de bonheur réside en Anne-Sophie Lapix (qui n'est pas du tout faite pour le grand écran, que cela soit dit), une musicienne avec laquelle il vivait tout juste les prémices d'une romance salvatrice. Quelques flash-backs tout gris et d'une laideur folle nous en apprennent plus sur le rôle de Lanvin au sein de sa fratrie (Jean-Pierre Darroussin, étonnamment éteint, vient souvent le voir à l'hosto, il joue son petit frère alors qu'on aurait plutôt imaginé l'inverse étant donné l'état de délabrement de son dos). Tout ça permet peut-être à ce Bon rétablissement d'atteindre la durée minimale d'un long métrage mais on s'en serait bien passé. Personnellement, le spectacle d'un Lanvin à bout de nerfs me suffisait amplement !


Bon rétablissement ! de Jean Becker avec Gérard Lanvin, Jean-Pierre Darroussin, Anne-Sophie Lapix et Fred Testot (2014)

11 avril 2017

Sur la Piste du Marsupilami

Bien que ce ne soit pas dans nos habitudes, non accueillons parmi nous un invité afin de l'aider à relayer son message à la France entière, au sujet du dernier film paru d'Alain Chabat, symbole d'un certain cinéma opportuniste loin de ce que devrait être le septième art. Nous laissons donc la parole à Cedric Jung, président de l'association "Les cinq millions".

La dernière réalisation en date d'Alain Chabat n'a pas fait date. A l'heure qu'il est j'espère que tout le monde s'est remis du traumatisme engendré par ce film qui a quand même enregistré plus de cinq millions d'entrées. Je suis un de ces "cinq millions" et j'en subis encore les séquelles. Parfois la nuit je me réveille en sursaut, un filet de sueur glacée descendant le long de mon dos jusque dans ma raie, après avoir revu dans un flash la tronche couverte de boue de Chabat ou celle de guingois, digne du dessin d'un enfant attardé tentant de copier un tableau cubiste de Picasso, de Géraldine Nakache. L'horreur.




J'ai créé une association, "Les cinq millions" dont le but est de se faire rembourser le prix de la place de cinéma (ajusté à l'inflation) et récupérer des dommages et intérêts liés aux 1h45 perdues devant un spectacle aussi navrant (soit, à 30€ de l'heure, car nous ne sommes pas des smicards du cinoche, une somme de 52,50 € par spectateur). Nous sommes actuellement 8752 membres, tous domiciliés dans Metz et ses environs, et nous aimerions que notre article revendicatif sur ce blog populaire nous donne l'opportunité de recruter d'autres spectateurs ayant été victimes de ce film en plâtre. Si la totalité des spectateurs floués par ce film (soit 5 224 663 personnes) font part de leur revendication et poursuivent les auteurs de ce délit sur pellicule, alors Chabat et sa clique devront rembourser 5 224 663 x 52,5 x 8€ (8€ étant le prix moyen de la place de cinéma ajusté à l'inflation, en étant très magnanime) soit 2 194 358 460 Euros, en espérant que cela les calmera suffisamment pour ne pas tenter de remettre le couvert avant longtemps. La note peut vous paraitre très fortement salée, mais notre association désire faire de ce film un exemple (et c'est tombé sur Chabat, c'est aussi un moyen de mettre en lumière l'ensemble de son œuvre dite "solo", elle est loin l'époque où on se marrait quand il défonçait un "con de mime") et enfin mettre en place une jurisprudence qui (dans un monde idéal) évitera au cinéma de se coltiner ce genre d'ignominie.




Notre association n'a aucun autre but lucratif que celui d'un remboursement complet et sans condition des frais, du temps perdu et de la souffrance physique et psychologique engendrés par cette "œuvre" qui parjure le cinéma et ébranle jusqu'à la base de nos convictions au sujet de l'avenir de l'Humanité. Nous espérons que vous serez nombreux à répondre à notre appel.


Sur la Piste du Marsupilami d'Alain Chabat avec Jamel Debbouze, Alain Chabat, Lambert Wilson, Fred Testot, Géraldine Nakache et le Marsupilami (2012).

19 mars 2017

Le Carton

Voici la liste que Fred Testot n'a jamais lue, sans quoi il se serait tiré une balle dans le front :

2000 : La Tour Montparnasse infernale de Charles Nemes : Manu, le policier fumeur
2002 : Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d'Alain Chabat : un peintre (scènes coupées)
2004 : Le Carton de Charles Nemes : David
2007 : Garage Babes (vidéo) de Julien Pelgrand : Manu, le patron
2008 : Seuls Two d'Éric et Ramzy : Xavier
2009 : Je vais te manquer de Amanda Sthers : Pierrot
2009 : La Loi de Murphy de Christophe Campos : le responsable de la morgue / Manu, le réceptionniste / le candidat du jeu TV / Manu, le père de Luciano / Garçon d'étage / Père Lachaise
2010 : Le Siffleur de Philippe Lefebvre : Xavier Mazini
2010 : Gardiens de l'ordre de Nicolas Boukhrief : Simon, le gardien de la paix
2011 : Au bistro du coin de Charles Nemes : Manu
2011 : Itinéraire bis de Jean-Luc Perreard : Jean
2011 : La Guerre des boutons de Yann Samuell : Le père Simon
2012 : Sur la piste du Marsupilami d'Alain Chabat : Hermoso
2012 : Dépression et des potes d'Arnaud Lemort : Franck
2012 : Sea, No Sex and Sun de Christophe Turpin : Guillaume
2013 : Le Grand méchant loup de Bruno Lavaine et Nicolas Charlet : Manu
2014 : Bon Rétablissement ! de Jean Becker : Manu 
2015 : Monsieur Cauchemar de Jean-Pierre Mocky : Monsieur Cauchemar
2015 : Arrête ton cinéma ! de Diane Kurys : Adrien
2016 : Pattaya de Franck Gastambide : le pilote d'avion, aka Manu
2017 : A deux heures de Paris de Virginie Verrier : Ø


Ce sont tous ses rôles, à ce jour. Il n'y a jamais d'espoir, aucun répit. C'est une chute infinie. Un pur cauchemar.


Le Carton de Charles Nemes avec Fred Testot (2004)

24 septembre 2012

Dépression et des potes

Il faut tenir les gens au courant sur le cas Lemort. Du spectateur lambda, qui pourrait tomber dans ses filets sans le savoir un soir où il s'imaginerait lancer une petite comédie a priori légère et divertissante, au cinéphile averti, qui sera je l'espère suffisamment clairvoyant pour éviter ses films et ne pourrait donc jamais savoir de quoi il en retourne. Il faut que tout le monde sache de quoi est capable le dénommé Arnaud Lemort. J'avais déjà vu L'Amour c'est mieux à deux, donc je ne fais pas l'étonné, mais si mon premier billet s'attaquait surtout à Dominique Farrugia, alors crédité en tant que co-réalisateur, j'aimerais désormais me focaliser sur Arnaud Lemort, cette fois-ci seul aux commandes et dont ce film est véritablement le petit bébé.




Arnaud Lemort a un mentor en la personne de Dominique Farrugia, ici producteur, et cela en dit déjà assez long sur lui. Arnaud Lemort a également un modèle : Judd Apatow, dont il tente tant bien que mal de reproduire la recette de ses films. Arnaud Lemort est d'ailleurs un fan tellement bien intentionné envers son idole qu'il parvient même à la faire passer pour un génie du 7ème Art. Quoique... Car si l'on devait juger la qualité d'une œuvre par ses conséquences, son influence, et la grandeur d'un cinéaste par le niveau des films qu'il a inspirés, alors selon cette logique, Judd Apatow mériterait lui aussi la prison à perpétuité pour avoir généré, entre autres, Dépression et des potes. Pour faire court, dites vous qu'Arnaud Lemort a un humour tellement glauque qu'on en vient à se demander si son patronyme n'est pas un nom de scène qu'il aurait volontairement choisi !




Que nous propose son dernier film ? Rien de bien étonnant si l'on considère le paysage actuel de la comédie française et ses plus tristes rengaines. Ce film nous montre une fois de plus une bande de trentenaires méprisables et pleins aux as (il faut voir leurs apparts, c'est quelque chose !) en train de se démener avec leurs petits problèmes existentiels de merde. Ces soucis sont souvent liés à leurs queues insatisfaites ou trop vagabondes et à leurs caractères naturellement abjects dont ils se rendent compte, à l'approche de la quarantaine, qu'il vaudrait mieux en changer pour enfin vivre un peu moins connement. Ces personnages sont tellement insupportables qu'on a du mal à les encaisser dès la première seconde où nous les voyons apparaître à l'écran. On les prend en grippe immédiatement, dès qu'ils l'ouvrent pour se plaindre et partager avec nous leurs existences cafardeuses. Pour le reste, il s'agit encore d'un film à l'humour communautaire méprisable, qui tourne en vase plus clos que jamais, rivalisant de cette façon avec Radiostars, et sur lequel plane également le poltergeist de Canal +. Je parle de poltergeist car cet esprit-là est forcément belliqueux et aura décidément fait bien du mal à la comédie française, et pas seulement.




Un personnage du film, incarné par Ary Abittan, est à l'évidence le plus haïssable malgré une sacrée concurrence : il passe son temps à reprendre ses potes en leur sortant "Oh, ça c'est soooooooo 1994" ou "Ah ça, on a arrêté de le dire en 2002 !" (mais quel connard, je vous jure !). Ce personnage a aussi la particularité d'avoir un rire ignoble, on dirait tout simplement une otarie en train d'agoniser ou un âne trop excité. Une chose est sûre : on jurerait que ce rire, ridiculement forcé, provient d'un animal mal en point et assez éloigné de l'humain, comme par exemple une baleine enceinte de quintuplés. Dominique Farrugia étant le producteur du film, ce rire si particulier est donc très clairement un énorme clin d’œil qui lui est adressé. C'est beau de faire une telle référence à son producteur, c'est gentil, ça l'a sûrement fait marrer, ça a dû lui plaire et au moins le toucher. Mais... Et nous ?!! Ce même personnage dit à sa copine, une blondasse aveugle, "Chérie, quand je pense que tu n'as jamais vu ton cul... Il est tellement beau !", une réplique censée faire mouche et bien entendu accompagnée d'un rire gras. Lemort saisit l'occasion pour cadrer en gros plan le mini-short de son actrice, la très vulgaire Laurence Arné, ce qu'il faisait déjà dans son précédent film. On peut alors s'interroger sur les gimmicks ahurissants de ce réalisateur d'outre-tombe, toujours désireux de mettre en valeur ses chouchous... Arnaud Lemort est décidément maître dans la private joke minable.




Je ne ferai même pas de jeux de mots avec le titre. C'est pourtant facile et, le film ayant été assez mal accueilli (youpi !), beaucoup s'y sont adonnés. Mais pour ma part je ne mentirai pas et j’exagérerai à peine : ce film ne m'a pas déprimé, il m'a uniquement plongé dans une colère froide. Vous tous, qui ne l'avez pour la plupart pas vu, vous n'imaginez même pas, vous n'avez même pas idée et, en réalité, je préférerais être à votre place. J'ai eu la sale idée de regarder ce film avant de me coucher. Juste avant mon dodo, il s'est sournoisement infiltré dans mes pensées et a assez étrangement influencé mes songes. J'ai ensuite rêvé d'un coup de fil de Fred Testot qui, reprenant l'un de ses personnages du SAV, me demandait tout en minaudant "Alors, on ne te voit plus aux soirées ?". Je ne peux pas vous retranscrire la réponse rêvée que je lui ai faite, Blogger fermerait ce blog dans la seconde et Fred Testot pourrait me traîner en justice. Tout ce que je peux vous dire, c'est que je me suis ensuite réveillé en sursaut, moi-même choqué et tout en sueur, j'ai bondi de mon lit, branché la console et j'ai joué à Red Dead Redemption jusqu'au petit matin, j'étais en killing spree.


Dépression et des potes d'Arnaud Lemort avec Fred Testot, Jonathan Lambert, Arié Elmaleh, Ary Abittan et Laurence Arné (2012)

1 septembre 2012

Itinéraire Bis


Croyez-le ou non, mais c'est avec le réel espoir de passer un bon moment que j'ai lancé Itinéraire Bis. Il faut dire que je misais tout sur le charme des deux comédiens en tête d'affiche et leur possible alchimie. A ma gauche, Fred Testot. Qui n'apprécie pas Fred Testot ? Qui n'a jamais rigolé devant Super Connard, Tata Suzanne, Rocco Siffredi et j'en passe ? Personne ! A l'image de son acolyte Omar Sy, Fred essaie désormais de percer sur grand écran. Avec hélas moins de bonheur... Et pourtant, on ne peut pas dire qu'il soit mauvais dans Itinéraire Bis. Il incarne un faux benêt au grand cœur plutôt crédible. On sent qu'il s'applique. On le sent énormément ! Et c'est presque dommage... Il ne nous fait jamais rire !



A ma droite, Leïla Bekhti, l'actrice qui monte qui monte et dont le bustier fout l'camp fout l'camp. Son sex-appeal est ici environ 1000 fois inférieur à ce qu'il avait pu être lors de la cérémonie des César qui l'a faite meilleur espoir féminin. Terrassé par l'ennui, on est encore une fois condamné à attendre de voir un petit bout de peau, en vain. L'actrice est très peu mise en valeur et laisse même dubitatif quant à sa réelle beauté et, pire encore, quant à son supposé talent de comédienne. Elle parvient presque à être énervante. Le duo qu'elle forme avec Fred Testot n'est pas mauvais, mais il ne fonctionne pas vraiment et ne parvient jamais à nous faire décrocher le moindre sourire.


On attend donc de se marrer jusqu'à la moitié du film, jusqu'à ce moment où l'on finit par être convaincu qu'il ne s'agit pas du tout d'une comédie mais d'une romance lamentable digne d'un téléfilm minable mis en scène et écrit par des nullards, et simplement produit pour remplir la programmation d'une morne après-midi sur France Télévisions. Au bout du compte, ce simili road movie sous morphine a le seul intérêt de nous faire croquer quelques paysages de l'Île de beauté, filmés par un manchot. C'est un peu maigre !


Itinéraire Bis de Jean-Luc Perreard avec Fred Testot et Leïla Bekhti (2011)

17 janvier 2012

Intouchables

Les gros chiffres atteints par Sixième sens en son temps sont compréhensibles. C'est le film que tu vas forcément REvoir. Donc chaque spectateur compte double, voire triple pour les plus demeurés ou pour la famille de Haley Joel Osment. Du coup à la base il a fait un chiffre tout juste honnête qui, multiplié par deux, a foutu tout le monde sur le cul et Shyamalan sur orbite. Mais là ? Va-t-on voir Intouchables deux fois en salles ? Quand on le conseille avec toute la meilleure volonté du monde à son patron ou à sa tante, est-ce qu'on va le revoir avec eux ? Non. Parce qu'on ne peut pas les sentir... Mais au-delà de ces considérations ? Va-t-on revoir ce film ? Revoir quoi au juste ? Accompagne-t-on sa tante aveugle pour se taper double ration de la soi-disant comédie de l'année ? Les gros chiffres atteints par Usual Suspects en son temps nous sont compréhensibles. On pourrait trouver d'autres exemples de films malins qui sur le scrabble géant du box office ont eu la bonne idée de placer leurs jetons sur une case compte double. Quid de Fight Club et de Titanic. Certes, le second exemple est un peu foireux, tout le monde est retourné voir le film de Cameron au moins trois fois sur grand écran parce qu'il nous en foutait plein la vue, pas pour mieux comprendre la fin, mais on le cite quand même, pour foutre un lien, on s'auto-backlink et c'est ainsi qu'on va grimper dans le classement ebuzzing feu classement wikio des blogs de ciné, balec' ! De son côté, Omar Sy (troisième dans le classement des français préférés des français, derrière Noah et Zidane, mais Le Pen sera quand même au second tour en 2012, va piger) ne se gêne pas pour se rendre méprisable en s'auto-congratulant et en se faisant une pub d'enfer tous les soirs en prime time dans le SAV des émissions (avec l'appui de cet enfoiré de Chabat, le cul encore enfoui dans les dollars que lui a rapportés Asterix et Obélix : Mission Cléopatre), comme si le film en avait besoin...



Comment expliquer le succès de ce film qui succède à La Grande vadrouille, Blanche-neige et les septs nains (on ne le dit jamais assez) ou Bienvenue chez les ch'tis dans l'histoire du box office français et qui tutoie les Avortons et autres Twitanic (cliquez sur le titre) de l'intouchable Cameroon. Je laisse ce mystère entre les pattes des meilleurs sociologues : Pierre Bourdieu et Alain Finkielkraut, si vous m'entendez ! De notre côté on va se contenter de vous faire part de notre ressenti sur ce film, comme on fait régulièrement, une fois tous les deux jours. Il faut préciser que nous sommes au départ plutôt acquis à la cause des dénommés Francis Cluzet et Omar Sy (prononcez Sy, si si). Le premier est devenu un pylône du cinéma français, il est au top en ce moment, quantitativement en tout cas puisque chaque mois les amateurs de Cluzet ne savent plus où donner de la tête : Cluzet sera bientôt le cheval dans Cheval de Guerre du grand Spielberg, l'intrus dans Intruders de l'allemand Juan Carlos Fresnadillo, et il sera aussi en tête d'affiche du Projet Nim. Qualitativement il a déjà été mieux dans ses baskets puisque les films qui l'ont fait exploser aux yeux du grand public ces dernières années sont entre autres les deux infâmes taudis réalisés par Guillaume Canet : Ne le dis à personne et Les petits choirmous. Nous serions étonnés de revoir Cluzet briller dans un film d'Assayas ou de Chabrol (et pour cause). L'acteur a changé de monde, y'a pas à dire. Mais on ne lui jettera pas vraiment la pierre car il reste bon acteur, sympathique comme tout, et grandiose en interview tv où il est l'auteur d'un certain nombres de "sorties" (comme on dit) de haute volée. On se rappellera avec émotion de sa "sortie" terrible sur les handicapés à Cannes l'année dernière, ironie du sort : il fait aujourd'hui fortune en jouant un tétraplégique de la tête aux pieds. A vrai dire, nous jetons un œil à sa filmographie tout en tapant ces lignes, et il faut avouer que si Cluzet a certes explosé en vol récemment dans des navets, il a toujours pissé le chaud et le froid, il a toujours alterné bons films et groooooosses purges. Bref, alternons nous aussi et passons à Omar Sy, en road to the Césars à l'heure actuelle. Et pourtant... On l'a toujours bien aimé dans le SAV, où son rire communicatif et ses différents personnages emportaient le morceau, même si le plus drôle de la troupe reste Sylvie Testot (dont la filmographie est une décharge où Gardiens de l'ordre passe pour une pépite). Comme son collègue, Omar se repose un peu sur ses lauriers mais son parcours fait rêver les français : parti des banlieues le voici intouchable ; son service trois pièces fait quant à lui rêver les françaises, mais ça c'est un peu facile.



Malgré les acteurs en présence, le film n'est pas vraiment drôle. On pouffe cinq ou six fois en tout et pour tout. Certaines vannes ont été faites pour la première fois il y a sans doute 50 ans (comme celle des Assédics et des "deux ans d'attente"), d'autres tombent à l'eau (comme quand Omar Sy brûle les jambes insensibles de Cluzet à coup de thé vert bouillant, on est gêné pour lui), d'autres ne sont pas faites et on le regrette. Par exemple, si le personnage d'Omar Sy se lâche sur les handicapés, son vis-à-vis ne lui renvoie jamais la pareille avec une quelconque vanne sur les noirs (comme celle que nous nous sommes permise quelques lignes plus haut sur le probable Calamar géant d'Homard pas vraiment connu pour être un Bernard l'Hermite) et c'est un peu dommage. D'autant que Cluzet est donc réduit à un rôle aussi éteint que le corpus du type qu'il incarne, il se charge du pendant vaguement sentimental du film tandis que Sy essaie de rayonner de mille feux en solo, ce qui n'aide pas à nous faire croire en l'amitié improbable des deux personnages. La plausibilité de l'histoire (que le film soit inspiré d'une histoire vraie ne change rien au problème) est également mise à rude épreuve par la richesse extravagante du tétraplégique, qui est un rempart à l'identification du spectateur face à une amitié qui paraît d'autant plus surprenante. Autre rempart : la tendresse qu'éprouve Cluzet pour un type qui s'amuse à lui cramer les gambas paraît un peu factice, surtout quand le même personnage prend en grippe son nouvel auxiliaire de vie, remplaçant temporaire d'Omar à la fin du film, qui a juste eu le tort d'inverser ses pantoufles. On ne parle que pour nous bien sûr étant donné que le rempart n'a visiblement pas été difficile à franchir pour 17 millions de spectateurs and counting. Cependant, disons-le comme on le pense, la relation qui unit les deux personnages n'est pas très bien travaillée. Nakache et Toledano (qui restent les co-auteurs de l'infâme Je Préfère qu'on reste amis...) échouent à nous rendre vraiment tangibles les sentiments réciproques qui unissent leurs deux protagonistes, et leurs échanges tout au long du script ne sont pas glorieux. Par exemple, là où Cluzet essaie en vain d'initier Omar à la musique classique et à la peinture moderne (il foire aussi dans ce domaine puisqu'Omar ne se met à la gouache façon Pollock que pour l'appât du gain et fait dans son froc à la première note jouée par Chopin), son nouveau compagnon issu des banlieues ne le convertit qu'aux putes et aux joints, voire à la disco...



Quand on essaie de ne pas s'arrêter à un visionnage au pur premier degré, on se heurte à quelques défauts notoires. Le premier, et pas des moindres, c'est l'aspect très télévisuel du film, qui ressemble de loin à un épisode de Louis la brocante saison 3 (dite "la saison maudite" par Victor Lanoux lui-même, aka Louis la trocante, appuyé sur ce coup-là par le second couteau Armand Chagot aka Raymond le gendarme). Au rayon des choix faciles et assez tristes de mise en scène, on peut évoquer le flash-back par lequel commence le film via une scène assez médiocre qu'on se retape à la fin (on n'évoquera que celle-là vu que précisément il n'y a pas de mise en scène)... Au niveau du discours, on pourra tiquer sur quelque démagogie de bas étage, qui passe d'abord par la quête immédiate d'une connivence avec le spectateur à travers le doux dédain des flics et par une sorte de mépris non-déguisé des classes supérieures quand Omar Sy, grand black de banlieue, secoue ou malmène violemment des bourgeois chevelus et passe pour un Dieu en usant de sa force, y compris aux yeux de Cluzet qui déclare fièrement : "C'est comme ça qu'il faut faire !". Idem pour le faux politiquement incorrect dont le film se revendique, avec les vannes sur les handicapés donc, du type "pas de bras pas de chocolat", vannes bien gentillettes au final et qui s'attirent la sympathie du public en décomplexant tout le monde alors que le film est par ailleurs bien huilé pour ne vexer personne, et l'absence totale de blague sur les noirs participe de cela. Les seuls qui seront peut-être vexés au final ce sont les amateurs d'art contemporain, car Intouchables est également très populiste quand, entre trois vannes pasteurisées, il fait ouvertement et sans vergogne l'anathème de l'art et de ses pseudo exigences intellectuelles onanistes, se plaisant à sournoisement piétiner d'un seul coup tout l'art moderne et à conforter le grand public dans sa bienheureuse ignorance des grands chefs-d’œuvre de la musique classique considérés comme autant de jingle publicitaires. Cet aspect du film est indéniable et à relativiser dans le même temps, car on a bien conscience que le film n'a pas pour visée de dénigrer réellement la musique classique, c'est plus une facilité qu'autre chose, un raccourci bien pratique, avec à la clé un clin d’œil très daté qui n'aura bientôt plus aucun sens puisqu'on aura oublié de quoi parle Omar quand il fait référence à telle ou telle pub. C'est de l'humour avec date de péremption, comme ce film qui, à l'image de Bienvenue chez les Ch'tis ou d'Astérix et Obélix : Mission Cléopatre, sera oublié et enterré d'ici trois mois, y compris par nos pères qui disent avoir "passé un vrai bon moment". Flag of our fathers...


Intouchables d'Olivier Nakache et Eric Toledano avec Omar Sy et François Cluzet (2011 - 2012, RIP)

24 décembre 2010

Gardiens de l'ordre

Il y a quelques temps, je me suis envoyé toute une série de thrillers français récents, avec plus ou moins de bonheur. Malgré sa nullité extrême, je garde un souvenir ému du lamentable Blanc Comme Neige, comédie burlesque involontaire où François Cluzet et Olivier Gourmet assurent le spectacle tandis que notre amie Louise Bourgoin prouve à nouveau que le ridicule ne tue pas. Un peu plus sérieux sans être dénué de petites touches d'humour bienvenues, l'efficace Sans Laisser de Traces m'avait réellement conquis et je ne plaisante pas. C'est après ces deux découvertes de taille que je me suis risqué à lancer le dernier Boukhrief, dont le Cortex m'avait laissé sur le cul, des étoiles plein les yeux, mon amour pour Dédé Dussollier plus vibrant que jamais.




Hélas, Gardiens de l'Ordre m'a bien déçu. On ne sait pas vraiment ce que cherche à faire Ruth Elkrief et ses deux idées, apparemment il est animé par la seule volonté tenace de signer un film "de genre" qui respecte toutes les conneries "du genre", avec notamment des personnages de malfrats ultra caricaturaux et d'un ridicule impossible. J'ai eu du mal à m'intéresser à l'histoire, il m'a fallu achever le film en deux temps et je pourrais envoyer chier quiconque me demanderait de lui raconter ce qu'il s'y passe.



Malgré tout, Gardiens de l'ordre mérite le coup d'œil grâce aux prestations de son duo d'acteurs principaux, j'ai nommé Cécile de France et Fred Testot, plus connu sous le nom de Fred Omaret. De Gaulle nous livre ici son fameux jeu tout en tics insupportables, avec sa façon bien à elle de dégueuler chacune de ses répliques ; en bref, elle surprend fort peu, et c'est tant mieux, on adore ça. Quant à Fred, il évolue typiquement dans un rôle "à contre-emploi" puisque, constamment sur les nerfs, il ne décroche jamais les mâchoires et tutoie le ridicule tout au long du film en se forçant à causer avec sa voix la plus grave possible, pour se donner une contenance ou un je-ne-sais-quoi qu'il n'a clairement pas. S'il existe pour tout le monde ce que l'on appelle communément des photos "dossier", Fred Testot a carrément un long-métrage "dossier" qu'il va devoir traîner avec lui toute sa vie. Quand Boukhrief le filme en train de se faufiler dans des couloirs, une arme au poing, rasant les murs, regard aux aguets, comme dans les pires séries policières américaines, on sent que l'acteur et lui prennent infiniment plus leurs pieds que nous autres qui matons ça tristement, comme s'il s'agissait d'un sketch réalisé par deux ados débiles. Ça fait froid dans le dos...

Je ne vois rien d'autre à dire sur ce film. C'est quasi Noël j'en peux plus d'attendre.


Gardiens de l'Ordre de Nicolas Boukhrief avec Fred Testot et Cécile de France (2010)