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22 mai 2017

Bon rétablissement !

Enfermer dans une chambre d'hôpital un Gérard Lanvin amoindri mais plus irascible que jamais, remonté comme une pendule, chauffé à blanc, et donc prêt à sauter à la gorge du moindre visiteur : l'idée me plaît beaucoup ! Et c'est bien ce que nous propose essentiellement (en tout cas ce que je préfère retenir) ce nouveau film de Jean Becker, promis par son affreuse affiche comme une "comédie". On pouvait donc espérer quelque chose de léger, loin des derniers films minables du cinéaste moustachu qui se terminaient tous par la mort d'un personnage principal dont on apprenait à mi-parcours qu'il était atteint d'une maladie incurable (triste ficelle scénaristique bien pratique pour boucler des films n'allant nulle part et espérer émouvoir le quidam).




Rien de tel ici, même si l'on craint bien longtemps qu'une intrigue bidon ne se développe pour nous expliquer pourquoi et comment Lanvin a été retrouvé dans la Seine avant d'atterrir dans un lit d'hôpital, grièvement blessé. Les quelques venues de Fred Testot, qui campe un flic enquêtant sur l'affaire et trouve ici son meilleur rôle au cinéma (un constat d'une tristesse inouïe mais qu'il faut bien établir !), sont autant de moments où l'on redoute d'apprendre que Lanvin est impliqué dans une sombre histoire policière ou autre affaire de règlements de compte entre truands... Heureusement, rien de tout ça n'arrive, et la découverte du fin mot de l'histoire, lors des ultimes minutes de ce film qui a comme autre avantage d'être très court, nous vaut un twist digne des heures de gloire de Shyamalan et nous offre une belle scène de course-poursuite dans les rues de Paris : Gérard Lanvin, en robe de chambre, essayant tout simplement de rattraper son chat en fuite ! [/spoiler off]




Si Jean Becker est au cinéma ce que la marque Tribord est au monde de la mode vestimentaire, reconnaissons-lui tout de même une qualité non négligeable : il n'a pas son pareil pour mettre ses acteurs à cran et immortaliser leurs coups de sang sur pellicule. On se souvient des dérapages de Patrick Chesnais dans Bienvenue parmi nous et des accès de colère d'Albert Dupontel dans Deux jours à crever. Ici, on se régale de voir Lanvin enrager pour une porte malencontreusement laissée entrouverte, pester contre un plateau repas jugé trop fade, s'énerver sur une gamine qui lui subtilise son ordi portable, prendre pour cible le personnel de l'hôpital, etc. Très peu échappent au courroux de Lanvin, pour notre plus grand plaisir ! A un bon rythme, ses coups d'éclat s'enchaînent et nous permettent de tenir bon.




Hélas, vers la moitié du film, Jean Becker croit tout de même judicieux d'étoffer son si maigre scénario en levant le voile sur la triste vie du personnage principal. Veuf, sans enfant ni vraie famille, vivant seul, son unique espoir de bonheur réside en Anne-Sophie Lapix (qui n'est pas du tout faite pour le grand écran, que cela soit dit), une musicienne avec laquelle il vivait tout juste les prémices d'une romance salvatrice. Quelques flash-backs tout gris et d'une laideur folle nous en apprennent plus sur le rôle de Lanvin au sein de sa fratrie (Jean-Pierre Darroussin, étonnamment éteint, vient souvent le voir à l'hosto, il joue son petit frère alors qu'on aurait plutôt imaginé l'inverse étant donné l'état de délabrement de son dos). Tout ça permet peut-être à ce Bon rétablissement d'atteindre la durée minimale d'un long métrage mais on s'en serait bien passé. Personnellement, le spectacle d'un Lanvin à bout de nerfs me suffisait amplement !


Bon rétablissement ! de Jean Becker avec Gérard Lanvin, Jean-Pierre Darroussin, Anne-Sophie Lapix et Fred Testot (2014)

1 mai 2015

Le Cœur des hommes 3

On comprend mieux le niveau de revues comme Studio ou Première quand on a vu tous les films de leur fondateur, Marc Esposito, et notamment le dernier, Le Cœur des hommes 3, navet énorme, ferme, laiteux, parfait, digne du potager d'Asafumé Yamashita, le maraicher japonais qui cague trois navets par an mais des navetons de compétition, qu'il vend 150 000 euros pièce aux trois chefs multi-étoilés imposés sur la fortune de Paname. On souffre à un point inimaginable dès le générique d'ouverture du film : un panoramique sur le ciel parisien tartiné par l'ignoble chanson I'll stand by you des Pretenders, mélasse sentimentale merdique des années 90, dont on se demande comment elle peut atterrir dans un film de 2013, et comment ce film a pu obtenir un visa d'exploitation. C'est insensé. Et c'est idem pour la totalité du long métrage, qu'il faudrait montrer dans toutes les écoles de cinéma, projeté sous de gigantesques kakemonos (mot compte quadruple au Scrabble) prévenant l'audience : Du pire usage de la musique dans un film en particulier, et du pire usage du cinématographe en général.


Marc Esposito s'amuse à tourner des scènes les yeux fermés.

Mais si ce n'était que ça… Tout est du même tonneau, à commencer par les cadrages. Je pense très sincèrement que Marc Esposito souffre de cécité, il est impossible autrement de tourner des plans aussi laids. Ne parlons même pas du montage : on appréciera tout particulièrement la séquence, dans le bureau de Marc Lavoine, où son personnage de strict enfoiré est sur le point de rencontrer son fils de 10 ans, né d'un adultère parmi cent autres. La scène est scindée en deux par un plan sur un nuage, qui veut signifier une ellipse de deux minutes avant l'entrée du gamin dans la pièce. Montage littéralement hallucinant. Quant aux acteurs, on sait, rien qu'en les regardant faire, à quel point ils se morfondent à en crever. Ils n'ont aucune envie de jouer tout ça, c'est très net à l'oeil nu, et ça fait de la peine. Faut dire que les dialogues sont eux aussi voisins de l'altitude zéro. Au mieux les répliques sont complètement creuses, au pire elles essaient de faire rire à coups de petites saillies vulgaires, écrites par un beauf fini. C'est à Esposito, toujours lui, que l'on doit le scénario, ce script inique qui découpe les tranches de vie comme Daroussin, pas tellement investi dans son rôle de boucher-charcutier parisien, découpe du rumsteck, autrement dit c'est pas de la dentelle, et mieux vaut surkiffer le gras...  La plupart des saynètes ne présentent strictement aucun intérêt, ne racontent rien, quand elles ne brassent pas un air violemment nauséabond. Un certain nombre d'éléments de récit sont même complètement abandonnés en cours de route, sans doute pour trouver leur résolution dans le numéro 4.


L'un des nombreux plans signatures d'Esposito.

Et il y aura un numéro 4, soyez-en sûrs. D'abord parce qu'Esposito n'a semble-t-il pas beaucoup d'autres idées (ou alors ça donne Mon Pote, un autre film de potes à se tuer). Ensuite parce qu'il adore reprendre ses gimmicks : le long plan, lointain et tremblotant, qui cadre les quatre vieillards marchant vers la caméra au milieu de la foule dans une rue commerçante ; ce lent panoramique sur les quatre mêmes queutards à la manque qui marchent de profil dans le sable, à Cabourg, après avoir empoché des tonnes de fric au Casino ; celui où ils se vissent le cul dans le sable et répètent « Rah putain, on n'est pas bien là ? », comme pour s'en convaincre ; ou le plan final légendaire, repris sur chaque affiche, qui voit nos trois tocards de base tremper leurs vieux panards dans la piscine, en faisant ressortir leurs gros orteils à la surface pour les agiter sous notre nez, comme pour nous les faire humer. Il faudra quand même s'accrocher pour pondre un énième chapitre de la vie de ces débris sans se répéter, parce que ça fait déjà trois films que Campan tombe amoureux d'une nouvelle femme mariée en fétichisant une partie de son corps (après les pieds et le foie, ici c'est la toison – il les aime « ultra touffues » (sic) – et plusieurs dialogues tournent uniquement autour de ça). Voilà trois films que Lavoine se dispute avec sa femme débile et vociférante parce qu'il a branché son canal déférent sur toutes les prises femelles de la capitale (et sur quelques prises mâles). Trois films que Darroussin reste un mec bien (quoiqu'un peu sanguin, quand il menace le copain de sa fille de lui tirer « cinq balles dans la tronche » (sic) s'il la fait chier ; notre homme a semble-t-il oublié son vieil adage du premier film : « Qu'est-ce que je ferais si j'étais un peu moins con ? »), attaché à sa Florence Tomassin nature, un peu bébête, et désormais cancéreuse, quitte à tirer un trait résigné sur le véritable amour de sa vie, une blonde tirée dans un hôtel pendant une semaine dans le deuxième épisode, si je me souviens bien. Rien sur Darmon, qui n'a pas signé pour ce film, car il n'est pas complètement con, remplacé par Eric Elmosnino, nouveau cœur à sonder pour Esposito (qui a déclaré que l'acteur était de sa famille, à quelques lettres près), dans le rôle d'un papa divorcé dont la vie consiste exclusivement à s'envoyer pas mal de gonzesses nettement plus jeunes que lui, comme de bien entendu.


Déjà trois films qu'ils passent à courir et pourtant ils sont toujours aussi lourds...

En même temps c'est pas comme si Esposito craignait la redite. Il nous replace, à l'identique, dans le même décor, dite sur le même ton, avec le même champ-contrechamp qui navigue entre la bande des quatre morbacs et un quatuor de vieillardes déambulant sur la plage, sa plus fameuse blague : « Elles ont morflé les Spice Girls... », vanne déjà faite dans le premier film, et qu'il décline encore quand, dans un bar, Elmosnino balance, à propos d'un serveur musclé aux longs cheveux blonds : « Elle a morflé Madonna... ». Et toute la bande de s'estrasser de rire sous nos yeux malheureux… Quand la seule blague de ta comédie c'est ça, et quand en prime tu la fais trois fois, on peut dire que tu fais une croix sur l'humour. Mais sans même parler d'humour, puisqu'il ne faut pas parler des absents, que pourrait-il arriver de neuf à nos quatre braves types dans le prochain opus ? Personnellement j'imagine bien, par exemple, dans le prochain épisode, la femme multi-cocue de Lavoine virer sa cuti le temps d'un été. Il n'y a pas un homo dans cette série. Esposito rate son époque à tous les niveaux, coincé dans les 90s avec ces enflures de Pretenders (« I'll stand by you, tadadadidoudou, I'll stand by youuuu », cette horreur reste dans le crâne, c'est un truc de dingue). Alors pourquoi pas jeter une gousse dans le potager, et pourquoi pas la femme de Lavoine ?


Beau personnage féminin de femme giga-trompée qui vocifère de temps en temps mais qui garde le sourire et reste sagement amoureuse.

Ca donnerait lieu à tout un tas de situations cocasses et de dialogues savoureux, du genre : « Avec toutes les bonnes femmes que tu te tapes en douce, j'ai bien le droit de m'en faire une ou deux non !? », ou : « Réjouis-toi, au moins moi je risque pas de te faire un enfant dans le dos ! Encore que t'es pas à l'abri mon p'tit père… Une bonne PMA de derrière les fagots et le tour est joué. Salooop !! ». On peut même imaginer Lavoine (qui récolte en général les répliques les plus débiles d'Esposito, toutes ses vannes en-dessous de la ceinture et du niveau de la mer), entouré de ses potes, en plein footing, disant : « J'avoue que ça me fait bien chier mais je préfère ça qu'un mec... Et même que ça m'excite un peu moi... Mais putain bordel, les moules printanières j'aime ça que si je peux y tremper ma grosse frite ! Vous me suivez les gars ?! ». Et les trois autres de rire comme des baleines, OUAHAHAH, en short, dans un jardin public, entourés de bonnasses à peine majeures prêtes à craquer sur leurs vieux culs ridés. Je vous assure que les dialogues des trois premiers films de la série sont pile poil de cet acabit, peut-être même plus cons. Mieux ! Fatche, ça fuse dans ma tronche : la nouvelle copine gouine de la femme de Lavoine pourrait être une ancienne conquête de ce fumier, vu qu'il s'est enfilé tout Paname et sa périphérie. Quiproquos, rebondissements, twists à Saint-Tropez, tout y est. Cocagne ! Range ton stylo Esposito, je t'envoie ce script pourri en recommandé. Rien qu'en laissant pisser mon vieux cervelet reptilien deux minutes je fous la race à tous tes scénarios réunis, je me mets en mode « dégueule sans réfléchir » et je te fais du Esposito 2.0.


Le Cœur des hommes 3 de Marc Esposito avec Marc Lavoine, Jean-Pierre Darroussin, Bernard Campan, Eric Elmosnino, Florence Thomassin, Catherine Wilkening et Zoé Félix (2013)

17 novembre 2014

Le Havre

C'est le premier film que je voyais (vraiment) d'Aki Kaurismaki, et j'avoue qu'il ne m'a pas spécialement motivé à découvrir les autres opus de la filmographie du plus célèbre cinéaste finlandais. Si l'on commence par se sentir à l'aise dans ce Havre, il faut quand même avouer qu'on a rapidement envie de tracer la route et, pire, que quelques heures après l'avoir vu il n'en reste pas grand chose. Heureusement, dans un premier temps, les influences de Bresson (les voix blanches, les gros plans sur les pieds ou les mains), ou de Fassbinder (l'anti-racisme sur fond de vieux bars pourris, de regards moisis et de corps meurtris, comme dirait l'autre) donnent au film une certaine saveur et le sauvent in extremis du pur anecdotique. Parce qu'on pense aussi parfois à Jeunet devant Le Havre, même si l'aspect vieille France rance (à coups de vieux bistrots, de vieux boulots, de petits chapeaux, de petits manteaux et de petites autos, comme dirait presque un autre autre) et le portrait folklorique nostalgique sont infiniment moins déprimants que chez le réalisateur français daltonien auteur d'Amélie Poulain. On y pense quand même, sinon par l'esthétique, du moins par le propos qui, en voulant rendre hommage au réalisme poétique des années 40, flirte dangereusement avec les pires travers de la qualité française.




Le problème du film c'est qu'il commence par lorgner très fort du côté des deux premières influences citées pour ensuite foutre le camp avec la troisième, et après un long pamphlet anti-sarkoziste écrit à la truelle, la fin déballe l'air de rien sa morale, noble morale certes, mais qui ainsi déballée vaut deux sous (faites le bien autour de vous, aidez les sans-papiers et votre vie sera plus belle, vous serez sauvé, y compris d'un cancer en phase terminale, qui sait...), plombant volontiers et carrément l'ensemble. Je n'ai pas détesté donc, mais il s'en est fallu de peu, et de la même manière que le film s'enfonce dans sa nostalgie, il aura fallu que je m'enfonce dans la mienne (envie de revoir Pickpocket et Tous les autres s'appellent Ali) pour sauver les meubles.


Le Havre d'Aki Kaurismaki avec André Wilms, Kati Outinen et Jean-Pierre Darroussin (2011)

5 novembre 2011

Dialogue avec mon jardinier

J'ai oublié de vous parler de cet opus de Jean Becker au moment de sa sortie il y a quatre ans... Mille excuses, mea culpa, c'est juste que j'en avais rien à battre et du coup j'ai zappé... Pardon encore. Félix et moi on vous a pourtant torché Deux jours à crever et La tronche en friche, mais j'ai oublié de parler de celui qui les a précédé, Dialogue avec mon macchabée, qu'on a pourtant vu à sa sortie sur divx, au garde-à-vous, comme à chaque parution d'un nouveau Becker. Dans cet opus du maître, Daniel Auteuil interprète un peintre assez fortuné en plein divorce, revenu habiter la maison de son enfance après la mort de ses parents. Il convoque un jardinier pour remettre en état le jardin et quand son nouvel employé (Jean-Pierre Darroussin) rapplique enfin il s'avère être un de ses anciens camarades de classe. Ils se rappellent leurs bêtises d'autrefois et redeviennent amis. Darroussin incarne un cheminot retraité, fatigué, vivant en HLM, aux antipodes sociaux de son ami, mais leur différence de niveau de vie et de trajectoire ne sera pas un rempart à leur sympathie réciproque et les deux personnages vont créer de gros liens d'amitié autour de la peinture, des légumes potagers, de la pêche à l'épuisette et d'un déluge torrentiel de pinard.



Jusqu'aux deux tiers du film c'est vraiment bien. Lumineux, très coloré, assez intéressant et souvent drôle, car on voit bien que pour chaque scène en tête-à-tête, Auteuil et Darroussin n'ont fait qu'une prise et que c'était la bonne, notamment dans une séquence interminable où les deux comparses échangent sur des dizaines de sujets incompréhensibles pendant des heures, Auteuil vautré dans un canap' et Darroussin lui faisant face, bien tanqué dans un fauteuil apparemment pas aussi confortable que celui de son copain, les mains vissées sur les genoux, hagard, fixant son vieux pote au bout du rouleau qui tombe les litrons de rouge en causant dans un charabia sans queue ni tête de tout et d'absolument rien dans une suite de faux-raccords involontaires de haute volée. On notera en prime une apparition d’Élodie Navarre, très agréable par sa présence car essentiellement nue dans l'herbe. Au tableau d'affichage des scores on a donc Becker 3 - le spectateur 0, car il nous met dans la vue une bonasse à poil dans le foin et deux alcooliques en roues libres, c'est paname à la campagne. Et puis tout à coup un des deux personnages tombe gravement malade. Et le dernier tiers est d'un chiant... mais d'un chiant... Jean Becker, on l'a déjà dit, faut toujours qu'il fasse dans le pathos en fusillant un de ses personnages au moment où tout le monde était bien à l'aise dans ses godasses. Au début il filmait deux amis discutant pendant des heures en nous faisant marrer, puis il s'est rendu compte qu'il n'avait pas de scénar, or la maladie ça reste une bonne sortie de secours pour niquer un film.



C'est typique, c'est comme ça dans pratiquement tous les films de Becker, qui aime finir en eau de boudin et nous voler le sourire qu'il nous avait offert si gracieusement en essayant de choquer par la mort subite d'un personnage sympathique - aussi y a-t-il fort à parier que si Becker Jean devait filmer le biopic d'un footeux, il choisirait Marc-Vivien Foé. On verrait l'international camerounais le plus sympathique de l'histoire des Lions Indomptables tailler le bout de gras avec ses coéquipiers, se pisser au froc de rire avec ses potes, enchaîner les matchs comme un Dieu, une passe par ci, un dégageo en touche par là, puis un panneau annoncerait la date, le 26 juin 2003, et on commencerait à trembler du menton sévère. Puis Marc-Vivien Foé, joué par Omar Sy sans doute, la star montante du cinoche franchouillard, s'écroulerait soudain sans crier gare, les yeux révulsés, au cours de ce fameusement triste match de Coupe des Confédérations contre la Colombie, à Gerland. Guy Roux, incarné par Michel Galabru, déplorerait devant la caméra de Becker imitant les conditions d'un reportage la négligence des soigneurs qui ont fait tomber "Marco", Marc-Vivien Foé, en le transportant hors du terrain. Ce serait un Becker sans bavure et ça ferait quelques entrées à proximité des stades. Le cinéaste Becker flingue lui-même sa filmographie. C'est con. Mais on l'avait vu venir, on connaît notre petit Becker illustré par cœur.


Dialogue avec mon jardinier de Jean Becker avec Daniel Auteuil, Jean-Pierre Darroussin, Élodie Navarre, Fanny Cottençon et Alexia Barlier (2007)

8 décembre 2010

Erreur de la banque en votre faveur

Encore une de ces comédies populaires françaises contemporaines qui tournent en rond autour d'un triste totem nommé le fric, après Hors de prix, Le prix à payer, Combien tu m'aimes, Cliente, Le coût de la vie, Ah si j'étais riche ! et j'en passe des pires et des plus nazes. Après tout c'est un sujet comme un autre et la satire sociale est propice à la comédie. Le vrai problème c'est qu'on ne voit plus que toute cette oseille qui fascine nos pires réalisateurs franchouillards lorsque la comédie est à ce point misérable... Avant, en France, il me semble que ces films-là étaient plus souvent réussis. Aujourd'hui j'ai honte de graver ça pour mon père sur dvd-r. Quand je l'ai au téléphone et que je lui demande à propos de toutes ces daubes que je lui offre : "Alors ?", sa réponse est sans équivoque et toujours identique : "Fils...". Et il a raison. 
 
 
Sur le tournage, entre deux scènes, Gérard Lanvin mime avec ses mains la taille de son chocolat Lanvin.
 
 
Vous me direz : "Pourtant y'a Gérard Lanvin !". On parle bien du mec qui est dans Camping, 3 zéros, Le boulet ? Et Darroussin... Pas évident de faire marrer quand les personnages principaux ont la psychologie et l'attitude de deux poulpes pas spécialement éveillés. Autre sujet d'étonnement : Lanvin, 60 années de vol à la tire au compteur, séduit Barbara Schulz, 38 ans, soit 22 piges de moins que lui, consentante, donc soit, mais Darouflan, du haut de ses 56 balais, s'ébat avec une enfant de 17 ans. On est donc face à un cas à part dans la catégorie long métrage. Assis sans moufeter devant un film écrit pour des pédophiles avides de pognon. Drôle de programme. Ce sera sans moi. Sans Lanvin ni Darroussin non plus, d'ailleurs, qui semblent n'en avoir rien à foutre de jouer la comédie. On leur demande simplement de faire leur métier ! Au lieu de ça ils sabordent les scènes, soit carrément éteints, soit surjouant très péniblement. 
 
 
Sur le tournage Gérard Bitton mime avec ses mains la forme de ses couilles
 
 
La morale du film, dite clairement par un des personnages secondaires écœurants histoire de faciliter la tâche aux deux réalisateurs de cette daube (ils s'y sont mis à quatre mains, à quatre mains !), c'est "L'argent ne fait pas le bonheur". On a pourtant le sentiment profond, chevillé au corps, que tous ceux qui ont participé à l'accouchement aux forceps de ce long métrage prématuré et dégénéré l'ont fait avec deux gros dollars verts imprimés dans les vitrines de leurs globes oculaires, les poches pleines aux as et les chicots d'argent rainurant le parquet flottant. Surtout Lanvin. Même Daroussin... mon idole... mon tonton, mon darron. Tonton Darrou !  
 
 
Erreur de la banque en votre faveur de Gérard Bitton et Michel Munz avec Jean-Pierre Darroussin et Gérard Lanvin (2009)

10 mai 2009

Les Grandes Personnes

L'histoire de ce film c'est celle d'un père divorcé qui s'occupe de sa fille pendant les vacances et qui est obsédé par l'idée de retrouver un vieux trésor caché. Il n'a de pensées que pour son trésor et en délaisse un peu sa fille, adolescente en pleine découverte de son corps et de sa personnalité cachée elle aussi, bien plus profond qu'un trésor espagnol ou viking, mais bien moins difficile à cerner. Le véritable trésor de ce père c'est sa fille ma parole.

C'est donc un remake méga con de King Of California. Anna Novion, une réalisatrice qui filme sous toutes les coutures de jeunes femmes en maillots de bain, a vu la comédie déjà moyenne de Michael Cahill, et en a retiré toutes les vannes pour en faire le film le plus chiant possible. Parfois on voit le cadre trembler tandis qu'Anna Foison essaie de faire le point derrière sa caméra sur le boulard d'Anaïs Demoustier. A noter qu'elle ne sera pas la première Anaïs célèbre du 7ème Art. Loin s'en faut. Il reste donc une place à prendre pour toutes les Anaïs du monde, dans la catégorie "ado sur pellicule".




La grande question désormais quand on regarde un film avec Darroussin c'est de savoir s'il va clamser à la fin. Mais dans ce film là pour la première fois on se prend à le souhaiter. C'était peut-être une consigne de la réalisatrice mais l'acteur si cher à nos cœurs chie tous ses dialogues. Il a chassé le naturel et il s'est barré au galop.



C'est la seconde fois dans la carrière de l'acteur après Le Pressentiment qu'on le sent en perdition au milieu de l'océan de merde d'un scénario qui se guinche le nombril en permanence. Et d'ailleurs dans ces deux films, à un moment donné, et sans qu'il s'agisse pour autant de cinéma fantastique, l'acteur pose un verre d'eau sur une table et continue ses dialogues insipides, tandis que dans son dos, le verre d'eau en question se vide lentement de son contenu. En fait c'est le film qui boit, juste pour vivre. Dans chaque scène de repas, on voit, si l'on est d'aventure un peu méfiant ou disons attentif, on voit quelques ingrédients disparaître d'eux-mêmes. C'est le film, affamé, desséché, qui subvient naturellement à ses besoins pour ne pas crever. Aussi régulièrement les acteurs se plaignent-ils face caméra de marcher sans arrêt dans la merde et de trouver des flaques d'eau sous leurs lits. C'est tout simplement le film qui fait ses besoins.



Si ce film était un ado d'1m60 Félix et moi l'aurions plaqué dans un angle de la pièce pour le bastonner pendant une heure et demi.

Voilà donc deux films identiques et incomplets, qu'il aurait suffi de mixer pour en tirer un vrai chef-d'œuvre. Imaginez deux minutes Michael Douglas et J-P Darroussin, entourés de deux adulescentes en mini-short, en train de chercher à quatre mains un trésor de merde. Et là on a grand film. Deux monuments aux morts devant une caméra DV, et là on a du ciné.


Les Grandes Personnes d'Anna Novion avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier et Judith Henry (2008)

2 mai 2008

Feux rouges

Voila un film dont on n'a presque pas entendu parler à sa sortie. Et pourtant voila un film très intéressant. C'est un road movie pure sauce. Antoine (Jean-Pierre Darroussin) et Hélène (Carole Bouquet), couple Parisien bien tranquille, partent en voiture pour aller chercher leurs enfants en colonie de vacances dans le sud. Avant le départ Hélène est en retard et un peu froide face aux attentions d'Antoine, qui commence à boire en l'attendant. Sur la route, agacé par les embouteillages et la chaleur, Antoine tire une tronche de sept pieds de long avant d'entamer une véritable scène de ménage qui va conduire Hélène, délaissée dans la voiture sur le parking d'une aire où Antoine poursuit sa cuite, à se tirer en douce pour prendre un train. D'abord paniqué par la disparition de sa femme, Antoine finit par s'y résoudre et fait la connaissance d'un drôle de type qui monte en voiture avec lui et qui pourrait bien être le détenu évadé au petit matin dont toutes les télés parlent.
 
 
Je vous raconte pas la suite. Le couple Darroussin/Bouquet fonctionne à merveille, les deux acteurs sont remarquables et semblent plus qu'à l'aise dans ce sombre road movie savoureux tiré d'un roman de Simenon, qui défile à toute allure sur fond de nationales bordées par la campagne française et par la musique de Claude Debussy qui vient très délicatement s'accorder aux images de Cédric Kahn, à sa mise en scène frontale, précise, finement ciselée, et au rythme insaisissable de ce demi-thriller angoissant et intelligent. Il faut voir Darroussin passer 26 coups de fil les uns derrière les autres dans un petit bar de village pour reconstituer doucement le puzzle de la nuit qu'a pu passer sa femme et tâcher de la retrouver, devant une serveuse tétanisée qui regrette de l'avoir autorisé à se servir du téléphone en imaginant la note à la fin du mois. Un film très raffiné.
 
 
Feux Rouges de Cédric Kahn avec Jean-Pierre Darroussin et Carole Bouquet (2004)

25 avril 2008

Fragile(s)

L’idée était simple : réaliser un film choral dont le seul lien entre chaque personnages serait un labrador, vagabondant de scènes en scènes en quête de quelques caresses et d’une gamelle de croquettes qu’il finirait par obtenir seulement à la toute fin. Le film est, hélas, beaucoup plus compliqué car, durant le tournage, le labrador a foutu le camp, lassé d’être traité par-dessus la jambe et surtout de ne pas profiter d’un salaire au moins égal à celui de François Berléand. Martin Valente, jeune réalisateur français qui a lui-même reconnu lors d’une interview accordée à Paris Match qu’il était devenu metteur en scène uniquement parce qu’il espérait, un jour, avoir la chance de croiser Lorant Deutsch, a donc du revoir l’intégralité d’un scénario déjà peu brillant, en créant de nouveaux liens souvent grotesques entre chacun de ses personnages.




Ainsi, Jacques Gamblin voit son rôle de flic coriace devenir le père de Jean-Pierre Darroussin, pharmacien et célibataire endurci, pourtant d’une dizaine d’années son aîné. En pleine confusion, nous constatons plus tard avec horreur que la femme de Jacques Gamblin, incarnée timidement par Caroline Cellier, n’est autre que la fille de Jean-Pierre Daroussin. Un peu plus tard encore, on apprend avec stupéfaction que Caroline Cellier et François Berléand sont des jumeaux, Berléand étant pourtant depuis le début l’amant caché de Caroline Cellier et le fils adoptif de Marie Gillain, cette même Marie Gillain que Jacques Gamblin appelle « Tata » ! Nous sommes alors en présence de l’un des plus tristes cas de familles consanguines de l'histoire du 7ième Art ; même le nouveau spécialiste du genre Rob Schmidt n’avait pas fait mieux dans son film d’horreur Détour Mortel, de bien triste mémoire, où une famille d’attardés s’en prenait à des touristes allemands perdus en plein Kansas.




Mais les anomalies et autres étrangetés de Fragile(s) apportées par les retouches du scénario suite au départ imprévu du chien vedette ne s’arrêtent pas là. Au cours d’une scène surréaliste, le second rôle inutile interprété par Maureen Dor, nettement plus à l’aise sur les plateaux télé, se voit relier aux autres personnages d’une bien triste manière : se baladant pieds nus dans son jardin, elle enfile sans raison une chaussette qui traînait par-là, apportée par le vent, et surtout aidée par un François Berléand étendant son linge avec une désinvolture flagrante dans l’interminable scène précédente. En plus de nous imposer la vue des effroyables panards de Maureen Dor, deux infâmes bouts de chair rouge vif qu’on croirait sortis de la déchetterie d’un abattoir brésilien, ce passage démontre à nouveau les faiblesses de Fragile(s). L’astuce de la chaussette est ensuite réutilisée jusqu’à l’overdose par un Martin Valette en manque total d’inspiration : une fois jetée à la poubelle par Maureen Dor pour cause d’odeur insupportable, la chaussette maléfique est récupérée par Jacques Gamblin qui y voit-là l’une des preuves manquantes pour résoudre le crime d’un enfant unijambiste, c’est ensuite au tour de Darroussin de porter la fameuse chaussette à son pied après que son père lui ait ramené du travail une fois l’affaire résolue, et c’est seulement Marie Gillain qui mettra en terme à ce déplaisant tour de manège en éliminant la chaussette dans un brasier salvateur après que son fils adoptif grisonnant l’ait laissée traîner dans le salon, à côté de la cheminée.




Bref, c’est du grand n’importe quoi. Et dites-vous bien que si j’ai inventé toute cette histoire immonde, c’est bien dans le seul but de vous préserver de la véritable histoire du film, qui est quelque chose d’encore plus minable mais de tout aussi indigeste. Martin Valente est à enfermer.


Fragile(s) de Martin Valente avec Jean-Pierre Darroussin, François Berléand, Jacques Gamblin, Marie Gillain, Caroline Cellier et Maureen Dor (2007)

10 avril 2008

Deux jours à tuer

Le nouveau cru de Jean Becker est un Jean Becker pur jus. Au début du film Antoine (Albert Dupontel), publicitaire pour yaourts, envoie copieusement se faire foutre son patron et ses collègues lors d'une réunion marketing, quittant par la même occasion son job et revendant ses parts à un de ses collaborateurs, qu'il traite de connard. Sur le chemin du retour il envoie chier tout le monde, dit ses quatre vérités à qui ne veut surtout pas les entendre. Arrivé chez lui, sa femme (Marie-Josée Croze) lui fait une scène : sa meilleure amie l'a vu en compagnie galante. Il admet l'évidence et, après l'avoir envoyée caguer, explique à sa femme qu'il n'en peut plus de cette vie bourgeoise bien rangée, impeccable, pleine de fric et d'ennui. Le climax de ce ras-le-bol arrive avec une grande scène de repas d'anniversaire (celui d'Antoine), où notre Dupontel de rêve crame tous les amis de la famille les uns après les autres, survolté, à tel point que le repas se finit dans le sang. Enfin, on n'est pas non plus dans Bernie, mais disons que les convives en viennent largement aux mains. Après ça Antoine décide de quitter les siens, qui le font chier, pour toujours. Il part en Irlande, retrouver son père qui l'a abandonné quand il avait 13 ans et qu'il n'a pour ainsi dire jamais revu depuis, sans doute pour aller lui dire qu'il l'emmerde et qu'il peut aller chier.




Alors je vais vous raconter la fin, donc ceux qui n'aiment pas ça peuvent cesser de lire ces lignes. Rien de bien surprenant non plus. À la fin du film on découvre (pour les plus naïfs, parce que des indices flagrants jalonnent quand même le film, personnellement je me suis fait cueillir comme une fleur), qu'Antoine est mourant, il est atteint d'un cancer en phase terminale, il ne lui reste que quelques jours à vivre (et à tuer). Il a fait tout ça certes un peu pour vider son sac (à ses collègues et faux amis pleins de pognon), avant de crever, mais surtout pour préserver ceux qu'il aime (sa femme et ses enfants) en le dégoûtant de lui, pour ne pas qu'ils le pleurent et pour éviter qu'ils le voient dépérir (à ce titre, sa supposée maîtresse n'était que son docteur et une bonne amie, interprétée par Alessandra Martines).




On perd énormément avec cette fin. On perd l'idée que ce personnage ouvre soudain les yeux sur la connerie générale qui caractérise ses amis et décide de les envoyer paître et de vivre vraiment. Il ne fait tout ça que parce qu'il va mourir, sans quoi il aurait donc continué à subir des dîners minables entouré de raclures finies. Et puis on parle du grand courage du personnage principal, mais ça se discute. Et si j'étais sa femme je ne le détesterais que davantage de ne pas avoir passé ses derniers jours avec ses enfants et de ne pas avoir laissé la femme qui l'aimait lutter avec lui jusqu'au bout. D'ailleurs à un moment Antoine traite ses gosses comme deux merdes afin de passer pour un salop auprès de sa femme, et s'il va s'excuser auprès de sa grande fille avant de partir, le pauvre gamin quant à lui aura toujours le dernier souvenir de son papa se foutant de sa gueule en mémoire. Sans compter que c'est complètement surréaliste comme réaction : le type se sait au bord de la mort et au lieu de profiter des siens et de leur dire combien il les aime, il se fait passer pour le dernier des enculés. Becker donne dans la science-fiction pure et dure, mais pourquoi pas. Le dvd de ce film est à ranger entre Rencontre du 3ème type et Zardoz dans votre dvdéothèque.




Jean Becker a ce travers qu'il se sent forcé de conclure tous ses films par un coup sec et rapide de faux dans la gueule du spectateur, signant le triomphe de la mort. Dans Les Enfants du marais Michel Serrault passe l'arme à gauche avant le générique de fin. Et si c'était un peu plus légitime dans Effroyables jardins, on avait à nouveau droit à une mort soudaine et rageante dans Dialogue avec mon jardinier. Les deux films sont particulièrement à rapprocher de ce point de vue. Tout du long, on se marre sans arrêt, le ton est gai et les acteurs en roues libres (Auteuil et Darroussin dans le premier, un Dupontel les doigts dans la prise ici), et puis à la fin, comme si on avait trop ri, le personnage principal se trouve frappé d'un cancer incurable et clamse en deux jours. Voilà qui devient plus que lassant. Becker dit mettre tout ce qu'il aime dans ses films : la nature, la pêche à la mouche (on y aura toujours droit), les bons amis, le bon vin, la bonne chaire, les clebs (y'a un nombre pas croyable de clébards à l'image), la rigolade, mais il oublie de dire qu'apparemment il adore aussi les macchabées.




J'imagine le vieux Becker quand il passe des soirées entre amis : tout se déroule dans la bonne ambiance, on se marre comme des baleines, on boit du vin rouge à flots, on bouffe comme des chiens, on se tape dans le dos en se racontant des histoires de cul dégueulasses, et à la fin de chaque repas, dès après le digestif, le vieux Jean se lève et dit "Au fait, vous vous souvenez d'un tel ? Eh ben il est mort", avant de se tirer comme un prince, d'aller se coucher. Ma grand-mère fait ça aussi. Elle adore ruiner l'ambiance en annonçant soudain une ou plusieurs morts récentes parmi les gens du quartier, sans raison. Pas un repas familial qui ne se conclue pas sur un coup de tocsin. C'est leur came, à ma mémé comme au Jeannot Becker. Tout est beau, tout est ensoleillé, et rask ! À la fin le héros meurt en dix minutes. C'est pas marrant marrant pour les potes à Becker qui n'ont jamais fini un repas en paix. Ceci dit, à part cette fin à tiroir couperet habituelle et épuisante, et hormis un scénario de SF donc, le film se laisse apprécier. Très principalement grâce à Albert Dupontel, que je rapprocherais volontiers d'un Yvan Attal ou d'un Clovis Cornillac, ces acteurs surdoués ou sous-doués, on l'ignore, toujours un peu à côté du ton, toujours en pentes raides, toujours délicieusement drôles quand il ne faut pas. Dupontel est de tous les plans et ce film offre un florilège de son grand (manque de ?) talent.




Nous sommes allés le voir à une avant-première, en présence de Jean Becker, Albert Dupontel et Marie-Josée Croze. Je n'ai pas posé de questions pendant le débat, mais si j'avais dû m'exprimer, j'aurais demandé à Jean Becker d'arrêter de faire crever ses héros à la fin de chacun de ses films, et de continuer à faire des séquences entières dédiées aux chiens. J'aurais dit à Albert Dupontel (qui a été drôle plus d'une fois durant le débat, plus souvent que dans tous ses spectacles réunis) que c'est mon idole ET ma nemesis, et je l'aurais supplié d'arrêter de faire des films pour continuer à nous régaler de son génie comique dans ceux des autres. Et j'aurais juste dit à Marie-Josée Croze, avec toute la courtoisie qui me caractérise, qu'elle est sous-exploitée par le cinéma français et que Jean Becker (comme tous les autres réalisateurs avec qui elle a tourné) a beaucoup de mérite d'avoir réussi à l'enlaidir vu qu'elle est toujours terne dans les films, celui-ci compris, alors qu'en vrai mazel tov.


Deux jours à tuer de Jean Becker avec Albert Dupontel et Marie-Josée Croze (2008)