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21 avril 2013

Oblivion

On pourrait vous restituer les premières lignes prononcées en voix off par Tom Cruise lors du pré-générique pour vous planter le décor mais comme il s'agit d'une série de mensonges trompant immédiatement le spectateur, nous préférons ne pas le faire. Pour faire court, dites vous que Tom Cruise est une sorte de plombier de l'espace, mais au lieu de bricoler des chauffe-eaux, il répare des drones veillant sur une Terre dévastée suite à une guerre nucléaire. Il travaille en binôme avec une jeune femme rousse possédant certains arguments qui lui permettent de "tenir" toute la durée de sa mission. Des rêves mettant en scène Olga Kurylenko perturbent toutefois sa quiétude. Une série de pannes anormales détectées chez les drones mène progressivement notre omniprésent héros vers la découverte d'une réalité plus complexe qu'il le croyait. Cela vous avance peu, certes, mais au moins, nous ne vous avons pas menti ni spoilé !


Est-ce qu'un jour Tom Cruise se mettra en ménage à l'écran avec une femme à son image, c'est-à-dire petite, râblée, vieille mais étrangement bien conservée et avec un gros nez ?

Oblivion contentera sans doute les amateurs de SF peu exigeants, notamment grâce à son univers visuel peu original mais plutôt réussi. Rien à dire sur les effets spéciaux, l'aspect des machines, l'état de la planète, le design des vaisseaux, les tenues d'astronautes, ou que sais-je. Pas de problème, l'argent a été bien dépensé et il y a derrière tout ça de sérieux artisans. Mais malgré ce décorum soigné, rien ne s'avère véritablement marquant, car Joseph Kosinski n'offre jamais le temps de nous laisser habiter son décor. Son film démarre en trombe, et le rythme ne faiblit pratiquement jamais. Ce n'est ici pas un compliment, bien au contraire. Joseph Kosinski enchaîne les scènes lourdement explicatives et celles d'action musclée avec la cadence d'une pub ou d'un clip à peine bridée, le tout accompagné par une musique omniprésente signée M83, qui rappelle par sa lourdeur dérangeante les bandes originales signées Hans Zimmer pour Christopher Nolan, en plus électronique. Devant cela, on a bien du mal à rentrer dans le film, malgré son évidente volonté de nous saisir dès ses premières secondes en nous en collant plein les mirettes. C'est bien dommage...


Parfois, certains effets spéciaux sont tout de même un peu ratés, comme ici, Tom Cruise aux côtés d'un de ses supposés clones.

L'efficacité tant recherchée de ce divertissement que l'on imagine concocté en étroite collaboration par sa superstar Tom Cruise et son docile réalisateur est également affaiblie par un scénario finalement fort peu original, qui semble être le fruit de collages plus ou moins harmonieux. Présenté comme un hommage aux films de science-fiction des années 70 par son auteur, Oblivion fait surtout penser au récent et autrement plus humble et réussi Moon de Duncan Jones. On peut aussi penser à 2001, Matrix, La Planète des Singes, et même Wall-E, liste évidemment non exhaustive tant il serait laborieux d'établir le compte exact. Le fantôme du beau Silent Running plane aussi quelque part, au loin, bien au-dessus de cette bouillie. Oblivion peine considérablement à se faire un nom au milieu de tous ceux-là, et apparaît au bout du compte comme une mixture certes comestible mais tout à fait oubliable. On aura ainsi vite fait de ne plus s'interroger sur ses quelques incohérences tant leur souvenir nous aura rapidement abandonné et désintéressé. Bref, Oblivion, ça se mate, à condition de supporter encore Tom Cruise dans le rôle d'un héros messianique hors norme, mais, bientôt, son titre prendra tout son sens.  


Oblivion de Joseph Kosinski avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Andrea Riseborough et Morgan Freeman (2013)

4 juin 2012

Silent Running

Dans un futur indéterminé, la végétation sur Terre a fini par totalement disparaître. À bord d'un immense vaisseau spatial en orbite autour de Saturne, une équipe constituée de quatre chercheurs a pour mission de maintenir en vie les derniers spécimens végétaux existant, en vue d'une éventuelle réimplantation sur Terre. A l'aide de trois aimables robots, le botaniste Freeman Lowell (Bruce Dern) s'occupe avec passion de l'entretien de serres géantes en forme de dômes. Ses collègues doutent quant à eux de l'utilité de leur mission et n'attendent qu'une seule chose : rentrer à la maison, retourner sur Terre. Quand un message les informe que le projet de reforestation est abandonné et leur ordonne de détruire les serres pour que le vaisseau puisse servir à des opérations commerciales, Freeman Lowell s'oppose et met tout en œuvre pour sauver les dernières végétations existantes...




Ce film de science-fiction atypique du début des années 70 est le premier et l'un des seuls longs métrages réalisés par Douglas Trumbull, un très grand nom des effets spéciaux puisqu'il participa très activement à ceux de 2001 L'Odyssée de l'espace, Blade Runner et Rencontres du Troisième Type. Plus étonnant, Silent Running marque les modestes débuts du grand Michael Cimino, qui a ici co-écrit le scénario. Aujourd'hui, ce film au message encore plus d'actualité qu'à sa sortie se présente un peu comme une sorte d'ancêtre très écolo et psychédélique de Moon, le fort sympathique premier film de Duncan Jones. Impossible, en effet, de ne pas penser à Moon lorsque l'on voit ce personnage très isolé, interprété avec beaucoup d'énergie et une conviction indispensable par l'excellent Bruce Dern, condamné à une tache devenue totalement absurde dans un monde dévoré par le cynisme. Un même esprit se dégage de ces deux films qui brassent des thèmes similaires, sur un rythme assez nonchalant qui pourra en décontenancer certains. Un message pessimiste mais empreint d'humanisme et de développement durable finit dans les deux cas par l'emporter, en étant toujours accompagné d'une charge nécessaire contre un monde tant aveuglé par le profit qu'il en oublie l'essentiel.




Silent Running est visuellement très réussi malgré la petitesse du budget qui fut accordé à Doug Trumbull. Spécialiste en la matière, ce dernier a opté pour des effets spéciaux aussi simples qu'ingénieux, qui font que si son film a certes un petit peu vieilli (ne mentons pas), il s'en tire beaucoup mieux que d'autres, même parmi les œuvres de science-fiction plus récentes. Les petits robots qui accompagnent notre héros, à l'aspect rudimentaire mais au charme irrésistible, étaient par exemple joués par des hommes naturellement mal-formés, auxquels il manquait toute la partie inférieure du corps (comme le célèbre Johnny Eck, le fameux freak du film de Tod Browning), et qui étaient simplement cachés derrière d'adorables costumes. Ces "drones", comme ils sont appelés dans le film, sont à peine anthropomorphe et ressemblent plus à des sortes de palmipèdes, du fait de leurs démarches chancelantes et de leurs drôles de "pieds", qu'à des hommes, mais ils s'avèreront bien plus humains que les collègues antipathiques de Freeman Lowell. Grâce à leur allure maladroite et leur personnalité attachante, ces "drones" entrent directement au panthéon des plus cools robots du 7ème Art !




Je recommande donc aux plus curieux d'entre vous ce film de SF original qui plaira forcément aux amateurs du genre et dont le côté très écolo et hippie, renforcé par les chansons de Joan Baez (seule "présence" féminine du film en dehors de Dame Nature), s'attirera les faveurs des nostalgiques de Woodstock et des électeurs d’Éva Joly. Silent Running a aussi la très chic idée de nous quitter sur une dernière image aussi simple que magnifique qui finit de nous séduire et multiplie notre envie d'inciter à redécouvrir ce film et d'en dire du bien. Une conclusion assez poétique du plus bel effet, où l'on voit un petit être mécanique solitaire arroser avec un seau de plage une végétation menacée poussant bien loin de la Terre, sous des soleils artificiels, et condamnée à la dérive dans une serre préservée, à l'abri des hommes, mais voguant vers un avenir incertain...


Silent Running de Douglas Trumbull avec Bruce Dern, Cliff Potts et Ron Rifkin (1972)

20 mai 2011

Source Code

Après avoir fait ses premiers pas derrière une caméra avec le très réussi Moon, Duncan Jones, fils de David Bowie et de Norah Jones, a confirmé sa vocation cinématographique en signant rapidement un deuxième long métrage au pitch accrocheur. Pour tâcher de faire simple, Source Code raconte l'histoire d'un soldat américain réduit à l'état d'homme-tronc végétatif suite à une explosion en Afghanistan, dont le subconscient est projeté par les services secrets anti-terroristes à l'intérieur de celui d'un quidam victime d'une attaque à la bombe dans un train pour revivre à volonté les huit dernières minutes de l'existence de cet autre, afin de mettre la main sur le terroriste coupable de l'attentat et de donner son signalement à ceux qui, s'ils ne pourront ramener à la vie les victimes du train, auront à tout le moins une chance d'arrêter le suspect avant ses prochains forfaits. Wow ! Ma race... De l'air, une bouffée d'air frais, filez-moi un verre d'eau !


Tu m'étonnes que Gyllenhaal ait les boules. Se réveiller toutes les huit minutes face à Michelle Monaghan c'est pas un projet...

Cette histoire un peu compliquée permet à Duncan Jones de rendre un hommage appuyé à la géniale série Code Quantum, notamment quand Jake Gyllenhaal se regarde dans le miroir des toilettes du train pour découvrir le visage de celui qu'il incarne (on s'attend à ce qu'il dise : "Ah bravo...", comme le héros de la série à la fin de chaque épisode). La référence est signée quand on découvre au générique de fin que c'est Scott Bakula (l'acteur qui jouait Samuel Beckett (!), le personnage principal de la série) qui interprète la voix-off téléphonique du père de Jake Gyllenhaal dans le film. On regrette presque l'économie de moyens (sans doute contrainte) de Code Quantum devant la débauche de fric de Source Code. L'histoire du film, finalement très simple (pour ne pas dire très conne) une fois que l'on a décidé de tirer un trait sur certaines incohérences propres au genre ou sur certaines facilités d'explications expéditives, ne réclamait pas une telle dépense qui pousse le film vers la grosse machine impersonnelle voire vers le gros mélo hollywoodien sans caractère et forcément décevant. Cet aspect petit navet bourré de blé et de bons sentiments trouve son paroxysme dans cet arrêt sur image à la fin du film qui nous présente tous les passagers du train réunis dans la joie éternelle et l’allégresse, affectant tous sans exception un sourire all bright de publicité face à une caméra niaise au possible. L'image est arrêtée sans prévenir sur une douzaine de personnes et pas un seul passager n'a ses doigts dans son nez ?! On se fout de notre gueule.


L'acteur a déclaré un peu honteux à propos de cette scène : "J'ai fait dans mon froc". La séquence a pourtant été entièrement tournée sur fond bleu.

Drôle de choix de carrière pour un cinéaste en herbe qui avait parfaitement négocié son entrée dans la cour des grands en maîtrisant de bout en bout son premier film de science-fiction au sein d'un circuit de production indépendant, et qui nous revient avec un film gâché par sa facture purement hollywoodienne. Le geste est d'autant plus paradoxal que Duncan Jones réalise un film anodin, dégoulinant de pognon et tout clinquant d'effets spéciaux tout en s'évertuant en vain à creuser le sillon de sa patte d'auteur via une résurgence thématique de son film précédent : le personnage principal n'est qu'une doublure condamnée par un gouvernement despotique et intéressé à une existence schizophrénique circulaire et répétitive tendue vers un objectif qui ne le concerne pas et sans rémission possible. C'était déjà en substance la trame psychologique et philosophique de Moon, avec ses clones en série oubliés sur la lune et travaillant l'un après l'autre pour alimenter la Terre en énergie. Duncan Jones se façonne une identité d'auteur par cette reprise thématique et dans le même temps il la foule au pied par une rupture esthétique regrettable. A croire que les troubles identitaires dont il affuble ses personnages de doubles lui sont personnels... Ce deuxième film est donc un bel échec. Gageons que son troisième film tranchera et fera de Duncan Jones soit un auteur singulier et intéressant soit un faiseur comme un autre.

Source Code de Duncan Jones avec Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan et Vera Farmiga (2011)

31 janvier 2011

Bilan 2010



L'heure fatidique des bilans de fin d'année a sonné ! Notre blog existe depuis trois ans, chaque année la question des TOPs était poussée sous le tapis, balayée par les habituels arguments anti-TOPs qui peuvent effectivement refroidir les mecs qui se posent un peu trop de questions, du genre : "Et qu'est-ce qui se passe si le 3 mars prochain je découvre tel film oublié et méga mieux que les dix films de mon Top réunis", ou encore : "Remember l'an de grâce 1982 où j'avais foutu Koyaanisqatsi au sommet de mon top pour avoir l'air fin, alors que la même année E.T. crevait l'écran en pointant son gros doigt vers mon trou de balle. J'étais pas né en 82 putain, on peut faire des erreurs quand on n'est pas né !". Exit toutes ces petites contrariétés. Maintenant le blog marche à fond, on a près de 20 visites par jour, on n'a pas désactivé nos propres visites donc c'est peut-être 19 fois nous et un fan de Lindsay Lohan mais au strict niveau des stats c'est la grande forme sur notre plate-forme. Donc, même si on est en retard d'un mois, Top il devait y avoir et Top il y a. Pour ce faire, nous allons vous proposer nos deux classements respectifs, qui seront donc deux Top 5, accompagnés de brefs commentaires qui seront particulièrement éclairants pour les films dont nous n'avons pas encore parlé (à noter qu'un article viendra développer nos points de vue sur pratiquement chaque film). A la suite de quoi viendra le Top des lecteurs d'Il a Osé !, auxquels nous avons également demandé de nous dresser la liste des pires films de 2010.


Félix :


1) Copie conforme d'Abbas Kiarostami

Mon acolyte vous en parlera certainement mieux que moi. Je l'ai découvert en sa compagnie au cinéma, et ce fut un véritable enchantement. Délesté d'une certaine lourdeur allégorie présente dans Le Goût de la Cerise, Abbas Kiarostami livre une œuvre poétique qui rappelle toute la force et la grandeur du cinéma, provoquée ici par une simplicité désarmante via un retournement magnifique. Ce film donne tout bonnement une haute idée de l'art cinématographique, et c'est à cela qu'on doit reconnaître les plus réussis.



2) Une Vie toute neuve de Ouinie Lecomte
Une Vie toute neuve est un petit bijou, d’une sensibilité et d’une beauté rare. Je regrette qu’on n’en ait pas davantage entendu parler. Ce film mérite toutes les louanges. Il m’a beaucoup ému, à tel point qu’il m’est même difficile d’en parler dignement.



3) Dans ses yeux de Juan José Campanella

Dans ses yeux est un film extrêmement séduisant, une bestiole de festoche, couverte de récompenses en tout genre, et je suis complètement tombé sous son charme. J’ai pris un réel plaisir à le suivre, un plaisir que je n’avais pas ressenti depuis un bail au moment où je l'ai découvert. Dans ses Yeux est un divertissement de très haute facture, réussissant à mêler différents genres, au sein d'un film qu'Hollywood a dû regarder avec envie et impuissance.



4) The House of the Devil de Ti West

Je vous ai déjà parlé de ce film en détails il y a quelques temps. Je ne l’ai pas revu depuis, peut-être qu’il le faudrait, mais il m’avait laissé une si belle impression que je le mets ici sans me poser plus de question. Pour moi, il s’agit tout simplement d’un des meilleurs films d’horreur de ces dernières années, et d'un bien plus bel hommage aux films de genre que peuvent l’être des œuvres comme celles de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez. Ti West nous rappelle qu’un bon film d’horreur peut se faire avec trois fois rien, tant qu’on est rempli de bonnes intentions. The House of the Devil est un film à découvrir de toute urgence pour les amateurs, et que je recommanderai même aux autres.



5) Moon de Duncan Jones

Pour ne rien vous cacher, sachez que j’ai longuement hésité entre Moon et MacGruber pour la cinquième place de mon top personnel. MacGruber m’a tué de rire plusieurs fois, notamment lors de deux scènes terribles qui à elles seules justifiaient la présence du film dans mon top. Mais, une fois n’est pas coutume, le sérieux m’a rattrapé, et j’ai préféré faire figurer ici ce film de science-fiction intelligent et rare qu’est Moon, dont peut-être nous vous reparlerons plus longuement bientôt. Il est aussi à noter qu’il s’agit du premier long-métrage de Duncan Jones, le fiston de David Bowie. On attend donc déjà son prochain film, Source Code, au pitch accrocheur, avec impatience ; et on espère de tout cœur qu’il continuera sur cette voie.


Et après ?

Comme je l'ai dit, j'ai effectivement hésité pour la cinquième place de mon podium... J'aurais aimé y mettre The Other Guys (aka Very Bad Cops en vf), la dernière comédie de Will Ferrell, et comme je reste fan du bonhomme, j'ai failli le faire. Faut dire qu'une place dans mon top lui était toute réservée. Hélas, le film n'est pas à la hauteur, et bien qu'il soit assez souvent drôle, la déception est tout de même le sentiment qui domine. J'ai également hésité en ce qui concerne Ouinie Lecomte. Je ne savais pas si on pouvait dire "un film d'Ouinie Lecomte", le "d'Ouinie" me gênait. Je l'ai dit plusieurs fois à voix haute pour m'aider, et j'ai finalement décidé d 'écrire "de Ouinie Lecomte". Voilà vous savez tout. A part ça, je voulais aussi préciser qu'il y a encore bon nombre de films qu'il me reste à voir, et certains de ces films sont mêmes présents dans le top que vous trouverez ci-dessous. Je pense tout particulièrement à Vénus Noire dont je suis à peu près sûr qu'il me plaira, étant donné le casier judiciaire d'Abdellatif Kechiche.



Rémi :



1) Copie conforme d'Abbas Kiarostami

Au sommet de ce classement je n'ai eu aucun mal à placer le film extraordinaire d'Abbas Kiarostami. Un film sublime, absolument parfait, et à tous points de vue. Porté par une Juliette Binoche époustouflante, c'est un film enthousiasmant et profondément riche à la fois, qui procède d'une liberté totale et qui en laisse autant au spectateur. Libre à celui-ci de s'efforcer de discerner le vrai du faux dans cette histoire en deux temps, ou d'en tirer une vérité personnelle, ou, mieux encore, libre au spectateur d'y puiser une intarissable source de joie devant un film qui ne choisit pas, qui ne répond pas, qui se contente de jouer sa partition, un film brillant sur l'art, sur le couple, un film porté par la grâce. Un film surtout qui rappelle à chacun la beauté élémentaire, l'efficacité puissante et la capacité d'émerveillement d'un art du cinéma dont aurait failli oublier à quel point il est précieux.




C'est pour cette même faculté à l'enchantement que le film d'Apichatpong Weerasethakul atterrit à la deuxième place de mon classement. Car même si ce film m'a moins directement touché que celui de Kiarostami, il ne m'a pas quitté depuis que je l'ai vu au cinéma. Je suis impatient de le revoir pour retrouver ses instants subjuguants et pour mieux m'en imprégner encore. Encadrant la séquence centrale, qui touche au sublime, l'ouverture et la clôture du film revendiquent a contrario un style plus réaliste qui fait la nique au règne actuel d'un cinéma de la rapidité, du sensationnel et des effets spéciaux. Au détour d'un simple faux-raccord ou d'un banal champ-contrechamp, Weerasethakul nous rappelle modestement et librement tous les possibles d'un art dont les plus anciennes et rudimentaires techniques sont une ressource de ravissement inépuisable.



3) Bright star de Jane Campion

J'ai dit dans ces pages mon amour pour ce film, qui n'a certes pas la puissance ou la brillance des deux œuvres dont j'ai parlé précédemment, mais qui cependant fait preuve d'une sensibilité et d'une intelligence de plus en plus rares aujourd'hui. Simultanément réaliste et littéralement poétique, le film de Jane Campion est très simplement beau et touchant. C'est un film juste sur la noblesse des sentiments, qui se refuse aux facilités et aux platitudes du marasme des romances actuelles, et qui fait le pari d'une écriture originale, travaillée et réjouissante. Avec le parti pris d'une mise en scène classique, et en racontant l'histoire d'amour romantique d'un poète maudit, la cinéaste se joue des clichés et du grotesque pour toucher à la plus évidente subtilité. (Cf. ma critique du film sur le blog).



4) Vénus noire d'Abdellatif Kechiche

Avec son troisième film Abdellatif Kechiche s'impose comme un des cinéastes français contemporains les plus importants en même temps qu'il fait la promesse d'une œuvre à venir considérable. Avec humilité et sans s'en donner l'air, il a réalisé un film d'une prodigieuse ambition. Un long film, certes historique mais faisant la part belle à la fiction, dans lequel le réalisateur confirme son talent, si rare, de "storyteller". Son art du récit est peu commun et il devient particulièrement efficace lorsqu'il se revêt de qualités documentaires pour un film très dur, d'une vive intelligence, qui de répétitions en aggravations assume la volonté de ne pas laisser indemne et d'interroger le rôle même du spectateur.



5) Tournée de Mathieu Amalric

Il faut saluer le retour au sérieux de Mathieu Amalric, qui après s'être tristement éparpillé dans un millier de rôles en tant qu'acteur, est enfin revenu derrière la caméra pour réaliser un film vigoureux, imparfait, inégal et revitalisant. Car son film est tout cela à la fois, si bien qu'il est facile de s'avouer mitigé à son sujet. En effet les séquences de music hall sont d'un autre niveau que les séquences plus intimistes. Mais le mariage entre ces deux mondes, ces deux fictions, opère néanmoins. Certes le cinéaste ne tient pas toutes ses promesses, celles qu'il nous avait adressées avec ses premières réalisations. N'empêche que ce film, qui semble avoir été fait sur le vif, est emporté par un souffle de liberté et d'énergie qui fait un bien fou et qui, en soi, est une nouvelle promesse.


Et après ?

Il me faut néanmoins brièvement parler de ces perdants qui auraient pu gagner. J'ai longuement hésité, comme on hésite toujours avec ce genre de classement. Ça s'est bousculé au portillon. Parmi les perdants, deux films dont mon camarade vous aura parlé, le bouleversant Une vie toute neuve et le très plaisant Moon. Mais surtout deux autres films : Des Hommes et des Dieux et Bad Lieutenant, très justement plébiscité par nos lecteurs. Je vous ai déjà parlé de la puissance narrative du film de Werner Herzog. Encore un long film dense et essoufflant, plein d'ambition et de force qui tend son doigt au tout Hollywood en insistant sur les possibilités et la richesse de cette vertu que l'on nomme simplicité. Ou quand le cinéma se rappelle qu'il lui suffit d'un lézard et d'un art du cadrage pour évoquer le monde intérieur ravagé d'un vrai personnage sous les traits ingrats et adorables de Nicolas Cage. Quant au film de Xavier Beauvois, il aurait aussi mérité sa place dans ce classement. Traitant d'un sujet loin d'être évident avec une grande maîtrise, le film divise cependant. Ne s'embarrassant pas du politiquement correct qui veut que l'on évite à tout prix la moindre preuve de manichéisme ou le plus petit soupçon de complaisance, le cinéaste français réalise une pure hagiographie, et tant pis pour la nuance. Cet amour sincère pour ses personnages, calqué sur leurs propres sentiments, que l'on pourrait aussi qualifier d'aveuglement a de quoi séduire et de quoi agacer. Idem pour la séquence du repas final sur fond de Tchaïkovski, qui balance entre le risible et le magnifique. A la sortie du cinéma c'est plutôt largement le positif que j'avais retenu du film. J'ai hâte de le revoir pour peut-être confirmer - du moins je l'espère - ce jugement.


Le TOP 10 des lecteurs :




1) Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans de Werner Herzog
2) Copie conforme d'Abbas Kiarostami
3) Bright star de Jane Campion
4) Mother de Bong Joon-ho
5) Dans ses yeux de Juan José Campanella
6) Oncle Boonmee d'Apichatpong Weerasethakul
7) Une Vie toute neuve de Ouinie Lecomte
8) Moon de Duncan Jones
9) Vénus Noire d'Abdellatif Kechiche
10) Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois

Avec ce top, nos lecteurs apparaissent donc en parfaite harmonie avec nous-mêmes, puisque seul Mother ne figure pas déjà dans l’un de nos deux tops. Bien qu'on l'ait regardé sans déplaisir, le film de Bong Joon-ho ne nous a pas totalement convaincus. Échouent aux portes de ce classement : Breathless, Fantastic Mr Fox, Mystères de Lisbonne, The Town, Toy Story 3 et The Ghost Writer, ce dernier aurait même pu figurer à une bien meilleure place si l’une de nos lectrices ne l’avait pas situé au sommet de son flop (elle est grande et file facilement des beignes, alors on a rien pu faire). C'est le film de Werner Herzog qui a plu au plus grand nombre, et c'est logiquement pour cela qu'il se retrouve tout en haut de ce top. Nicolas Cage a su trouver ses fans, c'est certain.


Le FLOP 10 des lecteurs :



1) The Social Network de David Fincher
2) Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton
3) Tout ce qui brille de Géraldine Nakache
4) Knight & Day de James Mangold
5) Les Petits mouchoirs de Guillaume Canet
6) Mr Nobody de Jaco van Dormael
7) Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar
8) Harry Potter et les reliques de la mort - partie 1 de David Yates
9) Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de Luc Besson
10) Les Amours imaginaires de Xavier Dolan

Véritable plébiscite pour le dernier film de David Fincher, The Social Network, pourtant bien parti pour rafler tous les Oscars et que l’on peut également retrouver au sommet des tops sur bien d’autres blogs et magazines en tout genre. Il faut croire que c'est bien parmi les lecteurs de notre blog que Fincher s'est fait "quelques ennemis". Que rajouter si ce n’est que nous sommes ici très fiers de nos lecteurs. Pour ne rien vous cacher, sachez qu’une critique du film de David Fincher sommeille dans nos brouillons depuis plus de deux mois. Faut croire que ce film est tellement chiant que nous rechignons même à y revenir pour vous en dire du mal. Mais cette critique arrivera bientôt, c’est promis. Pour le reste, que dire ? S’exprime ici un véritable rejet pour toutes ces grosses machines merdeuses, avec lesquelles on nous a bassinés pendant des semaines, voire davantage, que ça soit mondialement (Harry Potter, Alice au Pays des Merveilles, etc) ou seulement dans notre doux et beau pays (Gainsbourg, Tout ce qui brille, Les Petits mouchoirs, Adèle Blanc-Sec). On pourrait presque s’étonner de ne pas retrouver Inception dans ce flop. Il aurait pu y figurer, car certains d’entre vous l’ont bel et bien détesté, mais quelques autres l’ont aimé et l'ont placé dans leurs tops... En tout cas, nous essaierons aussi de le critiquer bientôt, même si comme le film de Fincher nous retardons l'échéance par crainte de nous replonger dans l'esprit malade de Chris Nolan.
Nous tenons à remercier tous ceux qui ont aimablement participé à ces classements.

Nota Bene : Avis à tous ceux qui le souhaiteraient, n'hésitez surtout pas à poster vos propres Top/Flop dans les commentaires de cet article !