

En cela Bright Star évoque l'extraordinaire Lady Chatterley de Pascale Ferran, par une alchimie assez remarquable qui voit le film s'élever grâce à la concordance de tous les talents qui le composent et qui le placent à un niveau d'exception, d'enchantement. Dans une moindre mesure mais néanmoins dans la veine du chef-d'œuvre de Pascale Ferran, Jane Campion parvient à saisir ce qui passe entre deux êtres, cet entre-deux qui unit les amants avant qu'ils ne se connaissent dans l'art de tisser des étoffes ou des mots, lors de leur rencontre consécutive à la lecture d'Endymion et devant le miroir d'une salle de bal, à travers le mur qui sépare leurs chambres attenantes, dans une forêt par un premier et interminable baiser, à des kilomètres de distance entre missives et absence, ou après la mort. Et la cinéaste procède d'une part d'une simplicité naïve et d'autre part d'une maîtrise certaine qui font basculer tant de scènes depuis l'ombre menaçante d'un grotesque hypothétique vers un pur et simple sublime.

Au début du film, alors qu'elle vient de lire Endymion, volume de poèmes dont elle trouve le début si parfait ("A thing of beauty is a joy for ever") qu'elle ne peut que moins en apprécier la fin, Fanny Brawn dit à John Keats : "Avant même de le lire, je voulais l'adorer". Cette phrase, si belle en soi, m'a fait songer que j'aimais déjà le film à cet instant. Après seulement une dizaine de minutes j'aimais ce film et cet amour ne serait pas démenti. J'aime ce film dont les images sont émouvantes et dont chaque plan est l'aboutissement d'une réflexion, le témoignage d'une passion pour l'œuvre qu'il compose. J'aime ce film dont les personnages sont intelligents et sensibles, dont les caractères me touchent et dégagent un sentiment de brutale vérité, sans manichéisme aucun, sans caractère pré-défini, avec toute cette complexité propre à l'âme humaine et avec toute la richesse qui en découle. J'aime ce film dont chaque dialogue est précieux et vaut pour son originalité et son authenticité. J'aime ce film dont chaque geste est délicat. J'aime ce film rare où rien n'est convenu, où le limpide côtoie le subtil, et qui rend à l'amour sa poésie.
Bright Star de Jane Campion avec Abbie Cornish, Ben Whishaw et Paul Schneider (2010)
Bright Star de Jane Campion avec Abbie Cornish, Ben Whishaw et Paul Schneider (2010)