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27 octobre 2020

Extra Ordinary

Cette comédie horrifique irlandaise, écrite et réalisée en duo par Enda Loughman et Mike Ahern, s'inscrit humblement dans la lignée des Ghostbusters et autres Fantômes contre Fantômes. Les esprits frappeurs servent d'abord de ressort comique et les médiums chargés de soulager leurs victimes se débarrasseraient volontiers de leur don, un fardeau bien lourd à porter. Ici, c'est une célibataire à la trentaine bien tassée (Maeve Higgins), qui tient ses dons spirites de son défunt paternel mais préfère se consacrer à son petit business d'auto-école plutôt que d'exploiter ses talents paranormaux. Jusqu'au jour où un homme désespéré (Barry Ward), embêté par le fantôme de sa femme décédée, en vient à lui demander de l'aide pour sauver sa fille, prise pour cible par la vedette locale, un vieux chanteur de rock chrétien (Will Forte), à la recherche d'une vierge pour pactiser avec le démon et renouer enfin avec le succès...
 
 
 
 
Derrière ce drôle de pitch se cache un petit film tout à fait aimable qui pourrait vous faire passer un bon moment, à condition d'avoir envie de quelque chose de léger et souriant. Extra Ordinary est une modeste réussite dans un sous-genre, la comédie horrifique ou fantastique, où il est de plus en plus rare d'exceller mais très courant d'agacer. Comme dans les autres films de cette catégorie, Mike Ahern et Enda Loughman s'adonnent à quelques clins d’œil inévitables (L'Exorciste, Poltergeist, SOS Fantômes, etc), mais ils font cela sans aucune lourdeur et il ne s'agit pas du tout de leur premier argument comique, nous sommes très loin de la parodie. Dès ses premières minutes, le film dégage son charme délicat, trouve son ton singulier et son petit rythme bien mené, qui nous placent d'emblée dans les meilleures dispositions.
 
 
 
 
C'est d'abord grâce à ses personnages principaux sympathiques et attachants qu'Extra Ordinary parvient rapidement à exister par lui-même. Le film doit beaucoup à son actrice principale, Maeve Higgins, très amusante et naturelle, elle n'en fait jamais trop et ses petites facéties nous charment rapidement. A ses côtés, Barry Ward, sosie rajeuni d'Arsène Wenger, s'en tire très bien lui aussi, fort de son charme discret de gentleman ; nous avons tout simplement envie de voir ces deux-là s'acoquiner puis tomber amoureux. Face à eux, dans un rôle d'hurluberlu taillé sur mesures et propice aux écarts de conduite, Will Forte a ses quelques bons moments et nous sommes contents de retrouver cet acteur au talent comique véritable dans un film qui lui ressemble (avec encore toutefois une légère frustration car il aurait pu être plus exploité).
 
 

 
Le dernier acte, moment parfois très laborieux dans ce genre de films puisque l'on y perd trop souvent de vue l'humour et la légèreté au profit de la résolution inévitable d'intrigues tarabiscotées, est ici assez réussi. Il constitue même un moment fort grâce à une situation très osée et loufoque, que je ne vous révèlerai pas dans le souci de maintenir le plaisir de la découverte intact chez nos deux lecteurs de passage. Enfin, les effets spéciaux ne sont jamais envahissants et quasiment toujours réussis, ils contribuent eux aussi à faire d'Extra Ordinary une petite chose agréable et joliment faite qui sait toujours éviter, l'air de rien, les écueils cruels de son genre.
 
 
Extra Ordinary de Enda Loughman et Mike Ahern avec Maeve Higgins, Barry Ward et Will Forte (2019)

20 avril 2017

The Ridiculous 6

Avouons-le d'emblée : The Ridiculous 6 n'est pas un grand Adam Sandler. L'acteur comique, qui était au top de sa forme et totalement en roues libres dans That's My Boy et Jack & Jill, apparaît ici presque éteint, aux côtés de la très belle troupe qu'il a su réunir. Son nouveau film a les défauts que l'on peut tout à fait prévoir à la seule lecture de sa fiche technique. 119 minutes, c'est trop long, beaucoup trop long pour un film comique de ce genre-là. The Ridiculous 6 démarre d'ailleurs très mollement et l'on sait tout de suite que nous tenons-là un petit cru. Et puis ça décolle progressivement, à mesure que la petite bande s'agrandit. Mais voici l'autre défaut : bien trop de personnages comiques (à commencer par les six tocards du titre, mais la bande rivale menée par Will Forte est pas mal non plus), dont le potentiel véritable n'apparaît pas suffisamment exploité. Luke Wilson, par exemple, a quelques bons petits moments, il nous rappelle encore qu'il pourrait tout à fait porter sur ses seules épaules une comédie débile de cet acabit, ou être l'alter ego idéal d'une star de l'humour dans un buddy movie rêvé, et l'on regrette quasi systématiquement qu'il n'ait pas plus de place là-dedans.




A vrai dire, les six personnages principaux sont tous plutôt réussis, d'un pouvoir comique que l'on saisit immédiatement, mais aucun n'est véritablement marquant. L'un ou l'autre nous amuse de temps à autre, et guère plus. Ce western parodique a beau durer deux longues heures, il ne réussit jamais complètement à tirer le meilleur de son casting, de la plupart des situations dans lesquelles les six débiles se retrouvent empêtrés. Plus dommage encore, l'humour manque trop souvent sa cible. Le pourcentage de vannes ratées est bien trop élevé, certains effets comiques tombent tristement à plat, d'autres sont trop attendus et faciles. On se dit alors que Sandler aurait peut-être dû consacrer moins d'énergie à réunir un casting impressionnant et consacrer plus de temps à retravailler ses vannes... On navigue entre un comique très sage, tendant presque vers l'esprit Disney, et un humour sale et idiot, plus digne des meilleurs Sandler, que l'on attendait davantage. Et on aurait évidemment préféré que le film soit plus court et opte plus souvent pour la débilité totale, quitte à perdre une grande partie de son audience potentielle. Les derniers soubresauts de cette trop longue histoire finissent aussi par lasser un peu... 




Malgré cela, il faut aussi reconnaître que The Ridiculous 6 est ponctué de moments hilarants, parfois d'une absurdité vraiment osée. On se dit plus d'une fois "Mais c'est quoi ce film ?!". Quid de cette apparition étonnante de John Turturo qui débouche sur une scène inepte au possible où l'on assiste à la première partie de baseball de l'Histoire. On jurerait qu'il s'agit là d'une improvisation qui a mal tourné, d'une idée apparue à l'un des joyeux drilles impliqués dans cette affaire et aurait été jugée, sur le moment, hilarante par toute l'équipe, pour finalement donner lieu à un trou noir de 10 minutes au beau milieu du film. Un trou noir d'une débilité réjouissante ! Autre moment fort du film : cette partie de poker mettant en scène Mark Twain (incarné par un Vanilla Ice déjà croisé, avec plaisir, dans That's My Boy, et de nouveau intenable ici), Wyatt Earp, et le Général Custer, autant de caricatures à peine ébauchées, mais toutes remarquables par leur terrible connerie. On a beaucoup aimé aussi ce moment trop con trop bon durant lequel Luke Wilson raconte son histoire pour mieux expliquer à ses acolytes l'origine de sa culpabilité dévorante, un flashback glaçant nous apprend qu'il était le garde du corps un brin insouciant d'Abraham Lincoln le soir de son assassinat... On jurerait que le scénario a parfois été écrit sous influence. Que les acteurs, stimulés les uns par les autres, ont laissé libre cours à leur plus primaire stupidité. Mais cette sensation est hélas trop rare pour faire de The Ridiculous 6 un film comique que l'on aimera voir et revoir entre potes. Dommage, car il y avait là un sacré potentiel !


The Ridiculous 6 de Frank Coraci avec Adam Sandler, Terry Crews, Jorge Garcia, Taylor Lautner, Luke Wilson et Rob Schneider (2015)

19 juin 2016

Le Monde, la Chair et le Diable

The World, The Flesh and the Devil, sous son titre plaisant bien qu’un peu pompier, est un petit film de science-fiction américain réalisé en 1959 par un scénariste de renom, Ranald MacDougall, qui termina sa carrière comme triste égérie d’une célèbre chaîne de restauration rapide, déguisé en clown. Le film, comme beaucoup d’autres après (et peut-être avant) lui, dépeint une sorte de fin du monde bien précise : celle où l’humanité s’est volatilisée. Un seul quidam demeure, ici nommé Ralph Burton et interprété par le beau Harry Belafonte. Mineur de son état, Ralph se retrouve bloqué sous terre par un éboulement. Après avoir appelé à l’aide en vain, il finit par s’extirper du sous-sol par ses propres moyens et découvre un monde totalement désert. On saura bientôt que suite à une guerre nucléaire, les populations ont vidé les villes et l’humanité s’est éteinte. Ou presque, puisqu'il reste Ralph, seul au monde.




Les plans qui nous le montrent parcourant les immenses artères d'une New-York absolument déserte sont d’ailleurs magnifiques. Quand on se souvient de tout le tapage qu’on nous avait fait autour de Vanilla Sky et de Tom Cruise conduisant sa bagnole dans la grosse pomme miraculeusement vide… quel exploit. Ranald MacDougall s’en était autrement mieux tiré il y a plus de soixante ans, et s’était même laissé grisé par son idée au point de péter vaguement plus haut que son cul et de nous offrir un menu maxi best of en refaisant la scène du Cuirassé Potemkine avec les statues de lions qui s’animent grâce au montage, sauf qu’ici le lion réveillé image par image ne s’articule pas à la canonnade d'un QG d'officiers mais à la prière de Ralph dans une église elle aussi désespérément vide.




Le film ne s’en prend pas seulement au nucléaire, il s’attaque surtout au racisme. Car bientôt Ralph découvre qu’il n’est pas totalement seul. Après s’être amouraché d’un mannequin de vitrine (ce qui n’est pas sans rappeler les mésaventures de Will Forte dans la récente série Last Man on Earth, où l’on retrouve d’ailleurs, comme dans le film de MacDougall, ce petit couac typique des films du genre : jamais le personnage ne tombe sur le moindre cadavre…), Ralph pète un plomb et balance la femme en plastique par la fenêtre quand il entend soudain un cri, qui ne vient pas du mannequin mais d’une vraie femme, en chair et en os, qui le guettait depuis longtemps en cachette et, voyant le mannequin s'écraser au sol, a cru à un suicide. Ralph rencontre ainsi Sarah Crandall (Inger Stevens), autre survivante, et les deux tourtereaux vont tenter de se plaire et de s’aimer, même si rien, au fond, ne les rapproche. Ils passent en réalité la majeure partie de leur temps à se disputer. Le bât blesse quand Sarah s’emporte et lâche à Ralph qu’elle est une femme « libre et blanche », laissant sourdre un vieux fond de racisme latent (faut-il l’être au moins un peu pour ne pas craquer devant Harry Belafonte, ma parole).




Et lorsqu’un troisième larron, Ben (Mel Ferrer, croisé chez Lang et Renoir ainsi que dans pas mal de films historiques), débarque à Manhattan, notre bon Ralph s’éclipse (il consacre la plupart de son temps à chercher des rescapés ou à sauver les livres de la bibliothèque du coin) pour laisser s’ébattre le joyeux couple blanc. Mais le deuxième homme sur terre ne l’entend pas de cette oreille et préfère faire le ménage pour couler des jours heureux seul avec sa nouvelle Eve. S’ensuit une très belle scène finale de chasse à l’homme, où Ben, juché sur les toits de New-York avec un fusil à lunette, traque Ralph, tapi dans l’ombre des rues. Tout un symbole, qui pourrait être lourd s’il n’était pas si dignement mis en scène, et si la fin du film n’était pas aussi simple et bienvenue : le « The Beginning » qui clôture le film, tandis que les trois survivants s'éloignent main dans la main, évoque la célèbre dernière réplique de Casablanca (« This is the beginning of a beautiful friendship »), et sonne moins comme un tour de manche que comme une intéressante conclusion : ouverte et ambigüe, heureuse et compliquée.


Le Monde, la Chair et le Diable de Ranald MacDougall, avec Harry Belafonte, Inger Stevens et Mel Ferrer (1959)

6 novembre 2014

Les Frères Solomon

Si j'avais découvert ce film à l'âge de 10 ans, j'aurais certainement été très emballé, j'en garderais encore un souvenir ému, je serais président du fan-club français. Hélas, je l'ai maté presque 20 ans trop tard... Les Frères Solomon est une petite comédie américaine pratiquement de et avec Will Forte : l'acteur en a signé le scénario et a sans doute embauché un simple et sympathique faiseur derrière la caméra pour en assurer la mise en image. Will Forte, on l'aime bien. On l'a aimé en second couteau auprès d'Adam Sandler, il nous a enchantés en MacGruber et il nous a plutôt convaincus dans Nebraska, même si nous le préférons dans un autre registre, le registre comique où on le sent peut-être plus à l'aise. Il forme ici un duo avec Will Arnett, un autre acteur que l'on apprécie et dont on se rappelle surtout des coups d'éclats mémorables dans Hot Rod et Semi-Pro. Autant dire que l'idée de retrouver ces deux zigotos en tête d'affiche d'un film au pitch très simple, propice à tous les écarts comiques, nous mettait l'eau à la bouche.




Dean (Will Forte) et John (Will Arnett) sont deux frères inséparables, totalement débiles et socialement handicapés. Quand leur vieux père tombe gravement malade, ils se donnent pour grand objectif d'accomplir son dernier souhait : lui offrir un petit-fils. C'est ainsi que les deux frères, prêts à tout, se lancent à la recherche d'une femme qui accepterait de devenir la mère de leur enfant... Immédiatement, le film rappelle le grand classique des frères Farrelly, Dumb & Dumber, dont on attend la suite avec la gorge serrée. On sent bien qu'il s'agit de la principale inspiration de Will Forte, qui reproduit parfois des situations tout à fait similaires, par exemple lorsque l'un des deux personnages annonce fièrement avoir accompli un exploit particulièrement idiot et que l'autre réagit en redoublant d'enthousiasme, là où la logique voudrait qu'il l'engueule ou se désespère de sa bêtise.




Le duo formé par Forte et Arnett est, reconnaissons-le, d'une puissance comique incomparable à celle générée par Jim Carrey et Jeff Daniels en son temps, et la sensation de déjà-vu, si elle n'est pas vraiment gênante, annule quelques fois l'effet de surprise. Ces frères Solomon n'en restent pas moins assez attachants et l'on suit sans déplaisir leurs petites mésaventures, ponctuées par une paire de gags bien sentis. Tout cela est très léger, très sympathique, plutôt bien rythmé, ça dure 1h20 et on ne s'ennuie pas. Les acteurs secondaires font bien leur boulot, Kristen Wiig est égale à elle-même et on apprécie tout particulièrement Chi McBride dans la peau d'un gros costaud au physique de nounours mais au langage pas vraiment des plus châtiés... Il faut toutefois bien avouer qu'il manque systématiquement un petit quelque chose pour que le film soit réellement tordant et on se dit que c'est bien dommage, car avec ce petit quelque chose, on aurait pu tenir-là une petite bombe de drôlerie. Tel quel, les frères Solomon plairont surtout aux plus jeunes, aux moins exigeants, découvrant ce film par hasard et ravis de passer un bon petit moment, mais n'attendant pas grand chose de plus.


Les Frères Solomon de Bob Odenkirk avec Will Forte, Will Arnett, Chi McBride et Kristen Wiig (2007)

4 avril 2014

MacGruber

Il faut rendre à César ce qui appartient à César, et César porte aussi le nom de Will Forte. On savait l'acteur, issu du SNL (pépinière de talents au même titre que La Beaujoire), capable d'illuminer l'arrière-plan d'une comédie de haute volée par ses saillies comiques au cordeau : on se souvient notamment de lui dans l'excellent Crazy Dad. On le sait maintenant, et rétroactivement, capable de porter sur son dos un film entier et de donner vie à un personnage principal mémorable, de ceux que l'on rêve aussitôt de retrouver dans des suites à n'en plus finir. MacGruber, qui s'inscrit pourtant dans une longue lignée de parodies des grandes figures de films d'action des années 80 (de MacGyver, évidemment, à Rambo), entre au panthéon de nos personnages comiques les plus chéris, aux côtés de certains protagonistes interprétés par Will Ferrell, Jim Carrey ou Adam Sandler (la sainte Trinidad et Tobago, Tobago étant donc Will Forte, si vous suivez).




Même s'il est le pilier de ce film réalisé par Jorma Taccone (également acteur, par exemple dans l'excellent Hot Rod), Will Forte a su s'entourer, et c'est la marque des plus grands. Il est ici épaulé par un Ryan Philippe sans tabou et sans fierté mal placée, ainsi que par Kristen Wiig, actrice rarement décevante et que l'on a déjà appréciée dans Mes Meilleures amies ou Walk Hard. A noter aussi la présence de Val Kilmer, qui se fait plaisir dans le rôle du méchant, et de Powers Boothe, trogne connue du cinéma des années 80, dans le rôle du colonel de service. Mais c'est bien Will Forte qui règne en maître sur le film et qui nous tire des larmes de rire sur un petit paquet de scènes, qu'il éclabousse de sa folie comique et de son talent d'acteur.




Qu'il chiale la mort de ses recrues, qu'il supplie qu'on lui pardonne ses erreurs en proposant toutes sortes de pratiques sexuelles répugnantes ou qu'il fasse l'amour, y compris à un fantôme, en poussant des cris d'ours enroué, dans tous les cas Will Forte crève l'écran et invente des scènes qu'on se repasse en boucle sans jamais se lasser. C'est typiquement le genre d'acteur dont on regarde les scènes coupées en se demandant où s'arrête le talent et où commence le génie, où se tient la frontière entre l'acteur et le personnage, et comment peut-on monter un film porté par un tel acteur sans le faire durer des heures et des heures, façon Béla Tarr, pour se marrer sans fin ?


MacGruber de Jorma Taccone avec Will Forte, Ryan Philippe, Kristen Wiig, Val Kilmer et Powers Boothe (2010)

7 octobre 2012

Crazy Dad (That's my boy)

Très récemment nous avons salué la performance d'Adam Sandler dans le pourtant très décrié Jack & Jill. Rappelons qu'Adam Sandler détient le record de Razzy Awards, ces prix donnés aux soi-disant pires films américains et quasi systématiquement remis à des films comiques, humbles et simples de préférence mais unanimement malmenés, typiquement les comédies d'Adam Sandler qui a l'immense mérite de ne jamais se prendre au sérieux et celui non moins grand de simplement vouloir faire rire les gens. A côté de ça les vrais films coûteux, détestables, prétentieux, sérieux à n'en plus pouvoir et ratés de A à Z sont traités avec égards par ces cérémonies frileuses, par exemple Dark Knight Rises, John Carter, Nine, Prometheus, ou ces films qui pour le coup remportent de vrais Oscars et qui sont de vraies merdes, à l'image de Collision. Pourquoi donc s'en prendre à un artisan du rire comme Sandler, modeste et sincère, ou à d'autres comiques comme lui qui peuvent se louper parfois mais qui savent au moins ponctuellement nous rendre heureux et qui ne méritent pas qu'on les enfonce davantage quand ils ont le malheur de ne pas parvenir à faire rire.




On peut se consoler en se disant qu'Adam Sandler n'est apparemment pas du genre susceptible et qu'il a dû depuis longtemps prendre son parti de telles insultes, au contraire peut-être d'un Jim Carrey plus friable et plus sensible, sans doute soucieux de son image et désireux de s'accoler une étiquette dramatique. Sandler aussi a flotté dans de petits mélos, en récoltant parfois les salutations de la critique (chez Paul Thomas Anderson dans Punch Drunk Love par exemple), mais quand on voit ce qu'il enchaîne on se dit qu'il n'est pas du genre à espérer poser un Oscar au milieu des Razzies étalés dans ses chiottes et qu'il cumulera les films comiques jusqu'à la fin, quitte à ne plus faire marrer qu'un ou deux individus, et nous sommes volontaires pour l'encourager dans cette voie. Adam Sandler est le comique américain actuel qui donne le plus le sentiment de ne reculer devant rien pour susciter le rire par tous les moyens. Will Ferrell, notre idole pour toujours, a les mêmes qualités mais son humour tend plus vers l'univers de l'enfance que vers celui de l'adolescence, qui est le terrain de jeu favori de Sandler, en tout cas dans ses derniers films, d'où un humour plus bon enfant chez Ferrell et toujours au service d'un éloge entier à des valeurs universelles telles que l'amitié ou la fraternité là où les valeurs de Sandler sont moins affirmées, car même si la famille est un thème récurrent chez lui, elle est enfouie sous des litres d'alcool et de sperme. Ainsi ses films sont ponctués de scènes sans limites, au-delà d'outrancières, repoussant les frontières de la connerie, franchissant les limites du "normal" allègrement et sans souci, se torchant à chaque instant avec la bienséance et le politiquement correct (vous verrez tout de suite de quoi on veut parler si vous osez regarder ce film, à ne pas forcément partager avec tous les membres de la famille).




Quand on voit Adam Sandler adipeux comme jamais, en surpoids pour le rôle, rasé à l'aveugle, habillé comme un vrai clodo fan de Star Wars, avec une voix indescriptible qu'il prend d'un bout à l'autre du film pour inventer un personnage singulier qu'il anime de toutes ses forces, on se dit qu'il aime ce qu'il fait et qu'il le fait jusqu'au bout avec passion, sérieusement, et l'homme mérite au moins du respect et de la considération pour ce dévouement, ces offrandes qu'il nous fait et sa croyance totale en son but. Son ambition, sa tâche, est de nous faire rire le plus possible et il y parvient à merveille. Pour peu qu'on dépasse un prélude un peu mollasson vis-à-vis de la suite (on parle de 8 petites minutes de film), on se retrouve devant un spectacle qu'on jurerait échappé des tronches d'extra-terrestres sous acides, concocté par une bande de types - menés par un malade nommé Sandler - qui marchaient sur l'eau quand ils ont écrit le scénario et quand ils l'ont tourné avec certainement pour mot d'ordre de s'amuser à chaque instant, de tout oser et de tout garder au montage (même s'il doit exister des scènes coupées à se damner, comme dans ces films de Will Ferrell dont on regrette qu'ils ne dépassent pas allègrement les deux ou trois heures quand on en découvre les scènes supplémentaires de folie ; quid d'Anchorman dont les seuls rushes ont permis de monter un second film à part entière au moins aussi drôle que le vrai). On rit sans arrêt pendant au minimum une heure et demi et c'est chose rare. Il est difficile de dégager les meilleurs moments du film tant ça n'arrête pas, et si on devait par exemple évoquer un temps fort, comme la séquence de l'enterrement de vie de garçon d'Andy Samberg, ce serait un temps fort de près de 22 minutes montre en main ! Après avoir vu Crazy Dad on n'a pas envie de se repasser telle ou telle scène mais tout le film car le rythme est fou et aucun temps mort ne vient le rompre.




Avec ce film, encore plus déjanté et plus drôle que Jack & Jill, notre Adam Sandler est plus que jamais pointé du doigt par la critique et semble-t-il par une bonne part du public (qui le préfèrent peut-être dans des films plus sages où la star est muselée, du genre Copains pour toujours, qui aura une suite) alors qu'il atteint ici ses sommets dans la folie pure et le nihilisme le plus hilarant. Il aura sans doute outré quelques petits supporters infidèles ou timorés mais il aura gagné un blog francophone qui le suit maintenant de près et qui tâchera de le défendre sur la toile. On a beaucoup parlé d'Adam Sandler jusqu'ici dans cette critique, qui est de tous les plans dans le film et qui est clairement son moteur, mais il faut dire que notre ami a su s'entourer avec science d'une belle bande de bras cassés qu'on adore, allant d'Andy Samberg, génial dans Hot Rod et de nouveau génial ici dans le rôle du fils de Sandler, à Will Forte, déjà géant dans le rôle titre de MacGruber et qui ici magnifie chaque apparition et chaque ligne de dialogue qui lui est donnée, tel un Claude Makélélé moins sous le feu des projecteurs qu'un Zidane mais essentiel à la fluidité du jeu, accélérant les actions, faisant le relai entre la défense et l'attaque comme pas deux et, au finish, à l'heure des bilans, se révélant avoir parcouru trois mille kilomètres en 93 minutes en touchant 203 ballons pour n'en perdre que deux, relâchés après les deux coups de sifflet de l'arbitre mettant un terme à chaque période. Pour revenir au film et pour conclure, c'est une pure tuerie, et regardez bien dans nos yeux quand on dit ça, percevez notre amour débordant et vrai pour ces gens bien intentionnés et doués qui ont consacré un bon moment de leur vie à peaufiner et pondre une bête de soirée, un film à se repasser en boucle au moindre coup de mou, et qui ont su nous procurer une dose de rire anti-rides hallucinante (sauf rires d'expressions, on a des tranchées terribles qui partent du coin des mirettes pour se rejoindre à l'arrière du crane) en deux heures de temps qui passent en un éclair. Merci Adam.


Crazy Dad (That's my boy) de Sean Anders avec Adam Sandler, Andy Samberg, Will Forte, Vanilla Ice, Eva Amurri, Susan Sarandon et James Caan (2012)