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14 juillet 2019

Damsel

Encore un western contemporain qu'on ne verra pas sur grand écran. Damsel, des frères David et Nathan Zellner, prend le chemin de la petite lucarne, à la suite, entre autres, de Slow West, Bone Tomahawk, The Keeping Room ou encore le très sympathique The Ballad of Buster Scruggs, qui, huit ans après True Grit, aurait peut-être pu accéder aux salles à son tour, le nom des frères Coen faisant foi, mais qui aura achevé sa course sur Netflix. Tant pis pour nous autres amateurs du genre, qui le voyons perdurer à travers ces films de qualité mais qui déplorons aussi de ne pouvoir découvrir ses derniers rejetons comme il se doit. Certains sont d'un niveau très moyen qui justifie une sortie directe en dvd, à l'image de In a Valley of Violence, ou plus récemment du médiocre The Kid de Vincent D'Onofrio, deux films d'ailleurs portés par ce cher Ethan Hawke, toujours beau comme un cœur, et qui vaut mieux que ça. Mais les films cités plus haut méritaient haut la main de figurer dans les programmes des salles d'art et essai, et Damsel, dans une moindre mesure, n'aurait pas fait si pâle figure à l'affiche.





Affiche que se partagent littéralement Robert Pattinson et Mia Wasikowska, comme ils se partagent le film, coupé en deux par une scène étonnante. C'est la principale qualité de ce western des frères Zellner, jusqu'ici auteurs d'une paire de films indépendants que leur dernière réalisation donne envie de découvrir. La surprise. Le film, à ce titre, ne manque pas de charme. L'histoire commence quand Samuel Alabaster (Robert Pattinson) débarque dans le grand Ouest avec une guitare, un fusil et un très beau cheval miniature nommé Butterscotch, puis met la main sur un prêtre de pacotille, ivrogne notoire (David Zellner), qui prouve que l'habit fait le moine puisqu'un curé désespéré lui a légué son costume et donc sa fonction dès le début du film, pour l'accompagner dans une drôle d'odyssée : retrouver la belle Penelope (Mia Wasikowska), une femme exceptionnelle enlevée par des brutes, la sauver puis la demander en mariage. Sauf que les retrouvailles ne se déroulent pas exactement comme prévu.





Mais cette qualité est aussi un défaut, dans le sens où nos deux compères cinéastes, à force de vouloir étonner en renversant les codes du genre, oublient parfois de donner une plus ferme consistance à leurs personnages (même si Pattinson, David Zellner lui-même dans le rôle d'un prêtre du dimanche, et surtout Mia Wasikowska s'en tirent avec les honneurs). D'autant plus que Damsel n'arrive pas franchement premier sur la photo finish des westerns qui prennent les codes à contrepied. On pense, dès la pourtant plaisante scène d'introduction, à celle de From Dusk Till Dawn de Robert Rodriguez (comparaison peu flatteuse, je l'admets), puis, de façon plus appuyée, au Dead Man de Jim Jarmusch (comparaison trop flatteuse a contrario), via le personnage de l'indien dont l'image est désacralisée, et à une bonne partie du cinéma des frères Coen, à travers plusieurs gags. Mais on peut espérer que les frères Zellner iront vers un cinéma plus personnel à l'avenir, et donneront plus d'épaisseur à des personnages déjà intéressants, évoluant déjà dans de beaux décors et de belles images, ce qui pourra aussi leur épargner quelque superficialité d'un discours progressiste et féministe ici paradoxalement à la fois forcé et en demi-teinte.


Damsel (Pionnière) de David et Nathan Zellner avec Mia Wasikowska, Robert Pattinson, David Zellner, Nathan Zellner et Robert Forster (2019)

13 octobre 2016

The Lost Skeleton of Cadavra

Amateurs de films Grindhouse, passez votre chemin. Réalisé en 2001, The Lost Skeleton of Cadavra est une parodie respectueuse du cinéma de science-fiction et d'horreur des années 50, un pastiche sans prétention de films tels que Planète Interdite, Le Jour où la Terre s'arrêta, Les Soucoupes volantes attaquent et La Nuit de tous les mystères. On est ici beaucoup plus proche, dans l'esprit, de films comme OSS 117 ou Tucker & Dale vs Evil que des daubes sans âme estampillées Grindhouse encouragées par le sinistre duo Robert Rodriguez - Quentin Tarantino. The Lost Skeleton of Cadavra est écrit, produit, interprété et réalisé par Larry Blamire, un amoureux du cinéma bis et de ces classiques de la SF, qui, peut-être par trop grand respect pour le genre, ne pousse pas toujours la caricature assez loin. Son film, qui nous raconte l'histoire assez farfelue de quelques personnages ahuris à la recherche d'une météorite aux pouvoirs magiques, se suit sans déplaisir mais aurait gagné à être plus insolent, plus drôle encore.




Les personnages en présence sont autant de caricatures de ceux que l'on croise généralement dans ces vieux films de genre : du pseudo-scientifique éclairé, campé par Blamire himself, désireux de faire la plus grande découverte de l'histoire de l'humanité, au couple d'extraterrestres pacifiste et perché, aux mœurs étranges et finalement très humaines, sans oublier un ridicule bonhomme obnubilé par l'idée de dominer le monde, ce qui passe par la résurrection d'un vieux squelette assez loquace perdu dans une grotte. Larry Blamire se moque gentiment et adroitement de l'inertie terrible des héros de ces films, il reproduit leurs dialogues absurdes et les situations parfois grotesques qu'ils mettent en scène, tout en brocardant intelligemment le rôle proéminent systématiquement accordé aux hommes et la triste place faite aux femmes.




En tant qu'acteur, Larry Blamire sait faire preuve d'un vrai talent comique qui rappelle un peu par moments celui d'un Will Ferrell, en moins exubérant, dans sa façon de débiter très sérieusement des conneries plus grosses que lui. Il prouve également qu'il n'a pas peur du ridicule, lors des scènes les plus réussies de son film, où toute la petite bande s'en donne véritablement à cœur joie. Lors de ces moments en particulier, on a un peu l'impression de voir le film qu'une bande de potes auraient tourné rapidement pendant les vacances, une petite chose sympathique faite avec trois sous mais beaucoup de cœur. Parfois marrant, la plupart du temps agréable, The Lost Skeleton of Cadavra est un tout petit film attachant, un hommage sincère et modeste au cinéma de genre des années 50. Une œuvre que je conseillerai seulement à un public peu exigent et amoureux, comme son auteur, de ces vieilles séries b au charme suranné.


The Lost Skeleton of Cadavra de Larry Blamire avec Larry Blamire, Fray Masterson, Brian Howe, Susan McConnell et Jennifer Blaire (2001)

3 décembre 2014

Sin City : j'ai tué pour elle

Ce qui saute d'abord à la gorge quand on a comme moi l'idée profondément débile de se lancer dans ce deuxième volet de la saga Sin City, c'est la laideur permanente du film. Contrairement au premier opus, sorti en 2005, dont les images recelaient quelque relief, un grain un peu crade permettant aux personnages et aux lieux de s'incarner peu ou prou dans le noir et blanc de l'image (pour le peu de souvenirs qu'il m'en reste, car je n'avais déjà rien à secouer de ce genre de film, encore plus quand ils sont signés par le papa des innombrables Spy Kids), ici tous les plans sont lisses, plats, sans profondeur, on glisse dessus de même que la voix-off qui inonde constamment la bande-son pisse joyeusement dans un violon (voix-off qui du reste nous prend tous pour des fans de la première heure, dans la confidence, déblatérant des noms de personnages à tort et à travers et faisant référence à des événements du premier épisode dont on ignore tout et dont on se fout éperdument). L'impression est assez pénible — la faute à ce lissage de l'image et à des cadrages surexplicatifs souvent hideux, notamment quand le dénommé Marv est aidé par des adjuvants fantômas au début du film — de subir une triste scène cinématique de jeu vidéo sans fin, que l'on rêverait de zapper d'un "start/select" libérateur.




Et puis on finit par essayer de s'intéresser quand même à ce que ça raconte. Et on découvre un pur film de beauf, fasciné par les gros bras, les belles bagnoles, le poker et les putes, où tous les hommes sont de vrais mecs bourrus et cabossés, ultra violents mais dotés de cœurs gros comme ça, et où toutes les femmes sont des trainées. Encore faut-il accepter d'endurer les monologues narratifs et les dialogues débités par tous les acteurs mâles (Mickey Rourke et Josh Brolin en tête) avec la même voix d'outre-tombe rocailleuse, surjouée et ridicule, de vieux routiers cyniques et endurcis. Tous les personnages sont des frimeurs-nés, à commencer par celui qu'interprète le pourtant freluquet Joseph Gordon-Levitt, antonyme humain de la notion même de charisme. Ils friment quand ils parlent, quand ils marchent, quoi qu'ils fassent, filmés par un frimeur fini, Robert Rodriguez, qui se la joue comme jamais. Rodriguez, sur ce plan, ne vaut pas plus cher que son ami de toujours, Quentin Tarantino, dont la carrière se découpe, si l'on veut, en deux grandes parties, l'avant et l'après Kill Bill, et qui depuis ce dernier diptyque se confond, lui aussi, dans la vacuité et dans la pose, à l'image de son Django, bellâtre de l'ouest, esclave metro sexuel, vengeur classe mannequin, coquille vide en parure de mode, avec ses répliques de fanfaron qui donnent bizarrement envie de le torturer. Rodriguez et Tarantino, qui ont déjà collaboré maintes fois, par exemple sur Une nuit en enfer (le premier à la réalisation, le second au scénario) devraient co-réaliser leurs prochaines daubes, tant qu'à faire, tels Alain Souchon et Laurent Voulzy qui, après avoir travaillé et couché ensemble toute leur vie, viennent de réaliser un album en commun. A ce propos, peu de gens le savent mais au départ ils s'appelaient Alain Souchy et Laurent Voulzon.


Sin City : J'ai tué pour elle de Robert Rodriguez et Frank Miller avec Eva Green, Josh Brolin, Jessica Alba, Mickey Rourke, Rosario Dawson, Joseph Gordon-Levitt et Bruce Willis (2014)

21 avril 2014

Twister

C'est peu de dire que Jan de Bont était attendu au tournant après Speed, succès planétaire et classique instantané du film d'action des années 90. Prudent, consciencieux et malin, Jan de Bont, qui avait ouvert sa carrière par un chef-d’œuvre, tel Orson Welles, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Nicholas Ray ou Robert Rodriguez, voulut assurer ses arrières pour son second long en collaborant avec des valeurs sûres du box-office : Michael Crichton au scipt, Steven Spielberg à la production et tous les protégés de ce dernier derrière lui (Kathleen Kenedy au financement, Michael Kahn au montage, Jeremy Davies, l'éternel ami d'E.T., à l'arrière-plan dans une scène coupée, etc.). Petit topo sur Michael Crichton : rappelons que le bonhomme est un foutoir à idées de génie, c'est le roi du scénario qui tient en un mot et qui fout le monde entier sur le cul, à l'instar d'un Stephen King, d'un Philip K. Dick ou d'un Richard Matheson. C'est notamment lui qui a écrit Jurassic Park (on ne vous rappelle pas l'idée de base du film, consistant à ranimer Sam Neill à partir de l'ADN d'un moustique et des hormones d'une grenouille, jusqu'à ce qu'il finisse par péter un plomb, se libère de sa cage et bouffe tout le monde...). Quelques années plus tôt Crichton avait lui-même réalisé un film intitulé Westworld, basé sur le même genre d'idée, avec des cowboys animatronics à la place de Sam Neill. Moins connus mais tout aussi originaux, il a écrit La Proie, où des nanorobots en forme de moustiques destinés à l'armée échappent au contrôle de leurs créateurs et foutent le boxon, il a aussi écrit Congo, où un orang-outang natif du Congo dopé à l'ADN de crapaud pète les plombs et échappe au contrôle de ses maîtres pour foutre la merde, sans parler d'Urgences, la série télé qui a rendu célèbre l'acteur Noah Wyle, avant qu'il n'échappe au contrôle de son psychiatre et mette la ville de Plymouth à feu et à sang (la police le traque toujours).




La collaboration entre celui qui était alors le nouveau pape du film d'action, De Bont, et Crichton, la boîte à idées la plus fructifiante d'Hollywood, avait tout pour casser la baraque (comme on le voit sur l'affiche). L'argument du film est encore une fois tout simple, et ses auteurs en ont conscience, misant tout sur une efficacité sans froufrous : un ancien couple de climatologues se retrouve dans l'Oklahoma avec pour mission d'étudier une phénomène météorologique aussi dévastateur que méconnu, les tornades, et pour ce faire ils devront rien moins que placer au cœur de l'une d'elles une webcam en titane. Hélas, nos spécialistes des tornades seront eux-mêmes surpris par l'amplitude de celle qui s'abat sur leur tête, la plus puissante jamais observée dans le midwest américain depuis 30 ans, de catégorie F5, le genre de bourrasque qui vous rafraîchit votre page firefox en un clin d’œil si elle s'abat près de chez vous. Les effets spéciaux, primordiaux dans un film catastrophe supposé vous clouer le bec, sont diablement réussis. Jan de Bont n'avait pas froid aux yeux et voulait tourner au plus près de vraies tornades pour limiter les ajouts numériques forcément déceptifs en 1996, et si quelques perchmans y ont laissé leur peau (il y en a encore deux dont les cadavres n'ont pas été retrouvés, c'est à peine si on a pu mettre la main sur quelque tas de peaux susceptible de leur avoir appartenu) le résultat est bluffant à l'écran, encore aujourd'hui. Mais cela ne pouvait pas suffire, et la plus grande malice de De Bont et de sa clique, malice héritée de Spielberg à n'en pas douter, tient dans l'art du casting.




Soyons galants, commençons par Bill Paxton. Abonné aux seconds rôles (notamment chez Cameron, celui qu'il nomme son BFF, en concurrence avec Schwarzy, qui de toute façon ne comprend pas l'acronyme BFF), seconds rôles qu'il rend merveilleux par des punch-lines inventées sur le vif, Paxton est ici le premier rôle masculin. Ce statut lui rendit le tournage bien douloureux : il ne se sentait pas à sa place et appelait sa mère entre chaque prise pour lui signifier son mal-être et pour comprendre ce qui lui arrivait. Grand directeur d'acteurs devant l'éternel, Jan de Bont a su le mettre à l'aise en lui rappelant que pour lui l'Alien d'Aliens n'était nul autre que Paxton lui-même, phrase qui par miracle toucha l'acteur droit au cœur et lui rendit confiance. Au point que dans une scène phare du film, où le couple vedette se retrouve dans l’œil du cyclone de façon totalement imprévue par l'équipe technique, l'acteur a eu ce réflexe ô combien salvateur de sortir son ceinturon en cuir de bison futé et de s'accrocher d'une main à une canalisation à l'aide de cette lanière de cuir tout en retenant sa partenaire de son autre autre main, agrippée aux nibards d'Helen Hunt.




Helen Hunt avait eu la bonne idée de venir sur le plateau avec ses plus beaux atouts. A cette époque l'actrice menait un régime réservé aux femmes souffrant de problèmes de dos inquiétants dus au poids supporté par une colonne vertébrale pas faite pour ça. Privée de produits laitiers et de tout aliment à base de farine de blé, Helen Hunt devait chaque matin faire des dons importants de lactose à Bernard Kouchner pour Médecins sans frontières. Un débardeur blanc pour tout vêtement, c'est aussi la tenue pensée par Jan de Bont lors d'un de ces matins où il se levait en sursaut après avoir eu une illumination nocturne. Très souvent, le blanc est la couleur qui, mouillée, laisse apparaître le divin, et ce film le prouve dans maints extraits triés sur le volet par un De Bont humaniste et tourné vers son prochain testiculeux. Mais ce qu'on écrit là est incomplet, parce que non contente d'être trempée, Helen Hunt tape quelques sprints à faire rougir Marie-Jo Pérec, auteur de Les Choses et de La Vie Mode d'Emploi, qui à l'époque était pourtant plutôt perchée dans le domaine de la littérature potentielle et de la course à pied. Et sur ce fait, suivez mon regard, même s'il se balade de haut en bas et de droite à gauche à chaque foulée de l'actrice Hunt dans un mouvement de balancier qui ferait oublier la faim, la soif, le sommeil, toutes ces choses primaires et vitales...




Bref, Twister, ça décoiffe ! Tout le monde se souvient et s'émeut encore de ce plan où l'on voit une vache s'envoler et tournoyer à une vitesse folle dans un "Mmmmeüüûûhhhh" glaçant, pour être finalement embarquée par la tempête et finir empalée sur la pale d'un moulin à vent (car il y a toujours un moulin dans un film de De Bont, natif d'Eindhoven). Mais il faut savoir, il serait temps, que c'était une vraie vache, pas du tout un prodige d'effet spécial. C'était un véritable animal vivant, catapulté par un trébuchet moyen-âgeux tel un boomerang. C'est en tout cas ce que De Bont avait promis à son dresseur de bœufs attitré : "Tu verras, elle va nous revenir !". Mais la bête est bel et bien morte et Jan de Bont en rit encore. Il a peut-être perdu un ami mais il a gagné l'admiration de toute une profession et d'un public innombrable. De Bont, qui a quand même le rire facile, s'esclaffe de plus belle et pour un rien quand un spectateur lui demande sous quel logiciel ses ingénieurs ont été capables de faire ça, en 1996, à l'époque de Windows 3.1 et de la sortie en fanfare de la révolution vidéoludique "Lemmings". Il se marre comme une baleine lui qui sait qu'une authentique vache à lait de race Milka a été projetée dans les airs en meuglant pour la dernière fois et pour sa survie, avec un regard d'incompréhension qu'aucune machine ne pourra jamais reproduire mais que le caméraman hors-pair de De Bont sut capter, sut choper (pour ne pas dire "immortaliser") en plein vol...





Finissons par un bilan chiffré : sans revenir sur les deux perchmen morts/disparus et la vache sacrifiée pour le show, le film a rapporté 300 000 000 dollars alors qu'il n'en a coûté que le tiers. Trois fois la mise c'était la règle pour De Bont à l'époque. D'ailleurs c'était son surnom : "trois fois la mise". Il répétait ça sans arrêt à tous ceux qu'il croisait. Quand il a tourné Speed 2 : Cruise Control l'année suivante, il errait sur le plateau, ou plutôt sur le bateau, tel un fantôme, en murmurant "Trois fois la mouise...". Twister fut donc son second film et son dernier chef-d’œuvre. Après ça De Bont a remis le couvert trois fois et a mangé de la merde à tous les coups.


Twister de Jan de Bont avec Bill Paxton et Helen Hunt (1996)

21 novembre 2011

Drive

A grand phénomène, grand article. Ce n'est pas toujours vrai sur ce blog mais pour le coup ça l'est ! Si l'article est long c'est parce que le film suscite un tel mouvement de masse qu'il appelle des réactions souvent contraires. Certains spectateurs, très minoritaires, haïssent Drive, d'autres lui sont indifférents mais cette indifférence se transforme souvent en irritation face à l'adoration sans condition du plus grand nombre, et d'autres encore se contentent de l'apprécier sans le porter aux nues. Vos deux serviteurs ont des avis légèrement différents, des points de vue à priori modérés qui le sont moins que prévu quand ils se saisissent chacun de leurs claviers !


Rémi (avec l'appui et l'aide de Nônon Cocouan) :

Je n'ai pas à proprement parler "détesté" le film, car il n'a même pas de quoi susciter mon mépris ou ma colère, à part, et il est bien difficile de faire autrement vu le "phénoménorme" qu'il a suscité, si je le considère en prenant en compte les louanges extravagantes qu'il reçoit, l'engouement unanime autour de lui et le prix franchement honteux qu'il a reçu à Cannes, là oui, tout de suite, on a envie de le détester et de le traîner dans la boue. Mais en essayant d'évacuer ces données effectivement très irritantes de ma conscience, je le trouve simplement absolument sans intérêt, vide de tout, mal réalisé et horriblement niais. Il se regarde, certes, mais il est malgré tout d'une nullité assez remarquable.

Au crédit du film, une ou deux scènes d'action plutôt maîtrisées, dont principalement la séquence d'ouverture, devant laquelle tout le monde se pâme alors qu'on en a déjà vu 1000 de meilleures dans le même genre et alors qu'il ne s'agit jamais que d'un coton-tige humain qui attend deux malfrats en train de faire un casse, qui démarre quand ils arrivent enfin, se gare quand une voiture de police passe, démarre vite à un feu vert, se gare à l'ombre pendant qu'un hélicoptère passe, puis s'arrête dans un parking et profite d'un mouvement de foule prévu à l'avance pour quitter le véhicule sans être vu des flics et en laissant ses passagers dans la merde - incroyable… Mais enfin ne soyons pas de mauvaise foi, la scène est maîtrisée, le rythme fonctionne, reconnaissons cela à Refn, car il n'y a rien d'autre à lui reconnaître. Comme dans la plupart des films de ce genre dès qu'il y a une fusillade ou une course poursuite, c'est facilement prenant, ça l'est presque par définition, et Nicolas Winding Refn sait à peu près nous intéresser à son action dans ces moments-là, bravo, j'admets la maîtrise d'une ou deux scènes de tension, même si ce n'est jamais pour Refn que remplir le cahier des charges qu'il s'est fixé et assurer le minimum syndical, chose qui passe pour exceptionnelle tant le cinéma d'action actuel est moribond. Mais pour le reste, les yeux m'en tombent et je me suis ennuyé copieusement.


The Driver, The Girl et The Kid au volant de The Car dans The Merde

Comment se passionner pour ces personnages creux et inexistants qui permettent au film de gagner l'admiration de ceux qui reconnaîtront une référence à Macadam à deux voies (Refn fait appeler son héros "The Driver" tout en faisant parfois appeler la fille "The Girl" pour se faciliter la tâche dans la quête d'une filiation honorable auprès de Monte Hellman), ou au personnage sans nom et sans passé de Sergio Leone (l'inévitable cure-dent remplace le cigarillo, car le héros aime les bains de sang mais il est trop gentil pour fumer du tabac). Pourquoi Clint Eastwood a-t-il une allure et une classe sans égales et pourquoi Ryan Gosling n'en a-t-il aucune ? C'est difficile à dire. Peut-être parce qu'il est impossible de déceler la moindre miette de charisme chez Gosling là où celui d'Eastwood bouffait l'écran chez Leone, peut-être aussi parce que Leone savait filmer son acteur et mettre en scène sa superbe, tout en rendant son personnage extrêmement savoureux grâce à beaucoup d'humour, de dérision, de caractère et de réactions mémorables, toutes choses dont The Driver est dépourvu. Le projet consistant à filmer un personnage hellmanien, disons le "Driver" de Macadam à deux voies, mutique et dépourvu de caractère défini, comme Leone filme Eastwood dans ses westerns, et à le revêtir d'une tenue aussi imposante que celle de "Sans-nom" (imaginez le James Taylor d'Hellman dans une veste brillante décorée d'un scorpion doré...) ne tient pas debout car cela revient à filmer avec admiration (et à soumettre à la nôtre) un homme en aucune façon admirable (sauf à être fasciné par une coquille vide bien apprêtée). L'accablement l'emporte donc devant ce héros silencieux sans émotion ou presque et sans histoires, à la fois doux et ultra-violent (ambivalence d'une profondeur qui me tétanise), un concept de personnage génial et inédit. "Minable" conviendrait mieux à ce héros, comme à tous les gens qui l'entourent, des gros mafieux caricaturaux sans consistance (Ron Perlman... encore un acteur nul qui a une "tronche" et que les réalisateurs les plus niais font jouer juste pour ça, à l'image de Dany Trejo chez Bob Rodriguez et consorts), et la fille "mignonne" trop "cute" avec ses bouclettes, ses fossettes, son nez retroussé, trop "cute" pour être honnête, qui aurait sa place dans Dawson Creek. Carey Mulligan n'aura aucun mal à émouvoir ces messieurs, avec son petit garçon tout aussi mignon et son gentil bac à linge sous le bras. Mais le héros c'est le pompon (on aura pigé l'idée de Refn de nous recycler un héros à l'ancienne, avec la chanson à la fin qui miaule en boucle : "You're a real human being, you're a real hero" ad lib, pour surligner un propos indigent et quêter l'émotion facile chez le spectateur). The Driver hausse un sourcil par ci, décroche laborieusement un sourire stupide par là, il a la vie dure parce que c'est un type sans vie qui se projette en éternelle doublure des vrais héros (les braqueurs de banque qu'il conduit la nuit ou les acteurs qu'il double le jour en tant que cascadeur - un job bien rétro et bien cool, qui a déjà fait les choux gras de Tarantino dans Death Proof - mais le cinéaste ne tient aucun propos sur l'une ou l'autre de ces professions voulues atypiques, d'ailleurs il ne tient aucun propos sur rien, à l'image de tous ces films américains contemporains poseurs et crétins qui se contentent de refourguer des références dans l'insignifiance la plus assumée ; on est face à Taxi Driver mais sans le moindre discours de fond, ce qui pose un léger problème). Et quand The Driver fout le doigt dans l'engrenage d'une histoire dangereuse pour les beaux yeux de sa ménagère, sa personnalité double se révèle, car cet autiste bipolaire est aussi amorphe que violent, cette jolie tronche de cake n'étant au final qu'un gros cliché sur pattes, un héros sans saveur qui sauve la sempiternelle veuve et l'imparable orphelin.


Trop stylée cte police !

A propos de clichés on pourrait d'ailleurs énumérer tous les éléments qui composent le film, le kitsch imbattable du générique écrit en rose, comme au début de Rosemary's Baby (c'était déjà kitsch dans le film de Polanski mais au moins ça ne disait pas "Matez comme je mets du rose bonbon décalé sur mon gros conducteur cool") ; la musique lourdingue des années 80 un peu grindhouse sur les bords car bien ringarde mais du coup très cool, qui peut rappeler les film de gangster hongkongais de l'époque, comme le As Tears Go By de Wong Kar-Wai ; le héros qui se lance dans ses missions toujours selon le même schéma et qui répète son speech à la façon de Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, ou plutôt à la façon de Jean Réno dans Léon ou Nikita ; ses actes de vengeance ultra violents à coups de marteaux manière Old Boy ; sa veste trop classe avec le scorpion doré dans le dos (Snake Plissken es-tu là ?), ajouté au sang sur la doublure de son beau blouson blanc immaculé à la fin du film et à son savoir-faire de pilote cascadeur qui nous renvoient à la purge de Tarantino sus-citée (Death Proof), et j'en passe et des meilleures. Refn pioche ça et là des trucs sympas et les reproduit dans un film sans propos et sans force avec une attitude de gros poseur insignifiant, sans véritable idée, sans véritable talent, sans rien.


C'est un plan tiré du générique de Dawson Creek ou je m'y connais pas... J'imagine que si Dawson conduisait une belle bagnole et fracassait quelques visages à l'occasion la série aurait encore un fier succès aujourd'hui.

Ou plutôt si, il a une idée, une seule, qu'il étale sur tout le film et qu'il souligne inlassablement, l'idée de ce personnage ambivalent, "real human being" qui aspire à un bonheur domestique plan-plan mais paradoxalement "real hero" dépendant de sa voiture, prolongement de son corps (quand il accroche sa montre au volant au lieu de la mettre à son poignet, on aura compris) et catalyseur de son énergie destructrice, bagnole sans laquelle il devient capable des pires violences… C'est ainsi que le personnage frappe le triste Ron Perlman avec sa voiture qu'il lance à toute vitesse dans le flan du véhicule du mafieux (ses phares sont cependant intacts après le choc énorme…), coiffé d'un masque de cascadeur qui l'efface une fois de plus, car cet homme-là est condamné à s'effacer, c'est pour ça qu'il part à la fin au lieu de rejoindre la fille, diantre que c'est profond et passionnant. Et si l'on accepte que c'est un film de genre qui n'a pas pour vocation d'avoir un propos dense et porteur de sens, préférant à cela un récit efficace, qu'en est-il de ce récit ? C'est l'histoire linéaire, cousue de fil blanc et rebattue des dizaines de millions de fois du héros solitaire qui tombe amoureux au détour d'une lessive, décide de s'imposer une mission périlleuse pour sauver sa copine avec qui il a vécu des tas de trucs qui se résument à un voyage en ascenseur et deux sourires difficiles (et, j'oubliais, un ride interminable dans le lit d'un fleuve desséché, où l'unique et faramineux événement tient dans ce bref plan où la voiture monte de dix centimètres sur le rebord de la piste ; sans oublier l'aboutissement de la séquence, une séance bouleversante de ricochets sur fond de musique guimauve), fille adorable qui ne peut pas être sa vraie copine, dur, car elle est mariée à un tocard qui vit en taule mais que le héros va gentiment aider par amour désintéressé pour sa blonde, et qui à la fin, après avoir buté tout le monde très très facilement (y compris donc en arborant un masque de Fabien Barthez qui fera ergoter les fans avides de symbolisme à propos du personnage sans passé et sans identité mais aussi sans visage, pour une scène qui ne fait une fois de plus qu'évoquer d'autres films, de Halloween à Point Break !), se laisse poignarder par un vieillard histoire de rajouter du drame au drame et de s'octroyer stupidement une dimension de "real hero" sacrifié, vulnérable car aussi human being mais hero tout de même car immortel. Et on est censé chialer ? Ou s'émerveiller de voir l'acteur cligner des yeux après dix minutes d'attente ? Car il n'est pas mort, c'est un real hero ! Tu peux rêver Refn. Et ta fausse fin, avec la gentille qui va frapper à la porte du gentil et le gentil qui part sur la route au volant de sa seule femme, sa bagnole, si tu savais ce qu'on s'en cogne…


Ou comment vautrer une scène de course-poursuite par un plan hideux où Christina Hendricks mériterait de recevoir le prix "Toni Colette 2011"

La scène dans l'ascenseur c'est le comble je crois. Cette scène où le méchant, avant de se faire buter sauvagement, laisse le temps au héros de rouler une grosse pelle à sa copine. Au moment du baiser les lumières se tamisent, la musique sirupeuse embraye la première, et par-dessus le marché on a droit au gros ralenti qui tâche pour se rouler dans le mielleux et le niais à tout rompre. On n'en attendrait pas moins de Luc Besson ! Idem quand, après ce plan plutôt bien vu où l'acteur se retourne en nages, coupable d'une ultraviolence répugnante qui révulse logiquement The Girl, la porte d'ascenseur se referme sur celle-ci et les sépare dans un énième cliché visuel pathétique et désespérant qui achève de tout gâcher et de rater la scène dans les grandes largeurs. Oui car le comble c'est quand on pense à la mise en scène. Que le film plaise entre autres à des adolescents, je pige, à l'adolescence on aime les films creux et prétentieux qui en jettent un peu (j'aimais Léon quand j'avais 12 ans). Qu'il fasse éclater de rire, d'un rire gras, et qu'il excite manifestement lors des nombreuses scènes assez minables où l'on voit des gorges tranchées, des gueules écrasées à coups de doc marteens, des fourchettes plantées dans des yeux (ces choses-là choquent et donc plaisent encore, c'est épatant), je ne pige pas mais je commence à avoir l'habitude. Mais qu'on file à ce film le prix de la mise en scène, là faut pas déconner. Et que les meilleurs journaux répètent que le graal du film c'est le style, la question du style, qui serait cruciale, ça, ça me fout les j'tons. Parce que c'est quoi la mise en scène de ce film ? Celle de n'importe quel autre film de merde (avec quelques scènes plus longues vu que le héros a besoin d'une heure et demi pour dire "Ok..." et d'une demi heure supplémentaire pour sourire, des scènes lentes qui attestent de la volonté de Refn de se démarquer du cinéma hollywoodien d'action de la façon la plus simple qui soit : ces films-là vont vite, je vais aller lentement, pour avoir une caution européenne et devenir une bête à festoche, une machine à faire triper du cinéphile), à quoi s'ajoutent des milliers de ralentis misérables sur le bisou, sur le héros qui porte l'enfant de sa dulcinée pour le mettre au lit et j'en passe, et quoi d'autre ? Rien... Si, à la fin il filme les ombres projetées du héros et de sa dernière victime, c'est brillant j'avoue, j'étais sur le fion devant tant d'audace et de génie, un vrai masterpiece. En somme c'est le néant absolu et un ramassis d'images d'une platitude égale. Je m'attendais à mieux.


Il a ouvert les yeux ! You're a real hero, toudoudoum, toudoum, tidadadoum

Je ne m'attendais pas à grand chose pourtant, car tant d'unanimisme critique me semblait suspect, mais comme à chaque fois que je donne de l'argent pour aller voir un film au cinéma c'est avec l'espoir et l'envie d'apprécier, je m'attendais véritablement à un film un peu plus ambitieux, plus original, plus osé du point de vue du style, justement, or il n'y a vraiment rien à se foutre sous la dent avec ce film poseur, cliché, niais et laid au possible. Ce n'est pas un film qui a du style, ce n'est pas un film stylisé, c'est un film "stylé" comme disent les adolescents d'aujourd'hui, à propos d'un zippo ou d'une bagnole. Car au final ce film ne donne qu'une envie, semble-t-il, à pas mal de fans, celle d'aller "faire un ride sur la route avec de la bonne grosse musique de merde en fond", et procurer une telle envie facile et crassement stupide doit rendre Refn très fier de lui. C'est QUEU-TCHI ce film.


Félix :

Rares sont les films qui nous divisent sur Il a Osé ! Bon, en réalité, il n'y a pas de réelle division au sein de la rédaction à deux têtes du blog, tout simplement parce que je ne fais pas partie des grands fans de Drive, présents en nombre sur la blogosphère. Il me faudrait revoir le film pour m'assurer de cela. Ce que je peux néanmoins d'ores et déjà affirmer après l'avoir vu au cinéma, c'est que j'ai apprécié Drive, suffisamment pour avoir envie de modestement compléter la critique de Rémi en vous proposant aussi mon point de vue, tout de même très différent du sien.

Ma principale réserve à la sortie du cinéma résidait dans ces quelques plans dégoûtants qui parsèment la deuxième partie du film consacrée à des règlements de compte sanguinolents. Quand je vois des scènes de ce genre, où la violence explose à l’écran, sur le moment ça me révulse forcément, ça ne me fait ni rire ni applaudir comme certains individus présents dans les salles de cinéma, ça m'amène même parfois à mépriser le réalisateur. Cependant, dans des films qui finalement semblent traiter de la fascination et de l'addiction à la violence, je comprends pourquoi celle-ci est mise en scène de cette façon (comme dans J'ai rencontré le Diable, pour prendre un autre exemple récent de long métrage remarqué où l’on peut aussi noter la présence de quelques images chocs - le film de Refn fait d'ailleurs penser à cet égard à un certain pan du cinéma sud-coréen). Le choix du réalisateur danois ne me semble donc pas totalement gratuit, voire même tout à fait justifié. Avec du recul, ces réserves ont donc quelque peu disparu, même si sur le moment ça n’a pas manqué de me déranger (ceci dit, c'est peut-être mieux comme ça vu de quoi il s'agit).


La scène dite "de l'ascenseur", à rendre jaloux Dick Maas !

Pour illustrer mes propos, j'aimerais revenir sur ce qui est sans doute la scène-clé du film : celle de l'ascenseur, typiquement la scène que l'on détestera en cas d'allergie aiguë au film de Nicolas Winding Refn. Cette scène m'a typiquement amené à penser que Refn nous causait de l'addiction du Driver à la violence. Cette scène commence par nous montrer un baiser langoureux entre le Driver et la fille, un baiser dont l'érotisme est souligné par la dilatation du temps, les jeux de lumières et la musique ; puis dans la foulée, le Driver tue l'autre gars, dans une sorte de jouissance incontrôlable, comme s'il s'agissait de la fin du rapport amoureux débuté avec la fille, qui culmine donc avec ce plan dégueu où il lui défonce la tronche. De cette manière, Refn m'a l'air de nous montrer comment le Driver descend définitivement dans la spirale de la violence par choix contraint mais apprécié, tout en changeant de style lors des deux parties de la scène, pour dissocier le premier acte, qui se veut planant et beau, du second, très terre-à-terre et révulsant. Tout de suite après, le Driver affiche un visage bouleversé, il nous livre peut-être une de ses rares expressions faciales attestant d'une perte de maîtrise, avec ce dernier regard adressé à la fille, dont il s'éloigne pour de bon après ce geste pourtant exécuté pour la défendre : le regard d'un type pris en flagrant délit et irrécupérable.

Pour toutes ces raisons, cette scène, qui pourra tant énerver, est paradoxalement l’une des plus intéressantes du film à mes yeux. C’est finalement celle où tout se joue, où le sort du Driver en est définitivement jeté. Pendant la première partie du film, nous pouvons déjà sentir une tension latente chez le personnage, très perceptible par exemple quand un type vient l'enquiquiner dans un bar et que le Driver le menace, en lui disant, par les mots, ce qu'il finira par faire réellement à ses semblables ensuite ; on sent clairement que le personnage est tiraillé entre ces deux voies, entre deux mondes, celui représenté par la fille et l’autre, par les gangsters. Après, effectivement j’avoue donc avoir été un peu dérangé lors de ces scènes chocs et je comprends évidemment qu’on puisse trouver ça lourdingue. Mais si mon collègue ne comprend pas la hype autour de Drive, je crois personnellement saisir un peu pourquoi ce film a fait un tel boucan. J'arrive par exemple à trouver du sens et un certain intérêt aux scènes décisives du film, des scènes qui, aussi, peuvent plaire de façon beaucoup plus terre-à-terre, notamment par la simple héroïsation qu'elles proposent. C'est cette ambivalence fragile qui a selon moi fait le succès du film, comme ça doit souvent arriver. Un succès décelable chez les cinéphiles, via la blogosphère, mais aussi bien au-delà (quid des ventes de gants de pilotes en cuir, qui ont tout simplement décuplé au troisième trimestre 2011 ?).


Pour voir une autre facette de l'acteur Ryan Gosling, je vous conseille Half Nelson.

Peut-être est-ce justement l'apparente simplicité, la linéarité et le côté très "rentre-dedans" du film qui ont plu, et ce même aux cinéphiles. Moi-même, en tant que cinéphile, j'ai parfois un faible pour les films comme ça, très directs et lisibles, presque minimalistes et conceptuels, qui ont comme l’air animé par une idée fixe. C'est sans doute cela qui m'a fait apprécier Drive. Je considère surtout le film de Refn comme un très bon film de genre, ce que j’ai déjà pu lire ailleurs. Soit dit en passant, je préfère clairement lire ça aux inévitables formules "meilleur film de l'année", "un classique instantanée" ou "un film déjà culte !". Car si ces formules attestent de la vague d'enthousiasme rare provoquée par ce film, elles en font aussi une cible d'autant plus facile pour ses détracteurs. A mon sens, Drive est donc un film de genre de qualité, qui veut simplement s'inscrire dans la lignée des polars américains des années 70 et 80. Il me semble d'ailleurs que c'est tout ce que revendique le réalisateur Nicolas Winding Refn, qui de film en film s'essaie à différents genres en trouvant toujours le prétexte pour aborder ses thèmes de prédilections et en visant systématiquement à y apposer son style, de plus en plus affirmé.

L'utilisation de la BO, qui pourra elle aussi agacer, va aussi dans ce sens-là. Je veux ici parler de ces chansons très lourdes de sens par rapport ce que que l'on voit déjà à l'écran, qui surlignent donc vachement tout ce que l'on comprend déjà, comme celle de la toute fin du film, intitulée "A Real Hero". Ça ne m'a personnellement pas gêné dans le sens où j'ai trouvé ça tout à fait cohérent avec le reste. Ça m'a également fait penser à un truc tout con, à une impression que j'ai déjà ressentie plus d'une fois en bagnole (et je ne suis à l'évidence pas le seul dans ce cas, c'est donc très probablement un but visé par Refn). Je veux parler de ces moments où la radio se met à diffuser une chanson qui exprime très lourdement l'émotion qu'on ressent déjà naturellement. Ce genre de situation arrive typiquement en voiture, où l'on est souvent très pensif et où de la musique vient parfois accompagner nos pensées, en les exacerbant, de façon parfois désagréable et inopinée. Il me semble que tout est fait nous donner l'impression que la musique provient de la radio du Driver et qu'il l'écoute en même temps que nous (sans que cela soit pourtant réellement le cas). En cela, je trouve ça plutôt original et pas inintéressant, car le film peut donc encore davantage s'appréhender comme une sorte de trajet en voiture, aux côté de ce Driver donc, comme une invitation à ce parcours, linéaire et périlleux, avec ce personnage de héros volontairement superficiel, qui a l'opportunité de changer de voie en s'acoquinant avec "the girl" mais qui s'engage finalement et définitivement dans celle de la violence afin de la protéger. Un trajet d'un point A à un point... A. Ceci dit, je comprends complètement qu'on puisse être rétif au style outrancier de Refn, surtout compte tenu de la faible teneur apparente de ce qu'il raconte. Mais c'est aussi tout ce qui fait la singularité du film, réalisé par un cinéaste déterminé et sûr de lui, qui sait obstinément où il va et comment il nous y amène.


Les deux hommes ne se quittent plus et ont affiché au grand jour leur rapport fusionnel lors du Festival de Cannes.

Je suis actuellement en train de découvrir les autres films de Nicolas Winding Refn (j'avais seulement vu le premier Pusher avant d'aller voir Drive) et je dois reconnaître qu'il est très intéressant de constater comment le style de ce cinéaste a évolué au fil de ses films et comment il choisit systématiquement de traiter la violence et sa représentation de manière différente. C'est peut-être la première fois avec Drive qu'il la traite aussi frontalement, alors que les sujets de ses précédents films, comme par exemple Bronson (biopic sur "le détenu le plus violent de Grande-Bretagne"), s'y prêtaient a priori beaucoup plus. Aussi, quand je constate par exemple que Refn a comme source d'influence évidente le cinéma de John Carpenter, que ce soit dans Drive via l'utilisation de la BO (tout particulièrement le morceau d'ouverture de Chromatics, qui rappelle les rythmes lancinants chers à Big John) ou même à travers une scène qui peut clairement passer comme un hommage assumé à Halloween (celle où, portant un masque inexpressif, le Driver observe le chef mafieux depuis la porte vitré d'un bar), cela ne me fait pas l'effet désagréable d'assister au triste spectacle d'un cinéaste sans idée qui multiplie les clins d’œil cinéphiliques dans le but de caresser le spectateur dans le sens du poil pour mieux se le mettre dans la poche. Non, je vois au contraire un cinéaste qui parvient à joliment assimiler ses références pour mieux les incorporer à sa patte personnelle et les mettre au service de ce qu'il nous raconte.

Il me tarde à présent de revoir Drive à la lumière d'une meilleure connaissance de la filmographie de ce cinéaste singulier, que l'on peut si aisément mépriser ou adorer.


Drive de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston, Ron Perlman et Oscar Isaac (2011)

25 mars 2011

Predators

Les personnes à l’origine de ce film, parmi lesquelles on retrouve le sous-doué Robert Rodriguez, souhaitaient tirer un trait sur les Aliens vs Predators, et autres daubes mêlant ces deux franchises, sorties récemment. Leur intention était de donner enfin une suite directe digne de ce nom aux deux premiers Predator. Mais en vérité, il s'agit surtout d'une suite au tout premier Predator réalisé par John McTiernan en 1987, où un Arnold Schwarzenegger au faîte de sa gloire poussait un extra-terrestre au suicide après s’être couvert de boue. Le second volet, où Danny Glover chassait de la jungle urbaine un Predator moins timide, n’est jamais évoqué par les personnages de ce nouveau film lorsqu’ils échangent à propos du passif et du casier judiciaire de ces bestioles suréquipées. Pourtant, si la réputation de Predator 2 est nettement moins bonne que celle du premier opus, j’en garde personnellement le souvenir d’un film plutôt sympathique et ce d’autant plus dans sa version française, une suite sans doute plus réussie que ce Predators au pluriel auquel on va à présent s'intéresser...


Depuis 1994, Robert Rodriguez murissait en lui le projet de renouveler la saga Predator. Quinze ans plus tard, il apparaît ici sur le tournage aux côtés du réalisateur, en tant qu'assistant

On suit ici les mésaventures d'une petite dizaine de soldats et autres excités de la gâchette qui atterrissent en pleine jungle, sur une planète inconnue, dont ils se rendront rapidement compte qu'il s'agit du terrain de chasse des Predators. Car ces derniers, pourtant capables de construire des armes ultra sophistiquées et des vaisseaux spatiaux allant plus vite que la lumière, semblent clairement avoir pour seul but dans la vie d'être d'impeccables machines à tuer et de parfaits chasseurs. On apprend aussi que deux clans de Predators se font la guerre, pour une raison qui ne nous est que partiellement dévoilée. En gros, il s'agirait d'une vague histoire de petite boule lumineuse qu'un prédator malicieux aurait cassée au cours d'une soirée, à la fois par ennui et par maladresse. Le prédator gaffeur et fautif aurait ensuite trouvé bon de planquer sous les coussins d'un canapé inconfortable cette boule devenue inutile et obsolète, afin de ne pas attirer sur sa discrète personne courroux et réprimandes. Une attitude lâche et bien vaine qui n'aurait pas du tout plu à l'hôte de la soirée, un prédator aussi orgueilleux que puéril, dont c'était l'anniversaire, et qui tenait tout particulièrement à ce jouet acheté au prix fort sur Amazon. Tout ceci est raconté par le prédator malhabile à un Adrien Brody qui n'en demandait pas tant et qui fait mine, en l'écoutant, d'enfoncer le canon de son fusil dans sa bouche. En bref, plus le voile se lève sur ces bestioles hideuses, plus on a l'impression de se retrouver face à un attristant abîme d'inepties. Ce nouveau film participe ainsi à nous rendre ces créatures encore moins intéressantes, alors qu'avec un brin d'imagination et d'idées, on peut se dire qu'il aurait facilement pu en être autrement.

Mais laissons à présent un invité de marque en la personne de Joe G., rédac’ chef du super webzine musical C’est Endendu, nous donner ses impressions. C'est là sa deuxième collaboration avec nous après son intervention remarquée au sujet du film Carlos.


Après avoir reçu son prix d'interprétation à Cannes pour Le Pianiste de Roman Polanski, Adrien Brody déclara qu'une telle distinction allait enfin lui permettre de "tourner pour de grands réalisateurs et participer à des projets ambitieux"

Dans le genre série B du futur de l'aventure avec un mec inattendu en guise de premier rôle, c'est pas si nul. Le héros a en effet les surprenants traits d’Adrien Brody, le type de The Pianist. Ses répliques du genre "We gonna need a new plan" sont environ le seul intérêt du film, si vous n'aimez pas les gadgets futuristes, les aliens ou les gens qui meurent de façon atroce. Puis ce film reste une suite à des suites de spin offs, ce qui est chaud en soi, mais au point où en sont les studios d'Hollywood et vue la situation de leurs idées (en rade - à quand un "Star Wars Episode 1 Vs. Superman : Naboo Rising" ?), je préfère prendre chaque film comme il vient : en .avi, voire en .mpeg !


Au second plan, Topher Grace qui, dans le civil, n'est autre que l'amant de Lady Chatterley

Le passage le plus sordide d'un film somme toute très chaud c'est celui où (désolé de vous spoiler la fin) le "docteur" se révèle n'être qu'un infâme connard meurtrier, pire que les Predatorzzz vu qu'il n'annonce pas la couleur. Le fait que le doc soit joué par Topher Grace, le même type qui interprétait Venom dans Spiderman 3 et que l'on a tous découvert avec That 70's Show, ce même mec que tout le monde sait condamné à jouer soit un avorton minable soit un avorton minable secrètement méchant (et que tout le monde sait voué à choisir les rôles de la seconde catégorie pour ne pas trop bousiller sa self esteem), hé bien le fait que le Doc soit joué par ce type, ça me fout le moral en berne ! Entre autres trucs chauds, on doit aussi se cogner Laurence Fishburne "qui entend des voix mais qui est trop un guerrier" pendant un bon quart d'heure. Sans parler de tous les clichés que le film contient. Dans les soldats concernés par l'exercice de survie, nous avons ainsi droit à l’inévitable "noireau", au "mexicain" excité, au "russkov" sournois, à la "fille" manquée, au gros "con", etc. Mais malgré tout ça le film se mate.


Trivia : après avoir trouvé par hasard sur les lieux du tournage ce bâton dont la forme acérée le fascinait, l'acteur ne s'en sépara jamais et l'objet l'accompagna dans chacune de ses scènes

Après ça reste une grosse merde, mais quand t'as trois plombes de tram à te payer pour faire Marseille-Paname, et qu'on a la bonté de te fournir une prise de 220V, et que par miracle t'as pensé à prendre ton PC, là ça se mate bien, ça te fait la moitié du trajet, voire un peu plus, ça se regarde mieux que ne se regarde le décor. Parce qu'en iDTGV tu vois pas par la fenêtre, c'est rétro-éclairé, et du coup tu peux voir que ta propre tronche, et quand tu passes ton temps comme moi à t'enlever les mokos pendant que le chef de gare dit "Attintieun, le train va démarrer, atteintiun !", n'importe qui, pas que moi, préfère mille fois s'envoyer Prédator(s) que de se mirer, tout moko-free que l'on puisse être.


Predators de Nimrod Antal avec Adrien Brody, Alice Braga, Topher Grace, Danny Trejo et Laurence Fishburne (2010)

20 décembre 2010

The House of the Devil

The House of the Devil est tout à fait à l'image de ses affiches, qui reproduisent le style visuel des posters des films de genre des années 70-80, mais joliment, sans lourdeur ni trop d'exagération, à la différence, par exemple, de celles des Grindhouse du duo maléfique Tarantino & Rodriguez. La comparaison, en faveur de The House of the Devil, pourrait évidemment ne pas s'arrêter aux affiches. Vous n'y trouverez pas d'effets idiots ajoutés à l'image ou d'autres éléments de ce style issus du pire du cinéma bis (par exemple : du gore à deux balles, des pouffiasses vulgaires, de l'humour lourdingue, des acteurs qui en font des caisses, etc). A la différence des titres Grindhouse, le film de Ti West veut ressembler aux grands classiques horrifiques de la période, et non aux petites série b souvent pourries mais qu'il est désormais "trop cool" d'adorer.  




The House of the Devil ne cherche pas à "faire vieux" en dehors peut-être de son générique d'ouverture et de fin (mais ça n'est pas un mal vu qu'ils étaient plus classes que ceux d'aujourd'hui). L'action étant située dans les années 80, la BO (quand il s'agit de chansons, toujours écoutées par les personnages eux-mêmes, et non disséminées par le réalisateur qui veut prouver qu'il a une belle collection de vinyles) coule également de source et n'a pas l'air d'être là pour flatter le mélomane nostalgique. Ce film réalisé par un jeune cinéaste indé prometteur veut donc assez modestement s'inscrire dans la lignée des plus mémorables œuvres horrifiques de ces années, tout en étant un bel hommage, discret bien que parfois un peu maladroit, qui nous amène inévitablement à penser à Carpenter et Polanski (et surement à d'autres, mais ce sont les références les plus évidentes, surtout le second, pour Rosemary's Baby). L'action du film se déroule elle-même dans les seventies.




L'histoire est aussi simple qu'efficace, et moi qui n'en savais rien, je préfère ne rien vous dire ; l'actrice principale, une jolie brune qui a l'air échappée d'un film d'Argento (aka le "crystal skull", qui avait surtout bon goût en matière d'actrice avant d'être un cinéaste doué) fait un peu penser à Margot Kidder, est parfaitement choisie ; le film est réellement stressant et parvient facilement à faire peur, la tension montant crescendo, malgré un léger flottement avant le quart d'heure final, où l'horreur explose enfin véritablement à l'écran. Car jusqu'à ce dernier quart d'heure, on peut presque dire qu'il ne se passe rien, mais là n'est pas l'essentiel, tant Ti West parvient avec succès à instaurer une ambiance aussi pesante que captivante.




Le film n'est bien sûr pas exempt de défauts, j'en ai d'ailleurs évoqué quelques-uns, et je citerai également sa toute fin, avec ce cliffhanger un peu inutile qui est surtout un dernier clin d'œil un peu trop appuyé aux films des seventies. Mais The House of the Devil est tout de même une vraie réussite, et peut-être bien le meilleur film d'horreur sorti depuis un sacré bout de temps. On a réellement l'impression de découvrir un "petit classique" oublié des années 70, un très bon film d'horreur en tant que tel, avant d'être un simple hommage, visant à cajoler la mémoire cinéphile de ses spectateurs.


The House of the Devil de Ti West avec Jocelin Donahue, Tom Noonan, Greta Gerwig et Mary Woronov (2009)

16 décembre 2010

Machete

Un pote m'a dit "Mec, crois-moi, si t'arrives à poser ton cerveau sur le siège d'à côté, va voir ça en salle, tu passeras un sacré moment". J'ai essayé. Je me le suis payé en divx. Mais c'est quand même bien naze... Je l'ai pas maté par masochisme hein, je savais à quoi m'attendre, et je voulais mater un truc distrayant quitte à ce que ça soit méga con. Et à vrai dire, mon pote ne disait pas tout, car il ne faut pas seulement se délester de son cerveau pour s'envoyer ce film, ou bien si, mais littéralement, car il faut se vider de tout, s'éteindre, faire le mort, s'assurer de ne jamais penser à autre chose qu'à strictement rien, et certainement pas au film ni au fait qu'on est en train de le regarder. Il faut surtout mettre de côté son impatience et son espoir de se marrer car d'une, je n'ai jamais trop eu l'impression de rentrer dedans, donc je me suis fait chier, et de deux, c'est jamais drôle ! Y'a pas vraiment de réplique amusante... J'ai beau chercher, j'en vois pas. Les films auxquels Machete veut ressembler sont souvent rigolos, même involontairement, avec leurs dialogues improbables, et là ça ne parvient même pas à reproduire ça. Et Danny Trejo est peut-être cool en vrai, je sais pas, il a l'air. C'est le genre de gars avec lequel je materais bien un match de foot, voilà. Pour ça j'aimerais bien. Mais en voyant ce film on comprend pourquoi il était jusque-là cantonné aux seconds seconds rôles, il a finalement très peu de charisme et ne parvient pas à porter un film sur ses épaules, c'est pas du tout la figure mémorable que ce film veut imposer avec ses énormes sabots.




Blague à part, en aparté avec Pascale Clark le plus gros travelo de France-Info : sur l'image ci-dessus, la blonde à gauche, ça devrait être Lindsay Lohan, c'est elle dans cette scène normalement, c'est son personnage. Mais vu qu'elle apparaît topless, elle a dû demander à être doublée, et remplacée par une meuf aux seins bien différents des siens. C'est con car quelques scènes plus tard, on retrouve la sympatoche Lohan effectivement nue ce coup-ci, avec seulement ses faux longs cheveux blonds par dessus ses boobs. On s'en fout complètement hein, mais c'est débile. Elle joue dans ce film, où elle incarne quasiment son propre rôle, pour montrer qu'elle a des couilles et sait faire de l'auto-dérision, mais ne va pas jusqu'au bout.




A côté de ça Jessica Alba est nue dans un plan ultra laid filmé à la verticale, et là c'est un trucage fait par ordi. J'ai pas "triqué". Je voulais le mentionner. Souvent, on dit de ce film "Y'en a pour tous les goûts, y'a de la bonnasse à poil partout, t'en prends plein les yeux". Désolé, je dois être pédé. Quoique non, si j'étais attiré par les hommes, Daniel Trejo serait au moins là pour me contenter, or lui aussi ne vient pas titiller mon hypophyse (c'est un terme scientifique que j'utilise là, d'après mes cours de seconde, l'hypophyse c'est une grosse glande dans le cerveau qui décide si on a la gaule ou pas. C'est ce que j'ai retenu de mes trois secondes, alors je le place où je peux fin de la parenthèse, je vous marave en SVT).




J'ai oublié de parler d'une scène au tout début du film, où l'on devine une jeune femme sortir son téléphone portable de son vagin. Elle est filmée nue, de dos, et on entend un bruit particulièrement hideux qui nous fait bien comprendre ce qui se passe. Ce personnage a donc l'habitude de ranger son portable dans sa teuch... Étonnant. Voilà... Peut-être un kiff perso de Bobito Rodriguez.




C'est quand même mieux que Planet Terror. Mais c'était impossible de faire pire. Et Bob De Niro fait un peu de peine là-dedans. Finalement, ce film m'a fait penser à une phrase, et plus précisément, au dicton de mon beau-père. Mon beau-papa c'est un type qui ne m'aime pas beaucoup. Normal. Quand j'aurai une meuf et qu'elle s'enverra un gars, qui sera donc mon gendre (ou mon neveu, je confonds toujours), jamais de la vie je lui adresserais la parole. Là c'est un peu ça. Nos rapports sont nuls. C'est mort entre nous. C'est le calme plat. Je crois qu'il me cause en morse des fois. S'il me cause, c'est du morse. On est tous attablés, devant un gros barbecue, le silence règne et ça devrait être à moi de causer, de faire l'animation. Et là, je le vois juste taper sur la table avec le manche de son énorme coutelas. Toc-toc toc toc-toc. Trois courts, trois longs, trois courts. Je suis à peu près sûr qu'il me cause en morse. Mais je pige pas le morse. Bref, je m'écarte un peu de ce que je voulais vous dire. Mon beau-padre donc, il a un dicton, et c'est la seule phrase qu'il me dit, en dehors de "adieu" et "bye !". Il me dit : "Des fois, demande-toi ce que tu ferais si t'étais moins con." C'est naze comme phrase. Ça vaut que dalle. Mais à la fois, si vous y réfléchissez à deux fois, c'est très malin, car si, dans la vie de tous les jours, pour chacune des choses que l'on fait ou que l'on s'apprête à faire, on se posait cette question "Et si j'étais un peu moins un gros con ??", peut-être qu'on agirait mieux. La Tour de Pise n'existerait pas, par exemple.

Machete m'a donc fait penser à ce fameux dicton. Je me dis que si Bob Rodriguez se posait la question de ce qu'il pourrait plutôt faire s'il était un peu moins con, ça serait un petit coup de pouce adressé au cinéma, vu qu'il arrêterait d'en faire. Il se lancerait dans le hot-dog. Et j'irais manger chez lui matin, midi et soir. Ses films par contre, je les finis pas, grâce à mon beau-papa.


Machete de Robert Rodriguez et Ethan Maniquis avec Danny Trejo, Lindsay Lohan, Robert De Niro, Michelle Rodriguez et Jessica Alba (2010)

28 mai 2008

Coffee and Cigarettes

Il était temps, voici venir l'article tant attendu, celui pour lequel vous avez voté en masse dans le premier sondage : "Lequel de ces films aimeriez-vous voir chroniqué dans ces pages ?" de notre blog.
 
Il faut savoir que pour Jim, Coffee and Cigarettes c'est le projet de toute une vie. Dès 1986 il tournait le sketch avec Roberto Benigni pour la télévision, puis il relançait la machine sans trop savoir où il foutait les pieds avec Steve Buscemi en 1989, et en 93 il repartait de plus belle sur l'épisode réunissant Iggy Pop et Tom Waits. Il ne savait pas encore que ces sketchs, augmentés d'une poignée d'autres, allaient un jour être réunis dans un seul et même film. On pouvait bien se douter que quelque chose se tramait doucement, qu'il se passait probablement un truc louche avec ces histoires toutes tournées en noir et blanc, Jim lui-même devait bien imaginer qu'il allait arriver quelque chose à tous ces petits sketchs totalement indépendamment les uns des autres et pourtant tous très naïvement axés littéralement sur le café et les clopes.



Que Jarmusch daigne l'avouer ou non, ce film est l'œuvre de toute une vie. C'est aussi bien une œuvre de jeunesse, un premier film en somme, qu'un film-testament, un opus posthume. Mais le résultat, sans mériter la cour d'assise, une geôle et des chaînes, n'est pas l’œuvre phare de son auteur. Jarmusch réunit des gens tous plus cool les uns que les autres dans des hangars délabrés, les filme en noir et blanc, met une table au milieu avec clopes et cafetières en vrac, trois dialogues et emballé c'est pesé. Le vétéran Bill Murray, qui joue son propre rôle grimé en serveur au milieu de trois gars du bronx qui l'ont adoré dans Groundhog Day, même sans la moindre vanne, c'est cool, vu que Bill Murray est l'incarnation vivante du cool, d'autant qu'ils évoquent un film effectivement génial qu'on a tous vu et beaucoup aimé. C'est le sempiternel écueil consistant à se satisfaire à bon compte sur le dos de références communes et autres affinités de goûts que l'on croit follement originales et qui nous donnent le sentiment de faire partie d'une communauté avisée. Tendance largement répandue au début des années 2000 dans mille et une comédies dites indépendantes et produites par la Warner, la Fox, Tristar et la Columbia réunies, pour caricaturer. Le pire demeure qu'on se surprend à préférer ces sketchs plutôt faibles réunissant des têtes d'affiches à d'autres, a priori plus audacieux, comme celui où Cate Blanchett joue deux rôles à la fois (deux sœurs, une brune et une blonde, aux caractères diamétralement opposés : performance) grâce à de subtils effets de montage.



A noter cependant que si le scénario n'est pas fantastique, les dialogues quant à eux sont une mine d'or. chaque sketch fourmille de répliques qui sont autant de références bien senties au titre du film, et on ne sait que faire face à ces dizaines de réparties étonnantes dont je vous laisse, pour finir, un petit aperçu :

- T'aurais pas une clope ?
- Non mais j'ai du café.

- Quoi de meilleur qu'un bon café ?
- Rien. Ou alors une clope.

- Ah j'ai envie de quelque chose avec mon café mais je sais pas quoi...
- Une cigarette ?

- J'adore fumer une clopinette avec mon café.
- Moi pareil mais l'inverse.

- Toi tu dis "un" clope ou "une" clope ?
- J'sais pas mais je dis "du" café, alors laisse moi boire mon café.

- T'as pas ton froc qu'a brûlé ?
- Si mon pantalon-cigarette a pris feu la dernière fois que j'ai renversé du café brûlant dessus.

- Toi tu mets du sugar dans ton café ?
- Non je trempe directement mon cigare dans mon café.

- T'as pas un âne qui s'appelle Coffee ?
- Si, Garreth.

- Y'aura qui à la réunion de l'ONU ce soir ?
- Si Garreth est là y'aura forcément Coffee Annan.

- T'es plutôt clope ou cafetard toi ?
- Je suis plutôt cametard.

- Tu vois le type là-bas avec sa clope au bec ?
- Celui qui boit son café ?

- Putain tu te rends compte que si on pouvait acheter du café au tabac-presse du coin, on appellerait ça Coffee & Cigarettes ?
- On appelle ça un bar-tabac.

- Toi je vais te passer à tabac.
- Mec laisse moi d'abord finir mon café.

- Tu connais cette chanson de Stéphane Eicher, "Petit déjeuner en paix" ?
- Celle où le parolier soutient mordicus qu'il veut petit-déjeuner tranquille à base de marlboro light et de ristretto ?

- Fume, fume, fume cette cigarette !
- Tu peux préparer l'café noir, tes nuits blanches et même ton mouchoi-a-ar.

- Hé vieux tu viens de rater la toute dernière pub Nescafé !
- Ah désolé j'étais sur le balcon, je fumais ma clope.

- T'es allé m'acheter mes cigarettes chéri ?
- Ah non je suis resté scotché devant Bagdad Café.

- Oh ! Mot compte triple : "Café" !
- Merci, tu m'enlèves une épine du pied, il ne me manquait plus que le C pour écrire "Cigarette", mot compte simple mais je te passe devant à deux longueurs.

- Hé t'as entendu causer de la nouvelle interdiction sur les cigarettes ?
- Ouais manquerait plus qu'ils interdisent le café et je serai bien dans la merde.

- Fumer tue, la caféine tient éveillé. Vu que je vais clamser tôt à force de cloper je bois à balle de café histoire de ne pas pioncer. L'un dans l'autre je perds autant de temps que j'en gagne.
- Pas con.
 
- C'est quoi ton Jarmusch préféré ?
- J'aurais tendance à dire Coffee and Cigarettes.


Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch avec Bill Murray, Tom Waits, Iggy Pop et Cate Blanchett (2004)