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10 septembre 2020

Ava

Les temps sont durs pour les fans de Jessica Chastain. Pour suivre la carrière de leur idole, ils enchaînent depuis maintenant bien trop longtemps les daubes pur jus. Avec Ava, on espère que l'actrice a touché le fond et qu'elle saura ensuite rebondir. A quel moment peut-on penser qu'un tel scénar vaut le coup d'être tourné ? On dirait une sous-production EuropaCorp. Le script est si débile qu'il aurait très bien pu être griffonné par Luc Besson entre deux entrevues à l'hôtel... C'est d'ailleurs à Besson que l'on doit le tout récent et pourtant déjà oublié Anna, autre thriller minable du même genre où l'on suivait, là aussi, une tueuse à gages surentraînée au nom en palindrome. Faut-il être encore très jeune dans sa tête pour trouver brillante l'idée d'un nom palindrome... Le titre Ava était qui plus est déjà pris, par une œuvre autrement plus respectable. Bref. C'est donc ici Chastain qui endosse le rôle d'une agente ultra efficace bossant pour une organisation secrète dirigée par cette enclume de Colin Farrell. Du fait de son métier pas comme les autres et d'une histoire de famille compliquée, Ava a des problèmes avec l'alcool, elle doit résister aux tentations tout en essayant de se rabibocher avec sa smala et en devant échapper aux tueurs de sa propre organisation suite à une mission ayant mal tourné. Vaste programme...



Devant une telle ineptie cinématographique, on s'étonne de croiser de tels acteurs. Colin Farrell se fait principalement remarquer pour son air mauvais pathétique et sa coupe de cheveux étonnante, qui parvient à nous faire oublier ses fameux sourcils. L'acteur arbore une brosse particulièrement touffue et droite qui vient curieusement compléter la très nette calvitie de John Malkovich lors des champ-contrechamps qui nous les montrent deviser entre eux : le brun fuligineux tenace de la chevelure de Farrell s'imprégne sur nos écrans quelques secondes après sa disparition du cadre proprement dite pour un effet fascinant à l'écran. Visiblement peu intéressé, et on le comprend fort bien, par son rôle, John Malkovich assure le minimum syndical, il incarne l'unique contact de Jessica Chastain, son ancien formateur, une sorte de père de substitution. On devine l'amour platonique que Malkovich éprouve pour la tueuse, mais on ne sait pas s'il est dû au fameux strabisme du comédien, à son cheveux sur la langue, ou à ce qu'il était réellement venu chercher sur le plateau auprès de sa belle partenaire...




On retrouve aussi Geena Davis dans la peau, qu'elle a très tendue, de la mère d'Ava. Sa présence au générique renforce la filiation du film avec le grand classique (?) de Renny Harlin, Au Revoir à Jamais, où celle qui était alors la femme du cinéaste à moitié timbré d'origine finlandaise campait une tueuse professionnelle à la mémoire vacillante et portait la même coupe au carré plongeant que Chastain. Le visage de Geena Davis, littéralement tiré à quatre épingles, fait d'ailleurs l'objet d'une sorte de boutade à l'autodérision pitoyable qui tombe à plat. Non, pour trouver de vrais moments de rigolade, il faut chercher ailleurs et notamment chez l'acteur Common, dont le jeu rappelle un peu celui de Vin Diesel, la magie en moins ; il est guère aidé, avouons-le, par des dialogues catastrophiques. Rayon comique involontaire : relevons aussi une bagarre entre Colin Farrell et John Malkovich qui se veut particulièrement musclée et brutale mais, filmée avec les pieds, comme tout le reste, elle est en réalité plus gênante qu'autre chose. Elle sera très vraisemblablement zappée des montages vidéos qui seront consacrés aux deux acteurs à la dérive lorsqu'ils recevront enfin leurs César d'honneur.




Les temps sont si durs pour les fans de Jessica Chastain que je me dois de remercier l'un deux : celui qui, le cœur sur la main, a réalisé les sous-titres français qui m'ont permis de suivre ce film et d'en saisir toutes les subtilités. Ce fan plein de bonnes intentions, mais à l'anglais encore perfectible, qui a daigné consacrer quelques heures de son temps à la traduction de cette daube, dernier coup de poignard en date de Jessica, afin de permettre à son prochain de la subir à son tour en toute illégalité. Peut-être aveuglé par son admiration pour l'actrice, notre cher traducteur amateur a opté pour le vouvoiement systématique à l'égard de Jessica Chastain, quand bien même celle-ci les tutoie tous en retour, qu'il s'agisse de la mère, de la sœur ou de l'ex-boyfriend de son si triste personnage. Ce choix linguistique inhabituel octroie un ton singulier à quelques scènes au demeurant tout à fait misérables. Ce moment où Jessica Chastain commande un savoureux "scotch sur les rochers" au barman, succombant à un petit délice ambré, sort également du lot. Pour le reste, circulez, y'a putain de que dalle à voir, c'est horrible ce truc.  
 
 
Ava de Tate Taylor avec Jessica Chastain, John Malkovich, Colin Farrell, Common et Geena Davis (2020)

10 mars 2019

La Surface de réparation

Tous les cinéphages ont leurs péchés mignons. L'un des miens consiste à m'envoyer des petits films français sans prétention, quitte à prendre de grands risques et me flinguer des soirées en beauté. Cependant, je tombe parfois sur de bonnes surprises... La Surface de réparation, le premier long métrage de Christophe Régin, en est une. Et pourtant, sur le papier, il y avait de quoi craindre le pire, notamment en raison de la présence en tête d'affiche de Franck Gastambide, au nom toujours aussi problématique et que l'on avait jusque-là seulement croisé dans des pures saloperies. Dans un registre dramatique, l'acteur d'ordinaire abonné aux comédies de bas étage étonne et trouve sûrement son meilleur rôle.




Francky Gastambide incarne ici l'homme à tout faire d'un club de foot de province (même si celui-ci n'est jamais clairement nommé, il doit très vraisemblablement s'agir du FC Nantes, à en croire la couleur des maillots, la localisation du stade et surtout ces écussons facilement visibles mentionnant "FC NANTES" en lettres majuscules). Condamné à rester dans l'ombre, Franck (c'est aussi son prénom dans le film, ce qui en dit long sur la promiscuité entre le personnage et l'acteur, passionné de football...) est chargé de garder un œil sur les footballeurs du club pour limiter aux maximum leurs écarts de conduite. Indispensable, il est le petit rouage qui permet à la machine de fonctionner à peu près, travaillant en étroite relation avec le proprio du club, incarné par un Hippolyte Girardot comme toujours irréprochable et très crédible.




Surveiller les entrées et sorties en boîte de nuit, s'assurer du bon régime alimentaire des joueurs, leur fournir un chinchilla de compagnie pour occuper leurs gamins, couvrir les infidélités de la star du club, refourguer les places restantes à l'entrée du stade avant les matchs... telles sont ses différentes missions, que nous suivons sans déplaisir car Christophe Régin filme tout ça sans perdre de temps, en collant aux baskets d'un acteur qui nous livre une prestation à faire rougir Vin Diesel (dont il partage le charme viril et la capillarité). On pense réellement à la vedette de Fast & Furious quand Franck Gastambide est amené à jouer la contrariété : sa moue ressemble alors à s'y méprendre à celle que peut réussir à produire Vin Diesel dans la même situation (et qui correspond à l'une de ses trois expressions faciales).




A travers ce personnage périphérique, Chris Régin nous propose une plongée originale dans le milieu du foot, quitte à en écorner l'image. Le réalisateur adopte une démarche anti-spectaculaire (aucun extrait de match, rien) pour mieux nous dévoiler l'envers du décor, en restant toujours dans les coulisses, loin des passements de jambes et des paillettes. Il se cantonne à ces chambres d'hôtels anonymes, à ces apparts luxueux sans âme et à ces bars miteux à proximité du stade, là où se joue l'essentiel. Cette vision du foot est une proposition plutôt accrocheuse qui nous maintient curieux et le sujet du film pourrait se limiter à cela mais, très vite, l'arrivée d'une jeune femme vient dérégler la vie de Franck. Il s'agit de Salomé, une blonde habituée à plaire aux footeux, campée par Alice Isaaz, qui poussera Franck à remettre en question son boulot.




Hélas, La Surface de réparation se désagrège dans sa dernière demi-heure (ce qui est toujours très gênant pour un film d'1h30). Les dialogues grotesques paraissent beaucoup moins bien torchés et on a alors vraiment l'impression de tomber pour de bon dans le téléfilm. On a ainsi droit à quelques scènes qui tutoient le ridicule dont une qui se termine par une bagarre en bord de mer entre Franck et l'ingérable Djibril Azambert (star sur le déclin, fraîchement recrutée par le club). C'est dommage, car jusque-là c'était plutôt agréable à suivre et ça gardait une assez bonne tenue. On préfère tout de même en retenir le positif, à savoir cette prestation étonnante de Gastambide, cette vision, de l'intérieur, du petit monde du foot et ce portrait, plutôt attachant, d'un personnage fidèle à ses principes et à son club. Reste à savoir si j'étais particulièrement dans un bon soir ou quoi quand j'ai lancé ça...


La Surface de réparation de Christophe Gérin avec Franck Gastambide, Alice Isaaz et Hippolyte Girardot (2018)

25 novembre 2017

Un Jour dans la vie de Billy Lynn

Ang Lee, dont la filmographie ne m'avait jusqu'alors jamais vraiment attiré, vient de me surprendre très agréablement : il a sans doute signé, dans l'indifférence générale, le plus grand film américain sur la guerre en Irak. Une guerre qui, il est vrai, n'avait pas été spécialement gâtée par le septième art, malgré la légendaire réactivité d'Hollywood qui, via des réalisateurs divers et variés, a très vite accouché d'une tripotée de drames intimistes tiédasses (tels The Messenger ou Grace is Gone), de pamphlets engagés lourdingues (comme par exemple Dans la vallée d'Elah de Paul Haggis) ou tout simplement de publicités à peine déguisées au patriotisme insupportable (l'abject Du Sang et des larmes de Peter Berg avec Mark Wahlberg, voire l'hagiographie douteuse signée Clint Eastwood de l'American Sniper, Chris Kyle).




Le cinéaste taïwanais expatrié aux Etats-Unis s'est quant à lui emparé du sujet avec une intelligence et une habileté remarquables en choisissant de nous raconter le bref retour aux pays d'un soldat honoré pour avoir porté secours à son sergent lors d'une bataille en Irak. Billy Lynn (Joe Alwyn) et sa bande sont réquisitionnés pour apparaître lors du grand spectacle de la mi-temps du Superbowl où l'héroïsme américain sera glorifié sous les hourras du public, au beau milieu des feux d'artifices et des déhanchements des Destiny's Child. Une journée au programme bien chargé durant laquelle le jeune homme revivra des moments traumatisants vécus en Irak et des scènes familiales, notamment auprès de sa sœur (Kristen Stewart) qui insiste pour qu'il ne reparte pas au front.




Ces différents flashbacks se fondent toujours merveilleusement bien dans le récit, Ang Lee usant d'effets visuels très simples et toujours à-propos. Son film, qui paraît nous raconter une petite parenthèse dans la vie du soldat, ce bref retour glorieux en Amérique, nous raconte donc infiniment plus. Le cinéaste parvient de façon étonnante à traiter de sujets très délicats et lourds (le traumatisme des soldats, la médiatisation et l'instrumentalisation de la guerre par le gouvernement américain, les différentes motivations de cette guerre, les décalages entre la perception des soldats et la vision qu'on vise à donner au peuple, etc), sans jamais épargner ses jeunes personnages, qui prennent réellement vie à l'écran et dans lesquels nous croyons immédiatement. Ça relève presque du miracle !




Billy Lynn a été tourné en 4K, en 3D et en 120 images par secondes par un réalisateur toujours au faite des dernières innovations. Quand on le découvre sur sa télé dans des conditions optimales, ça donne simplement une image très claire, lumineuse, riche en détails, vivante, quasi palpable. Mais c'est évidemment la mise en scène d'Ang Lee qui fait toute la différence et nous plonge avec talent dans cette journée si particulière et ces souvenirs douloureux. Le cinéaste apparaît ici complètement inspiré par son scénario, en pleine possession de ses moyens ; sa mise en scène est maîtrisée de bout en bout, virtuose. Elle accompagne parfaitement son discours et atteste de ce regard d'une rare intelligence et d'une grande acuité qu'il porte sur l'Amérique. Le film est limpide, d'une fluidité exceptionnelle, tout coule naturellement, tout s'enchaîne superbement. Le climax attendu, correspondant à ladite mi-temps très spectaculaire au milieu du stade durant laquelle le soldat revit par bribes l'affrontement en Irak, produit un effet terrible et s'impose facilement comme l'un des plus grands moments de cinéma de l'année.




Les acteurs sont tous irréprochables. Le casting, révélateur d'un savoir-faire digne d'un Spielberg des grands jours, nous propose une réunion savamment dosée d'inconnus projetés au premier plan, de stars en embuscade et de revenants oubliés. Joe Alwyn, pour la première fois au cinéma, est très bien choisi en Billy Lynn. Son visage juvénile et son regard énigmatique parviennent à exprimer toute la complexité et l’ambiguïté des situations qu'il traverse malgré lui. Les fans de Vin Diesel seront ravis de retrouver la vedette musclée dans un rôle de sergent qui lui va comme un gant et dans un film un brin plus malin qu'à l'accoutumée. Kristen Stewart apparaît quant à elle assez peu à l'écran mais ça fait toujours plaisir de la croiser et ce nouveau rôle est encore une preuve de toute son intelligence pour gérer sa carrière avec cohérence et choisir judicieusement dans quoi elle tourne. Du côté des revenants, on retrouve Chris Tucker qui fait sa part du job dans le rôle d'un agent constamment au téléphone, et surtout Steve Martin, à contre-emploi, parfait et glaçant en hommes d'affaire méprisable.




Qu'un tel film ait pu être traité ainsi au moment de sa sortie est d'une tristesse infinie. Qu'il n'ait pas plu outre-Atlantique, là où American Sniper a battu tous les records, est d'une désolante logique, quand bien même les "critiques" (si on peut parler de critiques là-bas, étant donné le niveau...) auraient dû essayer de faire leur possible pour mettre en lumière ce film. Mais il est encore plus dommage qu'en France, le long métrage d'Ang Lee ait seulement pu bénéficier d'une cruelle sortie technique. Il faut dire que le même jour, déboulait en salles le nouveau Dany Boon... Bien heureusement, gageons que le temps saura rendre justice à Ang Lee et remettre son oeuvre à sa vraie place. Car Un Jour dans la vie de Billy Lynn est un grand film, digne de tous les honneurs.


Un Jour dans la vie de Billy Lynn d'Ang Lee avec Joe Alwyn, Garrett Hedlund, Vin Diesel, Steve Martin et Kristen Stewart (2017)

11 novembre 2017

Fast & Furious 8

La scène d'introduction est pourtant assez prometteuse. On y découvre un Vin Diesel très en forme se lancer dans une course d'une idiotie absolue à travers les rues de la Havane, risquant sa vie et celle de tous les habitants de la ville, au volant d'un vieux tacot qu'il a pimpé à l'aide d'une canette de coca, tout ça pour sauver une voiture qui finira, comme beaucoup d'autres, par être rendue à la mer. Finalement, le petit malfrat du coin humilié par Vin Diesel (qui remporte une énième course en marche arrière) se résignera à reconnaître son infériorité, et ils se quitteront après une énième accolade virile, le sourire aux lèvres, l'air terriblement bête, une foule de spectateurs en liesse autour d'eux. D'entrée, on a donc du Fast & Furious comme on l'aime : trop con trop bon. Hélas, ça ne dure pas bien longtemps et le film de Félix Gary Gray ne propose que très peu de moments foncièrement débiles de cette trempe. Les fans ironiques de la série seront sûrement déçus.




Car même prise au second, troisième, sixième, millième degré, il devient difficile de prendre vraiment son pied devant un Fast & Furious tant la saga développe tous les travers d'un très mauvais feuilleton, d'un série télé qui n'a que trop duré. On a bien du mal à suivre ces histoires de trahisons, ces retournements de vestes, ces personnages qui disparaissent et reviennent pour camoufler la faiblesse des scénarios et le manque d'intérêt des intrigues. Nous ne comprenons rien aux motivations des uns et des autres tant toutes les scènes explicatives sont vite expédiées pour mieux enchaîner les moments de bravoure too much et les courses-poursuites sans fin sur fond vert. Même les (à peu près) bonnes idées sont réduites à néant par un manque absolue de talent et d'imagination pour les mettre en scène. Je pense ici à cette scène où la grande vilaine incarnée par une fade Charlize Theron, pirate informatique surpuissante, prend le contrôle de toutes les automobiles de Manhattan pour faire régner le chaos dans la ville. Ça aurait pu être sympa mais c'est nul : à l'image, nous voyons simplement des bagnoles numériques faire de sacrés dégâts, entrer en collision, chuter massivement de leurs parkings aériens et s'accumuler les unes sur les autres... Pas jojo...





Charlize Theron campe donc une méchante dont on se fout totalement, au charisme vacillant et qui n'inspire aucune crainte. On ne sait rien et on ne comprend rien de sa vie, de ses objectifs. Seule une scène d'un ridicule à tout rompre nous la montre en train d'affronter, apparemment avec génie, une autre pirate informatique à distance. Cela consiste donc à la voir pianoter à toute vitesse sur un clavier, avec la tête légèrement inclinée et le regard mauvais. J'en suis amené à devoir chercher des synonymes du mot "ridicule" sur internet pour ne pas me répéter... Les scènes d'action pure, qui constituent tout de même 90% du film, sont souvent moches et démontrent une nouvelle fois les limites du tout numérique en terme de cinéma d'action. Quand bien même c'est assez bien fait, on sent clairement comme un manque de matière, on ne ressent aucune impression de risque, de réalité, tout est trop lisse, trop propre, trop clean. On regarde ça affalé dans notre canapé, las et peu concerné, avec plus tard l'envie de revoir les meilleures scènes de poursuite en bagnole de l'Histoire du 7ème Art.




Si le début du film laisse espérer un épisode léger, à l'humour assumé, porté par des acteurs en forme, la suite s'embourbe donc laborieusement et n'honore pas cette promesse. Et bien qu'il s'agisse du deuxième film de la saga à franchir la barre fatidique du milliard de dollars de recettes mondiales, ce Fast & Furious 8 est loin d'arriver à la cheville de l'épisode 5, le seul, à vrai dire, qui tenait à peu près la route. Une nouvelle preuve que la franchise peine à trouver du souffle et à donner du sens à l'étalage de bolides rutilants, de clés de bras, de marteaux-pilons et d'explosions toujours de rigueur, malgré les millions de dollars distribués aux acteurs pour aligner une équipe de choc et pour croquer des scènes d'actions de plus en plus outrancières. On a un peu de peine de retrouver le vieux Kurt Russell dans une telle bouffonnerie, même s'il assure son rôle sans honte, à la différence de Scott Eastwood, qui passe pour le plus gros nigaud d'une bande pourtant bien gratinée. Il faut voir leurs tronches béates quand ils entrent pour la première fois dans un immense garage pleine de bagnoles et autres quatre roues en tous genres, comme des gosses laissés libre dans un magasin de jouets. Ils ont l'air si con !




Même les fans les plus rigolards de la saga auront du mal à trouver leur compte cette fois-ci. Ils devront se contenter de quelques dialogues riches en métaphores animalières très imagées et particulièrement idiots, comme par exemple "Tu as retiré ton pied trop tôt du cou du fauve dont tu croyais t'être débarrassé..." ou "Je suis le crocodile qui surgit du point d'eau pour te faire la peau au moment où tu te crois enfin tranquille..." ou encore "Tu es face au corbeau qui viendra chier sur ta tombe et croasser tout haut pour inviter ses pairs à en faire autant" ou enfin "Je suis le lézard qui viendra se dorer la pilule sur ta pierre tombale, les doigts de pied en éventail, une bouteille de bière à la main, et qui créera un événement Facebook ouvert à tous, pour que l'on chie et pisse ensemble sur ton corps putréfié". Brillant. Dans un autre genre, The Rock et Jason Statham se balancent quelques invectives bien senties, notamment quand le premier annonce au second qu'il aura les dents si profondément enfoncées après avoir reçu ses coups de poing qu'il devra se brosser les dents en passant par le trou de balles... Quelques éclaircis verbaux au milieu d'une brume de médiocrité et d'un festival aussi pétaradant que fatiguant. Deux autres épisodes étant déjà planifiés, nous aurons encore l'occasion de revoir Vin Diesel et sa bande survoler les sphères de la crétinerie totale.


Fast & Furious 8 de F. Gary Gray avec Vin Diesel, Dwayne Johnson, Charlize Theron, Michelle Rodriguez, Jason Statham, Kurt Russell, Scott Eastwood et Nathalie Emmanuel (2017)

21 décembre 2011

Fast & Furious 5

Avec Fast Five, Vin Diesel passe la cinquième ! Ok, elle est facile et tout le monde l'a déjà faite, c'est même la tag-line de l'affiche, mais il est vrai que pour ce cinquième volet de la série qui a fait de lui une méga star (sachant qu'il est absent du 2 et du 3), l'acteur/producteur a mis les petits plats dans les grands ! Et quand on imagine un colosse pareil manipuler de la vaisselle, dites-vous bien que ça fait des dégâts, ça déménage et ça valdingue dans tous les sens ! Dès la première scène, des bagnoles conduites par des abrutis prennent en chasse un train pour braquer d'autres bagnoles dernier cri qui se trouvent à l'intérieur. Résultat : un festival pyrotechnique qui vous nettoiera les tympans et qui fera sortir vos mirettes de leurs orbites pour mieux vous préparer aux deux heures qui suivent. Cette scène d'ouverture a en effet le mérite d'annoncer la couleur : si vous êtes venus pour voir des bolides faire des acrobaties improbables et des héros aux yeux rapprochés du nez survivre à l'impossible, alors vous en aurez pour votre argent ! Intellectuels, philosophes, matheux, Alain Finkielkraut et autres esprits trop cartésiens, passez votre chemin, Fast & Furious 5 est un divertissement débile totalement assumé et taillé sur mesures pour ceux qui n'en attendent strictement rien d'autre.



Fast & Furious 5 nous propose aussi un duel d'acteurs comme on en voit plus beaucoup dans les gros films d'actions hollywoodiens actuels. Après Mathieu Kassovitz dans le pénible Babylon AD et son sympathique making-off, Vin Diesel trouve enfin un adversaire à sa (dé)mesure en la personne de Dwayne Johnson aka "The Rock" (le caillou, 2m30 de haut, 2m30 de large, 120 kilos de viande rouge, de quoi faire un putain de méchoui) ! Leur confrontation fait des étincelles car on a véritablement face à nous deux freaks humains impressionnants comme seule l'Amérique peut en produire ; un duo de bêtes de foire simplement bonnes à affamer, à vêtir de guenilles et à lâcher dans la même cage, histoire de les voir s'affronter en comptant les points. Ce film, c'est un peu ça. A eux deux, Vin Diesel et Dwayne Johnson proposent un spectacle infiniment plus réjouissant que le tristounet The Expendables, la réunion d'anciens combattants mollement filmée par le vétéran Sly Stallone, où la barbaque avait beau être en plus grande quantité à l'écran, elle était dans un état de décomposition avancée et dégageait une légère odeur de putréfaction !



Vin Diesel et Dwayne Johnson apparaissent ici en pleine possessions de leurs moyens, au zénith de leur charme bestial ; ne sachant pas jouer la comédie, ils misent très naturellement tout sur la contraction de leurs muscles deltoïdes et la mise à jour de leurs intercostaux. Dwayne Johnson traverse le film en laissant de la testostérone dans son sillage tandis que Vin Diesel nous gratifie de quelques regards caméra plein d'androgènes et imprévus mais gardés au montage tant ils ont le pouvoir de laisser le spectateur plaqué au fond de son fauteuil, la peur au ventre, fasciné. Quand il s'exprime, Diesel prend son temps, captive complètement l'assemblée ou flingue une scène à lui seul. Pas d'entre-deux chez les champions ! Quand il apparaît, Dwayne Johnson attire invariablement l'attention sur la raie de son gros cul, aucun caleçon n'étant suffisamment large pour accueillir son anaconda et ne disposant pas à proprement parler de hanche. La raie de la star dépasse toujours clairement de ses pantalons taille basse car portés pour laisser le champ libre et mettre en valeur ses volumineux abdos. Inutile de dire qu'entouré par ces deux molosses, Paul Walker a bien piètre allure, malgré une tronche de beau gosse travaillée chaque matin des heures durant devant sa glace et de petits biscotos bien affutés, gagnés à la sueur de son front dans les salles de muscu. Côté actrice, l'habituelle Jordanna Brewster et les nouvelles venues Elsa Pataky et Gal Gadot assurent la décoration des scènes en intérieur. Au petit jeu du "qui d'entre nous sent le plus la teub", imposée par la production, Elsa Pataky gagne sur un score modeste, mais je ne fais là que vous transmettre le simple avis de mon propre "mini-moi", pas spécialement fier de lui sur ce coup-là...



Revenons à présent au film à proprement parler. Le scénariste derrière tout ça a eu la chic idée de faire de ce nouveau volet rapide et furieux un film de braquage "à l'ancienne", puisque notre gang accro aux grosses cylindrées doit réaliser un dernier gros coup avant de se ranger définitivement et mener une vie tranquille (chose impossible tant qu'on est pas milliardaire, si l'on en croit ce film et tout un tas d'autres venus d'Hollywood). Le film consiste donc en la réunion d'une équipe de choc capable de réaliser ce braquage, de sa préparation millimétrée à sa réalisation chaotique. Tout ça est un brin rendu compliqué par des agents du FBI menés par The Rock, bien décidé à épingler Vin Diesel avant son méfait, mais paralysé par le fait qu'ils se trouvent tous au Brésil, et plus précisément à Rio de Janeiro, où l'arrestation américaine est légalement impossible. Une critique qui a d'ailleurs été adressée à ce film, au milieu d'un accueil majoritairement très favorable, consistait d'ailleurs à lui reprocher de véhiculer une sale image de la ville sud-américaine, telle que vue par Hollywood, où règnent donc en maître corruption, drogue, insécurité, violence et inégalités. En effet, ce n'est pas dans Fast & Furious 5 que vous sera proposée une véritable analyse géopolitique crédible de la ville de Rio. Pour cela je vous conseille plutôt Le Dessous des cartes spécial Brésil. Ici, la géographie particulière de Rio de Janeiro permet au film de nous livrer quelques scènes dignes d'un jeu vidéo de plateforme. Le décor est un simple prétexte, un "monde", un "level" permettant aux personnages de sauter de toits en toits. Comme dit précédemment, tout ça a le mérite d'être pleinement assumé. On n'est pas dans l'infâme Die Hard 4, par exemple, où les scènes d'action improbables et le côté "jeu vidéo filmé" allaient totalement à l'encontre de l'esprit de la franchise.



Dans FF5 (à ne pas confondre avec la série Final Fantasy, les rôlistes seraient déçus !), certaines scènes d'action sont évidemment too much et on ne croit pas vraiment à la titanesque poursuite finale, où deux voitures sèment des flics, également bien véhiculés, alors qu'elles traînent derrière elles un énorme coffre blindé qui détruit tout sur son passage (et doit peser 120 tonnes). On n'y croit pas, mais on regarde quand même, avec de grands yeux, et l'envie de savoir jusqu'où ils oseront aller ! Tout le film m'a plongé dans cet état de curiosité absurde, ma foi pas désagréable. J'ai aussi pu constater que contrairement à bien des films d'action actuels, Fast & Furious 5 parvient assez bien à mêler image de synthèse et véritables cascades, on ne voit pas vraiment la différence. Malgré un léger ventre mou, chose difficilement évitable quand on lance le film sur un tel rythme, Fast & Furious 5 remplit aisément son cahier des charges et parvient plutôt bien à remplir sa mission durant 130 minutes. Une fois terminé, par contre, tout en reconnaissant avoir passé un assez bon moment, on se jure que l'on ne reverra plus de film de cette espèce de si tôt, comme rappelé à l'ordre par les derniers neurones valides qu'il nous reste. Enfin, je tiens à préciser que j'ai vu ce film avec mon père, qui est le président du fan-club français de Vin Diesel, ce fut donc un plaisir coupable et partagé.


Fast & Furious 5 de Justin Lin avec Vin Diesel, Paul Walker, Dwayne Johnson, Jordana Brewster et Tyrese Gibson (2011)

8 décembre 2011

Tess

Comme vous pouvez le constater depuis le début de notre dossier spécial consacré à Roman Polanski, c'est mon acolyte Rémi qui s'est attelé à la plupart des articles, non sans brio. Il faut aussi préciser qu'il s'est emparé des meilleurs films, ne me laissant plus que les miettes. Les miettes nauséabondes de la filmographie du maître Polanski... "King in the castle, king in the castle !" Alors histoire de l'aider un peu, j'ai proposé des idées sur ce que pourraient être mes contributions... La haute opinion que je me fais de mon talent transparaît dans les lignes suivantes, elle est à votre disposition ci-dessous.

Mes parents, éleveurs de brebis, ont une chienne qui s'appelle Tess, en référence au film éponyme de Roman Polanski. C'est un bon chien de travail, un fidèle chien de berger, limité mais dévoué, doté d'un pelage roux unique en son genre qui le fait passer pour un renard aux yeux des plus miros d'entre nous. Si c'était un être humain, elle ressemblerait très probablement à Elizabeth Tchoungui mais sûrement pas à Nastassja Kinski aka Tess dans le film Tess. Un film tourné par Polanski pour définitivement clore dix années de marasme et rendre un vibrant hommage posthume à la regrettée Sharon Tate, l'amour de sa vie (love life), dont Tess d'Urberville était le roman préféré. Un réalisateur qui, deux années plus tôt, avait perdu la notion du bien et du mal et douloureusement franchi la ligne jaune (the thin red line) avec une adolescente de 13 ans. On s'était promis de ne pas en parler.


La Tess de Roman Polanski.

Bref, j'ai un chien qui porte le nom d'un film de Polanski. Bref, ce chien est roux et un peu con. Bref, c'est pas le premier nom à la con que je donne à l'un de mes pléthoriques animaux domestiques. Bref, la série Bref me rend fou ! Retour du côté des clébards. La chienne Tess prend progressivement la relève de Clint, elle-même nommée ainsi en hommage à l'illustre maire de Carmel, Californie, et plus précisément à cause du film La Relève avec Charlie Sheen. Car Clint, qui est une femelle malgré son nom, était déjà la relève d'un clébard débile mais particulièrement affectueux nommé Graham du fait de la comptine "Ams Tram Gram Pic et Pic et Colégram", ces chiens étant tous de la race Border Collie (prononcer "colé", d'où le jeu de mots récurrent). Graham était lui-même la relève de Hopterre 2, rendu fou par le petit Poulpard aka Brain Damage, qui lui lançait des cailloux sur la tronche en éloignant sa gamelle. Conseil parental : quand votre gosse, à peine âgé de 4 ans et haut comme trois pommes, s'en prend de façon effroyablement méthodique et sournoise à des animaux sans défense, ce n'est pas bon signe du tout et cela laisse présager du pire. Conseil de berger : ne jamais donner le même nom à deux chiens, même quand ils ne sont pas contemporains. Hopterre, premier du nom, (1974-1981 - mort auto-empoisonné, "Curiosity killed the dog" en l'occurrence), était probablement le meilleur chien de troupeau du monde. Il était donc certain qu'Hopterre 2 (1982-1996 - il est mort comme il est né : aveugle et incontinent) allait décevoir. Mes parents, qui avaient de vains espoirs de ressusciter le talent de leur défunt compagnon, ont commis là leur plus grande erreur professionnelle. Si on ne prend pas en compte la fois où mon paternel a accidentellement, se défend-il, tué net un agneau en lui administrant un coup du lapin latéral avec une barrière en bois ; et si on passe l'éponge sur l'épisode scabreux survenu en été 85, célèbre dans la famille pour ce que l'on appelle "l'expérience interdite" qui a condamné quinze valeureux agneaux bons pour l'abattoir ou, comme disait ma mère, "15 fois 500 balles !" ("500 balles" étant le nom qu'elle donne indistinctement à tout agneau, tandis que "congélo" est plutôt le nom du veau. On ne juge pas la famille.)


Clint, le 23 avril 2006, au top de sa forme.

Revenons à notre Clint, LE chien qui m'a marqué et qui aujourd'hui va péniblement vers ses 13 ans. Nous préférons l'appeler Clintou et nous avons pris l'habitude de lui réinterpréter toutes les chansons du répertoire musical mondial en son honneur, en remplaçant toutes les paroles par des "tout" ou encore "tout pour ma Clintou". A la base de cette folie créatrice, le tube de Michel Polnareff, Tout pour ma chérie, qui devient : "Tout tout, pour ma Clintou, ma Clintou / Tout tout, pour ma Clintou, ma Clintou / ad vitam eternam". Quand on lui chante ce refrain diabolique en se tapant les mains sur les cuisses, ma Clintou, mon toutou si doux, devient tout fou ! Seule chanson qui résiste à ce chamboulement parolier, la célébrissime ballade Only you, qui met Clintou en position "offerte", à la Sasha Grey, tout en la faisant couiner, à la Kyla Cole, au rythme langoureux de cette chanson qui a mis des millions de femmes en cloque mode d'emploi. Bref.


Kyla Cole, dans son bleu de travail.

Bref, on a aussi des chats. Ils ont, eux aussi, été les victimes de notre cinéphilie d'adolescents à peine influencés par notre père fan number one d'Hitchcock et de Vin Diesel. Nous n'avons pas appelé nos chats Vanille, Canelle, Grisette, Horny Housewives, Minette, Toupac Shakur, Mistigri, Félix ou encore Ciboulette. Non, nous avons choisi de leur donner des noms de films d'horreur histoire de les blinder face à une vie difficile dès la naissance : mise bas du haut d'une botte de foin ronde et mort prématurée en tous genres (flaque d'eau trop profonde, poules belliqueuses, renards aux aguets, facteur pressé, mère indigne et bergère malthusienne). Ainsi, nous avons eu la chance et la joie d'accueillir Critters, Gremlins, Freddy, Alien, Alien 2, Alien 3, Leviathan (surnommé "Leviathos le chat portos" - no offence), Panic, Toxic, Copycat, Se7en, Piranhas 3D, Prince des Ténèbres, Jack Nicholson. On voulait appeler un chat Les Diaboliques, mais le problème c'est que c'était au pluriel. Plusieurs chats se sont appelés Koukol en référence à l'inoubliable personnage de vampire trisomique du film de Polanski ! Cette tradition était moins originale et brillante qu'on le pensait quand on a appris avec stupéfaction que nos voisins en faisaient autant. On a découvert ça quand on s'est rendu compte que notre matou Alien allait régulièrement casser la gueule de l'efflanqué Predator, le chat jamaïcain du voisin, dans un crossover avant l'heure qui ne ménageait pas nos tympans. Récemment, nous avons décidé de passer au foot. Notre mâle dominant s'appelle Yohan Demont (le footeux lensois dont on est tous persuadé d'avoir croisé la teub glabre sang et or chez Marc Dorcel) et son principal rival, constamment en alerte, n'est autre qu'Alou Diarra, chat sentinelle dont les stats personnelles restent de haute volée malgré un début de saison en demi teinte.

Pour en revenir à Tess, c'est quand même un chouette chien et ma maman m'assure que ça deviendra un "très bon chien".


Tess de Roman Polanski avec Natassja Kinski (1979)

23 juin 2011

Insidious

Que dire ? Il y a parfois des films dont l’extrême nullité laisse sans voix et, surtout, dont on ne parvient même pas à s’expliquer le succès qu’ils ont rencontré auprès du public. Insidious est de ceux-là. Je suis atone mais mes doigts prennent le relais pour votre plus grand plaisir. Insidious est la troisième collaboration entre le réalisateur James Wan et le scénariste et acteur Leigh Whannell. Après Saw, c'est leur deuxième film qui réussit à faire trembler le box office US et à ramasser le pactole, récoltant des millions (76M$ and counting !) à partir d’un budget pourtant dérisoire (1,5M$ dont une grande partie dépensée en Comté "Nos régions ont du talent" pour satisfaire les desiderata du comédien Pat Wilson). Si la qualité de Saw était ma foi toute relative, son succès m’était au moins compréhensible, notamment grâce à son twist final débile mais qui surprenait forcément. Là... Mystère ! On est en présence d’une daube d’envergure internationale, que j’ai pourtant vue dans les meilleures conditions possibles, bien accompagné, et avec la simple envie de voir un film d’horreur divertissant, sachant remplir le cahier des charges. Que nenni ! Passez votre chemin !


James Wan et Leigh Whannell découvrant les propriétés euphorisantes des liquides riches en bicarbonates.

Insidious est un film d’horreur ridicule de bout en bout, le genre de film qui conforte le cinéma d’horreur dans le tiers-monde du 7ème art, qui le rabaisse tout entier et vient nous rappeler que le genre est bel et bien composé à 99% d’infâmes saloperies. Pour vous donner une idée, dites-vous qu’Insidious est une sorte de parent dégénéré du déjà très mauvais Jusqu’en enfer de Sam Raimi. Les deux films m’ont l’air similaire sur bien des points. On sent la même volonté chez les deux metteurs en scène d’embarquer les spectateurs dans une pauvrette attraction de fête foraine mise sur pellicule, dans un train fantôme avançant laborieusement et manquant tristement d’inspiration pour surprendre son voyageur, cachant cela dans un déluge d'effets indigestes. Le genre est ici abordé de façon old school et très frontale, avec des objectifs que l’on sent très modestes (faire peur, divertir salement) et justement annihilés par des ambitions de bas étage, jamais transcendées par la volonté toute simple de torcher un bon film avec un minimum de prétentions artistiques.


Un caméo aussi flippant qu'écolo : celui de Nicolas Hulot

Un peu à la manière de Jusqu’en enfer, mais de façon peut-être encore plus flagrante et embarrassante, Insidious a le vilain défaut de ne pas savoir sur quel pied danser. On navigue entre la parodie maladroite et pas drôle du film de maison hantée, avec un second degré mal maîtrisé et un humour qui tombe toujours à plat ; et le sérieux le plus mortel et pathétique d’une série-b tout juste bonne à être diffusée en deuxième partie de soirée sur RTL9. Vous savez, ces téléfilms sur lesquels on zappe malencontreusement, dont on se moque gentiment 2 minutes, puis qu’on oublie aussi sec en se disant que la télé c’est de la merde et qu’on a vraiment la rage de payer une redevance. Les prestations des acteurs sont tout à fait dignes d’un téléfilm. Ils sont tous lamentables et ne semblent pas du tout concernés, à commencer par le si fade Patrick Wilson, un acteur ô combien transparent que j’avais déjà rapidement égratigné quand je vous avais parlé de Morning Glory et sur lequel je ne m’acharnerai donc pas davantage. Quoique… Le fantôme du film, c’est lui ! Il est à ranger dans la catégorie des Steven Seagal et autres Vin Diesel, les muscles, le charisme et l’art de la baston en moins (il ne lui reste donc pas grand-chose sur son CV !). Quant à Rose Byrne, son charme est ici largement insuffisant pour faire abstraction des limites qu'affiche son jeu si maussade et peu inspiré. Si Nicole Kidman avait profité du film Les Autres pour étaler tout son talent et jouer la peur comme personne, donnant à elle seule de l'intérêt à ce film, on est très loin de pouvoir en dire autant sur sa compatriote australienne, en mode pilote automatique, subissant des vents latéraux et autres turbulences désagréables.


Rose Byrne ne supportait pas l'haleine effroyable de son collègue fan de fromages à pâte pressée cuite, d'où certaines scènes de dialogues où l'actrice évite manifestement le face-à-face.

Il faut voir ce couple vedette sans relief réagir impassiblement quand une vieille médium au profil de lévrier afghan lui explique enfin, vers l’heure de film, l’origine des phénomènes surnaturels qui sont survenus dans leur première baraque et qui ont continué à se manifester après avoir pris refuge chez la mamie, incarnée par une Barbara Hershey faisant peine à voir. Une histoire sans queue ni tête qui reprend cette vieille légende urbaine comme quoi il existerait des personnes (dont Pat Wilson et son fils dans le coma font partie) capables de sortir de leurs enveloppes corporelles et de errer dans un univers parallèle : un monde infesté d'esprits évidemment maléfiques qui cherchent à revenir dans la réalité pour faire le mal. Entre parenthèses, moi je pensais que cette faculté de sortir de son corps pour mieux se mater de l’extérieur était réservée aux plus grands acteurs pornos et pouvait être à la portée du gars lambda lors d'une bonne partie de jambe en l’air durant laquelle le point G est touché du doigt. Mais bref passons sur ce détail...


Après ce film, vous ne regarderez plus les babyphones de la même façon

Le film est truffé de clins d’œil appuyés à une petite pelletée de films fantastiques, on pense par exemple à Paranormal Activity, Poltergeist, Shining, La Malédiction, Shutter, Amityville et même SOS Fantômes. Des références pas toujours très heureuses qui constituent une accumulation fatigante sans doute destinée à placer le spectateur en terrain connu et à se le mettre dans la poche. Sauf que ça ne marche pas. Au sein d’une telle saloperie, toutes ces références ont plutôt l’air d’être autant d’insultes adressées à un cinéma de genre trainé dans la boue. Insidious accomplit même l'exploit de faire passer tous ces films pour des purs chefs-d’œuvre (Paranormal Activity exclu, n’exagérons rien). Ici, il n’y a donc rien à sauver, ou si peu... Soyons sympa et évoquons deux passages assez réussis : cette scène où Rose Byrne découvre le fantôme d’un gosse dansant bizarrement sur une vieille musique diffusée par un gramophone ; et ces apparitions de jeunes femmes en petites robes gothiques, étrangement figées et ne gesticulant que par à-coups (apparitions qui s'incluent lors de l'errance finale dans l'univers des morts, qui rappelle les jeux vidéos Silent Hill et même Max Payne, c'est dire jusqu'où James Wan est allé piocher...). Deux moments très fugaces, complètement noyés par le reste, et dont je suis bien généreux de me rappeler. Car à part ça, tout m'est apparu complètement raté dans ce film qui, en outre, cristallise toutes les pires rengaines des films d'horreur merdiques actuels, comme par exemple ces inévitables effets sonores stridents qui essaient de faire sursauter et accompagnent chaque scène-choc, la mise en scène étant bien incapable d’effrayer autrement (elle est de toute façon incapable de créer quoi que ce soit).

Je ne regrette quand même pas de l'avoir vu, je n'ai pas passé un si mauvais moment devant de tels sommets de ridicule, et une daube pareille mérite qu'on y jette un coup d'œil, on en croise pas si souvent. Aussi, faut dire que j’ai passé la majeure partie du film à faire des commentaires pourris où je tentais systématiquement de placer le mot « insidieux », tout en sifflotant Alpha Beta Gaga de Air, au grand dam de ma compagne...


Insidious de James Wan avec Patrick Wilson, Rose Byrne et Leigh Whannell (2011)

10 février 2011

Unstoppable

Je raffole des films où des véhicules hors de contrôle sont lancés à toute berzingue et sèment une pagaille sans nom sur leur passage, et parmi eux, j’aime tout particulièrement les films de trains. Quand j'étais petit en particulier, j'avais été fasciné par l'action, le suspense et le jeu des acteurs de Piège à Grande Vitesse. Faut dire que je suis fan de Steven Seagal. Et pas qu'un peu ! Hier soir, ici même, j'ai regardé en entier, seul et avec plaisir Born to Raise Hell, un film subtil dénué de tout manichéisme sur un flic charismatique qui lutte contre les cartels roumains de la drogue. Mais pour en revenir aux trains, ma première passion, c’est tout à fait logiquement, et avec un certain entrain, que je me suis récemment envoyé Unstoppable, le dernier rejeton de Tony « one thousand shots per second » Scott. En fait, cette passion des trains me vient de mon père. Quand j'étais pas plus haut que ça, il n'arrêtait pas de me dire qu'il devait aller « derrière la gare pour pousser des wagons ». Et je voulais toujours venir avec lui. Mais lui, il refusait systématiquement de manière catégorique.. Je l'imaginais fort comme un turc, capable de pousser à lui tout seul des wagons de train corail, ou même des wagons de fret, les plus lourds. Dans mes pensées, je le voyais les bras tendus, le souffle court et en sueur, les muscles saillant sous son marcel, réussir l'exploit de pousser des wagons et d'assembler des trains tout seul le soir à la seule lueur de la lune, pour ramener un petit pécule supplémentaire à notre nombreuse famille. C'est pour ça qu'a priori, Unstoppable me donnait envie. On y suit les mésaventures d’un duo de cheminots qui tentent d’arrêter un train sans conducteur et qui, suite à une série d’erreurs humaines, se retrouve lancé à toute allure sur les rails du nord ouest des États-Unis. En plus de griller quelques politesses aux passages à niveau qu’il traverse, ce train a également l’inconvénient de trimballer des wagons entiers de fret remplis de produits hautement toxiques à travers des zones à très forte densité de population. L'enjeu est simple : si le train finit par dérailler, il pourrait provoquer une terrible catastrophe.


Denzel, très crédible en mécano de la SNCF, contrairement à son acolyte.

Nos deux héros sont incarnés par l’inévitable Denzel Washington, qui doit donc entretenir la même relation avec Tony que Russell Crowe avec son frère Ridley, et Chris Pine de Kellog's. Le premier, le beau Denzel, se retrouve à nouveau dans la peau du type tout à fait ordinaire, s’étant levé du mauvais pied, mais condamné à se comporter comme un héros. Il nous livre sa performance habituelle, en totale roue libre, à l’image du train, pâle vedette métallique de ce long-métrage. Denzel est donc épaulé par Chris Pine, un blondinet, minet insipide au nom d'acteur porno et que l’on pourrait aisément confondre avec Paul Walker (le bellâtre sans relief notamment aperçu au volant d’un twingo en compagnie de Vin Diesel dans Fast & Furious) et peut-être aussi avec des milliers d’autres comédiens américains à la tronche carrée recouverte d’une barbe de trois jours, et au regard bleu clair, qui plaisent inévitablement aux minettes sans le sous ni de sens commun. Parce qu'il est quand même sacrément moisi avec son unique expression faciale de beau gosse de supermarché hard discount :


Chris Pine dans toute sa splendeur.

Ces deux acteurs ne forment pas un duo très attachant ni original, même s’il faut avouer qu’une ou deux fois, Denzel Washington parvient tout de même à nous faire décrocher un petit sourire. Surtout quand il dit à Chris Pine "Je sais pas connard, j'étais au lycée !" au moment où celui-ci lui demande s'il sait comment arrêter ce train lancé à toute allure sur de pauvre innocents et s'il se rappelle comment c'était le Viet-Nam. Comme dans tous ces films, au départ, les deux hommes se méprisent gentiment, le jeune ne montrant au mieux que de la condescendance envers le vieux cheminot fatigué, le vieux se rendant compte qu'il a de nouveau face à lui un psychopathe fan de vitesse voulant profiter de la renommée du métier de cheminot pour "se faire des meufs". Puis ces deux personnages antagonistes sont amenés à mieux se connaître et finissent par s’apprécier. Bref, là encore, Tony Scott fait dans le Déjà-vu. Unstoppable s'enfonce dans la médiocrité quand il essaie de nous dépeindre les vies de ces deux personnages principaux. L’un est fâché avec sa femme, l’autre l’a déjà perdue et est en froid avec ses deux filles… Malheureusement, c'est tellement mauvais qu'on s'en fout royal ! De plus, Unstoppable se targue de s’inspirer de faits réels. En effet, il semblerait qu’une compagnie ferroviaire américaine soit au moins aussi douée que notre chère SNCF et qu’elle ait réellement été capable de perdre le contrôle d’un train ultra dangereux, un accident dont vous trouverez tous les détails sur wikipédia. Mais étant donné le traitement qu’en fait Tony Scott, ça semble complètement surréaliste et idiot de voir apparaître ce petit encart au début du film, et on y croit pas une seconde quand, à la fin, quelques lignes viennent nous informer de ce que sont devenus les différents protagonistes ("Franck a diverti sa solitude en recueillant un chien sur un quai de gare, Will a quitté sa femme et s'est découvert une attirance suspecte pour les hommes bien membrés, nos deux héros sont restés amis et vont parfois partager une bière en se remémorant leurs diverses péripéties"). Entre temps, il y a eu tant d’explosions, et deux hommes qui se sont comportés d’une telle façon, comme des héros si malins et astucieux, que l’on y croit pas du tout…


Un effet spécial digne d'Arthur et les minimois.

Avec son gros pitch en bois mort massif, Unstoppable est donc un assez mauvais film d’action, anéanti par un réalisateur sans aucune autre inspiration que ses tics de mise en scène de parkinsonien, nous fatiguant drôlement à tourner sans arrêt sa caméra autour de ses acteurs pour tenter d’insuffler en vain un semblant d’intensité. Il se permet en plus de répéter à l’identique certains plans de son train traversant les paysages, agrémenté d’effets visuels forts laids. En matant tout ça d’un seul œil, je me disais que Tony Scott devait de cette façon essayer sans talent de masquer sous un voile pudique la minceur étonnante de son budget. Mais j’avais tout faux. Le film a coûté 100 millions de dollars !


Vous pensez que c'est un dessin conceptuel de pré-production ? Non, c'est un plan du film.

A vrai dire, regarder Unstoppable m’a seulement donné envie de vous en dire du mal, ce que je viens donc de faire, et surtout de rappeler à quel point ce film n’arrive pas à la cheville de Runaway Train, autre long-métrage dont la vedette est un train sans conducteur lancé à toute vitesse, et dont je pensais vous avoir déjà parlé…


Unstoppable de Tony Scott avec Denzel Washington, Chris Pine et Rosario Dawson (2010)

16 décembre 2008

Babylon A.D.

J'ai lu la moitié du roman de Maurice Gibert-Joseph Dantec, et la moitié de ce roman c'est 500 pages feuillets doubles, petits carreaux non perforés. Et je viens de voir la moitié du film qu'en a tiré Mathieu Kossovare, le problème c'est que c'est la même moitié, alors je connais toujours pas la fin. Ne me demandez pas ce que veut dire le "A.D" du titre. Mieux, si vous savez ce que ça veut dire, abstenez vous de me mettre au jus, parce que j'en ai vraiment rien à secouer. Avec ce film, tourné en langue anglaise, filmé au Texas, produit par la Twentieth Century Fox, et dont le rôle principal est incarné par un acteur Américain de seconde zone qui réunit à lui tout seul tous les plus accablants clichés de l'actorat Hollywoodien riche en testostérone, Kassovitz avait l'intention de prouver qu'en Europe il était possible de rivaliser avec les Américains, et de réaliser un grand blockbuster à effets spéciaux de qualité, dans la veine de Cécil Blount DeMille. Au final tout ce qu'il y a d'Européen dans ce film, c'est la nationalité du gros taulard qui a écrit le best-seller de mes deux dont le film est tiré, et celle du niais qui a réalisé cette adaptation dont il a fait l'œuvre de sa vie, pour mieux la renier, prétextant qu'il n'avait pas eu le final cut, quand il s'est rendu compte qu'il avait filmé une merde.



Kassovitz a aussi parlé d'une certaine querelle entre lui et Vincent Diesel. En réalité, le frenchy comptait sur son acteur fétiche Vin Cassel pour tenir le premier rôle du film, mais ce dernier l'a poussé dans les orties en l'appelant "mémé", car même s'il lui sait gré de l'avoir lancé pour de bon avec La Haine, Cassel n'en peut plus d'être roulé dans la boue par son ami d'enfance qui est devenu son ennemi juré depuis Les Rivières Pourpres. Alors Kassovitz s'est pris le bec avec son second choix, Vince Diesel: 62 versus 112 kilos, inutile de vous dire qui a eu le dernier mot... 32 centimètres de tour de cou chez Mathieu, 96 centimètres de tour de collier pour Vince Diesel... 1m75 bras levés du côté de Kassovitz, 2m02 au garrot pour Vince SansPlomb95. Enfin bref tandis que Kassovitz chausse du 42, l'autre va nus pieds depuis son adolescence car rien dans le commerce ne correspond à sa pointure inchiffrable, même en dehors du commerce, aucun contenant ne peut accueillir ses pattes. Lors des rares soirées des Oscars auxquelles il assiste en tant que boddyguard de l'acteur The Rock, on l'a vu déambuler avec des planches de surf aux pieds, simplement reliées à ses orteils par des cordages, pour vous donner une idée des pieds de ce mec. Si Vin Diesel devait un jour porter du cuir autour de ses pieds, il aurait plus vite fait d'enfoncer directement ses pieds dans le cul de deux vaches adultes, pour éviter à un jeune apprenti cordonnier de voir sa vie défiler, sa vieillesse l'atteindre et sa mort le frapper en ayant jamais travaillé qu'à une seule paire de pompes. Si vous cherchez quelques anecdotes croustillantes sur le cas Diesel, vous aurez tôt fait de découvrir que c'est bel et bien Spielberg qui l'a lancé dans Il Faut Sauver Le Soldat Ryan. Mais en réalité, si c'est bien dans ce film qu'il est apparu pour la première fois sur un écran, c'est néanmoins bien plus tôt qu'il a donné un premier coup de main à Spielberg, ou plutôt un coup de patte, puisque c'est sa seule démarche nonchalante qui a permis cet effet spécial désormais culte des ondulations à la surface de l'eau dans Jurassic Park, à l'approche du T-Rex.



J'ai maté ce film avec Félix, qui m'a très tôt demandé en pointant Vin Diesel du doigt: "C'est lui Gong Lui ?". Parce que dans cette scène, Vin Diesel donnait la réplique à Gong Li dans une inépuisable série de champ-contrechamp. Il m'a avoué qu'il confondait toujours ces deux acteurs. Au final je me suis endormi, j'étais bien... Je digérais difficilement (peut-être à cause de la façade mal crépie de Mélanie Thierry) un kilo-litre de soupe de légumes noyée de crème fraîche et de fromage rapé qui avant de fondre dans mon estomac comme un pavé dans la marre, venait de fondre dans ma bouche comme un pavé sur la gueule d'un flic. Félix était vexé d'endurer cette horreur seul, et il m'a rapidement remis dans le rang avec un coup de pied latéral idéalement placé entre mes deux yeux.

Je me demande toujours comment il fait, Kassovitz, pour revenir en France toutes les quinzaines donner des leçons de cinéma et de vie, alors que c'est quand même peut-être le pire homme, en tout cas en tant que tel.

P.S. Si y'en a un parmi vous qui sait ce que veut dire A.D., je veux tout de même savoir à quelle sauce j'ai été mangé.


Babylon A.D. de Mathieu Kassovitz avec Vin Diesel, Gong Li et Mélanie Thierry (2008)

12 mai 2008

Daredevil

Daredevil c'est l'histoire du super-héros le plus con de l'histoire du comic book. Daredevil à la ville c'est Matt Murdock un peu comme SpiderMan est Peter Parker, Batman est Bruce Wayne ou comme Flash est Barry Allen. Or quid de Matt Murdock, voila un type qui a eu une enfance peu commode. En effet le père de Matt le détestait carrément depuis sa naissance pour cause de délit de sale gueule. Il faut dire qu'avec sa tête de premier de la classe le petit Matt ne faisait pas tellement honneur à son boxeur de père, et je serais tenté d'écrire "boxer" tant le faciès disgracieux et anguleux du paternel de Matt évoque à brûle-poupoint la gueule baveuse et rageuse des clébards de cette espèce canine vouée aux coups de bâtons et autres traquenards dans les cages d'escaliers. Bref c'est comme ça que le vieux papa du petit Matt, après avoir passé la soirée de la veille dans un bar à tapas de Chihuahua, ville miteuse du Nouveau-Mexique (la vie de Murdoch Sénior portait déjà le sceau du chien et de l'infamie), où il s'était gavé de putes et de tout un assortiment de churros, chichis et autres chourossettes flambées au Grand Marnier, devait fêter le 8ème anniversaire de son cher fils en lui larguant, au levé du lit et sans prévenir, un pet monstrueux dans les narines. De fait, fort de son humour légendaire et de sa bonhommie rayonnante, Papa Murdock avait cru bon pour souhaiter un joyeux huitième anniversaire à son fils chéri assis sur le canapé et déballant joyeusement ses quelques cadeaux, de prendre sa petite tête innocente entre ses mains tout en lui tournant le dos pour mieux la coincer entre ses fesses nues remarquablement velues et lâcher un pet foireux venu tout droit du fond des âges et s'échappant de longues minutes durant dans le tissu rétinien du petit Matt, impuissant, condamné à subir cette indicible ignominie paternelle sans précédent.


Matt Murdoch Junior, souriant pour la dernière fois à la perspective de son huitième annif et ignorant que ses Ray-Ban lui seront indispensables après le pet flash aveuglant de son son père Jack "The Devil" Murdock

Le régime alimentaire du Père Murdock et la fermentation des dizaines de churros mal digérés toute la nuit durant dans l'abdomen purulent de ce boxeur professionnel impliquèrent un taux de méthane et de propane ahurissant contenu dans son seul pet matinal. Les radiations furent conséquentes pour les pauvres mirettes du petit Matt que le médecin de famille, appelé à la rescousse après l'évanouissement quasi instantané du gosse une fois son visage retiré du cul de son père, devait diagnostiquer comme "aveugle des suites d'une intoxication des pupilles et des deux globes oculaires complets suite à une trop longue exposition à une concentration de gaz zyklon B tout à fait considérable". Mais si Matt Murdock était condamné à la cécité par un père farceur et pétomane, il ignora tout d'abord que c'était un prêté pour un rendu. Car si ses yeux étaient réduits à l'état de petit globes bleus effrayants, ses cinq autres sens, l'odorat, l'ouïe, le toucher et le goût, allaient se voir par là même surdéveloppés. Enfin disons l'odorat, l'ouïe et le toucher, parce qu'il faut bien dire que le goût reste un sens bien peu usité, pas assez peut-être, dans les films de super-héros. Même si dans le cas qui nous concerne ici, Mark Steven Lindon Johnson, le réalisateur invétéré de ce long métrage, nous gratifie d'une sublime séquence faisant appel au goût extraordinaire de Daredevil lorsque ce dernier déguste un diabolo menthe à la terrasse d'un café, en tenue de travail (le costume à cornes de chèvre de l'affiche), dans une scène rendant directement hommage à celle de Quand Harry rencontre Sally où Meg Ryan en faisait des caisses pour simuler un orgasme sismique en plein restaurant.


Pina Bausch peut aller se rhabiller !

Matt Murdock devient avocat pour coller un procès au cul de son vieux, mais il entend bien mettre à profit ses nouvelles aptitudes surhumaines. Avocat le jour, juge la nuit, il passe avec une facilité déconcertante du costard cravate au costume une pièce moulant en simili cuir avec cagoule à petites cornes façon vachette. Et le soir venu, il bastonne toute la ville à qui mieux mieux, l'acuité spectaculaire de ses cinq sens restants lui permettant de voir mieux que quiconque et d'éviter aussi bien les balles de 22 long rifle que les lampadaires insidieusement placés sur son chemin en pleine course poursuite. Adepte inconditionnel des méthodes draconiennes de l'Actors Studio, le brillant Ben Affleck avait exigé qu'on lui applique des lentilles opaques, totalement aveuglantes, durant toute la durée du tournage, depuis le début des repérages pour les décors jusqu'à la première publique, lentilles qu'il devait porter jour et nuit pour s'impliquer à mort dans son rôle et entrer dans la peau d'un véritable vigilante aveugle. C'est d'ailleurs dans ces conditions qu'il rencontra Jennifer Garner à l'aveuglette sur le tournage et qu'il l'épousa dans les 15 jours sans jamais l'avoir vue de vive vue, pour découvrir lors d'une avant-première à enjeu, plus risquée que jamais, qu'il venait de passer la bague au doigt de la troisième actrice au visage le plus chargé en angles droits (à 90°) du 7ème art après Angelina Jolie et Vin Diesel.


Ci-dessus la nuit de noces du couple le plus glam' d'Hollywood

Tout ça pour dire que ce choix de technique dramatique carrément casse-gueule nous vaudra des scènes relativement contradictoires. En fin de compte dans les scènes de combat, où Benny Affleck est doublé par des cascadeurs doués de vue ou par un simple double informatique articulé via toute une série d'iMac G5, Daredevil fait preuve d'une dextérité sans pareille, il saute de pipeline en pipeline dague au point, il évite les balles d'un peloton d'exécution composé de quelques soixante-dix tueurs des balkans armés de gatlings et faisant feu comme un seul homme vers la carcasse enveloppée de cuir fin du valeureux super-héros, qui, bien qu'attaché à triple tour à un pylône, leur tend ses deux majeurs en souriant et en se dandinant libidineusement sur lui-même pour éviter les milliards de cartouches longues comme le bras qui le défient, lancées à plusieurs milliers de kilomètres par heures droit sur sa jolie petite gueule de con... il saute encore en rappel depuis l'aile d'un Boeing 747 et retombe sur ses deux panards pile au-dessus du nichon droit de la Statue de la Liberté où l'attend pour un combat féroce un Colin Farrell plus ingrat que jamais dans le rôle de Bullseye, un personnage assez captivant dans le fond puisqu'il ne rechigne pas à filer des rencards sur les nibards de la Statue de la Libertad à son pire ennemi plutôt que de choisir finalement un simple café ou un parc sympathique comme ça se fait usuellement.


Colin Farrell, aka Bullseye, qui mime un pistolet avec sa main en dernier recours suite à un énième combat de rue perdu de peu

En revanche, et dans un tragique effet de contraste, les séquences tournées avec l'acteur en personne dans les baskets d'un Matt Murdock endimanché nous montrent un Benoit Affleck aveugle et peu sûr de lui, qui marche dans la rue à tâtons balançant sa canne d'infirme à tout va jusque dans la gueule des enfants, se ramassant lamentablement par terre en trébuchant contre les poubelles, ou se faisant littéralement écraser la jambe par un bus scolaire dont le chauffeur le traite de "chien d'aveugle" tandis qu'il tâche péniblement d'extraire ce qu'il reste de son genou (un moignon sanglant) d'en dessous l'énorme pneu chauffé à blanc du car. Les points d'orgue de ces tristes séquences étant d'abord celle où Ben Affleck, devant serrer la grosse paluche d'un Mickael Clarke Duncan certes un peu trop grand et s'attendant à lui en "serrer cinq" ne lui en serre finalement qu'un, et un gros. On sent bien que ça n'était pas prévu à l'expression faciale de Michael Clarke Duncan qui, très professionnel, se contente de dévorer sa lèvre inférieure de douleur sans broncher tandis que Ben Affleck empoigne fermement sa bite. Le réalisateur a dû penser qu'il pouvait compter sur l'effet de surprise et le comique de situation pour laisser cette scène au montage. Mais quelle n'est pas notre surprise en regardant Daredevil malaxer longuement, à travers un pantalon beige en soie très léger, le gros pénis de Michael Clarke Duncan, qui interprète tout de même le Caïd, l'ennemi personnel de Daredevil, le méchant par excellence, la terreur de New-York !


Michael Clarke Duncan plus concupiscent que jamais avec l'acteur de second rôle Erick Avari. L'immense acteur noir, futur Oscar du meilleur acteur dans le probable biopic de Barry White à venir un jour ou l'autre, a viré sa cuti après s'être fait malaxer le chibre par un Ben Affleck aveugle et regrettant de l'être

L'autre passage affreusement embarrassant du film tient dans une scène où Benjamin Affleck prend un pot avec un Joe Pantoliano plus chauve que jamais, qui interprète le chef de la police locale. Et on ne peut que compatir quand on voit l'illustre acteur Pantoliano discrètement pleurer de tristesse tandis que face à lui Ben Affleck lui sert à boire, en tenant le thermos dix centimètres à côté de la table, versant consciencieusement un demi litre de café brûlant sur le genou de Pantoliano l'acteur (car à cet instant Joe n'est plus du tout dans le rôle), dont le pantalon a fondu sous l'effet de la chaleur et qui voit sa cuisse attaquée à vif par le liquide ébouillanté, alors que son mollet brûle au 9ème degré.


Une pluie battante permet à Darédévil de placer un coup de pied millimétré dans les bourses de son ennemi juré, que la pluie rend quant à lui plus aveugle qu'une taupe dans le trou du cul d'une autre

Enfin et pour en finir évoquons une autre faiblesse du film, perdue parmi tant d'autres, mais tout de même notable. Dès le début, alors qu'il apprivoise lentement sa cécité nouvelle, Matt Murdock se rend compte qu'il peut finalement voir. Les sons se répondent, les bruits se répercutent sur les parois, les échos évoquent la profondeur des sons : autant d'éléments qui lui permettent de voir. L'effet de cette "vision sonore" nous en est rendu par de minables images bleues et noires où l'on distingue les formes auxquelles Daredevil fait face et qui lui apparaissent au gré des ondes sonores bloquées ou non par les obstacles matériels de la rue. Bref, Matt Murdock se rend bien à l'évidence : un des moyens les plus sûrs de distinguer presque aussi clairement qu'un voyant ce qui se trouve devant lui est encore de l'appréhender sous la pluie, les bruits incessants et concentrés que produisent les gouttes d'eau en tombant sur les objets permettant de parfaitement les observer. Cela nous vaut d'ailleurs la scène la plus romantique du film dans laquelle Matt demande à sa nouvelle fiancée (Jennifer Garner) de laisser la pluie tomber sur son visage pour enfin la voir vraiment. Les bruits des gouttes d'eau ne lui auront pas permis de constater la rudesse d'angle caractéristique du visage taillé au marteau et au burin de la jeune actrice montante condamnée aux rôles de spécialiste des arts martiaux et de pute de luxe. Mais passons. Autant vous dire qu'après le succès de cette approche, Matt Murdock décide de se balader partout avec un tuyau d'arrosage, ou au pire avec de simples gourdes remplies à rabord pour tapisser de jets d'eau les rues de New-York au gré de ses promenades et mieux voir où il fout les pieds. S'ensuivent quelques bagarres de rue plus ou moins longues (dont une émeute générale de 20 minutes) avec des passants peu enjoués à l'idée de se faire asperger de pied en cap par un aveugle, et qui de facto n'hésitent pas une minute à le passer à tabac en groupes.


Colin Farrell n'a jamais aussi bien porté son surnom : asshole

Mais sachez-le, ces scènes-là sont un régal en comparaison de celle où Daredevil et sa bien aimée se retrouvent au lit pour la première fois. Oui parce que le film est aussi très porté sur des questions d'ordre plus graveleux. Le grand méchant ne s'appelle-t-il pas Kingpin (traduit ex-nihilo dans la version française par "Roi de la Pine"), alias Le Caïd ? Et son homme de main Bullseye, n'est-il pas mieux connu sous le doux sobriquet : Le Tireur ? Et ce dernier personnage, à qui Colin Farrell, maquillé comme une bagnole tirée, prête ses traits, ne porte-t-il pas une grande cible gravée au fer rouge à même le front qui ressemble comme deux gouttes d'eau à un gros trou de balle ? Et Daredevil n'aura-t-il pas raison de cet ennemi en pénétrant violemment son front, pile au milieu de ladite cible, au seul moyen de son diable de dard (Daredevil en VO) ? Enfin bref, revenons à nos moutons, ces séquences pas très tous publics ne sont rien comparée à celle où Matt Murdoch, faisant pour la première fois l'amour à sa fiancée, est bien décidé à l'admirer le plus clairement du monde et pour ce faire, en guise de tuyau d'arrosage, utilise, et n'utilise que ce que j'appellerai son tuyau perso dans une série de jets dramatiques.


Daredevil de Mark Steven Johnson avec Ben Affleck, Michael Clarke Duncan, Joe Pantoliano, Colin Farrell et Jennifer Garner (2003)