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21 février 2015

Comme des frères

Quand Charlie (Thierry Mélanie) clamse, les vies de Boris (François-Xavier Demaison), Elie (Nicolas Duvauchelle) et Maxime (Pierre Niney) volent en éclats. Ces trois hommes avaient pour Charlie un amour singulier. Elle était leur sœur, la femme de leur vie ou leur pote, c’était selon. Sauf que Charlie est morte et ça, ni Boris, homme d’affaires facho accompli, ni Elie, scénariste nymphomane, ni Maxime, 25 ans toujours puceau, ne savent comment y faire face. Mais, parce qu’ils avaient prévu de partir tous ensemble en Corse pour un roadtrip sans permis, ils décident de s'y rendre tout de même, comme une catharsis. Seulement voilà, 900 kilomètres coincés dans une C5, à la merci de la stupidité de ses occupants, quand on a pour principal point commun un attachement pour la même femme-enfant, c’est long… Boris, Elie et Maxime, trois hommes endeuillés, trois générations brisées, et zéro affinité sur le papier, se retrouvent donc engagés dans un voyage qui n'aurait jamais dû commencer. C'est le début d'un long supplice pour le spectateur.




Hugo Gélin est le fils de Xavier Gélin, le petit-fils de Daniel Gélin et Danièle Delorme, l’arrière-petit-fils d’André Girard et le neveu de Maria Schneider, Manuel Gélin et Fiona Apple. C'est son premier long métrage et, on l'espère de toutes nos forces, le dernier. Comme des frères a été projeté pour la première fois au festival de Cannes 2012, lors d'une séance spéciale pour les exploitants. Cette séance fut un échec total puisque tous les exploitants quittèrent la salle lors de cette scène où Nick Duvauchelle retire le bas. Malgré cela, ce passage inespéré sur la Croisette a laissé un très bon souvenir à toute l'équipe du film, et tout particulièrement à la starlette Mélanie Thierry. "La veille de la projection-test, se souvient-elle, on s’est retrouvés tous les quatre dans ma chambre d’hôtel autour d’une bouteille de shampoo. Au début, on se regardait tous en chiens de faïence car cela faisait plus de 8 mois que nous nous étions pas vus, depuis la fin du tournage. Pierre était quant à lui en chien de fusil sur le lit. Au bout d'un moment, pour rompre un silence de mort, Nicky s'est mis à faire des percussions sur un coin de table, c'était du dubstep amateur dont il a le secret, il complétait la section rythmique de ses morceaux par des acrobaties vocales dignes du Scatman. Bip papapa lopo. Après un petit moment de malaise, on s'est rapidement mis à danser en regardant la mer. Puis, sous l'impulsion de FX 2Maison, on s'est tous mis à saisir les objets qui nous tombaient sous la main, qui devenaient autant d'instruments plus ou moins mélodieux. On avait strictement rien à se dire, mais la musique parlait pour nous. C'était un retour aux racines même de l'humanité. Il faisait beau et on était sincèrement heureux de se retrouver." Ce que Mélanie Thierry ne dit pas, c'est que ce petit bœuf n'a duré qu'une dizaine de minutes, c'est-à-dire jusqu'à ce que le propriétaire de l'hôtel, à cran, finisse par péter un boulon avant d'appeler les flics pour tapage diurne. Une accusation qui d'habitude se règle à l'amiable mais qui a cette fois-ci débouché sur un procès médiatique sanctionné d'une peine de prison ferme pour le réalisateur Hugo Gélin. On s'en réjouit !




Le tournage de Comme des frères s'est déroulé à plusieurs centaines de kilomètres de Paris, notamment dans le sud de la France, plus exactement dans les Landes. Cette région fut choisie par Hugo Gélin pour sa soi-disant ressemblance avec les paysages de l'Île de Beauté. A l'écran, cette prise de liberté ne pardonne pas. Les routes corses n'ont jamais été aussi droites. Autre souci : cet éloignement de la capitale gênait considérablement les acteurs, notamment Nick Duvauchelle qui n'arrivait plus à se fournir en coke. Mais au bout d'un mois de tournage, ponctué par les prises de becs et les menaces de stars incapables de supporter l'isolement, la petite bande a fini par s'adapter. François-Xavier Demaison raconte : "On séjournait dans un petit motel en bord de mer et on se baignait à la pause déjeuner, au grand dam de l’assistant réalisateur, paniqué à l’idée des raccords !". Si les acteurs se sont bien amusés à jouer dans l'eau entre les prises, dites-vous que l'assistant réalisateur avait raison de voir rouge. François-Xavier Demaison a peu de cheveux, certes, mais cela se voit tout de même quand, d'un plan sur l'autre, ses quelques mèches apparaissent collées par le sel avant de se mettre à danser le tango sous l'effet d'une légère brise à l'image suivante. Nick Duvauchelle a beau être assez beau mec, c'est choquant de voir ses tétons pointer sous son t-shirt mouillé d'abord, puis cachés derrière un pull à col roulé fuchsia ensuite. Fayot du dirlo photo, seul Pierre Niney obéissait aux directives et était raccord entre les plans. Faut dire qu'il ne sait toujours pas nager... De toute façon, avec les litres de gel qui recouvrent en permanence ses cheveux, on aurait rien calculé.




Plus triste encore, Comme des frères est une nouvelle comédie française à classer dans la catégorie des films qui semblent conçus pour nous faire pleurer et nous coller une sévère dépression. Les couleurs dominantes sont gris clair et gris foncé, avec parfois quelques nuances : gris amiante, jaune pisse, rouge sang, vert glauque et blanc cassé. Conseil amical : regardez ce film un beau jour de printemps, dans une pièce bien illuminée avec, si possible, une baie vitrée donnant sur un jardin fleuri rempli d'animaux de compagnie bienveillants et de jeunes femmes dans le plus simple appareil. Autrement, c'est le cafard assuré. Plus simple : ne le regardez pas. Même quand notre trio infernal pique-nique dans un champ, sous un soleil de plomb et un ciel que l'on devine d'un bleu éclatant derrière les filtres utilisés par Gélin, tout paraît gris et mort. Comme dans beaucoup de films français, la prise de son est également à chier et n'arrange rien à notre mal de crâne. On cherche les sous-titres anglais sur le net, histoire de piger une ou deux phrases. En vain. Il faut dire que Nick Duvauchelle n'est pas non plus réputé pour son excellente diction, et que François-Xavier Demaison a davantage de poils sur la langue qu'au-dessus du crâne.




Ce film est aussi l'occasion de constater le mépris parisien pour la province. Dans une campagne plate, pas de réseau. Nos personnages perdent patience ! Ils montent dans un bus sans âge, tout droit sorti des années 80, qui les emmène droit vers les emmerdements sur une départementale toute cabossée. Beaucoup de mépris aussi pour la populace locale, que ce soit des gendarmes bien intentionnés, qui leur demandent un autographe parce que l'un d'eux est le fils d'un acteur de feuilleton télé minable, ou des vieux sympathiques, qui supportent avec le sourire leurs attitudes hautaines dans l'autobus. Le comble du glauque est atteint lors de cette scène hautement anxiogène dans un night club d'Aix-en-Provence où les trois zigotos ont l'air de penser très fort au suicide, coincés dans un décor vraisemblablement inspiré de la ville de Pripiat (Припять), subissant les amusements des dégénérés mentaux qui les entourent. Ils finissent toutefois par se prendre au jeu et Nick Duvauchelle nous livre une interprétation coup de poing de la chanson phare de Toto Cotugno, L'Italiano. L'acteur a perdu 3685 followers sur Twitter et 25850 fans sur Facebook suite à cette scène (alors qu'il n'en comptait pas tant), sans parler de ses cheveux...




Le film, qui a le look d'un téléfilm de sixième partie de soirée, est construit comme un road movie freiné dans sa course laborieuse par un enchâssement ridicule de flashbacks explicatifs. Un premier flashback nous montre une scène de foot entre amis, qui ferait détester le foot entre amis à n'importe qui. Ces flashbacks rythment le film et nous sont utiles pour comprendre les liens qui unissent les personnages entre eux, et leur rapport spécial avec Charlie, interprétée par Mélanie Thierry, la raie humaine (Aetobatus narinari thierry). Charlie tousse, elle a des glaires, elle est malade, mais le cache à ses meilleurs potes, pour ne pas les embêter avec ça. Dans mon cercle de potes, je passe pour celui qui aime défendre les femmes aux tronches originales, celui qui se plaît à souligner leur charme singulier, quitte à me retrouver dans la situation d'Erin Brokovich, c'est-à-dire seul contre tous. Avec Mélanie Thierry, je peux pas. Je déclare forfait. J'aime l'atypique et tout ce qui est de guingois. Mon vieil appartement en est la preuve. Mais Mélanie Thierry dépasse mon seuil de tolérance. Elle passerait inaperçue au milieu de la fameuse clique de fumeurs de oinjs de Courtauly & Saint Benoît, avec sa tronche de belge enfarinée et ses habits de clodo. Elle passerait incognito au marché de Mirepoix, entre deux vendeurs de fripes, en train de mendier quelques centimes auprès de touristes anglais à bout de nerfs.




Dans une scène ô combien méprisable, on s'aperçoit que, comme d'habitude, ces personnages sont richissimes et habitent dans des appartements de 8000m² avec jardin, en plein cœur de Paris. Ils n'hésitent pas à insulter sans ménagement leur domestique d'origine chicanos quand celle-ci les gêne pendant qu'ils jouent à Fifa 12 sur un écran mural de 4 mètres d'envergure. Ils sont donc misogynes en plus d'être racistes. C'est à la suite de cette partie de foot virtuelle qu'ils apprennent la mort de Charlie. Et c'est là qu'on se rend compte que ce ne sont pas des mauvais acteurs, mais de très mauvais acteurs. On ne peut s'empêcher de souhaiter une mort rapide bien qu'extrêmement douloureuse à chacun de leur personnage. Pierre Niney passe tout le film sur la banquette arrière, sans ceinture de sécurité, la tronche plongée entre les deux sièges avant, déblatérant des saloperies à ses deux collègues, à la façon d'un débile mental sous acide. En le voyant comme ça, on ne rêve que d'une chose : que le conducteur freine un coup sec. Et est-ce normal d'avoir envie de s'arracher le cœur quand Nick Duvauchelle apprend, les larmes aux yeux et dans une interprétation qui cumule tous les clichés, qu'il va être papa ?!

Ce film confortera les haters du cinéma français dans leur opinion et leurs préjugés. C'est à pleurer.


Comme des frères d'Hugo Gélin avec Nicolas Duvauchelle, François-Xavier Demaison, Mélanie Thierry et Pierre Niney (2012)

30 octobre 2014

Zero Theorem

Zero Theorem offre l’opportunité pas si fréquente de jeter un œil, curieux et malsain, sur le dernier geste libre d’un homme sur le point d’être interné en HDTT (Hospitalisation à la Demande d’un Tas de Tiers) dans un hôpital psy. Les gens se demandent souvent, à propos des fous : « C’était quoi son dernier acte avant de finir à l’ombre ? » Pour Terry Gilliam, la réponse sera donc : Zero Theorem. Gloubi boulga, méli-mélo, fourre-tout, Zero Theorem est un film totalement dépourvu de sens dans lequel on reconnait tous les films précédents de Gilliam, cinéaste en déroute mentale qui bégaye son cinéma. Tiens, Brazil par ci, The Fisher King par là, L’armée des douze singes ci-après et tous les autres ci-contre. Gilliam, bloqué sur 1984 depuis au moins 1984, nous déballe une énième dystrophie crasseuse. C’est un objet filmique d’une laideur à toute épreuve, comme le film de John Woo A toute épreuve, d'une laideur à toute épreuve, comme le film de John Woo.


Le futur selon le visionnaire Terry Gilliam. Y'aurait pas comme un air de Déjà vu ?

Scénario monstrueux donc pour un film d’une hideur sans pareille, et ce ne sont pas les seuls symptômes de la folie douce de Gilliam, qui a aussi flashé comme un malade sur Mélanie Thierry, faisant de l’actrice un pur objet sexuel, et c’est aussi touchant que malaisant. Devant cela on repense à certains de ces tontons qui sont tombés amoureux d’une compagne que leur neveu a pu ramener par mégarde à la maison pour un week-end en famille, et qui, louchant sur la nouvelle venue, ont passé des plombes à répéter : « Elle est vrrrrrrraiment mignonne ta copine », prononçant « mignonne » en mimant deux obus avec les mains dans un geste sans équivoque. Gilliam est un peu comme ces tontons. Et pourtant, il est parvenu à dégoûter tous nos cousins de son cinéma, des fans de longue date, que ce seul film a suffi à ébranler dans toutes leurs certitudes, remettant en cause leur goût même du cinéma, écroulant leur cinéphilie, à la charpente certes bien branlante.


Gilliam a proposé de jouer la main dans cet insert.

Christoph Waltz, en mode crâne d’œuf halluciné posé sur un corps de protagoniste du jeu Worms, joue un pur illuminé des familles, dépourvu de sourcils et impatient de pénétrer dans ses propres rêves délurés (autant d’offenses caractérisées au bon goût), ce qui finira bien sûr par lui arriver, comme dans tout bon film de Gilliam qui se respecte. Les rêves de Gilliam n’ont pas beaucoup bougé depuis des lustres, devenant juste plus gerbants de film en film. On peut sans scrupule ne pas tenir une seconde et demi devant cette décharge. C’est bien légitime. On ne conçoit pas une once de respect pour l’homme qui a filmé ça et qui jouit encore, malgré tout, d’une forme d’admiration béate de la part de tout un public, y compris pour de telles insanités. Un public tout de même délesté de nos cousins, qui, tels les fans de Radiohead qui sont allés au terme de King of Limbs pour en avoir le cœur net, se sont infligés Zero Theorem jusqu’à la lie, pur chemin de croix, pour s’assurer d’avoir définitivement paumé la foi. Quelques fans de Terry Gilliam en moins sur sa page Facebook. Quelques uns de plus, bizarrement, sur celle de Mélanie Thierry.


Zero Theorem de Terry Gilliam avec Christoph Waltz, David Thewlis, Mélanie Thierry, Matt Damon et Tilda Swinton (2014)

4 janvier 2011

L'Autre Dumas

On va pas reparler de la polémique qui a tourné autour du film : Alexandre Dumas était fils d'haïtien et le réalisateur a choisi un Depardieu blanc comme neige et blond platine quoique affublé de quelques frisottis couleur de blé, pour incarner l'illustre écrivain. Scandale ou circonstances atténuantes ? Trahison ou libre transposition ? Racisme ou xénophobie ? C'est comme chacun voudra. Il est vrai que le sol Français compte peu d'acteurs noirs connus faute de les mettre à l'affiche. Roshdy Zem aurait pu faire l'affaire mais il est trop fitté et reste coincé dans les rôles de dealers, de pères de dealers, de pères de filles emmerdées par des dealers ou de fille de dealers. Légitimus est fatigué et Smaïn est grillé dans le métier à force de se la raconter et d'emmerder tout le monde. Il y aurait eu d'autres candidats potentiels, des dizaines, en cherchant environ une minute, mais l'équipe du film n'ayant pas pris la peine de le faire, ce n'est pas à moi de me taper le boulot. Je suis comme le chien de Nivelle qui fout le camp quand on l'appelle.
 
 
 
On peut considérer que Depardieu correspond d'une certaine façon au personnage de Dumas tel qu'il était dans la vie, dans ses gestes du quotidien, ou tel que le cinéaste a voulu le montrer en tout cas : bon vivant, truculent, ventripotent, limite gerbant. On peut toutefois regretter qu'un tel personnage, écrivain Français reconnu, du "patrimoine", non-blanc, soit incarné par un visage pâle, voire écarlate... On peut aussi s'en foutre et dégueuler à qui veut l'entendre que Gérard Depardieu est un grand acteur, que la couleur de peau de Dumas ne résumait pas Dumas, que la ressemblance physique est finalement, dans la limite du raisonnable, le critère le moins capital du travail de comédien, à partir du moment où l'on se détache un peu des vérités historiques contraignantes qui empêchent l'adhésion à un personnage par trop de vérisme inconsistant. Le mieux serait alors de réaliser un film sur la vie de Guy de Maupassant et de le faire interpréter par Mouss Diouf. Avec les mêmes arguments. J'attends.
 
 
 
En tout cas le film se regarde, il se regarde plusieurs fois même puisque je l'ai maté en treize fois sans voir la fin. La narration est légèrement originale et les acteurs sont sympathiques même s'ils tirent une tronche de six pieds de long d'un bout à l'autre du film. C'est pas trop mal. Poelvoorde joue bien par exemple. Depardieu aussi. Mélanie Thierry itou. Ça manque cruellement d'humour mais ça se regarde avec un certain intérêt, par moments... Non c'est naze en fait.  
 
 
L'Autre Dumas de Safy Nebbou avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Mélanie Thierry (2010)

7 novembre 2010

La Princesse de Montpensier

Rassurez-vous sur mon cas, je ne suis pas allé le voir par goût mais par nécessité. Et c'est complètement à chier... Mal filmé, maladroitement, lourdement... C'est horriblement mal joué, et Lambert Wilson ne suffit pas à sauver le navire du naufrage causé par d'énormes trous dans la cale, trous qui portent les noms de Grégoire Le-Prince-Ringuet, de Michel Vuillermoz, ou encore de Florence Thomassin, avarie qui propulse le navire qu'est ce film par cent mille mètres de profondeur en deux temps trois mouvements. Le premier, Le Prince Ringard, incarne un éternel adulescent qui approche la quarantaine sans avoir jamais mué et qui a abandonné l'espoir de dépasser les 1m10 bras levés. Le second, sociétaire de la comédie française, déclame ici son texte comme du Molière (et encore, je lui fais un cadeau là...) alors que c'est du mauvais Tavernier. La troisième (Thomassin pour ceux qui se paument au bout de cinq lignes) récite son texte et ça me fait le même effet que quand je mate pendant des plombes le chat de mon père (astucieusement prénommé Tremors) qui miaule derrière la vitre du salon en fixant le carrelage de son regard aveugle. Passé ce petit clin d’œil à mon chat préféré, je reviens à mes moutons : il faut voir la performance de Florence Thomassin dans ce film, c'est une leçon de sabotage. Les trois réunis, Le-Prince-Ringuet, Vuillermoz et Thomassin, c'est un carnage. A côté d'eux Mélanie Thierry, qui a "explosé" avec Babylon A.D., le chef-d’œuvre visionnaire de Mathieu Kassovitz, s'en sort pas mal.
 



 
Pour causer un peu du scénar... j'ai même pas envie d'en causer du scénar ! C'est tiré d'une nouvelle (le film fait pourtant presque trois plombes) de Madame de Lafayette. On se demande bien ce que Tavernier veut nous raconter au final. Le destin d'une femme du monde brisé par la convoitise des hommes de pouvoir ? Un portrait sans pitié de l'époque ? Cette époque de guerre entre catholiques et huguenots que Tavernier semble prendre plaisir à dépeindre en donnant à son film un aspect documentaire vraiment chiant ? Il espérait sans doute rafler la mise aux Césars comme Patrice Chéreau en son temps, qui fit frémir l'hexagone avec La Reine Margot, un autre grand film sur la France, filmé dans de beaux décors, paré de belles musiques, distribuant une pelletée d'acteurs célèbres et jonglant entre l'amour et le sang. Mais Tavernier ne jouit pas vraiment du statut de grand auteur austère dont peut se vanter Chéreau, et Mélanie Thierry est loin de l'aura que dégageait Isabelle Adjani à l'époque. Par ailleurs la séquence historique la plus marquante de La Princesse de Montpensier n'est pas un grand bain de sang déjanté et éprouvant mais une nuit de noces forcée où la demoiselle est dépucelée dans la douleur, surveillée jusque dans ses saignements par une femme de chambre omniprésente tandis que son père et son beau-père jouent aux cartes assis sur le bord du lit pour s'assurer du bon déroulement de la cérémonie d'accouplement. En dehors de l'éventuel intérêt documentaire de l'anecdote, il n'y a pas de quoi applaudir Tavernier, qui filme presque la scène avec cette vulgarité qui la constitue et qu'il veut condamner. Peut-être aussi que le cinéaste a voulu faire un film non seulement historique mais puissamment romanesque, sauf que son récit est plein d'incohérences, ou disons de manques... y'a des courants d'air là-dedans qui m'ont complètement enrhumé.




Je l'ai vu à une avant-première, en présence de Tavernier et de Gaspard Ulliel, doté de ce charme fou qu'il entretient grâce à des habits très chers et à une coiffure en plâtre qu'il ne quitte plus depuis la pub de Scorsese qui l'a révélé. Ulliel qui n'a pas de chance non plus car il sonne apparemment assez creux, d'après les réponses qu'il a pu donner aux questions que ses fans lui posaient. Son personnage est quant à lui complètement débile, remarquez. Mais je ne m'étendrai pas sur un quelconque grief à l'encontre de la fossette balafrée du cinéma français, c'est pas de ça du tout dont je veux parler. Tavernier dit avoir pensé à La Prisonnière du désert pour son plan final, mais précise qu'il n'a pas voulu l'imiter, parce que c'est de toute façon trop beau. "Si un jour j'arrive à faire le centième de ce que fait Ford dans ce plan, sans dialogues ni rien, je pourrai dire que j'ai accompli quelque chose". Au moins est-il lucide, notre Tavernier hexagonal putain d'aussi bavard que son propre film. Mais il est aussi aux fraises... Renoir, expliquant son souhait avec La Règle du jeu de s'éloigner du naturalisme de La Bête humaine pour retrouver le classicisme de Marivaux, Beaumarchais ou Molière, disait : "C'est très ambitieux, mais je vous ferai remarquer, mes chers amis, que quitte à prendre des maîtres il vaut mieux les prendre grands ; ça ne veut pas dire qu'on se compare à eux, ça veut tout simplement dire qu'on essaie d'en prendre de la graine". Tavernier pourrait essayer d'atteindre le centième du génie de Ford, déployé en un seul plan, certes magnifique, ça serait au moins ça... Au lieu de quoi son film est parfaitement raté, et les critiques ont eu raison de le descendre à sa sortie à Cannes.


La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier avec Mélanie Thierry, Gaspard Ulliel et Lambert Wilson (2010)

16 décembre 2008

Babylon A.D.

J'ai lu la moitié du roman de Maurice Gibert-Joseph Dantec, et la moitié de ce roman c'est 500 pages feuillets doubles, petits carreaux non perforés. Et je viens de voir la moitié du film qu'en a tiré Mathieu Kossovare, le problème c'est que c'est la même moitié, alors je connais toujours pas la fin. Ne me demandez pas ce que veut dire le "A.D" du titre. Mieux, si vous savez ce que ça veut dire, abstenez vous de me mettre au jus, parce que j'en ai vraiment rien à secouer. Avec ce film, tourné en langue anglaise, filmé au Texas, produit par la Twentieth Century Fox, et dont le rôle principal est incarné par un acteur Américain de seconde zone qui réunit à lui tout seul tous les plus accablants clichés de l'actorat Hollywoodien riche en testostérone, Kassovitz avait l'intention de prouver qu'en Europe il était possible de rivaliser avec les Américains, et de réaliser un grand blockbuster à effets spéciaux de qualité, dans la veine de Cécil Blount DeMille. Au final tout ce qu'il y a d'Européen dans ce film, c'est la nationalité du gros taulard qui a écrit le best-seller de mes deux dont le film est tiré, et celle du niais qui a réalisé cette adaptation dont il a fait l'œuvre de sa vie, pour mieux la renier, prétextant qu'il n'avait pas eu le final cut, quand il s'est rendu compte qu'il avait filmé une merde.



Kassovitz a aussi parlé d'une certaine querelle entre lui et Vincent Diesel. En réalité, le frenchy comptait sur son acteur fétiche Vin Cassel pour tenir le premier rôle du film, mais ce dernier l'a poussé dans les orties en l'appelant "mémé", car même s'il lui sait gré de l'avoir lancé pour de bon avec La Haine, Cassel n'en peut plus d'être roulé dans la boue par son ami d'enfance qui est devenu son ennemi juré depuis Les Rivières Pourpres. Alors Kassovitz s'est pris le bec avec son second choix, Vince Diesel: 62 versus 112 kilos, inutile de vous dire qui a eu le dernier mot... 32 centimètres de tour de cou chez Mathieu, 96 centimètres de tour de collier pour Vince Diesel... 1m75 bras levés du côté de Kassovitz, 2m02 au garrot pour Vince SansPlomb95. Enfin bref tandis que Kassovitz chausse du 42, l'autre va nus pieds depuis son adolescence car rien dans le commerce ne correspond à sa pointure inchiffrable, même en dehors du commerce, aucun contenant ne peut accueillir ses pattes. Lors des rares soirées des Oscars auxquelles il assiste en tant que boddyguard de l'acteur The Rock, on l'a vu déambuler avec des planches de surf aux pieds, simplement reliées à ses orteils par des cordages, pour vous donner une idée des pieds de ce mec. Si Vin Diesel devait un jour porter du cuir autour de ses pieds, il aurait plus vite fait d'enfoncer directement ses pieds dans le cul de deux vaches adultes, pour éviter à un jeune apprenti cordonnier de voir sa vie défiler, sa vieillesse l'atteindre et sa mort le frapper en ayant jamais travaillé qu'à une seule paire de pompes. Si vous cherchez quelques anecdotes croustillantes sur le cas Diesel, vous aurez tôt fait de découvrir que c'est bel et bien Spielberg qui l'a lancé dans Il Faut Sauver Le Soldat Ryan. Mais en réalité, si c'est bien dans ce film qu'il est apparu pour la première fois sur un écran, c'est néanmoins bien plus tôt qu'il a donné un premier coup de main à Spielberg, ou plutôt un coup de patte, puisque c'est sa seule démarche nonchalante qui a permis cet effet spécial désormais culte des ondulations à la surface de l'eau dans Jurassic Park, à l'approche du T-Rex.



J'ai maté ce film avec Félix, qui m'a très tôt demandé en pointant Vin Diesel du doigt: "C'est lui Gong Lui ?". Parce que dans cette scène, Vin Diesel donnait la réplique à Gong Li dans une inépuisable série de champ-contrechamp. Il m'a avoué qu'il confondait toujours ces deux acteurs. Au final je me suis endormi, j'étais bien... Je digérais difficilement (peut-être à cause de la façade mal crépie de Mélanie Thierry) un kilo-litre de soupe de légumes noyée de crème fraîche et de fromage rapé qui avant de fondre dans mon estomac comme un pavé dans la marre, venait de fondre dans ma bouche comme un pavé sur la gueule d'un flic. Félix était vexé d'endurer cette horreur seul, et il m'a rapidement remis dans le rang avec un coup de pied latéral idéalement placé entre mes deux yeux.

Je me demande toujours comment il fait, Kassovitz, pour revenir en France toutes les quinzaines donner des leçons de cinéma et de vie, alors que c'est quand même peut-être le pire homme, en tout cas en tant que tel.

P.S. Si y'en a un parmi vous qui sait ce que veut dire A.D., je veux tout de même savoir à quelle sauce j'ai été mangé.


Babylon A.D. de Mathieu Kassovitz avec Vin Diesel, Gong Li et Mélanie Thierry (2008)