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18 janvier 2023

Halloween Ends

Ça y'est, c'est fini ! Ouf ! La trilogie de David Gordon Green s'achève enfin. Il ne devrait plus y revenir, vu les résultats au box office qui vont logiquement décrescendo. Bon, il paraît qu'il s'attaque maintenant à un remake de L'Exorciste, mais je préfère ne pas encore y penser. Chaque chose en mon temps, comme disait Yves. Pour l'instant, réjouissons-nous de cette conclusion tant ce fut laborieux et douloureux d'y parvenir. Après deux films passés à tourner en rond, à ridiculiser des personnages bien connus et à brasser du vide en abordant plus ou moins des thèmes dans l'air du temps, David Gordon Green a décidé cette fois-ci de s'entourer de toute une équipe de scénaristes pour essayer de se renouveler, d'apporter quelque chose d'un peu neuf à sa trilogie. Il était temps. Le piteux semblant de nouveauté apporté ici m'a tout de même permis de suivre cet ultime volet avec moins de difficulté, sans trop souffrir. Je m'attendais à la bouse ultime et j'ai donc été un peu surpris, les épisodes précédents étaient pour moi bien plus compliqués à encaisser. Je l'avoue : la scène d'ouverture, sur laquelle je reviendrai, m'a même plutôt emballé, c'est le meilleur moment du film et, heureusement, on est supposé l'ignorer au moment de la découverte dudit film...




Contraint par le COVID de changer les plans d'une trilogie dont l'action devait initialement se dérouler sur une paire de jours seulement, David Gordon Green va donc à l'encontre des attentes du spectateur en situant ce troisième opus quelques années après Halloween Kills. Michael Myers a disparu de la circulation après ses sanglants exploits mais les habitants d'Haddonfield demeurent traumatisés et le mal semble s'être répandu dans la ville, sujette à de nombreux événements sordides (suicides, agressions, cambriolages, chiens et chats perdus, pertes de clés, droite au pouvoir, etc.). L'introduction nous propose donc d'assister à l'un de ces événements : on y rencontre le jeune Corey Cunningham (peut-être un clin d’œil au réalisateur du premier Vendredi 13...), gaillard de vingt berges engagé comme baby-sitter pour garder le gosse infect d'une riche famille de la ville. Alors que The Thing passe à la télé (vous avez la rèf là aussi ?), le gosse ne trouve rien de mieux à faire que d'enquiquiner son garde-chiourme en le rappelant à sa condition de souffre-douleur du bled et en provoquant une partie de cache-cache endiablée dans l'immense baraque. Le petit jeu tourne au vinaigre quand le gamin bascule accidentellement dans le vide, du haut des escaliers, et atterri trois étages plus bas, sous le regard stupéfait de sa mère, tout juste rentrée de sa soirée. Compte tenu du bruit sourd émis à l'atterrissage, de l'angle contre-nature pris par le petit corps et de la mare de sang qui se forme dans tout le hall, nul besoin d'autopsie : le pauvre gamin a claqué sur le coup et n'a (hélas) pas trop souffert... 




Après cette ouverture plutôt efficace qui aboutit à une énième variation lourde de sens autour du fameux générique, ritournelle habituelle sensiblement revue et corrigée par un trio Carpenter que le travail n'a pas dû submerger, nous retrouvons donc Laurie Strode et sa petite-fille dans leur maison d'Haddonfield, vivant dans une ambiance plutôt sereine et apaisée. La première écrit ses mémoires, ce qui permet des flashbacks explicatifs lourdauds (mais bien pratiques pour les plus malins d'entre nous qui ont su éviter les chapitres antérieurs et n'auraient pas pu échapper à celui-ci), tandis que la deuxième taffe dans une clinique aux côtés d'un vieux médecin imbuvable et d'une collègue odieuse. Mais c'est donc surtout Corey Cunningham que nous suivons de plus près, et c'est peut-être la partie la moins complètement inintéressante du film. Le parallèle et les correspondances opérés entre le jeune homme et Michael Myers se font de plus en plus insistants (sa tronche enfarinée rappelle vaguement celle du Michael Myers entraperçue dans l'œuvre originale, il bosse dans un garage en combinaison grise anthracite idoine, il se relève de la même manière que l'Undertaker quand il se retrouve au sol, etc., vous aurez compris que DGG ne fait jamais dans la dentelle). Jusqu'au jour où, croyant avoir trouvé refuge dans les bras de la petite-fille de Laurie (tout le versant du film, assez conséquent, consacré à leur romance est tout simplement affligeant), Corey se voit de nouveau enquiquiné par les tocards du coin, finit balancé par dessus la rambarde d'un pont (décidément !) et termine la nuit dans les égouts, le repère d'un Michael Myers extrêmement diminué qui contamine son jeune et malheureux visiteur en le regardant dans les yeux lors d'une scène assez ridicule... 




Avec cette ville farcie de crétins finis sur laquelle plane l'ombre d'une malédiction ancestrale, où sommeille dans l'antre obscure un démon à peine endormi prêt à se réveiller à tout moment, cet Halloween rappelle étrangement les récits de Stephen King et notamment Ça. Mon analyse sur ce point-là n'ira toutefois guère plus loin : je fais ça bénévolement, rappelez-vous, pour mon seule plaisir personnel, sans aucune autre ambition, et loin de moi l'idée de me replonger dans King et les adaptations moisies de ses bouquins pour étayer ma fragile comparaison. Je suis plus à l'aise dans l'autoanalyse, à essayer de comprendre comment j'ai pu mieux vivre cet ultime épisode dont le scénario écrit à dix mains paraît torché à la va-comme-je-te-pousse comme pour respecter des délais de production intenables. David Gordon Green cherche donc timidement à renouveler la saga. C'est beaucoup trop tard et plutôt pathétique, mais il essaie et c'est tout de même un peu moins insupportable que l'étalage de débilités prévisibles subies dans les deux précédents opus. Aussi, le côté nanard paraît ici beaucoup plus assumé. On se prend bien moins au sérieux qu'en 2018 et c'est tant mieux. Il y a des scènes qui flirtent avec la parodie, pas mal de détails humoristiques disposés ici ou là, plutôt bienvenus. Il est simplement un peu dommage que cette espèce de je-m'en-foutisme parfois comique éclabousse les personnages-clés de la saga (si l'on peut parler de "personnage" quand on évoque la figure de Michel Myers). 




Laurie Strode n'a jamais été aussi risible que là-dedans, à déblatérer sa grande théorie sur les différentes formes de mal au petit matin sur son rocking-chair histoire de nous expliquer clairement où le cinéaste veut en venir. On a presque de la peine pour la sympathique Jamie Lee Curtis, qui mérite bien mieux que ça. Le film touche le fond quand il nous propose un énième affrontement musclé entre Laurie Strode et son ennemi juré. Un passage obligé, qui se déroule ici dans la cuisine de la maison : après avoir pris quelques coups de poêle à frire, Myers finit coincé sous le réfrigérateur, crucifié au plan de travail par divers ustensiles bien aiguisés. C'est à pleurer ! Un souffle ténébreux balayait les pavillons de banlieue du film de Carpenter, qui baignait dans la si belle lumière funèbre et automnale de Dean Cundey ; une odeur de pet, des reflets du néant absolu et un abîme de nullité irriguent chaque plan du film final de Gordon Green. En 1978, les lieux les plus communs et familiers paraissaient hantés, maudits. Ici, on s'interroge sur le contenu du frigo abattu sur Myers ou la marque de cette poêle si solide qui l'a sonné du premier coup. On sent que la figure du fameux boogeyman n'intéresse plus David Gordon Green, il n'en fait strictement rien, en dehors de quelques clins d'œil inévitables qui s'apparentent plutôt à de violents coups de coude administrés dans les côtes du spectateur et de deux trois tristes plans en contre-plongée faits pour la bande-annonce. Bon, j'essaie de trouver du positif là-dedans, après y avoir paumé six heures de ma chienne de vie au total, mais il ne faut pas se mentir, c'est d'une pauvreté absolue et il n'y a pratiquement rien à sauver. 

C'était la triste fin du petit enfant huître.


Halloween Ends de David Gordon Green avec Jamie Lee Curtis, Andi Matichak et Rohan Campbell (2022)

21 janvier 2020

Roadgames

Imaginez Fenêtre sur cour mixé avec Duel et vous aurez déjà une petite idée de ce qu'est Roadgames, thriller culte venu d'Australie, connu en France sous le titre assez bête de Déviation mortelle et récemment édité en blu-ray sous la houlette de Jean-Baptiste Thoret dans la chouette collection "Make My Day". Réalisé en 1981 par Richard Franklin, à partir d'un scénario signé Everett De Roche (auquel on doit également d'autres titres importants du cinéma de genre australien de cette période comme Harlequin, Long Weekend ou Razorback), ce film est une retranscription sur route, intelligente et assumée, du grand classique d'Alfred Hitchcock. La chambre de James Stewart dont la vue donne sur les appartements d'en face est ici remplacée par la cabine exiguë d'un camion conduit par le fringant Stacy Keach, chauffeur à l'imagination galopante qui voit celle-ci stimulée par les spectacles curieux auxquels il croit assister derrière son volant. Notre routier, qui doit traverser la vaste plaine du Nullarbor pour amener son énorme cargaison de viande à Perth, est convaincu d'être sur les traces du serial killer qui sévit dans la région, semant des cadavres en morceaux sur son passage et parcourant les routes dans un van vert aux vitres teintées, derrière lesquelles tout est possible, et sur lequel finit systématiquement par retomber notre héros.






Si les petits clins d’œil et les références plus substantielles au maître du suspense sont légion, Roadgames ne se présente pas pour autant comme un vulgaire pastiche forcément inférieur à son si prestigieux modèle. Le film de Richard Franklin parvient très vite à exister par lui-même. D'abord parce que l'on s'intéresse d'emblée à ce personnage de routier au verbe facile et à l'imagination au moins aussi fertile que celle de nous autres spectateurs, friands et habitués à de tels scénarios et également enclins à faire du quidam à la tronche patibulaire croisé par hasard sur une aire d'autoroute le dangereux psychopathe sorti tout droit d'un film américain. Stacy Keach incarne avec une gouaille irrésistible ce routier dont on ne sait d'ailleurs pas trop ce qui a bien pu le mener à choisir ce métier qu'il assume plus ou moins, en dehors de son besoin de divaguer en solo ou accompagné. Ce qu'il aime, en effet, c'est surtout philosopher au volant et discuter avec son fidèle animal de compagnie, un superbe dingo au calme olympien. Le spectateur est immédiatement complice de ce personnage si cool, à l'opposé des héros habituels de films d'action, de cet homme d'esprit, aimant la musique classique, la poésie et qui, par désœuvrement mais pas uniquement, se plaît à imaginer l'ambiance et les vies des occupants des véhicules qu'il dépasse le sourire aux lèvres.






Quand notre chauffeur embarque une bonne femme abandonnée par son odieux mari ou une jeune et jolie auto-stoppeuse en fugue, nous découvrons de nouveau des personnages sympathiques, agréables, qui donnent toujours lieu à des échanges délicieux. Les dialogues sont en effet très soignés, avec quelques répliques qui tapent dans le mille. Au passage, avec tous ces atouts en main, on comprend aisément pourquoi on tient là l'un des films de chevet de Quentin Tarantino, un titre régulièrement cité et mis en avant en interviews par le plus connu des réalisateurs-cinéphages. A l'aise dans les différents registres qu'elle est amenée à jouer, Jamie Lee Curtis apporte une fraîcheur bienvenue, son duo avec Stacy Keach, qui tombe rapidement sous son charme, dégage une certaine alchimie. A la toute fin du film, on se dit que l'on ferait encore bien volontiers un bout de chemin en leur compagnie, avec le dingo tranquille roulé en boule sur nos genoux.






Le film de Richard Franklin captive également par son ton très singulier, par ces ruptures fréquentes où l'humour noir, l'esprit comique lunaire et nonchalant véhiculé par le personnage principal, laisse soudainement place au suspense, à l'action, avec des détails parfois glauques et morbides. Des scènes qui relèvent du thriller pur, où le suspense fonctionne ma foi plutôt bien, sont régulièrement désamorcées par des saillies comiques de bon aloi, une ironie étrange et une absurdité assumée qui créent un décalage réjouissant. Au-delà du simple plaisir de cinéphile pris devant cette variation habile de Fenêtre sur cour, plaisir pris à remarquer les différentes accolades à Hitchcock (cela va du petit surnom donné par notre camionneur à son auto-stoppeuse, Hitch, au magazine culturel avec le fameux profil du cinéaste en une que cette même auto-stoppeuse découvre à l'arrière de la cabine, en passant par des plans et des situations qui rappellent inévitablement le cinéma hitchcockien), Roadgames est donc plein de qualités inattendues qui rendent sa découverte particulièrement plaisante. Ceux qui en font un titre majeur de la Ozploitation ne s'y trompent pas.






Enfin, si le charme opère, c'est aussi parce que le film de Richard Franklin a vraiment fière allure et qu'il est farci d'idées de mise en scène et de trouvailles visuelles étonnantes, lui conférant par moments une ambiance onirique très appréciable. Il y a dans Roadgames un lot notable d'images marquantes, quelques visions qui restent collées à nos rétines, comme ce van qui apparait au milieu de la plaine, dans la nuit, d'un seul coup éclairé par les flashs saccadés d'un orage silencieux, ou encore ce Stacy Keach halluciné et emporté par ses divagations, dans les yeux duquel viennent se juxtaposer les phares rougeoyants du véhicule qu'il suit, par le jeu des lumières reflétées sur son pare-brise. Toutes proportions gardées, cette dernière image, issue d'une courte et belle parenthèse quasi psychédélique, rappelle un peu le passage dément du Sorcerer de William Friedkin, quand Roy Scheider, en proie à un délire sinistre, termine seul sa route désespérée au volant de son camion. Dans un tout autre style, on retiendra aussi ce long et très beau panoramique au milieu d'un bar miteux où fait halte notre routier pour passer un coup de fil, ce mouvement de caméra ample et minutieux nous offre un parfait tableau de ce coin perdu et de ses autochtones peu commodes avec, comme immanquable décor, des peintures sur les murs qui représentent des scènes violentes de l'histoire de l'Australie. Ces scènes si inspirées vous donneront envie de creuser davantage la filmographie de Richard Franklin, à commencer par le plus inégal Patrick, récompensé à Avoriaz en 79 et qui jouit d'une belle réputation, voire de vous risquer à découvrir la suite de Psychose qu'il a osé réaliser, porté par son admiration sans borne pour le grand Hitch.






Au bout du compte, Roadgames est donc un drôle de road movie, sans réel point de mire, où le but n'est pas de partir d'un point A pour arriver à un point B, après avoir dû surmonter divers obstacles. Pas de chasse à l'homme trépidante au programme mais plutôt une traque hasardeuse qui semble tourner en rond, un jeu de piste ludique et surtout nourri par les fantasmes des uns et des autres. Aussi, ce n'est pas un sentiment de liberté qui est communiqué par la mise en scène mais plutôt celui d'un enfermement, d'un écrasement, avec la sensation d'être coincé avec ces pauvres âmes sur un bout de terre inhospitalier, terriblement aride et désespérément plat, que Franklin filme comme le bout du monde. Alors certes, on pourra regretter un final un brin décevant, où la tension peine à éclater véritablement, ainsi qu'un rythme global parfois déconcertant, mais ces légers bémols ne suffisent guère à entamer toute notre sympathie pour ce film éminemment plaisant et plein de charme, au statut tout à fait mérité et que l'on recommande chaudement à tous les curieux. 


Roadgames (Déviation mortelle) de Richard Franklin avec Stacy Keach et Jamie Lee Curtis (1981)

10 novembre 2018

Halloween (2018)

Les fans de John Carpenter sont comblés en cette fin d'année 2018 : le "Maître de l'Horreur" est à l'honneur. La ressortie de quelques-uns de ses meilleurs films dans des versions restaurées (Fog, They Live, Escape from New York et bien sûr Halloween) et sa petite tournée où il réinterprète ses thèmes les plus connus sont accompagnées de multiples hommages, adressés par ses pairs, qui soulignent l'importance de son œuvre, ou écrits par des convaincus de la première heure, ravis de saisir l'occasion de répéter encore toute leur admiration. Cette nouvelle mise en avant semble indiquer que c'est au tour de l'Amérique de découvrir enfin plus largement quel grand cinéaste il était ; une prise de conscience qui paraît particulièrement tardive et redondante vue de chez nous et qui finirait presque par nous lasser... Plus sollicité qu'à l'accoutumée en raison de cette actualité, John Carpenter himself multiplie les interviews où il cultive nonchalamment son image de vieux bonhomme un peu aigri à l'humour cynique, amateur de basket et de jeux vidéos, qui plaît beaucoup sur la toile. Récemment, nous pouvions même le voir essayer péniblement de rejouer la ritournelle d'Halloween sur une console Nintendo, parfaitement à l'aise dans son rôle de vieillard acerbe, tandis qu'IMDb militait pour l'entrée du terme "carpenteresque" dans le dictionnaire. Au centre de toutes ces festivités, le film de David Gordon Green, qui se présente comme un hommage et une suite directe du classique de 1978, devait être la cerise de ce copieux gâteau. C'était donc avec une grande curiosité mêlée de crainte que nous allions découvrir sur grand écran le résultat, adoubé par un Big John dont on peut sérieusement douter de la sincérité.





Car à la sortie de la séance, force est de constater que ce nouvel Halloween a pour seul mérite de nous éclairer sur ce qui motive toute cette entreprise depuis le départ. Face à l'inanité terrible de ce nouvel opus, on remet les pieds sur terre et on se rappelle que l'argent est bien la seule chose après laquelle court tout ce beau monde, Carpenter compris, comme il le dit souvent sans la moindre gêne en interview ("I’m up for almost anything that involves money"). Devant cette sordide avalanche de connerie absurde que constitue cette dixième déclinaison d'une franchise ranimée par Jason Blum, on est désespérément à la recherche du moindre sens. Pourquoi ce film ? Quel est son intérêt ? Quelle est donc l'idée de base qui lui a donné jour ?! Y'a-t-il au moins l'embryon d'une idée ?!! On ne sait pas, on ne trouve pas, on ne se l'explique pas, tandis que le scénario minable signé David Gordon Green et son acolyte Danny McBride se déroule piteusement et laborieusement sous nos yeux, ponctué par quelques clins d’œils forcés à l'original et des allusions maladroites aux autres épisodes, pour ne fâcher personne.





C'est un petit moment a priori anodin qui joue paradoxalement un rôle de révélateur et fait office de douloureux rappel à la réalité. Dans la première partie du film, un couple de journalistes de pacotille enquêtent sur les meurtres survenus 40 ans plus tôt à Haddonfield, bêtement fasciné par le personnage maléfique de Michael Myers et la survivante traumatisée, Laurie Strode. La première scène pré-générique (sans doute la plus réussie de l'ensemble, la seule où le trouble et le suspense existent encore vaguement) nous montre ces podcasteurs du dimanche se rendre la bouche en cœur à l'hôpital psychiatrique où Michael Myers est interné, histoire de l'exciter un peu en lui agitant son vieux masque sous le nez (enfin non, pas exactement sous le nez, on risquerait de voir son visage, mais plutôt dans son dos, via une mise en scène qui n'a de sens que pour les cadrages qu'elle autorise à DGG). Nous sommes à la veille de son transfert vers une prison haute sécurité, une opération délicate évidemment programmée juste avant Halloween, comme d'habitude, et dans un bus minable, le "Mal à l'état pur" étant trimballé d'un point à un autre simplement menotté, aux côtés d'autres malades quant à eux totalement inoffensifs (mais nous n'allons pas énoncer toutes les inepties du film, ça serait bien trop long et épuisant).





Bref, avant que tout tourne mal et que l'autre couillon ne s'échappe encore, les deux journalistes se rendent chez Laurie Strode, qui vit désormais recluse non loin d'Haddonfield dans une baraque ultra sécurisée et ridicule au plus haut point (là aussi, passons). Ils sont d'abord bloqués au portail par une Laurie Strode qui leur signifie via l'interphone qu'elle n'a aucune intention de répondre à leurs questions pourries. Ce n'est que lorsque la journaliste lui propose la modique somme de 3000$ pour une entrevue qu'elle promet brève que le portail s'ouvre enfin. Voici bien tout ce qui résume ce nouvel Halloween. En échange d'un bon gros chèque, John Carpenter et Jamie Lee Curtis ont rempilé avec le sourire, le premier pour signer une bande-son potable et la seconde pour se ridiculiser en gesticulant pitoyablement dans la peau d'un personnage aberrant. L'appât du gain se mêle au plus vil opportunisme : l'original fêtant ses 40 ans, il s'agissait d'un bon prétexte pour se faire encore du fric et les mirobolants résultats au box office ont donné raison à Blum et sa bande.





Réussir un film d'horreur n'est pas à la portée de tous, cela nécessite un talent de metteur en scène particulier pour parvenir à faire naître la peur, susciter le trouble et stimuler l'imagination du spectateur. Ce n'est certainement pas dans les cordes de David Gordon Green, qui s'essayait pour la première fois à la tâche et qui s'avère totalement incapable de générer le moindre frisson ou de capturer une seule image marquante. Quand on manque de talent, on tombe dans la facilité et, très rapidement, le cinéaste montre plus de sang et de visages explosés qu'en 89 minutes chez Big John. C'est quand il prend le large et se permet quelques écarts que DGG semble plus à l'aise, dans son élément. Deux digressions comiques inutiles figurent ainsi parmi les seuls moments sympathiques du film : c'est d'abord un petit garçon au sens de la répartie bien affûté et très attaché à sa jolie baby-sitter blonde qui nous offre quelques répliques amusantes, puis c'est un échange débile entre deux flics au sujet de leurs casse-dalle respectifs qui nous éloigne un temps du parcours macabre si ennuyeux de Michael Myers.





Rien de très reluisant mais, l'espace de quelques secondes, on s'attache davantage à ces petits personnages de passage qu'à la famille Strode toute entière dont David Gordon Green convoque trois générations de femmes, histoire de surfer sur le mouvement #MeToo, toutes traumatisées chacune à leur façon par le drame initial. Laurie Strode est devenue une hystérique imprévisible qui ne vit que dans l'attente d'en découdre une bonne fois pour toute avec son ennemi juré. Elle a une jolie collection de flingues dans sons sous-sol et entretient des relations houleuses avec sa fille, qu'elle a élevée dans la peur et la paranoïa. Quant à sa petite-fille, car il en fallait bien une de cet âge-là pour que le public cible puisse s'identifier, elle vit mal l'absence et la folie de sa grand-mère. Quel beau programme... Face à elles, Michael Myers ne ressort guère grandi de cette nouvelle aventure, mais la palme du pire personnage du lot revient sans contestation possible au nouveau toubib de Myers, le docteur Ranbir Sartain, incarné par Haluk Bilginer, à qui nous devons les plus beaux dialogues. "So you're the new Loomis" dit Laurie Strode en le rencontrant pour la première fois, alors que les motivations du psychiatre sont à l'exacte opposé de celui jadis campé avec une malicieuse ironie par le regretté Donald Pleasance. "I'm a doctor, lock your doors !" s'écrit Dr Sartain en pleine rue alors que les habitants d'Haddonfield commencent à s'inquiéter des agissements du taré qui rôde. Ce sont ces répliques sorties de nulle part qui nous font sursauter et frémir.





Le film prétend peut-être traiter de la trace laissée par un si grand traumatisme chez les victimes, de la nécessité pour les femmes de s'affranchir des figures masculines oppressantes, de l'attirance et de la répulsion que le Mal exerce sur tout un chacun ou que sais-je... Mais tout cela est si bête et lourdingue qu'on ne peut guère creuser davantage ces voies interprétatives, et cela ne va jamais au-delà de ces sottes intentions. Du haut de ses deux pauvres idées de mise en scène, David Gordon Green accomplit même l'exploit surhumain d'anoblir la démarche, plus risquée et inventive, adoptée par Rob Zombie dans son reboot/prequel miteux sorti en 2007. Il passe aussi pour un sacré cancre en comparaison à la première suite signée Rick Rosenthal, qui commençait pile là où s'arrêtait le premier et n'avait franchement rien de honteux. John Carpenter avait signé un chef-d’œuvre au pouvoir de fascination encore opérant aujourd'hui et dont l'excellence reposait en grande partie sur une mise en scène particulièrement maîtrisée et intelligente qui savait entretenir le mystère et enrichir l'imaginaire. Les étoiles étaient alors parfaitement alignées, pour le succès que l'on sait... Avec un cinéaste qui avait déjà réussi deux trois choses à la barre, une équipe étonnante au scénario (Danny McBride devrait finalement se contenter de jouer les gros beaufs, c'est ce qu'il fait de mieux), un producteur puissant aux commandes et l'aval de Carpenter, on pouvait espérer un résultat au moins un brin intéressant cette fois-ci. Il n'en est rien. Le film a parait-il été retoqué suite à des projections-test, ce qui a l'air plus que probable vu l'allure brinquebalante du produit fini, et nous ne sommes même pas curieux de savoir ce à quoi il aurait pu ressembler sans ces modifications pour se conformer à l'attente du public, tant le projet paraît pourri à sa base. Halloween, c'est quarante ans d'argent facile, and counting, puisque l'on peut désormais s'attendre à de nouvelles suites encore plus mauvaises.


Halloween de David Gordon Green avec Jamie Lee Curtis, Will Patton, Haluk Bilginer et Judy Greer (2018)

23 octobre 2018

First Reformed

On le croyait cinématographiquement mort, perdu à jamais, fini, fumé, complètement foutu... et le voilà qu'il nous revient en pleine forme ! Vraisemblablement très inspiré par son sujet, Paul Schrader signe en effet son grand retour avec First Reformed, un film qui, hélas, demeurera invisible dans nos salles malgré l'accueil chaleureux qui lui a été réservé outre-Atlantique et lors du Festival de Venise où il figurait en compétition. Également auteur du scénario, Paul Schrader renoue avec ses thèmes favoris : le terrorisme, le radicalisme et l'autodestruction, le christianisme, l'Amérique et ce monde de merde, corrompu jusqu'à la moelle, dans lequel nous vivons. C'est du lourd ! Le type est remonté à bloc et il a quelques comptes à régler !


Il a même perdu du poids !

Il était agréable pour moi de découvrir ce film sans rien savoir du pitch, je vais donc essayer de faire très simple car j'ai déjà mis dans le coma quelqu'un qui m'était proche en le lui racontant trop en détails... Ethan Hawke est le révérend d'une petite église protestante nommée First Reformed (d'où le titre, devenu par chez nous, pour les besoins de la triste sortie vidéo, l'ultra lourdingue Sur le chemin de la rédemption) qui va bientôt fêter ses 250 ans (l'église, pas Hawke, qui a toujours l'air d'en avoir 20 !). C'est un homme d'apparence solide mais, en vérité, au bord de la dépression. Pour se donner du pep's, il se met à tenir un journal, tel un bon curé de campagne, où il couche noir sur blanc ses pensées sordides.


Ethan Hawke reconnaîtra après le tournage "ne pas [s']être senti super à l'aise dans les oripeaux du révérend", soulignant "une sensation de gêne au niveau de la glotte".

On apprend que notre saint homme a perdu son fils en Irak après l'avoir incité à s'engager sous les drapeaux, son mariage n'y a pas survécu, et c'est depuis lors qu'il s'est réfugié dans la foi. Celle-ci se verra lourdement remise en question après le suicide du mari d'une de ses fidèles. Ce dernier, activiste écologique et adepte de la collapsologie, était pourtant sur le point de devenir papa mais il ne souhaitait pas éduquer un enfant dans un monde aussi pourri. Les belles paroles du révérend, prononcées lors d'une chouette scène de discussion et d'échanges de points de vue, n'y ont rien fait : il a choisi de se tuer et ainsi d'ébranler encore davantage les croyances du révérend...


Ethan Hawke ne se sent pas à l'aise non plus sous le lampadaire flippant d'Amanda Seyfried.

Dès la première image, on sent que Paul Schrader est plus inspiré qu'il ne l'a été depuis peut-être plus de 20 ans ! Je précise que je ne me suis pas amusé à regarder tous ses derniers films pour m'en assurer (je suis blogueur ciné mais faut pas pousser), je m'appuie simplement sur sa filmographie et la réputation de ses dernières créations (j'ai également subi de plein fouet The Canyons, c'était rude ; et mon acolyte s'est tapé La Sentinelle, ce qui n'est pas rien !). Bref, rien à voir avec ces égarements ici, le vieux bonhomme est sur le coup !


Un véritable camaïeu inspiré au dirlo photo par toutes les nuances de couleurs présentes dans les yeux anxieux de l'immense Hawke.

Générique classe et minimaliste. Typo élégante. Choix du format académique (1,375:1 pour les connaisseurs). Ouverture par un lent travelling avant vers le porche de la fameuse église, suivi de quelques plans aux cadres propres et travaillés sur la bâtisse. Tout cela intrigue immédiatement et installe d'emblée l'ambiance. Les mouvements de caméra seront ici très rares (4 ou 5 à vue de nez), Paul Schrader opte pour un rythme assez lent et des plans fixes, laissant ses acteurs habiter l'image, à commencer par Ethan Hawke.


L'expression d'Hawke ne trompe pas : l'haleine de sa collègue n'est pas de la première fraîcheur.

Et quel acteur, quel mec ! Malgré sa beauté encore une fois irradiante, le playboy d'Austin (Texas) est tout à fait crédible et même bluffant dans le rôle de ce révérend en pleine crise de foi. Lui aussi a l'air très concerné et impliqué par le projet, n'hésitant pas à s'enlaidir pour le rôle, à jouer sans maquillage, à paraître plus vieux, à dissimuler ses formes si avantageuses qui lui ont autrefois valu le surnom de "The Body" (au même titre qu'Elle Macpherson et Jamie Lee Curtis). Mais rien n'y fait, il est toujours beau comme un cœur, trimbale une classe de dingue sous sa chasuble et je compte bien participer activement à la campagne #UnOscarPourHawke !


Un plan que Paul Schrader avouera "avoir seulement torché pour la bande-annonce et le dossier de presse".

Malgré le lumineux Hawke, le style du film est assez austère et si Paul Schrader apparaît parfois un peu coincé par son dispositif, il parvient tout de même à lui donner vie et à nous maintenir en alerte grâce à un scénario intelligent qui remet à jour ses problématiques habituelles. Par deux fois, il sort habilement de sa petite mécanique, d'abord lors d'une scène assez osée où de beaux et simples effets spéciaux sont à l'honneur, actant un moment décisif entre le révérend et sa fidèle, puis lors du final, qui progresse lentement vers un vrai suspense digne du plus tendu des thrillers. On comprend alors que le cinéaste a atteint son but. Il nous laisse pantelant sur notre fauteuil après un dernier plan réussi où il a l'audace de choisir la voie de l'optimisme et de l'Amour. La conclusion idéale d'un film coup de poing en forme de retour fracassant. 


First Reformed (Sur le chemin de la rédemption) de Paul Schrader avec Ethan Hawke (2018)

10 janvier 2013

The Pact

Dans la situation actuelle du cinéma d'horreur et la triste sensation de désœuvrement que connaît l'amateur en manque de frissons, un petit film totalement inattendu comme The Pact fait un bien fou. Mais que ce fut difficile de mettre la main dessus ! Bien entendu, un tel titre ne sort pas en salles, ne sera jamais diffusé à la télévision et ne vous sera jamais conseillé par vos revues de cinéma, à part peut-être les plus spécialisées, et encore... Pourtant remarqué à différents festivals, ce film réalisé par un dénommé Nicholas McCarthy est seulement sorti en VOD et dans un nombre extrêmement limité de salles aux États-Unis. Il faut que des fins limiers, des amateurs aux goûts sûrs, altruistes et bien intentionnés, décident d'en faire les sous-titres eux-mêmes et de partager le résultat sur la toile pour espérer dénicher le film, un jour où, désespérément en quête d'une bonne pelloche horrifique, on tenterait un pari a priori bien risqué. Internet, ses blogs et ses forums de cinéphiles exigeants, s'occupent ensuite de donner une nouvelle vie à ce genre de pépites obscures qui, sans ça, seraient totalement éclipsées par ces mastodontes hideux dont les affiches inondent les frontons des multiplexes et gâchent les murs de nos rues, comme Sinister, Resident Evil 5 ou Possédée, offerts sur un plateau et à grands renforts publicitaires aux spectateurs les moins aventureux. 




Il ne faut cependant pas faire confiance à des sites comme IMDb et aux votes massifs de ses utilisateurs pour éventuellement mettre en lumière un film comme celui-ci qui, étant donné ce que l'on a désormais l'habitude de proposer au public, très juvénile, de ce cinéma-là, surprendra, décevra et ne pourra vraiment plaire qu'à une minorité. Car le réalisateur de The Pact fait partie de ces rares têtes neuves, parmi lesquelles Ti West ou Ben Wheatley, qui ont compris que, pour être réussie et marquante, pour avoir une chance d'être un peu terrifiante, l'ambiance d'un film d'horreur est primordiale et doit être construite avec patience et minutie. Le non-dit, aussi, est essentiel, ces zones d'ombres, qui sont ici laissées à l'imagination du spectateur, pour alimenter sa peur, et non pour cacher un scénario brinquebalant : ça aussi, Nicholas McCarthy, également scénariste, l'a tout à fait compris. La peur s'installe dès les premières minutes de ce qui est son premier long-métrage. Une jeune femme seule, retournée dans la demeure de sa mère décédée, se dispute au téléphone avec sa sœur. Après avoir raccroché, elle lance une conversation vidéo sur son ordinateur portable avec sa petite fille. Pour mieux capter le signal wifi, elle se déplace, MacBook au bras, dans les pièces et les couloirs d'une maison qui nous apparaît de plus en plus glauque, jusqu'à ce que sa gamine lui demande, l'air de rien, "Maman, qui est la personne derrière toi ?". C'est très simple et même attendu, mais c'est fait de telle façon que cela fonctionne parfaitement : l'effet est garanti. Cette maison de banlieue très ordinaire aux papiers peints particulièrement austères sera le principal et quasi unique décor de cette histoire de fantôme fort bien menée, dont on prendra bien du plaisir à découvrir progressivement tous les secrets. La sœur (Caity Lotz, une actrice blonde au visage assez particulier, dont le charme agit à retardement), absente de la première scène, devient l'héroïne du film : nous la suivons mener son enquête sur les disparitions mystérieuses survenues dans la maison de sa défunte mère, avec la seule aide d'un flic à l'âme charitable, incarné par le revenant Casper Van Dien (l'éternel troufion de Starship Troopers, devenu un vrai bellâtre en vieillissant, avec ses longues mèches, sa barbe grisonnantes et son regard azuréen qui lui donnent des faux airs de Viggo Mortensen).




La simplicité ou, devrait-on dire, la limpidité du scénario apparaît elle aussi comme un véritable bol d'air frais à l'heure où la règle qui semble dominer le cinéma de genre pourrait se résumer par l'idiote formule "Plus c'est compliqué et tordu, mieux c'est". The Pact nous raconte une histoire bien glauque, certes, mais remplie de motifs simples que l'on peut décliner, déplacer, généraliser, comme sont faites ces histoires fantastiques conçues pour nourrir et faire bouillir notre imaginaire macabre. Nicholas McCarthy choisit les lieux les plus familiers pour y faire surgir l'horreur, filmant cette banale maison comme s'il s'agissait d'un vieux château gothique à la personnalité écrasante. Surtout, ce cinéaste d'origine inconnue a la très chic idée d'incorporer son histoire dans notre quotidien le plus actuel à travers un savant usage des NTIC (Nouvelles Technologies d'Information et de Communication), à l'image de la scène d'ouverture donc, où le téléphone portable, utilisé avec le haut-parleur, nous incite à imaginer la présence de l'interlocutrice, avant que la webcam s'avère révélatrice d'une menace inattendue, possiblement un fantôme quant à lui réellement invisible mais bel et bien présent. Pas dénué d'imagination et disposant de plus d'un tour dans son sac malgré un budget que l'on imagine rachitique, Nicholas McCarthy va même jusqu'à utiliser Google Map pour provoquer l'effroi en tirant partie des formes étranges que l'on peut parfois croiser sur ce site, au détour d'une rue ou d'un paysage, avec ces images instantanées, fondues les unes dans les autres, enchevêtrées, déformées, sans contour, où chaque pixel peut cacher une forme anormale, floue, inconnue, à condition d'être invité à la voir ainsi. Évidemment, les appareils photos numériques sont aussi utilisés pour capturer d'inquiétantes présences absentes, révéler des formes bizarres et nous faire frémir, The Pact rappelle alors le très efficace Shutter (littéralement "obturateur"), ce film de trouille thaïlandais de 2004, déjà l'objet d'un sordide remake hollywoodien, qui utilisait également cette idée et les autres possibilités offertes par les APN jusqu'à la corde, pour nous offrir quelques scènes véritablement terrifiantes.




Nicholas McCarthy parsème son film d'idées de mise en scène toutes simples mais diablement efficaces. Il ne tombe jamais dans la facilité et n'abuse pas, par exemple, de ces agaçants "jump scares", ces moments stridents hélas à la mode qui feraient sursauter n'importe qui n'importe quand, à l'exception d'un panoramique a priori fameux qui s'achève sur l'apparition inquiétante d'une silhouette à moitié dissimulée dans l'ombre, image malheureusement accompagnée d'un effet sonore très soudain, forcément terrorisant. Son récit mène le cinéaste vers des scènes à haut risque car déjà vues cent fois ailleurs (comme cette scène où une jeune medium s'aventure dans la maison hantée pour être réceptive aux signes paranormaux et finit par piquer une crise, puis ce moment où l'héroïne improvise une séance de spiritisme pour communiquer avec les esprits à l'aide d'un ouija), mais il s'en tire toujours avec les honneurs et parfois même à merveille, sans jamais faire de redite ni altérer l'identité propre de son œuvre. Il met d'abord en place un rythme assez lent, incertain, pour mieux préparer le terrain vers un final redoutable où le film prend alors une tournure assez inattendue, car plus rationnelle et terre-à-terre, mais qui permet cependant au scénario de se boucler proprement et à la tension de culminer vers des sommets très rarement atteints ces dernières années sur pellicule. Et ce n'est que lors de cette conclusion terrible que le cinéaste débutant se permet une citation très nette d'un classique de l'horreur, le Halloween de Carpenter, quand son héroïne sexy adopte la même posture que Jamie Lee Curtis, se servant d'un cintre aux mêmes fins, puis par ces ultimes plans fixes rythmés par le son d'une respiration de plus en plus forte. Il y a évidemment bien pire comme source d'inspiration et Nicholas McCarthy comble moins une lacune créative qu'il n'adresse là un très bel hommage à l’œuvre de John Carpenter, dont on sent par ailleurs qu'elle constitue une influence de taille. Par ailleurs, son attitude modeste, respectueuse du genre, consciente de ses influences et sachant s'affranchir de ses maigres moyens, n'est donc pas sans rappeler la démarche salutaire de Ti West, notamment sur le très réussi The House of the Devil autre film d'horreur américain « super-indépendant » sorti en DTV. The Pact déborde tellement de bonnes intentions et nous fait passer un moment de trouille d'une telle qualité qu'on lui pardonne aisément ses quelques petites maladresses, à l'image d'un plan final inutile et digne d'une piètre série b. Ces bémols seraient de toute façon largement insuffisants pour refroidir notre vif enthousiasme à l'égard de ce film d'horreur humble, intelligent et, surtout, réellement terrifiant, comme il est trop rare d'en voir actuellement, et qu'il me semble donc nécessaire de saluer. Inutile de préciser que nous suivrons de très près la suite de la carrière de ce cinéaste.


The Pact de Nicholas McCarthy avec Caity Lotz, Casper Van Dien, Agnes Bruckner, Mark Stegger et Haley Hudson (2012)

25 octobre 2011

Les Yeux de Julia

Bon, on va la faire courte : ce film aurait mieux fait de s’intituler « Les Seins de Julia ». Ok, c’est facile. Mais voyez ce film et vous comprendrez. Il n’y en a que pour eux. Le réalisateur est forcément accro aux nichons de son actrice. C’est flagrant ! Mais on le comprend. Ma parole, comme on le comprend… Ces seins, on les voit dans un peu toutes les situations, bien que jamais dénudés, hélas. On les voit surtout balloter à qui mieux mieux lorsque l’actrice prend ses jambes à son cou, ce qui lui arrive à plus d’une reprise, croyez-moi, et en talons je vous prie. Car nous sommes en présence d’un thriller horrifique comme le cinéma espagnol en produit en grande quantité ces derniers temps. Ils sont parfois de qualité, et c’est plutôt le cas ici. A nouveau produit par la vache-à-lait Guillermo Del Toro, Les Yeux de Julia est un thriller honnête et efficace, que l'on doit au cinéaste Guillem Morales, déjà auteur du très sympathique El Habitante Incierto, au pitch aussi simple que malin, où nous assistions à la déchéance d'un type sombrant progressivement dans la folie, persuadé qu'un étranger vit dans son immense maison.

Le petit pull gris qu'elle porte pendant la majeure partie du film a été retrouvé dans un état déplorable à la fin du tournage, détendu comme un vieux froc Celio*

Je vous l'annonce sans détour : je n’ai rien compris à l’histoire des Yeux de Julia. En effet, j’avoue avoir vu ce film sans les sous-titres, seulement parce que les caractères empiétaient trop souvent sur la poitrine de l’héroïne. Mater ou piger, il faut choisir. J’ai eu vite fait ! Mes quelques notions d’espagnoles acquises pendant mes 9 années passées à étudier ce dialecte en collège et lycée m’ont tout de même permis d’avoir quelques repères. En gros, c’est donc l’histoire d’une femme qui enquête sur les circonstances réelles de la mort de sa sœur jumelle car elle ne croit pas une seule seconde à la thèse de son suicide. En outre, notre héroïne est atteinte d’une maladie qui lui fait progressivement perdre la vue, d’où le titre. Il s'agit d'une terrible maladie génétique, qui s’aggrave tout au long du film et qui nous offre quelques scènes intéressantes où le réalisateur réussit à assez intelligemment tirer parti de ce ressort scénaristique. Je pense notamment à une scène particulièrement bien pensée où notre héroïne, qui y voit encore correctement (on est au début du film), se retrouve entourée de femmes aveugles dans un vestiaire. Ces femmes nues échangeant justement sur la disparition de sa sœur, l’héroïne s’approche sans bruit pour en savoir davantage. Mais ces aveugles ont naturellement leurs autres sens surdéveloppés, et ressentent donc assez vite la présence de l’héroïne. Elles se mettent alors à l’entourer lentement, tendant leurs bras comme des zombis, et finissent par l’emprisonner au milieu d’elles jusqu’à ce qu'une autre présence, bien plus inquiétante, se manifeste à son tour... Le réalisateur nous offre là une scène réutilisant et s'amusant de situations chères à certains films d'horreur (les films de maisons hantées - pour la présence "invisible" - et de morts-vivants - l'allure des femmes aveugles donc), ainsi qu'un astucieux inversement des rôles qui se termine par un retournement de situation très adroit ne manquant pas de surprendre le spectateur. Une excellente scène, tout à fait à l'image de ces chouettes idées que l'on retrouve fréquemment dans ces films d'horreur espagnols réalisés dernièrement (je pense par exemple à la partie de "Un, deux, trois, soleil" avec les fantômes de L'Orphelinat). Bon, par contre, faudra dire à Guillem Morales que c’est très très rare quand un aveugle a, à la place des yeux, deux grosses billes bleues fluos, condamnées à rester figées, et donc méga flippantes. Mais on lui pardonne aisément ce petit écart.


Ici, l'actrice est sapée et attifée pour une montée des marches. Dans le film, elle a une allure plus normale et naturelle. Mais je tenais à vous laisser apprécier ce relief hors-norme.

L’actrice en question, qui fait chavirer les teubs de notre cinéaste et de nous autres, c’est la dénommée Belén Rueda, déjà en tête d’affiche de L’Orphelinat, le film fantastique qui a cassé la baraque il y a quatre ans, explosant tous les records au box-office espingouin. Il est de coutume d’appeler « scream queen » ces actrices abonnées aux films d’horreur, condamnées à crier et à courir à droite à gauche, pourchassées par un détraqué (comme l'ont été jadis Jamie Lee Curtis, Adrienne Barbeau et, plus récemment, Jennifer Love Hewitt ou Neve Campbell). Hé bien j’ai trouvé en la personne de Belén Rueda ma nouvelle scream queen préférée, celle dont j’aimerais moi aussi cisailler les vêtements au couteau. A l’exception de la taille de son bonnet, Belén Rueda dénote un peu avec le profil de la scream queen habituelle, le plus souvent très juvénile et bête comme ses pieds. Il s’agit en effet d’une femme d'âge mûr, tutoyant la cinquantaine, et à l'intelligence normale. Soit dit en passant, s’il me faut vendre mon âme au Diable pour que ma dulcinée ressemble à ça à 50 piges, je le fais sans hésiter, je brade mon âme à Satan, je signe où ? Sur son cul ?! Belén Rueda fait partie de ces femmes espagnoles blondes, vous savez, d’une couleur de cheveux typiquement espagnole, une couleur qui sent le soleil et la paella. Elle a une peau que l'on devine épaisse et douce, le regard noisette qui va avec, et un visage de caractère mais agréable. Elle a vraiment le physique typique de ces espagnoles d’outre-tombe qu’on aurait tous adoré avoir comme prof de langue vivante au bahut. J’aimerais qu’elle m’apprenne mes leçons, j’aimerais faire mes devoirs avec elle, le sommet du crâne frottant légèrement ses doux hauts sous pression. Ça serait drôlement sympa... Par ailleurs, je ne prends pas de risque en imaginant qu’elle doit être un véritable cordon bleu, une cuistot hors-pair, préparant amoureusement des plats toujours généreux, qui comblent l’appétit de ses convives. J’aimerais être confortablement attablé en terrasse de mon château en Espagne et la voir m’amener mon assiette remplie à ras-bord de polenta, puis se pencher pour la déposer face à moi et ainsi effleurer mon épaule avec sa poitrine si opulente. Bref. Cette actrice fait ressurgir du fond des âges tous nos rêves les plus machistes. C'est à cause de femmes de cette trempe que l'Espagne est considérée comme le pays où il fait le plus bon vivre. Je ne l’ai pas encore dit, mais c’est inévitable : Belén Rueda est bien entendu une grosse MILF, vous l’auriez deviné sans que je l'écrive et je voulais éviter une telle vulgarité, mais voilà qui est fait, tant pis ! Dans Les Yeux de Julia, son personnage a un vieux mari aux cheveux blancs qu'on imagine tout ramolli du zgeg, ça fout la rage et c'est fait exprès.


Ce vieux type doit sûrement carburer au Viagra et à la Vitamine C pour gérer sa bombe de femme, et ce serait bien légitime !

A la 18ème minute, Belén Rueda enfile un gilet parce que dehors il fait frisquet. Les coutures de son petit pull gris menacent alors d’exploser à cause du mouvement qu’effectue l’actrice pour trouver ses manches. Je me suis repassé ce court moment une bonne dizaine de fois. Ça n'est pas normal. Belén Rueda ne peut pas dormir sur le ventre. Son nombril n'a jamais vu la lumière du jour. Elle n'a pas besoin de raquette pour jouer au ping-pong. Tout ça me brûle le cerveau... Et ça ne s'explique pas !


Les Yeux de Julia de Guillem Morales avec Belén Rueda, Clara Segura et Julia Guittiérrez Caba (2010)

15 septembre 2011

True Lies

Il était bon ce film ! Il n'en sort plus des films comme ça. Des films d'action de deux heures trente qui tiennent la distance et qui savent ménager leurs effets, répartir les moments de bravoure, déployer un large éventail d'arguments excitants. On passe du rire aux larmes dans ce spectacle pyrotechnique ultra sexy, dans ce feu d'artifice d'humour et d'action mené tambour battant, taillé sur mesure par son ami cinéaste (James Cameron) pour LA star de l'époque : Arnold Schwarzenegger, le seul homme qui n'a jamais eu son prénom sur une affiche mais dont le nom de famille s'est répandu dans toutes les chambres d'enfants du monde.



Aujourd'hui notre idole est dans la mouise. Après avoir été gouverneur de Californie en gérant plutôt bien sa boutique, l'acteur avait des projets de films plein la tronche, mais il a été rattrapé par son passé qui a pris la forme d'un gaillard de 10 ans bâti comme son papa, véritable sosie pré-pubère d'Arnold à l'âge adulte, bodybuildé comme un camion et carré comme une maison, doté d'une mâchoire à broyer les ordures : c'était au départ un petit spermatozoïde que Schwarzenegger avait abandonné dans le giron de sa femme de ménage mexicaine. Cette dernière a sonné à la porte du gouverneur, à la Maison Blanche, avec son rejeton de trois mètres de haut prénommé Conan, pour rencontrer l'épouse de Schwarzy. Aucun mot ne fut échangé entre la femme de chambre et la femme du gouverneur, nièce de Kennedy et mariée à l'acteur depuis des lustres. Elles tombèrent dans les bras l'une de l'autre, dans un sanglot tragique, l'épouse légitime comprenant à la seule vue du "petit", que Schwarzy avait butiné dans d'autres ruches. Le divorce fut prononcé aussitôt et la carrière de l'acteur est mise sur Pause. Il paraît qu'une armée de mini-Schwarzy somnolent en prenant des forces dans les Rocheuses, déplaçant les montagnes, et menaçant tôt ou tard de nous cueillir, pour ensuite annexer les États-Unis d'Amérique à l'Autriche. Bref notre vedette des années 90 est sacrément dans la merde car son image a pris une gifle au pays des puritains qui ne savent pas apprécier les vrais mecs.



Retour au film sans transition. Les critiques français ont toujours rappelé : "ça reste un remake !". Certes, True Lies est une version testostéronée de La Totale de Claude Zidi. Ou quand Miou-Miou devient Schwarzy et quand Lhermitte prend les traits et les formes de la bombastic Jamie Lee Curtis. A l'original préférez la copie revue et corrigée par le génie James Cameron, alors à son zénith, qui accumulait les super films divertissants comme on n'en fait plus, comme il n'en a plus fait dès qu'il s'est passionné pour les poiscailles, les bateaux coulés et les schtroumpfs géants. Aux extrémités de ce que ce film avait de mieux à proposer, deux scènes inoubliables qui ont marqué les années 90 et tout l'imaginaire des adultes d'aujourd'hui. Commençons par la séquence olé-olé du film, que vous trouverez sur youtube ou n'importe où. Jamie Lee Curtis interprète une mère de famille qui va tenter de percer à jour le secret de son espion de mari pour le pousser à révéler son véritable métier. Breeef, à un moment elle fait un strip-tease haletant face à son époux, Schwarzy en personne, qui arrache les accoudoirs de son fauteuil, dévore sa propre lèvre et transforme son futal en vaste éponge à liquide séminal devant son épouse endiablée. Cette scène a prouvé que passé 45 balais et en dépit d'un visage abscons, une femme peut toujours rendre taré à la seule aide de son corps de feu et de quelques galipettes un peu osées. Mais quel corps... Repéré dans les 70s par un John Carpenter libidineux, ce corps s'est révélé dans la pleine possession de ses moyens à l'occasion de la comédie pour enfants Un fauteuil pour deux, et Cameron l'a remis à flot (avant de s'attaquer à de plus grosses épaves) dans cette scène forcément culte de True Lies.



Autre scène, autres mœurs. Cette fois-ci on tend vers plus de subtilité. Le personnage incarné par Schwarzy a une dent contre un arnaqueur à la manque qui s'en prend à sa femme, un concessionnaire de bagnoles joué par Bill Paxton, plus inspiré que jamais dans ce rôle sur mesure. Pour prendre ce tocard à son propre jeu, Schwarzy fait semblant de s'intéresser à une voiture de course et demande à faire un tour au volant du bolide en compagnie du vendeur magouilleur, assis sur le siège passager et baratinant son client comme pas deux. En plein ride, et au cours d'une discussion, Schwarzy, de plus en plus agacé par l'autre, véritable petite frappe et gros vantard, lui décoche soudain un revers du poing en pleine gueule, le laissant pour mort, canné sur le coup, le visage en miettes. Le coup semble être parti tout seul tant Schwarzy a l'air à bout. L'acteur est en roues libres et le coup est si franc, massif, rapide, que la doublure de Paxton y a certainement laissé la vie, ou au moins son visage, à jamais abandonné dans l'appui-tête de la Chevrolet. Mais très vite on découvre que ce n'était qu'une rêverie de Schwarzy, qui en réalité a su contrôler ses nerfs et se contentera de filer la chiasse à son interlocuteur à l'aide de quelques dérapages non-contrôlés. Cette scène est bluffante. Même en l'ayant déjà vue on se laisse prendre au piège, ça fonctionne à bloc.



Qui n'aime pas Schwarzy ? Qui peut me jurer, en me regardant dans le blanc des yeux, qu'il ne porte pas Mister Olympia 1970, 1971, 1972, 1973, 1974, 1975 et 1980 dans son cœur ? Ce film en grande partie comique, qui demeura longtemps l'un des plus couteux de l'histoire du cinéma, participa à la gloire du géant de fer, grâce entre autres à une course-poursuite à cheval sur les toits de New-York, où la star rivalisait de vitesse avec un mustang en cavalant sur ses quatre pattes. Même si l'œuvre s'achevait sur une autre image inoubliable, difficile à évacuer et complètement débile, qui montrait un avion rafale faisant du surplace face à un building, on peut parler d'un sacré film, qui aura scellé l'amitié entre le cinéaste et l'acteur, lesquels avaient déjà collaboré pour le grand Terminator. Après ses déboires conjugaux et médiatiques, il paraîtrait de source sûre que Schwarzenegger serait allé se "détendre la tête" dans la villa sous-marine de James Cameron, le multi-milliardaire hydrocéphale, son pote de toujours.


True Lies de James Cameron avec Arnold Schwarzenegger, Jamie Lee Curtis et Bill Paxton (1994)