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5 juillet 2021

Sans un bruit 2

Sans un bruit 2
s'ajoute à la trop longue liste de ces titres qui, dans leurs versions françaises, passent assez mal à l'oral avec l'ajout d'un chiffre au titre initial : je pense au fameux cas Blade 2 déjà évoqué ici, à la saga Saw, très problématique passé l'épisode 5, et au plus méconnu mais encore plus disgracieux direct-to-video Troie 3 – et défaite aux tirs au but contre la SUISSE, que tout le monde veut chasser de sa mémoire. Sans un bruit de...? De pet ? On nous incite donc à évoquer auprès de la charmante ouvreuse de notre cinéma favori un pet silencieux mais très odorant ? Ceci dit, ce titre abscons n'est pas le plus gros handicap de cette suite qui m'a tout de même parue moins insupportable que l'original. Ça tient à peu de chose, une seule en réalité, et je sais que je n'ai pas un regard tout à fait objectif sur ce machin-là. Je n'aime pas les films d'horreur pop-corn, si grand public, c'est antinomique. J'ai une dent contre ces purs produits de conso conçus pour les ados et réalisés par des guignols opportunistes. Entre John Krasinski et moi, c'est viscéral, le courant ne passe pas. Ou ne passe plus, car je le trouvais tout à fait à sa place, sympathique, presque mignon, assis derrière son bureau, dans The Office. Mais depuis, il a enchaîné les développés couchés, il a pécho Emily Blunt, il a joué au petit soldat chez Michael Bay, il a explosé le box office, bref, il a pris le melon gravos, et ça suinte à présent de tous ses pores. Son souci, c'est qu'il s'était sacrifié en héros à la fin du premier opus, et qu'il ne pouvait donc plus apparaître à l'écran dans cette suite directe. Il était coincé.
 
 
 
 
Après quelques nuits blanches à se creuser la tronche, il a trouvé la parade pour nous faire de nouveau subir sa grosse tête d'idiot du village en démarrant son film par un long flashback qui nous raconte le premier jour de l'invasion d'aliens aveugles tel que l'a vécu sa petite famille. Un dimanche lambda où ils étaient tous allés assister amoureusement au match de baseball de l'aîné. C'est qu'il en faut de l'amour pour se taper ça. C'est interminable et le gosse est une véritable brèle. Heureusement les choses finissent par se gâter, l'occasion pour Krasinski de se prendre encore une fois pour une vedette d'action et d'en faire des caisses dans des postures déjà vues et revues des milliards de fois dans les pires bande-annonces de films catastrophes ou d'invasion extraterrestres où des américains débiles regardent tour à tour, impuissants, la menace débouler droit sur eux. Je dis ça, mais cette introduction constitue peut-être le meilleur moment du film, ou en tout cas le plus prenant. Après ça, on revient dans le présent du récit et l'on retrouve notre petite famille de survivants, chapeautée par la seule Emily Blunt, de nouveau réduite à dire "chut !" à ses cons de gamins pendant 80 minutes (la qualité principale du film : sa courte durée, mais c'est déjà beaucoup quand on a rien à raconter). Se sentant visiblement un peu seuls depuis la mort tragique du saint père, ils décident d'aller à la rencontre d'autres rescapés. Et c'est ainsi qu'ils atterrissent dans la vieille usine désaffectée pourrie où Cillian Murphy, habitué à jouer les derniers survivants (28 jours plus tard, Retreat) grâce à son élégant profil de pithécanthrope, a décidé de passer le restants de ses jours à attendre, oklm. Ouf, un nouvel homme fort est là pour protéger les plus faibles ! Ayant trouvé le talon d'Achille des aliens (les sons basse fréquence et tout ce qui est larsens ou grésillements – ils sont un peu comme oim), la gamine muette de la tribu décide de son propre chef de partir à l'aventure pour faire goûter aux envahisseurs le plaisir collectif des ultrasons grâce à une diffusion sur cette fréquence radio que d'autres humains utilisent depuis une île...


 
 
Disons-le tout net : Sans un bruit 2 est un épisode de transition où il ne se passe quasiment rien d'intéressant. On est souvent plus proche du jeu vidéo que du cinoche, avec des personnages réduits à leurs maigres attributs distinctifs qui parcourent un monde post-apo archi rebattu, envisagé comme une série de niveaux à dépasser. Mais c'est dans l'air du temps, c'est ce qui plaît actuellement. On repense aussi à l'adaptation de La Route, en moins glauque toutefois, et ce n'est pas là un compliment tant plus personne aujourd'hui n'aurait envie de se replonger dans le film faisandé de John Hillcoat. On a ici droit à une succession de scènes répétitives, au montage alterné systématique, où John Krasinski essaie laborieusement de faire grimper notre trouillomètre en nous montrant les mésaventures simultanées d'individus tous plus teubês les uns que les autres (la palme revenant à l'aîné, qu'un piège à loups ne suffit pas à rendre moins remuant). Les créatures, crachats de CGI ambulants, sont toujours aussi mal conçues et foutent toujours aussi peu les j'tons. Sans idée d'écriture ni de mise en scène, Krasinski nous ressert son beau discours sur la famille. Chaque génération est donc prête à se sacrifier l'une pour l'autre, les enfants finissent par prendre les armes sous les regards admiratifs de leurs parents lors d'un final mollasson qui annonce évidemment un troisième chapitre. Cela plaira sans doute à ceux qu'un rien satisfait, aux spectateurs peu regardants qui avaient déjà passé un bon moment devant le premier. Et si j'ai de mon côté moins souffert, je l'admets, cela ne tient donc qu'à une chose, comme je le disais plus haut : on se tape cette fois-ci la vieille ganache de John Krasinski durant seulement 10 minutes au lieu de 80.


Sans un bruit 2 de John Krasinski avec Cillian Murphy, Noah Jupe, Millicent Simmonds, Emily Blunt et tout de même John Krasinski (2020)

19 mars 2016

Des Hommes sans loi

John Hillcoat, le réalisateur australien de The Road, a voulu signer "son film de gangsters", avec tous les archétypes et les codes "du film de gangsters". Le scénario est signé Nick Cave, collaborateur régulier du cinéaste, mais il pourrait avoir été écrit par n'importe quel âne d'Hollywood. On y suit les frères Bondurant, des trafiquants d'alcool notoires qui vivent paisiblement dans leur comté de Virginie jusqu'au jour où un flic un peu timbré débarque de Chicago, bien décidé à faire respecter le 18ème amendement de la Constitution américaine. S'il n'y a jamais rien de surprenant du côté du déroulement de l'histoire, il ne faut pas non plus s'attendre à être surpris par la mise en scène de John Hillcoat, très académique. Le film se regarde sans trop souffrir, mais il est tout à fait insignifiant et, sans la présence de spectateurs pris en otage à mes côtés, je me demande même si je ne l'aurais pas interrompu au bout d'une heure. Jamais étonnant, surprenant, différent, Des Hommes sans loi est simplement fait avec une triste application, de celle qui condamne le moindre élan créatif, commune à ces films certes soignés et pas désagréables à l’œil, mais sans vie ni éclat. Il y a bien une ou deux idées ici ou là, dans le montage notamment, mais elles sont si rares que l'on se demande si elles ne sont pas simplement dues au hasard. Un peu plus inspirée est la bande originale du film, que l'on doit au groupe The Bootleggers, featuring Marky Lanegan, Ralphonse Stanley, Emmylou Harris et l'inévitable Nick Cave, décidément plus doué derrière un micro qu'à l'écriture de scénars.  




John Hillcoat n'étant pas un cinéaste doué, malgré ce que l'on essaie de nous faire croire depuis The Road, il ponctue les scènes de violence qui jalonnent son film par des plans très gores et assez choquants, qui brusquent forcément le spectateur mais qui cachent très médiocrement toute l'incapacité du réalisateur à captiver son audience d'une autre façon. Ces accès de violences inattendus sont finalement les seuls moments un peu marquants de ce film, c'est dire... Les acteurs font leur boulot, on ne peut pas leur reprocher grand chose. On notera la présence toujours agréable de la belle Jessica Chastain, dans le rôle du pot de fleur qui ne sert strictement à rien si ce n'est à montrer tous les efforts des costumiers (ses vêtements lui vont en effet à ravir). On sera davantage agacé par la prestation écœurante de l'inénarrable Guy Pearce, qui en fait vraiment des caisses dans la peau d'un personnage vraiment lamentable : une sorte de méchant ultra méchant, un homme sans cœur, sans remord, sans rien, le Mal incarné, avec une allure impossible (sourcils rasés et coupe de cheveux hideuse) qui finit de le ridiculiser. C'est bien simple, on attend sagement pendant tout le film que Guy Pearce se fasse enfin casser la gueule par l'un des frères Bondurant. Bref, un film pour rien. Mes parents m'ont dit avoir plutôt bien aimé, puis je leur ai demandé "Et vous auriez aimé payer pour voir ça au ciné ?" et mon père de répondre "Ah non, après ça j'aurais foutu le feu à des bagnoles ou dégommé quelques rétroviseurs" (dans tous les cas, il s'en serait donc pris à des voitures). Puis je lui ai rappelé que ce film faisait partie de la sélection officielle au festival de Cannes, et il a fait "Ah... merde". 


Des Hommes sans loi de John Hillcoat avec Tom Hardy, Shia LaBeouf, Gary Oldman, Mia Wasikowska, Jessica Chastain et Guy Pearce (2012)

29 mai 2014

Les Amants du Texas

Ain't them bodies saints, littéralement "Ne sont-ce pas leurs corps saints", est devenu par chez nous Les Amants du Texas, un titre peut-être moins artificiellement poétique mais sans doute plus honnête sur la marchandise. Qui dit Texas et film indé américain, dit forcément Terrence Malick, la figure tutélaire d'un certain cinéma se déroulant dans ce coin-là des États-Unis. Toutes les critiques l'ont signalé, je ne voulais donc pas nécessairement le rappeler, mais comment faire autrement !? On pense inévitablement à Terrence Malick devant le film de David Lowery, qui cherche à s'inscrire dans l'héritage du cinéaste-philosophe et atterrit dans un sous-embranchement mort-né, putréfié, condamné d'avance. On pense en effet au pire de Malick, on pense à tous les affreux tics que le vieux texan a su inséminer dans les esprits les plus abrutis de ceux qui ont découvert et continuent de regarder ses premiers films (Badlands et Les Moissons du ciel) avec des yeux gros comme des boules de pétanque, admiratifs, tels le loup de Tex Avery, avec un calepin dans une main et un crayon mal affuté dans l'autre. Ce sont souvent ces deux films qui ont fait naître des vocations chez ces cinéastes en herbe ne désirant alors qu'une chose : reproduire la même chose. Je n'ai pas besoin de demander à ce David Lowery quels sont ses films de chevet, je les connais par cœur et sa réponse serait à l'image de son film, terriblement fade et prévisible.




Badlands et Les Moissons du ciel sont de beaux films, je n'en dirai ici aucun mal, je les apprécie, et c'est d'autant plus douloureux de voir David Lowery les traîner dans la boue en les parodiant de cette façon. Quand il filme le triste couple formé par Casey Affleck et Rooney Mara se tournant autour et s'embrassant, se susurrant des horreurs à l'oreille et se promettant monts et merveilles, le soleil dans l'objectif, on a les yeux qui piquent. Lowery pense tutoyer les sommets mais pond en réalité une esthétique de publicité dégueulasse. Alors qu'il croit mettre en scène les nouveaux Bonnie & Clyde (let me laugh !), Lowery serait à peine capable de nous vendre un jean délavé et une veste en velours. Tout paraît forcé et affecté. Les comédiens n'aident en rien. Rooney Mara ressemble très exactement à un mannequin La Redoute, ni plus ni moins. Elle n'est pas désagréable à l’œil, mais terriblement lisse et terne. Ses petites manières de mauvaise actrice finissent d'exaspérer. Je pense par exemple à ses deux mèches de cheveux, toujours symétriquement disposées, face à ses yeux et voilant à peine son regard vide quand elle contient ses émotions, ou qu'elle place derrière ses écoutilles lorsqu'il s'agit de les exprimer un brin. C'est insupportable. On a envie de lui coller des baffes, on rêve de voir surgir dans le champ quelques zozos venus de nulle part pour dérider la jeune dame. Je parle de zozos et non d'acteurs pornos, c'est vous qui avez les idées mal placées. Je me fous éperdument de la genèse de ce film mais je serais curieux de m'infliger le making off uniquement dans l'espoir de voir ce que ça donne quand Rooney Mara sourit spontanément, affiche une expression naturelle. Quant à Casey Affleck, que dire... Il y a des coups de pied au derche qui se paument... A une époque, on faisait de lui un espoir du jeune actorat américain, on pensait qu'il s'agissait d'un gars intéressant, pas con, à suivre de près. Depuis, il y a eu The Killer Inside Me et, coup sur coup, Les Amants du Texas et Les Brasiers de la colère, deux films méprisables qui représentent bien tout ce qui se fait de plus mauvais outre-Atlantique dans un cinéma indépendant plus rance que jamais, piloté par des petits auteurs aux esprits étroits et dangereux.




Tout, dans ce film, sent la mort. On se fiche de tout, on attend qu'une chose : que ces deux amants séparés par leurs démêlés avec la justice se retrouvent enfin pour mieux les quitter une bonne fois pour toutes. Les blu-ray du film devraient simplement être diffusés à la fnac, rayon télé, pour que l'on puisse apprécier la qualité des écrans vendus. Cette photographie tellement léchée qu'elle pue la salive de macchabée pourrait me filer la gastro. Ce maniérisme déplacé et insoutenable m'a rappelé le pauvre film de John Hillcoat, Des Hommes sans loi. On sent chez Lowery la même volonté de signer son petit film de gangsters, la même démarche aussi vaine que superficielle. Tout, dans ce cinéma, est sinistrement décoratif et insignifiant. Il n'y a rien de plus triste qu'un premier long métrage si vide et sans vie, surtout quand on constate a posteriori qu'il s'agit en réalité du second film de son auteur ! Comment un film comme Badlands, important à mes yeux, peut-il accoucher de quelque chose qui se situe à l'opposé de ce que j'aime au cinéma ? Je préfère laisser la question en suspend car elle me fait vaciller sur mes propres certitudes de blogueur ciné !


Les Amants du Texas de David Lowery avec Rooney Mara, Casey Affleck et Ben Foster (2013)

21 octobre 2011

Stake Land

Stake Land est un film d'horreur signé Jim Mickle, un jeune cinéaste américain qui s'était déjà fait un peu remarquer en 2007 avec son premier long métrage, Mulberry Street, où nous suivions six personnes luttant pour survivre dans un New York en proie à un terrible virus transformant les gens en des sortes de rats assoiffés de sang. L'histoire de Stake Land se situe également dans un décor de fin du monde : nous suivons cette fois-ci un jeune ado orphelin et un routard à la peau dure, rares survivants d'un pays totalement ravagé dont la population s'est transformée en une horde de vampires/zombies. Nos deux personnages n'ont qu'un seul but, parvenir jusqu'au Canada, ce territoire dont la rumeur dit qu'il est encore épargné par l'épidémie et qu'ils ont rebaptisé "New Eden". Le duo est donc amené à traverser des paysages en ruines, des villes abandonnées, des grandes étendues désertiques, et nous sentons parfois poindre chez Jim Mickle l'envie de bercer dans le road-movie contemplatif, ce qui n'est pas vraiment déplaisant. Ces heures de bagnoles sont cependant entrecoupées par des scènes clairement horrifiques, celles où les vampires particulièrement dégueulasses et voraces pointent le bout de leurs nez. Mais ces bestioles, très proches du zombie, notamment dans leur aspect, ne seront pas leur pire obstacle puisque des fanatiques religieux complètement timbrés s'avèreront bien plus dangereux...



Avec son pitch quasiment identique, très linéaire, et son duo vedette, Stake Land fait inévitablement penser à The Road, en moins minimaliste, et plus axé sur l'horreur (même si, paradoxalement, Stake Land ne contient pas de scène aussi dégueue que celle dite "de la cave" du film de John Hillcoat). Je n'ai toutefois pas trouvé cette ressemblance très gênante. Non, ce qui m'a le plus embêté, c'est que Stake Land tombe dans l'un des travers typiques du film post-apocalyptique. Je veux ici parler de cette voix-off omniprésente, à travers laquelle le jeune héros nous dégueule des phrases toutes faites et souvent ridicules s'apitoyant sur l'état déplorable du monde, le tout accompagné par de timides notes de piano du plus triste effet. Nous pouvons ainsi l'entendre dire des choses comme : "Nous sommes tous des orphelins", "Nous recherchons tous quelque chose à quoi se raccrocher", "Parfois, l'espoir, c'est tout ce qu'il reste", "Je n'arrive plus à mater ma grosse tronche dans la glace", "Où ? Où ? Quand ? Et surtout, pourquoi ?"... Ces passages-là, toujours assez agaçants, ralentissent considérablement le récit, ce dont on se serait bien passé, tant le film est déjà un peu longuet et semble parfois patiner pour rien.



Malgré cela, Stake Land a des qualités qu'il n'est pas fréquent de retrouver dans un film de genre actuel et qu'il faut donc saluer. Stake Land a surtout l'avantage d'être un film d'horreur assez ambitieux, malgré un budget que l'on imagine famélique sans trop le deviner à l'écran. Jim Mickle ose inventer un enfer sur terre dont les plus vilaines créatures ne sont pas celles que l'on croit. Le cinéaste semble porter un regard très affuté et acerbe sur les dérives religieuses de son pays. Et, malgré ses petites longueurs, ses quelques passages répétitifs et inutiles, son film se regarde très aisément. Il est ainsi compréhensible que Stake Land soit porté aux nues par certains amateurs. Peut-être que si j'avais eu dix ans de moins, je l'aurais moi-même trouvé fameux. Il m'aurait en tout cas fait passer un meilleur moment.

Nota bene : j'ai mis bien du temps à voir ce film, alors que cela fait quelques semaines que je croise son titre sur l'internet. Il faut dire que j'avais toujours lu "Skate Land" et, n'étant pas fan de planches à roulettes, je m'en étais soigneusement tenu éloigné...


Stake Land de Jim Mickle avec Nick Damici, Connor Paolo et Michael Cerveris (2011)

30 mars 2010

The Road

On l'attendait depuis si longtemps, depuis toujours en fait. Je ne me souviens pas d'un moment de ma vie où je ne l'ai pas attendu. Et plus le temps passait, plus je l'attendais, et plus je désespérais de le voir un jour. Ce film, c'était un rêve de gosse pour moi. Une utopie. Je me disais prêt à embrasser les pieds de celui qui daignerait le réaliser. Et enfin ça y est, nous y voilà, il y a quelques semaines j'entends dire que quelqu'un l'a fait, que quelqu'un l'a finalement réalisé, il existerait... Le biopic filmé officiel de The Toad, le champignon de Mario Kart. Eh bien non. Détrompez-moi, détrompez-vous. Il n'en est rien. À une lettre près, c'est un tout autre film que nous avons sous les yeux. Faut dire que c'est un collègue à moi qui avait mal lu l'annonce avant de me prévenir de la surprenante sortie au cinéma d'une adaptation ciné de la vie de l'étonnant champignon de Paris roi des circuits. Un triste collègue qui se fait surnommer "Papa", comme Ernest Hemingway, et Dieu sait qu'il faut se méfier des hommes qui se font surnommer "Papa".



À quand ? À quand le film premier et définitif sur Toad (prononcez "To-had"), le noble personnage du plus mémorable jeu de kart indémodable au monde ? On a eu droit aux tristes biopics de Mario et Luigi, plombiers Siciliens à moustaches et sans saveur. Notamment dans pléiade de films pornos dits "classiques" de la période faste de Marc Dorcel, le producteur trash surnommé "Médusa" du fait de ses mille yeux et de son chibre supposé ressembler à un serpent de mer, le magna du porno franchouillard que ces deux nains vivant chaque jour la queue dans la main, anti-héros idéaux, fascineront et hanteront jusque dans sa tombe. Tombe dont il soulèvera peut-être le couvercle avec son nœud, comme le célèbre Bali Balo. On a aussi subi la biographie filmée de l'odieux Yoshi, le dernier dinosaure, certainement passé "au travers" de l'extinction de sa race par les grâces d'une petitesse notoire et d'une ressemblance troublante avec Orson Welles. Mais rien sur Toad, l'amant illégitime de la Princesse Daisy, le protagoniste le plus sombre et le plus torturé de Mario Kart à égalité, à la limite, avec Koopas Troopas. Rien, rien, rien sur Toad, le champion des champignons, le plus vermoulu des myco-nimbus frais émoulus, le cèpe humain, le gland du volant, mycosique comme pas deux. Je n'ai appris la supercherie qu'une fois devant le film, que je brûlais d'impatience de découvrir au point de tout de suite le télécharger en dvd.rip quelques semaines après sa sortie en BlueDiscRay.



Quelle ne fut pas ma déception en découvrant l'ouverture insipide du film de John Hillcoat, accablé devant mon poste de télé où je m'étais préparé à voir le chef-d'œuvre de l'année, entouré d'une entrée, d'un plat et d'un dessert unanimement concoctés à base de chanterelles, avec l'idée derrière la tête de fumer les champignons qui fleurissent entre mes doigts et dans la raie de mon énorme cul. Au final je n'ai pas touché aux superbes mets que je m'étais préparés mais j'ai tout de même humé mes propres corps étrangers, minutieusement râpés au préalable, pour supporter l'un des films les plus déprimants de l'année qui a cru m'apprendre qu'un cataclysme plane au-dessus de nos têtes et que dans l'apocalypse l'homme serait un loup pour l'homme, et auquel j'ai répondu par une pluie de pets-de-nonnes farcis et extraordinairement fumeux. Avec tout de même une pointe de regret à l'égard de l'acteur Viggo Mortensen, qui n'a jamais aussi bien porté son nom : Viggo Mort-en-scène. Admirez le jeu de mot. On a de la peine et presque du respect pour lui, pour une seule raison: c'est le seul comédien qui a accepté de paumer 10 kilos et de s'émacier sa propre tronche d'ange avec un marteau et un burin pour un triste rôle sans en sortir avec l'Oscar du meilleur acteur sur sa cheminée. Il m'a fait d'autant plus de chagrin qu'il m'a rappelé mon propre frère, Joséba, qui a récemment subi le même traitement morbide pour ressembler aujourd'hui à un cadavéreux, mais lui c'est juste parce qu'en ce moment ça va pas.
 
 
Quoiqu'il en soit et pour en revenir à La Route (véritable chemin de traverse, ou bourbier, me concernant), la mise en scène du film s'est avérée aussi plate que mon esprit s'est révélé créatif et putride, enfumé par les champignons hallucinogènes que j'ai dénichés entre mes orteils des pieds. En revanche j'ai largement pu m'identifier à un personnage principal au moins aussi con que moi et parce qu'en dépit d'une aprèm passée au macdo du coin j'avais presque plus les crocs que le héros et son idiot de fils réunis. En définitive le seul effet que le film aura eu sur moi aura été de me filer l'envie de faire des croques-en-pattes à ma femme dès qu'elle est rentrée d'une soirée pyjus passée toute seule enfermée par mes soins dans notre chambre à coucher, pourtant je suis un gentleman, sage comme une image, doux comme un charme, un vrai clebs de garde, mais j'étais légèrement à fleur de peau après avoir subi l'influence d'un film qui érige la mère de famille en chienne urbaine et après la déception terrible de n'avoir pas encore vu le long métrage de mes rêves, le spin-off tant attendu de Mario Kart qui fera la part belle à Toad le champ'.


The Road de John Hillcoat avec Viggo Mortensen et Robert Duvall (2009)

28 août 2008

The Proposition

J'ai écrit une lettre à mon cher toubib, j'aimerais vous la recopier mais elle est timbrée et postée. En gros, je lui faisais part de mes inquiétudes par rapport à ce qui m'est arrivé hier soir. Pendant la journée, j'ai bien bu quelques verres d'eau, il faisait un peu chaud, mais rien de très inhabituel, jamais que la dose normale pour s'hydrater convenablement en plein mois d'août. Et le soir venu, après avoir dégusté un fameux plat de pâtes à la sauce tomato ketchup, j'ai lancé ce film, un intriguant western australien orchestré de pied en cap par le célèbre Nick Cave. Et il se trouve que du générique d'ouverture au générique de clôture, j'ai pas arrêté une minute d'aller pisser. Alors j'ai tout bêtement demandé à mon doc si d'après lui j'aurais intérêt à me faire opérer de la prostate fissa. Il vient de me joindre sur mon Motorola, une chance j'avais filé mon 06 à sa femme quand j'étais allé la troncher chez lui. Je lui ai rappelé le titre du film et il m'a tout de suite rassuré : il l'a vu aussi et ça lui a fait pareil. A la sortie de ce film, il paraît que plus d'un spectateur est venu consulter en toute hâte, frileux à l'idée d'avoir chopé la chaude pisse.


The Proposition de John Hillcoat avec Guy Pearce, John Hurt, Emily Watson et Ray Winstone (2005)