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19 mai 2019

Arctic

Projeté au Festival de Cannes l'an passé dans le cadre d'une "Séance de minuit", Arctic est un survival des plus minimalistes mettant en scène un Mads Mikkelsen coincé quelque part dans l'Arctique suite au crash de son avion. Nous ne savons rien de ce personnage dont nous découvrons le quotidien monotone, qui se résume à une lutte de chaque instant pour survivre dans un milieu hostile. Solitude extrême, ours blancs à l'affût, froid intense permanent, soleil qui ne se couche jamais et obligeant notre homme à s'imposer un rythme via sa montre Casio, absence de réseau wifi... les dangers et les difficultés sont nombreuses, mais Mads Mikkelsen paraît animé par un instinct de survie au beau fixe. Disons le tout de suite : le même film avec Ryan Reynolds ne fonctionnerait pas une seule seconde. On n'aurait qu'une envie : le voir mourir congelé ou déchiqueté par un ours. Mads Mikkelsen, excellent, est le plus gros atout d'Arctic. Il faut le voir découvrir puis manger des pâtes séchées alors qu'il crève de faim. C'est un modèle... Peu d'acteurs auraient aussi bien jouer ça. Avec son physique sportif, solide, et son visage buriné mais néanmoins gracieux, l'acteur est impeccable là-dedans, on croit sans souci à son combat contre les éléments et nous n'avons pas besoin que son rôle soit plus étoffé que ça.




Par ailleurs, le réalisateur et musicien brésilien Joe Penna fait le taff avec une certaine application, ce type-là n'est pas manchot et nous suivrons d'un œil curieux ce qu'il fera par la suite. Il s'agit là de son premier film et il a tout juste 31 ans. Il profite ici du contexte pour croquer quelques plans très chiadés qui mettent efficacement en avant l'isolement désespérée de son personnage, pauvre silhouette solitaire découpée par un paysage surréaliste à la blancheur omniprésente et à la grandeur étouffante. Joe Penna se montre particulièrement attentif à ces petits gestes du quotidien qui permettent à Mikkelsen de survivre tant bien que mal, notamment par la pêche patiente et méticuleuse sous la glace et par le rationnement des poissons récupérées. Ainsi, c'est le début du film, où nous assistons à tout cela, dans un style contemplatif, proche du documentaire, qui est le plus captivant et le plus réussi. Par la suite, les rebondissements sont un peu attendus, avec quelques passages obligés, et Arctic peine à tenir la longueur, menaçant de s’essouffler. N'empêche que Joe Penna maintient sa ligne de conduite jusqu'au bout, avec une conviction notable, son savoir-faire, bien épaulé par un acteur principal investi, font de son film un survival tout à fait honnête et très recommandable aux amateurs. 


Arctic de Joe Penna avec Mads Mikkelsen (2018)

26 décembre 2018

Hitman & Bodyguard

Il n'y a franchement pas grand chose à dire sur ce film, nouvel essai non concluant de buddy movie comme les américains savaient en produire dans les années 80 et 90 mais dont ils ont depuis longtemps oublié la recette. Ryan Reynolds et Samuel L. Jackson sont supposés faire la paire dans ce film d'action au scénario en roues libres dont on se contrefiche du début à la fin. En gros, Ryan Reynolds est ici une sorte de garde du corps qui a pour mission d'escorter un tueur à gages, Samuel L. Jackson, jusqu'au tribunal de La Haye afin que celui-ci puisse témoigner sur les exactions d'un dictateur biélorusse sanguinaire joué par un très triste Gary Odlman. Alors que le script devrait nous proposer une course contre la montre trépidante, puisque nos deux hommes sont pourchassés à la fois par Interpol et les agents du dictateur tandis qu'ils doivent arriver au tribunal en un temps limité, nous sommes en présence d'un gloubiboulga indigeste, sans queue ni tête, dont les scènes d'action, qui veulent pourtant nous en mettre plein la vue, sont particulièrement pénibles. A aucun moment nous ne nous intéressons à ces deux personnages inexistants qui pourraient tout à fait être de nouveaux super-héros tant ils ont les mêmes pouvoirs (illimités) et le même sens de l'humour (très limité). Infaillibles, invincibles, ils accumulent les cadavres de pauv' types anonymes sur leur passage lors de fusillades et de poursuites sans aucun enjeu ni suspense.




C'est quand même dommage de voir la trajectoire qu'a pris la carrière de Patrick Hughes, ce cinéaste australien qui avait débuté par un western plutôt prometteur, Red Hill, avant de devenir un yes man lamentable à Hollywood. Si sa réalisation n'a pas d'âme, les acteurs ne parviennent jamais à donner le moindre intérêt à ce foutoir hideux. Ryan Reynolds est dénué de tout charisme et fait preuve d'un potentiel comique proche du zéro absolu. C'est un véritable boulet, à peine bon pour pavaner dans des pubs pour fringues ou parfums minables. Quant à Samuel L. Jackson, s'il est, je crois, la vedette qui cumule le plus de millions de dollars de recette au box office, il serait intéressant d'analyser sa filmographie de près pour en dresser un bilan qualitatif et non quantitatif. Il y aurait de quoi chialer des jours entiers. Et puis l'on retrouve donc Gary Oldman, qui tourne comme on pointe à l'usine et ne sera décidément jamais fatigué de faire le guignol dans de telles daubes. Lui aussi, tel Samuel L. Jackson, il a beau être "cool", son crédit va finir par s'épuiser totalement à force d'aligner les immondices de cet acabit. Enfin, sachez que l'on croise également Salma Hayek, dans un second rôle se voulant comique, qui prouve ici que le ridicule ne tue pas. 




Face à un spectacle si lassant et semblant s'attacher coûte que coûte à laisser nos neurones au repos, notre esprit divague et se focalise sur des détails inhabituels. Détail ? Peut-être pas. Devant Hitman & Bodyguard, j'ai été particulièrement sensible à la laideur absolue de la photographie, de la lumière. Comment peut-on encore supporter de tels films ? Lors des scènes supposées se dérouler la nuit, on devine des spots énormes, hors cadre (de justesse !), éclairer les acteurs, pratiquement comme en plein jour, sous une lumière blanche irréelle. Quand ils sont en voiture, nos deux zigotos ont toujours les tronches qui baignent dans un halo de lumière jaunâtre provenant d'on ne sait où (d'autant plus que l'un des gimmicks du film est que Ryan Reynolds choisit systématiquement des carrosses jugés lamentables par son compète - en réalité des bagnoles tout à fait recommandables). Lors de l'affrontement final entre Samuel L. Jackson et Gary Oldman sur le toit d'un immeuble, le premier est filmé en légère contre-plongée et nous le voyons alors enveloppé d'une lumière crémeuse abominable qui mange sa silhouette. C'est tout bonnement dégueulasse. Pratiquement toutes les grosses productions américaines actuelles ont ces couleurs, ces lumières, comme la plupart des séries télé, et on ne les remarque même plus tant c'est devenu la norme. Quelle tristesse. Hitman & Bodyguard nous offre seulement une nouvelle occasion de faire cet accablant constat et de nous apitoyer encore sur le triste sort d'un certain cinéma de divertissement US, porté disparu.


Hitman & Bodyguard de Patrick Hughes avec Ryan Reynolds, Samuel L. Jackson et Gary Oldman (2017)

29 septembre 2018

Life : Origine inconnue

Sorti en avril 2017 quelques semaines avant Alien : Covenant et souvent présenté comme supérieur à l'énième méfait du vieux Ridley Scott, Life : Origine Inconnue est un nouveau film de monstre venu de l'espace. L'histoire est simple : des astronautes de la station spatiale internationale réceptionnent une sonde revenant de Mars. Celle-ci contient un micro-organisme a priori inoffensif qui est la première preuve tangible d'une vie extra-terrestre. D'abord accueilli par des hourras, cet organisme douchera rapidement les espoirs de toute l'équipe quand il révélera sa vraie nature : une belle saloperie, grossissant à vue d’œil et bien décidée à fumer tous les membres de l'équipage les uns après les autres, en commençant bien entendu par le black. C'est du jamais vu dans l'histoire du cinéma d'horreur et de science-fiction !




Disons-le tout net : Life est un film bête comme ses pieds qui cherche simplement à nous captiver pendant 1h30. L'oeuvre de Daniel Espinosa a la seule qualité de ne pas chercher à être autre chose, mais c'est aussi sa grosse limite, évidemment. Nous n'en garderons pas le moindre souvenir, malgré une ou deux scènes plutôt efficaces. Je pense surtout à la première confrontation entre Ryan Reynolds et la bestiole, devenue une pieuvre blanchâtre vicelarde, fatale à l'acteur. Cette scène est réussie pour deux raisons : le suspense y fonctionne assez bien et c'est toujours un vrai plaisir de voir Ryan Reynolds mourir (ici plutôt atrocement puisque l'alien lui entre dans le corps par la bouche pour mieux le faire vomir du sang et crever lentement de l'intérieur). A part ça, rien à signaler. Même le titre moisi est révélateur du manque d'inspiration criant qui caractérise le projet. La créature, point important de ce genre de films, n'est pas complètement ratée mais elle n'est pas marquante du tout ni particulièrement flippante, à l'image de tout l'ensemble.




Les personnages, bien qu'incarnés par des acteurs connus (Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Rebecca Ferguson, Fabrice Santoro), sont des pions sans âmes ni charisme, des fantômes minables auxquels on ne s'intéresse à aucun moment. Lesdits acteurs ont l'air très peu concerné, simplement là pour encaisser un chèque de paie sans trop d'effort. Jake Gyllenhaal, d'une fadeur terrible, a d'ailleurs avoué en interview qu'il avait accepté le rôle pour passer quelques semaines "en apesanteur" en compagnie de son vieil ami Ryan Reynolds "sans se prendre la tronche" (sic). D'ordinaire habitué aux rôles exigeants l'amenant régulièrement à perdre du poids et à appliquer les méthodes strictes de l'actor's studio, la vedette explique qu'il voulait se "vider [sa] tête pleine de merde" (sic). Des aveux qui en disent long de la part d'un acteur qui ne connaît pas la langue de bois...




Life se déroule presque toujours à gravité zéro, ce qui permet à ses stars de flotter autour d'une caméra qui navigue entre eux, explorant les recoins de la station spatiale, parfois lors de plans-séquences qui se veulent impressionnants mais qui n'ont rien de vraiment remarquables. On sent bien que l'ambition réelle de Daniel Espinosa est de signer le pendant horrifique du Gravity d'Alfonso Cuaron mais nous n'en avions pas besoin. Le film est si pauvre que quelques spectateurs désemparés ont échafaudé toute une théorie faisant de l'oeuvre d'Espinosa (qui, contrairement à ce que son nom laisse à penser, est un cinéaste suédois et non coréen) une sorte d'histoire originel expliquant la symbiote de Spider-Man 3. C'est dire s'ils étaient désireux de donner du corps à un scénario honteux et à un film terriblement famélique... Life serait tout juste un honnête téléfilm de deuxième partie de soirée, un dimanche soir, sur TF1, et je comprends la rage immense des honnêtes gens qui ont payé de leurs propres sous pour assister à ce triste spectacle sur grand écran.


Life : Origine Inconnue de Daniel Espinosa avec Jake Gyllenhaal, Rebecca Ferguson et Ryan Reynolds (2017)

16 novembre 2014

Sécurité Rapprochée

Il n'y a strictement rien de particulier à dire sur ce film qui ressemble à s'y méprendre à un mauvais épisode de 24 Heures Chrono, orphelin de tout ce que les aficionados de la série en temps réel aiment y retrouver : la voix rocailleuse de Kiefer Sutherland, les pétages de plombs récurrents de son personnage, l'humour involontaire de certaines situations à prendre au second degré, les méchants très très méchants, les interjections systématiques de type "Drop your weapon now !" ou "Copy that !?!", les scènes de torture gratuites, les gros lolos rebondissant de la blonde Elisha Cuthbert, etc. Oubliez tout ça, et ne conservez que les travers, et notamment les pires tics de mise en scène chers à cette série : caméra tremblotante, gros plans constants et excités, montage à coups de hâche... Mais aussi la bande son ! Sur ce point, on n'insistera jamais assez sur l'influence décisive de la musique du jeu vidéo d'infiltration Project IGI sur les BOs de séries et films d'action hollywoodiens. C'est frappant ! Sécurité Rapprochée est donc un triste thriller, taillé pour le petit écran, qui se veut tendu, nerveux et haletant mais qui ne parvient qu'à rendre le spectateur chaud bouillant, énervé et à cran, même quand celui-ci n'a pas déboursé le moindre centime pour le voir et garde sa télécommande à portée de main pour couper net à chaque instant.




Puisqu'il n'y a rien d'autre à ajouter, profitons donc de ce film pour dire quelques mots sur ses deux acteurs principaux, j'ai nommé Denzel Washington et Ryan Reynolds. Commençons par le premier, celui qui, curieusement, est bien trop souvent à l'abri des critiques. Il est temps pour nous de régler nos comptes avec lui et de remettre les points sur les i. Regarder Sécurité Rapprochée en ayant toute connaissance de la carrière en chute libre de la star donne tout simplement envie de crier haut et fort qu'on tient là une belle et grosse enflure. Ok, il a l'air cool et il a une bonne tronche sympathique qui fait que tout le monde l'apprécie, mais il faut vraiment zieuter sa filmographie de plus près ! Unstoppable, Le Livre d'Eli, L'Attaque du métro 123, Déjà Vu... On ne peut pas avoir pour meilleur ami Tony Scott (RIF), produire des films d'action minables à la chaîne, et passer à travers les balles toute sa vie sous prétexte qu'on a un sourire irrésistible, une classe certaine et un blase du tonnerre... Et puis il joue tout le temps le même rôle, et toujours de la même façon ! Il est systématiquement ce bon américain lambda, intègre, contraint à devenir un héros et doté d'un vieil humour pince-sans-rire insupportable, quand il ne campe pas un personnage de vilain aux capacités cognitives hors normes, ce qui lui permet de se faire plaisir en cabotinant à mort (rappelons que cela lui a tout de même permis de décrocher un Oscar...). Dans Sécurité Rapprochée, on est plutôt dans le second cas de figure : Denzel en fait des tonnes dans la peau d'un ex-agent de la CIA devenu l'ennemi public numéro 1. On apprendra à la fin du film qu'il n'est pas si mauvais que ça, évidemment, ce qui permet à l'acteur de retrouver son registre fétiche. Sécurité Rapprochée (quel titre à la con au fait !) fut pour moi le film de trop et je profite d'être derrière l'écran de mon ordinateur pour déblatérer tout ça sur Denzel car si je l'avais en face de moi, je sais bien que je serais le premier à lui taper sur l'épaule. Je finirais peut-être même par faire fi de mon hétérosexualité si l'occasion se présentait.




Passons moins de temps sur le cas Ryan Reynolds. Il y a de toute façon si peu à dire sur cet homme-là... Ryan Reynolds... RYAN REYNOLDS. Regardez sa tronche, son allure... Il n'est bon à plaire qu'à des tocardes comme Scarlett Johansson ou Blake Lively... Si ma dulcinée me quittait pour les bras d'un tel tocard, nul doute que tout mon amour, aussi ardent soit-il, se transformerait en un bloc de mépris glacial dans la seconde où j'apprendrais la sale nouvelle. Comment peut-on penser une seconde que ce type-là a les épaules et le charisme adéquats pour être le héros d'un film d'action, ou d'un film tout court ? Comment peut-on ? Dans Buried, il parvenait tout juste à faire illusion, sa transparence totale n'apportait certes aucune valeur ajoutée mais elle n'était pas trop embarrassante, calfeutrée dans 1m² d'acajou et l'obscurité quasi complète. Il incarne ici un bleu du CIA dont la mission est de surveiller Denzel et de le maintenir dans une safe house (résidence sécurisée et titre original de ce film en carton). S'il réussit, il pourra suivre sa petite amie et être muté en France. Pour vous rassurer, car vous non plus vous n'avez pas envie de voir le QI moyen de notre beau pays diminuer d'un seul coup, répétez-vous la phrase "It's only a movie, it's only a movie, it's only a movie !". Plus simple encore : ne matez pas ce film, simple conseil amical !


Sécurité Rapprochée de Daniel Espinosa avec Denzel Washington, Ryan Reynolds, Vera Farmiga, Brendan Gleeson, Sam Shepard et Robert Patrick (2012)

14 novembre 2011

Adieu, je reste

Tout juste après avoir été larguée, une danseuse (Marsha Mason), maman d'une petite fille (Quinn Cummings), apprend que son ex a sous-loué son appartement new-yorkais à un acteur (Richard Dreyfuss) qui veut percer à Broadway. Bien décidées à ne pas quitter les lieux, elles se verront donc contraintes à accepter une colocation forcée avec cet inconnu débarqué de nulle part, aux lubies très spéciales et à la personnalité bien affirmée. Voici donc le point de départ de ce film d'Herbert Ross intitulé The Goodbye Girl aka Adieu, je reste, une comédie romantique très agréable et bien rythmée, portée par un couple d'acteurs principaux en pleine forme et, comme nous le verrons à la fin de cet article, assez éloigné des standards actuels.



La chose qui m'a le plus agréablement interpellé pendant la vision de ce film, ce sont ces sortes de raccourcis qui le ponctuent ça et là. Il s'agit souvent de réactions qu'ont les personnages, des réactions qui sont très plaisantes car soudaines, et d'autant plus justes, là où l'on pourrait craindre que cela s'éternise. Le scénario de Neil Simon évite ainsi assez brillamment les lourdeurs propres à ce genre de films, c'est-à-dire tous ces moments où l'on tente vainement de nous faire naviguer entre deux eaux alors que l'on sait très bien comment tout cela va se terminer. De cette même façon, les passages a priori plus graves, comme par exemple le tout début du film et la découverte de la lettre de rupture par l'héroïne, sont traités avec légèreté, tout en réussissant l'exploit de rester tout à fait crédibles. Tout s'enchaine donc sur un rythme très soutenu, pour notre plus grand plaisir. A l'image des dialogues, très écrits, qui fonctionnent parfaitement et qui nous offrent quelques savoureuses joutes verbales entre les deux acteurs vedettes.



On pense parfois à Woody Allen, notamment à travers certaines réflexions de ce personnage désabusé et pince-sans-rire incarné par le frétillant Richard Dreyfuss, qui fut récompensé d'un Oscar amplement mérité pour sa prestation. Sa partenaire Marsha Mason a son petit charme, qui réside dans son corps fluet et son nez retroussé, malgré sa coupe de cheveux démodée et sa beauté toute relative. De par son jeu tout en spontanéité, elle dégage une vraie fraîcheur, et son personnage finit donc par nous conquérir également. Quant à la toute jeune actrice Quinn Cummings, elle campe un autre personnage très charmant, avec des attitudes et des remarques très crédibles pour une enfant de son âge, et là encore, la fraîcheur de l'actrice n'y est pas pour rien. Ces acteurs forment un trio crédible et attachant, dont on suit l'évolution avec entrain, en étant simplement content du déroulement de l'histoire, qui paraît tracé d'avance, mais que l'on apprécie d'autant plus, comme cela peut arriver devant une comédie romantique de ce genre quand elle est réussie et parvient à se mettre le spectateur très vite dans la poche.



Adieu, je reste est donc un film à l'image de ses comédiens, assez frais et vraiment plaisant, très mignon sans jamais être agaçant. Un film comme Hollywood ne semble plus savoir en produire aujourd'hui. Déjà, si un tel film était produit actuellement, le couple vedette serait incarné par un duo glamour des plus insupportables. J'imagine bien Ryan Reynolds et Elizabeth Banks, tiens. Ou Justin Timberlake et Jennifer Aniston. On pourrait en trouver mille autres en fait... La petite fille, trop encombrante dans ce monde de jeunes cons, serait remplacée par un animal domestique : un clébard ou, plus original, un furet. Le film aurait sans doute pour titre quelque chose comme Sex Friends, (S)ex List ou Sexe entre amis, il viserait un public adolescent et il nous raconterait comme il est plus pratique de commencer par être amis avant de se dégommer jour & nuit. On y perdrait un peu en qualité, ça c'est sûr...


Adieu, je reste d'Herbert Ross avec Richard Dreyfuss, Marsha Mason et Quinn Cummings (1977)

22 juillet 2011

Wrecked

Le plot : un homme (Adrien Brody) se réveille très amoché dans une voiture accidentée, tombée au beau milieu d’une forêt dans une région escarpée (sans doute les Rocheuses). Jambes coincées, sans souvenir de l’accident ni de son identité, cet homme va devoir s’extirper de la bagnole pour avoir une chance de survivre...

127 heures, Buried, Frozen... Il y a un petit paquet de films de ce genre qui sortent en ce moment. Des films dont les scénarios se limitent à un pitch minimaliste, comme autant d’histoires de survies impossibles qui sont à la fois autant de défis que s’imposent des cinéastes qui n’ont pas froid aux yeux. Des films qui, avec leurs scénars très limités, viennent forcément titiller la curiosité des cinéphiles intrépides, dont je crois faire partie puisque j'ai vu les trois longs métrages cités. Dans 127 heures, Danny Boyle nous dépeignait en split-screens la petite semaine d’emmerdes de James Franco, coincé sous un rocher, condamné à boire son pipi et à se manger le bras pour s’en tirer. Dans Frozen, du jeune réalisateur Adam Green, nous nous retrouvions perchés dans le vide, sur un télésiège tombé en panne, en compagnie de trois jeunes individus ayant eu la sale idée de faire du ski et de s’attaquer à une piste noire, à minuit, la veille d’un jour férié ! Deux d’entre eux, les deux mecs, finissaient dévorés par des loups après avoir tenté le grand saut, tandis que la meuf s'en sortait grâce à son gros cul, non sans quelques gerçures. L'an passé, Buried avait fait le buzz grâce à la petitesse du cercueil en bois dans lequel Ryan Reynolds et nous autres spectateurs passions tout le film. A part ça : quelques coups de fil dénonçant l’inefficacité du service-clients Orange, un serpent concupiscent trainant dans le futal de l'acteur, et... c'est tout, à l’ouest, rien de nouveau dans ce thriller très laborieux ! Essential Killing pourrait presque être rapproché de ces films, mais ça serait vraiment ne pas faire hommage à l’œuvre puissante et inspirée de Jerzy Skolimowski !



Ces films donnent souvent l’occasion pour un acteur de se risquer à une prestation difficile et extrême, avec la promesse d’occuper seul l’écran pendant la quasi totalité du long-métrage. C'est tout à fait le cas dans Wrecked et Adrien Brody s’en tire plutôt bien, il n’y a rien à lui reprocher. Après, on pourra toujours passer des heures à débattre autour du "cas Brody", à essayer de comprendre les choix de carrière de cet acteur au profil unique qui n'en fait qu'à sa tête depuis sa consécration précoce grâce à son rôle dans Le Pianiste de Polanski. L’homme doit être un déconneur, il doit aimer les films de genre, pas prise de tête. L'explication doit être aussi simple que ça. Adrien Brody est un peu la version masculine d’Hilary Swank, également consacrée pour sa prestation dans Million Dollar Baby et qui depuis aligne les obscurs thrillers sans le sou, assez peu aidée, il est vrai, par sa tronche de mec. Il est aussi la version soft de Nicolas Cage, les coups d’éclat en moins. En bref, c’est un acteur fascinant.



Mais que dire de Wrecked ? Le film n’est pas si mauvais, c’est même sans doute mieux que Buried, qui avait pourtant eu le bonheur de connaître une sortie en fanfare, en étant globalement salué par la critique et le public. Ici, le réalisateur se tient à son idée et colle à son concept jusqu’au bout avec, il me semble, plus de rigueur que Rodrigo Cortés. On passe véritablement tout le film à la place d’Adrien Brody et le réalisateur met un point d’honneur à respecter le point de vue de son personnage, sans jamais nous montrer davantage ni s’écarter de sa ligne imposée. Grâce à cela, Wrecked se regarde, assez mollement, mais se regarde néanmoins sans faillir. Michael Greenspan parvient à rythmer son film et à répartir les éléments clés de son récit de façon telle que l’on reste devant notre écran à suivre cette petite histoire, avec un brin d’intérêt. L’envie d’en connaître le fin mot est toujours un peu plus forte que celle d’y mettre fin prématurément, mais ça se joue toujours à pas grand chose.



A part ça, on a droit à presque toutes les situations incontournables de ces films de survie. Adrien Brody est ainsi consécutivement amené à manger des fourmis rouges et à se ruer sur une flaque d’eau pour se sustenter, à se raconter des vannes tout seul pour passer le temps, à se faire pipi dessus pour se réchauffer, et surtout, à avoir de sacrées hallucinations qui l'aident ou le ralentissent dans ses efforts. Pas grand-chose de neuf, donc, et le dernier secret du film, lié à l’identité du personnage principal, a le défaut de nous être dévoilé de façon assez grossière via un flash-back final un peu facile. Mais malgré cette dernière fausse note et sa vacuité globale, Wrecked n’est pas la daube tant redoutée. J'éprouve de la sympathie pour Brody.


Wrecked de Michael Greenspan avec Adrien Brody (2011)

23 janvier 2011

Buried

Ce film ne m'a pas fait beaucoup d'effet. Je précise que je ne suis pas claustro du tout. Je suis même plutôt claustrophile, nuance. J'adore être comprimé dans des espaces confinés. J'aime que l'on me presse, que l'on me serre. J'éprouve le besoin irrépressible de m’isoler, par périodes plus ou moins longues, dans un lieu confiné. Si on peut en profiter pour me rouer de coups, j'aime tout autant. Pendant ces phases d'autoclaustration, je fais le vide, et je ne pense à rien, j'encaisse seulement. Rien à voir avec Diogène, qui adorait se foutre en boule dans un tonneau fraîchement vidé de son vin, pour en lécher les rebords tout en philosophant sur la vie. Je suis pas un abruti pareil. Non, moi j'aime seulement avoir la sensation d'être coincé, bloqué et, si possible, bastonné à mort. Je dois tenir ça d'un traumatisme de mon enfance. Ça doit même être quelque chose liée à ma vie intra-utérine. Je dois secrètement nourrir l'espoir de retourner un jour dans le ventre de maman, ou regretter de l'avoir quitté, allez savoir. Peut-être est-ce une envie de revivre l'accouchement qui me fait adorer recevoir des gros marrons dans les coins, que sais-je... Revenons à ce film de l'espagnol Rodrigo Cortés. Que dire ? Je ne sais pas quoi en penser. Je suis resté de marbre face à ce qui nous est vendu comme un roller coaster de sensations !




Il n'y a pas si longtemps, dans notre critique de Black Dynamite, nous vous avions parlé de ces films "à voir avec" ou "à voir dans telles conditions". Pour le spectateur lambda, Buried doit très certainement appartenir à cette catégorie de films. A mater coincé dans un cercueil, enterré vivant, Buried doit faire son petit effet. Mais je ne sais pas si, dans une telle situation, on se mate un film... J'en doute, même. Le malin Rodrigo Cortés veut donc nous démontrer très lourdement qu'il est bien capable de tenir un film d'1h30 sans sortir un seul instant d'une sorte de cercueil de planches. Notre jeune cinéaste espingouin devait avoir l'intention de rentrer dans le livre des records, en faisant le huis le plus clos du monde. Mais même sur ce tableau-là, le film n'est pas entièrement réussi. Je l'ai vu en salle, dans un quartier pas spécialement bien famé, mais où y'a toujours une sacrée ambiance pendant les séances de cinoche. Et pendant le film, j'ai entendu plusieurs personnes se révolter à voix haute, et se mettre soudainement à hurler "Mais y'a plein de place, sinon la caméra ne pourrait pas se reculer à ce point !", tandis que d'autres, plus pragmatiques, préféraient simplement beugler à tue-tête "On est pas dans un cercueil, on est juste devant un film de merde !". J'avoue avoir participé à tout ça, en choisissant plutôt de m'en prendre à l'acteur, Ryan Reynolds, et en pointant du doigt le fait qu'il devait de toute façon avoir l'habitude de se sentir étouffé, qu'il devait aimer ça, lui qui a pendant longtemps était le boyfriend de Scarlett Johansson. Ça ne faisait pas sens, mais dans la folie générale, quelques-uns ont rigolé et m'ont porté en triomphe en me traitant de sale con, ce qui venant d'eux est un beau compliment. 




Buried veut aussi nous démontrer que la vie d'un seul gars, ça pèse pas lourd dans le monde actuel, et qu'on va pas remuer ciel et terre pour le sauver. Personnellement, j'avais déjà pu me rendre compte de ça par moi-même, il y a quelques semaines seulement, lors des fêtes de Noël, où je me suis retrouvé coincé par la neige sur la route me menant chez mes beaux-parents. Mon réveillon, je l'ai fêté en compagnie d'un blaireau grassouillet, d'un renard blessé, et d'un chien errant balafré. Ces trois animaux amicaux avaient décidé d'un commun accord de me rejoindre dans ma Xsara pour me tenir chaud en se mettant en boule contre moi et en s'enculant tour à tour sous mes yeux. Oh c'était un beau Noël entre Xsaristes, je ne regrette rien, et je crois préférer la compagnie de bêtes finalement peu sauvages à celle de mon beau-père, qui lui ne sera jamais apprivoisé. Et je ne me plains pas, j'ai été gâté : au petit matin le blaireau, qui était en fait une blairelle, venait d'accoucher, et une tripotée de blaireautins avaient élu refuge dans ma valise, sur la banquette arrière, préalablement vidée par le renard, qui m'avait tout chipé sans dire "au revoir". Quant au chien, il ne me quitte plus. Je l'ai appelé Seal.


Buried de Rodrigo Cortés avec Ryan Reynolds (2010)