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29 novembre 2022

House of Gucci

Quand on n'est pas au meilleur de sa forme, on a tendance à se réfugier dans une certaine facilité, à éviter les efforts inconsidérés. Or, si vous avez lu mon dernier papier, vous savez que mon ventre de cinéphage me joue actuellement de bien vilains tours. Bref, quand je lance un film, je veux éviter tout problème. Tout comme un individu normal va privilégier une alimentation mixée puis moulinée afin de se remettre de ses pires tracas digestifs, un cinéphage va naturellement s'orienter vers des films faciles à avaler, tranquilles à suivre, aisés à comprendre. Cela ne rime hélas pas toujours avec grand cinéma, mais c'est déjà un premier pas dans le cadre d'une convalescence maîtrisée et d'un retour vers une vie normale. Face à la montagne d'œuvres de consommation rapide et expulsion immédiate à ma disposition, je me disais qu'un p'tit Ridley Scott passerait crème. Ce vieux type est en mode pilote automatique depuis des lustres, mais ce qu'il fait reste toujours vaguement rythmé et efficace. En bref, ça se mate, toujours. Et c'est encore le cas ici, avec House of Gucci. J'ajoute que j'avais aussi très envie de pouvoir me débarrasser une bonne fois pour toute du fichier mp4 du film (qui flirtait avec les 3Go). 




Il s'agit donc d'une sorte de film de mafieux, mais dans le contexte de la mode et du luxe, figurez-vous ! Je n'y connaissais rien du tout à l'histoire de Gucci. Faut dire que j'en ai jamais rien eu à secouer. J'ai donc appris pas mal de choses, ça m'a évité la lecture d'un article Wikipédia (quand bien même rien ne m'aurait amené sur cet article-là en particulier). C'est très long, mais Ridley Scott a toujours ce petit savoir-faire qui nous permet de rester plus ou moins attentif, de tenir sans souci. Il parvient à nous donner cette impression qu'il filme quelque chose d'important, ce truc typique du cinéma américain, alors que son dernier rejeton rejoindra bien vite les limbes cinéphiles et qu'au fond, il ne raconte vraiment rien de neuf et pas grand chose d'intéressant. C'est donc une famille qui se démolit pour de l'argent à cause d'une femme, un brin excessive et manipulatrice, qui, a priori par amour et pour préserver le prestige de la marque, va provoquer leur inéluctable dégringolade. Je vous la fais très courte, ça sert à rien de s'éterniser là-dessus.




Comme souvent, le casting y est pour beaucoup dans la capacité du film à nous tenir en haleine. Adam Driver est très bien, rien à dire, il confère une part de mystère à son personnage, il a un charisme qui nous accroche, il est illisible tandis que tout autour de lui s'agitent des personnages aux agissements très prévisibles. Comme d'habitude, j'ai d’abord eu du mal avec Lady Gaga, me demandant comment j’allais pouvoir supporter sa ganache pendant plus de deux heures, mais elle s’en tire finalement pas si mal, elle met suffisamment d'énergie dans son jeu pour emporter le morceau et on finit par s’habituer à son gros visage. Du côté des seconds couteaux, Al Pacino m’a plutôt botté. Il ne fait aucun effort, il est là pour se marrer, passer du bon temps, et sa décontraction participe à donner au film un côté plus léger, humoristique, moins solennel et sérieux. Même chose pour un autre ancien, Jeremy Irons, dont la classe est toujours au beau fixe. 




En revanche, il y a le problème Jared Leto, déjà pointé du doigt par les critiques du monde entier. Ridicule, il flingue littéralement chacune de ses scènes, et il y en a pas mal. Il ne pousse pas assez son jeu pour être réellement drôle et il en fait beaucoup trop pour être crédible. Il est dans un entre-deux très gênant. C’est complètement débile d'avoir pris cet acteur de merde pour le couvrir de maquillage pendant cinq plombes et aboutir à un tel résultat. Vraiment n'importe quoi et une nouvelle preuve d’un début de sénilité avéré chez papy Ridley Scott. Je n’ai rien dit de Camille Cottin, qui apparaît lors du troisième acte, dans un rôle mineur mais décisif puisqu'il provoque l’implosion définitive du couple Driver - Gaga. Je me laisse ici la possibilité d’ajouter des lignes à ma critique quand sa prestation m’aura inspiré quelque chose. Je sais, ce n’est pas très pro, mais cela arrive parfois d’être totalement à court sur un sujet. Je n’ai vraiment rien à dire sur Camile Cottin.




J'en ai donc appris beaucoup sur l'histoire de Gucci et ça me fait une putain de belle jambe. Peut-être peut-on associer cela à de la "culture générale" ? J'ose l'espérer en tout cas. Je crois hélas avoir déjà tout oublié. Ce n’est pas forcément un film que je recommande, mais il n'y a pas eu d'effets secondaires à déplorer chez moi. Mon transit de cinéphage n’a en rien été perturbé, bien au contraire. J’ai pu ensuite m’orienter vers des films plus consistants. Merci Ridley, t'es un vrai pote.


House of Gucci (La Maison de Gucci) de Ridley Scott avec Lady Gaga (Demoiselle Gaga), Adam Driver (Adam Conducteur), Al Pacino, Jared Letocard et Jeremy Irons (2021)

18 février 2022

Le Dernier duel

Un viol, trois versions : celles de Jean de Carrouges (Matt Damon), Jacques le Gris (Adam Driver) et Marguerite de Thibouville (Jodie Comer). Comme moi, Ridley Scott a découvert Rashomon sur le tard. Il nous propose donc un film divisé en trois parties : trois flashbacks successifs qui nous proposent la vérité selon les différents personnages impliqués. Le premier, un chevalier vaillant au combat, marié à la victime, avide de prestige et de reconnaissance, veut sauver son nom et son honneur. Le deuxième, un écuyer roublard et libidineux, favori du comte, cherche à glorifier sa virilité en ces temps où les mœurs n'étaient pas tout à fait les mêmes qu'aujourd'hui. Quant à la troisième, une femme qui va donc souffrir de sa douceur et de sa beauté, toute entourée qu'elle est de rustres et d'éclopés du ciboulot, elle est déterminée à faire éclater la vérité en parlant pour celles qui se taisent. Ces différents points de vue, présentés les uns après les autres, forment un récit parfois assez monotone mais globalement divertissant et de plus en plus prenant à mesure qu'il avance. On finit par reconnaître l'art du storytelling que l'on croyait perdu d'un Ridley Scott plutôt en forme qui donne un certain souffle à un scénario dans l'air du temps et plutôt malin, écrit à trois mains (Ben Affleck, Matt Damon et Nicole Holofcener). Si son film paraît d'abord un poil long, il remplit au final aisément son objectif. Sa construction lui donne même un côté ludique malgré le caractère répugnant de l'histoire contée. 


 

 
Admettons cependant que tout ça n'est pas d'une grande finesse, ce qui n'a d'ailleurs jamais été le signe distinctif du réalisateur de Gladiator. Le Dernier duel pèse de tout son poids par sa photographie grisâtre, soignée mais terriblement banale pour un tel film, et sa peinture de l'époque à si gros traits. Le cinéaste anglais alimente en effet une vision décadente et outrancière du Moyen Âge tardif, qui a presque ici quelque chose de burlesque. Les Monty Pythons sont pas loin ! Les acteurs, en tout cas, semblent avoir pris du plaisir à jouer leurs partitions, même un étonnant Ben Affleck en comte débauché, que je suis pourtant d'ordinaire le premier à pointer du doigt. Matt Damon n'a pas rechigné à s'enlaidir, lui que les années n'épargnent déjà pas, et s'avère très crédible dans le rôle : on oublie l'acteur derrière les cicatrices et la coupe de cheveux immonde. Face à lui, Adam Driver joue parfaitement de sa large carrure et de son visage si particulier, je le qualifierai de reptilien et, plus exactement, de vipérin, ce qui est en outre raccord avec son propre anaconda qu'il ne parvient guère à maîtriser. Quant à Jodie Comer, elle est irréprochable et le choix de cette actrice habituée aux séries paraît très judicieux. Pour ce qui est du duel promis par le titre, que l'on obtient à la toute fin, il n'est en rien décevant malgré toute l'attente savamment entretenue par le réalisateur. Brutal à souhait et d'une longueur raisonnable, il vaut vraiment le coup d’œil : les amateurs d'action seront satisfaits. À 84 ans, Ridley Scott prouve qu'il n'a pas tout à fait perdu la main et qu'il peut encore nous faire profiter de ce savoir-faire qui lui a valu tant de succès depuis des décennies. Enfin, j'ai relevé un étonnant petit moment de grâce, peut-être fortuit, caché au beau milieu de ces 152 minutes de bobine : lors de cette scène, dans sa première version, où Marguerite de Thibouville, pour savoir qui vient, ouvre le judas de la porte cochère de sa demeure. Une jolie mèche blonde délicatement bouclée de l'actrice, soufflée par le vent, passe alors par l'ouverture, entretenant l’ambiguïté de la situation et contribuant, malgré elle, à attirer le prédateur chez elle.
 
 
Le Dernier duel de Ridley Scott avec Jodie Comer, Matt Damon, Adam Driver et Ben Affleck (2021)

31 août 2020

Adopt a Highway

Adopter une autoroute... Derrière ce titre étrange, qui fait référence à un programme américain de sponsorisation de segments d'autoroute pour garantir leur propreté (?!), se cache un très beau petit film signé Logan Marshall-Green, cet acteur souvent associé à Tom Hardy pour leur ressemblance physique troublante et que l'on a déjà vu être contaminé par un alien dans le pitoyable Prometheus de Ridley Scott et, avec plus de bonheur, devenir une sorte de surhomme dans le très cool Upgrade de Leigh Whannell. C'est d'ailleurs très vraisemblablement suite à sa participation dans ce dernier film, également produit par Blumhouse, que Marshall-Green a pu faire financer une œuvre personnelle par la désormais célèbre société de production spécialisée dans le cinéma de genre qui ajoute ainsi un titre plutôt atypique à son répertoire. Pour son premier long métrage en tant que réalisateur et scénariste, Logan Marshall-Green offre un rôle en or au grand Ethan Hawke qui, plus magnétique que jamais, fait ici étalage de tout son talent et de sa capacité exceptionnelle à porter un film à lui tout seul.




Ethan Hawke incarne Russell, un type qui vient de passer 21 ans en taule pour avoir dealé quelques grammes d'herbe, en vertu de l'application de la loi dite "des trois coups" (en vigueur en Californie, celle-ci permet aux juges de prononcer des peines de prison perpétuelle à l'encontre d'un prévenu condamné pour la troisième fois pour un délit, aussi mineur soit-il). Peu adapté à la vie en société et soucieux de ne plus faire de vague, Russell bosse avec le plus grand sérieux du monde à la plonge d'une sandwicherie et habite dans un motel. Sa vie, très morne et solitaire, se voit bousculée par la découverte d'un bébé abandonné dans une benne à ordures. Sous le charme du bambin, il va s'en occuper quelques jours...




Il n'est pas méprisant ou réducteur de dire d'Adopt a Highway qu'il s'agit d'un petit film : à peine un peu plus d'une heure au compteur, guère plus de 20 pages de scénar, un seul personnage principal... Mais Adopt a Highway est un beau petit film, vraiment, et si tous les films indé ricains étaient aussi jolis et sincères, je ne serais peut-être pas autant dégoûté par la chose. Logan Marshall-Green fait preuve d'une humilité tout à fait louable et confère à sa première œuvre prometteuse un rythme assez tranquille, tout doux, qui m'a mis à l'aise du début à la fin. J'étais dans mes chaussons... Son film a aussi cela d'agréable qu'il arrive toujours à prendre une nouvelle direction juste à temps. Pas de grand rebondissement ni de bouleversement à la clé, mais simplement une trajectoire intelligente, légèrement modifiée et inattendue, qui lui fait retrouver son souffle, si bien que notre intérêt pour ce personnage et son histoire n'est ainsi jamais perdu. Il est très plaisant de découvrir la tournure, plutôt heureuse et positive (spoiler), que prennent les choses pour ce pauvre gars, qui ne fait pas les conneries tant redoutées, refait surface peu à peu et qui est même promis à un avenir radieux grâce à un p'tit coup de pouce du destin. Et puis, évidemment, le gars en question est incarné par un comédien hors pair.




Dès les premières minutes, on est admiratif du jeu d'acteur au millimètre de l'aigle-fin d'Austin (Texas), dont les pas timides et hésitants, à la sortie de prison, nous plongent dans une compassion immédiate pour son personnage de marginal dont la moitié de la vie a été gâchée par un système judiciaire impitoyable. On a déjà qu'une seule envie : le voir kiffer, prendre du bon temps... Il faut ensuite admirer le géant Hawke jouer celui qui surfe pour la première fois sur internet, dans un web café, à la recherche d'information sur son père, dont il apprend la mort les yeux humides, à la lecture d'une banale nécrologie, lors d'une scène qui nous serre le cœur. Il faut aussi le voir mettre ses lunettes de presbyte, une monture assez dégueu à clipser par le devant, avec des verres bien épais qui lui grossissent les yeux mais ne gâchent en rien sa beauté naturelle et viennent même renforcer son adorable air de chien battu. Je préfère arrêter là l'inventaire de toutes ces scènes où Hawke en met plein la vue. Vous l'aurez compris : Adopt a Highway est un véritable festival, un récital, un must pour tous les fans de la star, sur un nuage et quasi de tous les plans. On se dit que Logan Marshall-Green doit également compter parmi ses premiers admirateurs pour lui avoir donné, sur un plateau d'argent, une telle scène d'expression. On l'en remercie au passage.




Qui, aujourd'hui, peut s'assoir à la table d'Ethan Hawke ? Quel autre acteur peut se targuer de faire cohabiter sur son CV des noms comme Peter Weir, Hirokazu Kore-Eda, Bob Redford, Joe Dante, Sidney Lumet, Paul Schrader, Dick Linklater, les frères Spierig ou encore le jeune Ti West ? Combien ont tourné pour de telles pointures ? Tous les talents des cinq continents et de toutes les générations sont réunis en une seule et même filmographie. Soyez sûrs que des types comme Sidney Lumet et Kore-Eda, qui comptent parmi mes cinéastes chouchous, ne font pas tourner n'importe qui. Tous se bousculent pour travailler avec eux, et c'est Hawke qu'ils choisissent d'appeller au beau milieu de la nuit pour lui proposer un rôle. Un chapitre entier et inédit du célèbre ouvrage de Sid' Lumet, Making Movies, est consacré à l'effet galvanisant qu'eut la collaboration avec la star sur le réalisateur des 12 hommes en colère. Combien, aussi, peuvent attester d'une telle longévité ? C'est grâce à des choix de carrière audacieux, une loyauté et une fidélité à toute épreuve envers des types valables que notre homme a su demeurer si longtemps au premier plan. Combien de jeunes éphèbes sont devenus de beaux vieux en vieillissant si bien que lui ? Ne cherchez pas. Aucun. Ethan Hawke est le faucon maltais du cinéma américain, qu'il survole avec une grâce sans pareille et contemple d'un œil supérieur mais bienveillant. Son plus gros souci aujourd'hui, c'est que notre homme mange seul à tous les repas. Car personne ne peut s'assoir à sa table...




Passez donc outre son drôle de titre, qui fait métaphoriquement sens avec les thèmes abordés par le cinéaste mais peut effectivement dérouter quand on connaît mal la législation californienne et toutes ses subtilités, et donnez vite une chance à Adopt a Highway : vous passerez 78 minutes de bonheur auprès d'un acteur au sommet de son art qui parvient à donner vie à un personnage que l'on n'oubliera pas de si tôt. 


Adopt a Highway (New Lives) de Logan Marshall-Green avec Ethan Hawke (2020)

27 octobre 2018

Tout l'argent du monde

Je lis ici ou là qu'il a été reproché à Ridley Scott d'avoir réalisé un film "sans âme". N'est-ce pas là le propre des films du cinéaste britannique depuis plus de trente ans ? Alors certes, Tout l'argent du monde n'est franchement pas près d'être un grand film, mais c'est sans doute ce que Ridley Scott a fait de mieux depuis... depuis belle lurette ! Vous aurez compris qu'il s'agit là d'un compliment à relativiser étant donné l'amour que je porte pour la filmographie du bonhomme, à qui l'ont doit surtout de sacrées purges et notamment la mise à mort définitive de la saga Alien. Il nous raconte ici l'histoire vraie du kidnapping de John Paul Getty III, petit-fils d'un magnat du pétrole multimilliardaire, survenu à Rome en 1973. Le hic : le vieux Getty (Christopher Plummer), qui gère son immense fortune d'une main de fer et qui a des putains de mines antipersonnel dans les poches, ne veut pas débourser un seul centime pour récupérer le gosse ! Il va donc être confronté à la ténacité de la maman, incarnée par une très chouette Michelle Williams, bientôt épaulée par un négociant du milliardaire, Fletcher Chace, joué par Marky "Mark" Wahlberg.




Dans une interview accordée au JDD, Ridley Scott a affirmé : « Au-delà du fait divers, cette histoire possède tous les ingrédients d'une tragédie moderne. C'est un drame shakespearien qui soulève de nombreuses questions philosophiques sur le pouvoir, la filiation et surtout la puissance corrosive de l'oseille. » En effet. En voyant son film, on se dit qu'entre les mains d'un Sidney Lumet de la belle époque, d'un cinéaste de cette trempe en pleine possession de ses moyens, on aurait pu avoir droit à un vrai classique, aussi haletant que passionnant. On en est donc bien loin. Mais soulignons tout de même que le père Scott s'avère un brin plus inspiré quand il filme cette histoire que lorsqu'il nous sert des préquels honteux d'Alien (je l'ai toujours en travers...).




Son dernier film se mate sans trop de souci. Ses acteurs y sont pour beaucoup, à commencer par l'excellente Michelle Williams, dont le jeu échappe aux clichés redoutés et qui parvient à donner vie à un personnage intéressant. Mark Wahlberg n'est quant à lui pas folichon là-dedans, mais il fait sagement le taff et il a droit à son petit moment de gloire quand il dit ses quatre vérités au vieux milliardaire. Celui-ci a donc été campé, au pied levé, par le fringant Christopher Plummer, impeccable et régulièrement glaçant dans un rôle en or massif. On ne peut pas s'empêcher de se dire que c'est sans doute une très bonne chose qu'il ait eu à remplacer Kevin Spacey, car ce dernier aurait sans doute beaucoup plus cabotiner (sans parler des couches de maquillage nécessaires pour le vieillir). Notons aussi un étonnant Romain Duris : sa présence pourrait prêter à sourire puisque l'acteur français a été engagé pour incarner un kidnappeur italien, mais son personnage ambivalent constitue l'un des points forts du film. Il amène une touche d'humour et de légèreté bienvenue. Bien ouèj Duris !




Pour le reste : R-Scott est en roues libres. Aucun effort particulier, rien à signaler. Vite fait, pas si mal fait (pour une fois). Il a dû laisser le taff à sa seconde équipe et venir chécker le boulot accompli une fois par quinzaine pour mieux consacrer ses forces restantes à imaginer une nouvelle suite à Alien et ainsi continuer son saccage de la saga, ce à quoi il a vraisemblablement décidé de consacrer ses derniers jours (ma rancune est tenace !). La photographie étonne par moments, avec cette teinte sépia assez moche, au début du film, lors de quelques scènes d'intérieur, comme pour nous rappeler que l'histoire se déroule bien dans le passé. La BO (les Stones, les Zombies) vient également renforcer cet effet. C'est pas finaud du tout mais c'est efficace. C'est signé Scott quoi.




On suit ça sans déplaisir, parfois d'un seul œil, je dois le reconnaître, car c'est long, ça dure trop longtemps, ça dépasse les 2 plombes, pas de beaucoup, mais ça les dépasse, j'ai vérifié et, surtout, je l'ai senti ! Le film a toutefois le bon goût de nous quitter en beauté : par un ultime gros plan sur Michelle Williams, confrontée à une sculpture à l'effigie du milliardaire fraîchement décédé. L'actrice met le paquet, elle nous sort la total : menton grelottant, regard mystifié, elle ne laisse pas indifférent. Elle nous rappelle une dernière fois que c'est bien elle le principal intérêt du film, et le petit bout de femme tenace qu'elle a su faire exister malgré un scénario paresseux. En bref, on tient là un film du dimanche soir tout à fait passable, que je me suis autorisé à regarder un mardi...


Tout l'argent du monde de Ridley Scott avec Michelle Williams, Mark Wahlberg et Christopher Plummer (2017)

29 septembre 2018

Life : Origine inconnue

Sorti en avril 2017 quelques semaines avant Alien : Covenant et souvent présenté comme supérieur à l'énième méfait du vieux Ridley Scott, Life : Origine Inconnue est un nouveau film de monstre venu de l'espace. L'histoire est simple : des astronautes de la station spatiale internationale réceptionnent une sonde revenant de Mars. Celle-ci contient un micro-organisme a priori inoffensif qui est la première preuve tangible d'une vie extra-terrestre. D'abord accueilli par des hourras, cet organisme douchera rapidement les espoirs de toute l'équipe quand il révélera sa vraie nature : une belle saloperie, grossissant à vue d’œil et bien décidée à fumer tous les membres de l'équipage les uns après les autres, en commençant bien entendu par le black. C'est du jamais vu dans l'histoire du cinéma d'horreur et de science-fiction !




Disons-le tout net : Life est un film bête comme ses pieds qui cherche simplement à nous captiver pendant 1h30. L'oeuvre de Daniel Espinosa a la seule qualité de ne pas chercher à être autre chose, mais c'est aussi sa grosse limite, évidemment. Nous n'en garderons pas le moindre souvenir, malgré une ou deux scènes plutôt efficaces. Je pense surtout à la première confrontation entre Ryan Reynolds et la bestiole, devenue une pieuvre blanchâtre vicelarde, fatale à l'acteur. Cette scène est réussie pour deux raisons : le suspense y fonctionne assez bien et c'est toujours un vrai plaisir de voir Ryan Reynolds mourir (ici plutôt atrocement puisque l'alien lui entre dans le corps par la bouche pour mieux le faire vomir du sang et crever lentement de l'intérieur). A part ça, rien à signaler. Même le titre moisi est révélateur du manque d'inspiration criant qui caractérise le projet. La créature, point important de ce genre de films, n'est pas complètement ratée mais elle n'est pas marquante du tout ni particulièrement flippante, à l'image de tout l'ensemble.




Les personnages, bien qu'incarnés par des acteurs connus (Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Rebecca Ferguson, Fabrice Santoro), sont des pions sans âmes ni charisme, des fantômes minables auxquels on ne s'intéresse à aucun moment. Lesdits acteurs ont l'air très peu concerné, simplement là pour encaisser un chèque de paie sans trop d'effort. Jake Gyllenhaal, d'une fadeur terrible, a d'ailleurs avoué en interview qu'il avait accepté le rôle pour passer quelques semaines "en apesanteur" en compagnie de son vieil ami Ryan Reynolds "sans se prendre la tronche" (sic). D'ordinaire habitué aux rôles exigeants l'amenant régulièrement à perdre du poids et à appliquer les méthodes strictes de l'actor's studio, la vedette explique qu'il voulait se "vider [sa] tête pleine de merde" (sic). Des aveux qui en disent long de la part d'un acteur qui ne connaît pas la langue de bois...




Life se déroule presque toujours à gravité zéro, ce qui permet à ses stars de flotter autour d'une caméra qui navigue entre eux, explorant les recoins de la station spatiale, parfois lors de plans-séquences qui se veulent impressionnants mais qui n'ont rien de vraiment remarquables. On sent bien que l'ambition réelle de Daniel Espinosa est de signer le pendant horrifique du Gravity d'Alfonso Cuaron mais nous n'en avions pas besoin. Le film est si pauvre que quelques spectateurs désemparés ont échafaudé toute une théorie faisant de l'oeuvre d'Espinosa (qui, contrairement à ce que son nom laisse à penser, est un cinéaste suédois et non coréen) une sorte d'histoire originel expliquant la symbiote de Spider-Man 3. C'est dire s'ils étaient désireux de donner du corps à un scénario honteux et à un film terriblement famélique... Life serait tout juste un honnête téléfilm de deuxième partie de soirée, un dimanche soir, sur TF1, et je comprends la rage immense des honnêtes gens qui ont payé de leurs propres sous pour assister à ce triste spectacle sur grand écran.


Life : Origine Inconnue de Daniel Espinosa avec Jake Gyllenhaal, Rebecca Ferguson et Ryan Reynolds (2017)

31 mars 2018

Le Pont des espions

Steven Spielberg s'intéresse à un épisode méconnu de la Guerre Froide : l'échange d'espions entre les américains et les soviétiques, en février 1962, suite à l'arrestation de Rudolf Abel et de longues négociations menées à Berlin par l'avocat James Donovan. A priori, rien de spécialement sexy, à moins d'être attiré par cette période, mais c'est sans compter sur l'art du récit, toujours intact, de tonton Spielby qui mène tambour battant un scénario solide enrichi de quelques touches d'humour appréciables, signé par les frères Coen. Le résultat à l'écran est très divertissant et, malgré la longueur du film (2h20), on ne voit guère le temps passer. On n'a aucun mal à s'intéresser aux aventures de cet avocat qui n'a pas froid aux yeux, incarné par un excellent Tom Hanks. L'acteur, qui mériterait un César d'honneur pour l'ensemble de son œuvre voire pour le simple fait d'exister, apporte toute sa bonhomie légendaire à ce personnage qu'il nous rend immédiatement attachant et sympathique. Hanks tire parfois des tronches terribles qui donnent envie de faire un arrêt sur image pour examiner chacune de ses rides afin de percer les secrets de son art. Très à l'aise chez son ami Spielby, il est sur un nuage, au sommet de son charisme et de son talent d'acting, en roue libre, lui qui a appris à parfaitement maîtriser l'allemand pour les besoins du film. On a envie de le prendre dans nos bras et de lui faire un bisou bien baveux sur la joue.




Après avoir ciré les godasses toujours impeccables de Tom Hanks, j'aimerais à présent m'attarder sur le cas de tonton Spielby. On est rude avec tonton Spielby. Nous sommes ingrats. Il est l'un des rares, de sa génération, à Hollywood, à avoir su garder toute sa tête, à ne pas avoir sombré définitivement, et à continuer de réaliser des films tout à fait dignes. Rien que pour cela, pour sa remarquable longévité, il mérite d'être salué. Beaucoup d'autres, à commencer par son frère jumeau raté Bobby Zemeckis, devraient prendre exemple sur lui. Ridley Scott aussi notamment. Mais tellement d'autres... La liste serait trop longue. Tonton Spielby nous livre ici son film d'espionnage, et il le réussit avec brio. Un film d'espionnage peut être intéressant mais chiant, avouons-le, même quand il est assez réussi. On peut se perdre dans les méandres du scénario, trouver le temps long, être heureux du dénouement, donner l'impression de piger et mettre une note honorable sur IMDb sans avoir capté tchi et en ayant passé un moment en réalité pas si terrible. Pas de ça avec tonton Spielby ! On se régale vraiment devant son film, limpide, bien rythmé et jalonné par quelques scènes qui nous scotchent comme il faut, même quand elles ont été réalisées sur ordinateur (la scène du bombardement de l'avion, qui fait de l'effet même sur petit écran). La mise en scène de Spielby, très soignée, s'avère parfois assez inspirée, énergique. Elle sait donner du peps quand il en faut. En nous narrant cet épisode de la Guerre Froide, Spielberg parvient aussi joliment à nous replonger dans une ambiance propre à cette époque, quitte à grossir le trait, à se permettre quelques facéties, pour entretenir le mythe. En bref, tout est fait pour prendre son pied. Et c'est réussi.


Le Pont des Espions de Steven Spielberg avec Tom Hanks, Mark Rylance et Amy Ryan (2015)

10 février 2018

The Cloverfield Paradox

Netflix a cru nous faire une jolie surprise en sortant le nouveau film de la saga Cloverfield quelques heures seulement après avoir diffusé sa première bande-annonce lors du Super Bowl. Il y avait en effet de bonnes raisons de frétiller d'impatience et de regarder en vitesse ce nouvel épisode qui fait suite à deux films plutôt intéressants qui exploraient chacun de manière assez originale des genres différents, en s'inscrivant dans un même univers, dévoilé peu à peu. Cloverfield premier du nom est l'un des rares found footage à être réellement efficace, il constituait un film catastrophe assez bas du front mais, pour les amateurs, une expérience qui valait la peine d'être vécue. 10 Cloverfield Lane était quant à lui un thriller en huis clos magnifié par son actrice principale et une conclusion ma foi très réussie. Qu'allait donc nous réserver la suite ?




A y regarder de plus près, si nous étions dénués de tout a priori négatifs, on pouvait tout de même nourrir quelques doutes... A la réalisation de The Cloverfield Paradox, un inconnu nommé Julius Onah qui, après quelques recherches menées sur internet, s'avère être un jeune cinéaste au statut envié puisque régulièrement cité dans d'obscures listes recensant les metteurs en scène américains à suivre et sur le point d'exploser. A l'écriture, Oren Uziel, qui travaille sur une histoire initialement intitulée God Particles depuis des années mais dont on ne sait rien d'autre. Et à la production, fidèle au poste, JJ Abrams, dont on pourrait penser qu'il est le vrai cerveau de l'entreprise. Or, force est de constater, après quelques minutes de film seulement, que de cerveau, il n'y en a pas !




Le triste JJ Abrams a simplement dû signer le chèque permettant la mise en branle de cet abject projet et, par la même occasion, l'arrêt de mort de la saga. Dénué de la moindre imagination et nous proposant une mise en scène exécrable digne d'un très mauvais téléfilm, Julius Onah a effectivement explosé et perdu illico son statut de jeune réalisateur under the rader pour gagner les rangs trop bien garnis des purs zonards à éviter absolument. Quant au scénariste, dont la place est en détention provisoire ou en hôpital psychiatrique, il serait le premier à être poussé vers l'échafaud tant son script infâme dégage une odeur de pet dégueulasse.




Essayons de faire bref : nous sommes donc dans un futur indéterminé et la Terre, en proie à une crise énergétique sans précédent, est dans une merde noire, au bord d'un conflit mondial qui pourrait acter la fin de l'humanité. Pour sauver la situation, des scientifiques et des techniciens issus des pays les plus influents du moment (Russie, Allemagne, Grande-Bretagne, USA, Chine, Brésil et... Irlande) sont envoyés en mission sur une station spatiale en orbite autour de la planète bleue afin de créer une source d'énergie inépuisable à l'aide d'un accélérateur de particules géant. Malgré les mises en garde d'un illuminé assurant que l'utilisation de l'accélérateur pourrait engendrer des catastrophes spatio-temporelles inédites et irréversibles, tout ce petit monde s'active pour réussir enfin le lancement de la machine. C'est alors qu'une surcharge se produit suite à laquelle les scientifiques découvrent avec stupeur que la Terre a tout bonnement disparu des radars. D'autres événements étranges vont alors se produire au sein de la station, mettant en danger l'ensemble de l'équipage.




Ce n'est pas pour m'envoyer des fleurs, mais sachez que je raconte beaucoup mieux que Julius Onah et son scénariste dont l'horrible rejeton, d'une laideur et d'une bêtise étonnantes, est un supplice du début à la fin. D'emblée, on essaie de nous intéresser à des personnages qui n'existent à aucun moment, d'infects clichés ambulants. On s'amusera de la perfidie du Russe, forcément le plus infréquentable de la bande. On pleurera aux répliques supposées être humoristiques de l'irlandais incarné par le très pénible Chris O'Dowd, notamment quand toute la fine équipe se rend compte que la Terre a disparu (ce qui donne des dialogues épouvantables et grotesques comme "La Terre ne peut pas disparaître aussi facilement...", "Je t'assure, j'ai vérifié deux fois, je ne la retrouve plus", "T'as bien cherché partout, t'es sûr ?", "La Terre a juste putain de disparu !" ; il faut vraiment entendre tout ça pour y croire). On sera rapidement fatigué par les péripéties de plus en plus débiles auxquelles doivent faire face les membres de l'équipage. Devant ce vaste n'importe quoi, on se demande même s'il ne s'agit pas là d'un film ouvertement comique, d'une sorte de parodie, d'un délire entre potes, d'une blague qui a mal tourné ou que sais-je.




Le scénario est si idiot et prévisible dans sa bêtise qu'il annihile tout espèce d'intérêt que l'on pouvait avoir pour la franchise Cloverfield, et celle-ci aura bien du mal à s'en relever. Des univers parallèles sont ainsi sordidement mêlés par l'arrogance humaine, l'humanité faisant appel à une technologie qu'elle ne maîtrise pas pour sortir d'une impasse vers laquelle elle a foncé tête baissée, pour se dépêtrer d'une situation qu'elle a elle-même provoquée. Mais, là encore, je vais bien trop loin, le film ne développe aucun discours, aussi basique soit-il, ressemblant à ça, il ne propose aucune de ces critiques et mises en garde traditionnellement véhiculées par les récits de science fiction. C'est cette faille créée entre des univers parallèles qui aura donc notamment entraîné l'apparition d'une bestiole immense défonçant tout sur son passage. Avant de déclencher l'ultime essai de l’accélérateur de particules, l'un des tocards de la station prévient pourtant tout le monde dans un éclair de lucidité, il lève le doigt poliment et déclare "Au fait, vous savez que si l'accélérateur de particules dysfonctionne, on peut peut-être ouvrir une faille entre des dimensions parallèles, et faire venir des créatures, des monstres venus d'ailleurs ? Ouf non ? J'dis ça j'dis rien !".




En réalité, on tient là une sorte de croisement bâtard entre des films qui étaient déjà eux-mêmes de sacrées merdes. On pense ainsi aux derniers immondices impardonnables de Ridley Scott, Prometheus et Alien Covenant, pour cette façon de dynamiter un univers, qui jusque là se tenait bien et cultivait intelligemment un certain mystère, par des révélations misérables dont tout le monde se serait bien passé. On pense également à des trucs médiocres mais beaucoup moins offensants tels que le récent Life : Origine, qui avait pour lui le mérite de se prendre pour ce qu'il était, à savoir un simple et bête film de monstre à l'ancienne, et guère autre chose. Tout est à jeter dans The Cloverfield Paradox. En plus d'être con, c'est désagréable à la vue, avec entre autres ses plans obliques ignobles, incapables de générer la moindre tension, et cette station dont on n'arrive même pas à comprendre la géographie. 10 Cloverfield Lane était un huis clos et parvenait grosso modo à nous le faire ressentir, à nous transmettre une impression d'enfermement, une certaine tension. Cette suite n'y parvient pas une seconde et n'est qu'un enchaînement de conneries terribles.




Nous suivons, en parallèle, les mésaventures du petit-ami de la britannique, resté sur Terre et confronté aux conséquences du dérèglement global. Une partie dont on a appris de la bouche d'un JJ Abrams honteux qu'elle avait été tournée après coup, pour sauver l'ensemble. C'est effectivement moins abominable à suivre que ce qui se déroule dans la station spatiale, mais c'est tout de même inintéressant au possible. Tout est à jeter je vous dis. Ils auraient bien mieux fait de réaliser un prolongement direct à 10 Cloverfield Lane, en nous proposant tout simplement de voir Mary Elizabeth Winstead, dans sa combinaison de fortune, affronter les aliens et essayer de survivre dans un monde apocalyptique. Il n'en faut pas plus pour faire un bon film de genre ! On aurait maté ça avec bien plus de plaisir...




Comme trop souvent hélas, les plus malins dans cette histoire étaient sans doute ceux qui ont orchestré la campagne marketing, tout simplement basée sur l'entretien du mystère par le silence et l'effet de surprise final avec l'arrivée soudaine du film. Cela a en effet permis à cette gigantesque daube de bénéficier d'un buzz retentissant sur les réseaux sociaux et d'être certainement vue par bien des curieux. Une fois que les premiers l'avaient subie, ce buzz s'est aussitôt transformé en "bad buzz" puisque le film s'est fait descendre de toutes parts. Ce lynchage en bonne et due forme était tout à fait mérité. Les quelques défenseurs du produit, parmi lesquels des maniaques passionnés et des fous dangereux, échafaudant des théories reliant les trois films sur des forums à éviter, existent bel et bien mais ils doivent se sentir très seuls. Pour eux aussi, la Terre a disparu. The Cloverfield Paradox anéantit tout ce que la triste bande menée par JJ Abrams a essayé de faire et envisageait de faire. Pire encore, cela fait même relativiser les très minces qualités des deux premiers épisodes qui étaient déjà bien peu de chose. Une sacrée arnaque. 


The Cloverfield Paradox de Julius Onah avec une bande de tocards terrible (2018)

2 décembre 2017

Song to Song

J'ai laissé passer une journée. J'ai vu ce film un beau soir, je suis allé me coucher sans rien dire, tel un zombie, oubliant de faire ma toilette et d'enfiler mon pyjama. J'ai dormi d'un sommeil de plomb, comme assommé, et j'ai passé la journée suivante amorphe et pratiquement muet, en état de choc post-traumatique. Je n'avais jamais rien vu d'aussi ridicule et laid. J'avais pourtant regardé A la Merveille, mais j'avais cru en une amélioration de l'état de santé de Terrence Malick suite aux critiques plus positives inexplicablement obtenues par son dernier film. En réalité, c'est une nouvelle abomination incroyable que nous a encore livrée le vieux cinéaste texan, devenu complètement sénile et gâteux, bégayant un style atroce depuis quelques films et enchaînant les projets à vitesse grand V, comme si sa maladie mentale l'avait rendu inarrêtable. Que la réputation et le statut de Malick devaient être grands pour que celui-ci jouisse encore d'une quelconque crédibilité auprès de quelques cinéphiles ! Certains voient encore en lui un génie, trop en avance sur son temps, et rédigent des textes dignes des fameuses voix off du réalisateur-philosophe, pour défendre passionnément son si triste cinéma. Un phénomène aussi fascinant que terrifiant quand on sait à quoi ressemblent les films en question. Car Song to Song est une horreur sans nom.





J'ai donc laissé passer une journée pour prendre du recul et établir en toute intégrité le constat amiable. Pour mesurer mes propos et rester courtois. Je dois donc le reconnaître : il y a, peut-on dire, une amélioration par rapport aux derniers longs métrages du texan. Song to Song est plus ou moins constitué d'un début et d'une fin, ce qui est appréciable car cela donne des repères aux spectateurs constamment bousculés dans la mélasse ignoble que constitue ce film abject. Autre point positif : les 130 minutes de cette infamie sont ponctuées par des sommets d'humour involontaire, des moments aussi fugaces qu’irrésistibles, à condition de prêter encore attention à ce qui se déroule à l'écran, notre vigilance étant systématiquement mise à rude épreuve. On a effectivement le naturel réflexe d'autodéfense consistant à chercher de l'air pur face à cette si puante chienlit. Ces éclairs comiques sont dus à des acteurs qui n'ont pas toujours l'air de savoir où va se trouver la caméra et qui tirent des tronches pas possibles, avec des regards perdus, surpris ou apeurés lancés à l'objectif, comme s'ils venaient d'éviter, de justesse, de se prendre l'appareil sur le coin du front ! Terrence Malick filme tout le temps de la même façon, constamment en mouvement, flottant dans les airs, tournoyant autour de ses acteurs, dans des angles impossibles, déformant l'image et donc les visages des vedettes. C'est ainsi la première fois que Natalie Portman apparaît presque laide, réduite à un rôle méprisable, dans des tenues de cagoles lamentables.





Ce style Malick, subi depuis The Tree of Life et désormais systématique, est d'une extrême laideur. La fluidité fabriquée des mouvements de caméra incessants s'oppose à l'absence de linéarité du récit, à l'imbrication de souvenirs et de points du vue des différents personnages, soulignés par des phrases grotesques issues d'un esprit forcément dérangé. Comme pour nous plonger dans le flux incessant de la Vie... C'est magnifique. Terrence Malick nous montre toujours la même chose : des (beaux) acteurs se tournant autour au soleil couchant ou dans les herbes hautes, se sautant dessus dans d'immenses villas ou des appartements aux baies vitrées vertigineuses, se courant après et se reniflant presque autour de piscines interminables, etc, si bien que l'on a l'impression que Malick filme des chiens en chaleur ! Devant un si piteux spectacle, je trouvais une échappatoire inespérée en imaginant exactement le même film, mais avec des chiens à la place des comédiens, et je me disais "Ah ouais, ça serait sympa... enfin, lassant à la longue, mais beaucoup plus sympa que ça !". Blague à part, il serait aussi très amusant de voir comment un tel film serait reçu s'il avait été signé par un réalisateur quelconque et que l'on y voyait gesticuler des acteurs aléatoires, pourquoi pas français, à la place de tout ce "beau monde". Je parie qu'il serait carrément lynché, et à raison !





Bien sûr, strictement personne ne ressort grandi d'une telle expérience. Rooney Mara est plus énervante que jamais et, après sa prestation déjà pitoyable dans l'épouvantable A Ghost Story (dont nous vous reparlerons plus en détails à sa sortie), nous commençons à accumuler pas mal de ressentiment à l'égard de cette actrice, qui doit être persuadée de tourner pour la crème de la crème alors qu'elle aligne les pires guignols du moment à son tableau de chasse. Ryan Gosling est tout simplement pitoyable, mais il a aussi l'air d'être celui qui fait le moins d'efforts inutiles, il est le plus naturel en somme, ne se gênant pas pour reprendre à la guitare des morceaux de son propre groupe et assurer son autopromotion. Michael Fassbender est quant à lui au-delà de tout et cette nouvelle performance hors norme nous amène à nous pencher de plus près sur la filmographie de cet acteur vraisemblablement aussi beau qu'idiot : Alien Covenant, Prometheus, Cartel, Assassin's Creed, Le Bonhomme de Neige... où s'arrêtera-t-il ? Rien à dire de plus sur le cas Portman, peu valorisée par l'effet fish eye des cadrages malheureux du sieur Malick et par un rôle de cagole pathétique. Terry Malick ayant tourné dans divers festivals de musique, quelques guests stars font aussi des apparitions : on croise ainsi les fantômes plus ou moins flippants d'Iggy Pop, de Lykke Li, de Patti Smith et d'Holly Hunter.





D'autres instants furtifs s'avèrent d'une grande drôlerie accidentelle, les acteurs semblant encouragés par leur metteur en scène à faire strictement n'importe quoi. Terrence Malick paraît alors se réjouir d'avoir su "capter" un moment rare, d'avoir réussi à saisir à la dérobée un pseudo éclat de vérité, en réalité d'un ridicule insondable. C'est ainsi que nous avons droit aux gamineries horripilantes de Rooney Mara, que l'on a envie d'étrangler, aux acrobaties improvisées surréalistes d'un Michael Fassbender en roues libres, aux baisers furtifs et navrants d'un Ryan Gosling qui profite de l'espace de liberté entretenue par l'ambiance générale de désinvolture et de dévergondage. Il faut vraiment le voir pour le croire. Le résultat à l'image est tout simplement ahurissant de nullité, de ridicule et de laideur. Quand on sait que le commandant en chef de ce foutoir infect a 74 ans, on se dit qu'on ne doit plus aucun respect au 3ème âge et qu'il y a des internements en psychiatrie qui se perdent (on lui propose la même chambre que Ridley Scott ou qu'un autre Terry, Gilliam).





Le pire c'est que c'est le genre de film qui dissuade d'en écrire une critique. On a l'impression de se répéter, de devoir aligner les synonymes de "ridicule" et "laid" (j'en profite pour vous faire croquer ce remarquable dictionnaire créé par l'Université de Caen), que ne ça sert et rime strictement à rien de commenter un tel désastre, surtout quand on sait combien les fans irréductibles du bonhomme sont véhéments, bornés et dans leur monde. Terrence Malick est pourtant bel et bien le plus gros gag de l'histoire du cinéma. Un gag patiemment et savamment construit au fil des ans. Le vieil homme va réussir à me faire abandonner toute espèce d'attachement à son premier et meilleur film, Badlands. J'ai un petit cadre avec l'affiche du film, un de ces cadres amoureusement confectionnés il y a quelques années avec Rémi. Mon acolyte me regardait pourtant d'un mauvais œil lorsque j'y glissais l'affiche du Malick qu'il n'a, lui, jamais pu encadrer, justement. J'ai à présent envie de décrocher cette affiche de chez moi. Je ne peux plus la regarder dignement. Terrence Malick, c'est comme un très vieil ami dont on aurait appris qu'il est un dangereux psychopathe ou qu'il a commis des actes indéfendables. On ne veut plus avoir aucun rapport avec lui. 


Song to Song de Terrence Malick avec Rooney Mara, Michael Fassbender, Ryan Gosling et Natalie Portman (2017)

15 août 2017

Alien : Covenant

Après le naufrage Prometheus, il faut bien avouer que nous n'espérions plus grand chose d'un nouvel épisode d'Alien. D'autant plus que le vieux Ridley Scott, vraisemblablement désireux de se réapproprier avec autorité la saga pour mieux la saccager de fond en comble, est une nouvelle fois aux commandes. Mais commande-t-il vraiment quoi que ce soit ? Sait-il ce qu'il fait ? Peut-il être encore considéré responsable juridiquement ? A-t-il tout simplement conscience de ses actes ? C'est toutes les questions que l'on se pose à la fin d'Alien : Covenant, un film qui devrait faire jurisprudence : à 80 ans, on ne devrait plus avoir le droit d'être à la tête d'une production de près de 100 millions de dollars, ni d'envisager une suite ou une préquelle à un classique réalisé à cette époque révolue où le cerveau de l'auteur fonctionnait alors en sur-régime.




Mais Alien : Covenant est un Alien et, en tant que fan de la saga originale, nous avions toujours un très mince espoir ou, au moins, une espèce de curiosité malsaine pour le devenir de la série. Hélas, il n'y a pas grand chose à dire sur ce nouvel opus tant il est prévisible dans sa nullité et profondément désolant. Refroidi par l'accueil glacial réservé à Prometheus par les véritables aficionados de la saga, Ridley Scott et son équipe de scénaristes (une telle bouillabaisse requiert la réunion d'une bonne demi-douzaine d'esprits torturés) ont plusieurs fois revu leur copie et ils ont même abandonné leurs désirs initiaux de nous en dire davantage sur les ingénieurs quitte à perdre encore plus de vue nos chers aliens. Ils nous ont donc finalement livré une sorte d'infâme remake déguisé du premier film, allant même jusqu'à inventer un avatar ridicule de Ripley en la personne de l'officier Daniels, un personnage sans intérêt incarné par la pâlichonne Katherine Waterston, une grande brune un peu garçonne, déjà croisée dans Inherent Vice.




Nous suivons ici l'équipage du Covenant, un vaisseau dont la mission est d'aller établir une colonie de pionniers sur une planète bien précise, propice au développement des milliers de colons en hibernation et autres embryons humains qu'il transporte. En cours de route, une éruption stellaire provoque de sévères avaries et la mort du capitaine de bord, incarné par James Franco, dans son plus grand rôle au cinéma. Suite à cela, un étrange message est intercepté provenant d'une planète inconnue. Ni une, ni deux, le nouveau chef du vaisseau, Billy Crudup, décide de changer tous les plans préalablement établis pour se diriger à l'aveugle vers le lieu de provenance du signal. Une fois là-bas, ils retrouveront l'épave du Prometheus ainsi que son seul survivant, l'androïde David (Michael Fassbender), et les choses vont vite se gâter...




Face aux révélations de ce nouvel épisode, on regretterait presque le flou complet et les nombreux points d'interrogations en forme de majeurs dressés de Prometheus. Alien : Covenant paraît se consacrer à anéantir méthodiquement tout le mystère qui enveloppait l'univers alien, à commencer par l'origine de ses fameuses bestioles. Toute la fascination qu'elles exerçaient est ici totalement dévastée par un scénario lourdingue porteur de réflexions soi-disant philosophiques sur la création et par des explications minables qui donnent lieu à des flashbacks honteux ou des scènes sacrément gênantes (je repense à cet alien qui surgit fièrement du torse de son hôte et salue son "créateur" dans une posture risible). Si l'objectif était de gâcher tout le charme du premier film et de son habile prolongement signé James Cameron, alors il est atteint haut la main. Il faut désormais réussir à se convaincre que ces films n'existent pas.




Alien : Covenant amène encore de nouveaux invités hideux au bestiaire déjà tristement enrichi par le précédent opus. Cette fois-ci nous avons droit à des avortons bondissants d'aliens blanchâtres aux crânes déformés qui semblent provenir des premiers brouillons ratés d'HR Giger, ceux qui avaient sans doute finis rageusement froissés puis jetés en boule dans la corbeille de l'artiste et qu'il aurait été préférable de laisser définitivement aux oubliettes. L'hommage au dessinateur récemment disparu, dont le nom est particulièrement mis en avant aux génériques, sonne ici comme une cruelle injure. Ces créatures sont laides, disgracieuses et agissent comme de vulgaires chiens enragés, on est bien loin de la crainte attirante qu'inspiraient les premières apparitions de l'alien original. Quand un xénomorphe plus classique apparaît enfin à l'écran, il n'est guère filmé avec cœur et il finit rapidement expulsé dans l'espace. Du jamais vu.




"Rien ne fait sens ici" dit l'héroïne, touchée par un brin de lucidité, après sa rencontre avec David sur la planète mystérieuse. On ne s'attardera pas de nouveau sur les couacs et les incohérences du scénario, sur ces personnages inintéressants au possible et encore une fois appelés à effectuer connerie sur connerie pour le bien d'un récit aussi prévisible que ridicule. On en a tellement marre de voir ça, ces trépanés qui s'en vont prendre une douche au meilleur moment, qui choisissent de copuler quand le danger rôde et qui débitent des dialogues de gros lourdauds de l'espace déjà entendus mille fois. Michael Fassbender, qui devient avec ce film le personnage le plus important de la saga auprès de Ripley et, accessoirement, son fossoyeur, est une nouvelle fois très agaçant dans un double rôle pathétique. Nous avons même droit à une scène où les deux androïdes s'affrontent à coups de pieds, c'est passionnant. D'autant plus que Ridley Scott torche ça comme un sagouin, les séquences d'action sont pénibles et le montage a été fait à coups de hache. Il y a bien quelques moments un peu gores pour satisfaire les attentes primaires du spectateur, mais aucune scène ne sort du lot. Dans Prometheus, la césarienne que s'auto-administrait l'héroïne nous offrait au moins un petit pic d'intensité. Rien de tel ici et la dernière partie, reprise encore plus évidente du film de 1979, est d'une platitude absolue.




N'ayant pas vu les Alien vs Predator, je ne peux guère affirmer qu'il s'agit du pire film de l'univers alien élargi, mais on tient forcément là un très solide candidat à cette bien triste médaille. Il faudra un jour faire le point sur la filmographie de Ridley Scott, sans doute l'un des plus grands guignols d'Hollywood, totalement out depuis des années. Rémi et moi devons nous réunir prochainement pour vous dire tout le mal que l'on pense de son plus grand succès, Seul sur Mars. A la mort du cinéaste britannique, je respecterai le deuil de ses quelques fans irréductibles et il faudra bel et bien saluer sa carrière, débutée par deux titres majeurs du cinéma de science-fiction puis ponctuée, à un rythme qui lui a toujours permis de se maintenir à flot, par des triomphes populaires à la qualité bien plus relative. N'empêche qu'à la vue de ses derniers méfaits, on pourra également se demander si le trépas n'est pas la délivrance nécessaire pour un vieillard au bout du rouleau qui n'a décidément plus toute sa tête.


Alien : Covenant de Ridley Scott avec Katherine Waterston, Michael Fassbender et Danny McBride (2017)