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28 janvier 2019

The Old Man and the Gun

David Lowery s'améliore ! Le réalisateur américain de 38 ans a souvent pris cher sur Il a osé pour avoir commis des saloperies débordantes de fatuité comme Les Amants du Texas et A Ghost Story que nous avions épinglées non sans une certaine virulence. Nous lui avons malgré tout laissé une nouvelle chance, car nous n'aimons pas rester en mauvais termes avec un jeune cinéaste en vogue qu'on va sans doute devoir se farcir pendant de longues années encore. Bonne surprise : Lowery vient de signer son oeuvre la plus humble et réussie à ce jour. The Old Man and the Gun est presque entièrement dédié à sa vedette, Robert Redford, dont il devrait s'agir du dernier rôle. L'acteur octogénaire a en effet annoncé sa retraite suite à ce film où il incarne Forrest Tucker, un vieux braqueur de banques multirécidiviste, aux méthodes de gentleman et au palmarès d'évasions sans égal.




David Lowery n'abandonne néanmoins pas totalement ses vilains tics. Son nouveau film est assez maniéré, toujours un peu poseur, mais bien plus modeste et moins écœurant que ses précédents méfaits. Le cinéaste semble très soucieux de démontrer qu'il a bon goût, avec ce fond musical omniprésent, parfois agréable et bien choisi (Blues Run the Game, de Jackson C. Frank, accompagnant joliment la cavale tranquille de Robert Redford poursuivi par les flics). Des clins d’œils au Macadam à deux voies de Monte Hellman, directement cité quand Bob Redford et Sissy Spacek vont le voir au cinéma et plus implicitement à travers les véhicules utilisés, viennent aussi nous caresser dans le sens du poil. Ma foi, c'est facile mais pourquoi pas...




On est un peu plus agacé par ces vieux acteurs qui se croient ultra cools et surjouent à fond la vieillesse. Je pense à Tom Waits et Danny Glover, les deux comparses de notre braqueur en chef : ils sont vraiment pénibles à voir, baragouinant chacune de leurs répliques et en rajoutant des caisses dans tous leurs tristes mouvements. Vous êtes au bout du rouleau les mecs, ok, on l'a compris... Tu peux dérider ton front, Danny, et retirer tes lunettes à triple-foyer. Range ton menton et relâche un peu la mâchoire, Tom, tu te fais du mal... On ne doute pas une seconde qu'ils pètent la forme en coulisse et qu'ils devaient enchaîner les blagues salaces entre deux verres de scotch. Les scènes avec Sissy Spacek sont autrement plus réussies, le petit jeu de séduction qui se met en place entre elle et Redford n'est pas déplaisant à suivre.




En réalité, c'est quand il s'éloigne de Robert Redford et le perd trop longtemps de vue que David Lowery se plante, retombe dans ses travers et sa lourdeur plombante. Le personnage de flic obstiné campé par Casey Affleck est assez raté. On a déjà vu ça environ mille fois et Affleck a l'air bien trop préoccupé par son style, avec sa petite moustache, sa coupe de cheveux millimétrée et ses chemises à carreaux cintrées. Un look trop calculé qui porte à lui seul tout le poids de la reconstitution maniaque des seventies. Les scènes consacrées à la vie familiale de ce bon flic, à ses mignons gosses, à sa femme aimante, toujours là pour le réconforter, sont les trous noirs du film ; elles nous rappellent ce que Lowery a commis par le passé. Heureusement, cela ne doit constituer que 20% de l'ensemble...




A la fin du film, le récit des évasions successives de ce vieux braqueur, sous la forme de courtes vignettes datées et localisées, donne l'impression d'être un curieux résumé de la carrière de Robert Redford. C'est ce que l'on préférera retenir de The Old Man and The Gun : un petit film plutôt pas si mal fagoté qui manque de souffle et d'envergure pour prétendre à autre chose, mais demeure un assez bel hommage à un acteur qui avait bien mérité une porte de sortie taillée sur mesures.


The Old Man and the Gun de David Lowery avec Robert Redford, Casey Affleck et Sissy Spacek (2018)

16 mai 2011

Stone

En ce moment, il est de bon ton de cirer les pompes de l'acteur Robert De Niro. L'actuel président du 64ème Festival de Cannes est le véritable Dieu de la Croisette. Profitant de l'occasion, tout le monde y va de son petit éloge adressé à l'acteur bicentenaire. Je ne suis pas là pour remettre en question son statut de légende vivante du 7ème Art, loin de moi cette idée, je ne me permettrais pas. En outre, je le considère également comme un très grand acteur, bien entendu. Que ce soit dans S1m0ne ou, plus récemment, dans 88 minutes, l'acteur m'a plus d'une fois mis sur le cul. Je n'écris pas non plus ces lignes pour rappeler que la carrière de la star est en chute libre depuis le début du nouveau millénaire, ce qui commence à faire un petit bout de temps. Non, ce serait trop facile, et j'estime qu'à 60 ans passés et avec le statut qui est le sien, on peut tout à fait se permettre de foutre en l'air sa propre carrière. C’est bien légitime. Non, c'est d'un sujet plus léger, plus terre-à-terre mais néanmoins assez tristounet dont je veux aujourd'hui vous dire deux mots. 
 
Il emmagasine, il emmagasine, sa grosse ride entre les sourcils en dit long... A force, il va finir par imploser !
 
Malgré les applaudissements interminables qui suivent l'acteur partout où il passe depuis l'ouverture du Festival (applaudissements auxquels il répond systématiquement "It's ok, it's ok" le dos voûté et les épaules bien basses), il ne vous aura certainement pas échappé, si vous êtes bon observateur, que l'homme affiche une mine peu réjouie, disons même une très sale tronche fort peu avenante. De Niro a l'air véritablement à cran. Las. Dégoûté. Vénèr. C'est un type au ras des pâquerettes que Cannes semble s'efforcer de fêter en grandes pompes comme pour tenter d'éluder l'inéluctable déclin de son festival. Aux multiples rides présentes sur son front d'homme mûr est venue s'ajouter une autre ride, quelques centimètres plus bas, comme figée, attirée par le bas des deux côtés, et autrement plus cruelle car elle est formée par ce qui habituellement lui sert de bouche. Pas spécialement connu pour sa loquacité en temps normal, Robert de Niro est tout simplement muet comme une tombe depuis mercredi dernier. Il n'en lâche pas une, et ça commence à la foutre mal. Vraiment. Surtout quand on est amené à croiser mille journalistes à la minute, à donner son avis sur tout un tas de films et à échanger avec un jury susceptible composé de professionnels de la profession. On pourrait penser que l'acteur prend vraiment à cœur son rôle de président du jury et fait valoir le fameux droit de réserve. Ou bien qu'il est agacé par la triste blague remise à la mode par le Petit Journal de Canal+ (toujours là quand il s’agit d’entretenir le culte de la vanne pourrave) consistant à lui demander s'il est bel et bien en train de nous parler et s'il a réellement baisé notre femme. Cette parodie des deux scènes les plus mémorables de sa carrière ne le fait plus rire depuis environ 30 ans, et ça se comprend complètement. Mais ça n’est pas ça, sinon l’acteur aurait pété les plombs plus tôt. Alors pourquoi ? Pourquoi Monsieur le Président tire la gueule ? 
 
Quand il se force à sourire, ça donne ça ! La partie gauche de son visage est irrémédiablement figée par le courroux tandis que la partie droite lutte encore pour sourire, mais plus pour longtemps.
 
J'ai mon explication. Elle vaut ce qu'elle vaut, mais elle est d'une logique imparable. Si l'acteur est imbuvable et d’une humeur exécrable depuis son arrivée sur le sol français, c'est tout simplement parce que celle-ci coïncide avec la malhabile sortie en salles de Stone, un film dont il n’est pas très fier, et il y a de quoi ! Un film dont la sortie fait clairement tache à l’heure où l’on vante tour à tour la brillante carrière de Robert de Niro. Et l’acteur est le premier à en avoir conscience. Un mauvais timing de la part de Metropolitan Filmexport qui croyait faire là le coup marketing de l'année, et dont même Télérama a su relever le côté malavisé et nauséabond ! Car Stone est une horreur, un navet XXL, un monument de comique absurde et involontaire, une véritable ignominie. 
 
L'ambiance n'était pas non plus au beau fixe sur le plateau, à en juger le regard assassin qu'un Ed Norton à fond dans son rôle adresse au caméraman (qui aurait déclaré qu'il ne faisait que son boulot).
 
La première scène du film donne le ton et annonce la couleur. On nage en plein ridicule involontaire, qui pourra faire rire les amateurs de daubes et qui agacera tous les autres, moins patients. Alabama. Années 60. Il fait une chaleur à crever. Un jeune homme est affalé devant la télé. Une grosse pustule sur sa joue droite le fait vaguement ressembler à une caricature juvénile de Bob de Niro. Sa femme lui apporte de la bière sans qu’il la remercie ni lui adresse le moindre regard. Son visage désabusé en dit long : elle est au bout du rouleau, elle n’en peut plus de ce gros beauf fan de Formule 1 et qui préfère regarder le Superbowl plutôt que de fêter l'anniversaire de leur fille. Elle se rappelle leurs jeunes années et se demande à quel moment tout à basculé. Était-ce le jour où elle a refusé que son mari passe par "l'entrée de derrière" un jour qu'il était plus polisson que de coutume ? Sur ces interrogations, elle monte dans la chambre où dort leur petite fille, s’assoit au bord du lit, dégoutée, et se met à réfléchir profondément tout en contemplant une mouche en train de lutter pour sa survie, emprisonnée entre la fenêtre et la moustiquaire. C’est une métaphore subtile de sa propre situation. La jeune femme prend alors son courage à deux mains et descend au rez-de-chaussée pour dire ses quatre vérités à son con de mari. « Tu me fais chier, j’en ai marre, j’ai eu ma dose, j’étouffe, je veux me barrer, je te quitte, tu m’as fait chier, en plus tu pues quand tu rentres du boulot et tu ne te laves même pas avant d'aller te coucher. Je dois changer les draps tous les trois jours et par conséquent les laver, et comme on n'a pas de machine à laver parce que Monsieur estime que ce sera moins bien lavé qu'avec l'huile de mon coude, c'est bibi qui va encore s'y coller et ça a le don de me pourrir chacune des journées qui jalonnent mon existence ! ». Sur le coup, le jeune De Niro ne semble pas réagir mais, après quelques secondes de brainstorming intense, il bondit soudainement de sa chaise et file à son tour dans la chambre. La jeune femme le rejoint effrayée et le découvre au bord de la fenêtre grande ouverte, la petite fille dans ses bras, menaçant de la jeter dehors et par conséquent de la tuer. « Si tu me quittes, je la laisse tomber. Tu penses que j’en suis pas capable ? Tu te fous le doigt dans l’œil ! I swear to God, I swear to God ! ». Sous le choc, la femme le rassure et lui promet qu’elle restera avec lui. Le battant de la fenêtre se referme sur la mouche, morte instantanément par coup du lapin son destin est scellé, celui de la jeune femme rousse aussi, la métaphore est subtile. Le réalisateur John Curran est au sommet de son art. Le couple se rabiboche et même se bécote, emporté par l’émotion (pendant que leur fille, témoin de la scène vient de signer pour 20 ans de psychanalyse). Problème réglé, et brillamment s’il vous plaît. On pense que le film est terminé. Mais non, ça n’est que la scène d’introduction. Encore 1h40 de nawak ! 
 
Je sais ce qu'il me reste à faire si ma meuf menace de foutre les voiles : la même chose, mais avec le chat
 
Par la suite, Stone prend des allures de thriller sous Prozac mélangé à du Tranxen 200, mêlant les pires ingrédients du « legal drama » aux plus tristes poncifs chers aux films dits « de taule ». On y voit un Edward Norton dans la peau d’un taulard à la coupe de cheveux improbable qui, pour obtenir le droit de sortir de taule plus tôt, fout sa jolie petite amie (Milla Jovovich dans un rôle taillé sur mesure) dans les pattes de celui qui doit décider de sa liberté conditionnelle (De Niro). Manipulée par son boyfriend dont elle est éperdument amoureuse, Milla Jovovich doit donc procéder à du chantage sexuel, user de ses charmes tout relatifs pour amadouer Robert De Niro, évidemment à « deux jours de la retraite » avant d’être plongé dans cette sale affaire (comme Morgan Freeman et Danny Glover dans tous leurs films). 
 
L'intrigue du film résumée en un fan-art. Pour chaque film que je mate, je crée un montage de cet acabit, avec le titre au milieu. Ça me permet de me rappeler du film en cas de trou noir. Je range tout ça sur mon Iphone 3GS et je peux consulter mon album-souvenir à ma guise pour mieux discuter ciné avec mes amis. C'est très utile pour les films de merde comme celui-ci. On voit que Guy Pearce fait pareil dans la version uncut de Memento. A ce propos, ça fait six mois que je planche sur le fan-art d'Inception, que je n'arrive décidément pas à résumer de cette façon.
 
Tout cela nous donne d’abord droit à un terrible duel d’acteurs, dans la même veine que la confrontation à couteaux tirés entre Anthony Hopkins et Alec Baldwin dans le film éponyme. Ed Norton campe à nouveau un personnage mi-ange mi-démon et cabotine comme c’est pas permis. Il nous offre ainsi quelques passages très plaisants aux dialogues savoureux. Face à lui, Robert De Niro fait déjà parler sa mauvaise humeur naturelle et ne se laisse pas impressionner par l’argumentaire pourtant brillant du taulard dont il n’est pas du tout convaincu de la rédemption. Et qu’il est donc bien décidé à garder sous clé encore quelques temps, au moins le temps qu'il parte à la retraite, soit dans deux jours si vous avez tout suivi. Quand il sera ensuite confronté au jeu de séduction de Milla Jovovitch (c'est un non-sens), ce sera une autre paire de manches, et le grand De Niro finira par succomber. Avant cela, nous aurons tout de même pu voir l’acteur se mordre les lèvres jusqu’au sang, les yeux rivés sur le plat postérieur de sa partenaire, lors de scènes terrifiantes de vérité inavouable. 
 
Une posture proposée par l'actrice pour charmer son partenaire. Milla Jovovich est l'indice permettant normalement se savoir à l'avance que l'on a affaire à une saloperie de film. Je l'ai compris qu'après-coup. Sur ce plan, elle me donne presque envie de reconsidérer mon orientation hétérosexuelle.
 
Hélas, Stone est surtout un drame humain dépeint à coups de hache et ultra glauque, le fil rouge de toute cette histoire demeurant la relation pénible et malsaine qu’entretient De Niro et sa bonne femme. Bien que hautement déprimant, c’est tout de même cet aspect du film qui nous vaut la scène la plus énorme, la plus inattendue, celle que je me suis repassée 3-4 fois de suite et qui m’a fait hésiter une seconde avant de supprimer le .avi. Le pire, c’est que ce moment d’anthologie échappe pratiquement aux mots. J’aimerais pouvoir vous le raconter, mais je m’en sens incapable. Il faut l’avoir vu. Ça restera comme un des grands moments de cinéma de l’an de grâce 2011, et je tâcherai de m’en souvenir quand le moment des rétrospectives et des bilans sera venu. Dans cette scène, où le ridicule du film atteint son paroxysme, l’actrice jouant la vieille femme de De Niro pète littéralement un câble. Après s’être envoyé l’équivalent d’un jerrican de rouge derrière la cravate, elle se met à baragouiner des horreurs sans nom dans sa barbe, aux côtés d’un De Niro en tongs sur sa chaise-longue, plus occupé à finir son sudoku et qui préfère d’abord faire comme si de rien n’était. Quand la vieille rouquine l’invite à aller sucer des queues en Enfer, dans un clin d’œil déroutant à L’Exorciste, c’en est trop, et De Niro, à son tour, sort de ses gonds. Se retrouvant coincé dans une impasse avec deux acteurs disjonctés prêts à s’étriper, le réalisateur s’extrait de cette scène très difficilement, la rendant d’autant plus grotesque. 
 
Ce gros plan mortel survient après un travelling en apesanteur accompagné d'une musique ambient sinistre. C'est la Grande Faucheuse qui nous contemple droit dans les yeux.
 
On a en effet connu John Curran un peu plus inspiré dans Le Voile des Illusions, où il filmait déjà Ed Norton, nettement plus convaincant dans la peau d’un docteur bien décidé à éradiquer le choléra et épris de la belle Naomi Watts de manière alternative. Ici, le cinéaste livre un des films les plus plombant qu’il m’ait été donnés de voir. Les deux derniers plans du film, qu’il vous faut à tout prix voir également, sont à vous glacer le sang, littéralement. On a notamment droit au regard caméra le plus foudroyant de l’Histoire. Et que dire de cette scène tragi-comique où un Edward Norton oubliant qu’il est filmé apparaît ravi d'avoir enfin compris le double-sens derrière le slogan des barres chocolatées Twix ? Qu’est-ce que ça vient faire là ? 
 
Olivier Assayas est plus que déçu par l'attitude de la star
 
Ce film est la raison pour laquelle Bob De Niro enchaîne scotch sur scotch sur les terrasses cannoises à l’heure qu’il est, la tronche bourrée de Doliprane et de Vicodin introduite illégalement sur le territoire français, le tout sous un soleil de plomb n’arrangeant rien à l’affaire. Ce n'est pas bon de mélanger l'alcool et les médicaments. C’est à cause de Stone qu’un climat de haine sans précédent règne parmi les membres du jury, une ambiance irrespirable instaurée par le Président, à grands renforts de soupirs méprisants qui en disent longs, de mains posées "par inadvertance" sur le cul de Uma Thurman, et de doigts d’honneur sans équivoque. Le plus triste, c’est que je viens de vous résumer ses trois seuls modes de communication. En coulisses, il se dit qu’un remake sanglant de Shining se prépare dans les décors clinquants du Grand Palais et dans les loges VIP putrides du Grand Journal…On imagine déjà un torrent d'hémoglobine se déverser sur les fameuses marches et finissant par noyer quelques starlettes à la manque... 
 
 
Stone de John Curran avec Robert De Niro, Edward Norton et Milla Jovovitch (2011)

25 mars 2011

Predators

Les personnes à l’origine de ce film, parmi lesquelles on retrouve le sous-doué Robert Rodriguez, souhaitaient tirer un trait sur les Aliens vs Predators, et autres daubes mêlant ces deux franchises, sorties récemment. Leur intention était de donner enfin une suite directe digne de ce nom aux deux premiers Predator. Mais en vérité, il s'agit surtout d'une suite au tout premier Predator réalisé par John McTiernan en 1987, où un Arnold Schwarzenegger au faîte de sa gloire poussait un extra-terrestre au suicide après s’être couvert de boue. Le second volet, où Danny Glover chassait de la jungle urbaine un Predator moins timide, n’est jamais évoqué par les personnages de ce nouveau film lorsqu’ils échangent à propos du passif et du casier judiciaire de ces bestioles suréquipées. Pourtant, si la réputation de Predator 2 est nettement moins bonne que celle du premier opus, j’en garde personnellement le souvenir d’un film plutôt sympathique et ce d’autant plus dans sa version française, une suite sans doute plus réussie que ce Predators au pluriel auquel on va à présent s'intéresser...


Depuis 1994, Robert Rodriguez murissait en lui le projet de renouveler la saga Predator. Quinze ans plus tard, il apparaît ici sur le tournage aux côtés du réalisateur, en tant qu'assistant

On suit ici les mésaventures d'une petite dizaine de soldats et autres excités de la gâchette qui atterrissent en pleine jungle, sur une planète inconnue, dont ils se rendront rapidement compte qu'il s'agit du terrain de chasse des Predators. Car ces derniers, pourtant capables de construire des armes ultra sophistiquées et des vaisseaux spatiaux allant plus vite que la lumière, semblent clairement avoir pour seul but dans la vie d'être d'impeccables machines à tuer et de parfaits chasseurs. On apprend aussi que deux clans de Predators se font la guerre, pour une raison qui ne nous est que partiellement dévoilée. En gros, il s'agirait d'une vague histoire de petite boule lumineuse qu'un prédator malicieux aurait cassée au cours d'une soirée, à la fois par ennui et par maladresse. Le prédator gaffeur et fautif aurait ensuite trouvé bon de planquer sous les coussins d'un canapé inconfortable cette boule devenue inutile et obsolète, afin de ne pas attirer sur sa discrète personne courroux et réprimandes. Une attitude lâche et bien vaine qui n'aurait pas du tout plu à l'hôte de la soirée, un prédator aussi orgueilleux que puéril, dont c'était l'anniversaire, et qui tenait tout particulièrement à ce jouet acheté au prix fort sur Amazon. Tout ceci est raconté par le prédator malhabile à un Adrien Brody qui n'en demandait pas tant et qui fait mine, en l'écoutant, d'enfoncer le canon de son fusil dans sa bouche. En bref, plus le voile se lève sur ces bestioles hideuses, plus on a l'impression de se retrouver face à un attristant abîme d'inepties. Ce nouveau film participe ainsi à nous rendre ces créatures encore moins intéressantes, alors qu'avec un brin d'imagination et d'idées, on peut se dire qu'il aurait facilement pu en être autrement.

Mais laissons à présent un invité de marque en la personne de Joe G., rédac’ chef du super webzine musical C’est Endendu, nous donner ses impressions. C'est là sa deuxième collaboration avec nous après son intervention remarquée au sujet du film Carlos.


Après avoir reçu son prix d'interprétation à Cannes pour Le Pianiste de Roman Polanski, Adrien Brody déclara qu'une telle distinction allait enfin lui permettre de "tourner pour de grands réalisateurs et participer à des projets ambitieux"

Dans le genre série B du futur de l'aventure avec un mec inattendu en guise de premier rôle, c'est pas si nul. Le héros a en effet les surprenants traits d’Adrien Brody, le type de The Pianist. Ses répliques du genre "We gonna need a new plan" sont environ le seul intérêt du film, si vous n'aimez pas les gadgets futuristes, les aliens ou les gens qui meurent de façon atroce. Puis ce film reste une suite à des suites de spin offs, ce qui est chaud en soi, mais au point où en sont les studios d'Hollywood et vue la situation de leurs idées (en rade - à quand un "Star Wars Episode 1 Vs. Superman : Naboo Rising" ?), je préfère prendre chaque film comme il vient : en .avi, voire en .mpeg !


Au second plan, Topher Grace qui, dans le civil, n'est autre que l'amant de Lady Chatterley

Le passage le plus sordide d'un film somme toute très chaud c'est celui où (désolé de vous spoiler la fin) le "docteur" se révèle n'être qu'un infâme connard meurtrier, pire que les Predatorzzz vu qu'il n'annonce pas la couleur. Le fait que le doc soit joué par Topher Grace, le même type qui interprétait Venom dans Spiderman 3 et que l'on a tous découvert avec That 70's Show, ce même mec que tout le monde sait condamné à jouer soit un avorton minable soit un avorton minable secrètement méchant (et que tout le monde sait voué à choisir les rôles de la seconde catégorie pour ne pas trop bousiller sa self esteem), hé bien le fait que le Doc soit joué par ce type, ça me fout le moral en berne ! Entre autres trucs chauds, on doit aussi se cogner Laurence Fishburne "qui entend des voix mais qui est trop un guerrier" pendant un bon quart d'heure. Sans parler de tous les clichés que le film contient. Dans les soldats concernés par l'exercice de survie, nous avons ainsi droit à l’inévitable "noireau", au "mexicain" excité, au "russkov" sournois, à la "fille" manquée, au gros "con", etc. Mais malgré tout ça le film se mate.


Trivia : après avoir trouvé par hasard sur les lieux du tournage ce bâton dont la forme acérée le fascinait, l'acteur ne s'en sépara jamais et l'objet l'accompagna dans chacune de ses scènes

Après ça reste une grosse merde, mais quand t'as trois plombes de tram à te payer pour faire Marseille-Paname, et qu'on a la bonté de te fournir une prise de 220V, et que par miracle t'as pensé à prendre ton PC, là ça se mate bien, ça te fait la moitié du trajet, voire un peu plus, ça se regarde mieux que ne se regarde le décor. Parce qu'en iDTGV tu vois pas par la fenêtre, c'est rétro-éclairé, et du coup tu peux voir que ta propre tronche, et quand tu passes ton temps comme moi à t'enlever les mokos pendant que le chef de gare dit "Attintieun, le train va démarrer, atteintiun !", n'importe qui, pas que moi, préfère mille fois s'envoyer Prédator(s) que de se mirer, tout moko-free que l'on puisse être.


Predators de Nimrod Antal avec Adrien Brody, Alice Braga, Topher Grace, Danny Trejo et Laurence Fishburne (2010)

30 novembre 2010

2012

Saloperie de film. J'ai décidé de vous en causer longuement parce que j'adore perdre mon temps. 2012 se place là dans la course aux pires films du monde. Il dure plus de 2h30. Le programme c'est l'histoire de la fin du monde annoncée pour 2012 par le calendrier Maya. Or, première objection, baser un film sur des prédictions qui datent de Mathusalem c'est déjà un pari, les Mayas que je sache ça reste un peuple bloqué à l'ère du moko je crois. Deuxième objection, il y a fort à parier pour que ce peuple se soit simplement éteint avant d'avoir fini le manuscrit de son calendar. Objections rejetées ? Rien à foutre. Au milieu de tout ça, John Cusackee va se révéler être un héros du quotidien prêt à tout pour embarquer ses gosses (une fille sympa et un fils gonflant) ainsi que son ex-femme (c'est donc exactement le pitch de La Guerre des mondes) dans un de ces vaisseaux construits en Chine, au pied de l'Everest, par l'union des gouvernements du monde entier pour servir d'Arches de Noé après la fin du reste du monde, englouti à tout jamais.




C'est le scénario le plus con à ce jour et chaque scène est une nouvelle somme de débilité. Les références à tous les films catastrophes les plus connus pleuvent à n'en plus finir : En pleine tempête, Titanic, Volcano, Pic de Dante, et jusqu'aux Dents de la mer quand Cusack lâche sans trembler le pathétique et sempiternel : "We're gonna need a bigger plane", en clin d'œil minable au "We're gonna need a bigger boat" du film de Spielberg. Ceci dit pour tout fan de John CuldeSac, c'est imparable, c'est un must-have. A un moment, tandis que lui et sa famille sont piégés au cœur de la fournaise du plus grand volcan de l'histoire du monde qui vient de se réveiller sous leurs panards malchanceux dans le parc de Yellowstone, et alors qu'ils auraient dû tous cramer comme des allumettes sous l'effet de la chaleur ambiante depuis déjà deux jours, Cusack se voit doublement pris au piège puisqu'il est coincé dans un camion filant tête la première dans une faille de type San Andreas qui s'ouvre béante sous ses pneus et qui dégueule à n'en plus pouvoir de la lave en fusion. Toute la sainte famille croit naturellement qu'il est décédé et hurle au désespoir quand soudain Cusack réapparaît, s'étant débarrassé Dieu sait comment du camion devenu barbeuk dans lequel il cuisait depuis cinq longues minutes, s'agrippant au bitume fondu avec ses longues mains de pianiste et sans avoir oublié de récupérer dans le fond de son bahut sa précieuse fiche de paie signée "Roland EmmeRich". Grand moment de cinoche. Très grand passage du film si l'on est un inconditionnel chevronné des facéties de l'acteur Cusack.




Ce qui est dommage c'est que le film dure 26 heures et qu'il se contente de nous montrer le moins intéressant. On n'a droit strictement qu'à la fin du monde avec tout ce que ça comporte de peaux de bananes et de cascades à répétitions aux quatre coins du globe (car c'est un film choral par-dessus le marché). A la fin la partie la plus nantie de l'humanité, qui a pu se payer un siège à bord de l'hideuse Arche de Noé, survit aux intempéries et s'aperçoit que suite aux mouvements des plaques terrestres, l'Afrique, nouveau toit du monde, est seule émergée. Alors ce résidu des plus gros connards de l'humanité vogue vers les bédouins toutes voiles au vent, à pleine vapeur. Et c'est là qu'éventuellement ça pourrait peut-être s'avérer intéressant. La fin du monde avec l'humanité toute entière qui se neigue, on s'en doute, ce qu'on ignore c'est après. C'est sûr qu'on a tous déjà vu une centaine de films d'anticipation écrits par des cons apocalyptiques voués à nous prédire l'avenir, tel que le récent I Am legend, mais ça reste un sujet drôlement cool et on est toujours avides de connaître une autre hypothèse foireuse sur l'avenir de notre sale race. De toute façon c'est une constante... Ces temps-ci le cinéma Américain, même le plus con et le plus populaire, part de scénarios potentiellement intéressants pour nous amener vers des films complètement abrutis. C'est le cas du fameux Inception, c'est le cas de The Box par exemple, qui soulève au départ quelques questionnements métaphysiques vus et revus mais toujours croustillants pour les laisser choir en deux temps trois mouvements au profit d'élucubrations débiles sur la planète Mars et sur la gueule recouverte de chair de phoque de Cameron Diaz. 2012 est une daube de plus à ce niveau-là aussi.




Ce que vous voyez là au-dessus, c'est un plan du film. Un Russe obèse, personnage dont on se fout éperdument, montre fièrement sur son cellphone une photo de sa famille à un John Cushack qui mate l'appareil du coin de l'œil en plissant les yeux. Ces trois russes sont effectivement hideux. Mais on voit surtout qu'il s'agit là d'un triste photo-montage créé par l'équipe technique du film : ces trois gourmands antipathiques sont grossièrement incrustés sur un fond bleu minable, avec à leur droite une fausse tour voulue typiquement Russe histoire de nous faire mordre à l'hameçon un quart de seconde. Le plan est effectivement très bref, d'où sans doute un certain je-m'en-foutisme assumé par l'équipe technique et la médiocrité de l'effet spécial. Mais je veille au grain. On ne m'aura pas. Ce plan que tu as délégué à ton pire sous-fifre, Emerich, je le capture en arrêt sur image et j'en fais ton étendard de pur tocard ! Tout le film est à l'image de cette photo, incroyablement mal fait. Au point que ça en est surprenant... Enfin certainement que compte tenu de l'étape actuelle de l'évolution des effets spéciaux hollywoodiens et des possibilités qu'ils offrent, ce film est plutôt "bien fait", j'en sais rien et je ne veux pas le savoir. Mais objectivement, pour quiconque n'en a cure de leurs petits trafics et de leurs jouets de milliardaires, pour quiconque mate ce truc avec des yeux neufs et neutres, le film est d'une laideur éclatante. De sorte qu'à force d'être cher c'est extrêmement gerbant. Un type comme Baudrillard a dit je crois que plus les effets spéciaux sont bien faits, dessinés minutieusement et au millimètre près pour un "rendu" optimal et des textures hyper-réalistes, plus ils permettent de remplir l'image de mille détails ultra précis, foisonnants et superfétatoires, et plus l'image finale paraît fausse (et laide). Parce qu'il y a dans le plan plus de choses que l'œil ne saurait en voir, ces films se targuant d'un soi-disant réalisme absolu, les infographistes hollywoodiens créent des images dont la fausseté saute droit aux yeux : c'est tout le problème de l'hyper-réalisme et les magnats d'Hollywood s'y empalent de plus en plus. Il suffit d'ailleurs de regarder les tableaux hyper-réalistes qui sont généralement extrêmement laids d'une part, qui ont tous les aspects du faux et de l'archi-faux d'autre part (et quand c'est bluffant le spectateur passe tout son temps à traquer l'erreur, un petit jeu qui atteint vite ses limites et en impose de cruelles aux œuvres en question). Visez-moi ce plan ci-dessous tiré du film par mes soins, qui est par ailleurs à l'image de tous les autres plans qui composent ce navet d'anticipation, et qui est une saloperie informe, atrocement mal éclairée, factice au possible, où chaque élément semble incrusté au petit bonheur la chance (je précise que l'acteur au premier plan n'est pas censé se trouver devant un écran, on doit croire qu'il est sur la piste de décollage) dans une composition invraisemblable et abominable :




Ce film est très éloquent de ce point de vue. Il est si merdique qu'il pointe facilement les énormes contraintes et la profonde nullité des films à l'heure actuelle entièrement composés par ordinateur, qui ne peuvent apparemment que ressembler à de très laides scènes cinématiques de jeu vidéo, lesquelles sont probablement réalisées par de tristes gens. Tout au long du film, Roland Emmereich se veut très moraliste, du genre gros humaniste qui fout les pieds dans le plat. A la fin de l'histoire, le petit blackos méga malin et bien gentil qui sauve pas mal de gens affirme avec aplomb : "On est là pour s'entraider. Il ne faut pas laisser mourir nos frères humains, il faut en sauver le plus possible". Et on a envie de devenir soi-même un socialiste à la manque et de lever les drapeaux à la manière de Josiane Balasko ou de Charles Berling pour dire à Roland Emmerich qu'il aurait tout aussi bien pu réunir l'énorme somme de fric qu'a coûté ce film minable, des millions de dollars, pour envoyer quelques colis de riz blanc en Afrique par exemple, ou chez Kouchnez à la limite, pour aider nos frères humains et les sauver d'une mort injuste, au lieu de réaliser ce gros amas de merde qu'est son film.

NOTA BENE : Dany Glover joue le président des Etats-Unis et il zozotte pendant tout le film. Woody Harrelson, quant à lui, joue un gros taré et il est excellent dans ce rôle, comme toujours quand il interprète un trépané (voir la meilleure scène du film : 27').


2012 de Roland Emmerich avec John Cusack (2009)