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1 février 2018

Last Flag Flying

Le scénario du nouveau film de Richard Linklater s'inspire du roman Last Flag Flying de Darryl Poniscan, qui est la suite d'une œuvre précédente de l'écrivain, The Last Detail, adaptée au cinéma en 1974 par Hal Ashby. Je voue une admiration particulière pour le film de Hal Ashby, qui est l'une des perles du Nouvel Hollywood et un film qui, à chaque vision, parvient toujours à m'envoûter délicatement, de par sa beauté discrète et sa douce poésie. J'étais donc très curieux de découvrir le film de Richard Linklater, qui se présente plutôt comme sa "suite spirituelle". Le cinéaste texan ne reprend pas les personnages de 1974 mais en propose une sorte de déclinaison en nous narrant les retrouvailles de trois anciens marines ayant servi dans la même unité au Vietnam, de nouveau amenés à faire un bout de route ensemble. Nous sommes en 2003 et l'un d'eux, interprété par Steve Carell, vient de perdre son fils en Irak. Il demande alors à ses deux anciens amis, Bryan Cranson et Laurence Fishburne, de l'accompagner à ses funérailles et c'est ainsi que commence un road movie tout à fait anodin, à des années lumières de tout ce qui faisait le charme si précieux et singulier du chef d’œuvre de Hal Ashby.




Pour ne pas être trop rude et injuste à l'égard de Richard Linklater, il faudrait limiter au maximum la comparaison. Mais comme il est difficile de ne pas penser au tact et à la délicatesse de Hal Ashby quand on subit, dès les premières secondes, les lourdes manières d'un Richard Linklater qui n'est en rien son héritier mais seulement un bien mauvais élève ! C'est à se demander si Linklater a bien vu et revu le film de Hal Ashby puisqu'il n'en a retenu aucune leçon alors qu'il vise clairement à s'inscrire dans ses pas. Dès la première image, la musique vient nous dicter nos émotions et appuyer le ton tristounet lourdement annoncé. Tandis que Hal Ashby ponctuait son œuvre d'airs militaires ironiques puis d'une marche funèbre sublime signée Johnny Mandel, Richard Linklater nous impose une mélasse sonore qui semble venir boucher les trous quand il filme des trains entrer en gare et qu'il suit les allés et venues des trois vétérans. Alors qu'un doux voile mélancolique drapait, au fil des minutes, l’œuvre de Hal Ashby, rien ne se passe chez Linklater, dont nous subissons mollement le scénario insipide. Arrêtons donc là la comparaison.




Pour fonctionner, Last Flag Flying aurait dû reposer sur trois personnages suffisamment forts et attachants, campés par des acteurs inspirés et agréables. Il n'en est rien. Nous n'avions pourtant que des a priori positifs sur Steve Carell, Bryan Cranston et Laurence Fishburne. Force est de reconnaître que le premier, dont on croyait le potentiel immense, et ce quel que soit le registre, nous fait ici douter. Il joue la tristesse en se tenant prostré, de la première à la dernière seconde. Son jeu paraît beaucoup trop maîtrisé et calculé pour laisser poindre la moindre émotion, on le sent dans chacune de ses expressions, de ses attitudes, et dans toutes les modulations de sa voix. Lorsqu'il ne peut s'empêcher de rire aux idioties de Bryan Cranston et qu'il parle d'une petite voix cassée, très aiguë, brisée par le chagrin, on ne peut s'empêcher de revoir l'inoubliable Brick Tamland d'Anchorman ! C'est assez gênant... Laurence Fishburne prête quant à lui ses traits à un vétéran devenu pasteur, ravi d'avoir trouvé Dieu, et l'on se demande bien comment un tel homme peut supporter l'alcoolo pénible joué par Bryan Cranston, de loin le plus problématique du trio.




Ces trois personnages auprès desquels nous passons deux longues heures apparaissent finalement très pauvres, mal écrits. Richard Linklater a l'air de se désintéresser de l'homme endeuillé joué par Steve Carell. Il laisse bien plus de place aux diatribes et à l'insolence du difficilement supportable Bryan Cranston, dont on ne réussit jamais à apprécier le franc parler et le dynamisme, lui qui est pourtant le seul vrai moteur du trio. On en vient à se poser des questions sur l'acteur Bryan Cranston, que l'on appréciait en papa un brin débile dans Malcolm et qui était sans doute impeccable dans Breaking Bad (une série que nous n'avons pas suivie), mais qui semble avoir à un mal fou à se rendre appréciable au cinéma (il n'y a qu'à jeter un coup d’œil à sa filmographie pour choper le cafard). Aucune alchimie particulière ne se dégage des trois acteurs, même lors de ces scènes où Richard Linklater nous fait perdre notre temps à les voir s'époumoner sur des anecdotes trop fabriquées de leur passé commun dans l'armée.




L'action du film se déroule en 2003. Les personnages assistent, par la télévision, à la capture de Saddam Hussein et font donc leurs petits commentaires. On a ainsi droit à l'inévitable discours de Richard Linklater sur la guerre en Irak, principalement véhiculé à travers le personnage désenchanté et amère de Bryan Cranston. Ces anciens militaires vétérans du Vietnam avaient tout compris dès 2003 et avaient déjà un regard critique plein de lucidité sur l'occupation américaine en Irak. Richard Linklater croit placer des bons mots, il manque surtout de finesse et de crédibilité. Son propos univoque sur la guerre et ce qu'en fait le gouvernement américain, le traitement réservé aux soldats et compagnie, tout cela se voit venir à des kilomètres. Comme nous sommes à l'orée du XXIème siècle, on assiste également à la découverte d'internet. Aucune drôlerie n'émane du décalage entre les personnages vieillissants et ces nouvelles technologies qu'ils essaient tant bien que mal d’apprivoiser. Nous avons droit à une scène surréaliste durant laquelle nous voyons nos trois vieux découvrir les joies du téléphone portable et s'en acheter un chacun en boutique. C'est merveilleux.




Lors d'un long dialogue entre Cranston et Fishburne dans la cabine du camion, le premier asticote le second au sujet d'un morceau de rap diffusé à la radio qu'il juge ridicule et dont l'auteur, Eminem, est pourtant un blanc. Passionné de musique populaire en tout genre, Richard Linklater place alors quelques répliques qu'il doit croire géniales et il s'imagine sans doute qu'elles vont faire mouche (peut-être contenteront-elles en effet son petit fan club déjà acquis à sa cause), mais ça paraît à côté de la plaque et sans intérêt. Ce passage tout à fait anodin parmi tant d'autres contribue simplement à rendre trop long ce film dénué de rythme. On se dit que 30 minutes auraient facilement pu être coupées au montage, voire 124 avec un peu plus de zèle. Nous ne rions jamais devant Last Flag Flying. Nous ne sommes guère émus non plus. Nous attendons que ça passe, sans être particulièrement agacés, certes, mais comme hypnotisés par un nuage de platitude. En fin de compte, ça n'est pas dans la lignée du grand film de Hal Ashby que s'inscrit Richard Linklater mais plutôt dans celle de ces trop nombreux drames intimistes ratés qui ont fleuri dans le cinéma indépendant américain suite à la guerre en Irak. Un véritable trou noir dans ma vie de cinéphile et dans ma vie tout court.


Last Flag Flying de Richard Linklater avec Steve Carell, Bryan Cranston et Laurence Fishburne (2018)

22 août 2017

John Wick 2

La suite des aventures de John Wick ravira ceux qui avaient déjà été séduits par le premier chapitre et donnera peut-être envie aux autres de programmer une séance de rattrapage. Ce nouveau volet répond à la règle simple de certaines séquelles : bigger, louder, faster, stronger. Dès l'introduction, nous avons ainsi droit à une poursuite en voiture puis à quelques bagarres provoquées par l'inarrêttable John Wick, désireux de récupérer sa bagnole chez un malfrat, quitte à la ramener à la maison complètement défigurée. D'emblée, on entre dans le bain. Mais cette introduction un peu forcée n'est guère un aperçu fidèle de ce que nous réserve la suite, bien plus amusante. John Wick se retrouve de nouveau contraint à reprendre du service, il doit honorer un ultime contrat et se rendre à Rome pour éliminer une ponte du crime qui n'est autre que la sœur de son commanditaire, ce dernier veut ainsi se garantir une place de choix parmi la confrérie d'assassins internationaux sur laquelle cette suite lève encore un peu plus le voile.




John Wick 2 est peut-être le film qui s'apparente le plus à un de ces jeux vidéo dont le héros doit flinguer tous les ennemis qui se présentent massivement à lui. Keanu Reeves doit avoir 20 lignes de dialogue grand maximum mais un "body count" affolant. Son travail consiste uniquement à avoir l'air classe, à manier ses armes comme un pro et à enchaîner les acrobaties dans des chorégraphies toujours très lisibles et proposant parfois des idées sympathiques (il faut voir l'usage que peut faire John Wick d'un simple crayon à papier ou sa façon très pro de maintenir un rival au sol pour mieux appréhender les suivants...). On suit l'évolution de notre personnage à travers différents niveaux, des catacombes de Rome jusqu'à un musée d'art contemporain new-yorkais et, à chaque fois, ces lieux sont plus ou moins propices à des idées visuelles qui font plaisir à voir. J'ai particulièrement apprécié le final au musée où Keanu Reeves progresse dans un palais des glaces aux couleurs flashy du plus bel effet et doit anticiper les mouvements de ses ennemis, malgré les trompes l’œil et autres pièges. Chad Stahelski, désormais seul derrière la caméra puisque son acolyte David Leitch était occupé à filmer Atomic Blonde, n'a rien perdu de son savoir-faire.




En dehors de ça, cette suite continue à merveille le développement patient de cet univers fait d'assassins, de contrats, de hiérarchies et de règles que l'on découvre progressivement, ce qui était déjà l'un des points fors du premier film. Chad Stahelski offre aussi quelques cadeaux à ses spectateurs, comme mettre en scène les retrouvailles de Keanu Reeves et Laurence Fishburne. Ce dernier est particulièrement décontracté dans la peau d'un seigneur du crime du monde souterrain, grimé en quasi clodo, murmurant aux oreilles des pigeons sur les toits new-yorkais. Cela faisait un bail qu'on ne l'avait pas vu aussi cool à l'écran. Les deux acteurs, réunis pour la première fois depuis les Matrix, semblent diffuser une joie communicative de se retrouver, ce qui tombe à pic dans ce film éminemment ludique. Il y a d'autres tronches que l'on est heureux de retrouver, à commencer par Ian McShane, parfait dans le rôle du patron, aussi flegmatique que charismatique, du Continental, l'hôtel des assassins, ou John Leguizamo, le garagiste attitré de John Wick, habitué à retaper les épaves que son client lui ramène, mais aussi Lance Reddick, concierge impassible de l'hôtel, et Franco Nero, tenant des lieux à Rome.




Bien entendu, il faut vraiment avoir envie de s'envoyer un film comme ça pour ne pas abandonner d'entrée de jeu et jurer que l'on a affaire à une débilité totale. Or non, John Wick 2 est, dans son genre, une franche réussite, rythmée par quelques trouvailles réellement louables. Et, à condition d'avoir envie de ça, c'est un très bon moment garanti. En ce qui me concerne, j'avais choisi le soir idéal : Fête de la Musique, gros ramdam autour de chez moi, aucune envie de mettre un pied dehors, mais plutôt de m'enfermer avec un John Wick à cran pour un film qui pétarade comme il faut. C'était parfait. Cette suite est même clairement au-dessus du premier, ce qui est assez rare pour être relevé. On pourra seulement regretter que le mignon petit beagle du 1 ait été remplacé par un sage bulldog noir, assorti aux costards de son maître. Mais ce n'est qu'une question de goûts car, en fin de compte, j'aime tous les chiens. Et je n'aime pas tous les films d'action, loin de là, celui-ci est simplement dans le haut du panier.


John Wick 2 de Chad Stahelski avec Keanu Reeves, Ian McShane, Riccardo Scamarcio, Common et Laurence Fishburne (2017)

15 janvier 2017

Mystic River

Comme tout le monde, on a longtemps cru que l'affiche était à l'envers, comme tout le monde, on l'a retournée au moment de la placarder au-dessus de notre lit. Mais non, aucun couac dans ce film cousu de fil blanc. Il serait trop long de faire le tour du casting et de présenter chaque force en présence. On peut se concentrer sur les trois têtes d'affiche. Commençons par celui qu'on voit de loin. Tim Robbins, qu'ils ont raccourci sur l'affiche pour ne pas qu'il mange la tagline, est là pour morfler, comme dans 99% de ses rôles, avec son regard d'agneau et son air de chien battu. L'autruche de Baltimore finit 9 films sur 10 la tête dans l'eau, et Mystic River ne fait pas exception à la règle. Excusez-nous pour le spoiler, mais qui n'a pas vu ce film ? Même quand il est sorti sur les écrans, tout le monde connaissait sur le bout des doigts le scénario diabolique imaginé par le malade Denis Lehaine, l'écrivain américain jadis maçon de profession qui sait bâtir des intrigues en béton armé et charpenter des personnages en bois massif. Sur Robbins, pas grand chose à rajouter. Il se contente d'encaisser les coups comme un phoque sur la banquise, vulnérable et adipeux, de nouveau pris pour cible, la faute à son charme naturel de charognard à la manque.


1er jour de tournage : Sean Penn sort de sa caravane et s'en prend à Tim Robbins. La prod' est obligée d'appeler la police pour calmer la vedette.

Attaquons-nous au gros morceau. Sean Penn dit avoir "tout appris" de ses deux métiers (acteur et comédien) sur ce film. Sous les ordres d'Eastwood, dont il partage les opinions politiques d'extrême-droite, la collaboration fit des étoiles. Habité et enragé par son rôle, Sean Penn, chaque matin, à peine sorti de sa caravane, surgissait sur le plateau tel un boxer trop longtemps calefeutré sur son tabouret dans l'angle du ring, et mettait des roustes à Tim Robbins, quant à lui clairement engagé à gauche (pour rappel, la "gauche" en Amérique correspond grosso mierdo à notre FN français), soit à l'opposé de l'échiquier politique au pays de l'Oncle Sam. 


 2ème jour de tournage : sur le qui-vive, la police stoppe un acteur trop préparé pour le rôle, juste avant que son pied ne touche le pas de la porte de sa caravane.

Sale ambiance sur le plateau, mais comme souvent au cinéma, c'est dans les pires conditions qu'on chie des pépites d'or. Pour preuves, l'animosité qui régnait entre Humphrey Bogart et Lauren Bacall, qui les a amenés à en découdre plus que souvent, ou encore Paul Newman et Bob Redford, dont l'inimitié légendaire a pourri plus d'une cérémonie prestigieuse (dieu merci le sang ne se voit pas sur un tapis rouge) et ruiné plus d'un tournage, mais accouché de quelques merveilles instantanées.


3ème jour de tournage : la colère ne faiblit pas. Avant même d'avoir pris sa douche et après une nuit de cauchemars, Sean Penn débaroule hors de sa caravane tel un lion hors de sa cage. Dieu soit loué, Tim Robbins est sous bonne garde.

Bref, le Penn, Shaüwn Penn, ce facho reconnu, qui est l'incarnation du smiley inversé (":-("), n'a pas eu à se forcer pour tirer une tronche de dix kilomètres de long avant, pendant et après chaque clap du maître de guerre Eastwood. Rappelons que ce dernier, peu de temps avant, incarnait son propre rôle de Casper dans le film Casper. Il faut donc bien dire que Mystic River a été le film coup de poing d'Eastwood, c'est à partir de là qu'il a renoué avec la critique et le succès. Les journalistes ont un peu mis de côté ses engagements politiques de fumier (ultra libéral, chacun pour sa peau, oeil pour oeil dent pour dent, an eye for an eye et and a tooth for a tooth, l'oeil était dans la tombe et regardait Casper, pro-NRA, pro-IVG, go-vegan, healthyfood, fitness therapy, etc.), pour le consacrer grand manitou du cinéma américain néo-classique aux côtés de Cristi Puiu et Cristian Mungiu. Nous ne tarirons pas d'éloges sur ce film, puisqu'on vient de lui en faire pas mal. 


 Dernier jour de tournage : Sean Penn n'aura pas réussi à "se faire" Tim Robbins. Plusieurs policiers de Baltimore sont mis au vert pour quelques mois. Ceux-là mêmes qui disent avoir régulé le soulèvement de Los Angeles en 1963 affirment avoir eu plus de difficultés à maîtriser "le Penn".

Ce film nous a marqués à jamais (si c'est bien dans celui-là qu'un vieux raciste apprenti boxer récure sa bagnole en proposant un échange entre un petit gamin et un joueur de rugby à qui il répète en boucle "Mo Cuisha") - sacré Lehaine ! On se souvient encore de cette image finale, un regard-caméra d'école, où Kevin Bacon, sis à côté de Laurence Fishburne à l'enterrement de feu l'innocent et saint Tim Robbins, fixe le Penn du regard (et à travers lui le spectateur, complice de sa culpabilité) en lui adressant un clin d’œil qui veut dire "Je sais tout, et je ne ferai rien, puisque t'as déjà neigué Robbins, qui de toute façon allait finir comme tel". Un deus-ex-machina qui nous laisse pantois. Décidément, cette rivière sur laquelle on voit défiler le cadavre de Robbins, gonflé d'eau comme un gnou ayant su échapper aux crocos mais un peu trop soiffard, était vraiment mythique. Le dicton ne dit-il pas : "Reste le cul vissé à la berge, tu verras passer le corps de Tim Robbins" ?


Mystic River de Clint Eastwood avec Sean Penn, Tim Robbins, Kevin Bacon, Lawrence Fishburne, Laura Linney (2003)

23 février 2014

Event Horizon

Paul W.S. Anderson est ce médiocre réalisateur abonné au cinéma de genre que l'on confond systématiquement avec Paul Thomas Anderson (Magnolia, There will be blood, The Master...), Wes Anderson (La Vie Aquatique, Fantastic Mr Fox, Moonrise Kindgom...) et Sonny Anderson (Olympique de Marseille, FC de Barcelone, Olympique Lyonnais...). Un amalgame tragique pour ces trois personnes forcément plus talentueuses que lui, épuisées de rappeler à longueur d'interview qu'elles n'ont aucun lien de parenté avec celui que l'on surnomme "le fossoyeur du genre". N'ayons pas peur des mots, Paul W.S. Anderson est une tache. Un cinéaste ridicule, un faiseur docile et minable spécialisé dans l'adaptation de jeux vidéo (Mortal Kombat, Resident Evil et ses suites) et surtout coupable d'Alien VS. Predator (que l'on pourrait également considérer comme l'adaptation d'un jeu vidéo). Il symbolise a lui seul le naufrage de certains des projets les plus attendus par les amateurs naïfs de cinéma fantastique. Comme si cela ne suffisait pas, il engendre aussi la jalousie et la haine du côté des adorateurs de Milla Jovovich (ça doit encore exister !) dont il est le fidèle époux. Il n'a qu'une quarantaine d'années et va sans doute continuer encore longtemps à flinguer les filmographies d'acteurs innocents et à démolir des franchises en bout de course. Il se dit fan de jeux vidéos, déclare adorer les Aliens et les kébabs, et ces propos ne font que nous agacer davantage tant ils nous font amèrement constater que l'on partage au moins trois passions avec ce si triste individu.




Event Horizon est le film breakthrough de Paul W.S. Anderon, le titre qui lui apporta un certain crédit auprès des studios qui n'hésitèrent pas, par la suite, à lui octroyer des budgets plus importants pour qu'il puisse réaliser ses rêves. Autant dire que même si Event Horizon était réellement de qualité, ce long métrage serait à maudire pour tout ce qu'il a engendré de nocif. Il est aussi considéré comme le meilleur film de celui que ses nombreux détracteurs surnomment Paul W. C. Anderson. Puisque je suis curieux, cet argument fut suffisant pour, à l'époque, me donner envie de le voir mais pas assez pour faire disparaître toutes mes craintes, tous mes soupçons. J'avais évidemment raison de garder mes doutes, car Event Horizon est un très mauvais film, seulement supérieur aux autres œuvres de son auteur dans le sens où la moyenne doit être située à 1,75/10 et que celui-ci aurait un bon 2. Retour sur le pitch : en 2047, le "Event Horizon", un vaisseau spatial capable d'aller plus vite que la lumière et que l'on croyait disparu à jamais, émet un signal de détresse après des années de silence. Un autre gros vaisseau reçoit alors l'ordre d'aller à sa rescousse, en compagnie du physicien William Weir (Sam Neill !), créateur de l'Event Horizon. Une fois la petite équipe parvenue à l'épave, des évènements paranormaux se produisent. Une tension de plus en plus grande naît entre les différents membres de l'équipage notamment à cause du comportement suspect de Weir, qui semble cacher certaines choses sur le vaisseau qu'il a créé.




A la lecture d'un tel synopsis, on se dit "rien de neuf a priori, mais pourquoi pas". Hélas, le scénario d'Event Horizon offre surtout l'occasion à Paul W.S. Anderson de repomper à droite à gauche sur des classiques. Il pourrait s'agir de petits clins d'oeil sympathiques qui ne porteraient pas préjudice au film. Mais ici, ces références sont tellement répétées de manière peu subtile et appuyée que ça en devient simplement fatiguant voire énervant. Le spectateur passera donc tout son temps à les repérer, en oubliant l'histoire, de toute façon prévisible et très vite inintéressante. On reconnaîtra quelques plans directement copiés de Solaris, celui de Soderbergh (pourtant sorti 5 ans après !), et des séquences identiques à Shining (notamment le raz-de-marée de sang qui inonde les couloirs de l'hôtel... euh du vaisseau). L'Event Horizon fait immanquablement penser aux vaisseaux aperçus dans les Alien et les nombreux effets gores paraissent tout droit tirés du Hellraiser de Clive Barker. Je pourrai continuer comme ça pendant longtemps. Tout cela a pour effet de ne donner aucune identité propre au film d'Anderson et de nous rappeler à quel point ceux auxquels il fait référence sont infiniment supérieurs, même les moins fameux.




Les scènes supposées faire peur démontrent encore une fois toute l'incapacité de Paul W.S. Anderson, son manque d'idées et de talent. On retrouve ainsi plusieurs fois les mêmes effets, totalement inefficaces : une personne de dos n'est pas celle que l'on s'imagine, une scène de trouille qui nous a tout l'air réelle s'avère être un cauchemar, des visions horrifiques qui apparaissent par le biais d'effets clippesques hideux, etc... De plus, la direction d'acteur paraît complètement inexistante : Sam Neill (le Sam Neill !) n'a jamais autant été en roues libres et Laurence Fishburne est transparent, lui qui est pourtant particulièrement trapu. C'est à se demander ce qu'ils font là, à errer dans des décors impossibles, visiblement à la recherche de leur chèque de paie. Les autres acteurs tentent au moins de faire leur boulot, en luttant pour donner vie à des personnages caricaturaux au possible, sans aucune épaisseur. On ressent de la pitié pour eux et pour leurs interprètes. On dirait aussi qu'Anderson s'est s'obligé à tourner certaines scènes en une seule prise, tant elles sont ratées et brouillonnes. Ainsi, le passage le plus involontairement drôle du film correspond au moment où Sam Neill (tout simplement perdu) communique par talkie-walkie à une personne située à quelques centimètres de lui !




Peut-être cool dans la vraie vie, sans doute adorable au quotidien, Paul W.S. Anderson est un sac à merde derrière les caméras. Depuis, il s'est attaqué à l'oeuvre phare d'Alexandre Dumas et le résultat risque de donner un coup de vieux à mon frère Poulpard, aka "Brain Damage", qui a découvert les plaisirs de la littérature en suivant les aventures d'Athos, Porthos et Aramis. Pauvre de lui !


Event Horizon de Paul W.S. Anderson avec Sam Neill, Laurence Fishburne et Kathleen Quinlan (1997)

25 mars 2011

Predators

Les personnes à l’origine de ce film, parmi lesquelles on retrouve le sous-doué Robert Rodriguez, souhaitaient tirer un trait sur les Aliens vs Predators, et autres daubes mêlant ces deux franchises, sorties récemment. Leur intention était de donner enfin une suite directe digne de ce nom aux deux premiers Predator. Mais en vérité, il s'agit surtout d'une suite au tout premier Predator réalisé par John McTiernan en 1987, où un Arnold Schwarzenegger au faîte de sa gloire poussait un extra-terrestre au suicide après s’être couvert de boue. Le second volet, où Danny Glover chassait de la jungle urbaine un Predator moins timide, n’est jamais évoqué par les personnages de ce nouveau film lorsqu’ils échangent à propos du passif et du casier judiciaire de ces bestioles suréquipées. Pourtant, si la réputation de Predator 2 est nettement moins bonne que celle du premier opus, j’en garde personnellement le souvenir d’un film plutôt sympathique et ce d’autant plus dans sa version française, une suite sans doute plus réussie que ce Predators au pluriel auquel on va à présent s'intéresser...


Depuis 1994, Robert Rodriguez murissait en lui le projet de renouveler la saga Predator. Quinze ans plus tard, il apparaît ici sur le tournage aux côtés du réalisateur, en tant qu'assistant

On suit ici les mésaventures d'une petite dizaine de soldats et autres excités de la gâchette qui atterrissent en pleine jungle, sur une planète inconnue, dont ils se rendront rapidement compte qu'il s'agit du terrain de chasse des Predators. Car ces derniers, pourtant capables de construire des armes ultra sophistiquées et des vaisseaux spatiaux allant plus vite que la lumière, semblent clairement avoir pour seul but dans la vie d'être d'impeccables machines à tuer et de parfaits chasseurs. On apprend aussi que deux clans de Predators se font la guerre, pour une raison qui ne nous est que partiellement dévoilée. En gros, il s'agirait d'une vague histoire de petite boule lumineuse qu'un prédator malicieux aurait cassée au cours d'une soirée, à la fois par ennui et par maladresse. Le prédator gaffeur et fautif aurait ensuite trouvé bon de planquer sous les coussins d'un canapé inconfortable cette boule devenue inutile et obsolète, afin de ne pas attirer sur sa discrète personne courroux et réprimandes. Une attitude lâche et bien vaine qui n'aurait pas du tout plu à l'hôte de la soirée, un prédator aussi orgueilleux que puéril, dont c'était l'anniversaire, et qui tenait tout particulièrement à ce jouet acheté au prix fort sur Amazon. Tout ceci est raconté par le prédator malhabile à un Adrien Brody qui n'en demandait pas tant et qui fait mine, en l'écoutant, d'enfoncer le canon de son fusil dans sa bouche. En bref, plus le voile se lève sur ces bestioles hideuses, plus on a l'impression de se retrouver face à un attristant abîme d'inepties. Ce nouveau film participe ainsi à nous rendre ces créatures encore moins intéressantes, alors qu'avec un brin d'imagination et d'idées, on peut se dire qu'il aurait facilement pu en être autrement.

Mais laissons à présent un invité de marque en la personne de Joe G., rédac’ chef du super webzine musical C’est Endendu, nous donner ses impressions. C'est là sa deuxième collaboration avec nous après son intervention remarquée au sujet du film Carlos.


Après avoir reçu son prix d'interprétation à Cannes pour Le Pianiste de Roman Polanski, Adrien Brody déclara qu'une telle distinction allait enfin lui permettre de "tourner pour de grands réalisateurs et participer à des projets ambitieux"

Dans le genre série B du futur de l'aventure avec un mec inattendu en guise de premier rôle, c'est pas si nul. Le héros a en effet les surprenants traits d’Adrien Brody, le type de The Pianist. Ses répliques du genre "We gonna need a new plan" sont environ le seul intérêt du film, si vous n'aimez pas les gadgets futuristes, les aliens ou les gens qui meurent de façon atroce. Puis ce film reste une suite à des suites de spin offs, ce qui est chaud en soi, mais au point où en sont les studios d'Hollywood et vue la situation de leurs idées (en rade - à quand un "Star Wars Episode 1 Vs. Superman : Naboo Rising" ?), je préfère prendre chaque film comme il vient : en .avi, voire en .mpeg !


Au second plan, Topher Grace qui, dans le civil, n'est autre que l'amant de Lady Chatterley

Le passage le plus sordide d'un film somme toute très chaud c'est celui où (désolé de vous spoiler la fin) le "docteur" se révèle n'être qu'un infâme connard meurtrier, pire que les Predatorzzz vu qu'il n'annonce pas la couleur. Le fait que le doc soit joué par Topher Grace, le même type qui interprétait Venom dans Spiderman 3 et que l'on a tous découvert avec That 70's Show, ce même mec que tout le monde sait condamné à jouer soit un avorton minable soit un avorton minable secrètement méchant (et que tout le monde sait voué à choisir les rôles de la seconde catégorie pour ne pas trop bousiller sa self esteem), hé bien le fait que le Doc soit joué par ce type, ça me fout le moral en berne ! Entre autres trucs chauds, on doit aussi se cogner Laurence Fishburne "qui entend des voix mais qui est trop un guerrier" pendant un bon quart d'heure. Sans parler de tous les clichés que le film contient. Dans les soldats concernés par l'exercice de survie, nous avons ainsi droit à l’inévitable "noireau", au "mexicain" excité, au "russkov" sournois, à la "fille" manquée, au gros "con", etc. Mais malgré tout ça le film se mate.


Trivia : après avoir trouvé par hasard sur les lieux du tournage ce bâton dont la forme acérée le fascinait, l'acteur ne s'en sépara jamais et l'objet l'accompagna dans chacune de ses scènes

Après ça reste une grosse merde, mais quand t'as trois plombes de tram à te payer pour faire Marseille-Paname, et qu'on a la bonté de te fournir une prise de 220V, et que par miracle t'as pensé à prendre ton PC, là ça se mate bien, ça te fait la moitié du trajet, voire un peu plus, ça se regarde mieux que ne se regarde le décor. Parce qu'en iDTGV tu vois pas par la fenêtre, c'est rétro-éclairé, et du coup tu peux voir que ta propre tronche, et quand tu passes ton temps comme moi à t'enlever les mokos pendant que le chef de gare dit "Attintieun, le train va démarrer, atteintiun !", n'importe qui, pas que moi, préfère mille fois s'envoyer Prédator(s) que de se mirer, tout moko-free que l'on puisse être.


Predators de Nimrod Antal avec Adrien Brody, Alice Braga, Topher Grace, Danny Trejo et Laurence Fishburne (2010)