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6 avril 2014

Le Casse de Central Park

Je vous le dis tout net, j'ai regardé ce film d'un seul œil ! Mon autre œil et même tous mes autres sens étaient obnubilés par le plat de spaghettis bolognaise que nous nous étions préparés, mon frère et moi, en ce vendredi soir que nous avions choisi de passer ensemble, si possible devant un film sympa. Spaghettis, knackis, sauce tomate, devrais-je plutôt dire. Mais c'était fameux, croyez-moi ! Face à un tel plat, le film n'avait pas forcément à être une tuerie... Oh non, loin de là. Nous faire sourire une ou deux fois au cours des vingt premières minutes, soit le temps de finir de racler nos assiettes, ça nous aurait amplement suffit à tenir. Hélas... Une fois ce laps de temps écoulé, on a vite coupé le film et rebranché la console ! L'impitoyable test dit "des vingt premières minutes" avait rendu son verdict, sans appel. Quelle tristesse...


De gauche à droite : Ben Stiller, Eddie Murphy, Matthew Broderick et Téa Leoni (si ses collègues ont gagné quelques cheveux blancs, c'est peut-être cette dernière qui a le plus changé depuis les glorieuses années 90). 

Pour ressusciter Eddie Murphy, les exécutifs hollywoodiens ont jugé qu'il n'y avait rien de mieux à faire que de ressusciter les comédies d'action pourries des années 80-90. Triste idée. Cela a simplement pour effet d'enfermer encore davantage l'acteur dans cette époque, avec ce film qui, bien qu'il veuille traiter en douceur de la crise économique, sent le renfermé et semble tout droit venir du passé. Ce n'est pas non plus avec ce film que Ben Stiller gagnera ma sympathie. Il passe tout son temps à rouler des mécaniques, se prenant pour le beau gosse qu'il n'est vraiment pas et oubliant l'essentiel : nous faire marrer. Parmi ses acolytes, on retrouve aussi Casey Affleck, ce jeune acteur que j'aimais plutôt bien jadis et qui a perdu tout crédit auprès de moi depuis sa sale blague intitulée I'm Still Here. On croise également un autre fantôme du siècle dernier en la personne de Matthew Broderick, au visage bouffi, presque méconnaissable. Et puis Léa Téoni, dans le rôle de la belle meuf du film, comme pour nous signaler qu'il s'agit bien d'une comédie au rabais en laquelle même les producteurs ne croyaient pas vraiment. A oublier !


Le Casse de Central Park de Brett Ratner avec Ben Stiller, Eddie Murphy, Téa Léoni, Casey Affleck et Matthew Broderick (2011)

2 juin 2012

Mille mots

Après Menteur-menteur et The Invention of lying, découvrez la nouvelle comédie ricaine avec le même gros message à la clé, un message indispensable sur les dangers du mensonge et les bienfaits de la vérité. Merci Hollywood de veiller à l'éducation de nos enfants. Eddie Murphy campe un agent littéraire (vous avez bien lu) qui ne cesse de mentir pour obtenir ce qui lui chante, mais il ment une fois de trop et au mauvais type. Il ment à un Chinoir qui lui jette un sort : il ne doit plus parler sous peine d'y laisser sa peau, et ce afin d'apprendre que les mots ont un poids. J'ai envie de demander aux producteurs américains qui ont financé ce projet de se retenir de produire la moindre merde de ce genre pendant au moins dix ans afin de comprendre que chaque film a un poids et qu'il est bon parfois de fermer sa gueule à tout jamais.



Je n'ai pas vu le film (qui va aller le voir ? Sérieusement ? A part Eddie Murphy peut-être). J'ai juste vu la bande-annonce, ce qui en 2012 revient à voir un film dans son intégralité (à part si l'auteur du film s'appelle Resnais). Dans la bande-annonce on voit qu'Eddie Murphy promet donc à un type de publier son bouquin sur les huiles essentielles alors qu'il ne le fera pas (tu m'étonnes). Un arbre de taille adulte sort aussitôt du sol du jardin dans un effet spécial fort beau et le Chinoir en costar brillant informe Eddie Murphy que le bananier perdra une feuille à chaque mot prononcé. Quand il n'y aura plus de feuilles l'arbre mourra et le héros avec. En attendant il reste 1000 mots au personnage, et on apprécie que retentisse sur toute la bande annonce la voix de Noa et sa sublime chanson Babel, celle qui rend fou notre ami Poulpard aka Brain Damage : "Pardon me for babeling, comme des milliers de mots, pardon me for babeling, qui t'envoient des signaux, cent mille mots, blottis au fond de mon cœur, tout là-haut dans les étoiles..." etc. Le héros black du film, au lieu d'apprendre à dire la vérité et à parler vrai, est un type à ce point irrécupérable qu'il est forcé de la boucler. Son éducation ne passe pas par un apprentissage du langage mais par une condamnation au silence, ou quand les producteurs de comédie veulent donner des leçons de morale alors qu'ils ont le ciboulot en berne. J'aimerais moi aussi être d'origine malgache, porter un costume satiné et dire aux producteurs de cette connerie : "Voila, il reste trois ou quatre feuilles à votre arbre à daubes, vous venez d'en flinguer une belle avec ce film, il vous en reste une paire à sortir, parce que je suis sympa, mais après on arrête les frais." Vous vous dîtes que je me répète et que ce paragraphe reformule le premier, vous n'avez pas tort, je viens peut-être de griller deux feuilles à mon arbre aux palabres (et j'en suis ravi) pour dire deux fois la même chose à ceux qui ont fait ce film : vos gueules.


Mille mots de Brian Robbins avec Eddie Murphy (2012)

1 octobre 2011

Meteor Man

A dossier spécial, film spécial. Film obscur, film rare, film oublié, j'ai nommé Das Meteor Man, de Bob Townsend, avec Bob Townsend, ex-guitariste des Who. Tout le monde croit à tort que le rôle-titre de ce film était tenu par Eddie Murphy, un habitué aux rôles de blacks dans les comédies ricaines de cette époque, l'amalgame se comprend d'autant plus que c'est lui sur l'affiche (alors qu'il ne joue aucun rôle dans le film) et qu'un des acteurs s'appelle Eddie Griffin. Mais c'est bien Bob Townsend qui joue le premier rôle de son petit bébé de film. Bob Townsend a littéralement étalé ses roustons sur la table avec ce film, et d'ailleurs ça n'a pas marché, le film a fait un four terrible ! Mais pas dans notre cour de récré de CM2. Avec nos camarades de classe on jouait aux super-héros entre midi et deux et chacun devait se choisir un avatar célèbre. On se bastonnait tous pour être Meteor Man, et le plus con de la classe finissait avec Spider-Man.



Autre paragraphe autre paraphé. Rappel des faits. Bob Townsend, grand amateur d'astronomie et d'astrologie, nous raconte l'histoire d'un homme frappé par une minuscule météorite et qui se retrouve doté de supers pouvoirs. Il peut maîtriser l'information pendant dix minutes. Ce qui signifie ? Il peut faire dire n'importe quoi à Poujadas par la force de sa pensée et le trainer dans le ridicule. Il peut aussi voler bien qu'ayant peur du vide. Et enfin, le Graal de ses nouvelles capacités, il peut voir à travers les fringues. Mais attention, pas toutes les fringues, puisque les sous-vêtements et autres calebars lui résistent. Le héros passe donc le plus clair de son temps à reluquer sous les pulls et jupes des femmes mais sa vision extralucide s'arrête aux soutifs et petites culottes. Ça reste un film pour enfants et il n'était pas question de nous dévoiler des tas de teuchs et de teubs à longueur de temps, surtout que le film se passe à Harlem, ce qui implique qu'on aurait eu droit à un tétanisant défilé de mastodontes (no offense).



Ce film nous a d'autant plus parlé que pour nous à l'époque ce super-pouvoir était plutôt une malédiction. Nos grands frères respectifs, j'ai nommé Poulpard (aka Brain Damage) et Joe (aka Lester Gang Bangs), nous ont très tôt - et quand on dit très tôt on parle d'un âge qui aurait pu leur valoir la réclusion à perpétuité - initié aux pornos les plus craspecs que diffusait Canal en ce temps-là. Ils n'ont pas fait ça pour nous impressionner ou pour nous faire croquer, non non non, c'était par pure stratégie finement réfléchie. Le but de la manœuvre c'était de nous mettre dans leur sac, de nous salir pour éviter qu'on les dénonce aux parents en cas de baston. Bref on s'est retrouvé à deviner bien malgré nous les formes les plus intimes des femmes qui nous entouraient, à voir toute femme à poil qu'elle soit habillée ou non, et à l'époque les seules meufs qu'on voyait c'était la famille ou la maîtresse d'école sexagénaire. Merci du cadeau empoisonné. Poulpe et Joe sont appelés à la barre des accusés.


Meteor Man de Robert Townsend avec Robert Townsend, Eddie Griffin et Marla Gibbs (1993)

6 juin 2011

Deux en un

Si je parle de ce film aujourd'hui c'est parce que j'ai passé quatre heures devant et je veux pas avoir paumé une nuit de ma vie pour rien. Et comme je considère qu'écrire sur ce blog c'est mon travail, rémunéré par la CAF, j'estime qu'un article c'est un accomplissement qui fait passer la pilule. Des Farelly j'ai adoré Dumb & Dumber, j'ai apprécié Fous d'Irène et j'ai maudit tout le reste. Je me les suis quasiment tous farcis, toujours dans l'espoir de tomber sur une pépite comme Dumb & Dumber (vu au moins 50 fois), mais même leur plus grand succès, Mary à tout prix, m'a plombé. Deux en un contribue à étayer ma théorie selon laquelle les frères Farelly ne font des films drôles qu'à la condition d'embaucher des acteurs comiques drôles. Or, exit les Ben Stiller, Owen Wilson, Matt Dillon et autres Jack Black : on a dit "drôles". Il n'y a qu'avec Jim Carrey et Eddie Murphy (mais ça c'est juste une hypothèse vu qu'ils n'ont jamais tourné avec l'acteur, au chômage technique depuis le début des années 90) que ces deux gros tocards peuvent nous faire marrer.


Imaginez ce que donneraient Jim Carrey et Will Ferrell à la place de ces deux-là. Pour le premier c'est pas dur vu que Matt Damon est justement coiffé comme l'était Jim Carrey dans Dumb & Dumber. D'ailleurs avec ses cheveux longs et pisseux et sa grimace terrible Greg Kinnear n'est pas sans rappeler Jeff Daniels dans le rôle d'Harry, old buddy old pal...

Deux en un vérifie bel et bien cette idée, puisque même si Matt Damon et Greg Kinnear, qui sont de bons acteurs, affichent une belle complicité dans ce film, ce dernier ne décolle jamais et manque cruellement de gags. Le peu de blagues à l'écran apparaissent comme autant de situations incontournables offertes par le pitch du film. Quid de Kinnear qui tire un coup à côté d'un Matt Damon impassible ayant bien du mal à se concentrer sur son bouquin, quid de cette scène où Kinnear monte dans le bus et se rend compte après que celui-ci a démarré que son frère siamois est resté québlo sur le marche-pied... Je pourrais bien en trouver une paire d'autres mais si j'ai du mal en m'en rappeler sans réfléchir ça prouve bien qu'elles ne m'ont pas marqué. Ce qui manque c'est des vannes improvisées, inattendues et sinon déjantées du moins plus osées. Et pour obtenir ça il faut des acteurs comiques dans l'âme, qui n'aiment rien tant que faire rire et qui ont ça dans le sang, comme un don des Dieux. On peut citer les inévitables Jim Carrey et Will Ferrell. On pourra nous répondre qu'un film comme Deux en un a d'autres qualités, voire d'autres ambitions, comme par exemple dépeindre une belle fraternité surmontant le handicap. On imagine qu'il y a derrière tout ça une touche d'autobiographie de la part d'un couple de cinéastes siamois qui partagent réellement le même corps. Mais qui va voir un tel film, aussi platement filmé, pour être ému ou pour se voir délivrer un message d'amitié déjà entendu ailleurs mille fois ? Non, on y va pour se marrer avant tout, et surtout pour ne jamais s'ennuyer. Or c'est leur sujet humaniste que les Farelly mettent à l'honneur, et ça passe au-dessus de la comédie, or ce choix est forcément regrettable, d'autant plus quand le film dure 2 heures. Une comédie réussie qui dure deux plombes c'est un défi rarement relevé.


Quand même...

Pour finir et pour contenter nos plus fidèles lecteurs, c'est-à-dire nos propres frères, quelques mots sur le phénomène Eva Mendes. J'avoue, j'ai un temps vociféré sur cette actrice dont le charme n'agissait pas sur moi et que j'associais inconsciemment à Rosario Dawson, à Jada Pinkett, à Michelle Rodriguez et à J-lo, bref à tous ces latinos en vogue condamnées au rôles de garçons manqués. J'ai récemment retourné ma veste sur le cas Mendes, et uniquement sur le sien. Quand je dis retourner ma veste je suis carrément à poil car j'ai aussi retroussé mon fut. C'est grâce à La Nuit nous appartient, Bad Lieutenant et The Other Guys, que j'ai revu l'actrice à la hausse. Voilà comment de bons choix de carrière peuvent révéler une beauté toute naturelle et pimpante. La meuf joue avec James Gray, Werner Herzog et Will Ferrell, rien que ça. Dans Deux en un, même si le film est tout à fait oubliable, elle rayonne néanmoins de mille feux dans un rôle périlleux de pute arriviste, dont elle a vite su se détacher.


Deux en un de Peter et Bobby Farrelly avec Matt Damon, Greg Kinnear et Eva Mendes (2004)

2 février 2011

L'Étrange histoire de Benjamin Button

David Fincher. Fincher David. Retirez toutes les voyelles de ce blaze et vous obtenez Dvd, soit le nom de ce qu'il nous vend, ce qui prouve bien que cet homme est un produit manufacturé, un pantin à la solde d'Uncle Sam. Ce type-là il a une gueule de dentiste. Et les dentistes, je ne les fréquente pas. Moins j'en vois mieux je me porte. J'ai une dentition de merde, je suis laid comme un cageot, je collectionne les chicots, j'ai un danger de râtelier, mais tant que je peux bouffer de l'aligot, de la purée, du hachis parmentier, rira bien qui rira le dernier. On m'a dit qu'un intestin humain, étalé par terre, recouvrirait la surface d'un terrain de foot. La surface d'un terrain de foot ! Il y a en chacun de nous un carré vert de boyaux, 90x90 de tripailles avec les cages (nos deux poumons) et le rond central (nombril, ou trou duc, c'est selon si vous êtes un homme ou une femme, mettons que je n'ai rien dit), un gazon maudit de viscères et autres abats. Ce petit rigolo de David Fincher, passionné par ces effets spéciaux miteux qui consistent à nous faire croire que sa caméra passe à travers les murs, les serrures, les anses de carafes d'eau, et autres tissus serrés de slims celio*, ce grand comique au sommet de sa gloire, j'attends avec impatience de le voir entrer dans le trou du cul de son prochain héros pour faire des voltiges numériques dans un intestin grêle. J'aurais aimé que ce fut Brid Patt dans Benji Button, car j'ai toujours bandé pour ce blondinet, pour ce Bob Redford du miséricordieux, même si miséricordieux ne veut rien dire dans ce contexte. Mais faut avouer que d'un bout à l'autre du trou de balle jusqu'au gosier, y'a de quoi gâcher 1h30 de pelloche dans un véritable tunnel cafardeux de merde, l'équivalent de la surface d'un terrain de foot.


Dave Fincher, pour avoir une tronche pareille il sort d'un carwash, pas d'une douche normale.

Un mot sur l'affiche du film que j'ai choisi de vous faire partager, et à propos de laquelle je voulais simplement signaler qu'on y trouve le fœtus d'une idée, chose absente durant les trois heures que dure ce film. L'afficheur a écrit le titre à l'envers pour correspondre à un film à rebours, backward, dont le personnage principal rajeunit à vue d'œil. Robert Redford devenant successivement la comète Haley Joel Osment, Max Von Sydow et Eddie Murphy dans un morphing de tous les diables. Une femme accouche un jour sans lune d'un quadra grabataire sosie de Bernard Pivot à la grande époque de Bouillon de culture pour le lendemain découvrir dans le même berceau un playboy toujours puceau. Ce film s'impose donc comme le jumeau maléfique du Jack de Coppola, biopic un peu guimauve du célèbre éventreur londonien.


De Bernard Pivot à la comète Haley en passant par un Bob Redford aveugle.

Un dernier paraphet pour finir d'épingler le film-somme de Dvd Fincher. Un film qui a coûté la bagatelle de 150 millions de dollars pour autant de jours de tournage. Un million de dollar par jour, rien que ça. Du coup c'est pas si étrange que ça d'arriver à faire vieillir un quidam. Donnez-moi 10,50$ et je prends un coup de vieux terrible, la tronche à même l'une de mes plaques chauffantes poussée à fond pour me cerner un bon coup. La nouvelle de Francis Scott Fitzgerald qui est à la base du film était réputée inadaptable. Beaucoup de réalisateurs se sont cassés les dents dessus. Mais il fallait dire à Fincher que c'était pas faute d'effets spéciaux, c'était juste parce que cette histoire pue la mort.


 Robert Redford prête ses traits à Benjamin Button jeune. Enfin, vieux.

Une scène de ce film m'a particulièrement dérangé, celle où un flash-back vient nous illustrer lourdement toutes les coïncidences malheureuses qui ont mené à l'accident de voiture de Cate Blanchett. Je profite d'avoir un blog et de payer 10€ par jour pour ça pour rappeler ici qu'il n'y a pas forcément besoin d'un grand concours de circonstances pour subir ce genre de drame. J'ai moi-même été victime d'un grave accident de bagnole, un terrible crashtest grandeur nature, or j'avais juste oublié d'allumer mes phares, et sur une autoroute à contre-sens en général ça pardonne pas. Pas besoin de mille hasards ou d'un destin tout tracé, il suffit juste d'être complètement con. On dit souvent qu'un battement d'aile de papillon à Dubaï provoque un tsunami à Taïpeï, chez moi ça se limite à une grosse tourista.


L'Étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher avec Brad Pitt et Cate Blanchett (2009)

14 mai 2009

Shrek Le Troisième

J'ai pas vu ce film et j'en ai rien à foutre. J'avais vu le premier au cinoche, traîné par mon frère qui filait un très mauvais coton à l'époque. J'avais frôlé la mort ou la taule dans une salle de cinéma comble, bourrée à craquer de trentenaires mal fagotés, hurlant de rire à chaque référence à un film ou une série pourrie chers à leurs cœurs. Chers à leurs pace-maker devrais-je dire, ces gens-là ont-ils seulement un cœur ? Vous me direz c'est pas très fin de s'attaquer aux spectateurs. On a le droit de se laisser brancher une heure et demi par un pur divertissement, de ne pas vouloir nécessairement réfléchir devant un film, d'avoir envie d'une daube qui laisse les neurones s'enculer en paix un moment, de se libérer la tête après une semaine de boulot devant une bonne grosse merde, et puis après tout chacun ses goûts, et mon gros doigt tendu au ciel ! Toute une salle de trépanés hilares à chaque vanne venue tout droit du point le plus bas de l'échelle du cerveau humain, calibrée pile poil pour tel public qui se réjouit d'être la cible enjouée d'un commerce hideux et débile à souhait.


Une des meilleures scènes du film !

J'ai entrevu Shrek 2 chez des faux amis qui foutaient ça à leurs gosses à la télé pour bouffer tranquille. J'ai plus jamais revu ces gens et je leur ai tout récemment expédié un colis de mon chien dans du papier journal enflammé. Les pauvres mômes ne pigeaient rien devant le film. Ils étaient fascinés bien entendu. Les gosses sont si cons... Et puis c'est vrai que c'est fascinant ces images de synthèse façon Pixar, c'est monstrueusement laid, c'est raté, c'est lent et risible, mais ça fascine les peuples du monde entier. Les gamins étaient captivés (comme ils l'auraient été par n'importe quelle connerie animée), mais ils ne riaient pas ni ne pigeaient un traitre de mot à toutes ces vannes. Pourquoi ? Parce que ces films-là ne sont pas faits pour les gosses mais bien pour les gros trentenaires tchiplés tous bercés aux mêmes films populaires, tous abreuvés des mêmes séries télé, tous branchés sur MTV, tous tanqués devant youtube, en somme tous drogués aux mêmes référents et qui se réjouissent d'affirmer que "non, ces films ne sont pas pour les enfants", mais bien pour eux...


Julie Andrews, sex fan des sixties, qui brillait dans Mary Poppins ou dans La Mélodie du bonheur et qui n'a plus le physique pour apparaître en chair et en os. Ces films ont au moins l'avantage de faire travailler les vieillardes

C'est un cinéma du référent permanent, de la citation érigée en système. Et c'est pareil partout. Il y a toutes sortes de référents dans ce cinéma populaire actuel, axés principalement sur deux axes. La chanson d'abord, notamment dans des films "indés" dont on a déjà beaucoup parlé ici, comme Garden State, Little Miss Sunshine, Juno, tout le cinéma de Wes Anderson, et j'en passe. Les exemples foisonnent, par exemple les très récents Nick and Norah's Infinite Playlist, dont le titre a tout dit, ou Good Morning England, film qui fait des ravages chez les jeunes gens qui l'adorent en tout premier lieu pour sa "BO de dingue". Et d'un autre côté il y a les références incessantes au cinéma lui-même ou aux séries télé, ce dont Quentin Tarantino ou Michel Gondry font leur fond de commerce. Ces deux-là pourraient se donner la main, ça serait tout naturel, réunis par leurs faces de pioche et leurs goûts de chiotte. S'il n'y avait qu'eux...


Dans Shrek, l'âne a la voix d'Eddie Murphy, autrement dit la voix d'un noir, réfléchissez bien là-dessus.

Shrek joue dans cette catégorie-là. Chaque scène, chaque blague, est une simple référence, parfois plate, souvent évidente et directe, pas même enrobée d'un zeste d'humour ou de la moindre trace de recul, de raffinement, ou de finesse. Les types très malins qui sont derrière ces films et qui savent comment engranger des milliards de dollars sur le dos des petites gens se contentent très bêtement de placer des références et autres citations tous les deux plans, qui, parce qu'elles évoquent quelque chose de déjà connu, déjà consommé et déjà apprécié au spectateur, lui inspirent immédiatement, machinalement, rires et passions. C'est un drôle de phénomène quand on y pense... Les types sont là, le cul vissé à leur fauteuil, et il suffit qu'on leur balance une référence ou une chanson qu'ils connaissent et qu'ils aiment pour que celui qui les balance soit aussitôt adopté, voire adoubé, sans conditions. Nous avons les mêmes goûts, aimons-nous sans réserve. Drôle de comportement. Le pire c'est que ces cons-là nomment parfois ces référents populaires et évidents des "private joke(s)", blagues si privées que tout le monde les reconnaît et les adore également, que toute une salle se marre comme une seule et énorme baleine, que des milliers d'autres types dans la confidence de cette blague et fans des mêmes chansons s'esclaffent et se dandinent tout pareil dans tous les cinémas du monde entier et par-delà les océans. A chaque nouveau Shrek (et d'ailleurs pourquoi appeler celui-là "Le troisième" ? Tas de trisos...), de nouveaux films à grand public et à grand succès sont parus, et de nouveaux référents permanents sont exploités, cités à tout va, partagés par tous et que tous croient si "privés" qu'ils en viennent à se sentir en connivence intime avec des producteurs aux dents longues rodés pour calibrer leur artisanat au plus grand nombre de cons.


Shrek Le Troisième de Pixar avec Eddy Murphy et Alain Chabat (2007)