2 mars 2014

Les Garçons et Guillaume, à table !

Suite à sa razzia de statuettes compactées, lors de la dernière et parfaitement horrible cérémonie des César, face à des films tels que La Vie d'Adèle, La Vénus à la fourrure, Michael Kohlhaas ou L'Inconnu du lac, on se demandait ce que le premier film de Guillaume Gallienne pouvait contenir de si merveilleux qui justifie qu'il écrase à ce point la concurrence. Nous nous doutions bien que formellement il n'atteindrait pas la cheville de ces adversaires d'un soir, mais, refusant de porter un quelconque soupçon de copinage sur le fracassant succès de Gallienne, sociétaire de la Comédie Française anciennement salarié de Canal+ et produit, dès son premier essai, par ladite quatrième chaîne, France 3 et Gaumont, rien que ça, nous préférions imaginer que le jeune comédien converti cinéaste l'avait emporté grâce à une finesse d'écriture, une drôlerie singulière et un jeu d'acteur forcément épatant. Or, force est de constater que toutes ces qualités supposées font horriblement défaut au film, qui en prime ne propose absolument rien aux autres étages, à commencer donc par celui de la mise en scène. La seule idée formelle du film, répétée à l'envi une heure et demi durant, se résume à un montage assez laborieux qui se régale d'amalgamer différents espace-temps de la façon la plus éculée qui soit : sagement reliés par une voix off surexplicative, les différents épisodes de la vie du personnage, ou ses rêveries, s'enchaînent systématiquement par le truchement d'un raccord ou d'un travelling sans que jamais les rencontres ne constituent un quelconque événement plastique ou affectif.


Quatre pieds de table, quatre ! Guillaume va pouvoir se faire une table ! A table !

Le plus étonnant est en fait que le film soit aussi faible dans le fond que dans la forme. Gallienne nous raconte sa vie, sa relation à la fois privilégiée et traumatique à la figure de la mère, et ses doutes quant à son identité sexuelle (thème ô combien d'actualité, mais d'autres films en compétition traitaient eux aussi de l'identité et du genre, avec ô combien plus de finesse et d'ambition esthétique : La Vie d'Adèle, L'Inconnu du lac, voire même La Vénus à la fourrure). Mais au lieu de rendre compte de questions profondes via une véritable évolution de son personnage, il emboîte des sketches souvent pathétiques, constamment creux et parfois malaisants. Chaque épisode apparaît comme très superficiel, alourdi en outre par les commentaires du personnage qui viennent systématiquement surligner ou expliciter un discours psychanalytique très basique. Le comble est atteint, vers la fin du film, quand le personnage se retrouve face à un homme monté comme un "cheval" (sic), vision qui vaut pour révélation : il doit surmonter sa phobie du cheval pour accepter son phallus. On le retrouve aussitôt dans un haras, les bras en croix, les yeux fermés, à califourchon sur un poney qui tourne en rond, comme révélé à lui-même dans une épiphanie ridicule à souhait. L'ultime séquence n'est pas de reste non plus : le héros déblatère sur sa mère qui l'a toujours traité comme la fille qu'elle n'avait pas eue, et de conclure, extatique face à sa découverte hallucinante, que c'était pour ne pas qu'il puisse aimer une autre femme qu'elle. Amis de Freud, au revoir.


Montre-moi un poney, je te dirai qui tu es.

La lourdeur du propos et la grossièreté de l'écriture pourraient passer si un humour fin et piquant venait emballer ce scénario minable. Mis à part une paire de répliques au vrai potentiel, malheureusement gâché, le film ne parvient jamais à être drôle, strictement jamais. D'ailleurs le seul moment qui nous ait décroché un demi-sourire est celui où Gallienne, dans la peau de sa mère, hurle sèchement au chien de chasse du père de famille de retourner dehors : le clebs, stoppé en pleine course, se fait dans le froc, patine sur le carrelage et fait demi-tour illico en lâchant un couinement terrible. On vous recommande cette scène, et c'est bien la seule. Merci au clébard en question, à qui tous les César de Gallienne reviennent de droit. Car comment rire en effet devant, par exemple, la séquence de massage en Bavière, quand Gallienne se fait malmener par un masseur musclé, gag que l'on a vu dix milliards de fois et qui ne peut fonctionner qu'à condition d'avoir un peu de génie ou, au pire, d'aller dans l'excès potache (façon Les Bronzés… Gallienne parvient à nous faire regretter Gérard Jugnot !). Et quand la scène, longue, débouche sur une autre, toute aussi longue, où le même Gallienne se fait faire un lavement par Diane Kruger, on est alors stupéfaits et béats devant si peu de veine comique.


Notre homme est hétéro et ne s'en rend pas compte face à Diane Kruger...

A défaut de parvenir à nous faire ne serait-ce que sourire, on espérait que Gallienne nous épate un peu par son jeu d'acteur, lui qui a déjà prouvé qu'il était capable de camper des personnages hauts en couleur avec panache. Quand il joue son propre personnage, on est face à un jeune homo un peu niais, très plat, qui hésite entre la caricature absolue, excessive, et donc potentiellement drôle, et l'autoportrait juste et sincère, donc potentiellement touchant. Sauf que Gallienne reste le cul entre deux chaises et rend son personnage royalement ennuyeux, à l'image, et c'est peut-être le plus triste, de celui de sa mère. Non pas que Gallienne l'interprète mal, d'ailleurs il joue mieux sa mère qu'il ne se joue lui-même, mais la caractérisation même du personnage est une fois de plus dépourvue de tout relief. La mère se résume à une vignette (une bourgeoise de mauvais poil, pète-sec et grossière), bien loin du portrait que Gallienne, plus ému que nous, décrit à la fin, sur la scène de son théâtre, la tignasse nimbée d'un halo de lumière blanc du plus triste effet. Il nous parle de la pudeur de sa génitrice, de son élégance, de son humour, de son aplomb, autant de choses qu'il ne nous a jamais montrées durant le film, qu'il n'a jamais vraiment incarnées. 


N'est pas Proust qui veut...

Tout est donc plat dans ce film, terriblement plat, et nécessairement le rythme s'en ressent : aucune envolée, aucune saillie, aucun contretemps. On n'en retire rien, sinon beaucoup d'ennui et un peu de gêne pour Guillaume Gallienne dont le film, contre toute attente, nous tient à distance, ne parvient pas à nous toucher, et finit par nous mettre quasiment mal à l'aise face à tant de confessions, comme lors du monologue final où l'acteur se livre à sa mère dans un tête-à-tête en huis-clos devant lequel on se sent de trop. Ce premier film, nul, disons-le, n'est pas pour autant détestable, et Gallienne demeure vaguement sympathique, mais l'un comme l'autre sont bien peu de choses, et l'on se trouve plus effaré encore du succès public de Les Garçons et Guillaume, à table ! que de celui d'Intouchables. C'est dire...


Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne avec Guillaume Gallienne, François Fabian et André Marcon (2013)

27 février 2014

Mikey & Nicky

Tout commence, en tout cas pour nous qui sommes mêlés à cette histoire bien après son vrai commencement, dans une chambre d'hôtel. Nicky (John Cassavetes), seul dans la pièce, acculé contre un mur, mi-debout mi-assis sur le lit, trépigne. Sa position littéralement sans assise, son regard inquiet, et surtout la mise en scène, toute en décadrages, inserts instables sur le téléphone ou sur un cendrier, et légers effets de flou, rythmée en outre par un montage sec et rapide, bref tout, à l'image et dans l'image, dit déjà l'anxiété du personnage et l'insécurité de sa situation. John Cassavetes-Nicky finit par appeler son ami Peter Falk-Mikey au secours, lui donne rendez-vous devant une cabine téléphonique en bas de l'hôtel. Mais il ne s'y rend pas, préférant signaler sa présence à son sauveteur en lui jetant par la fenêtre une bouteille en verre enveloppée dans du papier journal, qui éclate aux pieds de Peter Falk et aurait aussi bien pu le tuer en se fracassant sur son crâne, signe premier d'une complicité placée sous le sceau de la méfiance et de la violence.




Ce film noir, noir parce qu'il se déroule sur une longue nuit plus que parce qu'il répond aux codes du genre, réalisé par Elaine May en 1976, trouve une place légitime et idéale dans le grand bain du Nouvel Hollywood, ce cinéma hollywoodien-indépendant des années 70 qui justifie toutes les nostalgies d'aujourd'hui et qui, à la revoyure, ne fait que grandir encore notre mépris pour l'actuel cinéma indépendant-hollywoodien (le célèbre et bien pathétique indiewood). On peut d'ailleurs penser en regardant Mikey & Nicky à certains des grands titres de la période, par exemple à L'épouvantail de Jerry Schatzberg, avec ces deux amis soudés et pourtant si différents qui marchent côte à côte en se bousculant et en se soutenant comme des béquilles, à Bonnie and Clyde d'Arthur Penn, pour le final tout aussi surprenant et qui laisse son spectateur pantelant, à Wanda aussi, autre film de femme signé Barbara Loden, quant à lui totalement indépendant, pour ces scènes dans les bars poisseux et ces mauvais malfrats menacés par leur propre nullité, aux films de Cassavetes enfin, où lui-même et Peter Falk traversaient déjà la nuit de la ville à bord des transports en commun ou en courant, en jouant et en se défiant. On y songe grâce notamment à cette scène de Mikey & Nicky qui se déroule chez une pute, séquence idéalement construite en termes de scénographie, où John Cassavetes s'envoie en l'air à même la moquette du salon plongé dans l'obscurité, tandis que Peter Falk attend patiemment son tour dans la profondeur de champ, au second plan de l'image, assis seul dans la cuisine et baignant dans une gêne palpable. On se souvient devant cette séquence éminemment casse-gueule, et pourtant magnifiée par la délicatesse de la mise en scène d'Elaine May, par son intelligence du cadre et l'immense talent des acteurs, de cette séquence d'Husbands où Peter Falk s'apprête à coucher avec une prostituée dans une chambre d'hôtel quand Cassavetes entre dans la pièce pour récupérer un objet oublié, interrompant son ami dans les prémices de ses ébats nocturnes et créant un malaise évident comblé par le rire nerveux des deux comparses.




Et puis, sans même parler des scènes quasi communes aux deux films, comment ne pas penser au cinéma de Cassavetes quand ce dernier incarne l'un des deux personnages principaux de ce film sublime sur l'amitié, aux côtés de Peter Falk, son ami de toujours ? Les deux acteurs étaient ici encore au sommet de leur forme et de leur complicité et on le ressent dans chaque scène, chaque échange, chaque regard de ce film où la part de genre noir n'est que MacGuffin et laisse place au portrait singulier et émouvant de deux hommes que tout unit mais entre lesquels quelque chose s'est brisé. On arrive après la bataille et on ne saura jamais - mais le plus beau c'est qu'on s'en désintéresse absolument - ce que Nicky a vraiment fait pour qu'un contrat soit placé sur sa tête, le film préférant raconter l'histoire d'un couple d'amis en plein divorce. On croit d'abord que Cassavetes-Nicky est complètement fou d'avoir des soupçons sur Falk-Mikey, puis on s'aperçoit qu'il n'est peut-être pas si paranoïaque que ça, mais pourquoi Mickey le tromperait alors qu'il se démène autant qu'il peut pour aider son ami et prendre soin de lui ? Et tandis que des réponses commencent à se pointer, petit à petit se révèlent les failles de leur relation. 




Il y a d'abord cette scène superbe au cimetière où ils se rendent sur la tombe de la mère de Nicky et où les deux compères vont surtout déterrer l'origine d'une amitié sur le point de mourir. Au détour d'un souvenir d'enfance, Mikey et Nicky oublient quasiment leurs différends. Les deux hommes retombent en enfance et il faudra une énième humiliation pour que tout resurgisse dans la plus belle séquence du film, où les deux personnages battent le pavé d'une rue détrempée, Cassavetes n'ayant de cesse de poursuivre Falk pour l'arrêter enfin et lui faire cracher son morceau de rancune tout en le suppliant de ne pas l'abandonner. Quand les deux personnages s'arrêtent de marcher et se font enfin face, la réalisatrice opère un brusque décadrage par un travelling latéral très marqué sur Falk, comme pour concrétiser dans l'espace la séparation des deux hommes et la prise de pouvoir de Mikey à cet instant, qui déballe soudain toutes ses rancoeurs à son ami dans une scène poignante, où l'acteur vide son sac avec un sourire de honte et de mépris mêlés devant un Cassavetes qui ne trouve que ce même sourire figé à répliquer pour masquer sa criante culpabilité. Cette séquence dit presque tout de l'amitié comme relation de couple, où la distance, la trahison, les moqueries accumulées peuvent être autant de coups de poignards, peut-être irréparables. A la fin du film (ceux qui ne l'ont pas vu peuvent tranquillement passer au paragraphe suivant), l'un des deux amis se trouve en danger de mort, traqué par un tueur à gages minable incarné par ce bon vieux Ned Beatty, et il pourrait facilement fuir mais, parce que son acolyte se refuse à l'aider, ne lui tend pas la main, il reste et s'expose à la mort, dans un quasi suicide : seul il n'est rien, ne s'en sortira pas et n'aurait de toute façon aucun intérêt à s'en sortir.




C'était le troisième film de la réalisatrice Elaine May, qui se fit d'abord connaître dans les années 60 via un duo comique avec son compagnon de l'époque, le cinéaste Mike Nichols. Mikey & Nicky fut une véritable bataille pour elle, perdue face aux producteurs de la Paramount, qui gardèrent le final cut et massacrèrent le film pour le sortir dans une version désapprouvée par la cinéaste. Elaine May avait déjà rencontré des difficultés avec la Paramount pour son premier film, A New leaf, et avait songé à donner au président de la Paramount, Frank Yablans, un rôle de gangster dans Mikey & Nicky, que bien sûr il refusa. Il fallut attendre dix ans pour que le film ressorte enfin dans sa version director's cut, celle que l'on connaît aujourd'hui. Elaine May ne put tourner à nouveau qu'en 1987, année où elle réalisa l'a priori très étrange Ishtar avec Warren Beatty, Dustin Hoffman et Isabelle Adjani, qui fut un échec total. La carrière d'Elaine May souffrit cruellement de l'emprise et de la bêtise des studios. On le regrette d'autant plus quand on sait le peu de cinéastes femmes en activité à l'époque (les chiffres se sont à peine améliorés aujourd'hui) et quand on voit ce film monté tel que l'a souhaité sa réalisatrice, un film enfin pleinement indépendant si l'on peut dire, qui émeut autant par l'amitié manifeste des deux acteurs sublimes que furent Cassavetes et Falk que par le talent que son auteure déploie pour la mettre en scène.


Mikey & Nicky d'Elaine May avec John Cassavetes, Peter Falk et Ned Beatty (1976)

25 février 2014

Le 13ème Guerrier

"2m06 d'emmerdes". On ne vous parle pas de la fameuse remarque dyslexique de Seguei Bubka devant la barre positionnée à 6m02 avant son saut légendaire du 23 juin 1987 à Prague. On vous parle de la façon qu'avait John McTiernan de désigner Michael Crichton sur le tournage du film considéré comme son chant du cygne, Le 13ème Guerrier. Il faut dire que l'écrivain l'avait bien cherché, en terrorisant quotidiennement le cast & crew du film. Avec comme matériau de base son livre en bois et un apport non négligeable de dollars sur ses deniers personnels, Michael Crichton s'est cru permis de faire la pluie et le beau temps sur le plateau et d'imposer ses idées rétrogrades à McT. Crichton est même crédité comme réalisateur fantôme, du fait de nombreux reshoots réalisés dans le dos du cinéaste. Après près d'une décennie d'emmerdes artistiques, familiales et judiciaires, McT sort aujourd'hui de taule et revient directement aux affaires pour réaliser Red Squad. Derrière les barreaux, il décorait parait-il sa cellule comme celle de Ray Finkle dans Ace Ventura, "Eat dead shit Michael !" remplaçant "Laces out !". Le 4 novembre 2008, McT aurait repris deux fois des moules.




Je fais partie de ceux qui soutiennent ardemment la thèse selon laquelle Le 13ème Guerrier aurait été un film fabuleux, l'un des hits des années 90, un film dont tout le monde reparlerait encore aujourd'hui avec des étoiles dans les yeux, si et seulement si McTiernan avait eu les mains libres et les pleins pouvoirs ! On peut déjà voir, dans le film tel qu'on le connaît, des éclairs de génie, notamment lors des chevauchées nocturnes des wendols faites de son et lumière, de nuit et brouillard. Ces passages-là me procurent systématiquement des frissons (bien que je n'aie vu le film qu'une fois), avant de me plonger dans un océan d'amertume et de regrets. Le 13ème Guerrier avait tout pour être le film de vikings tant attendu et définitif. Je m'arrête là, car j'ai déjà épuisé tous mes arguments. Mais croyez-moi, je suis convaincu.


Le 13ème Guerrier de John McTiernan avec Antonio Banderas, Omar Sharif, Vladimir Kulich et Dennis Storhøi (1999)

23 février 2014

Event Horizon

Paul W.S. Anderson est ce médiocre réalisateur abonné au cinéma de genre que l'on confond systématiquement avec Paul Thomas Anderson (Magnolia, There will be blood, The Master...), Wes Anderson (La Vie Aquatique, Fantastic Mr Fox, Moonrise Kindgom...) et Sonny Anderson (Olympique de Marseille, FC de Barcelone, Olympique Lyonnais...). Un amalgame tragique pour ces trois personnes forcément plus talentueuses que lui, épuisées de rappeler à longueur d'interview qu'elles n'ont aucun lien de parenté avec celui que l'on surnomme "le fossoyeur du genre". N'ayons pas peur des mots, Paul W.S. Anderson est une tache. Un cinéaste ridicule, un faiseur docile et minable spécialisé dans l'adaptation de jeux vidéo (Mortal Kombat, Resident Evil et ses suites) et surtout coupable d'Alien VS. Predator (que l'on pourrait également considérer comme l'adaptation d'un jeu vidéo). Il symbolise a lui seul le naufrage de certains des projets les plus attendus par les amateurs naïfs de cinéma fantastique. Comme si cela ne suffisait pas, il engendre aussi la jalousie et la haine du côté des adorateurs de Milla Jovovich (ça doit encore exister !) dont il est le fidèle époux. Il n'a qu'une quarantaine d'années et va sans doute continuer encore longtemps à flinguer les filmographies d'acteurs innocents et à démolir des franchises en bout de course. Il se dit fan de jeux vidéos, déclare adorer les Aliens et les kébabs, et ces propos ne font que nous agacer davantage tant ils nous font amèrement constater que l'on partage au moins trois passions avec ce si triste individu.




Event Horizon est le film breakthrough de Paul W.S. Anderon, le titre qui lui apporta un certain crédit auprès des studios qui n'hésitèrent pas, par la suite, à lui octroyer des budgets plus importants pour qu'il puisse réaliser ses rêves. Autant dire que même si Event Horizon était réellement de qualité, ce long métrage serait à maudire pour tout ce qu'il a engendré de nocif. Il est aussi considéré comme le meilleur film de celui que ses nombreux détracteurs surnomment Paul W. C. Anderson. Puisque je suis curieux, cet argument fut suffisant pour, à l'époque, me donner envie de le voir mais pas assez pour faire disparaître toutes mes craintes, tous mes soupçons. J'avais évidemment raison de garder mes doutes, car Event Horizon est un très mauvais film, seulement supérieur aux autres œuvres de son auteur dans le sens où la moyenne doit être située à 1,75/10 et que celui-ci aurait un bon 2. Retour sur le pitch : en 2047, le "Event Horizon", un vaisseau spatial capable d'aller plus vite que la lumière et que l'on croyait disparu à jamais, émet un signal de détresse après des années de silence. Un autre gros vaisseau reçoit alors l'ordre d'aller à sa rescousse, en compagnie du physicien William Weir (Sam Neill !), créateur de l'Event Horizon. Une fois la petite équipe parvenue à l'épave, des évènements paranormaux se produisent. Une tension de plus en plus grande naît entre les différents membres de l'équipage notamment à cause du comportement suspect de Weir, qui semble cacher certaines choses sur le vaisseau qu'il a créé.




A la lecture d'un tel synopsis, on se dit "rien de neuf a priori, mais pourquoi pas". Hélas, le scénario d'Event Horizon offre surtout l'occasion à Paul W.S. Anderson de repomper à droite à gauche sur des classiques. Il pourrait s'agir de petits clins d'oeil sympathiques qui ne porteraient pas préjudice au film. Mais ici, ces références sont tellement répétées de manière peu subtile et appuyée que ça en devient simplement fatiguant voire énervant. Le spectateur passera donc tout son temps à les repérer, en oubliant l'histoire, de toute façon prévisible et très vite inintéressante. On reconnaîtra quelques plans directement copiés de Solaris, celui de Soderbergh (pourtant sorti 5 ans après !), et des séquences identiques à Shining (notamment le raz-de-marée de sang qui inonde les couloirs de l'hôtel... euh du vaisseau). L'Event Horizon fait immanquablement penser aux vaisseaux aperçus dans les Alien et les nombreux effets gores paraissent tout droit tirés du Hellraiser de Clive Barker. Je pourrai continuer comme ça pendant longtemps. Tout cela a pour effet de ne donner aucune identité propre au film d'Anderson et de nous rappeler à quel point ceux auxquels il fait référence sont infiniment supérieurs, même les moins fameux.




Les scènes supposées faire peur démontrent encore une fois toute l'incapacité de Paul W.S. Anderson, son manque d'idées et de talent. On retrouve ainsi plusieurs fois les mêmes effets, totalement inefficaces : une personne de dos n'est pas celle que l'on s'imagine, une scène de trouille qui nous a tout l'air réelle s'avère être un cauchemar, des visions horrifiques qui apparaissent par le biais d'effets clippesques hideux, etc... De plus, la direction d'acteur paraît complètement inexistante : Sam Neill (le Sam Neill !) n'a jamais autant été en roues libres et Laurence Fishburne est transparent, lui qui est pourtant particulièrement trapu. C'est à se demander ce qu'ils font là, à errer dans des décors impossibles, visiblement à la recherche de leur chèque de paie. Les autres acteurs tentent au moins de faire leur boulot, en luttant pour donner vie à des personnages caricaturaux au possible, sans aucune épaisseur. On ressent de la pitié pour eux et pour leurs interprètes. On dirait aussi qu'Anderson s'est s'obligé à tourner certaines scènes en une seule prise, tant elles sont ratées et brouillonnes. Ainsi, le passage le plus involontairement drôle du film correspond au moment où Sam Neill (tout simplement perdu) communique par talkie-walkie à une personne située à quelques centimètres de lui !




Peut-être cool dans la vraie vie, sans doute adorable au quotidien, Paul W.S. Anderson est un sac à merde derrière les caméras. Depuis, il s'est attaqué à l'oeuvre phare d'Alexandre Dumas et le résultat risque de donner un coup de vieux à mon frère Poulpard, aka "Brain Damage", qui a découvert les plaisirs de la littérature en suivant les aventures d'Athos, Porthos et Aramis. Pauvre de lui !


Event Horizon de Paul W.S. Anderson avec Sam Neill, Laurence Fishburne et Kathleen Quinlan (1997)

20 février 2014

Mea Culpa

Fred Cavayé est le nouveau spécialiste officiel du cinéma d'action français. De nationalité française et qui tourne en France, disons. Parce que notre homme est quand même putain d'inspiré par le cinéma d'action hollywoodien (ou plutôt par les séries ricaines d'ailleurs), en reproduit les effets sans oublier d'y puiser bien des clichés scénaristiques, se fait remaker outre-atlantique et finira selon toute vraisemblance par aller tourner au pays de l'oncle Sam. Il a d'ailleurs annoncé qu'il n'irait tourner à Hollywood que si on lui laisse écrire le scénario. Comme si on tenait là un auteur génial et infaillible... Lui en est apparemment persuadé. L'histoire que nous raconte Mea Culpa est pourtant bien maigre, et vraisemblablement issue du cerveau d'un de ces hommes adultes dont la fontanelle ne s'est pas encore totalement refermée. Quand on va voir un tel film, on sait qu'on ne va pas se faire raconter quelque chose de mémorable, mais on espère se divertir devant un truc à peu près solide. On attend que le prétexte à l'action, promise non-stop, soit en béton armé, histoire de n'avoir plus qu'à laisser venir, emmagasiner les scènes de violence ultime, avaler les kilomètres de course poursuite sans respirer.




Marseille, nowadays. Une bande de truands venus de l'est sème la terreur dans les recoins sombres du vieux port. De son côté, Vincent Lindon est un homme meurtri, un ancien flic destitué, devenu simple convoyeur de fonds suite à son passage en taule pour le meurtre de trois civils dans un banal accident de voiture placé sous le sceau du pastaga. Notre homme vit seul, loin de sa femme et de son fils, qu'il ne parvient plus à assumer. On cerne assez bien la psychologie de dingue du personnage dans toutes ces scènes où, seul dans sa cuisine, plongé dans le noir, les lèvres pincées, rentrées à l'intérieur comme jamais, Lindon observe, le regard noir comme tout, ses voisins, un beau couple avec enfant, qui dinent gaiement en famille. Mais tout bascule le jour où son fils assiste à une corrida pour fêter ses 8 ans. L'enfant a le malheur de louper la mise à mort du taureau pour assister, sur le chemin des chiottes de l'arène, à une toute autre mise à mort, celle d'une énième victime de ces Kosovares qui font de Marseille un beau merdier. Le gamin est alors pris en chasse par les bandits, et forcément le papa va reprendre du service, du moins officieusement, pour protéger son bambin ainsi que son propre cul, aidé dans sa démarche par son ami de toujours, le fidèle à l'appel Gilles Lellouche.




Le problème c'est que les dealers et maquereaux kosovares sont du genre têtus, et pour le moins perfectionnistes. A chaque fois qu'un quidam est témoin de leurs crimes, ils le traquent sans relâche jusqu'à ce qu'il soit officiellement haché menu. Sauf qu'il y a un témoin oculaire minimum pour chacun de leurs forfaits (le Kosovare est peu discret), et qu'ils doivent en conséquence systématiquement déblayer large. Si Lindon n'était pas là pour mettre un terme à leur enfer en les expédiant eux-mêmes au cimetière, ces gens passeraient leur vie entière à nettoyer les villes de tous leurs habitants. Leur repos ne viendrait qu'avec le dernier homme sur Terre, le seul à crever sans spectateur potentiel. Le film aurait donc pu durer beaucoup plus longtemps et se terminer sur un plan terrifiant : le chef des escrocs kosovares se tirant une balle dans un miroir. Mais Lindon ne l'entend pas de cette oreille et se montre bien décidé à liquider les enfoirés qui en veulent à son schtroumpf.




Très vite, Lindon ayant tué le frère du grand méchant, ce dernier n'a plus rien à faire du gamin du flic : c'est à Lindon lui-même qu'il en veut. Et ça, si le regard furax du Kosovare penché sur le cadavre de son petit frère n'avait pas suffi à nous le faire piger, ni les cent millions de films qu'on a vus où cette scène apparaissait déjà à l'identique, une ligne de dialogue nous le signifie très clairement. Si bien que le McGuffin du fils traqué, autour duquel tourne tout le "travail" de promotion de l'affiche (avec cette tagline ridicule qui cite un dialogue absent du film...), fout rapidement le camp pour céder place à une simple baston entre des gentils et des méchants, qui ont les mêmes motivations : défendre et/ou venger leurs proches en foutant la branlée à leurs adversaires.




Sauf que les nobles motivations en question en prennent une grosse gifle lors du twist final, que le spectateur a senti venir depuis un fameux bail, sinon en détail du moins en substance, aiguillé par les douze mille flashbacks nébuleux de Cavayé et par le titre du film, qui constitue à lui seul un massive spoiler. Ce twist fut chuchoté à l'oreille du cinéaste par un Olivier Marchal bourré (et pourtant remercié au générique de fin), lors d'une soirée pastaga/pétanque comme il y en a tant sur la Canebière. Ayant quelques liens solides dans la région PACA, on tient d'une source sûre, quoique off, que cette fameuse soirée se serait terminée avec deux victimes du jeu : un type, depuis nommé "Le bossu de La Bonne-Mère", a reçu une triplette de pétanque, dans leur coffret, sur l'épaule gauche (il en est encore tout disloqué et se tient en permanence de profil depuis cette soirée ratée) ; un autre, désormais connu sous le sobriquet du "Bouddha de Marignane", a reçu une boule de pétanque pile entre les deux yeux, qu'aucun chirurgien plasticien ne daigne aller déloger, de peur de lui décapsuler tout le ciboulot. Mais pour revenir à cette fameuse révélation finale, que nous ne révélerons qu'en substance rassurez-vous, elle concerne le plus beau "personnage" du film, un ami ultra dévoué, faisant preuve d'une solidarité démesurée, prêt à tout pour son alter-ego, un homme digne du plus grand respect (petit indice : c'est un acteur pour lequel nous n'écririons jamais ça, et dont le nom de famille est partagé par un cinéaste sur lequel nous n'écririons jamais ça non plus). Dans les deux dernières minutes du long métrage, cet écrin de perfection et d'humanité se transforme soudain en un simple étron, en parfait enculé.




Notre bon samaritain n'était en fait qu'une raclure de bidet, un faux-ami, un type seulement prêt à tous les sacrifices pour se racheter une conscience après avoir littéralement ruiné la vie de son pote. La seule lueur d'espoir de ce film, son seul soupçon de qualité, c'était cette histoire d'amitié sans mobile, indéfectible, à la vie à la mort, dépourvue de toute justification basique, mais Cavayé crache un gros mollard sur cette minuscule parcelle d'intérêt en ayant recours à un revirement cliché au possible et à un ressort psychologique (le scénario de culpabilité de base) parfaitement misérable. Le personnage en question meurt à la fin du film, puni pour ses péchés, après une confession de dernière minute. Cette fin suinte un moralisme de comptoir très malvenu dans un tel film, et surtout d'une balourdise infinie, qui n'a d'égale que celle des idées de mise en scène de Fred Cavayé. Le réalisateur utilise un gros filtre bleu pour les souvenirs malheureux et un filtre jaune qui tache pour les souvenirs plus joyeux : toutes ces scènes profondément débiles et hideuses qui nous montrent les deux amis riant sur la plage avec femmes et enfants, du temps où ils avaient tout pour être heureux. Et on retrouve la même symbolique chromatique quand Lindon, seul la nuit dans sa cuisine toute bleue, mate avec la rage le repas de ses bons voisins réunis autour d'une loupiote jaune. Non seulement c'est brillant mais qu'est-ce que c'est beau...




Et puis réfléchissons deux minutes, Fred. Prenons ton film à l'envers. Adoptons le point de vue inverse. Mettons-nous le temps d'un paragraphe dans la peau de ton méchant Kosovare : on tient là un homme fraîchement débarqué des balkans, propre sur lui, fier et droit, venu en France bien que ne parlant pas la langue pour travailler, faire un peu d'argent, quitte à verser dans le business ô combien dangereux et craignos des putes et de la drogue, obligé pour ce faire de s'entourer de gros bras, des cousins débiles et chauves mais musclés et serviables, et même d'un petit frère, grossier, nerveux, mais "brave", comme disent les Bucco-rhodaniens pour désigner un trépané au grand cœur, type humain très répandu dans la région. Notre homme, pris dans un engrenage terrible et qui le dépasse, se retrouve obligé de faire disparaître quelques concurrents qui menacent sa vie, par pur instinct de préservation, et pour parvenir à ramener quelques billets au pays natal, où l'attend une famille très nombreuse, chargée en enfants morts de faim, ou morts tout court, et en épouses condamnées à la précarité, au froid, confrontées quotidiennement aux loups affamés de la steppe. Essayant de foutre les foies à un ennemi revêche dans les coulisses des arènes de Nîmes, notre Kosovare est surpris par un enfant qu'il essaie de rattraper pour le supplier de tenir sa langue en lui offrant une barbapapa, car cette chère tête blonde lui rappelle les vingt-deux fils malingres qu'il a abandonnés au pays (toute une équipe de foot, voire deux équipes de onze titulaires prêts à en découdre sous le maillot de n'importe quel pays de l'ex-union-soviétique aux prochains JO). Et voici qu'un vieux flic français aigri et énervé, flanqué d'un parjure et d'un lâche, se met à le poursuivre, à lui tirer dessus, et assassine même son petit frère à l'enveloppe cérébrale perforée de naissance. Il y a de quoi prendre la mouche non ? Dès lors, qui sont les véritables héros de cette histoire ? Ce père Kosovare, digne d'un film des Dardenne intitulé "Le silence de Morbak (les emmerdes d'un Kosovare en plein Paname)", cet homme digne venu faire quelques euros en France pour nourrir toute sa famille ? Ou ce prétendu "ami" qui sauve les miches de son meilleur pote adepte d'auto-justice uniquement parce qu'il a au préalable consciencieusement flingué sa vie à bout portant ? 




Cavayé a déjà ses acteurs fétiches, son affiche-type, ses habitudes, à base de personnages accaparés par le sauvetage d'un proche et de courses-poursuites interminables (où un enfant court plus vite qu'une terreur des balkans, et où deux flics courent plus vite qu'un Hummer disposant de 325 chevaux hennissant la bave aux naseaux sous son gros capot), et au bout de trois films il tourne déjà en rond, régresse même, depuis le plus appréciable Pour elle, déjà porté par Vincent Lindon. L'acteur fait son travail une fois de plus. Mais quand on l'entend, à la télévision, en pleine promo du film, dire qu'il rêvait depuis toujours d'un pareil rôle, de s'amuser comme les américains, qu'il s'est pété trois côtes et fêlé le tibia et que ça c'est le grand pied pour un comédien, on se demande s'il y a encore quelqu'un de sobre au volant.


Mea Culpa de Fred Cavayé avec Vincent Lindon et Gilles Lellouche (2014)

18 février 2014

Dallas Buyers Club

On a récemment loué le come-back en force de Matthew McConaughey, grand retour qui sera sans doute couronné par un Oscar du meilleur acteur grâce à ce film, et qui trouvera son acmé très bientôt dans le Interstellar de Nolan. Et quand on a fini de lire cette première phrase on se dit que le monde est putain de mal fait. Certes Matthew McConaughey a fait un retour fulgurant sur le devant de la scène, lui qui était le bellâtre au pois chiche dans le crâne des années 90, mais il pourrait bien s'inscrire dans la longue liste de ces acteurs et actrices sacré.es pour un rôle marqué par une performance physique au sein d'un biopic anecdotique. Alors qu'on aurait aimé le voir unanimement salué et officiellement récompensé pour son rôle dans le Mud de Jeff Nichols, il va sans doute repartir vainqueur face à Leonardo Discarpaccio de bœuf pour Dallas Buyers Club.


Dix piges en moins.

Est-ce que manger une feuille de laitue et deux tranches de jambon par jour, en tout et pour tout, dans le seul but de ressembler à un estocafiche et d'impressionner la galerie, valait vraiment le coup ? Tout ça pour être immortalisé par un Jean-Marc Vallée certes en nette progression depuis son film breakthrough C.R.A.Z.Y., avec l'abominable Jean-Marc Grondin, mais malgré tout dépourvu de toute patte (quelqu'un a dû les lui couper depuis un fameux bail). On imagine Matthew McConaughey penché sur sa feuille de salade, parfois pendant des heures, à la grignoter millimètre par millimètre et à en apprécier chaque nervure, même très discrète. Franchement ça fait de la peine, et ça devrait rappeler à chacun que le très paradoxal métier d'acteur n'est pas qu'un rêve. Notre homme, au fond du gouffre quand il tournait Sahara en 2005, passa pourtant un été entier près de Pénélopé Cruz. Désormais en haut des charts, la star n'a même plus la force de lever les yeux, seule une belle frisée du marché peut encore le faire se lever de sa chaise roulante. Notre homme, et ça c'est quand même terrible quand on y pense, ne se permettait que trois feuilles de mâche tous les dimanche pour pas crever et tenir jusqu'au clapet endiablé de Jean-Marc Lavée sur le plateau du lundi matin... Inutile de préciser qu'un tel régime, et un tel yoyo d'IMC (Indice Masse Corporelle), même encadrés par les plus grands nutritionnistes du monde, écourtent inévitablement la vie d'un homme d'une bonne décade au moins. Finalement c'est presque la moindre des choses que de refiler une statuette à, sauf notre respect, un futur mort prématuré.


Jared L’Étau.

Retour sur le film, non encore abordé. Comme tout biopic, Dallas Buyers Club nous a appris deux ou trois sous-éléments de l'histoire de la sous-culture gay sud-américaine. Il se vendait donc en contrebande du M&M's dans les années 80, seul médicament capable alors de soulager les malades du SIDA. Toute une industrie parallèle destinée à faire commerce de ce remède relatif était entretenue par des clubs florissants, répartis aux quatre coins des favelas, qui, grâce à leur implication et leur engagement, ont su faire évoluer la prise en charge des malades du VIH, réduits au statut de simples cobayes par des hôpitaux en cheville avec de grands groupes pharmaceutiques tout-puissants. A la fin du film on se dit : "N'aurais-je pas plutôt dû lire la page wiki consacrée à ces fameux clubs qui donnent son titre au film ?" On ne s'était pas dit ça après Hiroshima mon amour, Danse avec les loups ou Shakespeare in Love. C'est le signe que côté ciné la proposition de Vallée est un poil maigre.


Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée avec Matthew McConaughey, Jared Letho et Jennifer Garner (2014)

16 février 2014

Le Petit lieutenant

Avec Rémi maintenant on regarde les films dans sa chambre. Pourquoi ? Pour trois raisons. Parce que de une : y'a une salade mutante sur notre table basse de salon et on n'ose plus y toucher. C'est vraiment un nouveau colocataire qui vit avec nous. On l'a oubliée deux jours et elle a pris vie. Ses relents irréguliers semblent vouloir communiquer. J'espère juste qu'elle va payer le loyer et qu'elle va pas nous niquer la caution. Deuxième raison : parce que notre canapé tombe en ruine, notamment à cause des acrobaties de Rémi. Troisième raison : parce que ça nous permet de voir les films allongés l'un contre l'autre, l'un dans l'autre, bref, en grande intimité. Et Rémi aime ne pas avoir à bouger de sa chambre. Là on peut tout y faire : j'y amène une boite de sablés, lui une bouteille d'Orangina, et hop, on peut également y pique-niquer. Son ordinateur nous relie aussi au monde extérieur (vous). Bref, c'est le gros panard dans sa chambre et la voisine va bientôt débarquer pour participer à la fête, suite aux bruits qui doivent traverser les murs. A n'en pas douter, on sera bientôt trois. Et ce soir-là on viendra pas faire un compte-rendu ici, croyez-moi, on aura un gros cul à fouetter. Rien que pour nous deux.



Hier on a déjà maté Bandidas dans ces conditions. Alors autant vous dire que l'ambiance était là, et tant pis pour les sous-titres. Ce soir c'était donc notre deuxième fois, avec cette fois-ci Le Petit lieutenant, un film apparemment français et suggéré par un ami dévédévore à grands coups de conversations MSN bien chiantes (sic Rémi). A coup sûr, ce type-là nous prévoyait une soirée bien terne et pourrie, se frottant les mains en nous imaginant en train de se taper ce film. Mais Petit Lieutenant 0, Rémi 6, croyez-moi. Mon gros salop l'a battu par KO dès le 1ier round, en faisant tous les coups bas possibles. Voici ce qu'on s'est dit après avoir vu le film, chacun dans nos chambres, connectés à MSN :

Rémi dit (03:08) :
C'est plus agréable de mater un film dans ma chambre plutôt qu'au salon non ?
Félix dit (03:08) :
Ouaip sauf que là pour Le Petit lieutenant j'avais un peu de mal à me concentrer, avec les coups de bâtons et ton torse à côté, offert à moi. C'est pas toujours facile.
Rémi dit (03:10) :
Je te l'ai pourri ?
Félix dit (03:10) :
Bah boarf c'est aussi parce que le film m'a pas énormément captivé...
Rémi dit (03:10) :
Oui, pareil pour moi. S'il m'avait captivé j'aurais pas fait ça non plus. J'aurai ptêtre levé les yeux de mon kremly et stoppé les coups de savates.
Félix dit (03:10) :
Enfin, dans ta chambre c'est cool ouaip. Mais pour l'instant je peux pas vraiment dire que j'y ai vraiment "vu" un film. Là je retiendrai surtout le bâton et le velouté fruix de 450g que je me suis enfilé à la paille.
Rémi dit (03:11) :
Ahah
Félix dit (03:12) :
Sale type


Le Petit lieutenant de Xavier Beauvois avec Nathalie Baye, Jalil Lespert et Roschdy Zem (2004)