Affichage des articles dont le libellé est Sandrine Kiberlain. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sandrine Kiberlain. Afficher tous les articles

21 septembre 2022

Une Jeune fille qui va bien

Sandrine Kiberlain aime d'un amour sincère et entier les jolis meubles et les acteurs. Les seconds, qui sont presque tous irréprochables, le lui rendent bien mieux que les premiers, qui restent simplement posés là, envahissant tout le cadre, dictant avec autorité leur composition à la cinéaste débutante. C'est un banc, une commode, une table ou une simple lampe de bureau qui prennent tour à tour le leadership, comme il est d'usage de dire aujourd'hui. Omniprésents, souverains, majestueux ou juste mignons, on ne peut guère les manquer, ils sont là, au beau milieu du plan, ou dans un coin, comme point d'équilibre précaire. Ils ont dû constituer une part importante d'un budget qu'il faut justifier et pourraient quasiment être crédités comme co-réalisateurs tant ils ont vraisemblablement eu l'ascendant sur Kiberlain. J'y vais un peu fort, certes, mais c'est le style de la maison, faut vous y faire, et, de mémoire de cinéphage, je n'avais jamais vu ça. J'éprouve de la sympathie pour Sandrine Kiberlain, une sympathie que sa première œuvre en tant que réalisatrice ne vient même pas abîmer, mais on voit bien ici qu'elle tâtonne, qu'elle ne sait pas toujours comment filmer, hésite entre les éléments du décors et ses personnages, ou choisit carrément le mobilier au détriment du reste. Cela donne quelques moments presque fascinants, déconcertants, où soit la caméra suit gauchement les acteurs avant de recadrer fissa sur le banc ou l'armoire autour desquels ils gravitent, soit reste mordicus focus sur le meuble en vedette, quitte à laisser les personnages sortir et revenir étrangement dans le cadre. C'est spécial, c'est un truc à voir. Je vous préviens : je n'illustre guère mon article d'exemples visuels pour ne pas gâcher ma page web et pour mieux titiller votre curiosité. Donnez une chance à ce petit film-là, il est spécial !



 
 
Au cas où vous soyez passé à travers la campagne de promo musclée menée sur France Inter lors de la sortie du film en janvier 2022, l'idée, intéressante, est donc ici de nous raconter les rêves et les espoirs d'une jeune fille, parisienne et juive, insouciante et radieuse, à l'été 42. Elle prépare le concours d'entrée au Conservatoire et cherche dans chacun des zonards qu'elle croise le grand amour qu'elle appelle de ses vœux, en dépit de l'actualité pas spécialement folichonne du moment... Un contexte historique que l'on connaît tous et que Kiberlain fait surtout exister par les dialogues, ne s'embarrassant pas, assez intelligemment, d'une reconstitution balourde, évitant ainsi cet écueil classique du film d'époque. Nous restons dans la stricte intimité de la vie d'une famille juive, et l'étau se resserre peu à peu. Ce choix malin est risqué mais permet un rapprochement immédiat avec cette époque pas si lointaine, et avec cette jeune femme si vivante, ordinaire, comme nous. Alors il y a sans doute quelques petits anachronismes à aller dénicher ici ou là, mais on est franchement pas là pour ça et ce serait si idiot de s'arrêter là-dessus. On colle à l'insouciance, à la joie de vivre, à l'allant naturel de notre rayonnante héroïne, que, longtemps, rien ne vient perturber. Faut dire qu'elle est bien entourée : très proche de son grand frère, sémillant Anthony Bajon, avec lequel elle entretient une belle complicité ; couvée par son papa, touchant André Marcon, que l'on devine d'autant plus protecteur en raison de l'absence de leur mère ; encouragée et soutenue par une grand-mère, Françoise Widhoff, qui compte bien faire, elle aussi, mais de manière plus consciente, comme si de rien n'était. Jusqu'à ce que ça ne soit plus possible du tout et que les menaces deviennent de plus en plus palpables pour toute la petite famille... 



 
 
Cela saute aux yeux à chaque plan : Une Jeune fille qui va ienb est un premier film, et c'est aussi ce qu'on appelle un film fragile. Tellement fragile qu'on a envie d'y faire super gaffe. Je ne sais pas comment le manipuler, quels mots employer. Avis aux amateurs : le dvd est vendu entre d'épaisses feuilles de papier bulle. On ne doute pas non plus que le film est très personnel. Il vient du cœur. Et il s'en dégage une sincérité, une fraîcheur et une naïveté qui appellent à la bienveillance, qui emportent, de justesse, le morceau. Rebecca Marder, lumineuse, promise à un très bel avenir, est au diapason. Elle porte littéralement le film. Admettons qu'elle est d'abord un brin agaçante tant elle minaude, elle joue la gaieté et l'insouciance en forçant le trait comme il a dû lui être demandé, puis on s'attache peu à peu à elle et on veut la voir continuer d'être heureuse, de vivre pleinement sa jeunesse. L'actrice, de 88% des plans (j'ai compté), insuffle une belle énergie. Kiberlain l'aime, manifestement, et lui doit beaucoup. Fort heureusement, c'est du sourire de Rebecca Marder dont on se souvient, et non du pourtant magnifique tiroir de cette non moins sublime commode en chêne qui a essayé de lui chiper le premier rôle. Un mot sur la fin, qui tombe comme un couperet et ne peut guère laisser indifférent : elle a suscité des réactions partagées et je ne sais moi-même pas trop quoi en penser. Abrupte, cruelle, c'est un dur retour à la réalité pour le spectateur et notre fringante protagoniste. Une conclusion à la fois attendue, un peu trop facile mais plutôt osée, où la cinéaste semble laisser éclater d'un coup sec la colère jusque-là contenue pour ses existences coupées nettes. Cette fin choque un peu, forcément. Quand on a regardé avec bienveillance tout ce qui précède, nul doute que l'on a plus de facilité à l'accepter et à la comprendre.


Une Jeune fille qui va bien de Sandrine Kiberlain avec Rebecca Marder, André Marcon et Anthony Bajon (2022) 

23 avril 2019

Fleuve noir

Amateurs de polars aux scénarios fous flirtant avec le grand n'importe quoi, ruez-vous donc sur le dernier film d'Erick Zonca. Le réalisateur de La Vie rêvée des anges ne sort pas de son hibernation pour rien, lui qui signe seulement son quatrième film en l'espace de vingt ans. Il adapte cette fois-ci un roman de l'écrivain israélien Dror Mishani intitulé Une Disparition inquiétante, et s'appuie sur un casting étonnant : Vincent Cassel et Romain Duris se partagent l'affiche tandis que Sandrine Kiberlain, Charles Berling, Hafsia Herzi et Élodie Bouchez complètent la distribution. La preuve que, malgré la sale réputation du cinéaste, jugé trop autoritaire sur les plateaux, et la médiocrité totale de son précédent long métrage, Julia, on se bouscule encore pour participer à ses films... Les grands mystères de la vie...





Fleuve noir est également un must see pour ceux qui aiment assister au spectacle tantôt pathétique tantôt réjouissant d'acteurs en roues libres et aux abois. Affublé d'un look dégueulasse, Vincent Cassel en fait vraiment des caisses dans un rôle de vieux flic alcoolo initialement prévu pour Gérard Depardieu. C'est une vraie épave, on dirait presque l'incarnation du Gros dégueulasse de Reiser ! Cassel enquête sur la disparition du gamin de Sandrine Kiberlain, un ado qui habitait avec sa mère et sa sœur handicapée dans la barre d'immeuble d'un quartier populaire de banlieue parisienne. Très vite, Cassel suspecte le voisin et ancien prof particulier du gosse, à savoir Romain Duris, un drôle de type qui se mêle d'un peu trop près aux recherches et qui a franchement l'air louche. Car Romain Duris aussi se lâche complètement, il nous propose un jeu très maniéré qui pourrait donner des envies de meurtres aux moins tolérants mais qui, par miracle, apporte ici un grain de folie inattendu, une petite touche comique bienvenue. L'acteur fétiche de Klapisch s'en sort infiniment mieux que Vincent Cassel, qui fait la plupart du temps pitié dans ce rôle de vieux flic ravagé et ridicule.





Il faut dire que Zonca n'épargne pas son acteur vedette et lui donne à jouer des scènes que tout homme sensé et respectueux de lui-même n'aurait pas accepté de tourner. Vincent Cassel a quelques grands moments de solitude lorsqu'il doit s'occuper de son couillon de fils dealer de drogue et quand on le voit seul, chez lui, enchaîner les verres de whisky et lécher une photographie de son ex-femme... En plus, ces scènes très gênantes auraient vraiment pu être évitées, tout le versant du scénario consacré à ce personnage de flic minable ne faisant qu'allonger un film à l'intrigue centrale déjà bien suffisamment gratinée. On en a rien à fiche de son fils débile ! Non, s'il y a bien qu'une seule personne à saluer dans Fleuve Noir, c'est Romain Duris. Croyez-moi ou non, ça peut être étrange à lire, je peux comprendre que cela puisse choquer, mais c'est sincère : si je croisais l'acteur au hasard d'une rue, je lui enverrai une grande tape amicale dans le dos en lui disant "T'es énorme dans Fleuve noir !".





Avec son histoire qui part dans tous les sens, à la merci des agissements imprévisibles de ses deux personnages principaux complètement cintrés, Erick Zonca parvient aisément à nous captiver. Mais c'est un bien modeste exploit, car à côté de ça, le réalisateur échoue à tous les niveaux. Il ne développe aucune atmosphère particulière, alors que le cadre de son polar s'y prêtait assez bien (la barre d'immeuble où vit l'ado recherché et les bois qui la jouxtent, propices aux rencontres, ne sont pas exploités comme ils auraient pu l'être). On sent bien que Zonca a voulu nous livrer un polar noir, sordide, glauque, malsain. Il l'est, en effet, mais de la façon la plus terre-à-terre possible, comme peut l'être une émission de télé racoleuse. Nous ne sommes pas saisis par les enjeux du film, seulement hébétés par les agissements des différents énergumènes pitoyables qui le peuplent. Quand le fin mot nous est dévoilé, on est à peine atteint par la détresse de cette femme campée par Sandy Kiberlain et par l'horreur qu'elle nous révèle platement. Seul Romain Duris ressort grandi d'un tel film, après une conclusion qu'il illumine de nouveau de sa douce folie. Un curieux ratage, donc, qui appelle tout de même à une certaine bienveillance car c'est osé. Après avoir pondu sa merde décennale, Zonca peut à présent retourner dans sa tanière. A+ !


Fleuve noir d'Erick Zonca avec Romain Duris, Vincent Cassel, Sandrine Kiberlain et Charles Berling (2018)

12 juillet 2016

Encore heureux

Attention, il s'agit du premier film jamais réalisé sur la crise économique. Benoît Graffin, le réalisateur, met les deux pieds dans le plat, il saute dedans à pieds joints et ses chaussures sont pleines de merde. Il se permet même une pique ad hominem contre François Hollande, même si, avec ce film, Benoît fait plus de mal au cinéma français, donc à la France, que l'autre enclume. C'est l'histoire d'un type qui perd son job (Edouard Baer) et qui devient aussi sec une serpillère, il se met à dormir sous une tente dans son propre salon, fait le sourd quand ses gosses ou sa femme (Sandrine Kiberlain) lui demandent un truc et fouille dans les poubelles du quartier pour trouver des déchets de valeur à revendre, car il est très con. Du coup sa femme le trompe avec un tombeur irrésistible, j'ai nommé Benjamin Biolay. Voilà plusieurs fois que Biolay incarne les matamores, les bourreaux des cœurs, les tombeurs de ces dames, Jésus Christ multipliant les coups de pine. Je pense notamment à son rôle dans Au bout du conte d'Agnès Jaoui. Il ne joue que deux types de rôles : le Casanova du tiéquar ou le détritus humain dépressif et suicidaire. Beaucoup plus crédible dans le second.


 J'ai décidé d'illustrer cet article avec la photo d'un vrai beau gosse.

Toujours est-il que Baer va tout pardonner à sa femme et la récupérer en regagnant de la thune (sa fille d'abord, puis toute la famille, profite du décès de la vieille voisine acariâtre, raciste et conne, pour la voler). En interview, Graffin se la joue grand gauchiste avec des saillies du genre : "Après tout, cet argent qui va retourner à l’État, pourquoi cette petite famille n'en profiterait pas ?", mais son personnage principal évoque plutôt Sarkozy faisant les poches de Liliane Bettencourt en lui braquant un flingue sur la tempe. C'est une resucée plan par plan, et je dis bien plan par plan, de L'Argent de la vieille, que je n'ai pas vu. On nage en plein dans la comédie sociopolitique, dans la veine de Fun with Dick and Jane, sans l'humour, donc plutôt dans la veine tranchée dans le sens de la longueur par une lame rouillée de Une pure affaire, avec François Damiens et Pascale Arbalète. On pouvait espérer quelque chose des retrouvailles d'Edouard Baer et Sandrine Kiberlain, qui avaient déjà joué ensemble devant la caméra de Pascal Bonitzer, dans Rien sur Robert, où Baer initiait Kiberlain à la sodomie. Mais Encore heureux est un film Europacorp, et par conséquent c'est ici le spectateur qui a tout d'un coup la sensation de se faire enculer. 


Encore heureux de Benoît Graffin, avec Edouard Baer, Sandrine Kiberlain, Benjamin Biolay et Bulle Ogier (2016)

19 juillet 2014

9 mois ferme

Avec pas moins de six nominations aux César*, 9 mois ferme est le premier film d'Albert Dupontel à être à ce point adoubé par ses pairs. L'homme, que l'on a pu entendre déblatérer toutes sortes d'idioties atterrantes durant la promo, a même été reconnu en tant que réalisateur, puisqu'il a eu droit à une nomination dans cette catégorie, où il concourait aux côtés de Roman Polanski, Abdellatif Kechiche, Alain Guiraudie, Asghar Farhadi et Arnaud Desplechin. Cherchez l'erreur... Rappelons que, question mise en scène, les deux grands mentors d'Albert Dupontel sont très vraisemblablement Jean-Pierre Jeunet et Terry Gilliam : le premier, pour cette hideuse couleur jaunâtre qui inonde son film, le second, pour ces plans obliques dont il abuse. Autant dire que le rejeton de ces deux cinéastes a une sale gueule. 9 mois ferme est très laid, vraiment. C'est une sacrée épreuve pour les yeux. Il y a sans doute de quoi sortir de la salle fou et violent si l'on voit ça au cinéma.




On pourrait regretter cette laideur de chaque instant si, à côté de ça, le film était marrant, mais il ne l'est pratiquement jamais. J'ai ri une fois. Lors de cette scène où un avocat, collègue de Sandrine Kiberlain, fait chuter un gros bibelot de l'étagère située derrière lui, à force de taper sur son bureau par énervement, bibelot qui lui retombe pile poil sur l'arrière du crâne. Bam. Mort sur le coup. Là j'ai ri. Pas un fou rire, loin de là, j'ai simplement pouffé. Mais Albert Dupontel y est-il vraiment pour quelque chose ? Ça ressemble plutôt à un accident de plateau qu'il aurait eu la bonne idée d'immortaliser avec sa caméra et de garder au montage. On m'a déjà suffisamment reproché d'avoir rigolé, un véritable fou rire cette fois-ci, lorsqu'il est arrivé sensiblement la même chose à mon vieux pépé, alors je ne vais pas épiloguer là-dessus...




J'ai aussi aimé la fin du film. Assez soudaine, elle m'a agréablement surpris, moi qui n'étais plus tout à fait dedans. J'étais ravi. Reconnaissons au film de Dupontel cette qualité-là : il ne dure que 82 minutes ! C'est une durée tout à fait adéquate pour une comédie, et encore plus quand elle est très mauvaise. Je ne dirai rien de la prestation de Sandrine Kiberlain, qui ne méritait toutefois aucune récompense. Non, la seule personne à blâmer ici est Albert Dupontel, pathétique énergumène tellement sûr de lui qu'il en a oublié de s'inventer un personnage et doit s'imaginer que sa seule présence à l'écran suffit à provoquer l'hilarité, lui qui met en place un suspense tout à fait malvenu avant d'apparaître enfin, comme s'il s'agissait d'une star au charisme fou, alors que c'est bien tout l'inverse ; lui dont l'humour beauf et le style adolescent, quelque part entre la bande-dessinée et le gore idiot, semblent épuisé depuis le départ et condamné à la plus triste répétition. Comment peut-on décemment être fan de ce gars ?!




* Petit rappel indispensable car on a vu beaucoup d'accrochages à ce sujet pendant la période des cérémonies : le mot "César" est invariable, contrairement aux Oscars, où l'on met bien la marque du pluriel, même en français. En anglais, on accorde les noms propres. Pensez à la série d'animation The Simpsons, qui devient en français Les Simpson. Songez aussi aux Beatles que quelques fans français très tatillons nomment encore Les Beatle. 


9 mois ferme d'Albert Dupontel avec Sandrine Kiberlain et Albert Dupontel (2013)

11 avril 2014

Aimer, boire et chanter

Ultime pierre au monumental édifice de la carrière d’Alain Resnais, Aimer boire et chanter est un film merveilleux, d'une liberté inouïe, qui parachève l'œuvre en renouant le lien. Après les particules blanches de L’Amour à mort, les méduses d’On Connaît la chanson ou la neige de Cœurs, ce sont ici des plans de route qui tissent les séquences les unes aux autres, la caméra parcourant les routes de campagne du Yorkshire comme embarquée à bord d’une voiture pour littéralement créer une circulation entre les lieux du récit et les différents personnages. La narration nous déplace d’une devanture de maison à l’autre, tour à tour introduites par des tableaux signés Blutch évoquant les cartons transitionnels de Smoking/No Smoking, et qui ont pour point commun leur aspect théâtral. Comme dans Mélo et dans le diptyque Smoking/No Smoking (déjà adapté d’une pièce d’Alan Ayckbourn, tout comme Cœurs), chaque décor n’a que trois côtés, observés depuis le quatrième mur virtuel, celui de la salle, du metteur en scène et de nous autres spectateurs. Sauf qu’ici le royaume du faux, du carton pâte, est plus évident que jamais : outre les bosquets garnis de fausses fleurs, une table de jardin ici et une souche d’arbre là, les décors ne consistent qu’en un fond de tentures peintes (toujours par Blutch et Jacques Saulnier, chef décorateur), étroites bandes verticales de tissu suspendues les unes contre les autres, à travers lesquelles les personnages passent et repassent pour pénétrer dans les maisons, comme on retourne en coulisses.




Le lien, c’est donc d’abord ce lien interartistique cher à Resnais et exploré de mille façons depuis le début de sa carrière, où il contribua notamment à nouer une longue et étroite relation entre littérature et cinéma, collaborant de près avec Duras ou Robbe-Grillet sur Hiroshima mon amour ou L’Année dernière à Marienbad, tandis qu’à l’autre extrémité de l’œuvre, des passerelles jetées depuis longtemps entre le septième art et la bande-dessinée ou le théâtre continuent de porter leurs fruits. Mais c’est aussi le lien entre les êtres, peut-être le sujet profond du cinéaste depuis toujours, ce lien mis à mal par la mort mais sublimé par l’amour, réalisé ici par le voyage et la géographie, là par la biologie, le spectacle, la musique, la chanson, voire un simple porte-feuille perdu, ou, le plus souvent, par le souvenir, à condition qu’il soit partagé. Après les sublimes mais plus désespérés Cœurs ou Les Herbes Folles (car Vous n’avez encore rien vu, avant-dernier film de Resnais, qui se termine lui aussi, mais avec forcément moins d’ironie, dans un cimetière, créait plus de distance par le redoublement spéculaire de son dispositif), Resnais nous quitte sur un film infiniment plus optimiste, plus joyeux, plus gai, comme son titre le trahit, car le lien qui unit des personnages déprimés et détachés se renoue enfin, et il ne s’agit pas que d’un lien virtuel forcé par une mise en scène et un montage bienveillants, comme dans Cœurs, film choral au sens le plus noble du terme qui s’achevait sur une série de travellings ascendants offrant à tous les personnages un même traitement mais achevant de les isoler dans leurs carcans respectifs.




Resnais utilise son décor, ces étoffes multicolores tendues dans le fond de scène, pour concrétiser le lien entre les personnages dans un splitscreen paradoxal qui place côte à côte Hippolyte Girardot, Michel Vuillermoz et André Dussolier. Les lignes de partage entre les trois images deviennent jointures, ou « collures » (pour reprendre le terme fétiche de Resnais, qu’il utilisait en fin de prise au lieu du plus courant « Coupez ! », sur le plateau), dissimulées par les multiples bandes de couleurs verticales désaccordées qui servent de toile de fond aux décors des trois plans regroupés. Ou comment, en un seul plan génial, et cinquante-cinq ans après le faux-raccord mythique d’Hiroshima mon amour reliant sous les yeux d’Emmanuelle Riva la main endormie d’Eiji Okada à la main morte de l’amant allemand de Nevers, représenter le lien qui unit les êtres jusque dans la séparation spatiale la plus manifeste. Réunir les hommes, ressouder les couples, quitte à conjurer les regrets et éloigner le spectre de la mort, quitte à défier l’usure du temps (devenue capitale dans la vie de tous ces amants du troisième âge, il faut voir Azéma et Girardot obsédés et exaspérés par les dizaines de pendules désaccordées qui règnent en leur demeure).




Autre idée fabuleuse de Resnais, qui avait encore et peut-être plus que jamais, à 91 ans, le beau souci de continuellement surprendre son spectateur, de le déstabiliser, le bousculer et le réveiller, celle de ces gros plans où les acteurs sont soudain plaqués en surimpression sur un fond neutre, "neigeux" si l'on veut, hachuré en noir et blanc, et où les visages, dans des moments prégnants de confidence, surgissent soudain, se détachent de l’image, dans toute l’humanité et toute la vérité des acteurs adorés du cinéaste. Ce procédé présente certes chaque individu comme autant de blocs d'altérité et de solitude, mais tous ces hommes et toutes ces femmes s’expriment dans la même langue, éprouvent les mêmes émotions, se dessinent sur le même fond. On retrouve le principe d’égalité dans la réclusion et le désespoir qu’éprouvé dans Cœurs, à un détail près : systématiquement le monde revient, l’autre, qui était là, en face, qui écoutait et qui bientôt répondra, est bien présent : le partenaire, le contrechamp, refont surface, refont signe. Le dialogue est possible, la solitude pas définitive. Il y a de l’autre.




Et c’est bien le metteur en scène, auteur, découpeur et monteur, qui crée ce lien, le marionnettiste aux manettes, ce fameux George, l’ami qu’un cancer condamne à mourir dans les six prochains mois et qui restera invisible - quoique très actif - durant tout le film. Par un fin stratagème, pur macguffin qui consiste à inviter simultanément, pour des vacances à Ténérife, son ex-femme (Sandrine Kiberlain), qui a refait sa vie avec un paysan, et les épouses de ses deux meilleurs amis (Sabine Azéma et Caroline Silhol, et il faut dire que les trois actrices sont aussi formidables que leurs partenaires masculins), George Riley, réincarnation masculine de l'inoubliable Addie Ross de Chaînes conjugales, se fait l’auteur d’un scénario de réconciliation écrit pour ses couples d’amis, fragiles ou usés, incertains ou au bord de la rupture. En les menaçant directement par son charisme, sa paradoxale vitalité et son charme, George pousse ses proches à faire le bilan, à fantasmer les possibilités perdues de leurs existences (quand Azéma songe à ses premières amours avec George, on repense au fameux « Ou bien » de Smoking et No Smoking), et à reconsidérer ce qui n’est pas encore totalement perdu. Il ne restera aux hommes, les trois vieux petits garçons prêts à se serrer les coudes au sens propre (dans le splitscreen évoqué) comme au figuré, qu’à faire preuve, enfin, de ce mélange de courage et d’humilité qui consiste à dire à la femme qu’on aime qu’on ne veut pas qu’elle parte, qu’il faut qu’elle reste. Et pour donner toute sa puissance à ce geste, à ce mouvement vers l’autre qui recrée le lien, Resnais décide de nous faire finalement entrer dans les maisons jusqu’alors secrètes, fermées aux regards, doublant la nouveauté de cette démarche masculine intelligente et sensible d’une stricte nouveauté visuelle, tandis que le spectateur entre dans les foyers des couples, froids et déserts encore mais prêts à revivre.




George, metteur en scène invisible qui, sur la belle affiche du film (signée Blutch, elle aussi), survole ses acteurs réunis tel un démiurge ou un ange, est évidemment le double de Resnais lui-même, grand réunificateur des vieilles âmes fatiguées. Or, s’il est permis de lire les deux apparitions de la petite taupe animatronic (et douée d'yeux !) comme une incarnation rigolarde (car le film est très drôle) de ce cher George, venue observer, souterraine et rieuse, les oscillations des couples ballotés par la chimérique Ténérife, histoire de les faire valser à nouveau avant de retourner en terre, peut-être est-il permis d’imaginer que cette petite taupe, qui semble prendre un malin plaisir aux circonvolutions dramatiques de ses personnages, n'est pas qu'une simple nouvelle méduse ou autre manifestation surréaliste venue frapper l’esprit du cinéaste obligé de l’intégrer à son film, mais serait elle-même un alter-ego d’Alain Resnais (la taupe...), observateur comblé de ses acteurs une dernière fois réunis. Cette interprétation est peut-être farfelue, peut-être superflue, mais me semble assez plaisante à envisager. Toujours est-il que Resnais achève son film et son œuvre non seulement sur l’image incroyable de sa troupe d'acteurs jetant une rose sur un cercueil, mais sur une jeune fille sortie de nulle part (la fille du meilleur ami de George, Tilly, interprétée par Alba Gaia Bellugi, finalement choisie pour partenaire de la dernière heure à Ténérife : aux vieillards les souvenirs et la réconciliation, aux jeunes les voyages et l'aventure), qui, au lieu de lancer une fleur sur le tombeau, y dépose une étrange image, à l’effigie d’une drôle d’allégorie de la mort, ailée et rieuse elle aussi. Après la savoureuse réplique de Sabine Azéma qui, cherchant un acteur pour jouer au sein de la petite troupe de théâtre amateur formée par tous nos couples, s’exclame non sans ironie « Il nous faudrait quelqu’un de jeune ! », c’est bien une jeune femme qui vient relancer le cinéaste avec cette image en plus. A la fin de Vous n’avez encore rien vu, après l’ultime séquence au cimetière, Resnais terminait son film sur une sublime image représentant les fantômes de jeunes amants dans un bois. Aimer, boire et chanter se termine quant à lui sur une jeune fille bien vivante qui enterre le vieil homme avec une image, comme si le cinéaste, dans un dernier geste admirable, à l’image de son œuvre toute entière, passait le flambeau des images, leur poids et leur responsabilité aussi, aux générations d’après.


Aimer, boire et chanter d'Alain Resnais avec Caroline Silhol, Michel Vuillermoz, Sabine Azéma, Hippolyte Girardot, Sandrine Kiberlain, André Dussolier et Alba Gaia Bellugi (2014)

12 juillet 2013

La Rochelle 2013 - 1ère partie



Le Festival International du Film de La Rochelle 2013 s'est achevé dimanche dernier. Ce très agréable festival, fort bien organisé, mérite qu'on parle de lui, et parler de lui c'est parler des films qu'il propose. Je pourrais m'étendre sur le cadre assez idéal, les salles de cinéma sur les berges du vieux port, l'immense et superbe salle de la Coursive, tout près de l'océan, les gaufres au chocolat à la sortie des séances, les glaces gigantesques aux mille et un parfums de chez Ernest, les plateaux de fruits de mer des petits restaurants alentour et, plus globalement, la très belle ville de La Rochelle. Mais c'est le festival qui compte ici, et la pléthore de films qu'il diffuse. Entre classiques et nouveautés projetées en avant-première, la sélection est foisonnante et forcément frustrante. Voici malgré tout un petit bilan des 13 films vus là-bas cette année, bilan divisé en deux parties, une première consacrée aux avant-premières, une seconde aux rétrospectives. Sans plus tarder, place aux films :


Grand Central de Rebecca Zlotowski (28 août 2013)


J'avais raté Belle épine, le premier film de Rebecca Zlotowski. Je sais désormais que je ne le verrai jamais. Avec le très mauvais Grand Central, l'ancienne étudiante de la Fémis nous livre un film comme on en a déjà vu par wagons entiers. Ce genre de film qui n'a rien à dire mais qui le dit quand même, et qui, pour se donner des airs ou une légitimité, noie la petite romance adultérine minable supposée faire le sel de son récit dans un univers ultra-réaliste. On a droit à notre petite étude de cas habituelle sur des petits délinquants et autres marginaux embauchés à la hâte pour bosser dans le réacteur d'une usine nucléaire. Le deuxième long métrage de Zlotowski s'inscrit parmi ces tonnes de films français que l'on croirait uniquement faits pour illustrer gentiment quelques débats sociétaux de rigueur. Et pour achever de se donner de l'importance, le film applique sur ce très sérieux tableau naturaliste (mais même l'aspect documentaire sonne souvent faux) une mise en scène essoufflante, toute en musique saccadée et en caméra portée, pour créer des effets d'annonce ridicules et faire grimper la tension, quitte à ce qu'elle ne débouche sur rien. 

Plus ou moins filmé comme du Audiard (compagnon de Zlotowski…), le film roule des mécaniques sur un vide absolu. Les personnages sont autant de clichés sur pieds, l'histoire est idiote, déjà vue et revue, les effets de manche s'enchainent, le scénario est si bâclé que certains éléments du récit débarquent tout d'un coup comme autant de cheveux sur la soupe avant de totalement disparaître de la circulation, et le film s'enfonce de plus en plus dans la médiocrité, au point qu'on a quelques fois envie de franchement rigoler (ce plan sur la pomme emportée dans la rigole, dans la très laide scène de mariage au ralenti…). Quant aux acteurs ? Tahar Rahim fait ce qu'il a pour l'instant toujours fait, Olivier Gourmet c'est idem, il joue relativement bien même s'il joue toujours le même rôle (Niels Arestrup aurait pu le remplacer, ils sont interchangeables), et Léa Seydoux lasse plus que jamais dans le rôle de la pauvre fille "vraie", vulgaire et ravagée. Film maniéré et creux, qui s'achève en prime de façon particulièrement ridicule, Grand Central est une chose bien vaine et bien pénible.



Tip Top de Serge Bozon (11 septembre 2013)


On m'avait prévenu : le film est malaisant, il est "autre". Je dirais qu'il est embarrassant, et qu'il se vautre. Tip Top est quasiment irregardable, presque insupportable. Rester jusqu'au bout est déjà un exploit. D'ailleurs la salle, archi-pleine au départ, s'est vidée petit à petit. On s'ennuie mortellement devant le dernier film de Serge Bozon, dont le précédent long métrage, La France, lui-même très déstabilisant, totalement à part, parvenait pourtant à être aussi gênant que poétique. Aucune poésie à l'horizon de Tip Top, aucune drôlerie non plus, et ce ne serait pas si grave si le film, en dehors de quelques brusques changements de ton volontaires, n’essayait de faire rire de bout en bout. Impossible de faire la liste des gags visuels ou verbaux qui tombent violemment à l'eau, la faute à une mise en scène impuissante, tout simplement. Les acteurs n'y sont pour rien. Huppert n'est guère fascinante en flic stricte et excentrique, mais elle fait le travail. François Damiens se démène et sauve ses scènes du naufrage une ou deux fois, même si très vite le spectateur n'a plus du tout envie de rire, ni ne serait-ce que de sourire, à ses vagues facéties.

A ce propos, Tip Top est l'anti-La Fille du 14 juillet, où certains gags ratés se laissent apprécier au milieu d'une foule de franches réussites humoristiques. Ici, même quand François Damiens, voire Sandrine Kiberlain, ont une bonne réplique, bien dite en prime, le rire ne sort pas : on est trop crispé par la masse des gags ratés, par un scénario de polar vaguement alambiqué mais surtout extrêmement daté (dans le fond et dans la forme), par de fausses bonnes idées (les flics tapent et matent, les deux femmes-flics de la police des polices, dans l'intimité de la chambre à coucher, tapent et matent…), par de vraies mauvaises idées (ces scènes où Isabelle Huppert et Samy Naceri prennent leur pied en se frappant jusqu'au sang, c'est si peu drôle que c'est gênant), et par l'aspect général absolument insoutenable de l'ensemble, qui à force de bizarrerie forcée devient parfaitement épuisant et parle de la France mais se montre a priori bien incapable de lui parler.



La Bataille de Solférino de Justine Triet (18 septembre 2013)


On s'attendait à mieux après la belle surprise de La Fille du 14 juillet. Drôle de phrase, j'avoue, puisqu'on parle de deux réalisateurs différents. Mais La Bataille de Solférino est un autre premier film français de l'été 2013, il est aussi produit par Emmanuel Chaumet pour un budget dérisoire, Justine Triet fait partie de la bande encensée par les Cahiers ces derniers mois (aux côtés de Guillaume Brac, Antonin Peretjatko ou Yann Gonzalez), et fait elle aussi tourner Vincent Macaigne. La comparaison est donc permise, voire logique. Le film de Triet est malheureusement moins réjouissant que ceux de ses camarades déjà sortis. Quoique très prometteur, La Bataille de Solférino s'étire en longueur, noie ses effets et dilue son intérêt, qui réside dans l'opposition entre un grand événement historique impliquant toute une foule euphorique (l'élection de François Hollande) et un événement très intime et plutôt tragique impliquant un tout petit groupe de personnes (le conflit de deux quidams divorcés, une journaliste TV et un artiste raté, qui se disputent la garde de leurs filles). Le film est parcouru de bonnes séquences et de bonnes idées, on retrouve quelques scènes drôles (grâce aux personnages joués par Arthur Harari et Virgil Vernier, et bien sûr à Vincent Macaigne quand il est avec eux), et la longue séquence de dispute de la fin parvient à nous faire méditer sur le couple et la fin du couple : comment peut-on en arriver à se hurler dessus et à se frapper quand on s'est aimé (si toutefois ces deux cas se sont aimés...) et quand on a fait deux enfants ensemble. 

La Bataille de Solferino est donc un assez bon film qui a malheureusement le grand tort de vouloir durer une heure et demi, et les plus petits torts conjugués de se reposer sur son ingénieux dispositif d'une part, et de parfois mettre le doigt trop lourdement sur sa propre ambition d'autre part, notamment à la fin, quand, pour calmer l'assemblée après la dispute fracassante de l'ancien couple, le "médiateur" interprété par Arthur Harari met de la musique classique et, pour répondre aux remarques du personnage de Vincent Macaigne, qui se plaint des moments gais "un peu chiants" dans ce genre de morceaux, affirme qu'il apprécie au contraire l'alternance de moments tristes et de moments gais, dans un art qui se veut "totalisant". 

Devant ce film, on se dit qu'Antonin Peretjatko (même si La Fille du 14 juillet est plus diversifié et passe plus facilement - en un mot, est meilleur) et surtout Justine Triet donc, auraient peut-être dû suivre la voie de l'éclaireur Guillaume Brac et adopter le modèle d'Un Monde sans femmes : un court métrage d'une vingtaine de minutes suivi d'un moyen métrage d'environ une heure. Il semblerait que Peretjatko et Triet aient tous deux commencé par réaliser des courts métrages tout à fait dans le ton de leur premier long, ce qui aurait permis de les enchaîner de la même façon que Brac, d'articuler et de mettre en lumière leurs premiers essais tout en allégeant leurs premiers films de cinéma et en les débarrassant de leurs relatives faiblesses ou longueurs. Nous aurions ainsi assisté à la naissance d'une véritable nouvelle nouvelle vague, revendiquée dans le ton et dans la forme, unifiée par les dispositifs, les sujets et les acteurs, dont les films auraient tous été d'une belle tenue dans leurs styles respectifs, et qui aurait fait bien plus grand bruit encore.


 
A Touch of Sin de Jia Zhang-ke (11 décembre 2013)


Notre collaborateur Simon avait déjà parlé du nouveau film de Jia Zhang-ke quand il l'a vu à Cannes, je rejoins assez son avis. Très différent des films précédents du cinéaste (en tout cas de The World et de Still Life), A Touch of Sin vaut autant le détour qu'eux. Le dispositif du film est à la fois presque facile, en tout cas d'une simplicité absolue, et d'une ambition remarquable. Zhang-ke dresse un état des lieux alarmant de son pays, la Chine, à travers quatre histoires consécutives, comme dans un film à sketches, ou disons choral. Et si les deux premières histoires sont liées de très loin, les suivantes n'entretiennent aucun rapport apparent entre elles, même si des échos s'opèrent au détour de tel dialogue ou d'une photo sur un mur. Dans le premier récit, un homme ulcéré par les abus des dirigeants corrompus de son village se met à les massacrer ; dans le deuxième, un voyageur-tueur rentre chez lui après une longue absence, déclare à sa femme que rien ne lui procure de plaisir en dehors des armes à feu, tire au revolver pour remplacer les feux d'artifices qu'il n'a pas pu acheter à son fils, puis s'en va assassiner des passants dans une rue sous prétexte de voler un sac-à-main de luxe ; dans le troisième, l'hôtesse d'accueil d'un sauna, après avoir été agressée par l'épouse légitime de son amant, se venge soudain d'un client fortuné qui la harcèle et la frappe au visage avec des liasses de billets pour qu'elle se soumette à lui ; dans le quatrième et dernier récit, un jeune homme enchaîne les contrats minables dans une usine puis dans un hôtel de luxe et se fait rabrouer par une collègue call-girl qui préfère enchaîner les passes avec de grands magnats de la finance. 

La force de Zhang-ke, c'est qu'il change de genre ou de régime narratif pour chaque histoire, voire au sein même de chaque récit, allant du brûlot social violent au drame réaliste en passant par le portrait d'un psychopathe, le drame romantique intimiste, ou le film de sabre et de vengeance, le tout pour dénoncer un pays résolument pourri où le pouvoir de l'argent le plus répugnant écrase les hommes et les femmes et les pousse au meurtre ou à la mort sans que ces échappatoires n'aient rien de libérateur ou d'exaltant. Le film, rigoureusement sombre, procédant d'un mélange de distance froide et de rage bouillonnante, est d'une force implacable, même s'il faut pas mal de temps pour totalement le digérer et l'aimer.


 
L'Image manquante de Rithy Panh (2013)


Transposition à l'écran de L'élimination, indispensable ouvrage co-écrit avec Christophe Bataille l'an passé, L'image manquante est un nouveau documentaire remarquable à mettre au crédit de Rithy Panh (après S21 la machine de mort khmer rouge ou le moins marquant Les artistes du théâtre brûlé). Le film est une version très condensée d'un livre plus complet et plus disert (en cela il ne dispense pas de le lire, loin s'en faut, la part politique et documentaire du bouquin étant atténuée au profit de sa dimension plus intimiste et autobiographique), dans lequel Rithy Panh raconte le génocide cambodgien dont lui et toute sa famille furent victimes, mais il a l'immense mérite d'en offrir une vulgarisation nécessaire et d'en transformer réellement la trace dans un objet cinématographique quasi-expérimental d'une grande originalité et d'une grande force. Rithy Panh nous invite à méditer sur les images manquantes de l'Histoire, et particulièrement d'un chapitre aussi capital que celui du génocide cambodgien perpétré par les Khmers Rouges, le régime communiste instigateur du Kampuchéa Démocratique mené par des idéologues (Pol Pot en tête) jadis formés chez nous, en France, et dont les membres détruisirent consciencieusement toutes les images du cinéma de fiction qui les avait précédés ainsi que toute illustration de leurs crimes pour ne léguer aux survivants que les films de propagande réalisés par leurs soins entre 75 et 79.

Les images n'existant pas, ou plus, Rithy Panh tente de reconstituer ses souvenirs, ses images mentales, à l'aide de petites figurines d'argile moulées puis peintes à la main et filmées dans des décors miniatures de marionnettes. Le projet fait pleinement sens et va bien au-delà de la pure idée qui le régit, car le cinéaste filme de façon admirable les scènes rejouées de son enfance et parvient à créer des images vivantes à partir de fétiches réalisés avec un soin inouï et recelant une grande beauté. Ces images de l'enfance, à double titre, mêlées au "vraies" images existantes pour les contredire ou les compléter, nous donnent à voir ce qui sans l'intelligence et le tact du cinéaste resterait invisible, ou serait potentiellement représenté de telle manière qu'on aurait préféré ne pas le voir.


Voilà pour les avant-premières auxquelles j'ai pu assister. Le bilan est pour le moins équilibré : deux ratages, un film partiellement réussi et plutôt très prometteur, et deux œuvres majeures. Mais le festival de cinéma de La Rochelle ne donne pas à voir que des nouveautés, loin s'en faut, c'est aussi et surtout des rétrospectives et des hommages en grand nombre, et c'est ce qui sera au menu de la 2ème partie de ce bilan, à paraître dans trois jours.


17 septembre 2011

Les Femmes du 6ème étage

L'histoire que nous raconte Les Femmes du 6ème étage se déroule dans les années 50. C'est sans doute pour ça qu'il ne faut pas s'étonner d'admirer des décors vétustes, façades abîmées et intérieurs fatigués, éclairés par une lumière terne qui se garde bien de gâcher l'absence de vivacité des couleurs, ce camaïeux de pastel avec une prédominance de gris, de noir, de marron caca d'oie et de jaune pisse. Rien de plus normal. Nous sommes dans un film d'époque, l'époque est ancienne, donc tous les éléments qui la composent aussi. C'est bien connu, à l'époque les gens vivaient dans de vieux habits, habitaient de vieux appartements, et ils utilisaient des objets patinés par le temps, voire même cassés parfois, car anciens et usés avant même que d'avoir été inventés. Et vu que l'époque était en noir et blanc (d'après les photographies et vidéos qu'on a pu sauvegarder en tout cas !), les couleurs n'y existaient pas, en tout cas pas de façon franche. Le jaune, oui, mais sépia s'il vous plaît ! Le rouge, non. Le rouge n'existait pas dans les années 50, trop coloré comme couleur. Le rouge est apparu sur terre à l'époque du technicolor, pour s'en assurer il suffit de regarder des films ou des photographies des années 60, où l'on voit bien que les objets sont très colorés, beaucoup plus que ceux aperçus sur les photographies en noir et blanc des années 50. Le bleu n'existait pas non plus dans l'immédiat après-guerre, ou alors un bleu pâle, délavé, un bleu ancien quoi, cqfd. Du gris, en fait.



Le film a sans doute été tourné dans un musée, dans des lieux anciens, avec des fauteuils sur le point de s'éventrer, des tapisseries décolorées, des costumes figés par la naphtaline, ceux-là même que les gens portaient à l'époque. Quand on visite un tel musée on se demande comment nos ancêtres ne se lassaient pas d'habiter des lieux qui sentaient le renfermé, de porter des vêtements cartonnés et d'utiliser des outils vétustes. C'est quand même fou de penser qu'à l'époque rien n'était neuf du coup, tout était vieux déjà. Si on pousse cette logique imparable jusqu'au bout on est les premiers êtres humains à fréquenter des objets propres, des choses en bon état, puisque tous les êtres humains d'avant vivaient forcément dans le passé, entourés de choses vieilles par conséquent. Tout ça se tient. C'est d'une logique imparable et je félicite le dos courbé Monsieur Philippe Le Guay, le réalisateur de ce film, pour avoir su rester fidèle à cette logique en filmant ses personnages du milieu du siècle dernier dans des costumes moisis, rongés par les mites, déambulant dans des décors poussiéreux calcinés par le temps.



Dans ce vieux décor pourri d'époque donc, Les Femmes du 6ème étage raconte l'histoire d'un couple de bourgeois vivant à Paris. Ils traitent leur bonniche septuagénaire comme une vieille savate. On les comprendrait presque parce que la vieille est insupportable. J'ai passé dix minutes à prier pour qu'elle dégage du film et quand mon vœu a enfin été exaucé ce fut un soulagement terrible... Nos deux connards embourgeoisés engagent donc une nouvelle servante pour leur repasser le linge, laver le sol, faire la vaisselle, astiquer les chiottes, récurer la baignoire, lessiver le parquet et préparer le petit déjeuner de "Monsieur", qui met un point d'honneur à ce qu'on l'appelle ainsi. Sur les conseils de ses bonnes amies, autant de "Madame de" (mes deux) enfarinées et bardées de rubis, la maîtresse de maison, qui tient à ce qu'on l'appelle "Madame" comme Monsieur, et qui est interprétée par Sandrine Kiberlain, décide d'engager une espagnole peu coûteuse, à condition qu'elle soit "propre" bien que d'origine ibérique, ce qui n'est apparemment pas facile à dénicher. "Monsieur", joué par Luchini (quand on sait combien cet homme peut être drôle et spirituel, et combien il est érudit, on a envie de le supplier d'arrêter de tourner dans des conneries pareilles), Monsieur donc fait passer à la nouvelle bonne le test ultime de la bonniche idéale : elle doit lui préparer un œuf coque, trois minutes et demi de cuisson, trop c'est raté ("œuf bouillu, oeuf foutu"), pas assez c'est pire. Il casse le dessus de la coquille, y trempe sa cuillère, la musique grimpe, le suspense est à son comble, c'est LA scène d'action du film, une séquence au suspense haletant qui nous rappelle si besoin est que Philippe Le Guay est un professionnel de la profession.



Mission accomplie haut-la-main, l’œuf coque est à se damner, Conchita est prise. Contrairement à la vieille servante du début du film et contre toute attente, elle sait compter jusqu'à trois et demi. Puis "Monsieur" va tout d'un coup devenir aidant et gentil avec la caste des servantes, et prendre conscience de la difficile condition des bonniches espagnoles. Pourquoi ? Parce que sa bonne est bonne. Il la trouve bonne. C'est une bonne, normal, mais en plus d'être bonne elle est bonne. Et pour cause elle est jeune et mince, contrairement à toutes les autres bonnes espagnoles de l'immeuble qui sont autant de vieillardes à varices ou d'obèses à barbe, donc elle est particulièrement bonne. Puis à côté de la nordique Sardine Kiberlain, récemment à l'affiche de Romaine par moins trente sans maquillage, une espingouine ersatz sans relief de Pénélopé Cruz on la trouve forcément bonne. Luchini tombe donc amoureux de sa bonne et décide par conséquent d'aider les femmes de ménage de l'étage au-dessus (le 6ème si vous avez bien lu le titre) en payant un plombier moustachu afin qu'il répare les cabinets à la turque des espagnoles (qu'un plan bien senti au début du métrage nous présente débordant de fientes). Monsieur prête même son téléphone à une grosse barrique du 6ème étage qui veut appeler au pays pour savoir si son neveu, bizarrement prénommé Pep' Guardiola (clin d’œil du réalisateur Philippe Le Guay au sélectionneur de la Mannschaft ?), est né avec ses dix doigts. Le bourgeois gentilhomme ira jusqu'à permettre à sa bonne sacrément bonne, dont la chambre de bonne est dépourvue d'eau courante, de prendre son bain chez lui, profitant de l'occasion pour la reluquer sans scrupule tant elle est bonne. Tout cela est passionnant.



A la quinzième minute, "l'héroïne", entre guillemets, la bonne méga bonne, appelle à l'aide les autres espagnoles de l'immeuble, qui sont bizarrement toutes de sa famille (à moins que l'Espagne ne soit une immense famille consanguine ?), pour venir l'aider à nettoyer la grande baraque des bourgeois. Les blew grana rappliquent, elles mettent un tube de Dalida à la radio et font le nettoyage à sec en dansant et en chantant, la banane aux lèvres. Ma grand-mère faisait les ménages et je peux vous assurer qu'elle chantait pas "Itsi Bitsi Petit Bikini"en lavant le carrelage de ses enfoirés de patrons qui la sous-payaient et qui la traitaient comme une merde. Normalement, si c'est que de moi, j'arrête le film à ce moment-là. La scène est immonde et elle arrive pile à la quinzième minute (la barre fatidique au-delà de laquelle j'éteins mon lecteur devant les pires saloperies de cet acabit). Mais j'ai tenu. Je ne sais pas pourquoi. Au bout de 37 minutes j'ai quand même fini par tout éteindre. J'en ai plus que marre de m'envoyer entièrement des chiures pareilles. Je demande franchement qui peut bien trouver son compte dans un film comme celui-là ? Je ne parle pas des papas et mamans qui sont allés le voir au cinéma, accrochés par Luchini ou par le contexte des années 50 qui leur évoque leur propres parents, et qui en sortant ont lâché un collégial "Ouais enfin c'était pas maaaaaal", soucieux de ne pas se plomber davantage le moral en repensant aux 8€50 X 2 qu'ils viennent de jeter aux ordures et aux 90 minutes de supplice qu'ils ont perdues devant un navet maxi modèle. Je parle de tous les autres français dans tous les autres cas de figure. Comment peut-on décemment trouver son compte devant un film pareil, qui n'est ni intéressant, ni bien joué, ni bien écrit, ni bien filmé, ni gai, ni savoureux, ni instructif, ni drôle, ni croustillant, ni dépaysant, ni divertissant, bref qui n'a strictement et définitivement aucune qualité. Comment peut-on ?


Les Femmes du 6ème étage de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain et Carmen Maura (2011)

27 mars 2011

Mademoiselle Chambon

Ça fait un bail maintenant que j'ai vu ce film. Si j'en parle aujourd'hui c'est en partie pour parler d'autre chose que du film que j'ai vu hier soir, Mon beau-père et nous. Or comme mon souvenir remonte pas mal je suis partagé entre mon impression du moment et ce que je ressens maintenant en y repensant... Je me souviens qu'au début du film j'ai eu un peu de mal à me laisser prendre par l'histoire, sans doute à cause du rythme, mais rapidement j'étais dedans. Je me suis déchaussé et j'ai laissé Stéphane Brizé faire sa pli. En parlant de Stéphane Brizé, je dois dire que ce film m'a plus touché que Je ne suis pas là pour être aimé, même si j'ai du mal à dire pourquoi. Peut-être que c'est dû à l'histoire : le violon au lieu du tango et Vincent Lindon qui s'éloigne d'Aure Atika pour Sandrine Kiberlain au lieu d'Anne Consigny qui s'éloigne de son mari pantouflard, Lionel Abelanski, pour le vieux Patrick Chesnay. Pat Chesnay je l'adore, je lui voue même un culte, d'ailleurs il l'ignore mais je le considère comme mon oncle, mais sa moustache jaune-orangé devrait logiquement être un rempart au sentiment amoureux d'une femme. En tout cas sur le moment j'ai trouvé Mademoiselle Chambon assez beau et émouvant.


Kiberlain ravive en moi le fantasme de la maîtresse d'école qui se rappelle qu'elle est une femme et qu'elle a des besoins un peu cracra comme tout le monde.

En y repensant aujourd'hui j'avoue ne plus très bien me souvenir du film, comme s'il n'avait rien de réellement très marquant. On l'oublie un peu facilement et on doute de le revoir un jour. Rien n'est moins sûr. Il faut dire que le film a quelques défauts. C'est vrai que le couple adultère manque un peu de conversation pour qu'à la fin, quand Lindon s'immobilise dans le hall de gare, on soit véritablement saisi par son doute et sa douleur. Mais les deux personnages sont quand même liés par beaucoup plus (la musique, leurs passions et quelques paroles) que dans la majorité des films actuels dont les amants s'unissent follement en se débarrassant de leurs époux et épouses respectifs sans être liés par autre chose qu'une simple fringale sexuelle (un triste exemple parmi d'autres : le Partir de Catherine Corsini). Et puis tout au long du film de Brizé on voit que les sentiments des personnages les rendent discrets, muets, un peu autistes : ils ont toujours beaucoup de mal à faire des phrases, il y a des blancs dans leurs échanges. C'est la conséquence de leur amour naissant et interdit et ça les empêche inévitablement d'avoir de longs dialogues. Donc l'un dans l'autre tout cela tient debout et se regarde sans déplaisir, notamment grâce à une nouvelle interprétation hallucinante de Vincent Lindon.


 Même quand il a fini de bosser il est encore au boulot.

En général voir les personnages d'un film pratiquer leur soi-disant métier est assez superficiel et superflu, à part quand il s'agit d'un polar où il est assez nécessaire que l'on suive le héros dans son boulot de flic. Mais il n'est pas rare que les réalisateurs insèrent dans leur film une ou plusieurs séquences uniquement vouées à nous représenter l'acteur dans l'exercice des fonctions du personnage qu'il incarne quand cela n'a pourtant pas d'intérêt probant. Pire, ça sonne généralement terriblement faux. Mais quand l'acteur c'est Vincent Lindon, rien n'est plus pareil, et l'on sent une protubérance germer en-dessous de notre ceinture en le voyant dégonder une fenêtre et changer un carreau. Car son personnage travaille chez Carglass et tombe comme un cheveu sur la soupe quand Kiberlain a besoin de changer la fenêtre de son appartement. Alors on sent le poids de l'expérience, l'odeur de la sueur, on voit la couleur du talent lorsque Lindon, qui s'est entraîné à la chose selon les méthodes radicales de l'Actors Studio et de Stanislavski, change une fenêtre. Une fenêtre qui n'oubliera jamais ce moment privilégié et le contact délicat des mains calleuses du bellâtre. Cet homme est un Dieu de l'acting, c'est un éphèbe doublé d'un putain de génie.


Lindon fait naître en moi le fantasme du maçon bourru au grand cœur, aussi tendre que puissant, aussi doux que fêlé. Jean Gabin peut aller se rhabiller.

Le film se conclut sur une chanson de Barbara. De la même façon que Barbara chantait de la variété avec une élégance et une délicatesse qui élevaient ses chansons un peu au-delà des basses prétentions de la chanson populaire habituelle, le film de Stéphane Brizé est un petit film, d'une modestie absolue, d'une simplicité biblique, parfaitement lisible, mais qui s'élève sereinement au-dessus de sa condition par son brin d'intelligence, et par l'effet bienheureux d'une certaine grâce qui naît en de timides instants : comme quand la caméra subjective se substitut au regard de Vincent Lindon quand il s'approche de la porte de la chambre où Sandrine Kiberlain est endormie. Le cadre reste un certain moment sur le visage de la femme avant ce tant attendu mouvement de caméra descendant le long du corps de l'actrice au gré de ce chaste désir de l'homme qui l'admire. Ou comme cette attente avant qu'il ne finisse par lui prendre la main alors qu'ils écoutent le morceau de violon ; ou encore la larme brillante et discrète qui se suspend sur l'œil de l'acteur (on rêverait alors d'être soi-même une petite larme salée ou n'importe quel filet de morve pendu au blair de Lindon) puis qui coule le long de sa joue quand il est dans la voiture, à la fin, et qu'elle l'attend sur le trottoir. Il faut dire aussi que ce qui fait une grande partie de la modeste réussite de ce film, de sa justesse (à tous niveaux), c'est le talent immense des acteurs, y compris de Kiberlain ou, tenez-vous bien, d'Aure Atika, eh oui. J'aurais donné sans hésiter le César du meilleur acteur à Vincent Lindon pour ce rôle, comme chaque année.


Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain et Aure Atika (2009)

21 décembre 2010

Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec

Il y a surement des choses à dire sur ce film. Il est en effet surprenant de voir un film aussi vide de tout, si ce n’est de bêtise et de lourdeur ; ça mériterait peut-être qu’on s’y attarde. C’est aussi le nouveau film de Luc Besson, ce crétin d’obèse tout de Quecha vêtu qui avait pourtant répété un peu partout qu’il n’en réaliserait plus. Ce serait donc intéressant de se demander ce qui nous vaut ce retour aux affaires, pour faire bref : une fausse bonne idée, consistant à essayer de faire un film d'aventures populaire et trépidant inspiré d'une bande-dessinée parait-il, quant à elle, de qualité (je ne sais pas, je ne suis pas un "bédévore"). Et il serait surtout intéressant de savoir ce que vaut véritablement ce nouveau Besson. Que dalle soyez-en sûr. Pour ne pas m'aventurer vers une critique de ce film qui me donnerait la sale impression de m'y replonger, je préfère taper dans l’original et me concentrer sur son actrice principale, l'un des problèmes du film, parmi tant d'autres, mais facilement le plus voyant. Je vais donc faire de cette critique un très banal réquisitoire à l’encontre de la dénommée Louise Bourgoin, cette actrice de pacotille que nous avions pourtant déjà pointée du doigt lorsque nous avions parlé de La Fille de Monaco. Je vais peut-être me répéter. Et le pire c'est qu'on dit « jamais deux sans trois »... 
 
 
Louise Bourgouin est grande et mince, on peut pas le lui enlever. Une IMC d'enfer. Les chiffres ne trompent pas. Elle est grande et mince et c’est tout. A part ça, elle a un léger strabisme et il faut bien avouer que ses dents du malheur conviennent tout à fait à la zonarde du début du XXème qu’elle est ici supposée incarner. Alors je veux bien croire qu’il y a bon nombre d’immenses actrices françaises qu’on aime aussi pour leurs imperfections : Mimie Mathy et sa petite taille, Clémentine Célarié et son 95F, Vincent Lindon et ses tics, Sandrine Kiberlain et son albinisme, Emmanuelle Devos et son œil de verre... La liste est longue, mais je suis certain que Louise Bourgoin n’en fait pas partie. Car le problème c'est que Louise Bourgoin n’a aucun talent d'actrice particulier. Elle n'est pas spécialement pudique et elle a accepté de se mettre à nu pour un guignol comme Besson, dans un film d'abord destiné aux enfants. Elle est, en fin de compte, au même niveau que ses partenaires masculins, Gilles Lellouche et Jean-Paul Rouve, qui eux non plus, n'ont vraiment rien pour eux.
 
Je demande aux dénommés Louise Bourgoin, Gilles Lellouche et Jean-Paul Rouve de bien vouloir foutre à jamais le camp de mon écran de télévision. 
 

Tu avais juré de ne faire que dix films Luc, mange du crabe !


Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de Luc Besson avec Louise Bourgoin, Mathieu Amalric, Gilles Lellouche et Jean-Paul Rouve (2010)